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Hygiène publique. Les Odeurs de Paris... Deuxième édition

Les lois de la nature ne souffrent point de halte. Le simple éloignement des matières en décomposition n’est qu’un expédient. Le grand cercle de la vie, de la mort et de la reproduction doit être fermé ; et, tant que les éléments de la reproduction ne seront pas employés pour le bien, ils travailleront pour le mal.

Le degré de perfection des habitudes d’une nation se juge d’après la masse d’eau qu’elle applique à ses besoins.

Il faut placer la nation romaine, la première entre toutes, non seulement des peuples de l’antiquité, mais des peuples modernes.

Rome, pendant ses premiers temps, se contenta des eaux que ses habitants tiraient du Tibre, des puits ou des fontaines, puis ils dérivèrent les eaux d’Appia, Anio Yetus, etc.

Ces eaux amenées à grands frais remplaçaient celles du Tibre, qui étaient souvent troublées, tièdes en été, et, chose plus grave, plus la population augmentait, plus elles étaient contaminées et moins propres aux usages domestiques.

Si on rapproche cette situation de la Rome antique de celle actuelle du Paris moderne, on les trouve identiques.

Paris, comme Rome, s’est servi, pendant des siècles, de l’eau du fleuve qui le traverse ; et ce n’est qu’après plusieurs siècles d’usage, qu’on dériva les sources avoisinantes; aussi aujourd’hui Paris, comme alors Rome, ayant infesté son fleuve, songea à s’alimenter d’eaux abondantes, saines et fraîches, prises au loin.

En 1874, je faisais paraître un travail sur la question de l’assainissement de la ville de Paris, que j’intitulais [des Eaux d'égout et des vidanges.

Il y a quelques mois, au moment où le conseil municipal s’occupait de rechercher les systèmes qui seraient mis en exécution pour conduire à la grande cité l’eau dont elle manquait, pour la construction des conduites qui l’amèneraient jusqu’aux derniers étages de ses maisons, pour le parachèvement de ses égouts, pour l’envoi à la culture des déjections urbaines, je publiais un second travail sur le même sujet.

Je ne me doutais pas que ces questions si intéressantes pour l’hygiène de ses habitants auraient besoin d’être traitées à nouveau.

Depuis 1872, nous ne cessons de nous plaindre que les 70,000 maisons composant la cité, sont assises sur 500,000 mètres cubes de matières en putréfaction; que les machines à vapeur puisent à Ghaillot de l’eau infectée ; que les cimetières empoisonnent les nappes souterraines qui empoisonnent à leur tour les puits, alors que le million de cadavres qu’ils recèlent nous tue ; que la Seine porte des eaux contaminées et des émanations produisant les épidémies, sans que ces remontrances émeuvent l’autorité qui a une étrange manière de comprendre les lois de l’hygiène.

Paris, qui a le droit de s’administrer, a surtout le devoir de s’assainir. Or, si nous regardons ce qui se passe chez nos voisins, nous nous apercevons que la ville de Londres n’a pas hésité à dépenser 105 millions pour l’ouverture d’un canal conduisant ses égouts jusqu’à la mer, que les sacrifices que les municipalités de Bruxelles, de Dantzig, de Berlin, d’Alger, etc., n’ont pas craint de s’imposer sont, relativement, tout aussi considérables.

Depuis, des plaintes nouvelles, des murmures, se sont élevés de toute part, des odeurs infectes se sont répandues partout, les quartiers riches ou pauvres ne s’en sont pas vus épargnés; les uns les ont attribuées aux égouts, les autres à un manque d’eau, d’autres encore aux vidanges, et enfin les plus nombreux ont accusé de ces maux les établissements insalubres et les cimetières suburbains qui entourent Paris.

Les uns et les autres ont raison : les odeurs de Paris, pendant ces grandes chaleurs, sous une atmosphère chargée d’électricité, se sont développées avec une abondance inouïe, inconnue depuis l’apparition du choléra en 1832, de si triste venue, et qui avait été causé à une époque où Paris ne se trouvait pas, comme il l’est aujourd’hui, autant pourvu d’eau et d’égouts.

L’administration municipale de cette époque a offert le mémo-

rable exemple d’une activité sans égale pour perfectionner soit les écoulements sous galeries, c’est-à-dire le système des égouts, soit les alimentations en eaux vives de chaque quartier, c’est-à-dire les distributions d’eau, tant pour le lavage des voies publiques que pour abonnements à domicile.

Espérons que les odeurs , que nous venons de sentir ne seront pour nous qu’un avertissement, qu’elles n’auront pas infecté nos demeures, qu’elles n’auront pas eu le temps d’empoisonner le département de la Seine, qu’elles n’engendreront pas au printemps prochain une épidémie.

Dans cette seconde édition, nous donnerons la place au rapport d’une commission prise dans le sein du conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine.

Cette commission, composée de MM. Schutzenberger, Péligot, du Souich, Hilairet, Alphand et Besançon, sécrétaire rapporteur, lient tout d’abord à rassurer l’opinion publique au sujet de l’influence exercée par les émanations des égouts et sur la diffusion des maladies contagieuses et épidémiques.

La commission estime que les odeurs répandues dans Paris, dans le courant du mois d’août dernier, et pendant les premiers jours de septembre, doivent être attribuées à des causes diverses, sous l’influence principale de la situation atmosphérique anormale que nous avons subie.

L’Europe centrale se trouve placée, dit-elle, depuis le mois de décembre dernier, sous une zone de fortes pressions qui s’étendent sous la forme d’une ellipse dont le petit axe a 800 kilomètres de longueur environ et dont le grand axe sur lequel existait le maximum du froid cet hiver, passe par Paris, Charleville et Cracovie.

Sous cette influence le froid, par un ciel clair et par un temps sec, a atteint lin degré d’intensité extrême, puisque le thermomètre est descendu à 28° au-dessous de zéro, température qui n’avait jamais été observée à Paris, depuis l’invention du thermomètre. (Renseignements fournis par M. Alphand.)

Depuis, la température s’est relevée, mais l’action du courant polaire a continué. Les vents du nord ont régné presque constamment dans la zone centrale ; le printemps et les premiers mois de l’été ont été superbes, puis la persistance de l’action du soleil par ces temps clairs a réchauffé le sol sans changer la direction générale des vents. Seulement, pendant le mois d’août et les premiers jours de septembre, le vent a faibli en restant cependant au

nord-est. Le temps est devenu lourd et orageux avec des chaleurs quotidiennes de 31 à 32° à l’ombre. Les bulletins météorologiques constatent que c’est dans notre zone que cette situation atmosphérique s'est étendue. En dehors, la température ne s’élevait qu’au niveau habituel des localités à la fin de l’été. »

Paris s’est donc trouvé, pendant un mois et demi, dans des conditions atmosphériques exceptionnelles, qui ont forcément augmenté l’infection des égouts et des fosses d'aisances, et qui ont pu permettre l'arrivée à Paris des émanations des usines d’Aubervilliers, de Saint-Ouen et de Pantin.

Nous ajouterons : ces températures excessives, après un hiver plus ou moins rigoureux, sont ordinaires à Paris ; mais, ne le seraient-elles pas, il adviendrait que chaque fois qu’à Paris nous aurions 31 à 32° de chaleur et des vents constants du nord-est, l’épidémie serait à craindre.

Quoi qu’il en soit, les odeurs ont porté leurs fruits dévastateurs, elles ont causé de nombreux cas de dyssenterie, indice certain d’un commencement d’épidémie, elles ont amené une augmentation dans la mortalité.

Ces dernières années, dans un de nos grands journaux, nous constations que la mortalité à Paris était de 24.6 par 1000 habitants, alors qu’à Londres, elle n’était que de 22.8., cause attribuée à cette différence que Londres avait réalisé plus de progrès que nous, depuis 1852, en complétant ses égouts, en les branchant à ses habitations, en fournissant de l’eau en abondance, en envoyant au loin, — à la mer, — ses vidanges, alors que Paris a à dépenser, pour arriver au même but, 300 millions.

« Je prendrai, pour les commencer, ajoutait le préfet, 40 mil- « lions sur la soulte revenant à la Yille par la conversion de l’em- « prunt du Crédit foncier, et je commencerai à donner ainsi satis - « faction à l’hygiène publique. »

Qu’a-t-on fait ? Rien ; ou si peu de chose qu’il n’en faut guère parler.

A qui la faute ? Inévitablement au Conseil municipal ; il n’avait qu’à sanctionner ce que lui proposait le préfet, il devait laisser à l’administration la responsabilité de garantir la santé publique, en lui fournissant les fonds nécessaires pour achever les égouts, pour amener l’eau qui manque, pour porter au loin les déjections urbaines, pour créer enfin le cimetière de Méry-sur-Oise.

Les matières rebutantes qui forment le résidu excrémentiel de

l’alimentation humaine, et dont l’économie rurale exige la restitution au sol, ont été jusqu’ici pourleur transformation industrielle l’objet de traitements grossiers et barbares. Jusqu’ici, en effet, les grandes villes, et particulièrement la ville de Paris, se plaçant à un point de vue absolument faux, ont voulu chercher dans ces matières une source de revenu municipal, alors qu’elles n’y devraient voir qu’une occasion de dépense. Et de cette fausse situation il est résulté qu’au lieu de demander à la science et à la technologie des procédés qui fassent disparaître tous les inconvénients que le traitement de ces matières entraîne, les municipalités, préoccupées surtout des redevances, quelquefois exagérées, qu’on leur promettait, mais qu’on ne leur payait pas toujours, laissaient se perpétuer un état de choses en vérité déplorable.

L’infection qui s’est produite à Paris dans le cours de l’été de 1880, sous l’influence de conditions climatériques inusitées, aura eu cet avantage d’appeler l’attention de l’administration supérieure sur les inconvénients que cet état de choses présente, et de l’appeler à un tel degré que nous pouvons espérer voir naître, des études qu’elle a prescrites, une transformation complète delà situation actuelle.

Paris n’en est pas encore arrivé à revendiquer d’être placé à la tête de la civilisation; si c’est le siège aujourd’hui des sciences et des arts, il en est encore aux expédients lorsqu’il s’agit de son hygiène.

Ses fontaines publiques, ses bornes et ses ventes d’eau sont actionnées et ne coulent que quelques heures par jour, alors que dans la Rome antique et même la Rome chrétienne l’eau est fournie en abondance et pour rien à ses habitants*

Paris enterre encore ses morts à proximité dë ses demeures, tout comme il le faisait aux siècles derniers, contrairement aux prescriptions de la loi; et il semble avoir oublié les souvenirs du choléra de 1832, où alors sa municipalité effrayée avait pris l’obligation en présence de la population ameutée de les transférer au loin de ses murailles.

Paris, encore, oubliant l’épidémie qui sévissait il y a quelques années sur Londres, la mortalité de l’Agro Romano, se complaît à continuer à empoisonner le fleuve qui le traverse et semble se refuser à porter au loin, dans la vallée de la Seine, les immondices qui s’y charrient sans cesse et sans répit et qui amènent non seulement l’empoisonnement des habitants situés en aval du fleuve, mais donnent des émanations pestilentielles qui produiront un

jour les mêmes résultats que le Gange qui véhicule tous les ans, et nous transmet ces maladies hideuses que l’on nomme le choléra,, la peste.

Ces questions, les unes après les autres, ont été traitées par le Conseil municipal, il ne peut arguer ne pas les connaître, elles sont.vieilles de date ; commencées en 1852 par M. Belgrand, continuées aujourd’hui par M. Alphand, elles ne demandent qu’à être mises en pratique.

Est-ce l’argent qui manquerait ? Est-ce que les contributions que les Parisiens paient, sous toutes les formes, ne seraient pas suffisantes ?

Mais non; en 1874, une grande institution de crédit ne demandait-elle pas à la Ville de construire en cinq ans les égouts manquants, le canal venant amener les eaux sales dans la vallée de la Seine, les conduites aux maisons devant supprimer le service infect de la vidange ; la construction d’un chemin de fer reliant le nouveau cimetière de Méry à Paris, le tout sans bourse délier; c’est-àdire avec une garantie d’intérêt seulement pendant cinquante ans.

Si cette proposition avait été discutée^ si elle avait été acceptée, nous n’aurions pas à écrire ce livre aujourd’hui, et la presse et les habitants de Paris ne se demanderaient pas si demain ils ne seront pas frappés par une épidémie.

Dans la séance du 12 octobre, le Conseil municipal de Paris, soucieux, dit-il, de l’hygiène publique, a voté Tordre du jour suivant :

« Le Conseil, soucieux de l’hygiène de la ville de Paris, confirmant ses votes antérieurs concernant les projets de réformes du service des vidanges ;

« Invite l’administration à poursuivre leur prompte réalisation ;

«Invite les préfets de la Seine et de police à-appliquer rigoureu ■ sement les règlements existants en ce qui concerne :

« 1° Le nettoyage fréquent des égouts et le déversement clandestin des vidanges à l’égout.

« 2° La désinfection préalable des fosses d’aisances.

« 3° Le traitement des matières dans les usines qui entourent Paris, et, en cas de contraventions, à procéder à la fermeture des usines.

« Le Conseil charge sa sixième commission de l’enquête et lui renvoie les propositions de M. Cadet et l’article additionnel de M. Morin. »

Cet article additionnel est relatif à l’observation des règlements

de police concernant les vidanges dans les casernes et autres édifices dépendant du ministère de la guerre.

A ces vœux, qui ne résolvent rien, nous répéterons que l’hygiène publique veut que cette question de salubrité se termine; commencée en 1852, elle est mûre, l’administration n’a plus d’école à faire, il faut que MM. les membres qui représentent les intérêts de tous, trouvent les moyens d’argent ou de crédit nécessaires pour que Paris soit enfin la ville la plus saine de l’univers.

Pour arriver à ce but, dans la limite de nos forces, nous devons éclairer la population de Paris qui dira à ces mandataires :

« Yous avez à pourvoir, avant tout, à la salubrité publique.

« 1° A l’enlèvement rapide des immondicçs, au drainage et au nettoyage des voies publiques ;

« 2° A empêcher que les matières fécales et autres ne séjournent dans des fosses fixes, dans des puisards, dans des abattoirs, voiries et au tres lieux ;

« 3° A faire que le drainage du sol, des maisons et des rues, par des égouts, soit complété ;

« 4° Qu’il y ait défense de jeter dans la Seine les eaux sales provenant des égouts et des fabriques;

« 5° D’utiliser les résidus liquides provenant des égouts, en les employant, en irrigations, sur les terrains constituant la val lée de la Seine, par un canal ayant son point de départ aux collecteurs d’Asnières et son terminus à Canteleu ;

« 6° Faire dériver les eaux de la Loire sur Paris, par un canal exclusivement réservé au service de l’alimentation publique, pour remplacer toutes les machines élévatoires de la Seine qui ne fournissent que des eaux insalubres;

« 7° Enfin, obliger chaque propriétaire de conduire l’eau à chaque étage de sa maison, au moyen de colonnes montantes. »

Si toutes ces conditions ne sont pas réalisées, si Paris ne se trouve pas à la tête de la civilisation, au point de vue de l’hygiène, les causes, il faut les chercher dans l’administration qui a régi ses intérêts depuis cinquante ans.

Les travaux d’assainissement étant, par leur nature, d’utilité publique, ne peuvent donner de bénéfices rémunérateurs à des capitaux particuliers qui voudraient s’y intéresser. Aussi si on par. court l’histoire de Paris, on ne voit pas de soumission privée lorsqu’il s’agit de l’alimenter d’eau ou lorsqu’il s’agit de construire des égouts ou un canal collecteur de Paris à la mer, qu’avec la

condition que l’intérêt de l’argent dépensé sera garanti pendant une période de cinquante ans au moins, pendant laquelle ces capitaux pourront être amortis et permettre, à l’expiration de la concession, le retour des constructions de toute nature au domaine de la Ville.

Toute compagnie qui ferait une offre qui ne reposerait pas sur ces données, qui ne comporterait pas une charge pour la Ville pendant cinquante ans de 18 millions, en calculant l’intérêt et l’amortissement, ne serait pas sérieuse, aussi ne s’est-elle jamais produite dans d’autres conditions.

Les 18 millions nécessaires pendant cinquante ans à inscrire aux dépenses de la caisse municipale ne peuvent être augmentés, mais ils devront, comme nous le verrons dans le cours de cet ouvrage, être diminués si on fait payer aux habitants des droits :

1° Pour chaque robinet leur amenant l’eau à leur demeure;

2° Pour chaque colonne de chute les débarrassant de leurs immondices ménagères ;

3° Pour chaque mètre cube d’eau d’égout servant à l’irrigation de leurs terres.

Alors, il y aura, répétons-le, de grandes réductions à espérer sur le montant de cette dépense annuelle de 18 millions ; elle sera considérablement diminuée, de telle sorte, à en croire M. le directeur des travaux de la Ville, bon juge en la matière, que le jour où les travaux seront terminés, elle atteindra au moins 8 millions . parla vente des eaux, autant pour les tuyaux de chutes, et enfin par le produit des ventes des eaux d’irrigation, que nous estimons devoir être de près d’un million. Si ces prémices se réalisent, la ville de Paris, en confiant à des compagnies fermières les services dits d’assainissement, c’est-à-dire les eaux, les égouts, l'éclairage, les inhumations , àssurerait l’exécution des travaux nécessaires à leur bon fonctionnement sans avoir à rechercher les 300 millions nécessaires qui se trouveront remboursés en cinquante ans, sans que le Trésor ou la Ville n’ait eu à se préoccuper que de payer aux concessionnaires, tous les ans, la somme à parfaire entre les 6 p. 100 garantis et les sommes encaissées.

Ce système si simple qui débarrasserait la Ville du souci de l’exécution, qui lui permettrait de n’avoir pour toute préoccupation que de surveiller le bon état des constructions, celui de l’entretien, et l’application des tarifs de perception, le tout sous l’administration du directeur de Paris, pourquoi, se demande-t-on, n’a-t-il jamais été appliqué ?

Lorsqu’il fut question, en 1854, d’organiser les grands services d’assainissement de la ville de Pa'ris, M. Haussmann présidait alorç aux destinées de la grande cité ; il ouvrait partout le vieux Paris, il y amenait l’air et le jour où depuis des siècles ils n’étaient apparus ; et il soumettait à l’approbation de l’Empereur les projets que les ingénieurs sous ses ordres avaient conçus pour armer la capitale des nouveaux engins que sa salubrité exigeait. Dans la présentation de ces projets, et nous ne nous préoccuperons dans ce travail que des quatre grandes divisions que nous avons tracées, on est étonné d’y rencontrer autant d’erreurs économiques qu’ils en renferment ; et on est bien plus encore étonné en présence de ces faits que les conseils du gouvernement n’aient, pas arrêté, dans son élan trop peu médité, le baron Haussmann, et n’eût ainsi épargné à la grande cité des fautes irréparables qui se sont soldées depuis en argent.

En 1852, il s’agit de concessionner Y éclairage, le gouvernement dans cette occasion est sage, il fait construire une usine à Sèvres ; il appelle, à la diriger, nos sommités scientifiques ; il veut connaître ce que coûte un mètre cube, et puis, lorsqu’il sera aussi instruit que les propriétaires des anciennes concessions, il se propose de discuter les clauses et les conditions du nouveau contrat à intervenir.

La commission dépose son rapport, le gaz coûte, au gazomètre* deux centimes environ le mètre cube.

Ne sont pas compris dans ce prix de coût :

Les frais généraux. Il eût été cependant très facile de les établir, mais on ne l’a pas fait. Aujourd’hui la compagnie les évalue à 11/2 centime par mètre, soit pour une vente de 212 millions de mètres cubes à 3,180,000 francs par an.

Les frais d’amortissement des conduites, celui des usines. C’était ici, en effet, difficile de les évaluer; une conduite, son entretien, doivent être amortis en prenant pour base le temps à courir de la concession. Là compagnie les évalue à 3 1/2 centimes par mètre cube distribué, ce qui, pour 212 millions de mètres cubes, forme 7,420,000 francs, chiffre qui à 6 p. 100 représente un capital de plus de 120 millions de francs.

Aces chiffres il faudrait encore ajouter, dit la compagnie, les droits d’octroi, l’entretien de la canalisation, les impositions, et compter que le coût du gaz au candélabre ou à la main coûte onze centimes.

La concession, après le rapport de la commission, fut octroyée

en 1855, avec un résumé vague, mal défini, où il était dit: que dans le cas où par de nouvelles’ inventions le prix du gaz se trouverait être abaissé, la Ville aurait le droit d’imposer à la compagnie l’application de ces nouvelles améliorations, afin que le public puisse jouir de réduction sur les prix accordés.

Gela paraît sage, et cela ne l’est pas, il fallait ajouter un seul mot, et il fut oublié, c’était celui que tous les cinq ans, les expériences faites à Sèvres seraient, s’il y avait lieu, recommencées, afin d’établir à nouveau le prix de revient. Et ceci n’ayant pas été dit, la Compagnie, à bon droit, prétend que, si le prix de revient du gaz a baissé, cela n’est dû que par une meilleure administration, par un travail plus intelligent, deux choses qui ne donnent pas ouverture à la révision des conventions.

En le vendant à 0 fr ,15 à la Ville, en le fournissant aux particuliers à 0 fr ,30, les bénéfices sont grands ; aussi sont-ils, lorsque l’intérêt du capital a été prélevé, partagés par moitié entre la Ville et la Compagnie.

A première vue, on se demande qu’y a-t-il à reprocher aux termes d’un pareil contrat. Les actionnaires de la Compagnie sont contents, les finances de la Ville sont satisfaites... il est bien vrai que le public crie qu’on lui fait payer une marchandise à un prix excessif, mais qu’y faire? Attendre la fin de la concession, ce sera bientôt, 1905 en verra la fin ; abandonner par la Ville, d’ici là, les 9 millions qu’elle touche pour sa part de bénéfices et les attribuer, pour autant, à la diminution du prix du gaz.

En 1905, la Ville libre de tous engagements remettra en adjudication la fourniture du gaz, si à cette époque un autre luminaire n’est venu prendre sa place.

Cette situation déplorable doit être imputée à l’administration de M. Haussmann.

Voyons maintenant la situation des autres services.

La compagnie des Eaux fut formée en 1860. C’est, nous le verrons dans le cours de cet ouvrage, la plus déplorable des combinaisons de l’administration sous M. Haussmann.

Une société existait, elle avait des outils, son matériel, une clientèle ; il prit fantaisie à l’administration de racheter son fonds de commerce au prix de 1,160,000 francs payés tous les ans et pendant cinquante ans. C’était faire acte, à huis clos, d’expropriation.

Les arguments invoqués pour agir ainsi étaient les suivants : Paris, s’agrandissant jusqu’à ses fortifications, exigeait pour un service bien fait une homogénéité de vues, de conception et d’exé-

LES ODEURS DE PARIS. ti

cution, qu’on ne pouvait rencontrer que sous une seule et unique autorité.

La canalisation devait être une, le service public ne pouvait s’égarer dans des mains étrangères ; on remettait seulement àla compagnie expropriée le travail pour les particuliers.

Il intervient alors un acte par lequel cette compagnie, sans matériel, fut dotée d’un appointement pour la récompenser de son travail quotidien ; d’un entrepreneur pour les travaux qu’elle exécutait pour la Ville et les particuliers, entrepreneur commissionné d’un tarif spécial dont les prix, disent les chroniques du temps, était de 109 p. 100 plus élevés que ceux réclamés dans d’autres villes.

Cette convention hybride , qui n’a fait que des mécontents, excepté cependant l’entrepreneur et la compagnie, s’est vue, à la dernière session du conseil, améliorée dans une de ses parties; une remise a été consentie sur le tarif, et il faut prévoir que le Conseil actuel le voulant bien, voir cesser cette anomalie qui consiste :

Pour la Ville à débourser le capital nécessaire, et pour la .compagnie à profiter de cet argent pour réaliser des bénéfices considérables.

Ces deux premières compagnies fermières existent, il ne faut améliorer que les conditions qui les lient aux intérêts de la Ville ; il faut qu’elles se chargent, à l’avenir, de tous les frais quelconques d’installation, et [que ces frais soient amortis en temps utile, c’est-à-dire pendant la durée de la concession.

Il reste par le nouveau Conseil à constituer une troisième société fermière, celle des Eaux d'égout, des vidanges et leur utilisation à l’agriculture.

Non seulement Paris n’a pas les ressources financières nécessaires pour pourvoir aux 40 millions que M. Belgrand jugeait nécessaires pour l’achèvement des égouts, non plus qu’aux 90 millions pour la construction du canal à la mer, soit en tout 130 millions.

Cette somme serait fournie pour son amortissement et son intérêt par les propriétaires pour la vidange de leurs immeubles, sans qu’il en coûtât à la caisse municipale, et, après cinquante ans, cette contribution cesserait, la Ville n’ayant plus d’autres charges que leur entretien.

Il reste encore à reconstituer les Pompes funèbres.

Les cultes ont le droit d’enterrer leurs morts, à charge de pour-

voir à tous leurs frais, voire même à ceux de réparations, d’entretien des églises et synagogues. Dans l’état actuel des choses, les fabriques et les consistoires de Paris sont assujettis à tous les services des inhumations; ils se trouvent sous le contrôle et sous les ordres immédiats du préfet de la Seine, pour tout ce qui regarde l’ordre et la salubrité.

Les tarifs qu’ils sont autorisés à percevoir doivent être proposés par le Conseil municipal, après avis de l’archevêque et du préfet.

Enfin, si, par des causes indépendantes de la volonté des contractants, des insuffisances de recettes se produisaient, le Conseil municipal serait astreint d’y pourvoir.

Enfin, encore, en vertu de l’article 10 du décret de 1806, les autorités municipales, de concert avec les fabriques et consistoires, soumettront l’entreprise du transport, les travaux dans les cimetières, les fournitures, à l’adjudication publique.

Les habitations, les fabriques, les industries avec les opérations qui s’y rattachent, l’évacuation des résidus, l’éclairage, les sépultures forment la vie des cités.

Les émanations qui en proviennent agissent sur la santé publique, elles attaquent la population en concentrant l’atmosphère, les eaux, le sol.

C’est à ces divers points de vue que nous allons nous occuper de la question des odeurs de Paris, et des moyens à employer pour son assainissement.

L’EAU A PARIS

L’EAU A PARIS

On ne sait trop ce qu’on avale, mais on boit toujours.

Toutes les administrations publiques, aussi anciennes qu’elles puissent être, se sont occupées de rechercher les moyens de fournir aux habitants de Paris l’eau nécessaire aux usages domestiques. Les Romains érigèrent l’aqueduc d’Arcueil qui amène encore à Paris les sources d’eau dès coteaux de Rungis, de l’Hay, de Cachan et d’Arcueil.

Paris, devenant plus habité, le pouvoir royal dériva, au onzième siècle, les sources de Ménilmontant, de Romainville et deBelleville.

Philippe-Auguste fit amener les eaux des Prés-Saint-Gervais au marché des Saints-Innocents; Henri IV fit construire une pompe qui puisait l’eau à la Seine, à la Samaritaine.

A toutes ces époques, un maître fontainier était chargé, par le souverain, d’administrer au mieux des intérêts de la couronne, et à la satisfaction du public, les conduits et fontaines de la capitale.

Ce maître n’existe plus aujourd’hui; depuis 1789 ces charges ont été abolies, mais en fait, de père en fils, elles se sont continuées à Paris, et nous retrouvons, en la personne de M. David, l’un de leurs descendants, qui a bien voulu nous aider dans la description de son service des eaux.

Les eaux dérivées de sources, puisées en Seine, étaient conduites par une canalisation spéciale aux fontaines publiques où elles étaient puisées à titre gratuit, par les habitants du quartier. Elles pouvaient être encore, à titre onéreux ou même gratuit, conduites par un canal particulier, en l’hôtel de puissants et hauts seigneurs, tel qu’il ressort des termes d’une ordonnance du roi Charles VI, en date du 13 octobre 1392, où il est dit :

« Certaines personnes, ayant eu autorité près des rois, ont obtenu « par leur puissance et leurs importunités, ou sous ombre de ser- « vices rendus, la licence de prendre pour leurs usages particuliers « une partie des eaux publiques, au grand détriment des habi-

«tants; ordonne que les conduites seront supprimées, que les « tuyaux seront coupés.»

Gomme on le voit, Lutèce après Rome, Paris après celle-ci, ont considéré que l’eau appartenait indistinctement à tous ; chacun avait le droit de puiser telle quantité dont il avait besoin à la fontaine et sans qu’il lui en coûtât rien.

Ce sont là les vrais principes, aussi dans son rapport au Conseil municipal, en date du 4 août 1854, le préfet de la Seine constatait qu'il existait encore 85 concessions qui ensemble absorbaient environ 13 pouces d’eau, qui, à raison de 20 mètres cubes par pouce représentaient 260 mètres par jour; il n’était nullement question à cette époque, dans le service de l’administration, de concevoir qu’un jour on songerait pour les besoins du budget de taxer d’un droit cet élément indispensable à l’existence et d’abandonner les anciens usages.

En 1777, on ne consommait journellement à Paris pas plus de 4,000 mètres cubes d’eau. C’était, si on rapproche cette quantité du nombre des habitants, de bien petits besoins, mais on doit tenir compte qu’au siècle dernier chaque maison de Paris puisait l’eau à son puits, et qu’il n’est question ici que des eaux des fontaines publiques servant exclusivement comme eaü à boire.

A cette époque, une compagnie — les frères Périer — se constitua; elle obtint une concession qui s’est terminée en 1792, et qui lui conférait le privilège de placer des conduites sous le sol des rues. On vit alors, grâce à l’initiative privée, pour la première fois fouiller les rues afin d’y placer des tuyaux en terre et porter l’eau à domicile à tous ceux qui la réclamaient et la payaient. Cette compagnie établit des pompes à feu et des réservoirs à Ghaillot etauGros-Caillou, puisa, comme on le faisait à la Samaritaine, des eaux dans la Seine, et commença à créer le réseau de nos conduites d’eau.

On comptait, en 1786, que Paris consommait 5,000 mètres cubes d’eau.

Le 29 floréal, an X, le premier consul, frappé de l’insuffisance de la quantité d’eau aménagée, décréta la dérivation de l’Ourcq : on créa dans ce but non seulement un émissaire pour l’alimentation publique, mais encore un canal pour les besoins de la navigation.

En 1807, on comptait que la ville recevait 9,000 mètres cubes, et en 1818, lors de l’achèvement du canal de l’Ourcq, 4,000 pouces dé plus, soit ensemble 17,000 mètres cubes.

L’EAU A PARIS

Ce fut aussi, en 1807, que la ville de Paris fut investie des droits du souverain, et qu’elle fut seule chargée de l’administration des eaux, sous la surveillance du ministre de l’intérieur.

En 1837, 40 à 50 pouces, soit 800 mètres cubes environ sont fournis en plus par le puits artésien de Grenelle.

En 1841, la Ville agrandit son domaine, elle réunit les eaux de la petite rivière du Glignon à celles du canal de l’Ourcq, et la quantité disponible arrive ainsi à 41,000 mètres cubes environ.

Les moyens mis en oeuvre pour amener les eaux à Paris sont ceux connus dès la plus haute antiquité.

Ils peuvent se résumer ainsi :

L’aqueduc, aqua ductus, est une rigole tantôt en maçonnerie, tantôt en poterie ou en métal, conduisant automatiquement les eaux. Il est couvert, enfoui en terre, afin d’assurer la fraîcheur et empêcher l’action de l’air extérieur. Ces ouvrages, jadis monumentaux, si on en juge par les vestiges qui nous restent des travaux romains, s’exécutent sans difficultés et sans grands frais; il suffit le plus souvent de poser une conduite en tuyaux de poterie et de suivre pour la pose le relief du terrain.

Si la pression est trop forte, si des difficultés apparaissent qui empêchent ce mode si simple de canalisation d’être adopté, on construit un aqueduc en maçonnerie, ou en ciment, et on se sert de tuyaux en fonte, qui offrent plus de résistance pour le passage en siphon d’une'vallée, d’un fleuve, etc.

Un canal (dérivation des eaux de l’Ourcq), dont les eaux serviront à la fois à l’alimentation et aux transports.

Les puits artésiens, puits forés plus profondément que ceux existant et devant donner des eaux d’autant plus pures.

Enfin l’élévation à l’aide de machines des eaux de la Seine et de la Marne.

Qualités «les eaux. — Toute eau reconnue bonne pour l’usage hygiénique est généralement propre à tous les emplois industriels, disait Dupasquier.

« Lorsqu'une eau est claire , » dit Berthollet, dans ses Éléments de l’art de la teinture, « qu'elle se renouvelle, qu'elle n'a /,oint de sa- « veur sensible, et qu’elle dissout bien le savon, on peut la regarder comme très propre aux besoins domestiques. »

La limpidité est, en effet, une des qualités les plus essentielles

dans les eaux. Toute eau limoneuse, trouble, ou seulement dont la transparence n’est pas parfaite par l’effet de quelques particules terreuses tenues en suspension, toute eau que des matières organiques rendent louche, altère nécessairement la pureté des couleurs, particulièrement des nuances tendres et claires. Ce défaut de limpidité est surtout un grave inconvénient dans le blanchiment.

Dès 1781, Mercier, dans son tableau de Paris, nous donne la qualité des eaux qu’on buvait.

« On achète l’eau à Paris. Les fontaines publiques sont si rares et si mal entretenues, qu’on recourt à la rivière ; aucune maison bourgeoise n’est pourvue d’eau assez abondamment. Vingt mille porteurs d’eau, du matin au soir, montent deux seaux pleins, depuis le premier étage jusqu’au septième étage, et quelquefois pardelà. La voie coûte six liards ou deux sous. Quand le porteur d’eau est robuste, il fait environ trente voyages par jour.

« Quand la rivière est trouble, on boit de l'eau trouble : on ne sait « trop ce qu’on avale ;mais on boit toujours . L’eau de la Seine relâ- « che l’estomac pour quiconque n’y est pas accoutumé. Les étran- « gers ne manquent presque jamais l’incommodité d’une petite « diarrhée. Mais ils l’éviteraient, s’ils avaient la précaution de « mettre une cuillerée de bon vinaigre blanc dans chaque chopine « d’eau. »

Mirabeau répétait le mot de Beaumarchais :

« Les habitants de Paris boivent le soir ce qu’ils ont vidé le ma- « tin.

« Maintenant je dirai que tous les certificats du monde ne me « persuaderont pas qu’une eau dans laquelle se versent toutes les « impuretés d’une ville immense soit plus saine que celle où il ne « s’en verse point, et que le volume diminuant, tandis que celui « des immondices reste le même, cette eau sort néanmoins toujours également saine. Personne n’ignore, et je donne en mon « nom le démenti dûau charlatanisme, à la jonglerie et à l’impu- « dence, à quiconque niera que l’eau de la pompe de Chaillot, « puisée lorsque les eaux sont très basses, ne soit, sans compa- « raison, plus vite corrompue que celle puisée ailleurs ; et quelle « peut en être la cause, si ce n’est la présence d’une plus grande « quantité de matière effervescente ? »

11 y a longtemps qu’on avait reconnu que les eaux consommées

L’EAU A PARIS

à Paris étaient de bien mauvaise qualité ; les eaux puisées à la Samaritaine, à Chaillot et au Gros-Caillou, celles amenées par le canal de l’Ourcq étaient des liquides altérés par des traces insensibles de matières organiques délétères, analogues, ajoute Dupasquier, à ce que serait de l'air infecté par la contagion de la variole, ou comme celui de nos marais de la Bresse, des rizières du Piémont, ou des marasmes delà campagne de Rome. L’air, dans ces circonstances et dans ces lieux, peut déterminer des maladies très graves, donner la mort en deux ou trois jours ; et cependant, soumis aux investigations chimiques lés plus délicates et les mieux dirigées, il ne se comporte pas autrement que l’air pur des montagnes, ou celui que l’on respire au milieu des bois ou de nos jardins. De même, on a souvent analysé des eaux dont l’usage avait,déterminé des maladies épidémiques, et généralement on n’a pu y découvrir la cause pathogénique recherchée.

C’est un fait reconnu que les eaux de rivière, surtout près et -dans l’intérieur des villes, sont toujours souillées de matières d’origine organique, lesquelles deviendront putrides durant les chaleurs. On sait même, comme l’ont reconnu MM. Hallé et Nysten, qu’elles sont plus impures en été qu’en hiver, et M. Ghevreul a constaté, dans les eaux de la Seine, examinées en été, la présence du carbonate d’ammoniaque, sel qui ne peut provenir que de la décomposition des matières organiques entraînées par le fleuve.

En effet, indépendamment des eaux ménagères, de celles provenant des ateliers de l’industrie, des écoulements des égouts et des latrines, qui se rendent incessamment dans une rivière, tout le long de son cours, les grandes pluies et les débordements déterminés par la fonte des neiges, n’y entraînent-ils pas des impuretés de toute sorte ? Et quant aux pluies, ce n’est point seulement sur le point même où elles tombent que l’eau dissout et entraîne des matières organiques putrides : celle qui court sur le sol pour se rendre à la rivière, a bien plus de chances de s’altérer, que celle qui s’y infiltre immédiatement, puisque la première lave et purifie la terre, sur une large surface, des immondices de toute nature qui s’y trouvent répandues, avant d’atteindre le lit de la rivière. N’est-ce pas d’ailleurs près de ces grands cours d’eau, principal élément de vie des populations industrielles, que se trouvent surtout les villes, les bourgs, les villages, les manufactures de tous genres, ainsi que des mares et des fossés pleins de matières putrides? — Ne faut-il pas observer, de plus, dans ce cas, qu’il n’y a nulle chance que ces matières puissent être absorbées par une

terre argileuse : leur état de mouvement conlinu ne s’y opposet-il pas ?

Les eaux potables ne doivent point contenir de matières animales ou végétales corrompues : ainsi, on ne doit pas les puiser dans les étangs et les marais. Ces eaux, lors même qu’elles ne recèlent que des quantités inappréciables de substances organiques en putréfaction, et de produits gazeux de leur décomposition, ne sont jamais saines, et leurs effets nuisibles se manifestent à la longue ; c’est ainsi qu’elles amènent peu à peu la débilitation des forces gastrites, la décoloration des tissus rouges, les fièvres intermittentes, les engorgements des viscères abdominaux, l’asthénie générale.

L’opinion publique se demandait pourquoi on ne puisait pas l’eau de Seine, prise à Ghaillot, en amont de Paris, où à cette époque, elle ne se montrait pas trop souillée ? Arago et les savants ajoutaient que si les Romains avaient été plus instruits qu’ils ne l’étaient, s’ils avaient possédé nos connaissances, ils se seraient bien gardés d'ériger à grands frais des aqueducs, ils se seraient contentés, comme nous, de prendre à la Seine l’eau qui leur était nécessaire.

Dix ans plus tard, l’administration municipale faisait démolir les pompes de Notre-Dame et du Gros-Caillou et les reportaient à Chaillot, croyant ainsi prévenir l’usage dangereux des eaux devenues putrides.

La quiétude du public fut complète pendant quelques années. Paris ne s’étendant pas de ce côté, les localités situées entre Gorbeil et ses limites étant peu importantes, tout alla pour le mieux jusqu’en 1854.

M. l’ingénieur en chef Michal, qui voyait les choses de près, en sa qualité de directeur de la navigation, avait demandé que l’eau fût conduite aux pompes de Ghaillot par un canal spécial ayant son origine au-dessus de Corbeil, de telle sorte qu’en arrivant à Paris elle ne pût être contaminée.

Cette proposition, qui était fort sage, ne plut pas et fut repoussée.

En 1854, la ville de Paris mettait chaque jour à la disposition de ses habitants, les quantités suivantes d’eau dont nous désignerons les qualités hygiéniques, par :

L’EAU A PARIS

Bonne.

Canal de l’Ourcq. »

Eau de Seine. «

Eau d’Arcueil. 1.600

Puits de Grenelle. »

Belloville. Prés Saint-Gervais. 500

Ensemble. 2.100

L’administration n’avait songé jusqu’ici qu’à suivre les errements du passé, amener de l’eau aux fontaines publiques, aux palais et aux bâtiments hospitaliers; elle se conformait aux usages et coutumes de l’antiquité, l’eau pour rien, mais à la fontaine. A partir de cette époque, on songea, non seulement à rendre plus complets les services, mais à augmenter la canalisation pour conduire les eaux dans les maisons particulières.

Le plan conçu par M. Belgrand, fut mis à exécution après 1854. Cet ingénieur, reconnaissant la mauvaise qualité des eaux de rivières alimentant la majeure partie de Paris, résolut défaire servir ces eaux aux besoins industriels, à l’arrosage et au lavage public, et d’approvisionner comme le faisait l’aqueduc d’Arcueil, des eaux de sources, pour les besoins domestiques. Ce fut grâce aux effets du despotisme du second Empire, que ces projets furent en partie réalisés ; des sources furent captées et donnèrent en eau fraîche et salubre 122,000 mètres cubes par jour.

Ce chiffre était loin d’être suffisant pour satisfaire à toutes les nécessités, mais la capitale dut s’en contenter, en présence des résistances des localités dont on dérivait les eaux, et qui prétendaient à bon droit, que nulle puissance, aussi autoritaire qu’elle fût, n’avait le pouvoir de les priver des éléments naturels que la Providence leur avait dévolus, rappelant que chacun a un droit absolu à l’eau, à l’air, où il a planté sa tente.

Les conditions d’apport d’eau aux maisons ne se trouvent encore accomplies que dans quatorze mille habitations particulières, et le résultat, acquis aujourd’hui, aurait exigé, d’après un rapport de M. Déligny, ingénieur et conseiller municipal, une dépense de cent quarante millions de francs.

Cette somme importante a, par les travaux qu’elle a permis d’accomplir, apporté la salubrité à 500,000 habitants sur les deux millions, qui existent à Paris.

Médiocre. Mauvaise.

Aujourd’hui la capitale reçoit pour tous ses besoins, la maison, la rue, les égouts, les fabriques, par 24 heures :

En temps propice... 370.000 m 3

En temps de sécheresse. 200.000

En qualité, les eaux se divisent ainsi :

Mauvaise. Médiocre. Bonne.

Eau de l’Ourcq. 105.000 » »

» de Seine. » 88.000 »

» de la Marne. » » 43.000

Puits artésiens. » 6.000 »

Eau d’Arcueil. » » 1.000

» de la d’Huys. » » 22.000

» de la Vanne. » » 100.000

»' de Saint-Maur. ». » 5.000

Ensemble. 105.000 94.000 171.000

Si on compare les relevés de 1854 et de 1877, on est heureux de constater que la quantité d’eau bonne, salubre et fraîche, qui n’était alors que de 2,100 mètres s’élève aujourd’hui à 171,000 mètres.

C’est un progrès très important au point de vue de l’hygiène, et, à ce titre, l’administration de M. Haussmann a droit à la reconnaissance des habitants parisiens.

La quantité d’eau de source étant insuffisante, songer à violenter les populations pour distraire, à leur détriment, le principal élément d’existence, était chose impossible avec les règles établies par le gouvernement de la République; il fallait donc pour Paris se résigner à suppléer à la disette constatée, en puisant à la Seine l’eau qui faisait défaut.

Ce qu’il fallait éviter, à tout prix, c’est que ces eaux, qui servent à la navigation, ne fussent souillées de matières organiques qui, en présence des sels de chaux qu’elles renferment en grand nombre, amènent une décomposition qui les rend dangereuses pour ceux qui les consomment.

Songer à conserver une canalisation spéciale pour les eaux de source, à en créer une autre pour celles de rivières exigeraient une dépense si considérable, qu’il y fallait renoncer. Aussi les eaux amenées, à grands frais, par M. Belgrand, seront à l’avenir mé-

L’EAU A PARIS

langées avec des eaux moins pures et moins fraîches. Tel le veut la nécessité.

Paris ne pouvait, dans sa situation actuelle, pour satisfaire à tous ses besoins, avoir à sa disposition, toutes les 24 heures, moins de 400,000 mètres cubes d’eau.

La différence d’alimentation à l’époque des chaleurs est fâcheuse, c’est alors que l’eau est le plus nécessaire, aussi l’administration municipale vient de décider que dans un avenir prochain, on prendrait à la Seine, à Maisons-Alfort, au moyen de machines élévatoires, un supplément de soixante-dix mille mètres cubes.

Lorsque les travaux seront terminés, Paris recevra chaque jour, sans égard des temps de sécheresse, les quantités maxima et minima d’eau suivante :

Miuima.

Ensemble. 160.000 384.000

Ces eaux sont de natures différentes, mais mélangées entr’elles, et filtrées avant leur consommation, elles présentent des conditions satisfaisantes pour la santé publique.

La qualité de ces eaux a été appréciée par les ingénieurs attachés au service municipal et par les hygiénistes.

Yoici les résultats de ces constatations :

Eau de la D'Huys. — Ces eaux sont médiocres, mais suffisantes pour les besoins industriels.

Eau de l'Ourcq. — Elles auraient été parfaites si elles n’avaient servi de canal de navigation ; dans l’état où elles se trouvent elles sont impropres aux usages domestiques.

Eaux de la Somme et de la Soude. — Ges eaux, agréables, salubres, limpides en tout temps, fraîches en été, tempérées en hiver, sont excellentes.

Eau de Seine. — Eau salubre, souvent infectée par les matières qui se déversent en amont de son cours et dans Paris ; se filtrant facilement, chaude et nauséabonde en été, froide en hiver.

Nous devons à l’obligeance de M. Figuier de pouvoir donner à nos lecteurs une vue au microscope de l’eau de Seine prise au-

Maxima.

Du canal de l'Ourq. 105.000

De la Seine. 158.000

Des puits artésiens. 12.000

De la D’Huys. 22.000

De la Vanne... 120.000

De la Marne. 43.000

dessous du débouché de l’égout collecteur d’Asnières ; qu’il veuille en recevoir toute notre gratitude.

Eau de la Loire. — Chargée, comme toute eau de rivière, de ma¬

tières organiques, mélangée de sable impalpable, probablement inférieure à l’eau de Seine à l’usage, mais renfermant à l’analyse les propriétés voulues pour une bonne eau potable.

LEAU A PARIS

Acide carbonique..

Azote.

Oxygène.

Chlorures.

Sulfate de chaux...

Carbonate de chaux

Acide siiicique.

Oxyde de fer.

Matière organique.

Les eaux de la Loire n’alimentent pas encore les fontaines de Paris ; le projet est étudié depuis 1860, et vient d’être approuvé par le Conseil municipal, neus avons cru bien faire en donnant ces renseignements qui hâteront, nous, l’espérons, la mise à exécution du projet.

Puits artésiens. — Excellente pour les usines, convenable aux services publics, et moyennant filtrage pouvant entrer en concurrence avec toute autre eau potable pour les usages domestiques.

Les eaux artésiennes se caractérisent par leur température qui s’accroît d’un degré par chaque 33 mètres de profondeur. Le puits de Grenelle qui a 747 mètres marque 28 degrés.

11 résulte de cette particularité que les corps sont toujours dissous, et que l’eau paraît, à la vue, plus pure qu’elle ne l’est réellement. Le puits de Passy donne des eaux chargées, par litre, de 0,141 grammes de principes solubles; celui de Grenelle 0,142. MM. Poggiale et Lanchen ont, en 1862, fait l’analyse des eaux des puits de Passy, en voici la teneur.

Carbonate de chaux. ... 0.064

» de magnésie.. 0.024

Acide siiicique.. 0.010

Carbonate de potasse. 0.012

» ferreux..,. 0.001

Sulfate de soude . ...i. 0.015

Chlorure de sodium. 0.009

Alumine. 0.001

Acide sulfhydrique. traces

Matière organique. traces

Ces eaux n’ont qu’un défaut, mais il est capital, elles ne sont pas aérées , et si oh les fouette au courant de l’air atmosphérique, elles sont indigestes.

La grande vogue, après 1830, des puits artésiens est passée, aucune ville ne songe plus à en creuser, celles qui en avaient les ont laissés dans le plus grand oubli, et si nos officiers, en Algérie, n’en avaient perpétué le nom, le puits artésien serait devenu un souvenir scientifique.

empruntée aux Merveilles de l’Industrie, par Figuiei rue St-André-des-Arts.)

artésien

En effet, lorsqu’il fut question d’organiser le service d’eau de Paris, il fut naturellement parlé de creuser une ceinture de puits artésiens, qui, sur nos grandes voies, comme autant de gigantesques fontaines, donneraient satisfaction aux besoins publics.

M. Dumas, alors président du conseil municipal, fit remarquer que Paris, pas plus que tout autre lieu du globe, n’était indemne des tremblements de terre : ces phénomènes étaient ici petits, il est vrai, mais les commotions éprouvées aux environs de Tours démontraient qu’une ville ne saurait assurer son existence par des moyens aussi problématiques que ceux qui, du jour au lendemain, peuvent trouver leur ruine.

Et en admettant que ces accidents ne fussent pas à craindre, les analyses chimiques qui avaient été faites à différentes époques des eaux jaillissantes d’un même puits n’avaient-elles pas démontré que leur composition s’était modifiée en un jour sans que rien ne l’indique, ce qui prouve que les eaux souterraines ne viennent pas d’un même courant, et qu’elles changent, se transformant suivant des circonstances, des conditions, qu’il ne nous est pas possible de connaître et encore moins de prévoir.

Ces eaux mélangées et filtrées, après un séjour dans les réservoirs et les conduites, sont potables et contenteraient Hippocrate, qui avait compris toute l’importance de cette question.

« Il faut, dit-il, avoir beaucoup d’égards à la nature des eaux, « examiner si elles sont claires ou bourbeuses, molles ou dures, .« c’est un point d’où dépend particulièrement la santé. »

Tissot, célèbre autant par ses conseils touchant l’hygiène que par son savoir et son talent de praticien, s’exprime ainsi à l’égard de l’eau :

« On doit choisir une eau de fontaine pure, douce, fraîche, qui mousse facilement avec le savon, qui cuise bien les légumes , qui lave bien le linge. » (Tissot, De la santé des gens de lettres, deuxième édition, Lausanne, page 196.)

M. Hallé, qui a, pour ainsi dire, créé la science de l’hygiène ; M. Nyster, qui fut son collaborateur et le continuateur de ses travaux; M. Ch. Londe et M. Rostan, médecins, qui se sont occupés des questions hygiéniques, professent une opinion semblable à celle des précédents, à l’égard des caractères d’une bonne eau potable.

Les sources sont des réservoirs inépuisables, elles jouent un

L’EAU A PARIS

rôle au moins aussi important souterrainement que les fleuves à la surface du sol.

On les rencontre en filets émergeant dans la plaine, sur le coteau, mais la plupart restent dans l’intérieur de la terre, elles sont plus ou moins abondantes suivant que l’année a été pluvieuse ; elles forment les nappes souterraines qui alimentent les puits.

Ces eaux, suivant la nature des terrains qu’elles traversent, sont bonnes à la consommation : c’est ainsi qu’il fut un temps à Paris où les puits fournissaient de l’eau potable ; mais depuis par la multiplicité de ses habitations, par la corruption des terres, soit par les cimetières, soit par les déjections de toutes natures, elles sont devenues dangereuses.

Le pouvoir dissolvant de l’eau pour les différents corps est considérable. Aucun n’est réellement insoluble dans l’eau ; s’il en est dont la résistance est grande, ce sera à l’aide d’une haute température, en vase clos, ou de haute tension que l’eau en aura raison.

L’eau dissout également l’air atmosphérique, elle dissout les deux gaz, qui la composentinégalement; aussi, suivant Gay-Lussac et de Humboldt, une eau bien aérée contiendra 32 pour 100 d’oxygène et donnera vie au règne amphibie.

Chaque maison de Paris contenait son puits, le dessin de celui du musée de Cluny indique qu’il était dans les mœurs de nos pères un ami domestique; que de soins apportés à sa ferrure, à sa margelle 1 c’était un vrai bijou de serrurerie.

Lorsque les eaux souterraines passent sous une couche de terrain imperméable, elles ne peuvent plus être capturées qu’au moyen d’un puits artésien, tels sont ceux de Grenelle et de Passy, qui ont 347 mètres de profondeur et un débit considérable, parce qu’ils prennent naissance dans des bassins abondants.

Les eaux s’élèvent suivant les lois hydrostatiques .; jaillissantes fi Paris, elles dispensent de toute installation de pompes.

Ces eaux, comme celles de source, ont les mêmes origines ; les couches perméables qu’elles traversent les filtrent et leur enlèvent les matières qu’elles tenaient en suspension.

Les fleuves, la Seine, la Marne, VOurcq, qui alimentent Paris, sont le résultat des eaux de pluies qui, au lieu de s’infiltrer en totalité dans le sol, s’écoulent à sa surface en ruisseaux, rivières, ou fleuves.

Ces eaux renferment les mêmes principes que ceux de source, elles se chargent de toutes lés molécules qui sont la conséquence

des actions mécaniques dues au mouvement et à la désagrégatio produite par la chaleur et le froid.

Fig. 3. — Puiis de Cluny. (Gravure empruntée aux Merveilles de l'Industrie, par Figuier.)

G est ainsique la proportion des matières solides, des sels,.des

L’EAU A PARIS

matières organiques est plus ou moins considérable, suivant que le cours d’eau parcourt des terrains imprégnés par ces corps ; c’est ainsi encore que l’une ou l’autre de ces matières étrangères forment entre elles des combinaisons nouvelles qui viennent dénaturer davantage la composition primitive.

La proportion des éléments solides, rapportée à 10,000 parties d’eau de Seine, est la suivante :

Gelée à 10°. 3.01

» à — de 10°. 2.76

Temps humide froid. 3.03

Pendant une crue. 2.00

» la neige... 2.07

Temps doux. 1.80

» humide doux. 1.50

Vents. 2.25

Ces matières solides donnent 65 pour 100 de carbonate de chaux, tandis que dans les eaux de la Loire cette proportion se réduit à 45 pour 100 ; aussi celles-ci doivent-elles dans un avenir prochain jouer un rôle à Paris : elles sont bien préférables pour son alimentation, et cela d’autant plus que la proportion d’acide carbonique n’est que de 4,1, alors qu’elle s’élève jusqu’à 14 dans les eaux de Seine.

Dans ces mauvaises conditions, les eaux, élevées de la Seine ou de la Marne, doivent être préalablement filtrées, si on veut qu’elles puissent servir convenablement à l’alimentation des habitants.

Les substances nuisibles qui se trouvent dans quelques-unes des eaux de Paris sont, suivant le temps et la saison :

Le sulfate de chaux ;

— — de soude ;

Le chlorure de calcium ;

— de magnésium.

L’azotate de chaux ;

Le sulfate de magnésie ;

Les matières organiques.

Aussi ces eaux sont crues et dures, elles décomposent le savon, sont impropres à servir de boisson et sont d’autant moins potables qu’elles proviennent des sources de Belleville, qui renferment jusqu’à 0 gr., 039 de matières étrangères.

L’eau de l’Ourcq, prise à son entrée dans la gare de Mareuil, analysée par Colin, avait fourni les résultats suivants:

Bicarbonate de chaux, etc. 0.107

Sulfates de chaux. 0.082

» de soude, de magnésie.. 0.031

Chlorures. 0.014

Acide silicique, oxyde de fer. 0.027

Matière organique azotée. indices

On le voit, cette eau convenait en tous points à l’alimentation ; on avait donc raison en 1816, de dépenser beaucoup d’argent pour obtenir 100,000 mètres d’eau potable, mais l’imprévoyance humaine est grande, et elle conçut le funeste projet de faire servir t\ deux fins le canal de l’Ourcq.

Une analyse faite quelque temps après convainquit qu’un pareil système, très utile aux intérêts de la navigation, dénaturait cette eau et la rendait tout au plus bonne au lavage des rues.

En effet elle recélait :

Bicarbonates de chaux. 0.158

» de magnésie. 0.075

Sulfates de chaux. 0.080

» de soude, de magnésie. 0.095

Chlorures. 0.113

Azotates. traces

Acide silicique, alumine, fer. 0.069

Matière organique. indices

Les mouvements de la navigation ont considérablemnt augmenté, depuis cette époque ; aucune analyse officielle n’ayant été faite depuis, à ma connaissance, des expériences officieuses ont eu lieu et prouvent que la qualité de ces eaux a considérablement empiré ; aussi a-t-on reconnu qu’elles ne peuvent servir à la consommation dans une grande partie de la capitale.

Prix de rexient du mètre cube d’eau. — Il ne faut plus compter sur la ressource d’amener de nouvelles eaux de source ; il reste pour Paris la possibilité de la dérivation des eaux prises dans la Seine et la Marne ou dans un autre fleuve, tel que la Loire ; dans ce premier cas, les eaux devant être élevées, coûteront fort chères, tandis que dans le dernier cas, elles arrivent naturellement, sans autres frais que ceux de créer et d’entretenir le canal de dérivation.

Les eaux de la d'Huys ont coûté pour être amenées à Paris,

L’EAU A PARIS

18 millions de francs, pour un débit de 22,000 mètres cubes, toutes les 24 heures, ou de 8,030,000 mètres cubes par an.

Les frais d’entretien de la conduite sont de 88,000 francs, l’intérêt et l’amortissement calculés, par les ingénieurs de la ville, à 5 p. 100 font ressortir le mètre cube à

en ne prenant seulement, ainsi qu’on doit le faire, comme élément de calcul, que la dépense d’entretien et supposant les frais de construction amortis, l’eau ne coûte que :

Les eaux de la Vanne. — Les frais de premier établissement de la conduite d’amenée ont été, pour 36,500,000 mètres cubes par an, de 40 millions de francs ; l’entretien est de 268,000 francs ; l’intérêt et l’amortissement sont de 2 millions. Le prix de revient de ces eaux est donc de

mais en supposant le capital, amorti, ce prix ne serait que :

Les eaux d'Arcueil. — L’administration ne nous fournit aucun renseignement ; mais sachant que la quantité arrivant à Paris est de 1,000 mètres cubes par jour, soit 365,000 mètres cubes par an, nous estimons qu’en moyenne le mètre cube de cette source coûte environ Ofr 007.

Ces eaux arrivent naturellement, sans le secours de machines, aux conduites de distribution.

Les eaux de l'Ourcq. — Leur prix de revient n’est pas évalué par l’administration; la ville étant propriétaire du canal et le cours d’eau compensant par le fait de la navigation qui s’y exerce, les frais d’entretien qu’il occasionne, les 38,325,000 mètres cubes qu’on lui emprunte sont considérés ne rien coûter.

Les puits artésiens fournissent 2,190,000 mètres cubes qui sont considérés également comme ne coûtant plus rien, la dépense de forage des puits se trouvant amortie.

Usine hydraulique de Saint-Maur. — Ces travaux ont coûté 7,989,41.8 francs, ils élèvent 14,079,381 mètres cubes. Les frais d’entretien sont de 97,759 francs par an. La dépense du mètre cube d’eau montée est donc de :

Si on distrait le coût de construction, on trouve :

Eau de Seine. — M. Couche nous donne les chiffres suivants :

Entretien. 0,0225

Intérêt du capital. . 0,0157

Coût du mètre cube.. :. 0,0382

d’où il résulte : que le mètre cube d’eau en Seine ou en Marne, coûte à peu près un tiers plus cher que celui d’eau de source, en amortissant, comme cela s’est fait pour le canal de l’Ourcq, les eaux d’Arcueil, et les puits artésiens, les frais de construction.

Les machines d’élévation utilisées à Paris, sont celles de Watt, les plus anciennement employées dans les mines. On se demande si, depuis un siècle, on n’a pas réalisé dans la fabrication des pompes, comme en toute autre industrie, des progrès qui auraient permis de substituer à ces vieilles machines de nouveaux engins plus perfectionnés, moins encombrants et moins coûteux. M. Poil- Ion, notre collègue, répondra à ce sujet lorsqu’il s’agira d’examiner la question de l’utilisatiqn des eaux d’égout à l’agriculture.

Il faut compter pour rien le coût d’installation ; les dépenses seules dont on doive tenir compte sont celles de chauffage et de main-d’œuvre de tous les jours. A plus forte raison doit-on rechercher des machines perfectionnées lorsque -l’économie d’acquisition s’ajoute à l’économie journalière pour leur faire donner la préférence.

Rassîns et réservoirs. — Si l’eau d’Ourcq, d’Arcueil, de Grenelle, du Nord, ne doit pas être élevée, celle prise dans la Seine à Chaillot, par exemple, à 30 et 30 mètres de hauteur, doit être refoulée

L’EAU A PARIS

dans les conduites, afin d’avoir une pression suffisante qui permette delà répartir dans tous les quartiers, notamment dans ceux où ne peuvent atteindre les eaux qui arrivent naturellement.

On compte à Paris dix-huit bassins ou réservoirs : huit alimentés par les eaux de l’Ourcq ; cinq par les eaux de Seine ; un par l’Ourcq et les eaux de Belleville, deux enfin par les eaux de Seine, d’Arcueil et du puits de Grenelle.

Gomme on le voit, par le système créé à Paris, les eaux de provenances diverses se trouvent plus ou moins mélangées uniformément entre elles, et si le résultat n’est pas d’excellente qualité, du moins il offre un liquide sain et salubre.

Le réservoir de Passy, l’un des plus curieux à visiter, construit en 1864, contient 25,200 mètres cubes d’eau dans trois bassins qui, surmontés par deux autres, contiennent 37,100 mètres cubes destinés à desservir cette partie de Paris.

Les réservoirs servent à compenser les irrégularités de l’approvisionnement, et de la consommation. En cas d’incendie, ils fournissent un volume d’eau suffisant à l’alimentation des pompes.

Ces bassins sont construits en tôle ou en maçonnerie. Les premiers pour les petits approvisionnements, les seconds pour les grandes distributions, enfoncés dans le sol, ou au moins recouverts d’une voûte qui abrite leur contenu de la gelée, des plantes, des poussières et des animaux aquatiques.

On divise, pour la solidité des constructions, les bassins en plusieurs compartiments, l’eau occupe les intervalles des arcades; le fond et les parois sont recouverts d’une forte couche de béton.

Les tuyaux d’amenée débouchent au fond des réservoirs, ainsi que les tuyaux de vidange; il se produit ainsi une décantation que l’on doit rechercher partout où on peut la réaliser dans des conditions simples et économiques.

Les bons réservoirs sont construits en maçonnerie, ils sont d’une très grande solidité. Ils devraient être tous couverts, de telle sorte que réchauffement de l’eau en été, la congélation en hiver, la chute de corps étrangers et flottants dans l’atmosphère n’y soient pas possibles. Malheureusement il n’en est pas ainsi, pour la plupart d’entre eux.

Dans le système en usage à Paris, un réservoir alimente un certain nombre de kilomètres de conduites, et si ces conduites n’absorbent pas continuellement l’eau qu’elles reçoivent, l’excédant se déverse dans une autre bassin qui se trouve dans une

altitude moins élevée et qui, à son tour, distribue ses eaux et celles qu’il reçoit directement à une autre canalisation.

Ce mode de distribution des eaux fait le plus grand honneur à nos ingénieurs; il a fourni ses preuves et il rendra des services d’autant plus signalés, qu’il sera plus complet, c’est-à-dire le jour où tous les conduits seront placés dans les égouts existants ou à construire, et que des colonnes montantes seront installées dans nos habitations.

Canalisation. — Sur la rive droite de Paris, existe une longue galerie suivant le même parcours que celui des anciennes limites de la ville, et allant de la Villette au parc Monceaux; de distance en distance, s’embranchent de grosses conduites qui descendent vers la Seine, la traversent et se relèvent sur l’autre versant.

Sur ces grosses artères, d’autres plus petites viennent se greffer et assurent la distribution dans les maisons, dans les fontaines.

Ces eaux partant de la Villette à la cote 31,99, descendent à la cote 23,24, et forment ainsi un écoulement continu entre le départ et l’arrivée.

La canalisation pour amener les eaux part des conduites maîtresses qui ont leur point d’origine aux réservoirs établis à Ménilmontant, à Montrouge, à Gentilly, etc., etc.

Suivant le rapport de M. Deligny, il manque, pour assurer le service local, 36,06 p. 100 de conduites secondaires et il ne saurait être question de les établir que lorsque tous les égouts seront construits.

En effet, les conduites s’y placent aisément et sans grands frais, leur entretien est facile, si une fuite survient on en connaît l’endroit précis et on y pare immédiatement.

Tout autre mode de conduite en cas d’accidents, affouille la rue, détruit la chaussée, compromet la sûreté des immeubles et exigerait un supplément de dépenses de 10 millions.

Les tuyaux qui serventàdistribuer l’eau dans Paris sonten fonte. Leur longueur varie de 2 mètres à 2 mètres et demie ; lorsqu’il n’est pas possible de les placer dans les égouts on les pose dans une tranchée qui a ordinairement l m 30 de profondeur. Suivant qu’ils sont placés en terre ou en égout, les tuyaux se jonctionnent soit par emboîtement, soit à l’aide d’une bague enveloppant les extrémités des deux tuyaux contigus.

Le joint estfait avec la corde goudronnée qu’on chasse, au moyen d un ciseau, puis, avec de l’argile détrempée, on forme un bour-

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relet en ayant soin de ménager un petit godet par lequel on coule du plomb fondu. Le plomb refroidi, on mate et le raccordement est effectué.

Avant leur emploi les tuyaux ont été essayés : c’est peut-être un des points en mécanique qui ait subi le plus d’expérimentations depuis trente ans ; cela se comprend, car c’est une grosse question que celle d’établir une bonne canalisation.

Pig. 4. — Tuyaux de conduite d’eau en fonte.

Pour ces travaux on n’emploie généralement que les tuyaux en fonte et quelquefois le tuyau dit Chameroi dont nous aurons à parler lorsque nous nous occuperons de la canalisation du gaz où ce dernier est presque exclusivement employé à Paris.

Le tuyau en fonte supporte sans difficulté une pression considérable, équivalente à celle de la différence de hauteur existant entre le réservoir et l’extrémité de la conduite; la matière résiste à plus de dix atmosphères de pression, les joints également ; mais ce qui résiste moins, c’est l’ensemble de la canalisation lorsqu’elle est placée à l m 50 sous terre : les trépidations occasionnées par les voitures changent continuellement sa position, rompent les raccordements si ce n’est quelquefois le tuyau lui-même.

Les petites conduites, car l’eau voyage dans des tuyaux qui di-

minuent, d’un diamètre d’autant moindre, qu’elle approche du but qu’elle a à desservir, sont généralement en plomb.

Le plomb présente à l’usage des avantages et malheureusement des inconvénients sur lesquels nous reviendrons lorsque nous traiterons de l’installation dans nos habitations des colonnes montantes.

L’eau peut se charger d’oxyde de plomb et devenir toxique, cette altération est d’autant plus énergique que cette industrie a fait plus de progrès. — Dans l’ancien temps, à l’époque de la domination romaine, on n’élirait pas le plomb, on lui laissait les quelques millièmes d’argent qu’il contenait, on le coulait, battait à la forge tel que la naturè nous le donnait, de telle sorte que son oxydation était bien plus difficile qu’elle ne l’est aujourd’hui où l’on ne se sert plus que du plomb bien séparé de l’argent qu’il renferme. Cette oxydation de l’eau a cependant une limite ; les parois du tuyau finissent par se couvrir d’une couche de carbonate de plomb et de chaux qui n’en est pas moins un poison à éviter.

Le plomb, pour les petites conduites servant à la distribution de l’eaù dans les appartements, suit facilement les sinuosités les plus diverses, et à ce titre il est recherché; on ne peut songer à faire ce qu’on exécute si facilement avec lui avec un autre métal, les tuyaux en fer, les tuyaux étamés ne donnent pas des bénéfices aussi considérables aux entrepreneurs pour qu’ils cherchent à substituer au plomb un autre métal remplissant mieux les conditions hygiéniques.

Les conduites d’eau, éprouvées à une haute pression, et dont les joints ont été bien faits, sont d’une durée illimitée, mais comme toutes choses, ici-bas, elles périssent à la longue.

L’écoulement amène l’engorgement des tuyaux, occasionne des concrétions, qui se déposent irrégulièrement en prenant la forme tuberculeuse.

Ces tubercules sont composées de couches variables ; les unes friables et pulvérulentes, les autres'très cohérentes, et offrant alors une cassure résineuse. Leur couleur est noire, tant qu’ils n’ont pas reçu le contact de l’air, mais après ils jaunissent en peu de temps.

Il est inutile de songer à l’emploi des acides pour le curage des conduites, et il est cependant bien difficile de concevoir un autre système pour les détruire. '

Des ingénieurs se sont occupés de cette grave question, et n’ont

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trouvé de palliatifs heureux, que dans le poli des surfaces intérieures des tuyaux.

Les incrustations des conduites à Paris, n'ont amené leur remplacement jusqu’ici, que dans une canalisation qui avait été établie en 4810 ; comme on le voit, on peut espérer une durée d’un siècle.

Les eaux d’Arcueil ont donné des obstructions fréquentes qui se composent, suivant Boutron, Charlard et Henry, de :

90 p. 100 de carbonate de chaux.

6 — — de magnésie.

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