HYGIÈNE DES FONCTIONS INTELLECTUELLES DU CERVEAU
Les dernières facultés morales dont nous nous sommes occupé , nous ont mis sur a voie de celles dont nous avons maintenant à retracer l'histoire. Il est même difficile de priver d'intelligence quelques uns de ces sentiments, la merveillosilé et l'idéalité, par exemple, car on ne peut nier qu'elles ne nous mettent en rapport avec le monde extérieur, ou du moins avec une certaine face de ce monde. Les facultés dont nous avons à parler nous font connaître les qualités physiques des corps , et nous fournissent les moyens de les reproduire dans certaines circonstances : ce sont les facultés perceptives, créatrices et d'expression j ou bien elles nous font faire des rapprochements et des comparaisons et remonter des effets aux causes jusqu'à la conception des principes, des lois et de la cause première; ce sont les facultés réflectives. Il n'entre pas dans notre plan de faire l'histoire particulière de chacune des facultés intellectuelles ; nous en résumerons l'activité , nous
arrêtant seulement sur les deux dernières, la comparaison et la causalité, pour montrer ce que c'est que la raison pour le physiologiste, d'où elle tire son autorité, et jusqu'où s'étend son empire.
Nous renvoyons aux traités de phrénologie, pour connaître l'action de ces facultés, nous bornant à rappeler les faits suivants. Les facultés i° de la confignralion, de l'étendue, de la pesanteur , du coloris, des localités, du calcul , de l'ordre et de V individualité, nous enseignent quels sont les objets de ce monde extérieur qui frappent nos sens ou les impressions qu'ils font sur nous; 1" celles de Vévenlualité et du temps , nous donnent idée de la succession des pliénomènes; Jo ceile des tons nous met en rapport avec les vibrations sonores ; 4" celle de la constiuctivité nous apprend à reproduire par la matière, comme celles de la mimique , de la gaieté et du langage nous poussent à exprimer nos sensations et à communiquer à nos semblables notre vie intérieure d'instinct, de sentiment et de pensée.
On le voit, le mot intelligence appliqué à toutes ces facultés, n'a rien de bien rigoureux, car elles sont tantôt purement perceptives, tantôt uniquement créatrices, et tantôt en même temps perceptives et créatrices.
En définitive, le mécanisme de ces facultés intellectuelles est le même que celui des précédentes :
pour nous en convaincre, vo}ons coinment naissent nos différentes facultés.
INous recevons d'abord nne impression qui modifie notre sensibilités l'sicette modification, qui n'est jamais spontanée^mais toujours consécutive à cette impression, consiste dans une excitation de certains viscères et nous pousse à certains actes qui ont pour but la satisfaction de nos premiers besoins, c'est de l'instinct; 2" si c'est une émotion qui nous donne la conscience de notre vie intérieure et de la vie de ce qui nous entoure, c'est un sentiment; 3" si c'est l'image d'un objet matériel ^ la perception ou l'expression de ses qualités physiques, c'est de l'intelligence. Voila ce que nous enseigne l'observation impartiale et rigoureuse. Nous verrons tout à l'heure ce que c'est que la réflexion.
ISous nous sommes convaincu , par une foule de faits, que les besoins instinctifs et moraux contenus dans de justes bornes, conduisaient à l'accomplissement régulier des fonctions; que lorsqu'ils péchaient par excès ou par défaut, l'organismeavait également à en souffrir, et que l'homme étant à tous les instants de la vie sollicité à l'action ' par ces besoins, était sans cesse entraîné tantôt au bien, tantôt au mal, suivant la prédominance de ces sollicitations. Quant aux besoins intellectuels, ils ont moins d'influence sur la vie morale
FACULTÉS INTELLECTUELLES. a^l
de l'homme; il est évident que Ton peut être plus ou moins habile dans les arts, plus ou moins distingué dans les lettres, plus ou moins instruit dans les sciences, et présenter le même degré de moralité; nous n'examinerons donc point en détail les résultats du plus ou moins grand développement de chacune de ces facultés intellectuelles en particulier ; mais nous insisterons sur l'action de quelques groupes d'entre elles.
Notons d'abord que leur développement est un signe d'équilibre dans l'organisme ; leur activité occupant l'homme pendant une certaine portion de son existence, il n'est pas exclusivement abandonné aux précédentes. Si elles manquent , point de matériaux pour l'intelligence, point de dispositions pour les sciences, pour les lettres, ni pour les arts; d'où un vide dans l'esprit, une tendance à l'oisiveté et un entraînement aveugle à toutes les passions et surtout aux plus mauvaises , aux plus égoïstes, à celles qui donnent les plaisirs les plus grossiers , à celles qui ébranlent le plus la machine animale, qui épuisent le plus profondément et précipitent le plus vite vers la destruction finale. Voilà encore des faits : ils pullulent dans les prisons et les bagnes. C'est tout à la fois de la morale et de la physiologie. Lorsqu'au contraire les facultés dont nous parlons l'emportent par le développement sur les autres, c'est encore un mal,
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mais iiii oial moindre. L'homme est alors absorbé, soit par îes conceptions de son imagination , soit par ses i-nspirations artistiques, soit par ses études positives, et il néglige et le soin de lui-même et quelquefois les principes de l'honneur et du devoir; il n'est vraiment qu'un instrument à talent plus on moins éminent, mais il manque de valeur morale ; et l'irrégularité de sa vie et le désordre de ses actions non seulement lui ôtent toute considération personnelle, mais encore nuisent au sucrés de ses entreprises, abrègent son existence, et empêchent l'accomplissement de sa destinée. Ce n'est point encore là un homme complet.
Maintenant le développement plus ou moins prononcé des facultés perceptives peut se trouver dans mille rapports différents avec les autres facultés, et il résultera de ces combinaisons mille caractères divers que l'on peut facilement se figurer et dont les exemples ne sont pas difficiles à rencontrer autour de nous. Remarquons encore que plusieurs de ces facultés impriment à l'individu un cachet particuliei. Ainsi, par exemple, celles des localités, de la configuration, de l'étendue, de la pesanteur et de Tindividualité , font les hommes de détail , positifs et habiles dans toiites les choses de description. Le calcul, l'ordre et le temps sont très favorables à la régularisation de la
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vie et font les hommes soigneux, méticuleux, à manies, souvent routiniers. L'éventualité, surtout quanti elle est réunie à l'individualité, donne beaucoup de prise à l'éducation et rend facile l'amélioration de l'individu. Quant à la mimique y à la gaieté et au langage, ces facultés rendent l'homnoe très expressif, très empressé de parler, lui donnent le désir de se mettre en rapport avec ses semblables, de leur comimuniquer ses pensées et d'agir sur eux par le geste , la parole et le sarcasme. Le développement extrême de ces différents groupes de facultés, ou seulement d'une d'entre elles, suffit quelquefois pour produire un homme extraordinaire, un génie spécial; et alors on a de l'indulgence pour ses défauts, digne tolérance qui ne doit pas cependant nous faire oublier que l'homme, avant d'être poète, artiste, savant, avant tout, est homme, et que ]ilus il est éminent par quelque qualité partictdière, plus il est de son devoir de mettre, par ses efforts continuels, par une éducation éclairée, ses autres qualités en harmonie avec celle dont la nature l'a si heureusement doué.
Quant à Thygiène spéciale des différents genres d'organisation dont nous venons de parler, elle ne sera pas longue à exposer; car ce sont ici surtout les facultés réfloctives qu'il faut faire agir , et nous n'en avons pas encore parlé. Cependant, appliquons
encore ici nos principes. Si les facultés intellectuelles sont généralement déprimées , il y a un vice radical auquel il n'est guère possible de remédier autrement que par une surveillance continuelle et un entourage perpétuel de bons exemples, conditions qu'il est trop souvent impossible de remplir. Si ces facultés sont généralement prédominantes , il faut en tourner l'application vers les affections et les sentiments qui leur impriment cette vigueur qui étonne et les animent de cet enthousiasme qui opère des merveilles.
Si le défaut ne porte que sur quelques unes d'entre elles, le mal est moins grand et le remède plus facile , car elles se suppléent souvent pour ainsi dire l'une Tautre, et si la réflexion est forte , cette imperfection est la moins fâcheuse de toutes; l'homme peut souvent encore être donné pour modèle. Il en est de même s'il s'agit de la prédominance de quelque groupe ou de quelque faculté isolée; la société serait trop heureuse si elle n'avait pas d'autre reproche à adresser à ses membres ; quanta nous, nous serions sur d'être entendu et compris , et l'hygiène serait chose facile.
Mais il est temps que nous arrivions aux facultés réflectives, car tout ce que nous disons ici de l'intelligence est nécessairement incomplet , tant que ces facultés n'y sont pas comprises.
COMPARAISON. — CAUSALITÉ, a45
Comparaison. — Causalité.
Comparer nos perceptions entre elles , leurs signes entre eux , leurs causes entre elles, et les perceptions avec leurs causes ou avec leurs signes, les signes avec les causes , telle est la fonction de la première de ces facultés. La seconde vient après, et , au lieu de se borner à la comparaison , va jusqu'à l'induction qui, en présence de deux faits, considère l'un comme cause et l'autre comme effet, c'est-à-dire celui-ci comme produit par le premier. Mais là ne se borne pas la causalité ; lorsqu'elle arrive à un fait qu'elle ne peut plus rattacher à un fait antérieur comme effet, elle prononce encore qu'il y a une cause au-delà , et à défaut de perception à laquelle elle puisse l'apporter la notion de cette cause, elle la renvoie aux sentiments , et la confie à la vénération. Ce sont ces facultés principalement qui constituent ce qu'on appelle la raison , ce sont elles qui servent le plus puissamment la morale en faisant comparer les bonnes avec les mauvaises actions , et remonter aux causes des unes et des autres. Celui qui sait que telle action est répréhensible et en quoi elle est répréhensible, qui sait la rapporter à son véritable mobile , celui-là est à moitié corrigé.
Mais avant de développer le rôle de la raison eh morale, voyons comment les deux facultés dont
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nous traitons peuvent pécher par excès comme par défaut.
L'excès est le plus rare , et porte à l'organisme le moins de préjudice; cependant, s'il s'agit de la comparaison , vous avez des hommes qui ne parlent que par métaphores , qui n'emploient que les comparaisons, qui par conséquent manquent de rigueur logique , se fient à de fausses analogies et sont entraînés d'erreurs en erreurs et de fautes en fautes.
Si c'est la causalité qui l'emporte , comme elle n'est pas en rapport harmonique avec les facultés perceptives et avec des sentiments, elle induit toujours au delà de la limite rationnelle ; elle voit des effets et des causes là où il n'y a que des coïncidences, parce qu'elle conclut trop précipitamment, parce qu'elle n'attend pas, pour se fier à ses conclusions, que l'expérience ait prononcé sur elles.
Ce que je dis ici est-il de l'imaginaire, on n'estce pas le compte fidèle de ce qui se passe tous les jours sous nos yeux? Je ne fais ici que rapporter toutes ces circonstances de la vie humaine, à des causes physiologiques. Je ferai de même pour celles qui se rattachent au défaut de comparaison et de causalité , et je trouverai dans le monde une infinité d'exemples en preuve , car les organisations dont nous parlons ici abondent. lien résulte ime incapacité intellectuelle qui rend impossible