Jolly, Le tabac et l'absinthe. Paris
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praticien attentif, c'est cette sorte de polydipsie ou soif habituelle dont on trouve de fréquents exemples chez les enfants, après un travail de dentition, pendant lequel l'allaitement était un besoin continu, et qui reste également acquis à l'état physiologique comme fait d'habitude.
Le poumon ne respire pas indifféremment d'abord un air impur et malsain, mais il en prendra aussi l'habitude, comme l'estomac a pu prendre l'habitude d'un aliment désagréable ou indigeste, comme il a pu prendre celle même d'un poison. Personne ne pourrait penser non plus que le séjour d'une prison, d'un hôpital, de tout milieu encombré ou mal aéré, puisse être une condition de bien-être hygiénique, et pourtant l'habitude pourra aussi le rendre compatible avec la santé. Des sœurs hospitalières, des prisonniers ont pu trouver dans )'air qu'ils respirent des effets d'habitude relativement plus salubres que ceux de l'air pur du dehors, et les faits qui justifient cette vérité sont trop nombreux, trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici.
Tous les genres de sécrétions et d'excrétions sont
également passibles d'habitude, tous se règlent plus ou moins fidèlement et à des heures périodiques qui varient chez les individus, mais dont l'interruption n'est pas toujours indifférente à la santé, ni même à la disposition morale de certains caractères méthodiques.
Le cœur, ce merveilleux instrument de physique organique, ce chronomètre vivant, qui compte si ponctuellement tous les instants de la vie, le cœur lui-même n'est pas soustrait, comme on pourrait le croire, à l'empire de l'habitude ; il ne subit pas seulement celle que la nature lui a imposée, mais aussi toutes celles que lui impriment les conditions d'âge, de sexe, de profession, d'activité, et de repos, qui toutes impliquent autant d'habitudes individuelles de circulation dont il importe encore au médecin de tenir compte dans sa pratique.
Le cerveau, qui, lui aussi, projette la vie à sa manière dans tout l'organisme, qui préside tout à la fois à l'exercice des sentiments et des mouvements, le cerveau, comme on le sait, a également ses habitudes de repos" et d'activité, de sommeil et de veille ; habitudes qui varient à l'infini pour s'ac-
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commoder aux exigences de position et de condition sociale, que la volonté a plus ou moins de peine à maîtriser. On s'endort comme on s'éveille aux heures que l'habitude a su régler, si bien qu'il serait souvent impossible de leur en imposer d'autres, sans se condamner à l'insomnie. On n'est jamais plus apte à l'étude, à la méditation, qu'aux heures que l'habitude elle-même s'est données; pour telle personne, c'est le matin, pour une autre, c'est le soir; pour telle autre encore, c'est la nuit, rien que la nuit.