SECTION I AGE CRITIQUE. — AGE DE RETOUR CHEZ LA FEMME
Tout change et passe sur la terre, tout marche incessamment et se précipite vers le néant; c'est la loi de la nature. A la période d'activité génitale et de fécondité succède Tâge du repos; ce moment est physiologiquement désigné sous le nom de ménopause, et communément sous ceux d'âge critique, âge de retour, cessation des règtts, etc. La femme, pendant vingt-cinq a trente ans, a perpétué Tespèce; maintenant son rôle est fini ; désormais inhabile a la procréation, elle rentre dans la vie individuelle. Selon nous, il y a une différence à faire entre Tâge critique et Tâge de retour : le premier doit spécifier la période plus ou moins longue où la cessation des règles amène quelques dérangements dans la santé; le second annonce parfaitement l'époque où la santé se rétablit pour ne plus s'altérer, par les inQuences de la menstruation. Du reste, le mot âge de retour fut employé, dans le principe, pour désigner cette phase de la vie où, après avoir traversé les indispositions de l'âge critique, la femme reprend sa sauiè, &^ ^m^Wa* Le système
génital n'étant pins l'organe principal de FécQiiojQie, les pertes menstruelles ayant cessé pour toujours, Içs sucs nutritifs sont déversés en plus grande abondancf^ sur les autres organes et surtout sur le tissu graisseux. Les seins acquièrent une rondeur et une fermeté qui feraient croire a un retour a la jeunesse, d'où es| venue la dénomination âge de retour. Mais ces charmants attributs de la jeunesse n'en sont q\ie le simulacre. Bientôt s'accumule de tous côtés une graisse molle et s^rabondântfi; les formes perdent le^r élégance, la taille s'épaissit ; on ne voit plus les mêmesi grâces dans les mouvements ; les yeux n'ont plus leur expression d'autrefois, et le timbre de la voix n'offre plus les mêpaes charmes ; le léger duvet qui recouvrait la lèvre supérieure s'épaissit, s'allonge, pren^ un caractère viril, et, dans le cœur qui s'égoïse, les feux de l'aïQOur sont pour jamais éteints. Hélas! aue|T que terribile que soit cet aveu pour la femme, il f^qf pourtant le faire, la vieillesse est imminente...
Selon les climats et les mœurs, l'âge critique arrive plus tôt ou plus tard. Dans les pays très-chauds, la fécondité cesse de trepte à trente-cinq ans; la loi des extrêmes fait que, dans les pays très-froids, le même ordre a lieu : les LaponeS; Groënlandaises, etc., de même que les Africaines, sont réglées de bppne heure et cessent de l'être de leur trentième à leur trente-cinquième année. — Dans nos climats, c'est généralement de la quarantième à la cinquantièrn^ année que cesse le flux menstruel ; mais il existe ^e no^)brçuses exceptions a ce terme moyen.
La cessation définitive des règles s'annonce par des signes qu'il est très-important de connaître, pour éviter les erreurs de diagnostic. Bien souvent ona pris la terminaison naturelle des règles pour une aménorrhée accidentelle ou pour un éiat de grossesse. Le médecin aveugle sollicitait imprudemment Torgane k fournir une évacuation abolie sans retour, oa abandonnait la femme k sa quiétude maternelle.
Slgnnea précurseurs de VAge erlll^oe. —Ces
signes peuvent se réduire aux suivants : irrégularité et diminution du flux menstruel; bouffées de chaleur, dyspepsie ou trouble dans les organes digestifs, doaleurs dans les reins ; écoulement blanchâtre par la vulve, provenant de la matrice et simulant la leucorrhée. Le sang menstruel est d*abord évacué en moindre quantité; ensuite cette évacuation parait k des époques irrégulières. On voit des femmes dont les règles se font attendre deux, quatre, six mois et plus; chez d'autres, elles reparaissent tous les quinze ou vingt jours ; les unes ne perdent que fort peu de sang, tandis que d'autres éprouvent de véritables hémorragies. Les digestions sont plus lentes et accompagnées de malaise. Les nuits sont agitées ; beaucoup de femmes ont des rêves très-fatigants, elles se trouvent mal dans les appartements chauds. Les douleurs lombaires, qu'elles ont ressenties lors de la puberté et de la grosr sesse, viennent encore les tourmenter k l'âge critique. Tel est l'exposé des phénomènes physiologiques et pathologiques qui annoncent généralement la fin du
rô^d génital de la femme: Selon plusieurs célèbres médecins, les règles qui continuent a couler après la cinquantième année indiquent, le plus souvent, un état maladirde la matrice, et, si cet état persiste, les ulcérations ou le cancer de cet organe sont k craindre.
La plupart des médecins ont considéré Tâge critique comme l'époque la plus orageuse de la vie; ils se sont plu k Tentourer d'une escorte de maladies, dont le nom seul suffirait pour effrayer la Temme la plus courageuse. Ces médecins ont donné dans Texagération ; car Tâge critique est environné de moins de dangers que le passage de l'adolescence à la puberté; s'ils s'étaient donné la peine de consulter les statistiques nécrologiques de ces deux époques de la vie , ils auraient acquis la certitude que la mortalité atteint un chiffre plus élevé dans Tâge de la puberté que dans l'âge de retour. Les remarquables tableatix statistiques de Benoiston de Chàteauneuf dissipent tous les doutes k cet égard ; le lecteur pourra les consulter.
Mais si nous cberchons 'a rassurer la femme contre les exagérations faites sur l'âge critique, nous ne prétendons pas non plus considérer cet âge comme exempt de tout danger. Nous pensons, au contraire, que les femmes, arrivées à celte phase de la vie où leur constitution physique subit de notables changements, doivent se soumettre k un régime hygiénique exigé par la ménopause ou cessation des règles, et que continuer le genre de vie qu'elles menaient aupa« ravant ne serait pas sans danger.
DES MALADIES QOE PEUT ENGENDRER l'aGE CRITIQnB.
Les maladies auxquelles Tâge critique donne naissance sont générales ou locales.
Dans les premières on a classé lea hémoptysies, tes hémorroïdes, les anévrismes, les rhumaiismes, les accès d'asthme, les céphalalgies et migraines, les névroses ^ Thy^lérie, la nymphomanie , les paralysies, etc., etc.
Les maladies locales ont leur siège dans la matrice ou ses dépendances : ainsi, la métrite aiguë, les hémorragies utérines, le squirre, les ulcères de la matrice, les polypes, les dégénérescences du tissu des trompes et des ovaires, Thydropisie de ces organes, les pertes blanches, etc., etc., peuvent succédera la cessation des règles et servir de cortège h l'âge critique. Mais, évidemment, l'énumération de ces maladies prouve que la plupart se développent sous toute autre influence que celle de la ménaupose. Si l'on réfléchit aux prédispositions générales et locales, inféodées à la constitution, et n'attendant que la plus légère influence morbide pour être mises enjeu, on s'apercevra bientôt qu'on a gratuitement taxé la cessation des règles d'être la cause d'une foule de maladies qui peuvent se manifester avant, pendant et après la cessation du flux menstruel.
Les maladies essentielles k l'âge critique se bornent, pour le physiologiste, à quelques-unes ; telles sont, par exemple, la pléthore sanguine, ou cet état dVr/»JïQiîon générale ^vii, très-souvent, se fixe sur
un ou plusieurs organes, et en faUle sjége ô'HUfl fn* flammation plus ou moins dangereuse. — Les ^«^pr^ ragies de la matrice , le catarrhe uléro-vaginai , 1^$ flueurs blanches, Thystérie et diverses affections ^lerveuses qui disparaissent ordinairement lorsque 1^ révolution, produite par Tâge critique, est opérée gV que réquilibre s'est rélabU dans l'organisation.
DE LÀ PROPHYLAXIE DES AFFECTIONS DE l'aGE CRITIQUE.
Les précamions hygiéniques à prendre dpivept toutes converger au même but, celui de prévenir la surabondance sanguine qui tend à s'établir spr tel <^h tel organe prédisposé. Âjnsi les femmes Sipprpch^nt de l'âge critique éviteront les excitapts dp toute n^^ ture dans le boire et le manger ; il en sera de mêçn^ pour les excitants mors^uisL qui retentissent sur le sy§: terne génital. Les femmes dont le sommeil est agitp ou troublé par des caup|[iemars ne diqerpnt que trèslégèrement, pour ne pas charger Ipur estomac- et Igi éviter un travail pénible. Elles s'abstiendront surtout de liqueurs spiritueuscs, de thé> de café et de toute boisson stimulante. — Les lavements, les bains tièdes» leâ boissons acidulées, le petit-lait, les infusions de tilleul pt d^oranger, sont des moyens propbylsiCtiqu69 dont elles retireront de bons eflets.
Si, malgré ces moyens, Tétat de pléthore, loin de diminuer, menaçait un organe, on le combattrait par quelques saignées faites vers Tépoque où les règles avaient habituellement lieu. Les purgatifs salies, \
Ëiible dose, et dissous dans l'eau de pruneaux, seront associés aux saignées, surtout pour les femmes qui vont difficilement à la garde robe.
Les femmes nerveuses adopteront un régime doui et relâchant ; elles s'abstiendront de pâtisseries et de tout aliment flatulent. Les bains, dcmi-baius, lavements émollients et les boissons antispasmodiques leur seront d'un bon secours. C'est particulièrement chez les femmes nerveuses, excitables, qu*on observe les symptômes de Thyslérie et de Thypocondrie, les palpitations» les syncopes, les spasmes, les mouvements convulsifs, les éructations et llatuositéstrèsincommodes, des borborygmes, des distensions douloureuses de l'intestin par des gaz; des suflocalions, des oppressions, des spasmes de l'utérus et du gros intestin, etc., etc. Ces affections s'accompagnent toujours d'un sentiment de tristesse et de désordres intellectuels, contre lesquels l'art thérapeutique échoue presque toujours, et qui ne trouvent de remède que dans la médecine morale. Ces préceptes sont également applicables k Thomme.
L'exercice physique devient indispensable aux femmes qui entrent dans la période critique, pour disséminer sur le système locomoteur, la vitalité qui abandonne les organes de la reproduction. Le séjour à la campagne, les promenades du matin, les douces distractions, les sociétés agréables, sont d'excellents moyens hygiéniques. On doit éviter la vie sélenfaire, les lieux encombrés de monde, comme les théâtres, les bals, soirées et aulres Tèiîveim%^\kUi(\iies. Les lit«
mous et chauds, de même qu'un sommeil prolongé au delà de sept heures, sont toujours nuisibles aux femmes sur le retour; les veilles sont également h redouter. L'amour, ce beau soleil de la vie, doit s'éteindre pour toujours dans le cœur de là femme qui n'existe plus pour la reproduction ; tout ce qui tendrait à le rallumer doit être soigneusement évité ; car les pensées, les désirs erotiques peuvent occasionner de graves désordres dans les organes que la nature a condamnés au repos. C'est à ramitié,k la douce ami*> tié, de consoler la femme d'une perte à jamais irréparable. Par cette tendre affection et les nobles sentiments qui en découlent, les femmes âgées conservent toutes les prérogatives de leur empire. Enfin, la tendre sollicitude qu'elles portent k leur famille, à leurs petits enfants; les sociétés aimables, les cercles de vrais amis quelles se sont choisis, font oublier les ^ fiévreuses passions de la jeunesse et jettent encore quelques fleurs sur l'hiver de la vie.
AGE CRITIQUE CHEZ l'hOHHE.
I/homme, aussi, a son âge critique, s'annonçant, plusieurs années d'avance, par des signes non équivoques de décadence génitale; c'est l'âge des vains désirs, des regrets et des infirmités. Si le nombre des maladies qui lui sert de cortège est moindre que ce* lui de l'âge critique des femmes, leur gravité est peutêtre plus a craindre. En effet, ce sont les maladies ^ des voies urinaires, la pierre, la gravelle, la dysurie,
la goqUe, les rhumatismes, etc.» etc., lapléthoieet l'apoplexie I
Pendant Fàge critique» Tbomme est agité, inquiet, péniblement affecté de son impuissance ou de ses maladies; son caractère change et s'assombrit; mais c*est surtout lorsqu'un catarrhe vésical, un calcul, uq rétrécissement de l'urètre met obstacle au libre cours des urines et le fait vivement souffrir, que ses inquiétudes, que sa tristesse augmentent. Alors, il devient morose, taciturne et marche 'a Thypocondrie. Si les affections de la matrice sont affreuses pour les femmes, les affections de la vessie ne le sont pas moins pour les hommes, et les deux sexes n'ont rien h s'envier k cet égard.
La raison dit k l'homme qui entre dans l'âge critiquer de chasser de son imagination tout désir amoureux; s'il en est violemment assiégé et qu'il y succombe , que ce soit k de très-longs intervalles ; car ' le spasme voluptueux est toujours nuisible k sa constitution et particulièrement k ses organes génitaux urinaires. Homme! rjiiver de l'âge commence k blanchir ta tête et k sillonner tes joues; tes forces baissent, l'organe s'engourdit... ton rôle procréateur est fini; la nature le transmet k tes fils ; aucune puissance ne saurait te soustraire k cette loi fatale.
Au printemps de la vie éclosent les amours ; L'tiiyer, le triste hiver, les ctiasse pour toujours !
Soyez donc assez sages, vous qui traversez l'âge critique, pour subit ceWe Vo^, dotit ks infractions
TOUS sont toujours funestes. L'homme, ainsi que ta femme, doH se soumettre k un régime hygiénique, lors même qu'il n'éprouverait aucune clés indispositions de Tâge critique : Modération dans le manger et surtout dans le hoire ; abstinence complète de tout ce qui peut réveiller le désir génital ; promenades fréquentes; séjour à la campagne; occupations légères ; distractions agréables ; exercice très-modéré de rintelligence ; car, la contention d'esprit retentit d'une manière fâcheuse sur les forces digestives et peut amener des gastralgies, des étouffements, des palpitations, des vertiges, des névroses qui offrent les mêmes symptômes que l'hystérie et rendent la vie misérable. Enfin, nous engageons les lecteurs qui croiraient pouvoir se passer de nos conseils h bien se pénétrer de cette vérité, passée en proverbe : On expie plus tard ses péchés de jeunesse, c'est-à-dire que toutes les maladies qui ont affecté l'âge viril et dont le germe n'a pas été complètement expulsé par la force vitale, reparaissent dans Tâge critique, s'attachent à l'individu et l'accompagnent jusque dans la tombe.