CHAPITRE PREMIER
COIiSIDÉnATIONS CÉ!(ÉRALES SOB LE MARIAGE.
L'existence et la durée des espèces vivantes reposent sur l'instinct de reproduction. Cet instinct se traduit par l'union des sexes, qui met en jeu les organes génitaux pour accomplir une des plus grandes fonctions de l'organisme : la cÉ.\ÉRATros.
Dans la famille humaine, où se rencontrent les mêmes organes et les mêmes instincts, le mariage, considéré pliysiologiquement, n'est que l'union des sexes pour arriver au même but : la PEnrÉTUAnoN de l'espèce.
Le mî iagc, dans toute société civilisée, estrimion de riionsme et de la femme, selon les lois établies, a(in d'associer tout ce qu'il y a de bon, d'aimant et d'aflcctueux dans deux élres qui cprouvenl une douce attraction l'un pour l'autre. — Son objet se trouve dans le bonbeur cl la prospérité qui doivent naîlre de riinion; dans l'appui el les secours miilucis que les époux jurent de se prêter; — son double biil naturel et social est la progéniture, la bonne éducation pbysiquc ot morale des en*'anls, pour en Caire des hommes vertueux, des citoyens utiles. Le mariage est donc un acte qui touche aux plus baules considérations sociales et au bonheur de la famille.
Le mariage développe et fortilie l'amour de la progéniture, avec le sentiment du droit, du devoir et de l'équité; il met en jeu les forces physiques et morales; il force îi l'activité pour veiller et satisfaire aux besoins de la famille. La femme aime et soigne son mari; le mari reconnaissant adore et protège sa femme; enfin le mariage, en liant les deux sexes l'un à l'autre, prévient la débauche, modère les passions sensuelles par la facilité qu'on a de les satisfaire, el devient ainsi la sauvegarde des bonnes mœurs et de l'honneur des familles.
Les droits de l'homme et de la femme sont égaux par nature, el la civilisation, qui, chaque jour, développe celte idée, a nionlté que, si l'homme est le roi des êtres animés, la femme en est Taimable reine. C'est de cette égalité de droits que doivent naître une subordination réciproque, un parfait équilibre dans la
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vie co^JQgalei bûs, eo abosaot de sa f6nn> on «k a position, sH prenùi bnuisie k l'a» de l'eafiiviiMlre, î'aotre tarait le droit de V\ rappeler.
De loat (etnps \e mariage fui coosidéré par les phi* losophes comme l'état natard de l'homme et de la fiemme pnrenus a l'âge de oubilité; la Dubilitc n'est parfaileœezil établie que plusieurs années apK>s la pu> berté, lorsque les organes ont acquis leur entier dé> veloppement. et qu'ils sont désormais aptes auv fonctions de la généralion. Le mariage exige un âge conve- ^kable, im développement complet de l'organisation et Bdes forces soflisantes. Il réclame des sentiments plus ^Uurablcs que ceux de l'amour; l'amitié cl l'estime ^Hoivent en être le soutien; alors seulement l'uiiion Hpst beurensc et conserve les chances d'un bonlicur ^durable.
D'après l'expérience des anciens el des modernes, est reconnu que l'époque la plus l;ivorable au niaiage et a ses fruils est, en général, de viiigl-cinq li uaranie ans pour l'homme, el de dix-buil h trente ns, pour 1» remine. On appelle précoces les unions ites avant ces âges, tardiccs celles qui se conlracleni après, et disproportionnées les unions tlans lesquelles l'âge de l'un des contractants dépasse de beaucoup celui de l'autre.
Mnrine;**» prcrocp*. — Les p.arcnts sont doublement coupables de marier \mvs enfants avant le complet dévclo|)pcmeul du [)liysi<|uc; il'ylvonl p;ircc que les .jeunes gens, emportés par la longue de leurs désirs,
se fatiguent et s'ënervcnl au milieu d'emhrassemenls trop multiplies; ensuite parce que leur progéniture se ressent de cette précocité et de cet épuisement, ce qui est un malheur pour la race. Après l'épuisement qui , succède aux pertes vénériennes, la satiété arrive; bieo-fl '■*' 'es jeunes époux se dégoijtent l'un de l'autre, ou
tôt
se voient avec indifférence et vont chercher dans i inconstance Faiguillon qui doit réveiller leurs désirs émoussés.
Mais c'est particulièrement pour la femme que la précocité dans l'union sexuelle est plus fâcheuse. Par cette précipitation coupable des parents, la jeune (ille reste en arrière du complément de ses forces qu'elle était sur le point d'acquérir. Sa taille et sa gorge sont déligurées; sa matrice, qui n'a pas acquis le volume nécessaire, ne saurait contenir un fœlus d'un certain volume, ni lui fournir tout ce qui doit servir à son parfait développement. Enfin, la faiblesse des ligaments suspenseurs de ce viscère, le peu de diamètre du bassin et l'étroitesse du passage que l'enfant doit franchir sont des causes bien souvent funestes à la mère et à son fruit. En effet, comment une jeune fille dont l'organisation est encore incomplète pourrait-elle donner le jour ^ un être complet? Aussi n'est-il point rare de voir les victimes de l'union précoce succomber à la suite d'accouchements laborieux, ou traîner plus ou moins longtemps une vie languissante dans un corps délabré,
■lariagca <ardini. — Les organes génitaux de l'homme, à quaranle-cinq ans, et ceux de la femme à trente-cinq, n'ont |)lus la vilalilc, la vigueur de la jeunesse. L'ciiergic vilale, restée stationnaire pendant les dix années qui viennent de s'écouter, commence a diminuer scnsitilement. Nous parions en général; car, selon la conslitulion, le tcmiiérameni, la santé, la bonne conduite ou les dérèglements, etc., etc., l'époque de cette décadence arrive plus tôt pour les uns, plus tard pour les autres. Alors les érections de l'homme ne sont plus aussi complètes, aussi soutenues; le fluide séminal n'est plus sécrété aussi abondamment ni lancé avec autant de force, et peut-être même a-l-il perdu un peu de ses qualités viriles. Quoique le corps soit bien portant, les appétits vénériens ne sont ni aussi fréquemment ni aussi impérieusement ressentis; ce n'est plus l'instinct qui parle, c'est l'imagination.
Les mêmes phénomènes se passent chez la femme, hormis les exceptions; l'amour physique n'exalte plus son cerveau; le besoin du rapprochement sexuel ne raiguillonne plus, et les désirs amoureux, si parfois ils naissent, ne sont qu'un paie reHel des transports d'autrefois. La (iluparl des femmes de trente-cinq h quarante ans ont pris de l'embonpoint, et l'on sait que l'embonpoint est un signe de décadence génitale; aussi les femmes de cet âge ne songeraient que rarement au coït, si leurs maris ne réveillaieut par des caresses la partie qui sommeille. En résumé, aux âges précités, les organes génitaux de l'un el de l'autre
8CXCS onl perdu cotisidcrablemenl de leur ardente vigueur de vingl-cinq aus.
D'après cet exposé, on conçoit facilemenl que les fruits provenant des mariages tardifs doivent être moins vigoureux, moins beaux , que ceux des naariages contractés dans la force de Tàge. Du reste, les faits prouvent mieux que les meilleurs raisonnements et l'on ne saurait nier que la plupart de ces êtres chétifs de l'un et l'autre sexes qui promcnenl. dans les grandes villes leur santc chancelante, ne reconnaissent d'autre cause de leur constitution débile que celle d'avoir été engendrés par des parents âgés.
HnrlagreK disproporflonnéa. — Ces unions , ordinairement tristes et immorales, que devraient dérendre les lois, sont toujours préjudicialiles à la santé du plus jeune et h la constitution des enfants, s'il y a progéniture.
Les jeunes gens que l'appût de la fortune pousse à se marier avec de vieilles femmes épuisent prompteinent leur vigueur, lorsqu'ils ont affaire à ces femmes déjà sur le retour, mais insatiables de luxure, et dont la partie génitale est nne fournaise qui dévore tout. Les jeunes femmes unies h de vieux libertins se fanent de bonne heure, soit parce qu'elles s'abandon- ^ nenl avec ré[)ugnance îi la lubricité de leurs époux, f soit parce que le vieillard se rajeunit au détriment de leur fraîcheur; et, si par hasard la conception a lieu, qu'attendre d'un cire procréé en de telles conditions? Tous les physiologistes sont d'accord sur ce point
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que les enfants procrc^és dans un âge avancé sonl chélif's, doués de peu de vitalité, sujets au radiitisme, aux hémorroïdes, etc.; ils conservent même, pendant leur jeunesse, quelque chose de taciturne <|ui n'est point de leur âge; heaucoup n'atteignent point leur second septénaire; ceux qui résistent mènent ordinairement une vie languissante.
Les lois romaines, plus sages que les nôtres, s'op* posaient à ces sortes de mariages; elles avaient établi des Umiles d'âge <\u''û éiail détendu de rranchir, !i peine de nullité de mariage et d'exil. Les questions des mariages précoces, tardifn et disproiior lionnes sont traitées avec développement dans le premier volume de cet ouvrage intitulé : PiuLosoruiE dd mauuce ; nous y renvoyons le lecteur.
Les funestes efl'ets d'une reproduction troji tardive ou trop précoce se montrent dans le règne végétal comme dans le règne animal. On suit que les jeunes arbres qui portent trop tôt des fruits resteut faibles, s'épuisent et ne vivent pas longtemps; on sait également que les animaux qui se propagent n'ayant pas acquis tout leur dévelo|q)emeut, donnent naissance k des petits peu vigoureux et s'usent rapidement; il en est de mcuie pour la race humaine. Une circonstance tout h fait inexcusable, c'est que l'homme, qui apporte tant d'empressement à améliorer les fruits de ses champs et à perfectionner la race de ses animaux domestiques, se montre si indifférent dans l'emploi des moyens propres 'a perfectionner son espèce 1
La raison, basée sur l'expérience, exige, dans le mariage, le mélange de deux lempéraraenls différents, c'esl-à-dirc qu'on unisse le bilieux au lymplialique, le sanguin au nerveux, etc. On a observé que les enfants provenant de ce mélange naissaient pleins de force et de santé. Du croisement de deux tempéraments o[)posés naît généralement un tempérament mixte ou une idiosyncrasie beaucoup moins disposée aux vices physiques cl moraux dont les père el mère pouvaient être atteints. L'union de deux tempéraments sembla- Iles ne donne point d'aussi beaux résultats; il ne faut ni similitude absolue ni différence trop prononcée. On ne saurait trop recommander aux parents qui marient leurs enfants de ne jamais trop s'écarter des lois tracées par la nature relativement aux âges et aux; tempéraments; la santé, le bonbeur de la famille future y sont attachés; la force et la vigueur de la progéniture en dépendent.
Un point essentiel, el sur lequel on passe trop légèrement, c'est l'étal pathologique ou maladif dans lequel peuvent se trouver les conlraclanls; presque tous les marieurs ne font attention qu'à la fortune, el ne tiennent aucun compte des vices de conformation ou des infirmités plus ou moins graves qui devraient être un obstacle insurmontable î» l'union. Le choix ne devrait porter qne sur des sujets sains au physique et au moral. Il serait a désirer que de sages lois s'opposassent au mariage des êtres infirmes, contrefaits, ou qui portent dans leur sein les germes d'une grave maladie héréditaire; car ils n'engendrent que des ea-
fants chélifs ou malingres, qui, à leur tour, perpétuent une race abâtardie.
La mauvaise conromialion de la jeune Glle nubile devrait être un empcdiemcnt h son mariage; l'espérience démontre tous les jours que la femme dont le bassin offre moins de trois pouces de diamètre anléro-posiérieur ne peut accoucher naturellement : il faut que l'art chirurgical vienne à son secours; les violentes manipulations qu'on lui fait subir pour la dé> livrer sont presque toujours funestes à son existence, et il arrive parfois que l'enfant est sacrifié. Or les parents qui ont reconnu dans leurs enfants des vices de conformation, héréditaires ou acquis, devraient, avant de les marier, consulter un médecin instruit, aOn de s'éclairer sur les résultats probables du mariage, dans l'intérêt de ceux-ci et de leur progéniture. Celte louable précaution préviendrait une foule de maux et d'accidents déplorables.
Mais on rencontre peu de parents qui en agissent de la sorte; c'est presque toujours l'égoïsme de famille ou rintérct personnel qui les guide au détriment de la progéniture et de la nation. Nous ne craignons point de le dire, puisque les ]>arenls ne sont point assez sages pour veiller à l'union sortable et au bonheur de leurs enfants, il serait vivement à désirer que les gouvernants interposassent leur autorité. 11 est bien certain que, s'il sortait une loi qui proscrivît absolument les mariages disproportionnes, ainsi que les mariages d'individus allcinls de maladies ou
d'jnlirniités hérédilaires, ce serait un grand pas de
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fait vers le perfectionnenienl de l'espèce luiinaine. Nous savons qu'une loi senalilable rencoiilrerail de nombreuses résislances; on objetlerait que c'est porter allcinte à la liberté individuelle; mais cette objection, toute spécieuse, tombe d'elle-même lorsqu'il s'agit de sacrifier l'intérêt d'un petit nombre d'individus à rintérét de la société, de la race entière, et nous sommes convaincu qu'avant le laps d'un siècle on en reconnaîtrait les heureux résultais. Or la loi qui s'occuperait du perfectionnement de l'homme physique, et par conséquent de l'homme moral, serait une loi de haute moralité, tandis que la législation qui transgresse les préceptes d'hygiène et de pbysiologic est, par cela même, une législulion faible et incomplète.
Plusieurs philosophes ont prétendu qu'un des éléments de la prospérité des nations se trouvait dans la bonté de- son code matrimonial; beaucoup d'hommes d'État ont eu la même opinion , et tous les hommes de raison pensent comme eux. Les médecins et les physiologistes ne voient pas sinqdemenl dans le mariage l'acte sexuel; ils ont reconnu que le mariage était non-seulement indispensable au développement complet des organes, mais qu'il était nécessaire à l'équilibre des fonctions organiques et des facultés iutellectuelk's, c'est-ïi-dire h l 'harmonie des rapports qui doivent exister entre le physique et le moral.
De laborieuses recherches statistiques, faites par des hommes justement célèbres dans la science, ont
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fourni les preuves matérielles que la folie, l'épilepsie, l'hypocondrie, la maule, l'iiysléric, la passion utérine, l'ennui de la vie, qui conduit au suicide, et une foule de (risles maladies, de dciauls et de vices, sévissaient parlicutièt'enient sur la classe des célibataires. De plus, ils ont conslalé que, dans un temps donné, la mort frappait beaucoup plus de célibataires que de gens mariés, et que les exemples de longévité se rencontraient plus fréquemment chez ces derniers.
Maintenant, si l'on recherche la cause de cette immunité accordée au niariage, malgré les soucis et les peines dont il est entouré, on la trouvera :
1° Daus factivilc physique et morale a laquelle les époux sont obligés de se livrer pour assurer l'eslslence de leur famille; activité qui, favorisant le jeu des fonctions organiques, maintient dans un juste équilibre les perles et les assimilations, d'où résulte l'état de santé; -
2° Dans les plaisirs modérés et réguliers du mariage, qui, loin d'ci>uiser l'économie, lui donnent au contraire une nouvelle énergie sécrétoire en la débarrassant des sucs proliliques surabondants;
5° Dans cet heureux commerce du corps et de l'âme qui aide le couple "a supporter le fardeau de la vie; dans le partage des peines et des plaisirs; dans cet échange journalier de soins empressés, affectueux, de secours mutuels, de tendres caresses, de douces consolations, qui font croire à la sainte amitié, «i rare, de nos jours, sur cette terre égoïste.
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Tels sont les bienfaits du mariage, consîd^ général et dans son cours normal. Il ne s'agit plus que de tracer les règles h suivre dans la vie conjugale et de ne point s'en écarter, sous peine de dérangement dans l'équilibre physique ou moral des conjoints.