SOURCES
L'eau fraîche exerce sur eux une attraction irrésistible. Il faudrait donc non seulement filtrer et stériliser ces eaux suspectes, mais ensuite les rafraichir artificiellement. Dans l’armée, le premier pas est fait dans cette voie, etle ministre de la guerre a proposé à la commission du budget de 1906 l'inscription d'un crédit destiné à l’achat de glace pour rafraîchir l’eau stérilisée, pendant la période des grandes chaleurs, et la rendre ainsi plus agréable et plus engageante. Encore faudra-t-il que la provenance de cette glace soit bien surveillée et qu'on l'emploie sans abus.
Ces eaux, ainsi épurées et rafraîchies par des moyens artificiels, offriraient plus de sécurité et seraient beaucoup moins coûteuses que les eaux de sou:ce. Leur usage se généralisera presque certainement.
Sources. — Les sources proviennent des eaux météoriques (eau de pluie, eau de fonte de neige et des glaces) filtrées par un trajet parfois très considérable à travers les couches de terrain. Dans ce trajet, ces eaux dissolvent des sels minéraux; certaines sources des terrains crétacés peuvent être trop riches en principes calcaires. Mais surtout elles subissent une filtration qui les débarrasse des souillures dont elles avaient pu se charger à la} surface. Aussi les eaux de source offrent-elles, en géné-| ral, une réelle pureté au point de vue bactériologique.| En outre, et c’est un avantage considérable, ces eaux ont une température sensiblement constante de 9 à 14 degrés. Elles paraissent très fraîches en été. Elles ne sont pas trop froides en hiver.
Mais la garantie fournie par les eaux de source est loin d’être absolue. Il est fréquent d’observer, soit une souillure accidentelle, soit une filtration insuffisante,
Les dangers de souillure sont, en effet, fréquents et graves. La souillure peut avoir lieu au point même de la captation. L’épaisseur du sol à ce niveau n'est pas toujours suffisante pour protéger la source contre les infiltra-
tions d'engrais, d'urines, de déjections humaines ou animales. Il faudrait, à l’origine de chaque source, un périmètre de protection. Les Romains, avec leur souci de l’hygiène, l’avaient bien compris en entourant les sources de bois sacrés où personne ne pénétrait. Les mêmes causes de souillures peuvent se rencontrer sur le trajet, parfois si long, des conduites d’adduction. Mais un autre danger est encore plus insidieux et plus redoutable. Beaucoup de sources, surtout dans les terrains calcaires, ne sont, en réalité, que des rivières englouties dans des fissures et reparaissant après un long trajet, mais sans avoir subi aucune filtration par le sol,
Ces sources, nommées sources vauclusiennes, du nom de la célèbre fontaine de Vaucluse, ont une réelle importance en hygiène. Elles sont en réalité des eaux de rivière transportées au loin dans un lit caché sous terre, mais non filtrées et épurées à travers le sol, Leur étude explique bien des épidémies. L'emploi des matières colorantes d'aniline et surtout de la fluorescéine, dont quelques grammes colorent des milliers de litres d’eau, permet de reconnaître ces rivières disparaissant dans des fentes ou dans des cryptes et réapparaissant parfois à plusieurs lieues de distance. D’autres rivières sont, au contraire, entièrement souterraines. Certains puits, et surtout cer= tains puits artésiens, sont alimentés par elles avec une eau incessamment renouvelée, On comprend que l’eau de ces puits, provenant de nappes profondes et à l’abri de toute souillure, puisse être quelquefois égale à celle des meilleures sources. La question est donc complexe. On a trop de tendance à regarder les eaux de source comme forcément bonnes, les eaux de puits ou de rivière comme forcément suspectes. En réalité, il fauttenir compte d’éléments multiples : analyse chimique et bactériologique, protection contre les souillures possibles, géologie des diverses couches parfois très distantes et très complexes traversées par l’eau.