ANCIENS ET MODERNES
Les peuples de Tanliquité eurent en grande vénération les organes qui font éclore la vie ; leur image, loin de blesser les yeux et d'être un objet de honte,
élait devenue femilière par les idées de reprodaetiim de Fespèce et de fécondité qu'on y attachait : telles furent les mœurs de ces époques lointaines.
Les Indiens célébraient les fêtes du lingam, ou organe mâle, aveo un grand appareil religieux. Les artistes coulaient en bronze ou taillaient en pierres fines Timage du lingam pour servir d'ornements aux femmes. Les dévots et dévotes le suspendaient à leurs cous, en ornaient leur coiffure et s'en faisaient des bracelets. Dans les temples se dressaient des lingams gigantesques devant lesquels les femmes venaient se prosterner pour obtenir la fécondité. De nos jours encore, certains fakirs ou religieux mendiants se postent, à moitié nus, aux abords des temples, et offrent aux femmes leur lingam à baiser. Les femmes stériles n'hésitent pas de toucher de leurs lèvres cette amulette vivante dans l'espoir d'avoir des enfants, et jettent ensuite leur aumône au fakir.
Si ces pratiqués obscènes, que réprouvent nos mœurs, sont un stimulus génital pour les femmes, les danses lascives des bayadères sont aussi un excitant très-puissant pour les hommes de ces contrées. Il n'est pas de temple ni même de petite chapelle qui n'ait sa troupe de bayadères. L'argent qu'on retire des charmes de ces agaçantes courtisanes est au profit des prêtres desservant l'établissement. — Les brahmes considèrent la femme comme le champ et Thomme comme la semence; le champ ensemencé qui ne produit pas, dans l'espace de sept années, est
réputé stérile ; on Tabandonne pour un autre, c'est-kdire qu'après sept ans de mariage, si une femme ne fait point d'enfant, on la répudie pour en prendre une autre.
Les anciens Égyptieiis sculptaient sur tous leurs monuments les emblèmes de la génération humaine, et il est très-probable que le but de leurs fameux mystères était la propagation de Thomme et son asservissement aux lois théocratiques. Hérodote, Pytfaagore, Platon, et plusieurs autres philosophes grecs qui se firent initier k ces mystères, ont gardé le silence sur ce qui s'y passait. Mais l'histoire nous apprend que les hommes et les femmes se Tustigeaient dans le temple d'Isis, et Ton sait dans quel but on emploie la flagellation. Du reste, les Egyptiens rendaient un culte au Phallus, et ce culte, qui attirait la foule àMendès, à Memphis et à Éléphantis, s'accompagnait de pratiques licencieuses que nous ne pouvons relater ici.
Les Assyriens, les Babyloniens et les Perses honoraient Vénus sous les noms de Salambo^ Mythra^ Mylitùy Atergatis, etc. Dans les temples nombreux consacrés à cette déesse, le Phallus recevait Tadora- (ion et les offrandes d'une multitude altérée déplaisirs sensuels. L'histoire de Sardanapale et de ses voluptueuses orgies nous dispensent d'aller plus loin.
Les Grecs prirent dans la religion égyptienne ce qui allait le mieux à leur caractère et rejetèrent ce
qui leur parut trop grossier. Bientôt ils peuplèrent leur Olympe de dieux et surtout de charmantes dées* ses: Jupiter, Apollon, Bacchus, Priape, etc., etc. Junon, Pallas, Aphrodite ou Vénus, la plus luxuriante figure de la beauté physique, accompagnée des Grâces et de l'Amour. Venaient ensuite une foule de demi- . déesses ou nymphes, toutes plus tendres, plus jolies les unes que les autres. Les habitants de l'Olympe descendaient, de temps en temps, sur la terre et ne croyaient pas déroger en accordant leurs faveurs à de simples mortels. Le paganisme, si riant dans ses allégories, avait généralisé le culte de l'amour, parce que l'amour avait débrouillé le chaos et organisé la matière : c'était une belle idée.
Vénus était, selon l'érudit Larcher, la déesse qui possédait le plus grand nombre de temples dans les deux Grèces ; on en comptait au delà de quatre-vingtdix bâtis en son honneur. Cythère, Paphos, Gnide, Chypre, Lesbos, Idalie, Âmatonte, etc., lui rendaient un culte spécial et attiraient dans leur sein une multitude innombrable d'étrangers. Plusieurs villes de la Grèce, mais surtout Athènes et Corinlhe, célébraient les fêtes de Vénus avec un luxe de jolies femmes qu'on ne saurait rencontrer aujourd'hui (1). Les Bacchanales, les Catagogies, les Priapées, les Tbesmophories, etc., s'accompagnaient de circonstances tout k fait favorables à la reproduction de l'espèce humaine et dégé-
(i) Voyez Y Histoire de Laïs de Corinthe, intéressant ouvrage où sont dépeintes les mœurs de ces époques. Prix : 5 francs. Chez Dentu, libraire au Palais-Royal.
Déraient souvent en.plaisirs licencieux. Il feut aussi faire observer qu'on honorait Vénus, nen-seulemeot parce que son culte flattait les sens, mais encore par crainte de sa colère ; car cette colère était suivie d'une affreuse vengeance : la nymphomanie! On citait comme preuve les filles de Prœtus, qui devinrent là proie de celte dégoûtante maladie pour avoir méprisé le culte de la déesse : ces malheureuses parcoururent, demi-nues, le Péloponèse, dévorées d'un feu génital qu'elles ne pouvaient éteindre.
Dans les principales villes de la Grèce» le dieu Priape avait ses statues et ses autels. Son image, po^ tant quelquefois le nom d'Hermès, servait de bornes et de jalons sur les routes. A Priapis dans la Troade, k Ornie, k Gorinthe, k Athènes, les femmes célébraient la fête de ce dieu difforme avec beaucoup d'entrain. Les Athéniens, ce peuple plus civilisé que les autres, avaient multiplié dans leur ville et leurs jardins les statues d'Hermès-Priape. Alcibiade, qui se moquait delà crédulité du vulgaire^ au sortir d'une réjouissance nocturne, s'avisa, avec plusieurs jeunes fous ses amis, de briser l'organe démesuré de tous les priapes qu'il rencontra. Le lendemain, la consternation fut grande ; et cette espièglerie faillit coûter la vie au fils de Glinias. Telle était la vénération qu'inspirait encore cet emblème de la génération.
Les attraits du culte de Vénus et de Bacchus inspirèrent grand nombre de poètes et de philosophes : Anacréon, Moschu», Bien, Sapbo, Aristippe , Épicure, etc. chantèrent l'amour^ le vin et la bonne
chère . ÂristopbaDe parla de Vénus et de ses prêtresses en termes d'une crudité revotante. Diogène et Gratès trouvèrent que l'acte génital, consommé en public, n'avait rien de scandaleux.
Athènes et Corinthe furent les deux villes grecques où Ton s'adonna aux jeux de l'amour avec une constante passion. Les plus belles et les plus aimables courtisanes du monde attiraient la foule des étrangers dans ces villes, véritables sanctuaires des arts et des amours. Le rhéteur Alciphron nous a laissé les noms et les mœurs des plus célèbres courtisanes de ces temps. On éleva des temples à plusieurs d'entre elles, et leur beauté reçut les honneurs divins.
Les Romains ne furent, en tout, que les imitateurs des Grecs, mais ils surpassèrent leurs maîtres dans le culte qu'ils rendirent k Vénus. Jamais peuple ne porta plus loin la passion de la sensualité. Les temples de Vénus étaient de beaucoup supérieurs en nombre k ceux de Jupiter, et la foule des adorateurs les encombrait sans cesse. Bacchus, Priape et le dieu Fan se voyaient partout représentés avec les signes exagérés de la virilité. Le Phallus devint une image révérée, et, à l'exemple des Égyptiennes, les femmes de Rome en firent une amulette, un -objet de parure. Les artistes donnèrent aux ustensiles de table et de cuisine la forme d'un Phallus : les coupes, les amphores, les lampes, les sièges etc., etc., représentaient des Phallus ; l'architecture les prodiguait dans ses compositions. Les bornes des rues, les sièges
en pierre, placés devant les maisons, avaient la foraie 4'un Phallus; aux portes des villes, dans les jardins et les champs, sur les grandes routes, partout se dressaient d'énormes Phallus : c'était la mode.
Aux premiers jours du printemps, on célébrait à Rome la fêle de Vénus féconde. Les femmes mariées et les filles nubiles se rendaient au mont Quirinal, où se trouvait un monstrueux Phallus en bois de citrus ; elles chargeaient ce Phallus sur leurs épaules et le portaient processionnellement au temple de Vénus- Érycine, en chantant des hymnes erotiques. Après une station de quelques heures dans ce temple, où il se passait des abus, elles rechargeaient Tidole sur leurs épaules et la rapportaient au mont Quirinal.
Les Romains célébraient un grand nombre de fêtes où le stimulus génital arrivait au suprême degré: les Catagogies, les Thermophories, les Bacchides, les Phallophories, les Pérennies, les fêtes de Cérès, de Proserpine, etc., offraient aux deux sexes les plus énergiques excitants. Aussi, tous les auteurs latins (|ui ont parlé de ces fêtes les dépeignent comme des réunions où la licence ne connaissait plus de bornes.
Ovide, Tibulle, Catulle, Salluste et Timmortel Virgile, Horace, Martial, Properce, Juvénal, Pétrone, Plante, Suétone, Térence, etc., sont unanimes sur ce point. L'érolisme était la passion dominante de celte époque; les patriciennes comme les plébéiennes, les hommes de grand nom comme le client et l'esclave, vivaient continuellement sous Tinfluence génitale. — Les excès les dissolutions , les déportements dô
tous genres, s'élevèrent si haut, sous les dernier» Gé" sars, qu'après avoir lu le Festin de Trimalcioriy écrit par Pétrone, on est forcé d'avouer que jamais peuple au monde, sans en excepter les Assyriens et les Babyloniens, ne surpassât en débauche, en sales orgies, ces Romains dégénérés qui devaient bientôt devenir la proie des barbares.
Vers la chute de l'empire romain, le christianisme réfréna pour quelque temps la passion génitale ; mais en méprisant la chair, en glorifiant le célibat, il donna dans un extrême qui ne pouvait s'accorder avec l'organisation humaine. Cette passion, comprimée tant bien que mal pendant la période du mysticisme, se réveilla de nouveau ; mais au lieu de se montrer au grand jour, comme au temps du paganisme, elle se satisfaisait en secret. — Malgré les entraves, les règles les plus austères, on la voit grandir peu à peu et reparaître, au dixième siècle de notre ère, avec les Théodora et les Marozzia, véritables Messalines de la Rome chrétienne. — Marchant et se développant toujours, la passion génitale se manifeste au seizième siècle dans toute sa violence chez les Sixte lY et les Riario, chez les Borgia et les Farnèse, qui éclipsèrent par leurs infâmes débauches et leurs attentats tout ce que les. monstres couronnés de la Rome antique avaient consommé ayant eux.
Enfin, quelques philosophes du dix-septième siècle eurent le courage de s'élever contre les infamies des grands, d'attaquer les préjugés que maintenaient une classe intéressée, et, malgré les persécutions dont ils
furent victimes, d'autres iages dévoués cotKinuèn^t le grand œuvre commencé. De ce moment rhumatiké entra dans un nouvel ordre de choses. Mais ce fut aux savants moralistes du dix-huitième siècle» contro lesquels s'ameutèrent tant de voix hypobrites, qu'on dut la complète régénération sociale. Ces bien&iteurs de l'humanité attaquèrent et détruisirent, ub a un, tous les préjugés, combattirent corps à corps Thydre des superstitions, ce fruit monstrueux de VI* gnorance; effacèrent les abus, et, répandant k flots les lumières sur le peuple, qui pendant si longtetdpii en avait étéprivét ils épurèrent les moeurs et ouvrirent la voie nouvelle dans laquelle nous marchons aujôUr^» d'hui. Honneur et gloire aux philosophes du dixhuitième siècle! car, sans eux, l'Europe serait encore couverte d'épaisses ténèbres. •