Allaitement artificiel
Lait de vache. — Si l’on habite la campagne et qu'on ait une vache saine à sa disposition, on peut élever le nourrisson au lait de vache cru. Celui-ci est de digestion plus facile et se rapproche davantage du lait de femme que le lait bouilli, car c’est aussi un aliment vivant, en quelque sorte, «ui n’a subi que le minimum de manipulations et n’a pas été modifié par la chaleur.
Les précautions qu’il faut prendre dans ce genre d’allaitement se rapportent toutes aux soins de propreté les plus minutieux concernant : 1° les mains de la personne qui va traire la vache ; 2° le pis de la vache; 3° le récipient dans lequel le lait sera recueilli. Il faudra traire la vache peu avant la tétée, éviter tout transvasement et se servir du lait, autant que possible, immédiatement après la traite. Comme il sera parfois difficile detraire la vache avant chaque tétée, on pourra, à la rigueur, conserver le lait au froid, pendant quelques heures, en entourant le récipient de glace pilée. Avec toutes ces précautions, on se rapproche, dans la limite du possible, de l'allaitement de pis à la bouche.
Quand toutes ces conditions seront difficilement réalisables, il faudra se servir de lait stérilisé.
Si l’on est sûr de la provenance du lait et si l’on peut l'avoir aussitôt après la traite, ce qui n'est possible qu’à la campagne, on peut le stériliser à domicile dans des petits flacons de 60 grammes chacun. Mais, quand on habite en ville, on ne peut avoir que du lait qui, même s’il n’a pas subi de manipulations frauduleuses, a dû être forcément mélangé, transvasé. Ce lait, stérilisé tardivement, ne donnerait pas la sécurité voulue.
Le chauffage au bain-marie, même prolongé, ne peut rien contre les produits des fermentations, qui ont le
temps de se produire pendant le transport. Aussi, en ville, sera-t-il préférable de se servir du lait stérilisé industriellement (par la chaleur à 110 degrés). C'est celui qui a été adopté, depuis quelques années, dans les hôpitaux d'enfants à Paris.
Si le danger de la suralimentation existe dans l’allaitement au sein, il est bien plus fort dans l'allaitement artificiel; car, dans l'allaitement au sein, les quantités de lait prises par l'enfant à chaque tétée sont réglées, en quelque sorte, d’une façon automatique : le lait ne vient que CURE en petite quantité à la fois ; pour s’en procurer, l'enfant est obligé de faire des efforts de succion assez énergiques ; aussi la fatigue arrive-t-elle en même temps que l’assouvissement ré la faim, et l'enfant s'endort. Si même il prend un peu trop à une tétée, il trouvera sa provision diminuée à la tétée suivante.
Rien de pareil dans l'allaitement artificiel. Avec la tétine en caoutchouc, l'enfant n’a besoin d'aucun effort : le lait lui arrive dans la bouche tout seul et, par conséquent, trop vite. L'enfant boit gloutonnement, sans sentir sa faim apaisée.
En outre, le lait de vache, de digestion plus difficile, séjourne plus longtemps dans l'estomac que le lait de femme,
Pour toutes ces raisons, la détermination de la quantité de lait à donner par tétée, suivant l’âge de l'enfant, présente 1ci un intérêt éapital.
Voici la graduation des tétées que le D' Variot à adoptée, en se fondant sur de nombreuses observations des quantités de lait prises par l'enfant au sein :
HYGIÈNF, J. F.
45 QUANTITÉ pores INTERVALLE de lait par tétée, par jour, des tétées.
grammes ire semaine, , . 30 2e Eee 45 9 2 heures.
3e Ale 60 Le — 75 6e — 90 e 2 « 4 5 !
. Ra ++ 7 2 heures 1/2.
1e Ta CT - 135 pe — ., LE + 160 Jo LE 180 ge — SE UC 200 5 3 heures.
Ces chiffres sont faits pour des enfants bien portants etnormaux, et ce sont des maxima qu'il ne faudrait point dépasser. Les enfants chétifs et débiles ont besoin d’une craduation spéciale, qui ne peut être déterminée que par le médecin. De même que dans l'allaitement au sein, l’enfant aura une tétée la nuit, seulement pendant les trois premiers mois.
Pour avoir les quantités de lait voulues, on se servira de flacons gradués qu’on trouve dans toutes les pharmacies, Au flacon sera adaptée une tétine en caoutchouc, sans tube. Le biberon à tube, dont les hygiénistes ont réclamé l'interdiction légale, amène presque fatalement la fermentation du lait, On ne peut pas être trop minutieux dans l’entretien du biberon ; car un biberon malpropre est, avec la suralimentation, une des causes les plus fréquentes de l’échec de l'allaitement artificiel.
La tétine sera enlevée du flacon après chaque tétée, et tous les deux doivent être lavés soigneusement à l’eau de savon ou à l’eau de cristaux (de carbonate de sodium) ; l’eau pure n’enlèverait pas complètement les traces du lait; — après quoi, on devra les rincer à l’eau pure.
Il est bon d’avoir deux tétines de rechange, et, tandis que l’une d'elles sera adaptée au flacon, l’autre, minu-
tieusement lavée, doit tremper dans de l’eau bouillie.
Le lait de chèvre ne réussit guère dans l'allaitement artificiel. Essayé mainte fois, avec tous les soins et précautions nécessaires, il n’a jamais donné de bons résultats. Avec ce lait, le nourrisson ne tarde pas à présenter des troubles digestifs et il dépérit.