‹ Hygiène moraleChapitre 49 sur 63 · HABITUDES D ESPRIT ET DE CŒUR \JJ · texte numérisé non relu

HABITUDES D ESPRIT ET DE CŒUR \JJ

qu'il peut vivre, qu'il peut même prolonger sa carrière au delà de la vie moyenne. L'homme de travail, le savant, l'artiste, l'artisan, l'industriel, le négociant, qui tous aspirent à une retraite bien acquise, s'affaissent bientôt et tombent dans ce repos même qu'ils ont convoité, pour ne plus se relever.

Vous voulez du repos : combien vous avez tort l Le travail c'est la vie, et le repos, la mort.

L'homme d'étude qui a vieilli dans l'habitude du travail intellectuel sait également survivre à la décadence de l'âge, fournir une carrière qui dépasse bien souvent aussi la moyenne, et les exemples ne manquent en aucun temps pour le prouver. Homère, Sophocle, Parménide, Platon, Cicéron, Fontenelle, Voltaire, et bien d'autres encore, en sont de beaux et frappants témoignage. Et parmi les contemporains, combien aussi n'en pourrais-je pas compter, s'il m'était permis de pénétrer sans indiscrétion dans le sanctuaire des Académies, pour y signaler de magnifiques exemples de virilité intellectuelle, chez ceux-là mêmes qui ont su vieillir

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dans l'habitude du travail. Le médecin lui-même, l'homme d'étude et de pratique, l'homme d'incessante activité de corps et d'esprit, le médecin pourrait-il donc tant craindre de donner aussi son expérience, sa vieillesse, sa vie tout entière à sa profession, même avec tous les sacrifices qu'elle lui impose, même avec toutes les épreuves physiques et morales qui 'en sont inséparables ?

L'habitude ne pénètre que trop facilement aussi dans le cœur humain ; elle s'y complaît à nourrir, à entretenir toutes les dispositions morales qui peuvent l'affecter ; à y faire naître, à y développer tous les caractères individuels, qui ne sont encore que des habitudes d'esprit et de cœur; on est heureux ou malheureux par habitude, comme on est bienveillant ou malveillant, craintif ou confiant, généreux, compatissant ou égoïste par caractère. Prétendre encore bannir du cœur humain de telles habitudes, ce serait vouloir anéantir l'homme moral; ce serait lui faire abdiquer sa nature, sa condition, sa dignité ; ce serait même lui enlever le

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