‹ Hygiène et physiologie du mariageChapitre 57 sur 69 · DOIT-ON LES SATISFAIRE · texte numérisé non relu

DOIT-ON LES SATISFAIRE

Le système nerveux étant parfois surexcité, pendant la grossesse, les voies digestives participent k eette surexcitation , et les goûts, les appétits les plus

bizarres se développent. On voit des femmes qui croquent (lu charbon, de la craie, du plâtre, etc.; d'autres montrent une excessive avidité pour les acides, les fruits verts, les aliments faisandés, puants. Les désirs peuvent arriver a un degré qui souvent fait craindre l'aliénation mentale. Nous donnerons quelques i échantillons de ces goûts bizarres, qui ont tonjoars | leur source dans une aberration nerveuse.

II est passé en proverbe, dans certaines classes de la société, qu'on doit accorder aux femmes enceintes la satisfaction de leurs envies , dans la crainte qœ leur imagination, sans cesse torturée par ces désirs, n'en jette l'empreinte sur la peau de leur pn^énitore. Bon nombre de pauvres maris se gênent, se dépouillent, pour acheter des mets let des fruits hors de saison, d'un prix toujours exorbitant; beaucoup d'aotres se ruinent pour satisfaire des envies de bijoui, de parures, afin d'exempter l'enfant k naître des tristes difformités que les envies de la mère lui imprioMraient indubitablement sur le corps. Les bonspèresl s^ils savaient que ces craintes sont illusoires et àémé» de fondement, ils inviteraient leurs femmes à modifier leurs envies, h les oublier lorsqu'elles sont trop coûteuses a satisfaire; ils refuseraient et auraient raison. Cependant, si l'objet désiré n'est nuisible ni ^ la santé de la mère ni au développement de son fruit; s'il n'est préjudiciable ni à soi ni à autrui, il n'y a nul inconvénient à le lui accorder; mais, dans le cas contraire, il serait coupable de satisfaire une fantaisie dont os aurait plus tard k rougir et a s'accuser.

n est des femmes qui prétendent être poussées au vol par leur état de grossesse; d'autres se disent portées k la rise, à la dispute; celles-ci sont gourmandes, ceiles-lk s'enivrent de liqueurs fortes. — Borclli a vu des femmes enceintes se délecter à boire Teau putride coulant d'un fumier; tremper leur pain dans du aag tourné et manger des viandes pourries, des fromages en putrilage, enfin des excréments.. . — Forestier rapporte avoir vu plusieurs femmes enceintes qui dévoraient des anguilles, des écrevisscs vivantes, des poissons encore palpitants. Une d'elles, ayant aperçu dans une cuisine un lapin coupé par quartiers, ppur faire une gibelotte, se précipita dessus et en avala tous les morceaux saignants. Le même Forestier a écrit l'observation d'une femme grosse qui, voyant une peau de brebis fraîchement écorchée, la coupa par lanières et la mangea, garnie de sa laine, en une [oornée; mais il ne dit pas si elle en eut une indigestion!.. . Il existe une immense variété d'envies plus m moins étranges, plus ou moins aiïreuses, que l'autorilé du mari doit combattre, si les conseils de la raison n'ont pu les déuuire. Quant aux envies qui peuvent troubler la sécurité publique, il y a urgence ï les réprimer. On doit priver de leur liberté certaines femmes maniaques, heureusement fort rares, que leurs envies poussent a des actes de barbarie et d'atroce cruauté.

On connaît l'histoire de cette femme qui n'avait pas de plus grand plaisir, pendant sa grossesse, que d'attirer les petits enfants dans sa cave, pour leur pi-

■ savant Caroérius disait souvent : « La lit quelquefois faire aux femmes des Ipalières; il est prudent de ne pas trop h leurs désirs. » Forte de cet aveu, sa lant un jour du marché avec un panier s, entra dans le cabinet où il travaillait, ingloter. Le mari s'empresse de lui deiQse de ses pleurs. Après quelques inloase lui répond que depuis plusieurs dominée et violemment tourmentée par casser des œufs sur le visage. Gamérius, adrement sa femme, prit tranquillement 'viettes et s'en enveloppa la tête... Heuîcoutée, la femme lui lança au visage, les antres, tous les œufs du panier. Le paurbouillé de jaunes d'œufs, de la tête aux quitte pour aller se laver, et sa femme, : envie, redoubla d'attachement pour lui.»

emple est pour le moins aussi bizarre, loiselle de bonne famille fut mariée k un rat d'une amabilité et d'une bonté comme îonlre guère. Au premier signe de grosmnt l'objet des soins les plus empressés; ) désirs étaient aussitôt satisfaits; maledans la maison, rien ne lui était refusé, ifBchait une soumission d'esclave. 3Ialgré leurs de cette belle lune de miel, la jeune a tout k coup triste, maussade, har^ ^pauvre mari de multiplier ses soins, de I earesses, de la supplier à genoux de lui

quer les veines avec une grosse épingle et en sucer le sang.

Cette autre femme dont parle Goulard qui, dégoûtée de toute espèce d*aliments au cinquième mois de sa grossesse, se sentit tout à coup l*horribIe envie de manger de la chair humaine. Cette envie devint si pressante, qu'elle profita du sommeil de son mari pour regorger. Après avoir dévoré une partie du cadavre en quelques jours, elle sala le reste et le cacha soigneusement. Lorsque cette rage de chair humaine se fut dissipée, la malheureuse alla confesser son crime.

De tels désirs sont monstrueux, et portent l'épouvante au sein des sociétés; de telles femmes doivent être enfermées et surveillées activement, afin de prévenir les conséquences de leurs manies homicides.

Fort heureusement pour la sécurité publique et la tranquillité des familles, ces cas sont exceptionnels; les envies des femmes se bornent presque toujours k certains mets ou fruits, à certaines fleurs, etc., qu'il est facile de leur procurer. A côté de ces désirs asseï naturels, on en rencontre d'autres si singuliers, si drôles, que le mari, incertain, ne sait s'il doit accorder ou refuser. Si une femme enceinte manifeste uoe irrésistible envie d'embrasser son mari sur l'occipol ou au talon, au lieu de l'embrasser sur les joues, c'est bizarre, mais nullement dangereux; si l'envie était de le battre, ou de lui jeter une pierre à la tête, devrait-on la lui passer? cela commence à mériter réflexion. Nous proposerons, k ce sujet, les deux exemples suivants, tirés des Anecdotes de médecine :

« Le bon et savant Camérius disait souvent : « La • grossesse fait quelquefois faire aux femmes des I choses singulières; il est prudent de ne pas trop I s'opposer ii leurs désirs. » Forte de cet aveu, sa femme revenant un jour du marché avec un panier rempli d'œufs, entra dans le cabinet où il travaillait, et se mit \k sangloter. Le mari s'empresse de lui demander la cause de ses pleurs. Après quelques instances 9 réponse lui répond que depuis plusieurs jours elle est dominée et violemment tourmentée par l'envie de lui casser des œufs sur le visage. Camérius, qui aimait tendrement sa femme, prit tranquillement plusieurs serviettes et s'en enveloppa la tête... Heureuse d'être écoutée, la femme lui lança au visage, les uns après les autres, tous les œufs du panier. Le pauvre mari, barbouillé de jaunes d'œufs, de la tête aux pieds, en fut quitte pour ailer se laver, et sa femme, guérie de son envie, redoubla d*attachementpour lui.»

L'autre exemple est pour le moins aussi bizarre.

« Une demoiselle de bonne famille fut mariée à un jeune magistrat d'une amabilité et d'une bonté comme on n'en rencontre guère. Au premier signe de grossesse, elle devint l'objet des soins les plus empressés; ses moindres désirs étaient aussitôt satisfaits; maitresse absolue dans la maison, rien ne lui était refusé, et son mari affichait une soumission d'esclave. 3Ia]gré tous les bonheurs de cette belle lune de miel, la jeune épouse devint tout à coup triste, maussade, hai^ gueuse, et le pauvre mari de multiplier ses soins, de redoubler ses caresses, de la supplier k genoux de lui

eon6er ses peines. Elle finit par oavrir la bendiert lui apprendre qu'elle avait une envie de femme enceinte, violente, effrénée, et si extraordinaire, qu'elle préférait mourir que de la lui faire connaître. Enfin, après plusieurs jours de prières les plus pressantes, elle avoua qu'elle flésirait être battue !. .. non k eonpi de poings ou de pieds, mais à coups de cravache; à fustigée vertement, sanglée k vif, de manière k lui faire passer cette ridicule envie. Le mari regarda a femme, tout étourdi, et la crut attaquée de manie; celle-ci, voyant qu'on ne voulait point la satisfaire, se mit au lit et aurait peut-être fait une grave maladie, lorsqu'un médecin consulté prescrivit la cravache comme le seul remède contre cette vésanie; seulement il recommanda de ne frapper que sur les fesses, k tout autre endroit c'eût été dangereux. Le mari se résigna donc k exécuter k prescription da docteur, et, profitant un jour d'un accès de mauvaise humeur de sa femme, il saisit sa cravache et lui en appliqtn une bonne volée sur la région indiquée. De ce moment sa jeune épouse fut complètement satisfaite et guérie. »

Une jeune et jolie dame, enceinte de quatre mo», vit un jour, dans le vivier d'un marchand de comestibles, une anguille qui s'agitait vivement; comme die la considérait avec envie, son mari voulut Tacheter. — Non, non, dit-elle, je n*en veux point, — A peine rentrée chez elle, la jeune dame ressort aussitôt, et court, k rinsu de son mari, acheter l'anguille, qu'elle dévora toute vivante . De retour au logis, son mari lui

lemanda si elle avait acheté Tanguille. — Fi donc! s'écria-t-elle en rougissant, sans penser que ses lerres encore sanglantes trahissaient son mensonge. Quelques jours après son mari l'aperçut qui avalait les goujons tout crus, sans craindre d*étre incommodée par les arêtes.

Le Spectateur du siècle passé inséra une lettre sur leg envies, dont nous citerons quelques passages :

«... Ma femme est, k chaque grossesse, assaillie d'envies les plus extravagantes et malheureusement des plus ruineuses; tantôt c'est un coupé et des che- TUix bais qu'elle désire, tantôt c'est un magnifique lervice en porcelaine du Japon et le renouvellement complet des meubles de son appartement; pour peu lue ses envies se fussent renouvelées, ma fortane l'aurait pu y suffire. Par bonheur, dans sa troisième [rossesse, l'essor de sa fantaisie se rabattit sur un Até de venaison, puis sur une vieille peau de maropûn dont elle dévora une partie. Une autre fois elle se Dit à genoux pour arracher à belles dents les oreilles l'un cochon de lait qui tournait h la broche; je satisals de bon cœur aux envies de son palais et je ne 06 plaindrais même pas s'il fallait qu'elle se nourrit le pois verts en avril, de cerises en mai, ou d'abriots en juin; mais ce qui me désole, c'est qu'elle aange du plâtre sous prétexte que la peau de son enint en sera plus blanche, et qu'elle veut que j'en ]ange avec elle, ce que je ne saurais lui accorder, lier matin, en revenant de la campagne, elle vit une roope de corbeaux qui déjeunaient de si bon appétit

tant d'ardeur, qu'elle semblait plutôt dévor manger; c'était hideux k voir. »

<x Je ne sais sur quoi tombera sa première mais je tremble que ce ne soit sur des chos pendieuses ou dégoûtantes. S'il y a quelques i de combattre les envies extravagantes de f enceintes, hàtez-vous, mon ami, de me le faii naître. Je vous avoue que, si j'étais ii me rei j'exigerais que dans le contrat de mariage on une clause qui rendit le père garant des envie fille. x>

Nous ferons observer, en passant, que bei de femmes ne se sentent des envies que parce c sont persuadées qu'une femme enceinte doit en et que les envies sont presque in.évitables pen temps de la gestation. Chez ces femmes-là on le mal aussitôt qu'on peut les persuader de leur*

Nous clorons l'histoire des envies maternel

Pour avoir une grossesse heureuse et des couches faciles, elle devait, chaque jour, manger une queue de rat, préalablement marinée dans du vinaigre et ttopoudrée de poivre. Les lecteurs pourraient voir, peut-être, dans cette queue de rat, la plante qui porte ce nom, mais qu'ils se détrompent! c'était une bonne (pieue de rat de la grosse espèce, mus nigery qu'il fallait lui servir chaque malin, et qu'elle croquait près* fne crue, a l'huile ou au vinaigre, comme on croque Ui excellent artichaut ou un tendre radis.

Pendant un mois elle put faire ce singulier déjeuner sans le moindre inconvénient pour sa santé. Tout

à coup les queues de rat vinrent à manquer! La

jeune dame, alarmée de cette disette, proposa aussitôt d'aciieter les queues au poids de For. Amorcé par le gain, son fournisseur fouilla tous les égouls de la ^lle dans Tespoiiide faire une provision de queues... Hélas! ses recherches furent vaines. Alors, il crut qu'il serait facile de tromper sa cliente en lui apportant des queues de grosses souris ; mais, au premier coup d'œil, celle-ci reconnut la ruse, entra en fureur et chassa le manant. C'était une queue de rat mâle qu'il lui fallait. Le lendemain, n'ayant pu se procurer son mets favori pour déjeuner, elle tomba dans une noire mélancolie, et se mit au lit avec la fièvre.

Le mari, qui ignorait tout cela, apprenant que sa

femme était alitée, s'empressa de venir lui prodiguer

9e$ soins, et lui demanda la cause de ses souffrances.

— J'aurai une grossesse malheureuse, répondit-

«He d*uae voix altérée, et de§ couches plus tristes çn-

Le pauvre mari, malgré tout le chagrin qu'il vait de la maladie de sa femme, ne put s'en de partir d'un grand éclat de rire lorsque le < vint lui en faire la confidence. Après s'être co ensemble sur les moyens k prendre pour guér manie, le mari approuva le plan que lui soa le médecin, et s'en alla dormir plus tranquille

Le lendemain, on fit servir une superbe q madame. Au moment où, frémissant de joi s'apprêtait à la croquer, le médecin entra tout ^

— Ciel ! qu'allez-vous faire? s'écria-t-il d'ui effrayée; arrêtez, madame, grâce pour votre enl

A ces mots, la dame atterrée, laissa ton queue, et le médecin continua :

— Vous m'avez avoué, madame, que vou mangé trente queues semblables, c'est énorn pendant, jusque-là point de malheur; mais, à U et unième I... Ah! lisez le Codex, madame,]

die fat remplacée par une autre manie non moins flingulière, et qui subsiste encore. Chaque fois que Il jeune dame aperçoit quelque chose qui lui rappelle eette maudite queue, elle pousse un éclat de rire con f risif et se trouve mal.

Nous n'avons point raconté ce fait pour égayer le lecteur ; nous ne pouvons malheureusement pas en établir l'authenticité par le nom et les indications, que aons sommes obligé de taire ; mais nous avons cru devoir le citer, afin que le lecteur sache à quoi s'en tenir sur les envies de femmes enceintes.

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