TRENTE-DEUXIÈME LECON
1. Alimentation des nouveau-nés : Allaitement. — 2. Allaitement maternel. — Pratique de l'allaitement. — 3. Allaitement artificiel. — Stérilisation du lait — 4, Allaitement mixte. — 5. Allaitement par les nourrices.
L'alimentation des nouveau-nés exige de très grandes précautions. En été surtout, les fautes d'hygiène alimentaire causent des accidents très nombreux. L'usage de lait aigri, fermenté, est la principale cause des épidémies de choléra infantile, qui enlèvent parfois, en une semaine, des centaines de nourrissons. Ce lait fermenté renferme un poison, la tyrotoxine, analogue au poison des champignons vénéneux. Îl peut aussi se former par fermentation une autre substance non moins dangereuse, la spasmotoxine, qui cause de graves convulsions.
L’allaitement maternel mettrait à l’abri de tous ces accidents : il reste le moyen d’alimentation idéal. On ne doit y renoncer qu'en cas d’impossibilité absolue.
2, Allaitement maternel.
C’est le lait de la mère qui est l'aliment le meilleur et le mieux adapté aux besoins de l’organisme du nourrisson. « La nature a sans doute établi une relation entre les
sucs digestifs du nourrisson et le lait maternel. Le lait d’une étrangère ne s’adapte pas aussi bien aux besoins de l'enfant et n’est pas susceptible d'une aussi parfaite digestion. » (Marfan.)
Mais, pour que l'allaitement maternel réussisse bien, il faut : 1° régler avec soin le nombre des tétées par vingt-quatre heures; 2° répartir les tétées à intervalles convenables.
C’est une pratique détestable de donner le sein à l’enfant, dès qu’il pleure. Si l’on fait de la sorte, le lait arrive dans l’estomac avant que la digestion de la tétée précédente soit accomplie. L'enfant, par suite de la digestion troublée, pleure encore plus souvent. Ensuite il se met à vomir, à avoir de la diarrhée, des éruptions sur la peau et il dépérit, par suite de la suralimentation ; tandis que, si on lui présente le sein à heures fixes, il prend l'habitude de dormir tranquillement dans l'intervalle des tétées, et de ne se réveiller qu'à « son heure. » Alors, il a réellement faim et ne s'endort pas en tétant.
Même au point de vue moral, c’est le commencement de l'éducation de l'enfant : on l’habitue de bonne heure à plier sa petite volonté aux exigences rationnelles.
Les notions relatives au nombre et à l'intervalle des tétées, selon l’âge de l'enfant, sont résumées dans le tableau suivant (d’après Marfan).
NOMBRE ms | QUANTITÉ QUANTITÉ PE | INTERVALLE des tétées da térbbe de lait de lait
en 2# h. par tétée.| par 24 h.
grammes. | grammes.
Toutes les 4 h. 8 40 à 501280 à 3h. 50ùà 601350 à 1er mois. . : .1/2.] 60 à 801450 à 9e et 3° mois, | .1/2.1 80 à 1001640 à keet5 — ., 3 h.1120 à 1301840 à Du 5° au 9 mois. .1140 à 1501980 à 1050
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Les tétées seront réparties entre six heures du matin et neuf heures du soir. Les trois premiers mois, on donnera à téter une foisla nuit. À partir du quatrième mois, il est préférable de supprimer cette tétée.
On ne présentera à l’enfant qu'un seul sein à chaque fois et il ne doit rester au sein que pendant dix minutes. Cette dernière précaution est importante surtout au début de l'allaitement : l’épiderme du mamelon est alors très sensible et, si la succion se prolonge un peu, elle produit des crevasses, des gerçures douloureuses, à la suite desquelles on voit survenir des abcès du sein *.
Pour prévenir ces complications, il y a encore d’autres précautions à prendre : 1° Vers la fin de la grossesse, faire des lotions fréquentes des mamelons avec de l’eau alcoolisée. 2° Au moment de l'allaitement, entretenir les seins avec une propreté rigoureuse. Il faudra laver les mamelons à l’eau bouillie, avant et après chaque tétée, et ne les toucher qu'avec des mains très propres.
Dans le même ordre d'idées, il sera bon de nettoyer la bouche de l'enfant, avant chaque tétée, avec un linge trempé dans de l’eau bouillie.
L'enfant doit reposer toujours sur le côté et jamais sur le dos. Cela doit être une règle absolue après la tétée. A ce moment, l'enfant peut avoir des régurgitations et même des vomissements ; par conséquent, il est de toute nécessité que ces liquides puissent être rejetés facilement : leur pénétration dans les voies aériennes pourrait entraîner la mort par asphyxie.
Les maladies aiguës de la mère (angine, grippe, etc.) dans beaucoup de cas n’empêcheront pas la continuation de l'allaitement ; seulement il faudra faire tout son possible pour éviter la contagion de l'enfant par la mère. Il faudra éloigner le nourrisson et ne l’apporter près de la mère qu’au moment de la tétée. On recouvrira
1. Pour interrompre la tétée, il suffit de fermer les narines de l’enfant; ne pouvant plus respirer par le nez, il quittera le mamelon pour ouvrir largement la bouche.
la poitrine de la malade d’un linge propre, avant de mettre l’enfant dans ses bras, etc.