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DES SOURCILS, DES CILS ET DES POILS DES DIVERSES RÉGIONS DU COUPS

SOUS LE RAPPORT DE LEUR HYGIÈNE, DE LEUR BEAUTÉ, DE LEUR POUSSE ET DE LEUR DÉPILATION OU ARRACHEMENT.

Nous ne ferons qu'effleurer ces questions, attendu qu'elles sont traitées avec tous les détails désirables dans Y Hygiène du visoge et de la peau (2° édit.) (4).

Sourcils. — Les sourcils sont indispensables au visage, et comme ornement et comme expression. Leur direction vicieuse, leur trop grande largeur, leur rareté ou leur absence, changent complètement la physionomie. On corrige leur direction vicieuse et leur largeur désagréable, soit en se servant de la poudre épilaloire pour faire tomber les poils qui dépassent la ligne de l'arcade sourcilière, soit en les

(1) Voyez cet ouvrage, où sonl indiqués les moyens les plus sûrs pour redresser les vices de direciion, de forme et de couleur, des diverses parties du visage. 1 vol. in-18 ; 2 fr. 50.

arrachant, au fur et a mesure qu'ils repoussent, avec une petite pince destinée a cet usage. Une onction d'huile d'amandes douces ou de crème-neitie est nécessaire, avant et après l'opération, pour prévenir ou abréger l'irritation cutanée qui en résulte.

On hâte la croissance des sourcils en les frottant avec la pommade trikogène ; on les rend plus forts et plus fournis par plusieurs coupes avec les ciseaux ou le rasoir. On recommande les onctions de pommade trikogène sur la peau rasée.

Un moyen fort simple, et pourtant suivi d'un succès remarquable, est l'application de la glace. Voici comment on opère : Après avoir laillé le sourcil avec des ciseaux bien tranchants ou rasé avec un bon rasoir, on promène, pendant quelques minutes, un morceau de glace sur la partie rasée ; la réaction vitale qui s'opère fait affluer le sang a la partie; il y a augmentation notable de chaleur ; les sucs nutritifs arrivent en plus grande abondance dans les follicules pileux, d'où ils sont pompés par les bulbes, et les poils du sourcil croissent en raison des sucs qu'ils reçoivent. C'est après que la réaction s'est opérée et que la peau du sourcil est chaude, qu'on doit l'onclionner avec la pommade trikogène. Les personnes qui répugnent a se faire raser entièrement les sourcils peuvent n'en faire que la demi-coupe, c'est-à-dire les tailler avec des ciseaux, a une ou deux lignes de la racine. L'application de la glace a lieu de la même

manière qu'il vient d'être dit, et doit être faite deux ou trois fois par jour. On continue celte petite opération pendant vingt-cinq a trente jours, plus ou moins, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une pousse vigoureuse.

Teinture des sourcils. — Les femmes lymphatiques, dont les sourcils sont peu marqués et de couleur blonde, peuvent, sans aucun inconvénient, les teindre en beau noir avec la teinture hygiénique, mélanogène.

Cils. — Les cils sont sujets à un vice de direction très-fâcheux, nommé trichiasis,en terme del'art, c'està-dire qu'au lieu de se diriger au dehors ils se portent en dedans, et irritent sans cesse le globe de l'œil avec lequel ils se trouvent en contact. Cette fausse direction peut entraîner de graves accidents et occasionner la perte de la vue. Divers procédés ont été proposés pour la guérison du trichiasis : le plus ancien de ces procédés consiste à maintenir les cils vicieux appliqués contre les bords des paupières au moyen d'une bandelette de taffetas gommé.

Aujourd'hui le procédé le plus en usage est l'arrachement des cils avec une pince effilée, lorsque toutefois la déviation porte sur un petit nombre de cils. Cette avulsion doit se renouveler chaque fois que les cils ont repoussé, ce qui est assez douloureux. Quelques chirurgiens habiles n'opèrent l'arrachement du cil qu'une seule fois, et détruisent le follicule par la cautérisation : pour cela, ils enfoncent une aiguille

extrêmement fine dans l'ouverture béante du cil, aussitôt après son avulsion, et font chauffer, a la flamme d'une bougie, l'extrémité libre de celte aiguille. Le follicule, ainsi cautérisé, est pour jamais frappé de mort ; le cil ne repousse plus.

Lorsque le triehiasis est général, c'est-à-dire qu'il porte sur tous les cils de la paupière, une opération chirurgicale est de toute nécessité.

Pour donner de la force aux cils et les faire croître, il faut oindre, le soir avant de se coucher, le bord des paupières avec la pommade trikophile, et tailler de quinze en quinze jours, avec de petits ciseaux, la fine extrémité de chaque cil. Après quelques mois de ces soins, ils auront acquis une belle longueur.

Deux habiles expérimentateurs ont essayé de régénérer les poils par implantation, et disent a,voir réussi à regarnir de cils les paupières qui en étaient privées. Dieffenbach, après avoir arraché les poils d'une partie du corps, les a aussitôt transplantés sur une autre fraîchement entamée par la piqûre d'une forte aiguille, et plusieurs de ces poils ont pris racine. Par le même procédé, le chirurgien Dzondi aurait obtenu le prodigieux résultat de garnir de cils une paupière artificielle, c'est-à-dire une paupière faite avec un lambeau de peau de la joue. Sans certifier la réalité de ces deux faits, nous croyons à leur possibilité par les raisons suivantes :

Tous les physiologistes s'accordent à regarder le

système pileux comme une végétation animale offrant une grande analogie avec la végétation terrestre; celle-ci croît, se développe en pompant les sucs de la terre ; les poils croissent également par l'absorption de sucs animaux, car la couche pigmenlaire de la peau est au poil ce que le terreau est à la plante ; or, si l'on arrache un poil avec son bulbe intact, et qu'on le transplante immédiatement dans la couche pigmenlaire, il n'y a rien d'impossible qu'il y prenne racine, et qu'un follicule s'organise autour du bulbe ainsi Iransplanté.

Des poils disgracieux, incommodes, anormaux. — Les poils qui croissent sur diverses régions, telles que les éminences et lobules de l'oreille, l'entre-sourcil, les pommettes, etc., peuvent s'arracher sans inconvénient, pourvu qu'on n'opère point sur une grande quantité a la fois. Mais pour les poils implantés dans les membranes muqueuses, comme au nez et autres parties, l'avulsion peut être fort dangereuse, et n'empêche pas, ainsi que nous l'avons dit, le poil de repousser.

Plusieurs personnes, a la suite d'arrachement des poils du nez, ont éprouvé de violenles inflammations de cet organe, des ulcérations profondes, le gonflement des cartilages, et quelquefois la carie, la gangrène ! D'autres, après d'atroces douleurs, ont vu leurnez s'hypertrophier et se transformer en une masse informe.

La pommade épilatoire, dont nous parlerons tout a l'heure, fait tomber les poils du nez ; mais aussi elle peut irriter la membrane pituitaire. Le seul moyen exempt de tout danger est de couper ces poils avec des ciseaux tins, chaque fois que la propreté l'exige.

Il est des femmes dont la lèvre supérieure et quelquefois le menton s'ombragentde poils assez apparents; près des commissures de la bouche, ces poils acquièrent souvent une longueur et une épaisseur qui exigent le ministère des-ciseaux ou du rasoir. Cette végétation anormale simulant une moustache juvénile se rencontre particulièrement chez les femmes stériles et chez les anclrogynes ou femmes dont la constitution se rapproche de celle de l'homme. L'excès de continence provoque aussi parfois la pousse de la barbe chez les recluses de trente ans ; le même phénomène a lieu chez les femmes qui, arrivées a l'âge de retour, ont désormais perdu la faculté de devenir mères. Nous conseillons aux dames que cette végétation afflige ou incommode de ne point se raser, car l'action répétée du rasoir finirait par leur faire pousser de véritables moustaches.

On voit aussi des femmes qui ont les épaules et les bras poilus, chose très-disgracieuse pour un sexe dont la peau doit se faire remarquer par son velouté, son poli et sa blancheur.

Les Hindous, les Égyptiens, les Chinois, les Arabes, les Grecs et les Romains, connaissaient divers pro-

cédés pour dessécher et frapper de mort le bulbe des poils. D'après plusieurs historiens, les femmes d'Asie, les dames grecques et romaines, s'épilaient le corps tout entier, exactement comme le pratiquent aujourd'hui les femmes turques et barbaresqu.es. La raison de cette coutume se trouve dans les mœurs et le climat : les Orientaux regardent comme une des conditions de la beauté féminine un corps entièrement débarrassé de tous poils follets, une peau aussi lisse qu'une glace.

Pendant mon séjour en Orient, je fus témoin d'un moyen de dépilation en usage parmi les coquettes de ce pays, et tout à fait inconnu aux coquettes du nôtre ; le voici :

Les femmes des harems qui ne veulent point se servir du ntsma (dépilatoire des Turcs) mettent dans une bassine deux parties de miel et une partie jde résine, qu'elles font chauffer doucement. Le tout étant fondu, elles le versent dans un vase d'eau bouillante et l'agitent pendant quelques minutes ; ensuite elles retirent cet amalgame, qui ressemble à de la poix blanche, le pétrissent dans leurs mains et forment de larges plaques ayant une ligne environ d'épaisseur. Ces plaques sont appliquées, encore chaudes, sur la partie qu'on veut dépiler; un instant après on les arrache vivement, et tous les poils y restent incrustés. Des embrocations huileuses sont immédiatement promenées sur la peau, afin de calmer l'irritation subsé-

queute. J'ai vu la peau des bras et des épaules de quelques-unes de ces femmes, qui, après celte opération, était aussi nette, aussi lisse qu'une lame d'ivoire poli.

Un semblable procédé, agissant sur une masse de poils a la fois, serait beaucoup trop douloureux pour nos délicates citadines, qui ont déjà de la répugnance a se servir de la pince a épiler. Nous leur conseillerons donc de faire usage, non des poudres et pâtes dépilatoires des parfumeurs, qui toutes sont composées de chaux et d'arsenic, et par conséquent dangereuses, mais de la pâte dépilatoire hygiénique, exemple de sulfure d'arsenic, et dont on peut se servir sans inconvénient.

Kusma des Turcs. — Ce nom a été donné a deux préparations, l'une liquide et l'autre solide, dont se servent les femmes musulmanes ; car une loi religieuse ordonne que certaines régions du corps soient entièrement dépouillées de leur toison, et cette loi est d'u ue rigoureuse exécution.

RUSMA LIQUIDE.

Sulfure jaune d'arsenic (orpiment). 15 grammes. Chaux vive 60 —

Faites bouillir dans une livre d'eau de lessive. Pour s'assurer si l'ébullition est assez avancée, on

plonge une plume dans le liquide ; si les barbes tombent, on relire le vase du feu : l'eau a acquis sa vertu dépilatoire.

Cette eau attaque violemment les poils, qu'elle détruit en quelques minutes; mais elle attaque aussi la peau et peut donner lieu à de graves accidents. Ce dernier motif l'a fait abandonner pour la préparation suivante :

RUSMA EN POUDRE.

Sulfure jaune d'arsenic (orpiment). 50 grammes.

Chaux vive 500 —

Amidon blanc en poudre. . . . 300 —

On pulvérise ces substances, et, après en avoir opéré le parfait mélange, on conserve dans des pois, à l'abri de l'humidité.

Au moment de s'en servir, on détrempe cette poudre avec un peu d'eau; alors la chaux, dégageant de la chaleur, réduit l'amidon en colle et forme une pâle épilatoire. — Il est prudent d'oindre d'huile, ou de toute autre substance grasse, la partie sur laquelle le rusmit doit être appliqué, atin de prévenir l'irritation qui peut en résulter. Le rusma ne doit s'employer qu'à très-petites doses et avec beaucoup de ménagement ; car l'absorption des molécules arsenicales, quoique très-minime, est toujours à redou-

ter. Dans l'Hygiène du visage et de la peau, nous avons cité des exemples d'empoisonnement par le contact des pâles arsenicales.

Toules les eaux, pâtes et poudres dépilatoires vendues par le commerce sont strictement calquées sur les deux formules que nous venons de donner; car, jusqu'à présent, l'art n'avait pu découvrir d'autre agent destructeur des poils que l'arsenic combiné a la chaux, et l'on s'en servaitfaute demieux. Frappé des graves accidents que pouvaient entraîner les poudres et lotions arsenicales, un chimiste se mit à chercher et trouva un excellent dépilatoire, exempt d'arsenic, qu'il nomma stilfhydrate chalcique vert, dénomination scientifique a laquelle nous substituons celle-ci : dépilatoire hygiénique, et que nous conseillons aux dames à l'exclusion de toutes les autres préparations.

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