‹ Hygiène morale; ou, ApplicationChapitre 18 sur 46 · JO T31-S0I1N" I) ALIMENTATION · texte numérisé non relu

JO T31-S0I1N" I) ALIMENTATION

Jl fatil que la volonté soit bien forte pour dominer les exigences r'e ce besoin, qnand elles deviennent impérieuses, car nous n'en connaissons pas qui commandent plus énergiquement l'obéissance. Voyez plutôt les masses : suivez une armée affamée, un vaisseau perdu sur les mers, chargé d'hom.mes et dépourvu de provisions; voyez une compagnie de mineurs ensevelis tout vivants dans leurs abîmes: ici la faim crie et fait taire tous les autres besoins, tous les autres sentiments; elle montre à découvert cet effroyable égoïsme que rien ne touche, que rien ne fléchit, qui veut vivre, vivre à tout prix, aux dépens de son semblable et de sa chair encore palpitante (i).

Voilà encore des faits ; mais, pour nous consoler, opposons à ces horribles souvenirs celui dont la relation nous est nouvellement parvenue des mineurs de Saint Etienne. Surpris par une inondation et réduits à vivre dans un petit espace où tout leur manquait, et l'air, et la chaleur, et la lumière, ils se partagèrent fraternellement le pain que l'un d'eux avait apporté pour son déjeuner, et celui qui avait fait son repas chez lui immédiatement avant la catastrophe, loin de le cacher, le déclara généreusement, ajoutant qu'il ne participerait point au par-

(i) Lisez l'histoire des naufragés de /a Mérfujre^ d'autres naufragés plus récents, et des mineurs de Liège en 1812, qui excitèrent deux d'entre eux à des querelles sanglantes, aQn de dévorer le vaincu.

BESOIN d'alimentation. ^1

tage(Voy. cette observation ânnsle Jounial des connaissances médico-cliirurgicales , septembre i85r>). Il y avait là une haute moralité, un empire de la volonté et des sentiments supérieurs que nous ne saurions trop admirer ; noble conduite que nous comprendrons plus tard du point de vue physiologique.

Ce qui résulte déjà pour nous de ces faits, c'est que le besoin d'alimentation est impérieux, et qu'il demande, comme les autres besoins de première classe, à être immédiatement satisfait; c'est qu'il nous pousse à agir de suite, avant toute réflexion, sans aucune considération de ce qui lui est étranger; c'est qu'il est aveugle et que par conséquent il est nécessaire qu'il soit éclairé ; c'est qu'il tend à dominer notre volonté, à opprimer toutes nos autres facultés dès qu'il se fait sentir, et par conséquent qu'il a besoin d'être réprimé et dirigé, si nous voulons qu'il ne dépasse pas les bornes que lui impose la loi de notre nature.

Nous venons de voir le besoin d'alimentation impérieux quand il n'est pas satisfait ; mais qu'on ne s'y trompe pas, il ne Test pas moins lorsqu'on lui cède; il l'est même d'autant plus qu'on lui obéit plus servilement et qu'on le flatte davantage.

La bonne chère et les boissons, la gourmandise et Vivrognerie, tels sont les excès auxquels se laissent entraîner malheureusement tous les jours tant

^2 EFSOIN D ALIMENTATION.

d'hommes qui ne vivent véritablement que pour boire et pour manger. Nous savons tous que rien n'abrutit comme la table; que s'il est vrai, jusqu'à un certain point, que les soldats ont le cœur dans le ventre y comme disait le grand Frédéric, il ne l'est pas moins que l'homme qui a trop bu ou trop mangé n'est bon à rien, qu'il n'a ni force ni courage, qu'il n'entend ni la voix du devoir, ni celle de la discipline- nous savons tous que, si une alimentation trop abondante nous rend inertes, des boissons ou des aliments trop excitants stimulent trop vivement nos viscères, nos sens, notre système nerveux, et, nous jetant dans la sensualité, donnent une activité exubérante à tous nos instincts, à toutes nos passions, à tout ce qui émeut et bouleverse notre économie, à tout ce qui est aveugle en nous, à tout ce qui tend à opprimer notre intelligence, notre volonté, nos sentiments supérieurs, et par conséquent à empêcher le développement d'une foule de facultés dont la nature nous a doués ; nous savons que l'excès de nutrition ou de stimulation gastrique nous dispose à toute espèce de maladies, aux plus graves, aux plus longuement douloureuses, aux plus promptement mortelles 3 enfin nous savons que ces exemples effroyables de combustion humaine spontanée, qui ne laissent à la place du corps qu'un morceau de charbon, n'arrivent qu'aux personnes grasses qui ont abusé des

BESOIN d'ALIM£]VTATION. ^3

liqueurs alcooliques au point d'en avoir imprégné toute ia trame de leurs tissus organiques.

Eh bien! je le demande, est-ce dans l'intérêt de l'organisme que l'homme accumulerait en lui ces causes de destruction ? Est-ce dans l'intérêt de l'organisme qu'il étoufferait la moitié des facultés dont l'organisme est doué? Et ia physiologie est-elle embarrassée pour donner ici des lois au besoin de nutrition?

De tout temps , les fâcheux résultats de ces sortes d'excès ont été combattus; c'est dans ce but qu'ont été instituées en Amérique, puis en Angleterre , ces sociétés de tempérance qui ont déjà produit de si beaux résultats, parce cpie leurs principes sont fondés sur une saine physiologie.

Ici, chez nous, nous avons à mentionner \ Institut de la morale universelle^ où l'instruction est en grande partie basée sur des principes physiologiques. Savez-vous comment on y moralise l'homme? c'est en hii parlant de ce quil comprend, de ce qu'il voit , de ce qu'il sent ; c'est en lui montrant, par exemple, les effets physiques de l'ivrognerie et de la gourmandise; c'est en lui faisant comprendre que lorsque sa volonté est dominée par un besoin, ce n'est plus lui qui est le maître; que si Ihomme croit faire ce qu'il veut, il se trompe, qu'il (ait ce que veut sa sensualité; qu'il est esclave, qu'il veut letrc , qu'il se soumet vo-

74 Br.soiJV d'alime^tattoiv.

lontairement à un tyran , et qu'en aliénant sa volonté, il s'ôte le pouvoir d'améliorer sa position et de contribuer à son bonheur autant qu'il est en lui. Voilà ce qu'on enseigne à l'Institut dont nous parlons, voilà ce qu on aurait dû toujours enseigner, voilà ce qu'une physiologie positive veut que l'on prêche aux hommes, afin d'être entendu d'eux, des grands comme des petits, des pauvres d'esprit comme des sublimes génies , des masses comme des individus ; voilà ce qui ne saurait répugner à aucune croyance, à aucun dogme, à aucun système , et ce que personne au monde ne saurait contester. Est-ce une trivialité? c'est une grande vérité qui apporte à l'homme le bonheur et la paix.

Certaines sectes philosophiques ou religieuses se sont imposé la loi de s'abstenir complètement de viande, de s'astreindre à un régime purement végétal , dans le but de rendre l'homme moins sujet aux passions, moins soumis à leur empire. On peut lire sur ce sujet, outre les morceaux de Plutarque et de J.-J. Rousseau , l'ouvrage moins connu de Porphyre, philosophe néoplatonicien de l'école d'Alexandrie en Egypte , qui abonde en excellentes raisons. Mais toutes ces vues sont systématiques et trop dédaigneuses de l'histoire naturelle de l'homme. L'anatomie nous prouve que son organisation tient, quant aux organes de la digestion, tout à la fois de celle des carnivores et des herbi-

Page 1