SÉCRÉTIVITÉ
sa mission, de dévier de son but; et elle a besoin de motifs bien puissants pour justifier cet écart, car elle conduit au mensonge , un des vices les plus hideux que nous ayons à réprimer.
Le mensonge est un des défauts les plus communs de l'enfance; si nous voulons le corriger, il faut savoir comment l'enfant y est insensiblement conduit. Certainement, il apporte plus ou moins de sécrétivité et de penchant à cacher ; mais , je îe dirai franchement, dans la plupart des cas, si l'enfant a l'habitude du mensonge , les parents en sont presque aussi coupables que lui. Ils lui défendent de faire telle ou telle chose sans lui expliquer le pourquoi , sans lui donner une raison qui soit à sa portée, quelquefois , souvent même en lui en donnant une fausse,c'est-à-dire en mentant eux-mêmes, ce dont l'enfant ne tarde pas à s'apercevoir. Ne comprenant pas pourquoi on lui a imposé cette défense , l'enfant ne sent pas la nécessité de l'observer ; c'est une contrainte qui lui pèse et dont il cherche, par tous les moyens possibles, à se débarrasser ; et le mal , c'est qu'en faisant ce qu'on lui a défendu, il ne sait réellement pas qu'il commet une faute. Il faut que l'enfant se soumette à une défense, non parce qu'on le lui commande, mais parce que ce qu'on lui défend est un mal ; il faut que vous l'ayez habitué, par votre franchise, à reconnaître en vos paroles l'expression de la vérité ; qu'il soit
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convaincu que telle chose est réellement mauvaise, et il y a mille à parier contre un qu'il s'en abstiendra, c'est-à-dire qu'il ne désobéira que dans im cas d'entraînement extraordinaire.
Vous voyez que la première condition pour empêcher le vice du mensonge de germer dans un enfant, c'est d'abord de s'en abstenir soigneusement soi-même , de ne pas l'employer même en riant ; car c'est ainsi que l'on s'habitue au mal; celui qui doit être un jour voleur de grand chemin , trouve fort plaisant de dérober le moindre objet sans qu'on s'en aperçoive^ c'est pour lui d'abord un divertissement innocent , l'objet volé n'en vaut pas la peine et il est si amusant de mystifier quelqu'un! 11 en est de même de l'enfant : s'il entend mentir dans ses jeux , il prend l'habitude de mentir en riant; plus tard il mentira pour se disculper ; plus tard encore , pour tromper les autres.
Une autre attention non moins importante, c'est de ne pas menacer les enfants de peines trop fortes et disproportionnées avec la faute ; car, outre qu'en lésant leur sentiment de justice, on s'abaisse volontairement au-dessous d'eux, on excite en eux un tel sentiment de crainte , qu'ils ne pensent plus qu'à une seule chose, c'est d'éviter la punition (i),
(i) Je ne parle pas des cas où la crainte d'être {grondé agissant sur un amour-propre excessivement développe, l'enfant , porté au désespoir, préfère la mort à l'humilialiou. M. OUivier, d'Angers, a rapporté dernière-
i-jG sécrétivité.
et le moyen le plus sûr à leurs yeux , c'est de nier leur faute ou même de la rejeter sur un autre. Ainsi, le danger imminent est écarté à leurs yeux, et ils ne voulaient que cela. S'ils ne s'attendaient au contraire qu'à des remontrances douces et paternelles, ou à une punition méritée, ils se détermineraient beaucoup plus facilement à subir celle nécessité.
Promettez, accordez souvent le pardon, quand l'enfant, au lieu de vous la cacher, vous aura découvert lui-même sa faute; vous obtiendrez mille fois plus parce moyen que par la rigueur. La sévérité est cependant quelquefois nécessaire, la justice toujours. <
Qu'on n'oublie pas que nous ne posons ici que des principes généraux d'éducation , et que si l'on trouvait des objections à y faire, elle seraient relatives à des cas particuliers , pour lesquels nous avons., nous aussi, des règles particulières, dérivées de la spécialité de l'organisation.
Nos règles générales sont bien simples; elles sont l'application de cet axiome proclamé par Confucius et Jésus Christ : Fais à autrui ce que tu voudrais qui te fût fait.
N'est-ce pas pitoyable , en effet , de voir de prément, dans les Annales d'hygiène, trois exemples remarquables de suicides par submersion, chez des enfants de onze et treize ans, qui leioiinaissaient cette cause.