NATURE DE L'HOMME 3 I
toute simple, c'est qu'ils ne sentent pas, c'est qu'ils ne pensent pas, c'est qu'ils ne comprennent pas; et comment auraient-ils l'instinct de la prière, ou de la contemplation, puisqu'ils n'ont ni l'instinct d'un créateur, ni le sentiment d'une vie posthume, ni même la conscience de leur propre existence. :
La ligne de démarcation est-elle donc suffisamment établie entre l'homme et les animaux, et fautil, pour compléter le parallèle, un dernier fait de comparaison? Transportez l'homme de la nature, l'homme sauvage, de sa condition brute dans un milieu social, où il sera en contact immédiat avec des hommes bien élevés, où il pourra trouver des moyens d'instruction, toutes les ressources d'étude, non-seulement vous en ferez facilement un homme social et de mœurs polies, mais il pourra devenir un érudit, un historien, un savant, un philosophe, peut-être même un libre penseur. N'attendez rien de semblable d'aucun animal, même du plus savant de tous, du prétendu homme-animal, de l'orang-ou-
tang, dont on n'a su encore faire un homme de bonne compagnie, après des milliers de siècles de civilisation.
Plus confiants que nous ne saurions l'être nousmême dans la destinée future des animaux, d'autres ont pu dire qu'il faut attendre encore des siècles pour voir s'opérer les transformations animales. Si le moyen est quelque peu douteux, le conseil est du moins prudent, et, pour le suivre, nous attendrons. Mais, pour attendre un si long terme, il fallait donner aux animaux un tuteur provisoire, un maître qui puisse les diriger, les gouverner, les prémunir contre les dangers d'une vie nomade; il fallait comprendre leurs instincts, leurs aptitudes, pour les utiliser au service de l'homme, aux besoins de leur propre existence; c'est l'homme lui-même que la création leur a donné pour veiller à leur sort : sans l'homme, en effet, on se demande ce que seraient devenus les animaux livrés à eux seuls, et comment ils auraient su mettre à profit tous les produits de la terre pour les faire servir même à leur nourriture. Mais le génie de la création avait tout prévu, en faisant sortir du néant tous les êtres vivants, et par-