COIFFEURS ET COIFFURES
Les soins hygiéniques réclamés par la chevelure se bornent, en général, a maintenir dans un juste degré d'activité les fonctions sécrétoires et excrétoires du cuir chevelu ; car c'est dans la couche profonde de la peau du crâne que se forme, se développe et se nourrit le bulbe pileux. L'usage du peigne et de la brosse, aidés, de temps a autre, d'un nettoyage ou dégraissage, maintiennent ce juste degré d'activité; et l'on peut dire avec raison que ces deux instruments, bien dirigés, sont les- vrais conservateurs de la chevelure.
11 faut strictement éviter les brusques variations de température, c'est-à-dire de passer nu-tête d'un lieu très-chaud dans un lieu très-froid ; — bien se garder de mouiller la lête avec de l'eau froide quand le cuir chevelu est en moiteur. — Au sortir d'un bain, si les cheveux sont mouillés, il est prudent de les bien essuyer et sécher, parce que l'humidité qu'ils conser-
vent peut gonfler leur base et occasionner la chute. Les personnes sujettes a une abondante transpiration de la peau du crâne devront prendre de minutieuses précautions pour ne pas perdre leurs cheveux et devenir chauves de bonne heure. Ces précautions consistent a éponger la sueur, a essuyer les cheveux toutes les fois qu'ils sont humides, a opérer de légères friclions en passant et repassant la pulpe des doigts sous les cheveux, et à ne jamais s'exposer à l'humidité ni au froid pendant tout le temps que la transpiration a son cours; elles devront, en outre, se peigner au peigne fin et faire un usage fréquent de la brosse, de manière à nettoyer parfaitement la peau du crâne et à enlever la crasse poisseuse qui enduit les cheveux ; enfin, elles se laveront le cuir chevelu, au moins une fois par mois, avec la lotion détersive, indiquée au Formulaire.
La coiffure très-peu hygiénique des hommes, surtout les coiffures militaires, sont une cause de calvitie plus fréquente qu'on ne pense. En effet, l'air contenu dans le chapeau, ne pouvanjt se renouveler, s'échauffe, et, si l'on garde longtemps le chapeau sur la tête sans t'ôler, l'accumulation du calorique porte peu a peu sa pernicieuse influence sur le cuir chevelu ; les cheveux tombent, s'éclaircissent, et cette chute ne reconnaît pas d'autre cause. Aussi voyons-nous les femmes, dont la coiffure est plus perméable à l'air, et les personnes forcées, par leur condition, à rester nu-tête,
conserver plus longtemps leurs cheveux que les hommes qui ont toujours la tête couverle.
Nous recommanderons, comme mesure hygiénique, de porter des chapeaux légers, de les ôter de temps en temps pour renouveler l'air, et de rester toujours la tête découverte h la maison.
Les pommades, huiles, essences, et tous les corps gras, ne doivent être employés que pour les cheveux secs ; les cheveux gras doivents'en passer, ou du moins n'en user qu'avec une réserve extrême. Que le lecteur retienne bien ceci : toutes les huiles et pommades a bon marché sont nuisibles aux cheveux, parce qu'elles sont composées de substances inférieures et faciles à rancir; parce que la rancidité est au corps gras ce que la putréfaction est à la viande et autres substance azotées. On ne doit jamais acheter ses pommades chez les dépositaires de parfumeries, parce que, étant restées un temps plus ou moins long en dépôt, ces pommades ne sont plus fraîches, et beaucoup sont altérées. — La plus grande partie des pommades du commerce sont composées de graisses mal préparées, et ce n'est qu'en forçant la dose des parfums qu'on parvient à masquer l'odeur de rance qui, sans cela, ne tarderait pas a dominer; or, les huiles essentielles communes qu'on emploie pour les parfumer sont irritantes et nuisibles. Les bonnes pommades que fabriquent les parfumeurs consciencieux sont composées de substances fraîches et de premier
choix ; elles doivent être renouvelées Ions les mois ou deux mois au plus tard. Voyez, au Formulaire de cet ouvrage, la manière de préparer les pommades. Les personnes dont la peau fournit en abondance ces petites écailles blanchâtre nommées pellicules ou squames devront, avant d'employer l'huile ou la pommade, peigner leurs cheveux au peigne fin, puis les brosser longtemps afin d'en chasser toutes les pellicules. Le nettoyage et, de temps a autre, le dégraissage sont urgents pour les têtes a cheveux gras, couvertes de pellicules : lorsque celte indispensable mesure de propreté est longtemps négligée, la peau s'encrasse, devient le siège de démangeaisons, et, si cet état se prolonge, une infinité de cheveux, sciés a leur base par les écailles épidermiques accumulées, languissent et tombent.
Il est de règle générale d'éponger a sec les cheveux après leur dégraissage; puis on irempe.l'éponge dans de l'eau de rose aiguisée de quelques gouttes d'eau aromatique des Hespe'rides, on essuie la chevelure et on la purge de toule humidité avec des serviettes chaudes; enfin, les cheveux sont peignés au démêloir, brossés et onclionnés d'huile ou de pommade line. Cela fait, on procède au travail de la coiffure; ce travail terminé, on étend dans la paume des mains un peu de brillantine, et l'on en frotte a plusieurs reprises les bandeau* en appuyant fortement; alors les cheveux deviennent lisses, brillants, et acquièrent
ces chatoyants reflets que recherchent les jeunes femmes.
Beaucoup de dames ont la mauvaise habitude de mouiller leurs bandeaux pour les lisser; nous ferons observer que l'eau et surtout la salive décolorent le ch eveu, le dessèchent, le rendent rude et cassant.
Lorsqu'on sort du bain, si les cheveux ont été mouillés, il faut avoir bien soin de les sécher ; car l'humidité, ainsi que nous venons de le dire, est une des causes qui amènent la chute des cheveux.
On doit examiner de temps en temps l'étal des cheveux et ne leur donner que juste la dose de pommade qui leur est nécessaire. Les huiles ou pommades devront être fraîches; car les corps gras rances peuvent, ainsi que nous l'avons dit, irriter le cuir chevelu et causer la chute des cheveux.
Les divers mucilages, les eaux albumineuses et gommées composant la bandoline (style de coiffeur), dont on se sert pour fixer les bandeaux, ont l'affreux inconvénient de recouvrir les cheveux d'un enduit qui les encroûte et nuit à leur propreté; de plus, ils exhalent une mauvaise odeur.
La meilleure préparation pour lisser les bandeaux, pour donner aux cheveux et a la barbe des reflets miroitants, est la brillantine. Ce nouveau parfum, qui unit a une suave odeur l'inappréciable qualité d'adoucir les cheveux, de ne point les coller et de ne laisser aucun résidu, sera désormais la seule prépara-
lion dont les dames se serviront pour fixer leurs bandeaux.
Coiffures de femmes. — L'art du coiffeur a établi quatre genres de coiffures principales, dites en coques, en torsades, en nattes et à frisures. Dans ces derniers temps, un nouveau genre avait essayé de s'introduire, la coiffure ondulée; mais nous n'en parlerons que pour la proscrire, attendu que l'ondulation obtenue soit par le fer chaud, soit au moyen de petites nattes fines et très-serrées, maintenues pendant la nuit, porte atteinte a la vitalité du cheveu. Et d'ailleurs, était-ce une belle coiffure ? La mode voulut un instant le faire croire; mais ce ne fut qu'un instant, car, de l'avis des coiffeurs, l'ondulation ruine les cheveux et laisse pressentir une origine nègre ou égyptienne. Il n'y a que les cheveux crépus et laineux qui ondulent naturellement ; les cheveux longs et fins demandent a être lissés pour montrer toute la richesse de leurs soyeux reflets.
La coiffure en coque n'est plus guère pratiquée; les autres coiffures lui empruntent quelquefois des ornements.
Dans la coiffure en torsades et en nattes, on recommande avec raison de ne jamais tordre les mèches trop fortement ; une torsion trop forte non-seulement nuit à la nutrition du cheveu, mais il arrive que les cheveux les plus tendus se brisent ou sont arrachés.
La frisure n'est préjudiciable aux cheveux .que
lorsqu'elle est pratiquée au fer chaud-, parce que le fer chaud dessèche les cheveux, les rend friables, altère leur couleur et les prédispose à une chute précoce. On ne devrait donc se servir du fer que de loin en loin, et du fer chauffé à l'eau bouillante, lequel est beaucoup moins nuisible. Nous conseillons aux dames qui tiennent à conserver belle et longtemps leur chevelure, de ne jamais se friser qu'au moyen de papillotes.
Le crêpage des cheveux leur est toujours nuisible, en ce qu'il les emmêle dune manière inextricable et provoque ensuite leur tiraillement, leur brisure, lorsqu'on veut les peigner. Le crêpage à la brosse est beaucoup moins pernicieux qu'au peigne.
Lorsque le moment est arrivé de défaire leur coiffure, on recommande aux dames de procéder à ce - travail avec précaution et légèreté, pour ne point tirailler les cheveux; de les secouer, de les brosser et de les laisser dotter quelque temps en liberté sur les épaules avant de commencer la coiffure de nuit.
L'habitude de se couvrir chaudement la tête pendant la nuit est mauvaise, surtout pour les personnes dont le cuir chevelu transpire abondamment. Un filet à mailles serrées, servant à maintenir les cheveux, est la meilleure coiffure de nuit pour la santé; car il arrive souvent que le bonnet ou la coiffe se détache et tombe pendant le sommeil ; alors, si la tête est moite, l'air froid la saisit, ot il en résulte un arrêt de
la transpiration qui donne lieu il des rhumes, a dos maux d'yeux, d'oreilles, elc. On a, en outre, observé que les personnes qui ont contracté l'habitude de coucher nu-tête conservaient plus longtemps leurs cheveux et grisonnaient moins vite que celles qui font usage de la coiffe ou du bonnet.
En résumé, les soins hygiéniques a donner aux cheveux sont : la propreté, l'aération, l'équilibre des fonctions exhalantes et absorbantes du cuir chevelu, la soustraction de la tête aux extrêmes du chaud et du froid, la préservation contre l'influence nuisible des cosmétiques irritants, des huiles et pommades rances, etc. On recommande expressément, lorsque les cheveux ont été immergés ou mouillés, de les essuyer et de les sécher soigneusement, parce que la chaleur humide gonfle la tige du cheveu, produit la dilatation des conduits pilifères et occasionne la chute Le nettoyage de la tête, selon les procédés que nous indiquerons au chapitre suivant, est nécessaire, de temps a autre, pour débarrasser la peau du crâne de l'enduit pelliculeux qui s'y forme incessamment. L'usage journalier du peigne et de la brosse; la coupe mensuelle de l'extrémité des cheveux, qui, arrivés au dernier point de leur croissance, se fendent et se bifurquent; enfin, l'abonnement à un coiffeur habile, sont les conditions hygiéniques les plus favorables ù la beauté et a la conservation de la chevelure ; car un coiffeur habile est pour la chevelure ce qu'un bon
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dentiste est pour la bouche : celui-ci préserve les dents du tartre et de la carie , il les nettoie et conserve à l'émail sa blancheur éblouissante ; le coiffeur intelligent écarte de la chevelure toute influence nuisible, il la rend souple et chatoyante; il épuise sur elle toutes les ressources de son art afin de la faire sortir de ses mains plus belle que jamais.
Coupe des cheveux. — La coupe des cheveux ne doit jamais se pratiquer immédiatement après un repas copieux, ni lorsqu'on est fatigué ou indisposé, et à plus forte raison lorsqu'on est malade. Il faut toujours choisir les jours secs et chauds, pour éviter les rhumes, maux d'yeux, de dents, de gorge, etc., qui succèdent fréquemment à une coupe intempestive. La meilleure méthode est de faire souvent rafraîchir les cheveux afin de les avoir d'une longueur toujours a peu près semblable.
Les personnes habituées a porter les cheveux longs ne doivent jamais les faire couper trop courts et brusquement ; ce n'est qu'après les avoir fait raccourcir graduellement et jour par jour qu'elles peuvent les faire tondre complètement, s'il y a nécessité. .En général, la rasure des cheveux longs entraîne un dérangement de la santé plus ou moins grave; mille faits consignés dans les ouvrages de médecine sont là pour l'attester.
Il est cependant quelques cas rares de croissance extraordinaire des cheveux, où il devient nécessaire de
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les couper courts, c'est lorsque les sucs nutritifs, par uûe direction vicieuse, se portent en trop grande abondance sur les bulbes pileux au détriment des autres systèmes du corps, qui s'affaiblissent et tombent dans la maigreur. On cite plusieurs observations convaincantes a cet égard, et tout récemment la Gazette médicale vient de publier l'histoire pathologique d'une jeune demoiselle de dix-huit a vingt ans dont la chevelure exubérante et d'un noir foncé avait donné lieu, chez elle, a une maladie chlorotique et de langueur, par le fer qu'elle enlevait au sang et par les sucs nutritifs qu'elle détournait a son profit. Un médecin ordonna les ferrugineux, un autre les toniques et les aliments substantiels; mais, l'état maladif augmentant toujours, un physiologiste conseilla aux parents de la demoiselle de lui faire tondre son épaisse et longue chevelure; ce qui fut aussitôt exécuté. De ce moment la chlorose s'arrêta, et le vermillon de la santé reparut sur les lèvres et les joues blême de la jeune fille.
Erreur concernant kl coupe des cheveux. — On croit généralement que la coupe des cheveux, a fleur de peau ou très-près de leurs racines, est un excellent moyen pour les faire pousser plus épais et plus longs. Beaucoup d'individus, dans cet espoir, se font raser les cheveux; beaucoup de mères font tondre leurs enfants et s'étonnent ensuite de ce que le succès ne réponde point a leur attente. Nous dissiperons cette erreur par une démonstration physiologique : comme
dans toute végétation, l'épaisseur des cheveux est subordonnée au nombre des germes, c'est-à-dire que plus les bulbes seront nombreux et pressés les uns contre les autres, plus les cheveux seront touffus, et vice versa. La longueur des cheveux est en raison directe de la vigueur des bulbes et de la profondeur de leurs racines; de telle sorte que, plus les bulbes seront vigoureux et leurs racines profondes, plus les cheveux deviendront forts et longs. Or, espérer rendre longue et touffue, par la coupe, une chevelure qui ne possède point ces conditions physiologiques, sera toujours une déception. Certainement il est des cas, à la suite de maladie, où la coupe devient indispensable pour arrêter la chute et raviver les bulbes languissants; mais tondre la tête, la raser à des sujets bien portants, dans l'espoir de leur procurer une plus longue chevelure, est complètement irrationnel. Consultez, à ce sujet, les coiffeurs intelligents ; ils vous affirmeront, d'après leur longue expérience, que les plus belles chevelures de femmes sont celles qui n'ont jamais été coupées, et dont on s'est borné à rafraîchir les pointes.
Je connais bon nombre d'individus, jeunes encore, à cheveux clair-semés et tombant facilement, qui ont vainement eu recours au rasoir pour remédier à celte imperfection. Leurs cheveux, il est vrai, poussaient d'abord plus épais et moins grêles, mais, lorsqu'ils avaient acquis quelques pouces de longueur, ils loin-
baient de nouveau et plus facilement. Dans le cas où l'atrophie du cheveu et sa chute dépendent d'une irritation chronique latente, l'action du rasoir augmente toujours cette irritation, et la chute des cheveux recommence, au bout de quelques mois, plus désastreuse que jamais.
11 résulté de ce que nous venons de dire que, hormis quelques cas exceptionnels, La coupe ras, ou la rasure totale , pratiquée dans l'espoir de faire pousser les cheveux plus longs et plus touffus, non-seulement ne donne point les résultats désirés, mais qu'elle produit souvent l'effet contraire; qu'il est irrationnel de faire une tonsure générale sans bénéfice ultérieur, et qu'il est sage, au contraire, de consulter un homme de l'art avant de dépouiller une tête de sa toison protectrice. (Voyez le chapitre de cet ouvrage qui traite de la chute des cheveux et de ses causes.)
Des coiffures selon /'âge, la physionomie, le teint et les proportions du visage. — Le même genre de coiffure ne saurait convenir a tous les âges, à toutes les figures, c'est incontestable. Une coiffure de jeune fille jurerait sur la tête d'une femme âgée ; telle coiffure qui modère les fortes proportions d'une large face engloutirait les traits fins et délicats d'un petit visage, et vice versa.
Les ornements doivent être choisis avec goût. et leur couleur doit être en harmonie avec le teint. — Les rubans roses et les ornements de couleur tendre,
qui vont parfaitement à la blonde, affadi raient les | charmes piquants de la brune. — Les teints pâles ont! besoin d'être réchauffés par de vives couleurs; les-: teints rouges, au contraire, doivent être pâlis par desrubans et ornements de couleur verte ou jaune foncé, j — Les artistes coiffeurs ont observé les bons et mau- i vais effets de certaines couleurs relativement au jour et k la nuit. Ainsi, la couleur aurore, qui semble faner le teint pendant le jour, produit un bel effet le soir. Le jaune pâle ressort très-bien au jour et s'efface la i nuit; il en est de même de la couleur rose qui, charmante le jour, perd son éclat et s'éteint à la lumière1 des bougies. La même coiffure qui est ravissante, ornée de telles fleurs, de tels rubans, devient détestable avec tels autres. Le talent du coiffeur consiste ài établir entre le teint et l'expression physionomique > d'heureuses harmonies.
Une élégante simplicité doit toujours présider a lai coiffure des jeunes personnes; quelques simples fleurs, quelques rubans légers relevés par de petites perles blanches, feront tousles frais de leur coiffure : la beauté dans son printemps n'a pas besoin d'ornements. Lai coiffure des dames offre plus de ressource au talent du coiffeur; il peut se servir de tous les ornements qu'invente la mode et le bon goût pour ajouter aux attraits d'une jolie figure ou pour modifier les imperfections de certains visages trop forts ou trop petits..
En résumé, toutes les coiffures ne sauraient conve-
nir à ta même tète ; chaque physionomie exige une coiffure particulière. Ainsi, la coiffure qui sied à une grosse tête n'ira nullement à une petite tête ; le minois chiffonné perdrait de sa gentillesse sous une coiffure sévère ; la jeune fille ne doit pas être coiffée comme la matrone, ni Apollon comme Hercule.
Il faut considérer le visage comme un tableau, où les principaux attraits de la beauté ont leur trône ; l'encadrement formé par les cheveux doit toujours être en harmonie avec ce tableau. En partant de ce principe, une figure mignonne, a traits fins, doit avoir le front et l'ovale découverts; des bandeaux simples et légers, décrivant sur les tempes une courbe gracieuse, iront se perdre dans les tresses ou torsades de la grecque: c'est ainsi qu'on nous représente la suave ligure de Vénus, ce prototype de la beauté féminine. Les têtes à forme délicate devront toujours éviter que l'encadrement des cheveux ou bordure accessoire n'empiète sur le visage ou objet principal. — Les figures à traits saillants et sévères ou à fortes proportions demandent, au contraire, une coiffure volumineuse, de larges nattes et une pluie de boucles et d'anneaux tombant sur les joues, afin de diminuer la largeur de l'ovale du visage : ici la bordure ou encadrement doit empiéter sur le tableau pour en modérer l'étendue. Du reste, ce que nous venons de dire sur les genres de coiffure n'est qu'un simple avertissement; les coiffeurs en savent cent fois plus que nous
a ccl égard : ils excellent a disposer les cheveux de manière à remplir les cavités du visage, ou a en fondre artistement les saillies. Aussi conseillerons-nous a toules les femmes qui tiennent a avoir une coiffure en rapport avec leur physionomie de se confier aux mains de ces artistes ; car, de même que la peinture, la coiffure est un art dont les immenses ressources peuvent transformer complètement les physionomies. On pourrait même dire que le coiffeur l'emporte sur le peintre copiste, attendu que celui-ci ne fait que copier la nature, tandis que le coiffeur de génie corrige, modifie et embellit incessamment la nature. Son talent a remplir les cavités d'un visage et a fondre les saillies opère de si heureuses métamorphoses, que la ligure la plus ingrate sort de ses mains tellement bien encadrée, qu'on la trouve coquette et charmante.
L'adresse vraiment remarquable de certains coiffeurs a se servir du peigne et de la brosse doit être comptée au nombre des meilleurs philocomes. — La brosse de ces artistes se promène avec légèreté dans tous les sens, et non-seulement enlève les pellicules, la poussière et toutes les impuretés qui souillent la chevelure, mais elle lui fait acquérir ce brillant naturel, signe de la santé. — Leurs doigts chargés d'essences entrent doucement dans les cheveux, les oignent d'huile parfumée, et leur donnent cette moelleuse souplesse tout a fait nécessaire pour qu'ils se prêtent aux diverses formes de coiffure. Leur dénié-
loir laboure mollement la chevelure, la fait tantôt ruisseler en ondulations soyeuses, tantôt en jette les mèches à droite ou à gauche, les ramène en avant ou en arrière, et trace sur la peau du crâne des lignes d'une pureté irréprochable. Puis ces mèches, divisées symétriquement, sont roulées en tire-bouchons élastiques ou lissées en bandeaux a reflets chatoyants, ou bien encore tressées en nattes savantes, et, avec ces nattes, ils composent des grappes, des guirlandes, d'admirables couronnes ! Oui, il faut l'avouer, ce peigne et ces mains, qui passent et repassent si délicatement dans les cheveux, font éprouver une sensation qui a ses douceurs, et ensuite le plaisir d'être bien coiffée épanouit les traits du visage et les illumine d'un rayon de joie. — En vérité, un habile coiffeur, qui proscrit le fer chaud et la baudoline de son art, doit être regardé comme le conservateur de la chevelure, et l'on ne saurait trop souvent lui donner sa tète a soigner.
C'est a vous particulièrement que s'adresse ce conseil, jeunes femmes, car, vous le savez mieux que nous, une tête ornée de beaux cheveux et bien coiffée embellit les traits du visage et en fait oublier les défauts.