‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 17 sur 46 · BESOIN DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

BESOIN DE LA RESPIRATION

mières conditions, et d'une exigence telle, que s'ils ne sont pas satisfaits, du moins les quatre premiers, la vie s'éteint, Thomme n'est plus.

Ces besoins ressortent de son organisation même; l'homme a le droit de les satisfaire, il serait bien inutile de chercher à le prouver. Mais voyons si ces droits ne sont jamais restreints, si la satisfaction de ces besoins n'a pas de limites ; si enfin, à ces droits naturels et primitifs, l'homme ne doit pas opposer quelquefois des devoirs non moins impérieux. Pour cela, passons successivement en revue ces différents besoins.

1° Besoin de respiration.

Nous ne dirons rien de celui de respiration avec lequel la volonté n'a rien à démêler ; ce serait sortir de notre sujet spécial, que de faire l'hygiène de la fonction respiratoire, comme celle des autres fonctions dont nous parlons dans ce chapitre; le besoin de la respiration est le plus pressant de tous, il ne saurait être suspendu seulement quelques minutes, sans danger pour la vie, et il s'exécute par habitude, presque toujours à Finsu de la volonté. Il me semble impossible que l'homme abuse ici ou qu'il prétende restreindre ou suspendre ce besoin.

BÎ'SOî:^ D'AL!MENTATrO]Y. 65

2" Besoin cïcdiinciitalioii.

Il n'en est pas de ip.ème de celui à\iUmentatio7i. Celui-ci^ auquel les phrénologistes ont assigné un siège dans le cerveau, tandis qu'ils n'en ont pas encore trouvé au premier, est susceptible de bien singulières aberrations et de nombreux abus. Pour en assurer la satisfaction, la nature y a attaché une sensation toujours vive, toujours nouvelle, et cette jouissance sensuelle conduit insensiblement à la gourmandise, à l'ivrognerie, enfin à l'abus des plaisirs de la table; or tous les législateurs, tous les moralistes, tous les prêtres, tous les physiologistes ont parié, prêché, écrit contre ces Vvces. Pliires gula lulit qi(aj?i/errum, a-t-on dit; cela est vrai, le fer a moissonné moins d'hommes que la gourmandise n'en a tué.

I;homme satisfait à ce besoin par lingestion de substances solides ou d'aliments, et de substances liquides ou de boissons ; mais primitivement l'intensité de ce besoin varie chez les différents hommes. Il varie chez les différentes nations, et l'appétit de l'habitant du Nord est tout autrement insatiable et vorace que celui de l'habitant du ÎNIidi. Voilà un grand fait qu'il faut reconnaître avant toute théorie, avant tout système, avant toute règle morale; nous en avons tous les jours des exemples dans nos hùpiîaux, chez les Alsaciens, les Flamands, com-

(>6 BESOIN d'alimentation.

parés aux malades des autres provinces, et il suffit d'avoir voyagé seulement à cent lieues pour s'en être convaincu. La sobriété des Espagnols est passée en proverbe, et il n'y a rien de plus sobre au monde qu'un Arabe. Si nous autres, gens des pays tempérés, nous nous transportons dans les climats chauds, entre les tropiques, sous l'équateur, nous sentons bientôt notre appétit diminuer, et si^ l'ayant excité artificiellement, nous prenons une nourriture abondante , de violentes congestions inflammatoires ne tardent pas à nous attaquer; c'est ainsi que succombent les trois quarts des Européens qui se rendent aux Antilles et dans tous les pays voisins de la ligne.

Sans aller si loin, sans changer de climat, sans sortir de notre pays natal, nous retrouvons l'ana-^ logie de ces phénomènes dans l'effet de nos différentes saisons. Qui ne sait qu'en été nous mangeons moitié moins qu'en hiver? Mais ce n'est pas encore tout , et les mêmes différences qui nous frappent dans le besoin d'alimentation entre les peuples du Nord et ceux du Midi, nous les retrouvons dans les différents individus d'une même contrée, soit de même sexe, soit de sexe différent.

Loin donc que le besoin d'alimentation soit quelque chose de fixe et d'immuable, il n'y a rien de plus changeant et de plus variable, et l'on ne saurait, sans mépris des faits et de leur autorité,

BESOIN d'aLIMENTATIOjM". 6'J'

le soumettre à une règle absolue et imposer à tous les hommes la même loi relativement à la satisfaction de ce besoin.

Cependant, avons-nous dit, l'homme peut abuser de ce besoin et le tourner conti'e lui-même, tandis que c'est un de ceux le plus directement, le plus immédiatement destinés à sa propre conservation. Comment arrive ce changement du bien au mal, de l'utile au nuisible? c'est ce (jue nous allons chercher à découvrir en suivant l'histoire de ce besoin dans ses deux extrêmes, et lorsqu'd n'est pas suffisamment ou pas du tout satisfait, et lorsqu'il l'est au-delà des bornes voulues.

Si l'homm.e s'obstine à ne pas le satisfaire, sa volonté n'est pas nécessairement vaincue comme lorsqu'il se refusé à respirer, et nous vovons apparaître certains phénomènes que nous retrouvons les mêmes lorsque les aliments lui manquent par une nécessité dont il n'est pas le maître. Il sent faiblir d'abord ses forces physiques, intellectuelles et moiales; puis, par une heureuse et inévitable réaction, il se ranime, il se redresse, il s'agite, il se révolte, il souffre de cuisantesdouleurs, et son sang bouillonne dans ses veines; mais bientôt cette excitation cède à son excès même; le malheureux affamé rctonjbe dans l'affaissement, et a])rès plusieurs alternatives semblables, après pîusicuj-s congestions iuriammatoiies, il tombe enfiii, sans pou!s,

C8 EESOl^i D\\LnîE.\TATÎOiN.

sans clialear, sans voix, pour ne phis se relever (i). Cette résistance au besoin n'est pas la même chez tous les liomnies; ainsi celui qu'iiabituelleinent un violent appétit domine, succombera plus vite; ainsi l'enfant succombe avant son père; ténfîoin la quadruple mort d'Ilugolin et de ses malheureux fils. D'autres circonstances peuvent aussi prolonger l'existence; nous ne dirons rien de celle d'une vive inflammation c|ui nous ote l'appétit et nous permet de ne nous nourrir que d'un peu d'eau pendant des vingt, trente et quarante jours. La coïncidence de ia diminution des stimulants naturels, tels que l'oxigène, la lumière et la chaleur, en diminuant l'activité vitale, en prolonge la durée comme dans le cas récent des mineurs de Saint- Étienne dont nous parlons plus bas. Il est certains états nerveux qui produisent le même résultat; les fastes de la science ne manquent pas d'exemples de ces sortes d'abstinences pour ainsi dire miraculeuses; nous nous contenterons d'en rappeler quelques uns. On trouve dans Marcellus Donatus,

(i) Voyez , à cet égard , plusieurs observations publiées dan^ différents journaux , et , entre autres , celles de Bradier, par le docteur Scoutelten , dans les Annales de la médecine physiologique, t. II. p. 2^4; de Granic et de Michelet, dans le Journal do la Société phrènologiqtic, qui tous trois se sont laissé mourir de faim ; ainsi que le cas dont M. le docteur Villeneuve a rapporté l'histoire à l'Académie de médecine en août i83i ; ainsi qu'un musicien qui a succombé au Ixnit de soixante jours, suivant la relation de îa Gazette des hôpitaux, t. V, n* 4'»

BRSOi:V" D'ALI3IENTATI0^^ 6c)

auteur du xv!*^ siècle, plusieurs observations d'abstinences prolongées dont nous ne garantirions pas la parfaite authenticité. Il en est cependant de nos jours qui ne sont pas moins étonnantes, par exemple, celle d'ime jeune fille qui vécut sans aliments ni boissons, dans un état de léthargie tétanique, pendant deux ans et demi [Journal de Milcui) ; celle d'une autre fille, âgée de quarante ans, qui perdit raj)pétit peu à peu, et resta quarante jours sans boire ni manger une première fois, puis quatre mois une seconde (Répertoire de Turin)-, celle d'une autre persomie qui, au dire du docteur Penaud de jMissole , serait restée dix-sept mois dans une abstinence complète.

Tout en accueillant ces faits avec réserve, nous sommes forcés d'admettre qu'il existe réellement des exemples d'abstinence étonnamment prolongée.

On a vu une volonté énergique supporter bien long-temps un jeûne imposé par elle-même^ dans un but de pénitence ou d'exercice moral. Ce n'est pas le moment pour nous de chercher jusqu'à quel point l'orgueil et la vanité peuvent contribuer à soutenir ces résolutions le plus souvent extravagantes; il nous suffit de constater que la volonté peut ici même exercer son empire, et ajourner, quels que soient ses motifs, à vn moment j)lus ou moins éloigné la satisfaction du besoin d'alimentation. Nous saurons bientôt utiliser ce fait

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