‹ Hygiène moraleChapitre 5 sur 63 · I. — Nature de V homme · texte numérisé non relu

I. — Nature de V homme

L'homme n'attend pourtant pas l'âge de maturité pour exercer sur cette terre le droit de souveraineté qu'il tient de la création. Gomme roi légitime, il y prend, dès le début de sa vie, avant même de le savoir, un rôle de suprématie absolue

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sur tous les animaux; et, dans l'infériorité de ses forces physiques, il sait leur imposer par sa nature même l'autorité d'une puissance morale que nul n'a su encore lui disputer. Loin de là, tous le respectent, à la distance qui les sépare, et tous lui font, pour ainsi dire, hommage de leur liberté et de leur soumission; tous le craignent et même le fuient comme un maître qui a pu abuser de leur faiblesse; mais tous le recherchent comme une providence dont tous sentent le besoin.

Comme être cosmopolite, l'homme subit nécessairement toutes les influences des milieux qu'il habite. Il s'y moule, pour ainsi dire, physiquement et moralement, pour y prendre des empreintes de physionomie, des nuances de couleur, des caractères spéciaux, qui ont pu en faire autant de races distinctes.

Comme être social, ses instincts, ses mœurs, ses habitudes, ses goûts, ses besoins, sa santé, ses maladies diffèrent également, suivant les climats qu'il

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habite; bien différent en cela des animaux, qui demeurent presque invariablement soumis à la stabilité de leurs mœurs, à la domination de leurs instincts primitifs.

Mais, ce que l'on ne saurait méconnaître, c'est que partout, dans toutes les régions du monde, dans toutes les latitudes du globe, l'homme exerce la même souveraineté sur tous les animaux; partout, jusque dans l'état sauvage , sa nature se révèle d'elle-même ; il ne tient que d'elle seule ses aptitudes intellectuelles, et, loin de toute source d'étude, de tout commerce social, elles lui ont suffi pour apprendre à mesurer le temps et les espaces, à calculer les distances, à préciser les dates, à prévoir les saisons, à juger de l'opportunité des ensemencements, de la maturité des moissons, à concevoir, à inventer, à mettre en usage tous les instruments nécessaires à ses travaux, et elles lui ont suffi aussi pour comprendre les besoins de culture, les moyens de fertilisation de la terre, avant d'en attendre et d'en supputer les produits.

Comme être moral, l'homme ne tient encore que de lui-même et de sa nature, ses intuitions reli-

3o l'homme, sa nature, sa destinée

gieuses, et vous le trouverez partout, même dans l'état sauvage, loin de tout exemple d'aucun culte, dans la contemplation de Dieu et des œuvres de la création, prosterné devant la'majesté des cieux ou le spectacle des mers , dans l'expectative d'une vie posthume, dans la méditation de sa fin morale.

Vous ne demanderez rien de tout cela aux animaux, même aux plus civilisés, même à ceux qui vivent en contact habituel avec l'homme ; ils n'ont su encore faire un seul pas ni dans la vie intellectuelle, ni dans la vie morale; leur existence est restée toute matérielle, tout individuelle, tout animale, même après des siècles d'éducation et d'intimité de famille; leurs sensations demeurent encore purement passives et ne prennent d'activité que dans l'exercice de leurs instincts de conservation.

Vainement, vous feriez appel à leurs sympathies dans vos épreuves morales, ils ne sauraient vous comprendre, puisqu'ils n'ont pas l'instinct des sentiments moraux ; vainement aussi vous leur demanderiez un seul mot dans vos entretiens intimes, ils ne sauraient vous répondre, puisqu'ils ne parlent pas; et pourquoi ne parlent-ils pas? La raison en est

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