‹ Hygiène et économie domestiqueChapitre 43 sur 44 · REVUE · texte numérisé non relu

REVUE

D'ÉCONOIIE CHRÉTIENNE

AITNÀLES DB'LA OHABITÉ PARAISSANT A I^ FIN ns CHAQUE MOIS

Far livraisons de 192 pages ln-8o.

FOBHANT A LA FIN DE L'ANNAe

Deux mapifiqoes Tolomes in-8* de plus de 1100 pages chacun

fiOOlSOMIE ORAmiTABI.C, LITTÉmATUmB,

RIBTOIRE, SCIESCES MORALSI, BnUOOmAFBlB.

FBII.OSOFBIE SOCIAU:, STO.

PARIS ET DÉPARTEMENTS CM AK, 18 fr* — SIX Hois^ lO fr*— ÂTnAivGEns 85 fr«

1 franc en plus quand on désire que TAdministration envoie toucher les abonnements à doniicile.

On souscrit à la librairie Adrien Le Glere et 0«, rue Cassette, 29, près Saint-Solpice, Paris.

La Combe, 9 octobre 1863.

A M. E. LE CAMUS, Secrétaire général de la Société d'Economie charitable. Directeur de la Revue.

Monsieur,

Vous désirez> vous et mon ami M. de Melun, connaître mon opinion sur votre Revue d'Economie chrétienne^ anciennes Annales de la Charité,

Je répondrai à votre désir en toute simplicité, et vous confierai ma pensée tout entière, sans restriction ni réserve.

Je suis pour votre Revue un ami ancien, constant, dévoué ; mais peut-être, par là même, sévère et difficile à satisfaire. J'éprouve donc tout d'abord une véritable joie à vous dire que votre œuvre me paraît en grand progrès. J^ai appris avec Bonheur les nouveaux développements que, sous votfe habite direction, a pris la Revue d'Economie chrétienne. Vous avez agrandi son format et rendu sa périodicité mensuelle; et vous avez bien fait : le but et rimportance de vo^e œuvre exigeaient cette transformation. Nul parmi vos lecteurs ne se plaindra que vous paraissiez aussi souvent ; nul ne peut trouver que ce soit

trop d'un cahier chaque mois pour Tétudede si graves, si nombreuses, si belles questions.

Cette Revue d'ailleurs, comme toutes les œuvres chré- . tiennes, avait commencé modestement; puis, elle a grandi peu à peu, comme tout ce qui est destiné à une vie longue et utile. Ce ne fut d'abord que le procès-verbal des séances, où les membres de l'Association d'Economie chrétienne discutaient ces grands problèmes sociaux, dont la solution, est aujourd'hui tout à la fois si difficile et si nécessaire. A ces procès-verbaux on a joint ensuite des dissertations sur les questions plus délicates, dont l'étude pouvait aider à l'amélioration progressive, à la moralisation vraiment chrétienne, au bien-être réel des classes populaires.

Je suis heureux de constater ici que cette Association et cette Revue avaient déjà formé, lors de la révolution de i 848, une école d'économistes chrétiens qui se sont trouvés prêts à parler utilement sur toutes les questions soulevées par cette révolution plus sociale encore que politique, et qu'ils ont contribué pour leur part, par la sagesse de leur parole en même temps que par le dévouement et les œuvres de leur charité, à arrêter la société sur la pente fatale qui l'entraînait aux abîmes.

C^est dans le Christianisme dignement interprété que vous et vos amis, Monsieur, avez aimé à chercher et à trouver le remède aux malaises qui ont agité et agitent encore les classes ouvrières, surtout dans les villes où les mauvaises doctrines, soutenues par les mauvaises mœurs, se propagent avec une plus redoutable facilité. Telle est la tâche que vous vous étiez imposée, et c'est une consolation pour moi de vous dire que vous Pavez déjà remplie et continuez à la remplir admirablement. Non-seulement votre Revue répand de précieuses lumières sur une foule de questions ; mais elle fait connaître à fond les œuvres et les institutions charitables, non-seulement de Paris, mais de la France et du monde chrétien tout entier. Rien ne me paraît plus utile.

A ces articles économiques vous avez joint des articles de haute critique littéraire, qui éclairent, qui élèvent l'âme. Le plus grand de nos orateurs et de nos écrivains, Bossuet, a été rarement mieux apprécié qu'il ne l'était récemment dans votre recueil.

Persévérez, Monsieur, à n'y pas admettre les peintures qui peuvent flatter ou exciter les passions. En empruntant à la vie réelle ou à Thistoire des récits intéressants, continuez à vous tenir en garde contre ces tendances roma*

nesques qui prévalent trop en ce moment dans un grand nombre de nos publications périodiques. Bien qu'on puisse employer la fiction pour rendre la vertu ai manie, et que trop de lecteurs ne veuillent la goûter qu'à ce prix, n'oubliez pas quMci recueil est près du but. Ce que je louerai donc ici sans restriction, ce sont ces gracieux récits dont la vérité historique n*a nullement affaibli le charme, et dont rinfluence sur l'esprit et sur le cœur est d'autant plus effective, qu'ils appartiennent tout entiers à la vie pratique.

Ce n'est donc pas moi, Monsieur, qui vous blâmerai d'avoir introduit dans votre Revue cette piquante et féconde variété, laquelle est si bien faite pour intéresser tous les lecteurs. C'est ainsi que la Revue est tout à la fois une école de bonnes doctrines et un recueil de bonnes lectures. Chacun doit comprendre que vous ne puissiez pas parler uniquement et toujours du même sujet, et puisque vous recommandez sans cesse les lectures chrétiennes comme un des principaux moyens de régénération populaire, il est tout simple que votre Revue, joignant l'exemple au précepte, soit elle-même une de ces lectures. Et pour finir sur ce point, je suis heureux d'ajouter que tout ce que j'ai pu lire de la partie littéraire, artistique et pittoresque, réservée chaque mois à vos lecteurs, m'a paru irréprochable, et aussi très-heureusement compose et agréablement varié.

Toutefois, je crois devoir vous demander instamment de ne pas accorder trop de place à cette partie utile et attrayante, mais pourtant secondaire. Demeurez parfaitement fidèle à votre titre : emparez-vous^ de tout ce beau, vaste et inépuisable terrain, V Economie chrétienne. Etendez-vous au loin, creusez, approfondissez. Dans tout ce qui se fait, se dit, s'écrit relativement aux questions sociales, soyez toujours présent, attentif, instruit; ayez votre avis, et exprimez-le avec lumière, avec netteté, avec force. Que ce ne soit pas seulement, si je puis dire, un sermon banal et ce perpétuel refrain qu'en dehors du Christianisme rien ne peut être invente pour le soulagement des hommes qui travaillent et qui souffrent. Cela est vrai, mais cela est quelquefois dit trop vite. Prouvez-le, démontrez-le en paroles et en actes, par de Savantes analyses, par l'histoire, par des exemples vivants. Nous assistons à une des transformations économiques les plus profondes qu'ait vues le monde. Etudiez de près ce vaste mouvement, sans frayeur, sans déclamation, sans amertume.

MDB Tains regrets z 4ite6 ce çiu'il a de mauvais et quelquefois de très-mauvais; mais dites aussi ce qu'il peut avoir^ ce qu'il a, et ce que sans cesse il faut y mettre de bon.

Si j'avais un conseil à donner aux chrétiens de nos jours et à tous les prôtres> ce serait de ne pas rester étrangers, comme ils le font trop souvent^ aux questions sociales, d' être mêlés à la vie des paysans et des ouvriers, occupés de leurs logements,, de leur nourriture, de leurs salaires^ de leurs enfants, de leurs vieillards^de leurs sociétés mutuelles, de leurs lectures, de leurs plaisirs. Pourquoi? Eh ! mon Dieu, pour tout soulager, tout éclairer, tout améliorer. Ce devrait être là notre passion dominante,*«n dehors de toute politique, de toute ambition, de toute récrimination. Vous étudiez pour nous les questions les plus importantes; c'est bien le moins que nous recherchions vos travaux et profitions de vos lumières. Je voudrais que la sainte et noble indigence de tous nos bons curés de campagne leur permît de souscrire à votre recueil; il faudrait du moins que tous MM. les curés de canton fussent vos abonnés. On nous arrache le peuple envers qui sont nos premiers devoirs, et on nous soustrait au peuple dont .nous sommes Tunique consolation. Nous ne devrions pas permettre que personne s'occupât mieux que nous de ses mtérêts; nous devrions rougir de nous laisser dépasser sur ce terrain. Il y en a, je le sais, qui nous calomnient bassement près du peuple. Ah! contentons-nous de répondre comme ce saint Père Liberman, l'apôtre des esclaves, à qui un malheureux dit un jour : a Si vous saviez comme je vous déteste! — Et moi, si vous saviez comme je vous aime!»

Voilà, Monsieur, votre admirable mission ; c'est d'être en toutes ces questions aussi savant que les plus savants, plus ardent yae les plus zélés, aussi bien informé que les mieux renseignés, et plus tendrement dévoué que qui que ce soit, puisque c'est Jésus-Christ qui vous inspire. Vous avez, ce me semble, beaucoup à faire avant d'avoir épuisé votre sujet, et nul ne peut vous le disputer, comme aussi vous ne le disputez à personne.

Nous avoiis déjà des revues oui s'occupent de littérature et de politique. Je nommerai la plus utile de toutes, le Correspondant, Restez chacun sur votre terrain, non-seulement sans vous nuire, cela va sans dire ; mais même, s'il se peut, sans vous rencontrer; et laissez-moi vous en féliciter : vous avez la meilleure part.

J'aimerais à voir parmi vos rédacteurs non-seulement

des prêtres et des hommes charitables ; mais des agriculteurs, des médecins, des ingénieurs, des étrangers; je voudrais que yoUs devinssiez le Journal pratiqtte Hr^éo*' rique d'amélioration sociale par l'économie chrétienne^ et le premier, s'il se peut, et cela se peut ! Il y a des Annales de la propagation de la foi : soyez les annales de la propagation de la charité^ en donnant à ce nom divin son sens le plus étendu : charité dans les loisi, charité dans les relations, charité dans les actes.

S'il le faut, lisez et citez un peu moins vos amis, lisez et citez un peu plus vos adversaires ; faites-nous connaître davantage les livres et les institutions utiles, ce que font les administrations quelquefois très-ingénieuses, ce que font nos provinces, ce que font les pays étrangers^ ce que font nos rrères séparés.

En un mot, étendez votre cercle et restez-y. Il est immense, et vous devez y devenir les premiers. Il y a une grande parole dans nos livres saints, c'est que la charité survivra à tout. Je me permets d'appliquer cette parole, en un sens, à la terre et à notre temps. Que de svstemes îque \

de partis contraires! c[ue de téméraires espérances ! que i

de prétentions ! Eh bien, peu à peu on est désabusé^ ou déçu, ou trahi ; la croyance en ce que l'on avait cru trouver s'ébranle, la confiance aux promesses humaines s'évanouit; que du moins la charité nous reste ! Rapprochonsnous dans la charité de Jésus-Christ : que la charité de Jésus-Christ rapproche de la foi chrétienne ceux que le malheur des temps en a éloignés. Ayons tous du cœur les uns pour les autres. Aimons surtou t les petits,les enfants, les malheureux, les pauvres : faisons-leur tout le bien possible ; cela survivra à tout, et c'est ce qui nous sauvera.

C'est à vous. Messieurs, qu'il appartient de grouper au-

" tour de vous, quelles que soient les divisions de parti,

tous ceux qui ont conservé, sur les débris de tant de

choses consumées ou flétries, le feu divin de la charité.

Soyez-en bénis !

Je vous souhaite ces sympathies, ces sentiments de toutes mes forces, et je ne négligerai aucune occasion pour vous seconder et vous remercier.

Tout à vous en Notre-Seigneur.

t FÉLIX, Evêque d'Orléans.

l¥o«Telle aérle* — Troisième année*

■flSSAGBR Dfl LA SEfflAIllB

Page 1