DES ÉPOUX
L'union des sexes est une des grandes lois de la nature vivante; Tbomme et la femme y sont soumis comme tous les êtres, et ne peuvent s'en affranchir, surtout pendant Tâge viril, sans que leur économie en souffre plus ou moins. A ce point de vue, le mariage exerce une immense influence sur la santé géi^^rale, les mœurs et le caractère des deux sexes.
Nous venons de dire que les célibataires étaient sujets k une foule de maladies dont les personnes mariées se trouvaient exemptes ou très-rarement affectées; que la mort fauchait un plus grand nombre d^existences parmi les premiers que parmi les secondes, et qCb le mariage portait, pour ainsi dire, avec lui un brevet de vieillesse. Cette immunité du mariage était parfaitement connue des anciens,
puisqu'ils élevèrent des statues à THymen avec ces mots sur le piédestal : — A VEymen qui retarde la vieillesse.
€roire que la virginité conserve la fraîcheur du teint et les divers attraits du corps est une funeste erreur dont les vieilles filles sont les victimes. Une fille qui reste vierge après avoir atteint le développement complet de son physique ne tarde pas k être assaillie d'une foule d'indispositions, d'éruptions cutanées, de vapeurs, etc., mortelles ennemies de sa beauté. Sa fraîcheur décroit, ses charmes se fanent et sa sanlé s'altère a mesure qu'elle tarde k remplir le but de la nature. Au contraire, la femme mariée, surtout celle qui a conçu, puise une nouvelle fraîcheur, une santé brillante dans les plaisirs dont la vierge est sevrée.
Quant aux hommes, en général, la virginité, c'esth-dire la continence perpétuelle absolue, leur est impossible; l'état de célibat n'est pour eux qu'un moyen de mieux jouir des plaisirs de l'amour, sans avoirJa charge et les embarras d'une famille; les honnêtes gensl...
D'après les statistiques de plusieurs savants médecins français, allemands et anglais, il résulte que parmi les célibataires de l'âge de vingt-cinq à quarante -cinq ans, la mortalité est de 28 sur 100, dans un laps de temps donné, tandis que, parmi les hommes mariés du même âge, elle rifest que de 18 sur 100.
Pour 78 hommes mariés qui atteignent quaranle-
deux ans, il n'y a que 40 célibataires qui parviennent k cet âge.
La différence devient encore plus frappante k mesure que l'âge augmente.
 soixante ans, sur un nombre de 100, il ne reste en vie que 22 célibataires contre 48 hommes mariés; k quatre-vingts ans» 9 hommes mariés, et seulement 3 célibataires.
Chez les femmes, ces différences sont encore beaucoup plus tranchées ; on voit fort peu de lilles parvenir k un âge avancé.
Falret s'est assuré, par ses recherches dans les registres de décès de plusieurs capitales, que, sur 100 suicides, on comptait G7 célibataires. — Georget a constaté que, sur 1,726 aliénés, 980 sont célibataires. — Eniin les statistiques criminelles montrent 62 célibataires sur 100 prévenus.
Parmi les nombreuses maladies causées par l'inaction complète des organes génitaux, k l'âge où Texercice de leurs fonctions est impérieusement exigé, on cite, d'un côté, le satyriasis, le priapisme, la nymphomanie, riiyslérie, la catalepsie, la folie, etc.; de l'autre, la mélancolie, la langueur, les insomnies, les cauchemars, les rêves erotiques, la funeste habitude des plaisirs solitaires, etc., affections qui défigurent généralement l'être humain et le portent aux plus hideux excès.
Le célibat n^erce une si funeste influence sur les facultés intellectuelles de la femme, que, dans tous les établissements d'aliénés, le nombre des filles ou
femmes non mariées est tout à fait hors de proportions. Ainsi, dans le rapport fait en 1822 sur l'hospice de la Salpêtrière^ k Paris, on trouve ces chiffres :
Sur 1,726 femmes aliénées, 1,276 étaient filles. Nous aurons occasion de parler plus loin des hideuses névroses qui attaquent la plupart des filles qui se vouent au célibat malgré les ardeurs de leur tempérament.
Voyez cette jeune fille aux pâtes couleurs, aux yeux cernés, languissants, a la démarche chancelante; semblable h la fleur étiolée, elle penche son front vers la terre, faute d'une vivifiante caresse; son cœur palpite, sa respiration est fréquemment interrompue par des soupirs ; ses digestions sont mauvaiseSi ses appétits bizarres; elle désire une nourriture qui lui est contraire ou des substances qui ne sont pas des aliments. Si Tétat fâcheux dans lequel elle languit persiste plus longtemps, la tombe, hélas ! va s'ouvrir et se refermer pour jamais sur elle. Mais qu'on la marie, qu'on lui donne le jeune homme qu'elle voit sans cesse dans ses rêves, l'hymen sera pour elle ce beau rayon de soleil qui dissipe le sombre nuage et rend au ciel son riant azur. Alors les roses renaîtront sur le visage de la jeune fille ; un sang plus riche circulera dans ses veines et lui assurera une santé robuste.
Pausanias nous a transmis l'heureuse métamorphose que le mariage opéra sur la femme d'Ariston : Jeune fille, elle était très-laide, boutonneuse et hys-
tériqae ; dès qu'elle fut devenue femme, sa beauté aurait pu entrer en concurrence avec celle d'Hélène.
Il en est de même pour réphèbe« dont l'ardente puberté est le pronostic des violents désirs qui vont bientôt l'assiéger et le rendre morne, taciturne, s'ils sont comprimés sans espoir d'être satisfaits. Lorsque l'effervescence de la passion amoureuse se manifestera cbez lui par des signes non équivoques, donnezlui une compagne, afin qu'il puisse verser dans son sein cette surabondance de vie qui déborde par tous ses pores, et qu'au lieu de la dépenser inutilement il la fasse servir à perpétuer sa race.
Enfin, on peut affirmer qu'une foule d'hommes et de femmes d'un tempérament lubrique se seraient portés k toutes sortes d'excès si le mariage n'était venu satisfaire et apaiser ces fougueux transports, tristes fruits d'une organisation où prédomine l'activité génitale.
L'histoire fournit plusieurs exemples de passion amoureuse qui, plus longtemps comprimée serait devenue funeste aux individus qu'elle dévorait.
Perdiccas dépérissait chaque jour et serait mort infaiHiblement si l'œil pénétrant d'Hippocrate n'eût découvert l'amour du jeune prince pour Phila, et n'eût engagé le roi son père a la lui donner pour femme.
Antiochus, dévoré d'un violent amour pour Stratonice, concubine de son père, avait déjk un pied dans la tombe, lorsque le médecin Érasistrate surprit le secret, et dit k Séleucus que son fils n'avait
pas deux jours à vivre s'il ne possédait celle qu'il adorait. Le roi rendit la santé k son fils en lui don* nant Stratonice.
Une patricienne se mourait d'amour pour un jeune plébéien ; Galien, appelé pour la traiter, avoua au père que la maladie était mortelle si leur union était diflerée. Le père, effrayé, les maria le jour même, et sauva sa fille d'une mort certaine.
Schurigius raconte, dans sa spermatologie, qu'un jeune homme amoureux , converti k des idées absurdes, jura de garder un célibat absolu. Une grave maladie s'empara de son corps et de son esprit ; son langage, ses gestes indécents et toute sa personne se montrèrent en complet désaccord avec ses vœux. — Le médecin lui déclara formellement que sa hideuse maladie n'a* vait qu'un seul remède : le mariage. Le malade se laissa donc persuader ; mais, après avoir satisfait au besoin sexuel, il se prit a pleurer. Ses amis voulurent le consoler en lui démontrant qu'user d'un remède n'était pas pécher.— Vous n'y êtes pas, leur répondit-il, je pleure de n'avoir pas usé plus tôt du remède.
L'élégant auteur de la Physiologie des passions a rapporté l'histoire d'une jeune demoiselle que sa famille, égarée par une fausse religion, voulait faire religieuse contre son gré. Cette deipoiselle, douée d'un tempérament utérin, tomba d'abord dans une profonde langueur, puis passa par tous les degrés de l'hystérie, de l'érotomanie et de la nymphomanie ; elle allait succomber aux ardeurs qui la dévoraient, lorsque Âlibert, consulté, ordonna pour unique tral«
tement un prompt mariage. Ce moyen réussit complètement. Aujourd'hui, mère de famille et rernar* quable par la douceur de son caractère, cette dame vit calme et pleine de santé.
Le mariage est le seul moyen de coordonner Tinstinct génital et de l'assujettir k un but moral ; lui . seul peut régler et modérer les appétits vénériens. Nous verrons, plus loin, qu'il est aussi dangereux d'étoufTer linstinct génital que de lui lâcher la bride La loi générale de l'harmonie exige l'exercice modéra de tous les organes de notre économie. Si l'un de nos organes est condamné à un repos absolu, les autres organes ne tardent pas à souffrir, et, le parfait équilibre de toutes les fonctions étant détruit, la santé s'altère et les maladies arrivent. L'acte génital est donc une nécessité pour Thomme et la femme; sa privation absolue ne peut qu'être nuisible au physique et au moral de l'individu.
En résumé, les plaisirs du mariage, pris avec modération, sont nécessaires au maintien de la santé générale; ils apaisent les violents désirs, les impatiences, les inquiétudes, les chagrins d'amour : ils préviennent les songes erotiques qui embrasent et troublent le sommeil ; ils facilitent le jeu des fonctions; ils réjouissent l'âme, et donnent au corps cette ii-^ berté, cette souplesse qui rendent alerte et dispos ; ils portent l'homme k l'amitié, a la bienveillance, k la générosité. Enfin, il faut le reconnaître et le dire, ces douceurs du mariage sont une heureuse compensation aux chagrins et aux misères de la vie.