‹ Hygiène médicale des cheveux et de la barbe [electronic resource]Chapitre 35 sur 67 · AUTRE PROCÉDÉ POUR LE BLOND · texte numérisé non relu

AUTRE PROCÉDÉ POUR LE BLOND

Nitrate d'argent 2 grammes.

Sous-nitrale de bismuth. . 1 — Sous-acétate de plomb. . . 1 —

Faites dissoudre par trituration dans quatre onces d'eau, et appliquez sur les cheveux, Après une heure de contact, remouillez les cheveux avec hydrosulfate de soude étendu d'eau. — Mauvais et nuisible.

Entin, toutes les teintures pileuses, n'importe le nom et l'épithèle, parfois assez grotesques, dont on l'es décore, car nous avons déjà dit qu'elles étaient généralement fabriquées par des gens aussi étrangers aux lettres qu'aux sciences, que ce soit la teinture mexicaine, colombienne, zouave, le fluide transmutalif, la négfoline, la teinlurine, etc. Ces teintures ont toujours la même base, les mêmes ingrédients : nitrate d'argent, de mercure, de bismuth, oxydes de plomb, acide sulfhydrique, sulfhydrale de soude, de potasse, etc., toujours un sel métallique, un alcali, un sulfure.

Tels sont les divers procédés industriels pour teindre les cheveux; procédés nuisibles, dangereux, toujours composés d'un ou de plusieurs sels métalliques et d'un alcali qui altèrent la substance pileuse ; procédés imparfaits, défectueux, en ce qu'ils ne donnent jamais qu'un noir roux et un blond queue de vache, selon l'expression du métier. Qu'on sache bien que la plupart de ces mèches, parfaitement teintes, exposées aux étalages comme échantillons, sont des mèches mortes teintes par l'ébullilion, procédé qui n'est point applicable aux cheveux vivants. — Dans cette répro-

balion et proscription générales sont comprises, sans exception, tontes les eaux, pâtes et poudres de ces habiles industriels, qui, par un luxe d'affiches sur les murs de la capitale, de prospectus et d'annonces, se sont acquis une célébrité et une fortune; car, aujourd'hui plus que jamais, la publicité fait tout, et chacun s'y laisse prendre.

Quand aux teintures composées de substances essentiellement végétales, elles n'ont aucune action à froid sur les cheveux; il faudrait, pour teindre les cheveux avec ces substances, les soumettre à une ébullition prolongée, ainsi que cela se pratique pour la teinture des laines, et ce procédé, nous le répétons, est impraticable sur une tête vivante. Nous avons expérimenté tous les végétaux susceptibles de teindre, nous leur avons même donné un alcali pour auxiliaire, sans obtenir aucun résultat satisfaisant. Le brou de noix, qui, par des frottements répétés, noircit l'épiderme, est lui-même impuissant a teindre solidement les cheveux blancs. Ainsi, toutes ces prétendues poudres végétales, sucs et décoctions d'herbes que possèdent les Orientaux pour se teindre le système pileux, sont de purs contes. Pendant dix aimées que nous avons passées en Orient, nous avons effectivement vu les coquets du pays se teindre la barbe et les femmes les cheveux avec certains végétaux ; mais ces teintures ne tiennent point et disparaissent au moindre lavage, au moindre frottement d'un mouchoir.

Tous les secrets de teintures végétales pileuses ensevelies dans ces vieux grimoires du moyen âge, et que l'on exhume de temps a autre pour amuser le public, sont complètement stériles. On trouve cependant des auteurs, anoblis d'un titre académique, qui ne craignent pas de nuire a leur réputation, en reproduisant, comme excellentes, des vieilleries semblables ! Évidemment ces messieurs travaillent dans leur cabinet et ne se donnent point la peine de descendre au laboratoire. Nous donnons, comme échantillon de ces vieilles formules, la recette suivante :

Prenez poudre de noix de galle, 125 grammes, et faites bouillir a petit feu dans 150 grammes d'huile de noix. Relirez du feu, étendez sur un marbre et faites sécher. La masse étant sèche, pulvérisez-la dans un mortier, avec addition de 125 grammes de charbon dè bois et de 25 grammes de sel de cuisine. Remettez au feu, en y ajoutant : 150 grammes de sulfate de fer, 25 grammes de sulfate de cuivre, 125 grammes de graisse de porc, et faites bouillir le tout jusqu'à consistance de pommade.

Le soir, graissez les cheveux blancs avec cette pommade, et ils acquerront en peu de temps une couleur noire magnifique.

Le perruquier le plus ignare ne composerait pas une pommade aussi indigeste, et autant vaudrait,

pjjur le grisonnant crédule, se frotter la tête avec du Vieux cambouis. Mais laissons de côté la facétie, et reprenons sérieusement la question.

Toutes les teintures étant reconnues défectueuses ou nuisibles, il restait donc à trouver un procédé qui pût teindre solidement les cheveux sans les endommager, et qui n'offrît aucun inconvénient pour la santé. A l'exemple des professeurs Orfila et Devergie, plusieurs médecins et chimistes se mirent à l'œuvre et ne crurent pas déroger a la science en se livrant a cette étude ; beaucoup échouèrent, quelquesuns n'obtinrent que des résultats fort imparfaits. M. Yimmer, après plusieurs travaux remarquables, annonça une découverte qui aplanissait toutes les difficultés. Ce savant publia, dans les Annales de chimie de Berzélius (page 292, année 1846), que l'acide pyrogallique étendu dans l'alcool teignait solidement les cheveux blancs en beau noir, sans nullement les altérer. Aussitôt nous répétâmes l'expérience de Vimmer; mais notre espoir fut déçu : au lieu de la belle couleur noire, nous n'obtînmes qu'une faible couleur nankin; plusieurs chimistes de nos amis traitèrent l'acide pyrogallique de toute manière, sans plus de succès. Or, il devint évident pour nous qu'une grave erreur avait été commise dans le compte rendu de ce procédé; erreur qui pouvait dépendre de la substitution du mot noire au mot nankin, ou de l'omission d'une substance indispensable devant être combinée

a l'acide pyrogallique , et sans laquelle point de résultat. Nous portâmes donc nos recherches d'un autre côté.

Après plusieurs années de travaux opiniâtres et d'innombrables expériences, le succès couronna complètement nos efforts ; le but fut atteint. Le nom de Méhtnogène, teinture hygiénique par excellence, a été donné a celle précieuse découverte, que plusieurs journaux ont déjà signalée comme le procédé par excellence. L'épithète hygiénique lui est parfaitement applicable, parce qu'en effet, loin d'altérer le cheveu, ainsi que le font toutes les autres teintures, sans exception, celle-ci les conserve, les assouplit, leur donne des reflets doux et soyeux. De plus, elle jouit de la vertu d'arrêter presque instantanément la chute, en tonifiant le cuir chevelu et imprimant au bulbe pileux une vitalité nouvelle. Le Mélanogène n'incruste point le cheveu, ne brûle point sa moelle comme les autres teintures; son action colorante, analogue a l'action galvanoplastique, se borne à l'enveloppe du cheveu, la moelle reste intacte ; c'est pourquoi les cheveux teints par ce procédé conservent leur souplesse, leur élasticité naturelle et ne se brisent jamais. Les cheveux teints par les procédés dont nous venons de faire l'analyse offrent toujours une couleur terne, plombée, des plus désagréables ; il est besoin de les oindre abondamment de pommade pour leur donner un reflet éphémère. Mais ce n'est encore que

le moindre défaut; les résultais sont toujours fâcheux et irrémédiables. Eu effet, lorsque les cheveux, brûlés par ces teintures, ont repoussé de quelques lignes, il faut nécessairement teindre les racines, pour ne pas dévoiler l'artifice ; et, quelques jours après cette seconde teinture, les cheveux se brisent net à l'endroit où s'est arrêtée la première : de telle sorte que la chevelure n'est bientôt plus qu'un amas de cheveux rudes, secs, a reflets rougeâtres et d'inégales longueurs, avec lesquels il est, comme nous l'avons déjà dit, impossible de composer une coiffure.

Avec le Mélanogène aucun de ces graves inconvénients n'a lieu ; la pommade même n'est pas indispensable, car, plus on les brosse, plus ils deviennent doux et luisants; et si, après les avoir brossés, on les frotte avec la pommade dite Brillamine, alors ils acquièrent le chatoiement des plus soyeuses chevelures. L'application de cette teinture se fait a froid, au moyen de deux petites brosses, sans cet affreux entourage de papier brouillard, de coiffe et serre-tête de taffetas gommé, de foulards, de serviettes, etc. L'opération est terminée en une heure pour la couleur châtain , et en moins de deux heures pour la couleur noire. Enfin, cette teinture est tellement supérieure aux autres, et la beauté de ses résultats est si notable, que les personnes qui en font usage l'ont dénommée le procédé par excellence .

Nous le répéterons encore en terminant ce chapi-

ire : la foule des industriels exploitant la teinture et la pousse des cheveux a jeté un tel discrédit sur celte branche de la cosmétique el de l'hygiène, que l'homme sérieux qui aurait fait une imporlanle découverte n'oserait y attacher son nom. Une circonstance qui devrait cependant ouvrir les yeux et inspirer la défiance, c'est que, sur cet immense bariolage d'affiches de toutes couleurs et dans ces flots de prospectus roulant sans cesse, on n'y voit jamais un ouvrage annoncé, pas même une mince brochure; c'est toujours une eau merveilleuse , une pommade infaillible! N'estce pas une preuve palpable que ces marchands de spécifiques sont complètement dépourvus des connaissances nécessaires pour élayer de raisonnements et de démonstrations logiques la découverte qu'ils proclament a grands frais? Et puis, si l'on voulai't y faire attention, ces annonces, ces prospectus, sont si maladroitement rédigés, que l'homme de bon sens en sourit de pitié, et l'homme de l'art y reconnaît la plus profonde ignorance. 11 serait donc a désirer, pour tout ce qui se rattache à la cosmétique et à l'hygiène, que le public exigeât la garantie scientifique, et ne se laissât plus prendre à l'étiquette.

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