CHAPITRE XI
La barbe est l'apanage du sexe fort; ornement naturel d'un mâle visage, elle devient indispensable a l'expression pliysionomique. Considérée comme auxiliaire de la beauté virile, la barbe accroît ou diminue les proportions du visage, en élargit ou en rétrécit l'ovale ; elle jette ses teintes sur les joues, sur la lèvre supérieure et le menton; elle protège la peau de ses ombres soyeuses, en augmente l'éclat et contribue puissamment a la majesté de la face humaine.
Chez tous les peuples de l'antiquité, la barbe fut en honneur. Les grands dieux du paganisme étaient représentés avec une barbe olympienne; les demidieux, ces héros des temps homériques, brillèrent autant par leur forte barbe que par leurs exploits. Les patriarches et les prophètes s'honoraient d'être barbus ; et Moïse témoigna de son respect pour les barbes, en invoquant un ordre divin qui défendait aux
hommes de se raser. Les rois, philosophes, magistrats, guerriers, et tous les hommes libres de ces lointaines époques portaient la barbe entière; les esclaves seuls et les hommes déchus étaient impitoyablement rasés. Les Indiens punissaient les grands criminels en les rasant; les Crélois coupaient la barbe aux voleurs et aux incendiaires ; les Perses et les Mèdes rasaient leurs prisonniers, en signe d'esclavage. Chez les Spartiates, la perte de la barbe était infligée a ceux de leurs soldats qui avaient fui dans un combat. Les druides rasaient leurs victimes humaines avant de les immoler dans leurs monstrueux sacrifices. Les sénateurs romains se montraient si fiers de leur barbe, que, lors de la prise de Rome par les Gaulois, le sénateur Papirius préféra mourir que de laisser impunie l'insulte faite à sa barbe. Enfin, l'histoire ancienne nous montre que, partout, la barbe fut honorée et soigneusement cultivée.
Une histoire complète des vicissitudes que la barbe a éprouvées parmi les nations du globe serait fort curieuse, mais beaucoup trop longue pour un traité comme celui-ci; nous devons nous borner à en relever les traits les plus saillants.
Les peuples des temps héroïques ou primitifs conservaient toute leur barbe ; les guerriers seuls en retranchaient l'excès, qui aurait pu les gêner dans leurs divers exercices.
A une époque de civilisation plus avancée, les
Athéniens, ces grands fabricateurs de modes de l'antiquité, furent les premiers qui la coupèrent, tantôt partiellement, tantôt en entier; et les peuples voisins suivirent leur exemple, à l'exception de la lière Sparte, qui considéra toujours l'homme barbu comme libre, et l'homme rasé comme esclave.
Depuis Romulus jusqu'à César, les Romains portèrent la barbe entière ; ils sacrifiaient la première barbe a Jupiter Capilolin, et ne touchaient plus a la seconde. Les quatorze premiers empereurs romains se firent raser; mais Hadrien, pour cacher quelques cicatrices difformes, laissa croître sa barbe, et aussitôt la mode s'en étendit sur tout l'empire. Constantin parut : la barbe fut proscrite. Sous Héraclius, la barbe fut remise en honneur, et ses successeurs continuèrent de la porter.
Les Tartares se sont montrés un des peuples les plus entichés de leur barbe; ils firent de longues et sanglantes guerres aux Persans et aux Chinois, parce que ces deux peuples, au lieu de porter, comme eux, la moustache retroussée, la laissaient pendre.
Pendant une longue suite de siècles, les Orientaux n'ont pas varié sur la forme et la considération accordée a la barbe. Jurer par la barbe fut toujours pour eux un serment réputé inviolable ; insulter une barbe est encore la plus grave injure qu'on puisse leur faire, et qui exige du sang pour réparation ; donner sa barbe a baiser est, au contraire, le signe d'une grande fa-
veur ou d'une amitié intime. Charles XII faillit soulever conlre lui les janissaires qu'il avait pris à sa solde, par la menace de leur faire couper la barbe. — Lorsque Pierre le Grand opéra la dissolution de la redoutable milice des Strélitz, on ne fît que murmurer ; mais lorsqu'il contraignit les Russes à couper leur barbe, des séditions éclatèrent et son trône fut un instant menacé.
Les Occidentaux, au contraire, ont toujours montré une grande inconstance au sujet de la barbe, dont les modes et les coupes ont été aussi fréquentes que variées, surtout parmi le peuple français, ces Athéniens de la civilisation moderne.
Si nous remontons au berceau de la monarchie, nous voyons Pliaramond et ses Francs porter la barbe entière. Sous Clodion, la barbe du menton subit une diminution au profit de la moustache, qui se porta fort longue. Childéric relégua la barbe dans la classe populaire, et voulut avoir une cour rasée. Clovis restitua a la barbe ses anciennes prérogatives. On rapporte que ce monarque envoya des ambassadeurs au roi Alaric pour le prier de venir lui toucher la barbe, c'est-a-dire d'être son allié. Loin de se rendre à la demande de Clovis , le roi des Visigoths maltraita la barbe des ambassadeurs, ce qui occasionna une déclaration de guerre. Les Français, indignés de cet acte de violence, jurèrent parleur barbe de venger l'affront et de punir l'insolent. En effet, les Visigoths furent
taillés en pièces, el Alaric paya de sa vie l'insulte (aile à des barbes respectables.
Au commencement du sixième siècle, la barbe du menton fui taillée en pointe et les favoris continuèrent a encadrer le visage. Pendant tout ce siècle el le suivant, la barbe devint, chez la nation française, l'objet de soins très-assidus; on cultivait, on nourrissait sa barbe, et l'on trouvait cet ornement beau et très-respectable. La mode et le luxe essayèrent d'associer des tresses d'or et des perles a la barbe du menton ; mais cela ne dura que peu de temps. La barbe, à cette époque, était chose si sacrée, qu'il n'était pas permis de la couper à un homme libre sans son consentement. Ce mot, sans son consentement, indiquait une seule exception : c'était lorsqu'un laïque barbu embrassait l'état ecclésiastique, l'évêque non barbu avait le droit de le faire raser. Cette circonstance nous fournit le sujet d'une digression fort curieuse sur les vicissitudes de la barbe dans le corps ecclésiastique, depuis le commencement de notre ère jusqu'au seizième siècle. Les premiers successeurs de saint Pierre portèrent la barbe longue, et ils n'en paraissaient que plus vénérables ; cela dura jusqu'au jour où deux pontifes, l'un barbu, l'autre rasé, engagèrent une lutte au sujet de la barbe. Le pontife barbu protégeait les barbes, le pontife rasé voulait les proscrire. Nous ferons observer que ce dernier, atteint d'alopécie, et n'ayant pas un cheveu sur la tête, pas un poil au menton, séchait
de jalousie devant une belle barbe. C'est absolument le cas du renard qui, ayant perdu sa queue, voulait la faire couper aux autres. De violentes contestations eurent lieu entre ces deux chefs ; il s'ensuivit de haineuses disputes; ils s'anathématisèrent réciproquement et devinrent deux ennemis acharnés, tant il est vrai que les passions humaines percent a travers le manteau de la religion. Le clergé grec tenait beaucoup a sa barbe, le clergé romain voulait la lui faire couper. Dans cette occurrence, le patriarche de Constantinople intima l'ordre a tous ses prêtres de soigner, de laisser croître plus que jamais leur barbe; le pape de Rome fit barbifier et tonsurer les siens.
Telle fut l'origine de la différence qui existe aujourd'hui dans la physionomie des deux clergés grec et romain. Mais tous les prêtres d'Occident ne voulurent point se soumettre a cet ordre, et la barbification ne fut que partielle. Plusieurs Pères de l'Église défendirent avec chaleur la majesté de la barbe, et le concile de Carthage déclara indignes ceux de ses adhérents qui oseraient se la couper. Saint Clément d'Alexandrie, saint Cyprien, saint Chrysostomc, saint Épiphane, saint Jérôme, saint Ambroise, et le savant Sidonius, évêque de Clermont, parlèrent eu faveur de la barbe. Cette vénération pour la barbe dura jusqu'au pontificat de Léon IX, ditBrunon, qui lança plusieurs décrétales contre elle. Vint ensuite le pape Gré-
goire VII, ce terrible persécuteur des têtes couronnées, qui se déclara l'ennemi le plus acharné des mentons barbus, et leur fit une guerre à outrance. Alors, sur tous les mentons, tombèrent les foudres de l'Église ; elles atteignirent aussi les moustaches, et les récalcilranls furent réduits à les porter très-minces. Pierre Benoît, évêque de Saint-Malo, eut beaucoup de peine à vaincre l'obstination des ecclésiastiques de son diocèse ; il fut obligé, en 1370, par des statuts synodaux, de proscrire la moustache et la touffe du menton. Insensiblement, le clergé français s'habitua à se raser entièrement le visage, et montra son menton à triple étage.
Plus tard, quelques papes guerriers jugèrent convenable de laisser croître leur barbe; et l'on cite, entre autres, Jules H, qui se montra fort glorieux de la sienne, et se déclara le protecteur de toutes les belles barbes. L'interdit fut levé; les gens d'Église purent de nouveau se caresser les poils du menton. Les prélats de cour, les abbés coquets, firent parade de leur longue barbe ou de leurs jolies moustaches.
Cependant un nouvel orage se préparait. Les antibarbistes eurent la malignité d'insinuer qu'une bulle du pontife romain allait fulminer contre les barbes sacerdotales. Ils crièrent à l'impiété, à la profanation; ils exhumèrent toutes les décrétâtes; les bulles, les canons, les anathèmes, les fulminations, lancés contre la barbe. On en fit une affaire de religion ; les esprits
s'échauffèrent de pari et d'autre, et peu s'en fallut que les barbus obstinés ne fussent battus par les rasés furieux. Enfin, traquée jusque dans ses derniers retranchements, la barbe sacerdotale, qui avait soutenu un siège de quinze cents ans, succomba, vers la tin du seizième siècle, à cette guerre a outrance. Mais terminons cette digression déjà trop longue ; car il faudrait des volumes pour relater tous les incidents et accidents, toutes les influences et circonstances qui firent du clergé romain, jadis barbu, un corps rasé et tonsuré. Assez donc sur ce sujet, et revenons a l'histoire de la barbe en France.
Sous les rois fainéants, la barbe diminua de volume et de longueur. A l'avènement de Charlemagne, la barbe du menton fut supprimée; en revanche, les moustaches augmentèrent d'épaisseur et de longueur. Charles le Chauve, en imposant la mode des cheveux courts, voulut, par compensation, donner aux moustaches de ses sujets la longueur qu'il faisait perdre à leurs cheveux. Aussi le règne de ce roi fut-il le règne des longues moustaches, dites a la chinoise. L'incommodité de ces moustaches ne tarda pas à se faire sentir, et, sous Louis II, on en retrancha la portion tombante, et on leur donna la forme horizontale, relevée sur les coins de la bouche. Cette forme n'eut que peu de durée; sous le règne de Charles le Simple, la houppette, du menton et les moustaches tombèrent sous le rasoir. Elles tentèrent de reparaître sous
Louis le Gros, mais Louis VII ordonna leur entière suppression.
Vers le milieu du quatorzième siècle, quelques seigneurs parurent en barbe à la cour de Philippe de Valois ; ce monarque leur ayant fait accueil , la mode des moustaches relevées reprit de nouveau. À la mort du roi, cette mode ayant perdu son protecteur, le rasoir vint encore une fois se promener sur les visages français. La corporation des barbiers prit une certaine importance ; plusieurs d'entre eux devinrent les favoris des rois, et s'élevèrent même aux premières charges. Cet état de choses dura jusqu'en 1521 ; un accident arrivé a celte époque a François 1er remit la barbe en honneur. Les moustaches prirent des formes gracieuses; elles furent coquettement relevées, cirées et parfumées. Henri IV donna aux barbes la forme carrée. Sous Louis XIII, la moustache fut taillée en brosse, et le menton ne conserva qu'une petite touffe pointue. Louis XIV réduisit encore la touffe du menton, nommée royale, et fit porter la moustache horizontale, a pointes relevées. Le règne de Louis XV vit la barbe et la moustache disparaître. L'Empire ne la souffrit qu'à ses sapeurs et ses soldats d'élite. La Révolution de 1830 ramena la barbe au menton et sur la lèvre de nos jeunes gens, qui, avec raison, se montrent fiers de ce mâle attribut de leur sexe.
Enfin, les Français, depuis si longtemps et tant de fois chevelus ou tondus, rasés ou barbus, selon le ca-
price des grands, peuvent aujourd'hui laisser pousser leur barbe et leurs cheveux, ou les faire tailler à leur guise, grâce a nos institutions constitutionnelles et républicaines.
Telle est l'histoire abrégée des vicissitudes de la barbe. Passons maintenant à son hygiène.
Selon les tempéraments, la barbe offre des différences dans Ea nature et sa couleur : elle est noire, sèche, dure, chez le bilieux ; chez le sanguin, sa teinte varie du noir au châtain; elle est plus souple, mieux nourrie, plus luisante, et quelquefois tire sur le bleu ; ce sont les plus belles barbes. Les lymphatiques ont une barbe blonde, presque blanche ou rousse. Ces deux dernières n'étant rien moins qu'appréciées, beaucoup d'individus les font teindre. Nous avons signalé les dangers des teintures ordinaires, nous ne reviendrons point sur ce sujet.
Hygiène. — Les soins hygiéniques a donner a la barbe sont de deux sortes : les uns regardent la peau et sont détaillés dans Y Hygiène du visage; les autres concernent le poil proprement dit.
Les hommes qui portent la barbe longue doivent la peigner et la brosser chaque jour ; on l'onclionnera de temps a autre avec une pommade fraîche et tonique, telle que la pommade trikophile. Il est aussi nécessaire de la rafraîchir, c'est-à-dire de couper avec • les ciseaux l'extrémité des poils qui se bifurquent ; par ce moyen on en augmente la longueur.
ll2
Pousse de la barbe. — La meilleure méthode pour faire croître la barbe, pour la rendre vigoureuse et bien fournie, esld'oncliormer la peau avec la pommade trikogène, et de raser les poils de deux jours en deux jours, en se servant d'un savon gras, peu chargé de soude. La barbe étant faite, on recommande aussi de lotionner la partie avec une eau aromatique, afin de fortifier les bulbes. L'application de la glace hâte merveilleusement la pousse des poils. Il s'agit tout simplement de promener, pendant quelques minutes, un morceau de glace sur la peau fraîchement rasée, et de laisser la réaction de chaleur s'opérer. Nous avons déjà donné, a l'article sourcils, la raison phy siologique de ce résultat.
La tranquillité de l'âme et l'état de santé générale influent d'une manière très-sensible sur la pousse de la barbe, sur sa couleur, son lustre, sa douceur au loucher, enfin, sur sa beauté. La mauvaise nourriture, les passions tristes, les maladies, en retardent la croissance; la rendent sèche, rude, sale, et facile a se briser ; quelquefois elle devient douloureuse.
Il est des sujets dont la barbe croît d'une manière prodigieuse, mais c'est au détriment de la nutrition générale; car le système pileux, détournant à son profil une surabondance de sucs nourriciers, en prive les autres systèmes d'organes. Parmi les exemples nombreux de barbes colossales, on cite Adam Hans, qui portait une barbe de cinq pieds de longueur. Celle du
chevalier Thalberg était encore plus longue et plus touffue ; ces deux hommes se faisaient aussi remarquer par leur maigreur. Les Turcs possèdent, comme on sait, de superbes barbes ; le vieux pacha de Janina, Ali Tébélen, offrait une magnifique barbe blanche de trois pieds de longueur sur un de large.
Coupe de ta barbe. — La coupe de la barbe ne doit s'opérer que de deux jours en deux jours, pour les barbes fortes ; les barbes faibles peuvent sans inconvénient attendre un jour de plus. Se barbifier chaque jour, ainsi que le font de vieux coquets, est nuisible à la peau, et peut occasionner des rougeurs, des éruptions. La propreté n'exige pas qu'on s'irrite la peau par des barbifications quotidiennes.
La barbe ne se rase qu'après avoir été ramollie par un liquide onctueux, savonneux ou mucilagineux A l'exception de quelques-uns, presque tous les savons du commerce sont nuisibles à la peau, a cause de l'excès de potasse ou de soude qu'ils contiennent. On doit rejeter comme nuisibles tous les savons de toilette a bon marché; et l'irritation cutanée que les barbiers ont dénommée le feu du rasoir provient autant d'un mauvais savon que d'un mauvais rasoir. Les meilleurs savons pour la barbe sont ceux qui, préparés avec de bonnes huiles fraîches, ne contiennent d'alcali que juste ce qu'il en faut pour opérer la saponification. Le meilleur savon dont on puisse faire usage pour la barbe et la peau est, sans contredit, le savon der-
mopliilo (ami de la peau), dans la composition duquel entrent l'huile de palme, le blanc de baleine, un mucilage, etc. Ce savon, tout à fait hygiénique et infiniment supérieur aux autres, est fabriqué par Pinaud, l'un des premiers savonniers de la capitale. Les hommes à peau délicate, disposée aux. rougeurs, cuissons, et qu'irrite le moindre excitant, devront pratiquer une onction de crème-neige avant de se barbifler; après cinq à dix minutes, la barbe est savonnée au savon dermophile, et puis rasée avec une étonnante facilité. Ces onctions suffisent pour ramollir la barbe, assouplir la peau, et la préserver de toute irritation du rasoir.
On ne doit jamais couper la barbe ni les cheveux pendant les maladies graves ; celte coupe intempestive peut retarder la convalescence et même compromettre les jours du malade. Ceux qui portent depuis longtemps la barbe entière ne doivent pas non plus la couper entièrement le même jour; la partie habituée a être recouverte de sa toison, s'en trouvant dépouillée tout a coup, peut réagir funestement sur les organes voisins.
Séguier cite un capucin qui perdit la vue pour s'être fait couper la barbe, qu'il portait depuis vingt ans. Un moine devint sourd pour s'être débarrassé tout a coup de sa longue barbe. A la chute de l'Empire, lorsqu'une ordonnance fit couper les cheveux et les barbes de certains régiments, une multitude de
soldats et d'officiers furent subitement atteints d'ophthalmies, de perte de l'odorat, de névralgies dentaires, de céphalalgies, etc.
Ces exemples très-nombreux prouvent combien est dangereuse la coupe totale ou intempestive soit de la barbe, soit des cheveux, et engagent sérieusement a la prudence.
Les autres soins à donner a la barbe sont identiquement les mêmes que ceux pour la chevelure. Quant aux maladies qui peuvent l'affecter, telles que décoloration, sécheresse, chute, etc., les moyens de guérison que nous avons indiqués pour les cheveux lui sont applicables.
La peau du visage devient quelquefois le siège d'une affection appelée morphée. Elle se présente sous la forme de taches semblables a celles que fait une goutte d'eau sur une feuille de papier. La peau qui recouvre ces taches est tantôt blafarde ou rougeâtre, tantôt brune ou jaunâtre, lisse et dépourvue de poils.
Il n'est pas rare de rencontrer des hommes, jouissant d'une excellente santé, qui offrent une ou plusieurs de ces lâches soit au menton ou sur la lèvre supérieure, soit sur la partie du visage où croissent les favoris, et dont la surface entièrement dépilée jure avec les parties barbues qui les entourent. Quoique les médecins ne regardent point cette affection comme contagieuse, il est prudent de ne pas se ser-
vif du rasoir de celui qui en esl atteint; car plusieurs individus prétendent l'avoir gagnée de celle manière.
Un moyen très-simple pour faire disparaître ces taches est de les laver d'abord avec l'eau contre les éphélides, indiquée dans Y Hygiène du visage, et les onctionner ensuite avec la pommade trikogène.
Les jours où l'on se fait la barbe, il faut avoir soin de ne pas couper les poils follets qui commencent a croître sur la tache; on ne doit les raser qu'après deux ou trois barbes, c'est-à-dire lorsqu'ils ont acquis une longueur d'une ligne. On continue les lotions et onctions jusqu'au moment où les poils ont repris leur force et leur couleur naturelles, ce qui arrive ordinairement au bout de vingt-cinq a trente jours.
Physiognomoiiie. — Considérée comme indice de la valeur de l'individu, on a prétendu qu'une barbe noire, épaisse, coïncidant avec un système pileux abondant, indiquait la force physique et la vigueur dans la propagaliou de l'espèce; tandis que les gynandres, ou hommes tenant de la femme, n'avaient presque point de barbe, et. qu'elle manquait totalement aux eunuques. Pour le même motif, les femmes dont le système pileux est très-développé sont réputées très-passionnées; celles, au contraire, qui n'ont qu'une végétation clair-semée, passent pour indiffé-
rentes. Mais cette règle offre de très-nombreuses exceptions ; car on rencontre une foule d'hommes et de femmes barbus qui sont fort au-dessous de leur réputation, tandis qu'on trouve beaucoup d'hommes a barbe rare capables de recommencer un des travaux d'Hercule.
Les barbes d'un noir bleu sont les plus belles ; elles sont l'apanage des riches constitutions sanguines, et annoncent une santé florissante, l'amour des plaisirs et des voluptés sensuelles. — La barbe noire et rude fait pressentir un caractère inflexible, dur, hautain, tournant a la misanthropie. — Les barbes plates et naturellement en désordre indiquent un caractère peu soigneux et une grande dissipation d'idées. — Les barbes noires ou brunes, clair-semées, se remarquent généralement chez les individus excessifs en tout, dans l'amour comme dans la haine; bons et méchants, humbles et orgueilleux, méfiants, ouverts, soupçonneux, etc. — La barbe blonde indique le plus souvent des goûts tranquilles, l'aménité du caractère et une propension aux sentiments tendres et langoureux. On a observé que les mystiques et ascétiques se recrutaient particulièrement parmi les blonds a barbe rare. — Les barbes rousses et dures sont d'un mauvais augure. Les barbes rousses fines sont plus rassurantes; elles annoncent un caractère vif, exalté, mais que tempère la bonté. — Les barbes rousses, coïncidant avec des cheveux noirs, dénoteraient
un naturel peu favorisé, s'il faut en croire ce proverbe :
De barbe rousse el noirs cheveux.
Garde-t'en bien, si lu le peux.
L'étude physiologique de l'homme a démontré qu'il y avait des rapports intimes entre les fonctions pileuses et génitales. En effet, ni barbe ni poils sur le corps, seulement un léger duvet pendant la première phase de la vie, jusqu'à la puberté. A partir de cette seconde époque, le système pileux se développe, avec plus ou moins' de vigueur, selon l'énergie des organes génitaux; et cette vigueur se ralentit, s'éteint graduellement quand cessent les fonctions de ces organes. Le système pileux commence par éprouver une espèce d'étiolement ; il blanchit dans la première vieillesse; sa pousse devient plus lente, et beaucoup de poils tombent comme des plantes desséchées dont les racines ont perdu leur force absorbante ; enOn, si la vieillesse se prolonge et arrive a la caducité, tous les poils tombent et sont remplacés par un duvet incolore analogue a celui qui recouvre la peau de l'enfant: de telle sorte qu'aux deux pôles de la vie, l'enfance et la caducité, le système pileux s'offre a peu près semblable.
La se borne ce que nous avions a dire sur les cheveux el la barbe. Nous croirons avoir été utile. Nous
nous estimerons heureux, si la lecture de cet opuscule, mis a la portée des gens du monde, sait inspirer une invincible aversion pour tout ce qui sent le charlatanisme, et surtout si elle peut diminuer le nombre incalculable de dupes et de victimes des remèdes secrets en général.