DES DIVERSES CAUSES DE LA CHUTE DES CHEVEUX
Notre tâche étant d'écrire pour les gens du monde et de mettre la science a leur portée, nous énumérerons en quelques lignes les causes les plus fréquentes de la chute des cheveux; sobre de la terminologie scientifique, nous n'y aurons recours que dans les cas indispensables.
La chute des cheveux et des poils reconnaît plusieurs causes, les unes internes et les autres externes: les premières se lient a certaines maladies organiques, généralement graves, qui réagissent sympathiquement sur l'enveloppe cutanée, et qui amènent une congestion ou un appauvrissement de la circulation folliculaire ; les secondes dépendent de plusieurs affections légères ou profondes de la peau, telles que les sueurs immodérées, les leucopalhies, les syphi ■ lides, l'éléphantiase, différentes espèces de lèpre, de
teigne, de dartres, de gales et autres éruptions. Enfin, l'oubli des soins de propreté, les tiraillements des cheveux, les coups, les plaies, les blessures, et généralement tout ce qui peut léser le follicule pileux, soit directement, soit indirectement. On voit, d'après celte énumération, que le traitement de la chute des cheveux appartient également a la médecine interne et a la médecine externe. Dans la majorité des cas de chute de cheveux par cause locale, le remède existe dans les applications externes ; c'est ce que nous aurons bientôt occasion de démontrer.
ALOPÉCIE. — CALVITIE.
La maladie du système pileux, caractérisée par la chute, a reçu les noms scientifiques ù' alopécie et de calvitie. Sans nous occuper des discussions scolastiques auxquelles ces deux mots ont donné lieu, nous adopterons une définition claire, basée sur le sens étymologique.
Alopécie signifie chute générale ou partielle des cheveux et des poils des diverses régions du corps, par analogie avec une maladie du renard (en grec alôpex) pendant laquelle son poil tombe en totalité ou en partie.
Calvitie (du latin calvus, chauve) désigne spécialement la chute des cheveux, à l'exclusion de celle des poils du corps.
Ainsi, dans l'alopécie, la chute des poils du eorps entier, ou d'une partie du corps, a lieu en même temps que celle des cheveux, tandis que, dans la calvitie, la chute n'atteint que les cheveux et ne s'étend pas aux poils. Selon les observations des médecins les plus illustres, les causes de l'alopécie sont : un état cacochyme; une maladie aiguë ou chronique se prolongeant indéfiniment et débilitant la constitution ; le scorbut, la syphilis, les abus vénériens, les passions tristes et les fatigues morales; enfin toutes les affections qui attaquent l'énergie vitale, et a la suite desquelles la circulation languit et cesse de fournir l'aliment nécessaire au système pileux. Dans quelques cas particuliers, la calvitie peut bien être produite par une des causes générales que nous venons d'énumérer, mais elle est due le plus ordinairement à des causes locales. Aussi, comme l'ont fait observer de. judicieux praticiens, l'alopécie nécessite toujours un traitement général; la calvitie, au contraire, n'exige, dans la plupart des cas, qu'un traitement local.
L'alopécie et la calvitie ne sont point des maladies, mais bien des symptômes de maladies locales ou générales.
Une tête chauve ou partiellement dépilée fut, de tous temps, regardée comme une imperfection qu'on chercha toujours a combattre ou a dissimuler. La calvitie était une honte chez les anciens peuples : les enfants de Lacédémone brocardaient les hommes
chauves, et les Romains leur jetaient la honte. César, Domitien et Vespasien, cachaient leur calvitie sous une couronne de lauriers. Plusieurs autres empereurs se servirent de perruques. La chute des cheveux était un si grand malheur pour les dames romaines, qu'elles imploraient les dieux et leur apportaient de riches offrandes, pour en obtenir la guérison ; leur espoir étant déçu, elles manifestaient leur profonde douleur par celte exclamation : 'Hélas ! hélas ! j'ai perdu le droit de me peigner. Un poêle latin fait trèsbien connaître l'opinion de son temps sur les têtes chauves, dans un distique dont voici la traduction :
Honteux est le troupeau tondu; honteux est le pré fauché; honteux sont les arbres sans feuillages et les têtes sans cheveux.
Si de nos jours on ne lardonne pas aussi ouvertement les personnes chauves, on n'en chuchote pas moins a leur désavantage, et une calvitie commençante a refroidi bien des amants, a fait manquer bien des mariages. Du reste, a en juger par l'immense consommation de toupets et de perruques, par le soin que mettent les hommes et les femmes a cacher les places chauves sous les cheveux qui restent, on doit croire que, si la calvitie n'est pas une honte, elle est du moins une grave, imperfection, une cruelle disgrâce.
L'art connaît-il des moyens pour récapîliser les n fines chauves? Oui. Nous ne craignons pas de ré-
poudre affirmativement; mais ces moyens doivent être logiques, c'est-à-dire découlerd'une connaissance parfaite de l'analomie, de la physiologie des cheveux et des agents thérapeutiques, connaissance qui fait défaut à celte foule d'industriels qui noircissent les journaux de leurs annonces. Oui, hormis les cas exceptionnels de destruction, de paralysie des follicules pileux, et les calvities conséquence fatale de l'âge, il est possible de régénérer les cheveux perdus ; au chapitre trikogénie le lecteur en acquerra la preuve.
Selon les causes qui la développent, la calvitie peut être grave ou légère, lente ou rapide, partielle ou très-étendue.
Les calvities légères cèdent facilement au traitement le plus simple et aux soins hygiéniques.
Les calvities graves, celles qui dépendent d'une altération profonde, du cuir chevelu et des follicules, d'un virus, d'une paralysie cutanée, etc., exigent une médication éclairée et toute spéciale.
Calvitie partielle. — Elle affecte ordinairement le sinciput ou portion supérieure de la tête ; on lui a donné aussi le nom de pelade. Les individus qui font de trop fréquents voyages à Cythère, ou de trop copieuses libations a Bacchus, y sont particulièrement exposés. Les personnes dont le cuir chevelu, trèsgras, fournit d'abondantes pellicules et des sueurs copieuses, deviennent généralement chauves de bonne heure, si elles apportent de la négligence dans le net-
toyage et les soins hygiéniques à donner à leurs cheveux. Les sujets qui ont le cuir chevelu maigre et les cheveux secs deviennent également chauves, si la peau n'est pas nourrie et entretenue par les moyens que nous avons indiqués a l'article cheveux secs.
L'air est aussi essentiel a la vie des cheveux qu'à celle des végétaux. Peut-être doit-on attribuer la persistance des cheveux de la nuque et du pourtour de la tête à ce qu'ils sont plus aérés, dans ce sens qu'ils ne sont point recouverts par les diverses coiffures. Les militaires, surtout ceux qui portent le casque, deviennent chauves de très-bonne heure, et cette calvitie provient de ce que l'air n'est point suffisamment renouvelé et ne circule pas assez librement dans les cheveux.
Calvitie presque totale. — Le dépouillement total delà tête n'a lieu que dans l'alopécie, affection qui s'étend a tout système pileux ; mais la calvitie partielle, dont nous venons de parler, peut faire des progrès, et occasionner la chute de tous les cheveux, a l'exception des mèches de la nuque et des côtés de la tête qui, marchant sans interruption d'une tempe à l'autre, forment une demi-couronne. C'est ce que nous appelons calvitie presque totale. 11 est a remarquer que, même chez les vieillards, cette demi- couronne de cheveux subsiste jusqu'à la mort, parce que, les tempes et la nuque étant moins sujettes au frottement, les bulbes pileux ont eu moins à souffrir.
Dans l'espèce de calvitie qui nous occupe, le som- ! mel delà tête entièrement dépouillé, sur une étendue plus ou moins large, offre l'aspect d'un genou. Les follicules et les bulbes comprimés dans l'épais-.seur du derme se trouvent dans un état atonique ou de langueur, et, en supposant même que le bulbe stimulé cherchât a pousser au dehors la jeune lige d'un i cheveu, la peau lisse et durcie du crâne se refuserait! aie laisser sortir; de même que le sol, recouverti d'une croûte épaisse et dure, retient prisonnière la i plante herbacée qui cherche vainement à percer cette1 croûte. Les émollienls d'abord, puis les excitants, lestoniques, sont les remèdes naturels de cette espèce' de calvitie; aussi, voyons-nous presque toutes les pommades régénératrices contenir des substances ^ très-excitantes. Malheureusement la plupart de ceux qui les emploient ne sont point aptes a discerner les«! cas où elles conviennent et les appliquent indistinctement à toutes les espèces de calvities, d'où il résulte que, presque toujours, l'effet de ces pommades est nul et parfois nuisible.
La chute des cheveux n'entraîne presque jamais lai destruction du follicule ou matrice, hormis le cas de blessure ou d'ulcérations profondes : la tige du cheveu i desséchée tombe, emportant avec elle la pellicule épidermique dont sa base est entourée, mais le follicule reste intact dans l'épaisseur de la peau et conserve sa faculté de reproduire un nouveau cheveu. La dis-
section des sujets complètement chauves depuis longues années a fait voir très- distinctement, dans les lambeaux du cuir chevelu, tous les follicules pileux pressés les uns contre les autres et nullement détruits. Chez certains sujets chauves, les follicules se trouvaient languissants et comme atrophiés; chez le plus grand nombre ils s'offraient dans leur état normal avec leurs bulbes pourvus de racines, mais dont la tige, à l'état de duvet, ne pouvait percer l'épiderme durci et poli du crâne. — La calvitie causée par la vieillesse ou par la destruction des follicules n'a point de remède. Le germe étant la condition nécessaire de toute végétation, il serait absurde de croire qu'il peut pousser des cheveux sur un crâne qui n'en possède plus les éléments.