‹ Hygiène et physiologie du mariage (volume 2)Chapitre 35 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

aperçu FHTSIOLOGIQDE de L inFLOENCE

QOB LES OflGAMES GÉNITADX OM GS^EItCÉE CHEZ LES TEDPLES

ANCtENS ET HODERNES.

Les peuples de l'anliquilé curent en grande vénération les organes (lui fonl éclore la vie; leur image, loin de blesser les yeu.'i et d'être un objet de honle,

élail devenue fumilière par les idées de rcprodiiclton de l'espèce el de fécondité qu'on y atlacliait : lelles

Ïfurenl les mœurs de ces époques lointaines. Les Ikdiens célébraient les fêtes du liiigmn, ou organe mâle, avec un grand appareil religieux. Les artistes coulaient en bronze ou taillaient en pierres

■ Unes l'image du lingam pour servir d'ornements aux femmes. Les dévols et dévotes le suspendaient à leurs cons, en on)aienl leur coiffure el s'en faisaient des

■ bracelets. Dans les temples se dressaient des linganis gigantesques devant lesquels les femmes venaient se prosterner pour obtenir la fécondité. De nos jours B» encore, certains fiil;irsmi religieux mendiants se postent, h moitié nus, aux abords des temples, et offrent aux femmes leur lingam h baiser. Les femmes stériles n'hésitent pas de loucher de leurs lèvres celle amulelte vivante dans l'espoir d'avoir des enfants, el jettent ensuite leur aumône au fakir.

Si ces pratiques obscènes, que réprouvent nos mœurs, sont un stimulus gdnilal pour les femmes, les danses lascives des bayadèrcssonl aussi un cxcilant Irès-puissanl pour les bommes de ces contrées. 11 n'est pas de temple ni même de petite chapelle qui n'ait sa troupe de bayadères. L'argent qu'on relire des charmes de ces agaçantes courtisanes est au prolil des prêtres desservant l'établissement. — Les brahmes considèrenl la femme comme le champ el l'homme comme la semence; le champ ensemencé qui ne produit pas, dans l'espace de sept années, est

réputé stérile ; on l'ahandonne pc

flire qu'après sepl ans de mariage, si une femme ne fait

point d'enfant, on la répudie pour en prendre une

autre.

Les anciens Égyptiens sculptaient sur tous leurs monuments les emblèmes de la génération humaine, et il est très-probable que le but de leurs fameux mystères était la propagaliou de l'homme et son asservissement aux lois 1 h éocra tiques. Hérodote, Pythagorc, Platon, et plusieurs autres philosophes grecs qui se firent initier k ces mystères, ont gardé le silence sur ce qui s'y passait. Mais l'his^loire nous apprend que les hommes et les femmes se fustigeaient dans le temple d'Isis, et l'on sait dans quel but on emploie la flagellation. Du reste, les Egyptiens rendaient un ■ culte au Phallus, et ce culte, qui attirait la foule à Mendès, à Memphis et à Êléphantis, s'accompagnait de pratiques licencieuses que nous ne pouvons relater ici.

Les AssTitiENs, les Badtlonieks et les Perses honoraient Vénus sous les noms de Sahimbo, Mythra, Mylita, Aterijatis, etc. Dans les temples nombreux consacrés h cette déesse, le Phallus recevait l'adoralion et les offrandes d'une multitude altérée déplaisirs sensuels. L'histoire de Sardauapale et de ses voluptueuses orgies nons dispensent d'aller plus loin. J

Les Grecs prirent dans la religion égyptienne ce qui allait le mieu.v h leur caractère et rejetèrent ce

qui leur parut trop grossier. Bientôt ils peuplèrent leur Olympe de dieux et surtout de charmantes déesses: Jupiter, Apollon, Bacchus, Priape, etc., etc. Junon, Pallas, Aphrodite ou Vénus, la plus luxuriante ligure de la beauté physique, accompagnée des Grâces cl de l'Amour. Venaient ensuite une foule de demidéesses ou nymphes, toutes plus tendres, plus jolies les unes que les autres. Les habitants de l'Olympe descendaient, de temps en temps, sur la terre et ne croyaient pas déroger en accordant leurs faveurs k desimpies mortels. Le paganisme, si riant dans ses allégories, avait généralisé le culte de l'amour, parce que l'amour avait débrouillé le chaos et organisé la

ratière : c'était une belle idée.

Vénus était, scion l'érudit Larcher, la déesse qui possédait le plus grand nombre de temples dans les deux Grèces; on en comptait au delà de quatre-vingtdix bàlis en son honneur. Cytlière, Paplios, Guide, Chypre, Lesbos, Idalie, Amatonlcetc.lui rendaient un culte spécial et attiraient dans leur sein une multitude innombrable d'étrangers. Plusieurs villes de la Grèce, mais surtout .Athènes et Corinlhe, célébraient les fêtes de Vénus avec un luxe de jolies femmes qu'on ne saurait rencontrer aujourd'hui (I). Les Bacchanales, lesCatagogics.les Priapéi;s, les Tiiesniopriones, etc., s'accompagnaient de circonstances tout k fait favoihlesà la reproduction de l'espèce humaine etdégé-

■lal

(1) Voyez VHistoireàe Luts de Corinlhe. intéressant ouvrage où sont (lé|ieiiilcs les mœurs de ces époques. Prix : 3 francs. Chez Denlu, libraire au Palais-Royal.

ncraient souvent en plaisirs licencieux. Il faut aussi faire observer qu'on honorait Vénus, non-seulement parce que son culte flattait les sens, mais encore par crainte de sa colère ; car cette colère était suivie d'une affreuse vengeance : la nymphomanie! On citait comme preuve les filles de Prœtus, qui devinrent la proie de celle dégoûlanle maladie pour avoir méprise le cuUe de la déesse : ces malheureuses parcoururent, demi-nues, le Péloponèse, dévorées d'un feu génital qu'elles ne pouvaient éteindre.

Dans les principales villes de la Grèce, le dieu Priape avait ses statues et ses autels. Son image, portant quelquefois le nom d'Dermès, servait de bornes et de jalons sur les roules. A Priapis dans la Troade, h Ornie, h Corintbe, à Athènes, les femmes célébraient la lète de ce dieu difforme avec beaucoup d'entrain. Les Alhéniens, ce peuple plus civilisé que les autres, avaient multiplié dans leur ville et leurs jnrdins les sialues d'IIermès-Priape. Alcibiade, qui se moquait delà crédulité du vulgaire, au sortir d'une réjouissance noclurne, s'avisa, avec plusieurs jeunes fous ses amis, de briser l'organe démesuré de tous les priapes qu'il rencontra. Le lendemain, la consternation fut grande; et celte espièglerie faillit couler la vie au lils (le Glinias. Telle était la vénération qu'inspirait encore cet emblème de la génération.

Les attraits du culte de Vénus et de Bacchus inspirèrent grand nombre de poêles et de philosophes: Auacréon, Moscbus, Bion, Sapho, Arislippe , Épicure, etc. chantèrent l'amour, le vin et la bonne

lière. Aristophane parla de Vénus et de ses prétresses (fl termes d'une crudilé révoltante. Diogènc et Crai trouvèrent que l'acte génital, consommé en public, l'avait rien de scandaleux.

Aihèoes et Corinthe furent les deux villes grecques tù l'on s'adonna aux jeui de l'amour avec une conllanle passion. Les plus belles et les plus aimables i:ourtisaneâ du monde alliraicnt la foule des étrangers Ijans ces villes, véritables sanctuaires des arts et des imours. Le rhéteur Alciphron nous a laissé les noms ft les mœurs des plus célèbres courtisanes de ces emps.On éleva des temples à plusieurs d'entre elles, Fet leur beauté reçut les honneurs divins.

Les Romains ne furent, en tout, que les imitateurs ]l3es Grecs, mais ils surpassèrent leurs maîtres dans le [culle qu'ils rendirent à Vénus. Jamais peuple ne Iporta plus loin la passion de la sensualité. Les temples Je Vénus étaient de beaucoup supérieurs en nombre ceux de Jupiter, et la Ibule des adorateurs les encombrait sans cesse. Bacchus, Priapc et le dieu ?an se voyaient partout représentés avec les signes exagérés de la virilité. Le Phallus devint une limage révérée, et, à l'exemple des Égy[itiennes , ^es femmes de Rome eu firent une amulette, un objet je parure. Les artistes donnèrent aux ustensiles de |table et de cuisine la forme d'un Phallus : les coupes, les amphores, les lampes, les sièges etc., etc., repré- Keotaienl des Phallus ; l'arcliilccture les prodiguait fdans ses compositions. Les bornes des rues, les sièges

en pierre, placés devanl les maisons, avaient la formej d'un Phallus; aux portes des villes, dans les jardii et les champs, sur les grandes routes, partout se dr salent d'énormes Phallus : c'était la mode.

Aux premiers jours du printemps, on célébrait Rome la fête de Vénus féconde. Les femmes mariée et les filles nubiles se rendaient au mont Quirinal, où" se trouvait un monstrueux Phallus en lois de cilrusjj elles chargeaient ce Phallus sur leurs épaules et I portaient processlonnellement au temple de Vénu9| Érycine, en chantant des hymnes erotiques. Apr une station de quelques heures dans ce temple, oui se passait des abus, elles rechargeaient l'idole sur leurs épaules et la rapportaient au mont Quuinal.

Les Uomains célébraient un grand nombre de fêles où le stimulus génital arrivait au suprême degré: les Galagogies, les ïliermophories, les Baccbidcs, les Phallophories, les Pérennies, les fêles de Cérès, de Proserpine, etc., offraient aux deux sexes les plus énergiques excitants. Aussi, tous les auteurs lallqjfl ijui ont parlé de ces fêles les dépeignent comme de^ réunions où la licence ne connaissait plus de bornes.

Ovide, Tibulle, Catulle, Salluste et l'immortel Virgile, Horace, Martial, Properce, Juvénal, Pétrone, Piaule, Suétone, Téreuce, etc., sont unanimes sur ce point. L'érotisme élait la passion dominante de cette époque; les patriciennes comme les plébéiennes, le hommes de grand nom comme le client et l'esclave? vivaient continuellement sous l'influence génitale. — Les excès les dissolutions , les déportements

tous genres, s'élevèrent si haut, sous les dernier» Ce-

^uars, qu'après avoir lu le Festin de Trimaldov, l'ciii

par Pétrone, on est forcé d'avouer que Jamais j)eii[)l(!

au monde, sans en excepter les Assyriens et lis Oa-

ijloniens, ne surpassât en débauche, en sales orgies,

es Romains dégénérés qui devaient bientôt devenir la

roie des barbares.

Vers la chute de l'empire romain, le christianisme éfréna pour quelque temps la passion génitale ; ais en méprisant la chair, en glorifiant le célibat, il onna dans un extrême qui ne pouvail s'accorder avec 'organisation humaine. Cette passion, comprimée nt bien que mal pendant la période du mysticisme, ;«e réveilla de nouveau ; mais au lieu de se montrer u grand jour, comme au temps du [lagauisme, elle 86 satisSiisait en secret. — Malgré les entraves, les ègles les plus austères, on la voit grandir peu h peu t reparaître, au dixième siècle de notre ère, avec les héodora et les Marozzia, véritables Messalines de la ome chrétienne. — Marchant et se développant toujours, la passion génitale se manifeste au seizième iècle dans toute sa violence chez les Sixte IV et les iario, chez lesBorgia et les Farnèse, qui éclipsèrent ar leurs infâmes débauches et leurs attentais toul e que les monstres couronnés de la Rome antique vaient consommé a.vant eux.

Enûn, quelques philosophes du dix-seplième siècle ircnt le courage de s'élever contre les infamies des nds, d'attaquer les préjugés que maintenaient une liasse intéressée, et, malgré les persécutions dont ils

furent victimes, d'autres sages dévoués conlinuèrenl le grand œuvre commencé. De ce moment l'IiumaDi entra dans un nouvel ordre de choses. Mais ce fi aux savants moralistes du dix-huitième siècle, cent lesquels s'ameutèrent tant de voix hypocrites, qu'on dut la complète régénération sociale. Ces bienfaiteurs de l'humanilé attaquèrent et détraisirent, un à un, tous les préjugés, combattirent corps à corps l'hydre des su per.sti lions, ce fruit monstrueux de I gnorance; effacèrent les abus, et, répandant à floi les lumières sur le pcujile, qui pendant si longtem en avait été privé, ils épurèrent les mœurs cloiivrirent la voie nouvelle dans laquelle nous marchons anjour^B d'hui. Honneur et gloire aux philosophes du dix-^B huitième siècle 1 car, sans eux, l'Europe serait encore couverte d'épaisses ténèbres.

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