VINGT-SEPTIÈME ET VINGT-HUITIÈME LEÇONS
Principales maladies infectieuses (au point de vue des moyens à employer pour les éviter et des précautions à prendre pour les empêcher de se propager).
Paludisme. Fièvre typhoïde. Diphtérie. Scarlatine. Rougeole. Variole. Coqueluche. Pneumonie. Tétanos. Rage. Morve et farcin. Charbon, etc.
Les maladies infectieuses sont extrêmement nombreuses. Dans ce chapitre, nous ne passerons en revue que les plus importantes, celles contre lesquelles les. précautions préventives, pour les éviter personnellement et les empêcher de se propager, peuvent le plus efficacement s'exercer.
La plus importante des maladies infectieuses, la tuberculose, fera l’objet d’une étude spéciale. A elle seule la tuberculose cause, en effet, beaucoup plus de ravages que toutes les autres maladies infectieuses réunies. Par une bizarre contradiction de l'esprit humain, les populations s’affolent pour quelques cas de décès par variole ou par choléra. Elles assistent avec indifférence à la mortalité continuelle, intense, frappant tous les âges et toutes les classes sociales, qu’entraîne chaque jour la tuberculose.
Paludisme. — Nous avons déjà étudié cette maladie au point de vue de l'hygiène individuelle. Le rôle des moustiques, l’action préventive et thérapeutique de la
quinine, l'importance de l'assainissement des eaux stagnantes par le pétrolage, par les plantations d’eucalyptus, par le drainage, le danger des sorties après le coucher du soleil dans les campagnes infectées par la maladie, le risque des voyages pendant la saison chaude dans les contrées palustres, ont été signalés.
Au point de vue de l'hygiène sociale, l'effort doit surtout porter :
1° Sur la suppression et l'assainissement des marais (le pétrolage régulier est souvent plus facile que la suppression);
2° Sur la lutte contre les moustiques : en protégeant les fenêtres des habitations, casernes, etc., par des treillis métalliques très fins, on obtient souvent les meilleurs résultats ;
3° Par les précautions à prendre dans les travaux de terrassement. Ces travaux doivent être évités dans les contrées palustres, durant la saison humide et chaude. En tous pays, le curage des fossés et des mares ne doit pas être fait pendant l'été. Les arrêtés prescrivant trop souvent ce curage en juillet et en août constituent un dang:r hygiénique;
4° Sur la distribution régulière de la quinine, distribution qui sera gratuite pour les indigents.
Fièvre typhoïde. — La fièvre typhoïde est une des maladies les plus sérieuses, mais le plus aisément évitables. Il sera intéressant d'en rapprocher une maladie très voisine, le typhus, et deux autres maladies ayant le même mode de propagation, le choléra et la dysenterie. Dans toutes ces maladies, les précautions pour les personnes qui soignent les malades sont les mêmes que pour la variole, Mais l’effet de l’antisepsie doit surtout porter sur la désinfection des urines, des garde-robes ainsi que des linges souillés. La fièvre typhoïde se transmet surtout par les eaux potables ; cette transmission a fait l’objet d’un chapitre antérieur.
Elle dure un mois environ, parfois six semaines et plus. Elle est surtout contagieuse, en pleine période aiguë, par la diarrhée.
Les désinfections répétées, une propreté minutieuse pendant tout le cours de la maladie, sont encore plus utiles que la désinfection, une fois la maladie terminée.
Les fièvres typhoïdes le plus légères peuxens donner lieu à des contagions graves.
Ces fièvres atténuées exposent aussi à des complications brusques et sérieuses, en particulier à des perforations de l'intestin.
Les imprudences de régime, les fatigues, les aliments trop grossiers et donnés trop tôt sont une cause fréquente de cette perforation. On donnera pendant longtemps des aliments exclusivement liquides (lait, bouillon de légumes, limonade vineuse); on distribuera ces boissons très abondamment.
Typhus. — Le typhus survient surtout chez les sujets surmenés, mal nourris. Il détermina de terribles épidémies pendant les guerres continuelles du premier Empire. En Irlande, il esttrès fréquent et accompagne les disettes et les famines.
Le typhus est très contagieux. Le contact direct du malade esttrès redoutable. Les malades atteints de typhus doivent être isolés rigoureusement, recevoir le moins de visites possible.
Le typhus ne dure guère que quinze à vingt jours. La désinfection doit être très minutieuse au cours, et surtout à la fin de la maladie.
Choléra. — Le choléra, comme la fièvre typhoïde, est surtout transmis par les eaux potables.
Comme elle, il est surtout contagieux en pleine période aiguë. Sa durée est de quelques jours seulement. Mais parfois se produisent des diarrhées prolongées pouvant rester contagieuses.
L'isolement des cholériques est très important. Des
mesures rigoureuses de surveillance aux frontières protèégent souvent un pays contre l'invasion du choléra venant de pays voisins.
Les mairies ont un rôle important à remplir pour cette observation aux frontières et pour la surveillance, à l’intérieur, des voyageurs sains en apparence, mais provenant de pays suspects.
Dysenterie. — La dysenterie, comme la fièvre typhoïde, se transmet surtout par les eaux potables, Comme elle, elle est surtout contagieuse par les déjections diarrhéiques.
La forme aiguë ne dure guère plus de trois semaines. Mais les diarrhées prolongées sont encore beaucoup plus fréquentes et infiniment plus tenaces que dans la fièvre typhoïde.
Les refroidissements, les boissons glacées, l’eau buc en très grande abondance facilitent beaucoup l'infection.
Les injections de sérum antidysentérique ont une grande efficacité, au moins contre la dysenterie de nos chmats, Elles enrayent très vite la maladie et, par suite, diminuent beaucoup les risques de la contagion.
Dans toutes ces maladies dues aux eaux potables, on doit, en temps d’épidémie, ne se servir que d’eau bouillie, se défier même des légumes ou des fruits lavés à l’eau ordinaire, L’infusion de thé donne une garantie encore beaucoup plus grande que l’eau simplement bouillie,
Diphtérie. — La diphtérie a un peu perdu de sa terrible gravité, grâce à la
découverte du sérum de + 1 ie 48208 Bacilles de la diphtérie.
Roux.
L’immunité conférée par ce sérum est trop courte pour qu'on puisse l'utiliser comme vaccin. Mais dans une famille où survient un cas de diphtérie, on peut utilement faire aux frères et sœurs du petit malade une injection préventive.
La diphtérie est très contagieuse; son germe, très tenace, survit plusieurs années. Des désinfections soigneuses, au cours et à la fin de la maladie, sont nécessaires.
La diphtérie ne dure guère plus de quinze jours; mais les convalescents gardent parfois plusieurs mois dans le nez et dans la gorge des germes virulents. Les rechutes sont chez eux fréquentes, au contraire d’autres maladies infectieuses où une première atteinte met, pour plusieurs années au moins, à l'abri d’atteintes ultérieures (rougeole, variole, scarlatine, oreillons, coqueluche, etc.)
La convalescence doit être longtemps surveillée. Des complications graves (paralysies) surviennent parfois en pleine convalescence.
La diphtérie est surtout contagieuse par ses fausses membranes. Ce sont ces membranes qui renferment le bacille caractéristique. — Voici, pour les précautions spéciales à cette maladie, les instructions du Conseil supérieur d'hygiène :
1. Désinfection. — Les produits dangereux sont ceux qui contiennent le bacille diphtérique, c’est-à-dire les fausses membranes, les matières de l’expectoration et de l'écoulement nasal. Ces substances sont projetées, pendant les accès de toux, sur le lit, les draps, les couverts, les linges. Tous ces objets devront être désinfectés.
Les cuillers, les tasses, les verres, à l'usage du malade, seront toujours lavés à l’eau bouillante, après qu’ils auront servi.
Pour les mouchoirs, les serviettes, etc., le mieux est de les recueillir dans un chaudron contenant de l’eau
chaude alcalinisée avec un peu de carbonate de soude et de les faire bouillir. Les draps peuvent être traités de mème. Ce moyen de désinfection très sûr peut étre appliqué partout. Le chaudron reste dans la chambre du malade et chaque soir est transporté sur le feu. Ainsi, les linges souillés ne traînent pas d’un lieu à un autre en répandant des germes dangereux,
On peut aussi faire la désinfection sur place en mettant tous les linges à tremper pendant vingt-quatre heures dans une solution de lysol ou crésyl à 4 pour 100. Ils sont ensuite envoyés à la lessive,
Dans les villes où il existe des étuves à désinfection, on y enverra les matelas, les couvertures, les tentures et les tapis.
Là où il n’y a pas d’étuve, on défera les matelas; les enveloppes seront mises à la lessive, et la laine avec les couvertures seront désinfectées à l'acide sulfureux.
Les habits portés par l’enfant au moment où il tombe malade seront désinfectés. Les jouets qui servaient à l'enfant au moment où il est tombé malade, et ceux qui l’ont amusé pendant sa maladie, seront brûlés ou désinfectés.
Les produits diphtériques desséchés sur le sol ou sur les murs restent longtemps dangereux. Il faut donc désinfecter les planchers et les murs en les lavant au moyen d’une brosse de chiendent avec une solution antiseptique (chlorure de chaux au soixantième, solution de lysol à 3 pour 100). Lorsqu'on le pourra, on badigeonnera les murs au lait de chaux. Si la chambre est tapissée, on renouvellera le papier.
L'administration municipale veillera à la désinfection et, s’il est nécessaire, y procédera d'office.
Il est de son devoir d'assurer un abri aux habitants pauvres, pendant qu'on procédera à une purification sérieuse de leur logement.
Les voitures dans lesquelles ont été transportés des malades atteints de diphtérie doivent être désinfectées.
2. Prévention de la diphtérie. — Lorsqu'un cas de diphtérie éclate dans une famille, le malade doit être aussitôt isolé.
Les personnes qui ont été en contact avec lui sont exposées à contracter la maladie. Elles doivent examiner leur gorge matin et soir et, lorsqu'elles aperçoivent une rougeur et surtout une tache blanchâtre, faire venir le médecin. Cet examen de la gorge est surtout utile chez les enfants. Dès leur plus jeune âge, il faut les habituer à ouvrir la bouche pour montrer leur pharynx. Le médecin appelé pour un cas de diphtérie fera bien d’ensemencer sur sérum le mucus de toutes les personnes de la famille; ces cultures lui dénonceront la présence du bacille diphtérique avant l'apparition de l’angine.
De tous les moyens préventifs, le plus efficace consiste à injecter à toutes les personnes qui ont été exposées à la contagion 5 centimètres cubes de sérum antidiphtérique. Cette injection ne présente aucun inconvénient; elle met à l’abri de la diphtérie pour une dizaine de jours, ce qui est très suffisant dans la pratique. D'ailleurs, si le danger de contagion persistait plus longtemps, on renouvellerait l'injection.
Ces injections préventives ont été pratiquées un très grand nombre de fois. Les résultats qu’elles ont donnés sont tout à fait satisfaisants. Des épidémies de diphtérie ont été arrêtées dans des écoles par l'injection préventive pratiquée sur tous les élèves. Cette mesure vaut beaucoup mieux que le licenciement, qui a presque toujours pour effet de disséminer la maladie. On ne saurait trop recommander les injections préventives dans les familles pauvres, où les chances de contagion sont très grandes à cause de l’entassement dans un logement étroit et du manque de soins hygiéniques.
Un point très important dans la prophylaxie de la diphtérie, c’est de ne rendre à la vie commune les enfants atteints de cette maladie que lorsqu'ils n’ont plus de bacilles diphtériques dans la bouche. Ceux-ci, en effet,
persistent quelquefois longtemps après la guérison. Les ensemencements du mucus sur sérum indiqueront le moment où les bacilles ont disparu de la gorge.
Scarlatine. — La scarlatine se transmet parfois, comme la diphtérie, par les fausses membranes de son angine. Mais elle se transmet surtout pendant les convalescences par les squames soulevées de la peau. C’est une maladie des plus sérieuses. Le moindre refroidissement peut amener du côté des reins des complications graves (congestion des reins, albuminurie).
Les scarlatines les plus légères, donnant à peine un peu de fièvre, sont peut-être celles qui produisent le plus de complications. On s’astreint difficilement pour une maladie si bénigne à se reposer et à se méfier du froid pendant plusieurs semaines. Les anciens médecins imposaient, si bénigne que fût la scarlatine, un repos au lit de quarante Jours au moins. Beaucoup, pendant cette période, ne donnaient à leurs malades que du lait, On évitera tout au moins les aliments lourds ou suspects : viandes peu cuites, conserves, charcuterie, fromages avancés, etc.
L'isolement doit être maintenu pendant cinq semaines; la scarlatine est, en effet, surtout contagieuse à son déclin. La peau sera soigneusement nettoyée par des bains antiseptiques, par des frictions avec la vaseline boriquée ou l’alcool, avant que l’isolement cesse.
Rougeole. — La rougeole, au contraire de la scarlatine, est surtout contagieuse au début, avant l’éruption : aussi l'isolement est-il presque toujours trop tardif. Pour éteindre une épidémie d'école, il faut faire comme en Allemagne : isoler les enfants qui ont été en contact le plus direct avec le petit malade, ses voisins de classe, ses frères et sœurs.
De même, quand dans une famille on prévoit un cas de rougeole, on envoie au loin les frères et sœurs ; cette
précaution est presque toujours tardive. Au bout d’une dizaine de jours, la rougeole, déjà contractée au moment du départ, se déclare presque fatalement.
Une propreté rigoureuse estnécessaire pendant tout le cours de la maladie pour éviter les complications (bronchite, inflammation des oreilles, de la bouche, etc.).
Mieux vaut ne pas réunir dans une même pièce plusieurs enfants atteints de rougeole. Malgré une propreté minutieuse, ils semblent s’infecter réciproquement. Les complications sont chez eux plus fréquentes et plus graves. La séparation dans des chambres différentes devra donc, autant que possible, être préférée.
L'isolement de l’école doit se prolonger quinze jours au moins.
Variole. — La variole avait, jusqu’à la découverte de la vaccine, une terrible gravité. Elle tuait, au xviri° siècle en France, un enfant sur trois. Eile devrait entièrement disparaître, si la loi sur la vaccination était appliquée régulièrement. L'étude de la variole aussitôt après celle de la vaccine a déjà été faite. — Les moyens de la prévenir ont été longuement indiqués dans la leçon précédente.
Varicelle. — La varicelle est une maladie peu grave. Elle est très fréquente dans les écoles. Malgré l'aspect caractéristique de son éruption cristalline en bulle de rosée, elle est assez souvent confondue avec la variole ou la scarlatine. Un isolement d'une douzaine de jours suffit,
Coqueluche. — La coqueluche est très contagieuse. Un contact même très court avec un coquelucheux suffit à transmettre la maladie.
Aussi doit-on isoler rigoureusement et le plus tôt possible les coquelucheux. L’isolement sera maintenu jusqu’à la disparition complète de la toux quinteuse, et même de la moindre expectoration.
L'expectoration filante, caractéristique de la coque-
luche, est très contagieuse. Les linges souillés par elle seront lessivés. Autant que possible, on fera cracher le malade dans un vase plein de liquide antiseptique.
Le malade une fois guéri, on devra aérer et nettoyer très largement, et, s’il est possible, désinfecter.
Chez l’enfant atteint de coqueluche, on doit éviter avec soin les refroidissements. Les sorties prématurées, trop prolongées, faites par de mauvais temps, ont souvent causé de graves complications : bronchites, fluxions de poitrine, pleurésies, etc.
Le changement d'air n’est utile qu’à la période finale et de déclin.
Dans toute coqueluche un peu grave et fébrile, le meilleur moyen d'obtenir une guérison rapide et d'éviter les accidents est le repos au lit.
Oreillons. — Les oreillons sont une maladie très peu grave en général, mais fort douloureuse.
Dans les pensionnats, dans les casernes, les oreillons frappent parfois de très nombreux malades. Même en isolant, sans aucun retard, les sujets atteints, en maintenant l'isolement pour chacun d’eux une vingtaine de jours, en nettoyant et en désinfectant, on n'arrive parfois qu'avec peine à enrayer les épidémies.
Grippe. — La grippe survient par épidémies très intenses, frappant parfois la presque totalité de la population.
Ces épidémies sont souvent graves. Les sujets déjà malades (tuberculeux, cardiaques), peu robustes, les vieillards succombent très souvent à la grippe.
Les sujets les plus vigoureux peuvent offrir de dan-gereuses complications dans certaines grippes particulièrement infectieuses. Ces complications se déclarent souvent, dans des grippes très bénignes d'apparence, à la suite d’une imprudence, d’une fatigue, d’un refroidissement.
La grippe exige, avant tout, du repos et des précau-
tions. Il n’est pas rare de voir des grippes, en apparence presque guéries, récidiver très brutalement à la suite d’une sortie prématurée.
L'isolement rigoureux, la désinfection pourraient certainement enrayer la grippe comme les autres maladies infectieuses. Mais, en pratique, ces mesures sont difficiles, la maladie frappant à la fois des milliers d’individus,
En temps de grippe, on évitera avec soin le surmenage, les excès. Si l’on est atteint, on offrira ainsi à l'infection un terrain plus résistant. C’est encore la meilleure précaution individuelle.
Pneumonies et bronchopneumonies. — Les formes infectieuses surviennent surtout chez les alcooliques, les vieillards, les malades atteints de grippe ou de rougeole.
La présence de perruches ou de perroquets, même sains d'apparence, dans l'appartement, a souvent semblé la cause de pneumonies suppurées et graves (psittacose pulmonaire).
La contagion directe paraît peu redoutable, Néanmoins on recevra les crachats dans un crachoir plein de liquide antiseptique.
Tétanos. — Le tétanos est une complication très grave des blessures. Les plaies par écrasement, les plaies de la main ou du pied, les plaies souillées par de la terre, de la poussière ou surtout du fumier, les morsures de cheval exposent particulièrement au tétanos.
L'injection de sérum antitétanique est très utile pour prévenir cette maladie. Il est toujours bon d’appeler le médecin auprès d’un blessé, même légèrement atteint, quand les plaies ont été souillées par de la terre ou des détritus végétaux.
Le sérum antitétanique, employé dès le début, atténue la gravité du tétanos. Dès qu’un blessé éprouve de la
raideur dans la mâchoire et dans la nuque, de la difficulté à avaler, des crampes, le médecin doit être prévenu sans retard, $i légère qu’ait pu sembler la blessure initiale. On à vu, en effet, le tétanos succéder à une simple égratignure de la main faite par une porte de poulailler, à une petite écorchure du visage par la mèche d’un fouet.
Les courants d'air, le froid, la fatigue facilitent chez les blessés le développement du tétanos.
Rage. — La rage est la plus grave des maladies infectieuses, C’est la seule qui, une fois déclarée, soit constamment mortelle. Elle est assez fréquente, en France, où les chiens non surveillés sont nombreux. Elle a disparu d'Allemagne, où les chiens errants sont aussitôt abattus et où tous les chiens sont astreints au port de la muselière. Les morsures de chien produisent la presque totalité des cas de rage (92 0/0). Viennent ensuite les morsures de chat (6 0/0) et beaucoup plus rarement les morsures de cheval d’âne, de bœuf, de porc, de mouton, etc. Une morsure, si légère qu’elle soit, doit toujours être suspecte. On exigera que tout chien mordu soit examiné par un vétérinaire pour s'assurer que l'animal n'offre pas le moindre symptôme de la rage. En cas de doute, on entamera de suite le traitement préventif par le sérum antirabique.
Malgré la confiance que peut inspirer le sérum, On ne négligera pas, s’il y a le plus léger doute, de traiter immédiatement et avec une grande énergie la plaie. On ne se contentera pas de la traiter comme une plaie ordinaire après un lavage antiseptique soigné,
Si l’on soupçonne l'animal d’être enragé, il faut, pendant qu’on envoie chercher de quoi cautériser, exprimer aussi fortement que possible le sang et laver abondamment la plaie au moyen des liquides qu’on peut avoir sous la main, en particulier avec du vin rouge ou de l’eau ayant bouilli et encore très chaude. Pendant ce temps, on fait rougir n'importe quel instrument.de fer et l'on
appuie fortement le fer rougi sur les plaies faites par les dents de l’animal.
D'après un préjugé très répandu, les chiens enragés ne mordent jamais leur maître. C’est là une illusion des plus dangereuses et que rien ne justifie.
La rage peut même être transmise sans morsure, quand on se laisse lécher les mains ou le visage par un chien familier. Cette pratique malpropre expose, en outre, à une autre maladie des plus sérieuses, beaucoup plus fréquente encore que la rage : les kystes hydatiques du foie.
Morve et farcin. — La morve et le farcin sont transmis à l’homme par les chevaux, quelquefois par les ânes atteints de ces maladies. Ces maladies ne frappent guère que les palefreniers, les garçons d’écurie, les cavaliers que leur profession expose à des contacts fréquents avec les animaux atteints. Le lavage des moindres plaies avec un liquide antiseptique est un bon préservatif, car le bacille de la morve et du farcin {le farcin n'est que la morve à évolution chronique) est, au début, facilement détruit par les antiseptiques.
Charbon. — Le danger des viandes charbonneuses a été déjà étudié.
Le charbon peut être, en outre, contracté par l'effet de piqûres de mouches ou de divers insectes, par le maniement des peaux, des crins, de la laine ou des poils provenant d'animaux charbonneux. Ce maniement est surtout dangereux, si l’on a la moindre écorchure aux doigts.
Les piqûres ou écorchures suspectes seront touchées à la teinture d’iode, cet antiseptique semblant avoir sur le virus du charbon une efficacité spéciale.
Si la piqûre ou l’écorchure se recouvre d’une induration douloureuse, à centre noirâtre entouré de fines vésicules, analogues à des bulles de rosée, le médecin sera aussitôt prévenu. La destruction de cette pustule maligne, faite dès le début, diminue, en effet, la gravité de l’infection charbonneuse.