Causes sociales de la propagation et prophylaxie sociale
Les causes sociales de la propagation sont multiples. En les classant par ordre d'importance, on peut les énumérer comme il suit :
1° L’alcoolisme, et surtout l’intoxication par les essences (absinthe, amers) ouvre vraiment la porte à la contagion tuberculeuse. Il ne diminue pas seulement la résistance générale de l'organisme; il paralyse la résistance locale du poumon contre l'invasion des poussières et des microbes. La muqueuse des bronches est, en effet, garnie de cils vibratiles qui balaient incessamment et rejettent au dehors tous les corps étrangers apportés par l'air. Mais ces précieux agents de protection sont paralysés par l'alcool.
20 L’abandon des campagnes et l’émigration vers les villes où l'air est moins pur, l'existence plus fatigante et plus rude, l’alimentation moins saine.
3° Les logements insalubres. Cette dernière cause se retrouve à la ville comme à la campagne. À la ville, l’insalubrité est surtout due à l’absence de soleil et à l’encombrement. Le casier sanitaire des maisons de Paris à bien montré ce rôle de surpeuplement dans ïes habitations. Dix maisons surpeuplées, n'offrant pour chaque habitant qu’une superficie réelle de 6 mètres 20 (dont il fallait encore déduire la place du mobilier), ont fourni en dix ans, pour une population totale de 967 habitants, 212 décès dus à la tuberculose. Encore un certain nombre de malades sont-ils certainement allés mourir au loin et d’autres n’ont pas été compris dans la statistique, la déclaration de la tuberculose n'étant pas obligatoire. Ge chiffre de 212 est donc un minimum.
L'influence des rues étroites et de l’absence de soleil n’est pas moins incontestable. Dans les rues ordinaires, la moyenne des décès tuberculeux est de 6 0/0; elle est
trois fois plus forte (18.84 0/0) dans certaines rues très resserrées.
À la campagne, ce qui cause surtout le mal, c’est la malpropreté. Quelques précautions contre la poussière, quelques badigeonnages à la chaux seraient ici suffsants. Souvent aussi, en hiver, les fenêtres sont mainte+ nues trop strictement fermées et les habitants s’entassent trop nombreux dans la même pièce.
4° La contagion par la viande et le lait provenant d'animaux tuberculeux.
La lutte contre la tuberculose est facile à déduire de ces différentes données.
Elle comprend, tout d'abord, une série de mesures dirigées contre le germe tuberculeux (précautions prises pour empêcher la dissémination et la dessiccation des crachats, désinfection des crachats, des linges souillés, des locaux contaminés, .— inspection rigoureuse des viandes de boucherie, surveillance des étables fournissant le lait et stérilisation méthodique de ce lait.)
Elle comprend, en outre, tous les moyens de lutter contre l'alcoolisme et contre les logements insalubres. Toutes les œuvres ayant pour but de favoriser la vie au grand air : création de jardins ouvriers, colonies agricoles pour les enfants débiles, colonies de vacances auront aussi un rôle important dans cette prophylaxie,