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élasticité et le tassement du sol provoque de fréquentes ruptures.
Les joints en caoutchouc seraient parfaits et empêcheraient toute rupture, mais malheureusement ils ne valent rien, le gaz et les principes qu’il renferme exercent une action nuisible qui les rendent mous, faciles à déchirer et ne se prêtent plus à l’élasticité.
Les tuyaux en fonte se paient au poids, ils valent 18 à 20 francs les 100 kilogrammes, mais percés et jointés, il faut calculer leur prix à 22 francs environ.
Leur durée est illimitée, s’ils ne subissent aucune pression qui
Fig. 30. — Tuyaux en fonte.
puisse les faire rompre, et si on a eu soin de faire les rainures des conduites secondaires avec soin, si au moyen de la tarière on y creuse les trous pour y adapter le tuyau de plomb, an lieu du ciseau et du marteau ; enfin si on a eu soin de placer, bien à plomb, sur un terrain solide, le tuyau.
Tuyaux Chameroy . — La compagnie gazière a posé peu de tuyaux en fonte, malgré les avantages qu’ils présentent. En reprenant la canalisation, en 1856, elle a trouvé le tuyau Chameroy et elle en a continué l’emploi.
Sa préférence s’est basée sur le bas prix de revient à cette époque et sur l’avantage qu’ils offraient d’être moins sujets aux fuites de gaz
Les fuites de gaz étaient, il y a vingt ans, la ruine des établissements d’éclairage, il s’en trouvait qui comptaient jusqu’à 25 p. 100 de perte, c’est-à-dire que, des gazomètres au brûleur, on avait laissé en chemin le quart des produits.
Avec les tuyaux Ghameroy, on ne comptait, lors des essais de Sèvres, que 12 p. 100 et aujourd’hui on n’en compte plus que 8, c’est-à-dire que sur 241,345,324 mètres cubes, la compagnie a perdu et empoisonné la voie publique en 1880, de 19,547,628 mètres cubes, qui s’ils ne lui coûtent rien au gazomètre, lui auraient rapporté au prix moyen de 15 centimes, 2,932,143 francs.
Quand on le voudra bien, cette perte excessive deviendra bien moindre, il ne s’agit que de faire de bons joints, et il nous semble que si l’industrie, au mieux de l’hygiène publique, cherchait, elle trouverait, au lieu qu’aujourd’hui si des recherches sont faites elles le sont par de hautes personnalités, dont l’esprit et l’intelligence ne se sont jamais occupés sérieusement de la question.
Les fuites, par la canalisation proprement dite, ne sont que de 4 p. 100; les 4 autres doivent être attribués au compte des robinets, des compteurs, etc., de telle sorte que l’économie réalisée par l’emploi du tuyau Chameroy est de 8 p. 100 sur la conduite en fonte qui, cassant brusquement, donne des issues d’écoulement alors que le Ghameroy ne fait que se fendiller.
Il nous semble que le joint mâle et femelle dans les tuyaux de fonte est à conserver, mais qu’il pourrait être modifié, le faire plus large de telle sorte qu’il recouvre, comme une bague de caoutchouc, les deux bouts, et leur donne ainsi une plus grande élasticité. On pourrait encore les manchonner avec une bague de plomb-qui se visserait comme celles du système Ghameroy.
M. Denaut a étudié la question, il rappelle que M. Arson, dans un rapport qu’il fit à la Société des ingénieurs civils disait:
« Dans le joint au pli des tuyaux à emboutement, le plomb coulé n’adhère pas à la fonte, il ne fait pas joint; on n’obtient l’étanchéité que par le matage; or le matage n’agit pas loin, le plomb obéit au matoire ; la partie frappée seule se resserre et n’a qu’une petite étendue de plomb véritablement adhérente. Il est facile de concevoir que ce contact soit détruit parle plus petit mouvement dû au tassement des terres ou à leur variation de température. »
« Aussi a-t-on remarqué que les conduites posées le matin, découvertes le soir, ne présentent plus de joint. »
Les remarques qui précèdent, de M. Denaut sur la valeur desquelles aucun doute ne saurait se produire, résultent, du reste, des
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observations suivantes, lesquelles émanent également de la même autorité.
« Une conduite étant toujours posée à la température de l’air ambiant, quand on la recouvre de terre elle se contracte par le refroidissement et, Sur une grande longueur, l’influence de ce raccourcissement est très sensible. Il faudrait donc que les joints fussent disposés de manière que leur étanchéité ne soit pas modifiée par les changements de longueur des tuyaux. »
La puissance résultant de la contraction.ou de la dilatation du métal des tuyaux est tellement considérable qu’aucune force ne saurait lui être opposée utilement.
On sait, du reste, qu’en pratique l’allongement ou le retrait des tuyaux en fonte ne dépasse pas deux dixièmes de millimètre par mètre, soit au maximum huit dixièmes de millimètre par tuyaux
; TUYAUX fiSTTIERS DE .4 MÈTTCES EDVIB.OIT -
Fig. 31. — Tuyau Chameroy.
de 4 mètres. Ces effets alternatifs suffisent pour disloquer la bague coulée et créer des fuites.
M. Denaut propose l’emploi de tuyaux en fonte se plaçant bout à bout, reliés entre eux par une bague en plomb-; qui non seulement forme joint mais vient les recouvrir comme le ferait une rondelle de caoutchouc. Le collier en plomb adhère à la fonte dans laquelle on a ménagé des stries et sur lesquelles le plomb est écrasé par deux viroles en fer qu’on chasse et qui forment bague, dont on matte les extrémités.
Un joint bien fait, d’après M. Denaut, résiste à 20 atmosphères de pression.
La flexibilité du plomb, due aux formes ou dispositions du manchon, ne peut nuire, à la solidité de l’assemblage; l’inaltérabilité du plomb est hors de doute, quelle que soit la nature du sol où ce métal peut séjourner.
L’allongement a lieu dès que la contraction se produit ; quant à la dilatation, son effet est compensé par le bénéfice alternatif du rapprochement des tuyaux, de sorte que les changements de longueur [quels qu'ils soient ), sont sans aucun effet sur la solidité du joint.
Les mouvements du sol, les affaissements, le passage des lourdes charges, les coups de bélier qui compromettent toujours l’é-
tanchéité des joints au plomb coulé, sont ici sans conséquence. La flexibilité du plomb et la solidité de l’assemblage sont des garanties sufiisantes contre toute rupture ou altération quelconque du joint.
La malléabilité résultant de la forme du manchon a un avantage incontestable pour faciliter soit les changements de direction, soit la préparation des courbes.
Le remplacement d’un tuyau ne présente aucune difficulté, tout en évitant les frais toujours considérables qu’occasionne l’enlèvement d’un tuyau à emboîtement; il suffit de scier les manchons et de les remplacer.
Les tuyaux Ghameroy sont composés enfeuilles de tôle décapée inoxydables et rendus maniables par l’étamage, puis ils sont cintrés, rivés, et les joints remplis par un alliage de plomb.
Le tuyau, enveloppé dans de la toile, plongé dans un bain de bitume liquide, roulé sur du gravier, enduit, dans son intérieur, d une couche de bitume fin, est essayé à cinq atmosphères de pression.
Les joints font corps avec le tuyau, ils ne se voient pas et s’y empâtent.
Ges tuyaux ont généralement 4 mètres, ils sont légers, se posent facilement, les raccordements se vissent bout à bout et forment une canalisation qui.se prête, mieux que celle en fonte, aux oscillations du terrain.
L’invention Ghameroy date de 1838; ce grand industriel a cédé aujourd’hui ses travaux à M. Singly, qui continuera et améliorera ce qui a été si bien fait pendant 40 ans dans lesquels 65 millions de produits ont été fabriqués.
MM. Chameroy posent leurs tuyaux eux-mêmes; aussi ont-ils bien soin de les placer dans un terrain assaini, dont l’humidité et les vapeurs n’ont aucune action chimique destructive, puis ils les entourent d’une couche de sable qui rend perméable, ou d’une couche d’argile qui les garantit des eaux ; et placés dans ces conditions sur un terrain nivelé en pente, ces messieurs affirment que, leur durée moyenne à Paris est de 30 ans.
Le prix du tuyau bitumé n’a guère changé depuis 1838, alors qu’une diminution considérable du tuyau en fonte a eu lieu ; c’est une conséquence naturelle : le tuyau Chameroy est un produit où la main-d’œuvre joue le plus grand rôle, où la main d’œuvre s’élève continuellement;tandis que la fabrication du tuyau de fonte
n’exige, pour la majeure partie, que de la matière qui tend continuellement à. baisser.
Gomme on le voit, le tuyau bitumé ne peut plus rivaliser avec celui en fonte, quant au prix et quant à la durée; et si on fait la part qu’aujourd’hui il coûte ce qu’il coûtait il y a quarante ans, alors que le tuyau en fonte a diminué de moitié, il semble que son ère est terminée.
Mais il n’en est rien,la compagnie du gaz en continue son emploi, elle calcule : la pose en étant plus facile, les branchements avec les petites conduites meilleur marché, les pertes de gaz moindres; sauf des cas particuliers, qu’elle a intérêt à canaliser avec le système Chameroy; aussi les trois cinquièmes, sur 1,864,208 mètres dont se compose la canalisation de Paris, sont en tuyaux bitumés.
Tuyaux en plomb. — Le complément de la canalisation est le même que lorsqu’il s’agit de la conduite de l’eau, le tuyau en plomb vient se rattacher comme chez elle aux artères principales et conduit sous terre, et dans la maison, le gaz au brûleur.
Les inconvénients que nous avons signalés quant à son emploi pour l’eau n’existent pas pour le gaz, mais il donne lieu trop souvent à des explosions et à des incendies.
En général on fait trop économie sur le poids du tuyau en plomb, la torsion à laquelle il est soumis, dans sa pose, diminue d’autant son épaisseur et les fissures qu’elle prépare ne, sont que trop nombreuses pour laisser échapper, à travers leurs parois, du gaz qui vient s’accumuler dans les caves, dans les cavités, dans les endroits clos où il passe.
Le gaz s’y confine quelquefois longtemps, il ne manifeste pas sa présence, malgré son odeur caractéristique, parce que l’endroit est clos, mais l’explosion, l’incendie qui en est la suite, sont amenés un jour par un malheureux porteur d’une lumière, inconscient du danger que rien n’a dévoilé à ses yeux, ou bien, ce qui est plus grave, c’est le fait d’une combinaison chimique avec l’oxygène contenu dans l’air atmosphérique.
Pour parer à ces graves [dangers qui nous sont rappelés à tout instant, l’administration exige que les conduites soient apparentes.
C’est une excellente mesure qui peut toujours se réaliser pour la colonne montante, pour une conduite extérieure ; mais comment faire lorsqu’il s’agit de conduire le gaz des maîtresses conduites à la maison ?
Ces tuyaux passent sous terre et les fuites viennent remplir des cavités qui conduisent à d’autres et que nous ne connaissons pas.
Quand l’odeur se manifeste tout danger disparaît, on sait qu’il y a une fuite, or un des agents de la compagnie du gaz accourt et au moyen du cherche-fuile de M. Maccaud on répare le mal.
Le cherche-fuite de M. Maccaud consiste en un ajutage se trouvant à l’origine du tuyau conduisant le gaz à la maison, sur cet ajutage on adapte une petite pompe à main qui refoule de l’air dans toutes les conduites. Si la pression se maintient, ce qui est indiqué par le manomètre, il n’y a pas de fuite. Si elle ne se maintient pas, la fuite est facile à découvrir par le bruit que fait l’air en s’échappant.
La durée d’un tuyau de plomb est grande, et on peut, pour le bien de nos calculs, admettre qu’elle sera égale à celle du tuyau en fonte.
Des incendies considérables viennent d’avoir lieu par le gaz échappé des fissures de tuyaux en plomb. Des théâtres, de grands établissements industriels n’existent plus. Il aurait suffi pour parer à ces sinistres que de se servir de tuyaux en fer.
La conduite du gaz dans l’intérieur des habitations n’est pas, comme pour l’eau, d’une absolue nécessité ; bien d’autres luminaires peuvent lui être préférés ; le locataire riche choisira la bougie, celui moins riche se servira de la lampe Garcel, et tous deux, sachant bien que la lumière leur coûte cher, auront cet avantage inappréciable, de ne pas sé fatiguer la vue et de voir les couleurs sous leur véritable ton ; le locataire industriel qui a besoin d’éclairer ses magasins de vente, qui doit donner la lumière dans ses ateliers de travail, préférera le gaz, comme lui coûtant infiniment moins, et il en sera de même pour celui qui le consommera dans des machines' motrices.
On compte à Paris, disions-nous, près de 12,000 maisons qui utilisent le gaz sur les 70,000 qui existent, aussi la compagnie a compris que si elle prétendait brancher à ses conduites toutes les maisons, elle ne pourrait y arriver qu’autant qu’elle conduisît pour rien le gaz au bec.
Toute maison, riche ou pauvre, qu’elle soit le séjour d’un rentier ou d’un fabricant, a besoin d’éclairage dans les cours et dans les escaliers, et le gaz, pour ses applications, est une excellente chose.
Tout locataire, marchand ou fabricant, a besoin du gaz pour ses besoins.
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Lo propriétaire n’a aucune difficulté de monter des appareils de conduite chez lui.
Mais le locataire pour obtenir le gaz doit en demander l’autorisation à son propriétaire. Rarement cela lui est refusé, mais c’est pour lui une grande sujétion : il a des frais d’installation à faire dans un immeuble qui ne lui appartient pas, il n’a pas le droit de retirer les conduits, les robinets, à l’expiration de son bail, et il préfère, la plupart du temps, s’éclairer avec des huiles minérales, ou prendre au gaz portatif son approvisionnement, que de faire des frais irrécouvrables.
La compagnie du gaz a compris qu’elle était tenue de compléter sa canalisation, si elle voulait arriver à quintupler sa fabrication, il fallait profiter de l’opportunité que lui offrait la reconstruction du vieux Paris, et établir dans toutes les maisons neuves, réparées, une colonne montante, à ses frais, reliée par un branchement de canalisation, à celle de la voie publique et s’élevant jusqu’au dernier étage des maisons. A chaque étage cette conduite devait porter un robinet de service destiné à recevoir un tuyau de plomb pour conduire le gaz, aux frais des locataires, aux appartements, aux ateliers, aux machines, tout en éclairant cours et escaliers du propriétaire.
La compagnie du gaz dépense un capital par maison de 90 francs environ, et le propriétaire, pour conserver à son usage la conduite, doit s’engager pour lui et ses locataires à prendre une consommation égale à celle donnée par neuf becs de gaz.
La mesure d’un bec de gaz ordinaire est le bec choisi pour type de consommation de la ville de Paris, dit bec Bengel, en porcelaine et à 30 jets; la lumière de ce bec équivaut à celle d’une lampe Carcel brûlant 42 grammes d’huile à l’heure.
Si on calcule un éclairage moyen de 126 litres par heure on consommera par bec, et pour cinq heures d’éclairage, en moyenne 630 litres et pour 9 becs 5,670 mètres cubes, qui, multipliés par 360 jours, donnent 2,041 mètres cubes.
Le mètre cube coûtant 0,30, la compagnie gazière touchera par maison 612 francs par an, et pour 50,000 maisons restant à éclairer elle vise une vente de 30,615,000 francs.
Gomme on le voit, la recette à espérer est fort belle; les calculs de la compagnie mis en œuvre ont accru la vente de 25,531,449 mètres cubes en 1880, et ont porté les recettes de 55,619,588 fr. à 61.030,714,63 fr.
Gette plus-value, pour rester dans là vérité, n’a pas été acquise
par les abonnés seuls, leur nombre a progressé de 9,284 ; en 1879, l’éclairage public a augmenté ses appareils et les a portés de 41,921 à 49,154, mais, comme nous tâcherons de le prouver dans un chapitre de notre livre, la consommation du gaz à Paris est appelée à augmenter pour les usages domestiques et à diminuer pour l’éclairage de la rue.
Amortissement des conduites. — Les frais, les intérêts, l’amortissement du capital, jouent dans la canalisation d’un établissement à gaz, comme celui de Paris, un rôle prépondérant ; ils sont le sujet de la plus grande dépense dans le prix de revient du mètre cube de gaz ; aussi est-il intéressant, dans ce moment où une polémique s’est ouverte entre les chambres syndicales et la compagnie, que nous nous étendions sur cette partie de la question, sauf, bien entendu, à revenir sur les autres points, dans notre chapitre spécial intitulé : De l'éclairage.
Nous poserons en fait, malgré les chiffres de la compagnie, ceux établis par M. Martial Bernard, rapporteur de la commission du Conseil municipal, l’avis de M. Alphand, que le prix de revient fixé, ensuite des essais de l’usine de Sèvres, et qui servirent de base au contrat intervenu à cette époque entre la compagnie du gaz actuel et le Conseil municipal d’alors, établissent à bon droit que le mètre cube de gaz ne coûtait, au gazomètre, que 0,02 du mètre cube.
Il ne faut donc pas confondre, il y a deux opérations toutes distinctes, dans cette industrie.
La fabrication du gaz proprement dite qui coûtait, en 1855, 0,02 le mètre cube, comme nous le prouverons, ne coûte plus rien aujourd’hui ; la conduite du gaz au brûleur coûte le prix des intérêts et de l’amortissement du capital employé à la canalisation (1), les frais généraux, l’intérêt du capital.
Nous retiendrons, pour le moment, la canalisation, pour les frais de laquelle M. Martial Bernard compte une dépense de 3 1/2 centimes par mètre cube de gaz.
C’est, sur une vente de 344,345,324 mètres cubes, 12,052,083 fr. auxquels M. Alphand croit qu’il y aurait lieu d’ajouter les frais d’entretien, mais que, jusqu’à plus ample information, nous passerons sous silence.
(J) C’est une erreur de la part de M. Alphand d’établir au compte de la canalisation les frais de construction d’usines. Elles n’ont rien à y voir. Elles sont amorties, usées par le travail.de fabrication.
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Qu’il soit bien entendu qu’on ne peut songer à revenir, en fait de canalisation, à la libre concurrence, on ne pourrait sans danger, sans grand mécompte pour la viabilité de la voie publique, permettre à 6 compagnies par exemple, comme elles existaient à Paris en 1855, d’avoir chacune leur canalisation.
Il y avait à cette époque des sous-sols de rue qui formaient un damier de conduites allant dans tous les sens, aussi il n’y avait pas de semaine qu’ils ne fussent en réparation.
Dans une ville l’ordre est indispensable, les dépenses doivent être les moindres, et une seule conduite suffisant, il ne faut qu’un seul exploitant.
La canalisation, dans la ville de Paris, pour satisfaire aux besoins actuels, est évaluée avoir coûté, environ, en chiffres ronds 200 millions, qui se composent de gros, de moyens et de petits tuyaux ayant une longueur de 1,864,208 mètres.
Ce serait, comme on le voit, une dépense par mètre courant de
= 107 fr. 28.
Il faut remarquer que cette dépense de 107,20 par mètre courant que coûte dans Paris la canalisation n’augmente pas en raison directe de la quantité de gaz qui y passe. Les conduites maîtresses sont établies à Paris avec de grands diamètres, qui permettent un écoulement de gaz considérable dans vingt-quatre heures; le tout est de l’emmagasiner, car la distribution dans les conduites secondaires n’est pas continuellement la même, on consomme plus dans la soirée que la nuit, et plus la nuit que le jour, et la fabrication peut se faire régulièrement pendant les vingt-quatre heures, et produire toujours une même quantité.
Les lois qui régissent l’écoulement des gaz sont les mêmes que celles qui gouvernent les liquides: or il suffira à la compagnie gazière d’opérer comme le fait la compagnie des eaux, le jour où Paris exigera plus de 250,000 mètres cubes toutes les vingt-quatre heures, d’établir des canalisations par grandes artères, se reliant les unes aux autres, et qui. après avoir alimenté sur leur parcours les tuyaux secondaires, continueront leur chemin pour arriver au terme du parcours, pour se rendre comme l’eau, dans un gazomètre de 10 à 25,000 mètres cubes de capacité qui le dirigera à son tour sur de nouvelles conduites.
Les usines actuelles sont suffisantes pour fabriquer le double
de mètres cubes, les conduites le sont également pour les conduire au consommateur, ce qui restera à faire ce sont des gazomètres dans quelques-uns des quartiers de la ville, comme on a créé des réservoirs pour les eaux.
La consommation du gaz est actuellement de 280,000 mètres cubes, elle atteindra dans 10 ans 500,000 mètres cubes : nous pouvons, sans sortir des probabilités, calculer sur deux hypothèses, ce que coûtera le transport dans dix ans d’un mètre cube de gaz et ce qu’il coûte aujourd’hui.
Nous avons à tenir compte aussi de l’hypothèse de l’emploi des tuyaux en fonte et en plomb, cette canalisation étant estimée devoir durer 80 ans.
La canalisation en fonte et en plomb durant 80 ans demandera, pour son service d’intérêt et d’amortissement, 0,0511376 par franc, soit pour une dépense de 200 millions, 10,227,520 francs par an, qui répartis sur 250",000,000 de mètres cubes grèvent de 0,04 le mètre cube de gaz.
Cette même canalisation, augmentée des gazomètres de recueil et d’un complément de tuyaux que nous évaluerons à 10 millions de francs, soit une dépense totale de 210 millions, recevant 500 millions de mètres cubes de gaz, coûtera également pour l’intérêt du capital et son amortissement 0,0511356, soit 12,784,400 francs l’an, et par mètre cube 0,255.
Gomme on le voit, M. Martial Bernard a parfaitement calculé le coût de l’amortissement de la canalisation, en la portant à 3 centimes 1/2, alors que nous la calculons à 4 et à 2 centimes 1/2 en tenant compte, ce qu’il n’avait pas fait, des probabilités, de l’avenir.
Nous aurons à ajouter, dans une autre partie de notre livre, ce que coûtent les frais généraux, car, répétons-le encore, en dehors de la canalisation et de ces frais, le .gaz ne coûte rien, grâce aux découvertes chimiques qui ont donné une valeur plus grande aux sous-produits de la fabrication, c’est-à-dire aux déchets, qu’au produit principal; cette situation, rien ne prévoit qu’elle ait à cesser: en 1855, la compagnie exploitait peu les eaux ammoniacales et les goudrons, et cependant le gaz ne coûtait que 0,02 ; aujourd’hui son domaine s’est élargi, ces produits en ont fourni d’autres, dénommés sous le nom générique d’antliracine et qui fourniront à leur tour de nouveaux composés.
Si on considère que la perte moyenne d’une conduite atteint
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8 pour 100 de la quantité du gaz qui y passe, on conçoit que la question devrait être examinée de près, et alors on saurait, après essais, si M. Mille, ingénieur de la ville, compétent en la matière, a raison lorsqu’il avance que toute la solution est de placer les tuyaux dans les égouts, ou si on trouvera facilement, le jour où on le voudra bien, un modèle de canalisation qui ne laisse plus rien échapper.
Répétons que les odeurs de gaz sont plutôt de leur nature désagréables que nuisibles, c’est leur peu d’insanité au point de vue de l’hygiène qui a permis à la compagnie Parisienne de s’en préoccuper fort médiocrement, et si on joint à ce côté de la question celui que les actionnaires touchent de gros dividendes, pourquoi s’étonner de constater une perte de 8 pour cent de produits.
Le Conseil municipal, au point de vue de l’économie de son budget, doit se préoccuper de cette perte de 8 pour cent de produits, et s’il ne peut forcer la compagnie fermière à modifier les conduites, il exigera qu’on respecte mieux qu’on ne le fait ses plantations et le sous-sol de Paris.
Plantations. —■ Nous voyons régulièrement arracher les arbres qui bordent nos boulevards; parla nature du sol, parles fuites de gaz, il est démontré qu’un arbre ne peut vivre plus de 10 à 12 ans sur les boulevards intérieurs ; aussi les plantations des promenades sont dispendieuses pour les finances de la ville, voici ce que coûte un arbre planté sur la voie publique :
15 mètres de déblai à 4 fr. 60 fr. »
15 ■— de terre végétale à 4 fr. 60 »•
Tuteur. 1 50
Drainage. 11 15
Fontainerie. 2 50
Grille en fonte.. . 46 69
Transport do l’arbre ...... 2 »
Pose. 3 »
Corset en fer. 8 70
Fourniture de l’arbre.. . 5 »
Main-d’œuvre. 1 69
Total pour un arbre. 202 fr. 2.3
Soit en chiffres ronds 200 francs, et si on calcule qu’il y a dans Paris environ 103,650 arbres à 200 francs, ayant -produit une dépense de 20,730,000 francs, qu’il faut renouveler tous les douze ans, les contribuables seraient reconnaissants à celui qui trouverait un moyen efficace contre les fuites de gaz.
On ne peut songer à supprimer ces plantations qui sont indispènsables pour renouveler l’air vicié de la cité, tout en procurant l’ombre au nombreux public qui circule sur les voies magistrales de Paris.
Non seulement il y a nécessité de conserver les plantations actuelles de Paris, soit sous la forme de bois, de squares ou de plantations d’alignement, mais il est indispensable pour la santé de nos enfants, pour la nôtre et pour la beauté de la cité, de les compléter en en établissant dans les quartiers qui en sont encore déshérités.
Go dont on se plaint, ce sont les résultats du système appliqué par l’administration, nous l’avons déjà vue à l’œuvre; elle veut faire tout par elle-même, et dans l’occurrence nous rencontrons son personnel jouant le rôle de jardinier, comme nous l’avons vu s’appliquer au nettoiement des chaussées.
Ne rien laisser à l’initiative privée est un mode qui coûte cher aux finances municipales; un arbre, nous venons de le voir, vaut 200 francs ; à quel prix revient un arbuste, une fleur?
Si on en juge d’après le budget de la ville, le haut et petit personnel de surveillance coûte :
Haut personnel.'.. 143,900
Surveillance du bois de Boulogne. 58,650
— — Vincennes. 54,500
— des squares. 84,850
Salaire des cantiniers architectes. 11,870
Habillement et équipement des gardes. 47,000
Ensemble. 400,770
les frais de plantations s’élèvent à :
Entretien du bois de Boulogne. 473,000
Enlèvement de la glace des lacs.. . 55,000
Entretien du bois de Vincennes. 255,200
Entretien des monuments.... 616,300
Dépenses des pépinières et serres. 217,000
Ensemble. 1,016,509
Soit deux millions de francs, qui seraient mieux répartis, s’ils étaient alloués à l’industrie privée, qui se chargerait, à des clauses et à des conditions renfermées dans des cahiers de charge, d’entretenir tout aussi convenablement que ne le fait aujourd’hui l’administration, nos promenades publiques.
Il suffit à nos conseillers municipaux de visiter nos marchés de fleurs et d’arbustes, de se rendre dans les pépinières qui entourent
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Paris, pour se convaincre que ce ne seront ni les arbres, les arbustes et les fleurs qui manqueraient dans nos quares et nos promenades, et qu’il en ressortirait une économie considérable à en charger l’industrie privée ne laissant à l’administration que le seul rôle qu’elle doit conserver, celui de la surveillance.
Dans ces conditions ce sont des centaines de mille francs à économiser, qui peuvent être répartis dans les quartiers qui n'ont ni arbres, ni arbustes, ni fleurs.
L’entrepreneur qui s’obligera à entretenir continuellement en vie et bon état les plantations de la ville, aura soin de les garantir contre les accidents qui les font périr aujourd’hui, il sera soucieux que les émanations de gaz, par exemple, ne viennent plus les détruire, et la conséquence, à ce seul point de vue, ce sera une amélioration de l’hygiène de nos voies publiques.
l<e fleuriste de la ville est situé avenue du Trocadéro, dans les terrains du clos Georges, détachés du bois de Boulogne et remis par l’État à la ville avec cette promenade; on y accède par une petite avenue bordée, d’un côté, par la villa Lamartine, et de l’autre, par la propriété de madame Erard. La visite des serres, qui a lieu tous les jours de une heure à cinq heures en hiver, et à six heures en été, est entièrement gratuite.
Ce jardin fleuriste a été fondé en 1855. Outre les logements et les bureaux du conducteur chef du service et des principaux chefs de culture, qui doivent demeurer à côté des serres, il comprend une orangerie, une serre à multiplication, une serre dite de sevrage, dix-sept serres de dimensions diverses, dix-huit petites serres pour l’éducation des plantes annuelles, couvrant ensemble «ne surface de 6,867 mètres; une surface de 5,000 de châssis de couches ; un hangar pour les tulipes ; divers bâtiments de service et 6,587 mètres de jardin pour la culture des plantes de plein air. Le fleuriste contient, en outre, de vastes caves établies dans les anciennes carrières de Passy, au-dessous du clos Georges.
Le fleuriste de la ville jouit d’une réputation méritée dans le monde horticole. Il possède des jardiniers venus de tous les pays. Il peut produire par an trois millions de plantes environ. Cet établissement a rendu de grands services à l’horticulture, en vulgarisant l’emploi des grandes plantes colorées très décoratives qui n’étaient pas acclimatées dans notre pays.
Il a obtenu ce résultat à peu de frais, par suite des échanges qu’il fait avec tous les établissements horticoles étrangers. En
outre, des voyageurs revenant d’Australie, de Chine, de Gochinchine, du Japon, etc., lui ont fait des dons nombreux et importants.
Pour l’élevage des arbres et arbustes nécessaires aux plantations de ses avenues et de ses grandes promenades, la ville possède, en outre, trois pépinières. Deux sont situées dans le bois de Boulogne, l’une, près la route d’Auteuil, l’autre, dans la plaine dé Longchamps. La promenade produit des arbres et arbustes feuilles persistantes, nécessaires à l’ensemble du service ; la deuxième est destinée à l’élevage des arbres et arbustes de toute nature à feuilles caduques, la nature argileuse du sol de la plaine de Longchamps étant très propre à la végétation de ces plantes.
La troisième pépinière était située à Bry-sur-Marne, et avait surtout pour but l’élevage dès grands et beaux arbres destinés aux avenues et aux boulevards. Cette pépinière va être transférée, ainsi que les serres de la Muette, au Fonds-des-Princes, qui, comme on le sait, n’est séparé du bois de Boulogne que par la route de Saint-Cloud.
M. de Lanessan avait formulé au sein du conseil municipal un projet de réorganisation du jardin de la ville de Paris.
Ce projet était ainsi conçu :
Le jardin de la ville de Paris prendra le nom d 'École municipale d'horticulture de la ville de Paris .
Cette école sera organisée sur les bases suivantes :
1° Culture, multiplication, acclimatation de toutes les espèces ou variétés de plantes utilisées dans l’ornementation, l’industrie, l’économie domestique, la médecine, etc. Des échanges de ces plantes seront faits, sur la plus large échelle possible, entre l’école de la ville, d’une part, et, d’autre part, les établissements français ou étrangers analogues, les horticulteurs, les amateurs, etc., de façon à se procurer et à répandre le plus grand nombre possible de sujets.
2° Culture de toutes les plantes, arbustes, arbres nécessaires à l’ornementation des promenades, avenues, squares, etc., de la ville de Paris.
3° Toutes les plantes cultivées dans l’école d’horticulture (espèces, variétés) seront conservées en herbier dans un musée annexé à l’école.
Chaque échantillon sera accompagné d’une note indiquant : 1° le .nom du genre, de l’espèce, de la variété; 2° les noms des espèces,
LA EUE
variétés ou sous-variétés qui ont servi à produire l’individu mis en herbier; 3° le lieu de provenance de l’échantillon, etc.
11 n’existe encore nulle part d’herbier de ce genre. Dans un petit nombre d’années, les collections de la ville offriraient un intérêt tout exceptionnel, non seulement pour les savants, mais encore pour les horticulteurs.
4° On réunira dans le musée de l’école d’horticulture tous les produits végétaux utiles à divers titres, tels que fibres textiles, matières tinctoriales d’origine végétale, bois de construction, de menuiserie, d’ébénisterie, etc., gommes, résines, etc.
A côté de chaque produit, on placera un échantillon facile à voir de la plante qui fournit ce produit, avec l’indication de son nom, du lieu de son origine, la possibilité ou non de son acclimatation, etc.
5° Tous les ans il y aura dans l’école d’horticulture une exposition publique à laquelle pourront prendre part gratuitement tous les jardiniers, amateurs, établissements publics, etc.; français et étrangers.
6° Un enseignement de botanique pratique, d’horticulture, etc., sera fait dans l’école municipale.
Les élèves qui suivront cet enseignement pourront demander il subir des examens, à la suite desquels des diplômes leur seront délivrés.
7° Le jardin, le musée et les cours d’horticulture seront librement ouverts au public.
On mettra des salles de travail à la disposition de toutes les personnes qui désireront étudier les plantes vivantes ou les échantillons conservés dans le musée.
8° Les élèves des écoles municipales seront conduits par leurs maîtres, h des jours déterminés, dans les jardins et le musée de l’école d’horticulture, où des explications pratiques leur seront fournies par les employés et les professeurs de l’établissement.
9° L’administration des travaux sera chargée de la direction de l’école.
Elle sera assistée d’une commission spéciale nommée par le conseil.
Un étranger, en lisant le programme tracé par M. de Lanessan, se demanderait si la ville de Paris ne dépend pas du gouvernement de la France; et s’il lui appartient bien de s’accaparer du rôle que lui seul a le droit de prendre. L’instruction, les exposi-
tions, les concours, les invitations aux institutions provinciales et étrangères sont du domaine de l’État, la ville de Paris devant s’en tenir à cultiver les plantes et les arbres pour ses besoins propres et ne pas sortir de ses attributions municipales qui veulent que les dépenses comme les recettes soient exclusivement afférentes aux intérêts de sa population.
lie Jardin »ies Plantes. — Ce qu’on ne s’explique guère, c’est la création d’un jardin particulier pour la culture des plantes, alors que Paris possède celui qui fut créé en 1826 et avait pour but de procurer aux hôpitaux et aux maisons hospitalières des herbes médicinales.
N’aurait-il pas été plus simple de demander au Jardin des Plantes qui emprunte les spécimens des arbustes et des plantes £du monde entier, d’en propager certaines espèces pour les besoins de l’accumulation de la capitale?
On aurait réalisé de grandes économies chaque année ; et nous persistons à croire que les ingénieurs de la ville n’ont pas les aptitudes des jardiniers du Jardin des Plantes, des professeurs du Muséum dont les cours publics sont suivis par des élèves qui nous viennent de tous les pays.
lies urinoirs. — L’administration a-t-elle été assez malheureuse, toutes les fois qu’il s’est agi de la construction de kiosques destinés à répondre aux exigences naturelles du sexe masculin 1 11 faut toujours en revenir aux célèbres colonnes Rambuteau, qui sont le chef-d’œuvre du genre. Les odieux habitacles en fonte que l’on a placés sur la plupart de nos boulevards et avenues sont incommodes, laids d’aspect et condamnés par le public. Nous ne parlons pas de ces petits édicules carrés où l’on peut à peine pénétrer et dont quelques spécimens se voient dans les quartiers éloignés. Ceux-là sont tout simplement hideux.
L’administration est toujours en quête d’un nouveau système plus élégant et plus commode que tous ceux qui ont été installés sur divers points de Paris. Le kiosque lumineux qui vient d’être adopté par M.le préfet de la Seine ressemble exactement, par ses dimensions et sa partie supérieure, aux kiosques des marchands de journaux. Seulement, il est divisé, dans sa partie intérieure, en cinq secteurs, dont trois sont séparés par des cloisons d’ardoises et déguisés aux regards des passants par un écran, à peu près comme les appareils du Théâtre-Français. Deux compartiments
LA RUE
faisant face au trottoir sont munis de portes et servent de resserre pour les outils de cantonniers et les balayeurs.
M. Alphand a pensé avec nous que les ressources offertes aux entrepreneurs de publicité par les nouveaux kiosques étaient assez avantageuses pour que la Ville pût mettre à la charge d’un concessionnaire la construction et l’entretien de ces appareils.
Quand donc pensera-t-on à faire pour le sexe faible en France ce qu’on crée partout pour le roi de la création ? Quand donc nos malheureuses compagnes pourront-elles satisfaire au besoin de la nature le plus criant et le plus impérieux de tous ?
Espérons que tous nos conseillers municipaux sont mariés, chargés de famille, et qu’à l’appel des leurs, ils ne tarderont pas à voter une mesure aussi humaine, aussi utile que celle d’établir dans nos rues de Paris des water-closets non plus exclusivement à l’usage des hommes, mais aux deux sexes.
En attendant, pour arriver promptement à cette mesure essentiellement hygiénique et humanitaire, nous rappellerons ce que Liebig disait :
« Les peuples les plus civilisés parcourent le monde en enlevant « partout, à leur profit, les os, le guano, les tourteaux, les blés, « les bestiaux, les racines, les fruits, et nous les voyons insou- « c.ieux du lendemain, rejeter dédaigneusement les immondices.
«Ces nations absorbent déplus en plus, et restituent de moins « en moins. Le premier devoir de ces peuples civilisés est de met- « tre un terme à un pareil acte de vampire ou de rapine. »
Cette imprévoyance, qu’il s’agit de corriger, la ville de Paris y songe, les travaux qu’elle exécute pour amener à l’agriculture, par voie d’irrigation, les détritus de sa population,- en font foi.
Nous avons traité déjà la question (1), et parmi les détritus de chaque jour rejetés aux égouts, nous trouvons 1,600,000 litres d’urine.
On calcule que la moitié des urines produites est déversée sur la voie publique, et qui si elles pouvaient être traitées au point de vue d’en recueillir l’ammoniaque, sous la forme d’un sel, les urines rendraient à l’agriculture des services plus grands que par voie d’irrigation.
Chaque litre d’urine fournit 6 gr ,220 d’ammoniaque, ce serait
(1) Des Eaux d’égout et de Vidanges , leur utilisation à l’agriculture par irrigation daus leur parcours jusqu’à la mer.
donc 4,996 kilogrammes qui convertis en sulfate au prix de 50 cent., augmenteraient considérablement notre richesse agricole.
Cette idée de traiter les urines abandonnées sur les voies publi-' ques n’est pas nouvelle : nos meilleurs chimistes s’en sont occupés, mais la difficulté de les recueillir n’a pas jusqu’à ce jour permis d’en faire l’objet d’une fabrication industrielle.
Leur récolte n’a pu, en effet, s’effectuer que dans les fabriques, les établissements hospitaliers, les casernes où on installait des tonneaux à des endroits indiqués.
Ces vases ouverts sur un de leurs côtés, et dans lesquels chacun des habitants était obligé d’aller uriner, se voient encore sur quelques points de Paris.
Ce moyen fort simple d’amasser les urines est possible pour un endroit où règne la discipline, tel qu’une fabrique, une prison, mais sur les voies publiques de Paris où chacun va où bon lui semble, les uns dans les urinoirs qui existent, la plupart au coin de la borne, if n’est pas praticable.
Aussi dans une ville, comme Paris où la production des urines s’élève chaque jour à 800,000 litres, et où les lois delà décence, de l’hygiène, sont à peine respectées, si on trouvait un système pouvant amener des résultats analogues à ceux obtenus dans quelques-uns de nos établissements publics, on réaliserait une bien grande amélioration.
Ce qui manque ce sont des urinoirs.
Un urinoir doit Être à l’abri des indiscrétions, il faut qu’il soit pourvu d’eau, afin que les émanations ammoniacales ne puissent, en se dégageant atrophier l’atmosphère.
Les urinoirs tels que nous les voyons sur nos boulevards, sur nos places publiques, etc., présentent ces conditions, mais ont l’inconvénient de perdre les urines.
Un inventeur avait proposé que ces urinoirs fussent munis d’un appareil diviseur. Ils continueraient à recevoir un courant d’eau lorsque personne ne s’y tiendrait ; dans le cas où un visiteur en userait, il se placerait sur deux semelles à bascule, le mouvement * de son poids ferait, par mécanisme, arrêter l’écoulement d’eau, ouvrirait une communication avec une fosse mobile, où l’urine pourrait être recueillie.
Gomme on le voit, le problème était non seulement d’inviter le visiteur à entrer dans la pissotière, mais encore d’empêcher que l’eau ne puisse se mélanger avec la matière.
LA. RUE
L’appareil imaginé, bien conçu théoriquement, avait le défaut de ne pas être pratique; les moyens mécaniques, le jeu des pédales, des organes, pour intercepter l’eau au moment précis de la présence du public, ne fonctionnèrent point.
La question fut reprise, d’autres laissèrent de côté les appareils mécaniques et proposèrent d’établir à Asnières, à l’aval du collecteur, une usine d’épuration et de concentration des urines, qu’elles fussent peu ou point étendues d’eau.
Ils proposèrent de les recueillir en les amenant par une série de tuyaux placés dans les égouts.
L’urine contient :
Eau. 9,330-
Matières organiques. 0,485
— minérales... 0,185
Total. 10,000
Pour recueillir les principes utiles (0,670), il faut éliminer d’abord 9,330 parties d’eau, c’est un des inconvénients graves de la fabrication actuelle., inconvénient qui se centuple si on laisse arriver des eaux étrangères.
M. Lechatelier et d’autres ingénieurs et chimistes, se préoccupant de la question, conseillèrent, pour ces urines diluées, leur traitement préalable par le sulfate d’alumine : ces moyens essayés ne purent résoudre le problème.
MM. Renard et Frontault proposent aujourd’hui de traiter les urines par la congélation, leur température à peu près "constante serait assez économique, croient-ils, pour ramener les liquides dans les conditions ordinaires. Ces essais qui reposeraient sur une idée théorique n’ont pas encore été faits, aussi la question est-elle restée entière; la fabrication du sulfate d’ammoniaque n’attend pour être enfin accomplie qu’un nouvel inventeur.
Aucune des dispositions qui constituent les urinoirs ne satisfait le public. Il faut à Paris, pour le desservir convenablement, la création de quatre mille de ces petits édicules, il en contient à peine 700 répartis comme suit :
30!) colonnes en maçonnerie.
29 urinoirs en fonte.
246 — à 2 stalles.
125 — en ardoises.
Le rambuteau permet au visiteur d’uriner à peu près où bon lui
semble, mais présente le grave inconvénient de manquer aux convenances.
Le kiosque est un abri pour les gens obscènes et devient le réceptacle d’immondices.
Les stalles ne peuvent s’aménager partout. Ce que nous rêverions, ce serait un réduit de deux places, un candélabre pour l’éclairage, un écran pour que le passant ne puisse être incommodé, un pourtour réservé pour l’affichage, l’intérieur étant destiné aux réclames, qui ne devraient jamais, pour l’honneur de la grande ville, venir étaler leur honteux métier au grand jour.
Les dimensions de ces water-closetsdevraientêtre telles que l’on puisse y satisfaire, au besoin, ses grandes comme ses petites commodités.
Ce rêve peut-il se réaliser? Nous ne voyons pas d’impossibilité réelle, nous voyons bien, il est vrai, que ce que nous demandons exigera un emplacement plus grand, mais si la question était posée, nous croyons qu’elle se trouverait résolue par l’un ou par l’autre de nos architectes, et que dans les grands boulevards, les avenues, nous pourrions avoir de ces cabinets inodores.
Sous la chaussée, une cuvette en maçonnerie cimentée recevrait les matières, l’eau du lavage s’écoulerait dans le ruisseau de la chaussée, le récipient serait en relation directe, au moyen d’un conduit en grès, avec l’égout.
Dans le cabinet ce serait une cuvette en fonte émaillée blanc, qui embrasserait toute la largeur. Quand le visiteur entrerait, le plancher en fonte se lèverait, le conduit s’ouvrirait et se fermerait, de telle sorte que l’eau qui lavait la cuvette et qui s’écoulait dans le ruisseau s’arrêterait, pour laisser aux matières le chemin du récipiënt et s’en aller avec elle.
s^a desserte. —Plus nous avançons dans l’accomplissement de l’œuvre que nous avons entreprise, plus nous nous apercevons qu’elle comporte un horizon étendu qui laisse bien loin derrière nous ce que nous écrivions dans notre première édition.
Partout nous aurions à décrire ; partout nous aurions à appeler l’attention de tous ceux qui ont à cœur de rendre Paris le lieu le plus sain à habiter de notre globe.
Aussi nous nous demandons pourquoi la police est-elle aussi peu soucieuse des mauvaises odeurs ; ses agents qui se promènent continuellement sur nos trottoirs sont aux premières loges pourles respirer, et il suffirait qu’ils dussent, partout où une bou-
LA RUE
tique, un évent, le soupirail d’une cave frappe par les émanations qui s’en échappent leur odorat, dresser procès-verbal, faire rapport, faire frapper par la loi ces malhonnêtes gens qui n’ont pas honte de vendre de la marchandise pourrie.
Nous demandons la même répression lorsque nous voyons passer devant nos yeux des charrettes couvertes et renfermant les déjections des cuisines, des restaurants et des gargotes de Paris.
Ces immondices renfermées dans des tonneaux émanent les odeurs les plus nauséabondes : ce sont des graisses, des dessertes de fable, des débris de viandes ; tous les bénéfices du garçon de cuisine, qui ont une certaine valeur !
On ne peut demander leur rejet à l’égout, mais ne peut-on obliger ceux qui les vendent comme ceux qui les achètent, de les transporter dans des récipients clos et couverts, analogues à ceux qui contiennent les résidus solides de nos cabinets d’aisances et les porter à la voirie.
Ce ne sont pas les ordonnances rendues par les prévôts et par les préfets qui manquent ; une des plus récentes celle du 1 er septembre 1853, s’occupe tout particulièrement de cette question. Pourquoi, nous demanderons-nous, ne pas l’appliquer?
En résumé : il dépend de la municipalité de la ville de Paris, si elle veut rendre indemnes de toutes odeurs les rues, les voies publiques, de compléter les égouts et les conduites d’eau.
Il reste 40 kilomètres d’égouts à construire, le tiers de la cité manque d’eau, ce sont de grands travaux ; dans cinq ans au plus on peut les accomplir, et, pendant ce temps, affranchir de toutes épidémies, les uns après les autres, les quatre-vingts quartiers qui composent Paris.
Si on doit en juger parles mêmes conclusions renfermées dans un rapport qui vient d’être déposé au conseil municipal de Paris, par M. Déligny, nous sommes loin encore de voir la cité recevoir l’eau qui lui est nécessaire, et posséder les égouts qui lui sont indispensables pour assurer son hygiène.
En effet, M. Déligny propose que le préfet de la Seine soit autorisé à émettre en cinq ans des obligations de la Ville de Paris, remboursables en 60 années, en vue de se procurer le capital de 150 millions nécessaires : 1° pour porter à un million de mètres cubes le volume d’eau à distribuer chaque jour à Paris; 2° pour achever les égoûts nécessaires à la canalisation des eaux et 3° pour épurer les eaux de ces égouts.
Des délibérations du conseil municipal, prises après l’adoption des projets de travaux, détermineront chaque année le nombre des obligations à émettre et le taux de l’émission.
Le produit de la vente des eaux de la Ville aux particuliers sera spécialement affecté au payement de l’intérêt et de l’amortissement de ces obligations.
L’ensemble de ces 150 millions s’établit comme suit.
Sommes nécessaires pour achever les travaux en cours d’exécution. 24,000,000
Dérivation de 140,000 mètres cubes d’eau de source à Paris, à
raison de 400 fr. en capital, par mètre cube. 56,000,000
Élévation des 300,000 mètres cubes d’eau de la Seine et de la Marne en utilisant en partie les canalisation et réservoirs actuels. 30,000,000
-, Achèvement des égouts indispensables pour recevoir les con¬
duites d’eau destinées à assurer la distribution dans Paris, et l’épuration des eaux de ces égouts. 40,000,000
Depuis que nous nous occupons de, cette question, nous ne cessons de dire que l’on cache la situation réelle hygiénique de Paris aux membres du conseil municipal.
. Est-ce ignorance? nous ne pouvons l’admettre, les ingénieurs chargés de ce service sont trop au courant pour se tromper.
M. Déligny dit, l’eau amenée à Paris a coûté 300 millions, or nous avons en ce moment 370,000 mètres cubes parj jour, et par an 135,050,000 mètres, c’est donc une dépense de 2,21 par 1,000 litres d’eau.
Il faut, et c’est le préfet qui enfin a le courage de le dire,
1 million de mètres cubes d’eau par jour à Paris ; ne serait-il pas plus prudent de fixer le prix de 2,995,000 mètres manquants à 2 fr. 21, ou à-une dépense de 66,189,500 francs, que de raisonner sur des éventualités.
Si ces dépenses produisent, tant mieux ; mais sur quels chiffres reposent les calculs de la commission, lorsqu’elle évalue à 80 ou 85 francs ou 5,535,800 francs.la dépense. Il manque 400 kilomètres d’égouts, il manque donc, en admettant un conduit pour les eaux potables dans chacun d’eux, 400,000 mètres de tuyaux ; il faut remanier bien des souterrains actuels, il faut de nouvelles machines élévatrices.
Les recettes, pour couvrir une dépense aussi considérable, sont progressives, en raison de l’obligation de recevoir les eaux par les propriétaires qui n’ont pas h recevoir ou ne pas recevoir, le
LA RUE
propriétaire n’a pas ce droit facultatif, la prise d’eau doit être obligatoire et ce au nom de la salubrité publique ; alors ce ne seront plus les chiffres de 6,000,000 chaque année, ce seront celles correspondantes à la quantité d’eau qui arrivera journellement àParis, et s’il- est vrai que la moyenne d’habitants par maison est de 30..., s’il est vrai que nous aurons bientôt 70,000 maisons, et que chacun des habitants consommera 200 litres d’eau par jour, ce sera 200 X 30 X 134,300 X 363 p. = 76,630,000 mètres payés à raison de 100 francs deviendront une recette annuelle, d’après les données administratives, de 13,430 millions de francs.
LE PARIS SOUTERRAIN
Au-dessous de Paris, cette ville bruyante, pleine.de vie, de mouvement, existe une.
autre cité obscure, étroite, ignorée, mais non moins importante.
lies catacombes. — 11 est peu de grandes cités qui n’aient sous elles des catacombes. Paris, comme Rome, a les siennes.
Les catacombes de Paris ne remontent pas, comme celles de Rome, à une antiquité reculée ; et elles ne renferment pas, comme les catacombes de la vallée du Nil, les corps des anciennes populations conservés par l’art de l’embaumement, sous forme de momies.
Les catacombes de Paris ne sont autre chose qu’une partie des anciennes carrières, qui après avoir fourni les matériaux de construction de tous nos édifices, sont devenues un ossuaire. Elles ne renferment aucun corps entier, mais une énorme quantité d’ossements humains, de toute nature et de toute provenance, entièrement .confondus, à l’exception d’un certain nombre que l’on a réunis et groupés sous la dénomination commune du cimetière d’où ils ont été transportés.
Les catacombes ne datent que du 3 novembre 1785. Les travaux furent poussés avec la plus grande activité, et au bout de quelques années on y avait porté tous les ossements des cimetières de Paris.
Tous ces débris humains, à mesure de leur translation, furent empilés symétriquement le long des galeries et l’on évalue à plus de trois millions le nombre des cadavres dont les ossements ont été ainsi déplacés.
On a poussé la recherche jusqu’à décorer les cryptes à l’aide des ossements eux-mêmes : on a fait des guirlandes de crânes, dëk encadrements de tibias entrelacés mais artistiquement la tentative est manquée. L’effet produit est des moins heureux.
L’aération des catacombes se fait d’une manière simple et peu coûteuse. Les puits des maisons situées au-dessus descendent
LE PARIS SOUTERRAIN
plus bas que les carrières et forment, à la traversée du vide excavé, autant de tours isolées. On a percé la maçonnerie de ces puits de manière à établir une communication avec l’air extérieur, et ces regards , qu’on peut ouvrir ou fermer suivant les besoins, permettent de régler l’arrivée de l’air dans les galeries.
Quant aux puits ou escaliers de service qui permettent de descendre dans les catacombes, ils sont au nombre de soixante-trois, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de Paris. Les plus nombreux sont situés dans les faubourgs Saint-Marcel, Saint-Jacques et Saint-Germain, et à Chaillot. Toutefois ces puits de service ne sont pratiqués que par les ouvriers et agents chargés de l’entretien des catacombes. Les visiteurs sont admis seulement par un escalier qui s’ouvre à la place d’Enfer, dans la cour de l’ancien octroi, et qui compte quatre-vingt-dix marches.
Les galeries souterraines portent les noms des rues de Paris, dont elles reproduisent le tracé, de sorte qu’on n’a pas, dans les catacombes, d’accidents à craindre.
Les catacombes n’occupent qu’une partie du vaste système de vides qui s’étend sous Paris. L’espace est d’environ dix à douze mille mètres carrés. Mais le public étend cette dénomination à l’ensemble des carrières souterraines couvrant, plus de quatre millions de mètres superficiels.
On comprend les difficultés que doit présenter la construction d’un édifice de quelque importance reposant au-dessus de ces vastes excavations. Pour s’en rendre compte, il suffit de quelques exemples.
L’aqueduc d’Arcueil, construit par Marie de Médicis en 1613, dut être établi, en partie, sur des carrières très anciennes.
Par les infiltrations, les fentes d’eau, les tassements et les.affaissements qui en furent la suite, l’ébranlement d’une partie de l’aqueduc et l’inondation de toutes les carrières nécessitèrent, en 1777, des travaux considérables et très coûteux.
La .présence des catacombes et des carrières souterraines qui s’étendent sous une grande partie de la ville est donc-pour les habitants de Paris une cause de danger permanent. L’exemple précédent montre que souvent les travaux ordinaires de soutènement ne sont efficaces que par suite d’un certain état d’équilibre facile à rompre. Si une cause quelconque vient le détruire, la stabilité cesse d’exister et un danger est imminent.
i<es égouts. — Les égouts tenaient une place considérable dans
les travaux d’édilité des grandes villes de l’antiquité ; les ouvrages exécutés àBabylone, les conduites souterraines de la Rome Antique laissent bien loin derrière eux les constructions plus modernes.
Dans les villes créées du temps des Romains et des Grecs, les égouts étaient une des premières œuvres accomplies ; les collecteurs charriant au loin y existaient partout, aussi la construction des égouts ordinaires et des collecteurs à Paris n’est pas nouvelle; dès le quinzième siècle elle se trouvait réalisée par la canalisation du ruisseau de Ménilmontant, qui amenait les eaux impures dans la Seine à Chaillot.
La majeure partie des canaux qui faisaient office d’égout à Paris, à ces époques lointaines, couraient en plein air, au milieu de la chaussée et descendaient leurs eaux sales en Seine.
Quand l’orage survenait, que la pluie était abondante, la chaussée, dans toute sa largeur, était lavée parles eaux qui tombaient des toits des maisons, ramassant les ordures, quelquefois stagnantes depuis bien des jours, et balayant ainsi l’huis des habitations.
Paris était alors propre, mais avant d’atteindre le degré de perfection, les chroniques du temps disent que les voies publiques n’étaient plus possibles à franchir, et leurs rues, comme celles du Marais, étaient desservies par des bateaux.
Cet état de choses devait cesser, nos rois de France et nos magistrats savaient, par ouï-dire, qu’à Rome, par exemple, pareille calamité n’arrivait jamais ; aussi sous Louis XIV, Paris possédait 3 kilomètres d’égouts couverts. A la fin du dix-huitième siècle on en comptait 16.
Le plus ancien des égoûts de Paris partait du quartier des Marais, il avait 16,322 mètres de longueur dans son parcours à travers les faubourgs du Temple, Saint-Denis, Montmartre, la Villel’Évêque, les Ghamps-Élysées, pour se jeter à la rivière à Chaillot.
C’était une tranchée dont le fond était dallé et les pieds-droits de 5 pieds de haut, revêtus de maçonnerie, couverte seulement au croisement des rues.
En ÎT-IS, il était si encombré de vases et d’objets les plus infects que par ordre du Roi on pratiqua une nouvelle tranchée allant de la rue du Calvaire jusqu’à la rivière, ce qui amena aux pompes de Notre-Dame une eau si malsaine qu’on ne pouvait plus s’en servir pour les besoins domestiques : aussi la ville après cet insuccès prit-elle, en 1737, la résolution de reconstruire ces égouts, et chose remarquable pour l’époque, d’établir des réservoirs d’eau qui permettaient de les laver.
LE PARIS SOUTERRAIN
Ces réservoirs furent érigés dans la rue des ~Filles-du-Calvaire. Le bâtiment avait 35 toises sur 17, et les réservoirs qu’il renfermait cubaient 22,500 muids d’eau.
Cet ouvrage fut érigé en trois ans sous les ordres et les plans des sieurs Beausire, architecte de la Ville et Général, contrôleur des finances.
On pompait l’eau par six corps de pompe dans autant de puits différents, manœuvrés par deux machines attelées de quatre chevaux chacune.
Une reconnaissance des égouts existants fut faite de 1805 à 1812. Ces visites, durèrent sept ans, et furent fort pénibles ; c’était un parcours inconnu, mal curé, malsain, dangereux à faire.
Le premier crédit pour lever le plan et faire le nivellement des égouts ne fut accordé qu’en 1833, après l’épidémie du choléra; c’est ainsi, qu’en prenant, pour la première fois, connaissance du Paris souterrain, la ville put remédier aux causes pestilentielles, qui, depuis tant d’années, pesaient sur la population.
De 1805 à 1812, les ingénieurs avaient bien constaté que la plupart des égouts couverts n’avaient, pour.l’écoulement des immondices qu’ils renfermaient, aucune issue régulière; ils se débouchaient de temps en temps, et on ne savait guère comment ; aussi quand pareil événement arrivait, les bons bourgeois du temps clôturaient leurs demeures, tâchant de s’abriter des exhalaisons que ces conduites répandaient dans l’atmosphère.
11 y avait aussi, et cela se produisait assez fréquemment, des moments où l’égout ne voulait plus fonctionner, les eaux au lieu de s’y perdre remontaient à la surface et venaient déborder par les moindres fissures. On était obligé alors de le démolir et le curer, ce qui amenait des odeurs épouvantables provenant des matières organiques en décomposition.
Les égouts existant à Paris en 1832, étaient, comme on le voit, plutôt des réceptacles donnant naissance aux épidémies que des ouvrages destinés à les combattre. Pour qu’un égout remplisse les conditions exigées par l’hygiène il faut que l’écoulement soit constant, que l’eau y arrive continuellement : or ce n’était pas le cas. Les 16,818 mètres courants d’égouts que renfermait alors Paris, étaient plutôt des puisards que des canaux, et leurs eaux stagnantes s’écoulaient par tous les interstices de leurs parois, de telle sorte que les terres environnantes en étaient contaminées et déterminaient l’infection des puits.
Les épidémies du moyen âge n’eurent pas d’autre cause, il en
fut de même pour le choléra de 1832; la population affolée jugeait dans son bon sens et criait avec raison à l’empoisonnement des fontaines publiques.
C’est qu’en effet, les fontaines étaient empoisonnées par les infiltrations des eaux d’égout, et des eaux des cimetières.
Comme on le voit, amener l’eau sur tous les points, à la maison, à la rue, ne serait pas résoudre la question de salubrité, si le nombre des égouts n’y correspond pas, car l’eau en excès, l’eau corrompue devient un danger si elle ne trouve pas un canal d’évacuation pour quitter les maisons et la ville, et laisser la place à d’autres eaux limpides et pures qui viennent à leur tour assainir et vivifier les galeries souterraines.
Le choléra, la peste qui assiégèrent tant de fois l’humanité auraient dû servir de leçons ; il semble, lorsque de pareils fléaux viennent s’abattre sur la population d’une cité, que celle-ci doit se hâter à construire, à ériger, des ouvrages qui en empêchent à jamais le retour.
Il n’en a jamais rien été ; plus notre humanité marche, plus elle est insouciante, moins elle prend de précautions pour sauvegarder son avenir.
De 1831 à 1837, la Préfecture de la Seine sembla s’éveiller en présence du danger couru; il fut construit des égouts, des chaussées, des fontaines et Paris se vit, pour quelques-uns de ses quartiers, dans de bien meilleures conditions d’hygiène. *
Le nombre de mètres d’égouts construits était à cette époque de 21,643.
L’épidémie de 1832 eut cependant à Paris, assez de retentissement pour qu’on s’en préoccupât pendant dix ans, et qu’on continuât les travaux d’assainissement en construisant, chaque année, quelques égouts.
En 1837, il existait 22,000 mètres de galeries; en 1852, il y en avait 115,000 mètres c’est-à-dire cinq fois autant qu’on en avait construit en quinze ans. Ces égouts étaient encore insuffisants, des études plus sérieuses furent entreprises sous les ordres de M. l’inspecteur général des ponts-et-chaussées Belgrand qui, aidé des travaux hydrographiques de l’ingénieur en chef des mines, M. Delesse, démontra que si les eaux météoriques et autres descendent, dans le département de la Seine, dans la vallée formée par le fleuve, il fallait suivre ces indications pour créer le réseau des égouts..
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Le fleuve partageant Paris a permis à ses ingénieurs de concevoir un plan des plus facile pour l’écoulement de ses eaux. Partout elles se rendent naturellement au fleuve, et nulle part, il n’est besoin de machines élévatoires.
Ces écoulements s’opéraient, avant 1852, par des voies plus ou moins directes aboutissant au fleuve, suivant les diverses ondulations et déclivités du sol. On y a remédié.
Dans la partie de Paris, située sur la rive gauche, qui ne présente qu’un versant non interrompu, l’écoulement se dirige normalement au fleuve.
Il en est même pour les îles Notre-Dame et Saint-Louis; mais il en est encore tout autrement pour les quartiers bâtis sur la rive droite de la Seine.
Dès 1852, on songea sérieusement à ne plus jeter en Seine, dans la traversée de Paris, les eaux sales des égouts ; on tenta de les diriger vers le grand émissaire qui les porterait à l’aval du fleuve.
Enfin, le drainage de toutes les rues de Paris étant fait, il suffirait d’établir, pour ne pas souiller le fleuve, des collecteurs sur les rives, de réunir les eaux et de les amener à un canal unique qui aurait son débouché en aval de la ville.
Le sol de Paris fut divisé en cinq bassins dont trois se trouvant sur la rive droite, deux sur la rive gauche. Six grandes galeries principales coupèrent la ville recevant quinze galeries secondaires sur lesquelles s’embranchent une foule d’autres, constituant les artères du réseau.
Les types des égouts sont différents de construction, suivant la longueur du parcours pour arriver au collecteur, et suivant la quantité d’eau qu’ils sont appelés à recevoir ; il en existe qui ont l m ,63 de section, quand d’autres ont 17 m ,76, les plus grands recevant, dans leur intérieur, les conduites d’eau.
Ils ont tous des dimensions telles qu’ils peuvent recevoir les eaux sales des différents points de Paris; les collecteurs ont une cuvette de 7 mètres de largeur sur l m ,38 de hauteur, ce qui par mètre courant, représente 7,450 mètres carrés ; et, en admettant que l’eau de tous les égouts qu’ils reçoivent ait un écoulement égal à celui delaSeine, ces dimensions sont amplement suffisantes pour satisfaire à tous les besoins, même à ceux les plus imprévus.
Aux deux côtés se trouvent deux chaussées sur lesquelles courrent les égoutiers pour les besoins du service.
De la hauteur des quais à la clef de voûte, il y a 3“*,05, la lar-
geur est de 7 m ,20. C’est un souterrain spacieux, qui remplace avantageusement la Seine.
Dans les égouts collecteurs arrivent les égouts principaux. Il y en a de toute dimension; les plus grands, construits sous les grandes voies publiques, ont une cuvette de l m ,20 sur l m ,70. Sous voûte la largeur est de 5 m ,20 X 3 m ,55 ; deux quais supportent des colonnes en fonte qui reçoivent les conduites d’eau. Dans quelques quartiers de Paris, les tuyaux desservent les eaux de source, dans d’autres les eaux de l’Ourcq, de la Seine, etc.
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tient pas compte de ceux à venir; aussi ces conduites d’eau, lorsqu’elles seront reconnues insuffisantes, et beaucoup le seront dans quelques années, le jour, où chaque maison recevra l’eau, il faudra dans maints quartiers de Paris démolir l’égout ancien et en construire un nouveau pour y placer une conduite supplémentaire, ce qu’on aurait pu éviter en érigeant, sur un des quais, un tuyau de l m ,10, et en conservant le deuxième trottoir pour un autre, qu’on placerait lorsque les besoins l’exigeraient. Les critiques ne s’appliquent pas à la construction proprement dite des égouts ; ils présentent toutes les conditions voulues de solidité et d’hygiène, les radiers qui reçoivent les eaux sales sont bien conçus, suffisants à tous les besoins; ce qu’il reste à faire pour les 400 et quelques kilomètres qui sont à construire, ce sont des études sérieuses indiquant les besoins d’eau des habitations qu’ils desservent, en y ajoutant la quantité d’eau pour le lavage et l’arrosement et avec ces drains, on établira mieux, qu’il n’a été fait, les dimensions de ces souterrains.
Ce fut seulement en 1806, que le service des égouts de la ville de Paris, confié aux ingénieurs des ponts-et-chaussées, reçut une organisation uniforme.
En 1833, les égouts du canal Saint-Martin étaient construits avec des petits matériaux et de la chaux hydraulique; depuis ils furent érigés en maçonnerie de meulière, avec mortier de ciment. La dépense par mètre varia, suivant les dimensions, de 130 à 100 et à 80 francs par mètre courant.
Les égouts ne chargent pas le sol dans lequel on les construit; ils ne changent pas les conditions d’équilibre, ils peuvent donc être établis sans danger dans les plus mauvais terrains, à la condition que le sol ne soit pas surchargé au-dessus.
Ils donnent lieu à des dépenses considérables, lorsque leur construction s’effectue dans des terrains de source, ou traversés par d’anciens cours d’eau ; ces travaux nécessitent alors des épuisements souvent difficiles ; ils exigent aussi de grandes précautions dans les sous-sols formés de sables mouvants, car il faut éviter les fontis qui amènent les catastrophes, entre autres la chute des maisons.
Le syphon de l’Alma, cet égout qui se trouve placé sous le lit de la Seine, et qui aura des similaires lors de la construction du canal de Paris à la mer , a présenté dans son exécution des particularités curieuses que la sçience de nos ingénieurs a surmontées.
Il se compose de deux tubes dont l’intérieur est complètement lisse. Chacun a un mètre de diamètre et une épaisseur de 0 m ,20. les parties qui les composent sont juxtaposées à joints serrés, assemblés avec des couvre-joints extérieurs.
Ce- syphon a été construit sur une des berges du lleuve, amené en place en flottant, échoué sur une couche de béton de 0 m ,40 coulée dans toute la largeur de la Seine entre deux rangs de pieux et de palplanches, puis recouvert d’une autre couche de béton de 0 m ,70.
Cette couche empêche non seulement le re èvement des tubes, mais encore les préserve des atteintes des ancres, des gaffes des mariniers, et du frottement des graviers que le fleuve charrie.
Tous les égouts à ciel ouvert, et Dieu sait s’il y en avait dans Paris, sont voûtés aujourd’hui. Le dernier, celui du Ponceau a disparu en 1853. En même temps que ces travaux s’exécutaient, les rues furent bombées, bordées dé crottoirs et pourvues de bouches d’écoulement.
On remania les anciens égouts, on en démolit beaucoup; chaque ligne principale fut pourvue d’une galerie de grande section, ayant un chemin de fer; les galeries de moindres dimensions furent également munies de rails permettant la facile circulation des wagons et le jeu des vannes de curage.
Les petites galeries furent encore assez larges pour permettre le passage des brouettes et des tinettes.
Enfin des galeries transversales relièrent les maisons avec l’égout. Suivant l’importance des uns, les égouts deviennent de plus en plus petits, ils doivent renfermer toujours un ou deux tuyaux d’amenée d’eau qui ont de 0 m ,10 à 0 m ,40. Dans ces petits'souterrains on doit y circuler facilement ;.partout il faut qu’ils soient aérés, aboutissant aux maisons, recevant les colonnes de chute qui ont 20 mètres de hauteur en moyenne et qui leur donnent 6,000 litres d’eau par 24 heures. Ces conditions seront facilement obtenues. Leur lavage quotidien s’obtiendra par des châsses.
Égouts à vidanges. — M. le baron Haussmann avait imaginé d’établir dans les pieds-droits des grandes galeries, deux petits égouts, l’un destiné par M. l’ingénieur en chef Mille à recevoir les conduites de gaz, l’autre réservé par M. Belgrand à l’écoulement des vidanges.
L’un et l’autre de ces projets ne furent jamais mis à l’essai,
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mais il est bon de les rappeler puisqu’ils reviennent à réminiscence.
Lorsque M. Haussmann concevait le projet de séparer les 2,000 mètres cubes de vidanges produites chaque jour à Paris, des eaux d’égout, il n’avait pas encore à sa disposition les moyens que la science a révélés depuis, et consistant à utiliser pour l’agriculture les eaux sales, il ne savait pas que la plante puise dans les terrains que les eaux traversent les sels d’azote, de potasse, de phosphore qu’elles contiennent et quelque dilués qu’ils puissent être, elle en fait son profit.
M. Haussmann avait conçu l’idée d’appliquer le procédé imaginé par les Hollandais, dont nous avons rendu compte dans un de nos livres, et que nous décrirons à nouveau dans celui-ci.
Le docteur Liemur enlève les déjections humaines à l’état frais et les livre à l’agriculture avant qu’elles aient eu le temps de se décomposer et de perdre une partie de leur efficacité comme engrais.
Les cuvettes des cabinets communiquent par des embranchements souterrains en fonte, avec le canal de la rue qui vient déboucher dans un réservoir en tôle hermétiquement clos et placé •au-dessous du sol, à l’extrémité de la voie. A côté du réservoir se trouve, sur une machine locomobile portant une pompe pneumatique et un tender, un autre réservoir également monté sur roues.
Les vidanges de toutes les maisons du quartier sont rassemblées dans le même lieu, elles s’y rendent au fur et à mesure qu’elles se produisent et ne donnent aucune odeur appréciable que dans l’endroit où se trouve le réservoir commun.
Locomobile et tender sont amenés sur place par des chevaux. La vidange s’opère de la manière suivante : un tuyau en caoutchouc met en communication le réservoir avec la machine pneumatique, l’air aspiré du réservoir passe dans le foyer de la chaudière qui en brûle les particules odorantes.
Lorsque le manomètre indique un degré de raréfaction suffisant dans le réservoir on ouvre le robinet qui sépare ce dernier de la conduite de la rue, et aussitôt lè contenu de toutes les latrines du groupe des maisons afflue dans le réservoir par le réseau des canaux que nous avons décrit. Puis on fait de la même façon communiquer le tender d’une part avec la locomobile, c’est-à-dire avec la pompe, et de l’autre avec le réservoir. Le vide une fois fait dans la chaudière, les matières du réservoir y sont aspirées.
L’introduction des vidanges dans le réservoir d’abord, puis dans
le tender, s’opère en quelques minutes, sans choquer ni la vue ni l’odorat.
On conduit au dépotoir les tenders remplis de vidanges qu’on transvase encore, à l’aide de la pression atmosphérique, dans une vaste cuve étanche, élevée sur un soubassement en maçonnerie.
Ce réservoir est muni d’une série de robinets qui permettent le remplissage de tonneaux à pétrole qu’un navire transporte dans la mer de Harlem, où les matières fécales sont utilisées pour l’agriculture.
Ce qui se fait bien à Amsterdam peut s’accomplir aussi facilement à Paris, et c’est ainsi que l’ancien préfet de la Seine avait imaginé de réserver aux vidanges de Paris, l’un des deux quaisdes égouts dans lequel un tuyau en fonte aurait été placé.
M. Eugène Mioltat, architecte-expert, s’inspirant probablement des travaux du docteur Liémur, vient de faire paraître un projet qui a quelque ressemblance avec celui de M. Haussmann.
Au lieu de se servir d’un des quais, il établit une conduite spéciale sous le radier de l’égout.
Cette disposition est analogue à celle des Bloc-J onctions, en briques construits par MM. Doulton de Londres, et dont nous donnons plus loin un dessin.
M. Miottat recherche, comme M. Haussmann, les moyens de recueillir pour l’agriculture les produits les moins altérés ; il les. conduirait à Asnières et à Saint-Denis, et les traiterait dans des usines spéciales, où les porterait aux champs. Cette solution simplifierait, croit-il, la question de l’emploi des vidanges, en permettant de continuer à jeter les eaux d’égout, proprement dites, à la Seine.
Cette question a fait son chemin; il est aujourd’hui reconnu inutile pour la culture, de débarrasser les matières solides des eaux dans lesquelles elles se trouvent. Quant à continuer de jeter à la Seine les eaux sales de Paris, il n’y faut pas songer; ce serait vouloir continuer à poluer le fleuve, empoisonner ceux qu in’ont pas d’autres ressources que de se servir de ses eaux pour leurs besoins, ce serait vouloir créer, comme nous le verrons, dans notre chapitre la Seine, le plus vaste foyer d’infection et d’épidémie que le génie du mal aurait pu rêver pour les habitants riverains.
M. J.-B. Berlier, ingénieur civil, vient de soumettre à l’administration municipale de Paris un nouveau système de vidanges,.
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D’après l’auteur, ce système supprimerait tous les dépotoirs et les fabriques d’engrais situés aux portes de Paris et qui empoisonnent depuis trop longtemps la capitale et ses ravissants environs ; il supprimerait également l’infection des égouts; enfin il permettrait de réaliser, avec beaucoup moins de dépense et dans un très bref délai, le projet municipal de l’administration, c’est-à-dire l’envoi au loin des matières de toutes les fosses d’aisances sans aucun inconvénient pour personne. Les habitants de Saint-Germain ne seraient plus menacés du dépotoir général qu’on devait établir à grands frais dans les terrains domaniaux de la forêt. En un mot, ce système semblerait réaliser avec une simplicité extraordinaire le désidératum des habitants de Paris en matière de vidanges.
M. Berlier se mit à la recherche de résoudre le problème; il supprime le transport par véhicules et il ne veut pas des égouts.
Certains crurent, dit-il, avoir trouvé cette solution dans le fameux : tout à l'égout, résolvant du même coup les deux questions. Sans parler des conséquences d’un système qui charge un fleuve ou une rivière d’aller, après un trajet plus ou moins long, déposer sur ses bords les substances malsaines qui lui ont été confiées et en infecter les riverains. A-t-on pensé à la quantité immense d’eau nécessaire à ces dilutions? Trouvera-t-on dans nos villes des bouches d’eau suffisantes au lavage des égouts ! Si on crée ensuite des canaux d’irrigation, à quel prix le fera-t-on? et avec quelles conséquences? Nous ne voulons pas entrer dans des détails scientifiques ou d’économie administrative ; qu’il nous suffise de dire que ce système, tout anglais, n’est déjà plus préconisé en Angleterre, tant il a paru défectueux, et qu’il semble avantageusement remplacé par le: tout à l'usine , de M. Berlier.
Cet ingénieuirvient, il le dit, de trouver le moyen de mettre nos centres populeux à l’abri des émanations pestilentielles en privant les égouts de tous produits infectieux, d’exempter Paris de toutes nouvelles mauvaises odeurs, en même temps que l’agriculture trouvera des engrais dont l’importance et la quantité dépasseront tous les produits similaires.
M. Berlier crée une vaste canalisation en tuyaux de fonte, canalisation faite dans tous les égouts pour faciliter l’écoulement des vidanges et les transporter à leur destination.
Chaque immeuble sera pourvu d’une cuve en tôle de fer, d’une contenance variable, selon l’importance.
Cette cuve, placée sous la chute des cabinets d'aisances, sera reliée par un tuyau à la colonne centrale établie dans la rue ; le vide qui sera fait constamment par une pompe pneumatique, dans toute la canalisation, opérera la vidange de la cuve toutes les fois que l’on ouvrira un robinet-vanne mettant en communication la fosse avec la conduite centrale. Cette opération sera faite tous les jours par des employés attachés à la compagnie.
On aura soin de garder dans la canalisation une pente suffisante pour qu’une perte de charge ne soit pas un obstacle au bon fonctionnement de l’ensemble des appareils.
En dehors de la ville sera établi un matériel de pompes pneumatiques et une pompe refoulante pour l’envoi de toutes ces matières à 30 ou 40 kilomètres dans un terrain éloigné de toute habitation ; là elles seront transformées en produits ammoniacaux -et en engrais.
Comme on le voit, les projets de M. Berlier ont beaucoup d’analogie avec les procédés hollandais et avec ceux qui avaient été patronés par M. Haussmann, ce qui prouve, une fois de plus, que les bonnes idées finissent toujours à voir le jour.
Mais où M. Berlier ne nous semble pas aussi heureux, c’est lorsqu’il propose de réaliser ses projets pour Paris. Ce système demandera des millions pour les tuyaux à poser, ces tuyaux ne peuvent l’être dans les égouts, obstrués qu’ils sont aujourd’hui par les conduites d’eau ; en lui accordant pour l’exécution le droit de percevoir 60 francs par chaque tuyau de chute placé dans les immeubles, ce serait une dépense de plus de 15 millions il la charge des propriétaires.
Branchements. — La jonction des branchements d’égout en tuyaux avec les égouts en maçonnerie ordinaire ne peut être plus parfaite, ni offrir plus de sécurité que par l’emploi des Blocs-Jonctions , Doulton et G i0 .
Chacun de ces blocs est fait de manière à présenter sur le flanc la même épaisseur que la maçonnerie de l’égout, surtout s’il est en briques, et sa surface intérieure est cintrée comme l’égout luimême. Chaque bloc est pourvu d’un collet, soit intérieur, soit légèrement en relief, destiné à recevoir le tuyau de branchement. •Ces blocs, fixés dans le mur de l’égout, font corps avec lui et reçoivent le branchement.
Cette figure montre un Radier à languette ou projection d’emboîtement.
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Cette disposition augmente la solidité et empêche efficacement l’eau d’égout de pénétrer dans le conduit intérieur formé par le
Fig. 33. — Égout en briques, avec radier et regard.
«reux du bloc. Cette figure indique en outre les trous latéraux
Fig. 35.
Section d’un Bloc-Jonction droit. Section d’un Bloc-Jonction oblique.
mentionnés plus haut, comme servant utilement à drainer le terrain dans lequel l’égout est bâti.
Nous nous sommes étendu longuement, dans le chapitre précédent, sur les inconvénients pour les propriétaires d’être assujettis à construire des branchements hors de proportion avec leurs besoins et n’ayant d’autre but que d’enrichir les entre-
Fig. 35. — Bloc-Jonction en place.
preneurs choisis pour leur construction, pour que nous y revenions.
Le système adopté à Paris peut se résumer de la manière suivante :
Fig. 30. — Radier à languette.
1° L’égout doit recevoir toutes les eaux sales provenant des pluies, des maisons, des chaussées avec les immondices qu’elles entraînent avec elles ;
2° Gréer un type, différent de dimension suivant l’importance de la rue drainée, mais permettant partout l’accès aux agents et aux ouvriers chargés de leur entretien, et de leur propreté ;
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3° Chaque égout doit se composer d’une lunette pour l’écoulement des eaux de trottoirs pour recevoir les visiteurs, les rails, les engins de curage, etc. ;
A 0 La galerie doit être construite de façon à perrûettre la pose des tuyaux d’eau sur consoles, l’installation des fils télégraphiques et des fils téléphoniques.
Comme on le voit, ce ne sont plus ces tuyaux de décharge qui existaient en 1832, sous les rues de Paris, entraînant avec eux, par leurs dispositions vicieuses, les épidémies que nous avons signalées. Ce sont de larges voies de circulation souterraine destinées à débarrasser non seulement des eaux et des ordures les rues et les maisons, mais encore le sol des gaz méphitiques qu’il renferme.
Le problème à résoudre, commencé en 1855, était splendide et digne des deux hommes qui l’ont conçu. MM. le baron Haussmann et l’ingénieur Belgrand ont droit non seulement à la reconnaissance des habitants de Paris, mais doivent être signalés <\ l’admiration de ceux qui nous suivront.
Curage. — Les appareils de curage employés sont, pour les grands collecteurs, le bateau vanne, le wagon à bascule, le wagon vanne, le wagon ordinaire, et enfin les rabots et les balais pour les petits égouts.
Nous n’entrerons pas dans la description du travail, il serait inutile au but que nous poursuivons. Disons cependant qu’il est exécuté en régie, qu’il coûte fort cher, et qu’il est sujet aux accidents les plus déplorables.
Par suite de l’inexécution de tous les égouts et aussi par le manque d’eau qui empêche le curage complet, il est impossible d’obtenir les résultats satisfaisants sur lesquels on est en droit de compter.
De l’eau et les moyens imaginés, mis en œuvre par le service municipal, ne laisseront plus rien à désirer, et aucune ville au monde n’aura réalisé de meilleurs procédés.
Ajoutons que lorsqu’un des égouts, comme celui du siphon de l’Alma, se trouvera engorgé, on opérera son curage au moyen d’une boule en bois ayant 85 centimètres de diamètre, boule chassée par l’eau et poussant devant elle les immondices qui obstruaient la conduite.
Ce qu’il reste à faire. — Suivant M. Dumas, les égouts, dans ces conditions, forment un réseau veineux qui expulse de la cité,
à l’état vicié, l’eau introduite à l’état de pureté par le réseau artériel de la distribution.
Tel fut le projet conçu, il s’agissait de créer sous le Paris vivant, une cité ténébreuse où se déverseraient les eaux sales et les déjections provenant de ses 70,000 maisons, de ses 2,000 fabriques, de ses voies publiques.
Ces conditions remplies, il fallait avoir bien soin dans la construction des égouts de laisser des ouvertures (drains) partout où le terrain l’exige pour que les eaux souterraines ne puissent plus, comme elles le font encore, se répandre dans le sol, mais êlre recueillies dans l’émissaire, qui aurait pour mission de les porter loin de nos demeures, dans la vallée de la Seine.
Il reste sur les 925 kilomètres prévus pour parfaire l’œuvre commencée, en 1853, à construire 420 kilomètres de conduites dont la dépense est évaluée à 45 millions environ.
Que faudràit-il, en tenant compte des nécessités de la circulation, pour parachever un pareil travail ? — cinq ans. Que faudraitil en suivant les errements actuels? — vingt ans, et pendant ce long espace de temps, si ce système devait se perpétuer, la génération actuelle continuerait à respirer les odeurs méphitiques dont elle se plaint à bon droit aujourd’hui.
Personne, disait M. Alphand, au conseil d’hygiène, ne conteste la nécessité de construire des égouts dans les rues de Paris qui en sont dépourvues ; des travaux de cette nature exigent des terrassements d’une certaine importance, il est hors de doute que des terres fouillées et exposées à l’air libre peuvènt donner lieu à des exhalaisons et à des miasmes de nature à produire des fièvres intermittentes; mais les inconvénients momentanés qui en résultent sont largement compensés par les avantages que doit en retirer la salubrité publique.
L’administration, sous l’Empire, avait promis qu’en 1862 le Paris souterrain serait'achevé ; si elle n’a pu tenir ses engagements, l’administration républicaine actuelle n’a pas le droit d’en faire autant.
On a dit que l’infection d’un certain nombre de bouches d’égout provenait : de l’augmentation constante du nombre desfosses filtrantes, — du déversement de matières de vidanges à l’égout, — enfin de l’insuffisance du système de ventilation deségouts.
L’établissement de fosses filtrantes, à Paris, a été autorisé par un arrêté de M. le préfet de la Seine, en date du 2 juillet 1867.
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D’après les renseignements que M. Alphand a bien voulu fournir à la commission d’hygiène, le nombre des fosses filtrantes existant en 1879 était d’environ 14,000. Dans le courant de l’année dernière, il ne s’est augmenté que d’environ un dixième. Cette augmentation n’a pas dû influer sensiblement sur l’infection des eaux des égouts. Ceux-ci, en effet, reçoivent quotidiennement une masse de liquide qui atteint plus de 260,000 mètres cubes. Par conséquent, les eaux vannes tombant dans les égouts s’y diluent dans un volume d’eau tel qu’elles s’y trouvent dans une proportion presque insignifiante.
Quant aux craintes exprimées à l’endroit de l’infection des égouts par la généralisation du système, et l’obligation décidée déjà en principe de l’écoulement de toutes les eaux vannes à l’égout, elles ne sont pas fondées, remarque M. le directeur des travaux de Paris, puisque une récente décision du conseil municipal va augmenter de 150,000 mètres cubes par vingt-quatre heures la quantité d’eau apportée à Paris. '
Les odeurs reprochées à bon titre aux égouts, n’existeront plus le jour où le réseau sera complet ; alors que l’eau et la ventilation y seront amenées abondamment, que les 200 litres prévus par habitant, les 165,000 mètres cubes pour le lavage et l’arrosement de ses rues, ceux donnés annuellement par la pluie, y seront déversés ; ces eaux serviront amplement à entraîner loin de nous les odeurs de nos habitations, de nos rues, de nos fabriques.
La preuve en est facile à faire.
Dans les quartiers où les maisons sont branchées à l’égout, où la vidange s’y perd, où l’eau arrive aux derniers étages, où les rues sont lavées et arrosées, il n’y a pas eu une plainte d’un de ses habitants, si ce ne sont celles d’être contraints de recevoir les émanations du quartier voisin qui ne se trouve pas dans ces bonnes conditions hygiéniques, car n’oublions pas qu’il manque à ces déshérités 33 pour cent de conduites d’eau, 420 kilomètres d’égouts; que l’arrosage et le nettoyage y sont des plus primitifs.
Vingt ans pour terminer le réseau souterrain ! c’est-à-dire un quart de siècle, car il faut bien faire la part des éventualités, des imprévus qu’un aussi long délai entraîne à sa suite.
Ainsi pendant vingt-cinq ans encore, il y aura à Paris, dans le centre de la civilisation, certaine classe de citoyens qui n’aura en partage qu’un air vicié, chargé d’émanations morbides, présentant toutes les conditions d’insalubrité 1
Signaler un tel état de choses, c’est travailler à y mettre un terme. Le conseil municipal actuel fera mieux que ses prédécesseurs, il cherchera à faire disparaître les différences de conditions de bien-être qui, actuellement existent entre les diverses classes des habitants de Paris.
Tout soucieux que l’on puisse être de la liberté, on croira qu’elle doit avoir des bornes, et ces bornes sont précisément déterminées par l’intérêt général. Dans une société bien organisée, l’intérêt de tous doit primer toujours l’intérêt de chacun. Quiconque veut vivre en société doit, dans une certaine mesure, faire le sacrifice de cette liberté individuelle toutes les fois que son exercice absolu peut faire courir un danger aux autres membres de cette même société. Qui dit société dit contrat; or, un contrat n’est pas autre chose qu’une série de conventions faites au profit de tous les contractants, grâce à l’abandon de certaines prérogatives particulières à chacun. Les exemples abondent dans tous les règlements d’hygiène publique ou privée.
On règle les heures du travail et celles du repos ; on défend à chacun de répandre sur la voie publique les résidus et immondices de son habitation,etc., etc., pourquoi n’imposerait-on pas certaines obligations reconnues indispensables pour placer chacun et tous dans les meilleures conditions d’hygiène, de santé et de vie? Comme l’a dit très justement M. Bouley, la liberté de répandre les maladies est certainement celle que l’intérêt commun ordonne le plus de réfréner.
Chasses d’eau. — Quelques-uns des égouts transversaux â la ligne de la Seine, ont des pentes peu sensibles ; l’administration en a tenu compte, au moyen de chasses d’eau, amenées par des retenues; on évite ainsi le séjour des matières putrescibles.
Ces chasses s’effectuent au moyen des robinets-vannes qui ont des dimensions égales à la section des égouts; soit 0 m ,40 à 1 mètre de diamètre ; ils retiennent la quantité d’eau que l’on juge nécessaire pour un curage parfait ; on lève la vanne au moyen d’un levier à vis et on produit une chasse d’eau plus ou moins énergique.
Le mouvement empêche la putréfaction et ses conséquences, les gaz ne se produisent pas, c’est une loi de physique ; cependant des dégagements gazeux se forment en dehors de ces circonstances, des fabriques déversent des liquides acides à l’égout, qui donnent lieu à des combinaisons dangereuses produisant non seu-
LE PARIS SOUTERRAIN
lemeht des émanations infectieuses mais quelquefois explosives.
Des exemples en sont nombreux, ce sont: la mort pour les égoutiers, la destruction de l’égout, le renversement des chaussées.
L’action des eaux dans ces ca^Jfort rares n’est qu’un palliatif, les désinfectants ne valent pas mieux; le mode actuellement employé est la ventilation qu’on obtient par l’ouverture de deux descentes de l’égout.
Ces moyens sont bons à garder, ils peuvent disparaître le jour oü chaque maison sera pourvue de sa colonne montante, de son drain, qui établiront un courant d’air énergique et permanent dans l’égout, et qui amèneront un courant d’eau continu, incessant du matin au soir et du soir au matin, ne laissant pas une minute de répit aux déjections qui viennent à l’égout.
Tout se tient, tout s’enchaîne pour rendre les fonctions des égouts du Paris souterrain bienfaisantes à la santé publique, mais si une des mailles du projet manque, de salubres qu’elles devaient être, elles deviennent malfaisantes ; tel est le cas actuel aujourd’hui, qui par le manque.d’eau, qui par le non achèvement des conduites, laissent des quartiers entiers de Paris avec un sous-sol saturé d’immondices qui y croupissent faute d’écoulement et déversent dans l’atmosphère des miasmes délétères.
Ventilation. — Certaines bouches d’égout sont, parfois infectes parce qu’un marchand de volailles ou un tripier voisin y a jeté des matières corrompues.
Le service compétent a eu soin, d’ailleurs, de transformer un certain nombre de bouches rectangulaires en bouches cylindriques pour en faciliter le lavage.
La préfecture de la Seine ne s’est pas moins préoccupée de la ventilation des égouts, problème d’autant plus difficile à résoudre que le réseau des souterrains de Paris, composé non d’échelles, comme à Londres, mais de séries de pentes, présente ce double inconvénient que le nettoiement en est moins facile, les pentes étant en général très faibles, et que, dans le centre de la ville surtout, les égouts se trouvent à une très petite distance de la chaussée.
Pour remédier à cet état de choses, on avait tout d’abord pensé, à l’établissement, dans les murs mitoyens, de tuyaux de ventilation allant des égouts au faîte des maisons, et un décret fut rendu obligeant les propriétaires à construire ces tuyaux ; mais la pratique a condamné ce système : dans certains cas, l’appel d’air se faisait en sens inverse, action naturelle du moment qu’il y a solu-
LES ODEURS DE PARIS, tion de continuité entre les conduites, ce qui ne se serait pas produit si le système avait été complet.
On étudie en ce moment des modèles de grandes cheminées qui seraient construites sur les points, élevés des égouts, et dans lesquelles des foyers spéciaux provoqueraient l’appel de l’air et brûleraient les gaz infects.
En attendant la réalisation de ce projet, des obturateurs hydrauliques ont été déjà placés à certaines bouches d’égout, notamment rue Yolney, et il en sera poséde nouveaux si lebesoin en est reconnu, ce qui peut se produire spécialement lorsque les bouches se trouvent sur un lieu un peu élevé ou au bas d’une pente, attendu que, suivant l’état de l’atmosphère, l’une ou l’autre de ces ouvertures fait parfois office d’orifice d’évacuation pour la ventilation de la conduite.
Londres est plus salubre que Paris, parce que son système souterrain y est plus complet, et cependant il est encore imparfait; on a dû remédier à des égouts mal construits ayant des sections trop petites, par une ventilation artificielle provoquée par des cheminées d’aérage ; Paris n’en aura pas besoin lorsque son système de conduite sera complet. Si cependant l’aération manquait il lui suffirait, nous venons de le dire, d’établir à l’issue de ses grands collecteurs des brasiers armés de hautes cheminées, dans lesquels viendraient se brûler les miasmes délétères.
Il reste à construire, avons-nous dit, 420 kilomètres d’égout, et cette construction est d’autant plus urgente que l’administration se propose de déverser dans Paris 150,000 mètres d’eau en plus toutes les vingt-quatre heures sur les 600,000 mètres dont il a besoin.
En effet, l’égout, répétons-le, s’il est un émissaire portant au loin les eaux sales et les déjections d’une ville, a un rôle bien plus important encore, celui de drain; il empêche la corruption des terrains et partant la production des miasmes qui engendrent les fièvres et les épidémies.
Tuyaux de chute. — Nous avons la certitude, disait M. Belgrand, que les 25 litres de matières fraîches que les Parisiens produisent par seconde peuvent se mélanger aux trois mille litres que les collecteurs généraux débitent dans le même temps, sansaugmenter l’insalubrité des égouts.
Pour qu’il en soit ainsi, 40 millions sont à dépenser, cette dépense peut être effectuée sans que la caisse municipale ait aucun
LE PARIS SOUTERRAIN
•sacrifice h faire. La vidange à l’égout créera des recettes qui permettront de faire face aux dépenses de construction.
Le nombre de tuyaux de chute est de 240,000 environ, la taxe municipale est fixée à 30 francs, soit un revenu annuel de 7,200,000 francs.
Rien n’empêche, comme nous le démontrerons dans une autre partie de ce livre, de contracter un emprunt spécial, rien n’empêche de constituer une Société fermière analogue à celles des «aux et du gaz, et qui se chargerait de pourvoir non seulement à «es constructions, mais au service général de l’évacuation, pour la -culture, des eaux sales de Paris.
Le remède est pire que le mal, disait un journal dévoué aux intérêts des compagnies de vidanges, depuis l’apparition de notre première édition.
A la fosse, ces compagnies s’efforcent de substituer un appareil diviseur, une fosse mobile à fermeture hydraulique, empêchant toute émanation. Les liquides sont envoyés à l’égout, on peut faire écouler l’eau à plein bord dans la cuvette des water-closets, sans augmenter d’un centime les frais de vidange.
Quant aux matières solides, elles sont reçues dans la fosse mobile.
Les matières recueillies peuvent être transformées en engrais par un traitement en vase clos.
Nous répondrons : On compte à Paris plus d’une fosse fixe par maison ; le jour où un pareil système serait établi, ce ne serait plus un seul foyer pestilentiel par habitation, c’en serait deux et même trois.
Dans ces tinettes malpropres dont nous voyons les échantillons dans quelques maisons de Paris, ce sont des papiers, des chiffons, des os, des tessons, des cendres, des épluchures de légumes, et un peu de matières fécales.
Tous leshuit jours, les vidangeurs passent-pour les enlever et jettent dans l’atmosphère de nouveaux miasmes.
La commission d’hygiène apprécie cette situation comme il suit :
Paris possède actuellement 15,325 tuyaux de chute de liquides des cabinets d’aisance à l’égout. Ces chutes sont installées en vertu et conformément aux dispositions d’un arrêté du 2 juillet 1867, de M. le baron Haussmann, l’éminent préfet de la Seine de cette époque. Cet arrêté, très sagement conçu, prescrit en principe
l’emploi d’une grande quantité d’eau pour que l’usage de ce mode d’écoulement ne présente pas d’inconvénient. Aussi, les propriétaires qui veulent y recourir sont tenus d’avoir une distribution d’eau dans les cabinets et de rejeter toutes celles pluviales ou ménagères dans le tuyau de chute afin de diluer les matières avant leur arrivée à l’égout. Le caveau où est établi l’appareil diviseur qui sépare les liquides des solides doit être complètement étanche et sans écoulement possible vers les égouts, de manière à ce qu’aucune partie solide ne puisse y arriver. Les déversements de l’appareil diviseur sont d’ailleurs constatés quand ils se produisent et constituent des contraventions de la part des vidangeurs.
Moyennant ces précautions, les tuyaux de chute ne donnent lieu à la production d’aucune émanation nuisible. Les égouts où ils sedéversent ne dégagent pas d’odeurs plus sensibles que ceux où iln’en est pas établi. On peut s’en assurer dans la partie de l’égout de la rue de Rivoli que parcourent les nombreux visiteurs qui descendent chaque semaine dans le Paris souterrain. Ils témoignent en général leur étonnement du peu d’odeur qu’ils perçoivent, et cependant il existe dans cette partie de l’égout 162 tuyaux de chute de cabinets d’aisances.
On peut objecter que l’égout de la rue de Rivoli est l’objet de soins spéciaux. Le fait est exact; mais il faut bien admettre qu’avec des soins il est possible de recevoir dans les égouts, sans les infecter, les produits liquides des cabinets d’aisances. C’est une question d’eau et d’argent, et la municipalité parisienne n’a jamais hésité à s’imposer tous les sacrifices qu’exigent la salubrité et le bien-être des habitants.
Si les déjections humaines ne produisent pas d’émanations fétides lorsqu’elles sont diluées dans un grand volume d’eau, ne peuvent-elles pas transporter les microbes et les organismes vivants de nature nuisible, que les tuyaux de chute amènent dans l’eau des égouts. Il est incontestable que ces organismes sont entraînés par les eaux et que si celles-ci sont absorbées par les voies digestives, elles deviennent un moyen de propagation des maladies zymotiques et infectieuses.
Cependant jusqu’ici aucun fait ne permet de penser que ce* microphites, dont l’action nocive a été rigoureusement établie et dont plusieurs sont très redoutables, se répandent dans l'air des égouts. Il résulte au contraire des travaux très intéressants du savant directeur de l’observatoire municipal de Montsouris, qu’ils restent dans 1 eau, qui leur sert de véhicule. Ainsi, les analyses sur
LE PAHIS SOUTERRAIN.
l’air ambiant au moment des pluies constatent que le nombre des microbes est peu considérable, tandis qu’il devient énorme dans l’air sec. On sait qu’il suffit d'un lavage à grande eau pour en débarrasser complètement les chambres des hôpitaux qui en contiennent un si grand nombre. Indépendamment de ces données théoriques, l’expérience démontre que les vidangeurs et les égoutiers qui devraient être les premiers atteints si les miasmes se répandaient dans l’air et pénétraient dans les voies respiratoires, sont à peu près complètement indemnes des maladies épidémiques. On peut objecter, comme l’a fait M. Léon Colin, que cela tient à ce que ces ouvriers sont acclimatés pour ainsi dire à l’air infect qu’ils respirent. L’objection ne serait pas exacte, en tout cas, pour le choléra qui n’apparaît heureusement qu’à de longs intervalles. D’ailleurs, le personnel des égoutiers est composé, en majorité, d’ouvriers nomades qui ne sont nullement acclimatés à l’air des égouts.
Quoi qu’il en soit, il est certain que si l’écoulement à l’égout des liquides provenant des déjections humaines peut faire naître quelques appréhensions, évidemment très exagérées, ce mode de vidange réalisera immédiatement d’immenses avantages, dont le principal sera de faire disparaître 80,000 fosses fixes donnant lieu, par leurs tuyaux d’évent, à des émanations délétères d’hydrogène sulfuré et phosphoré qui se répandent‘constamment dans l’atmosphère. Ces émanations sont rapidement dissipées parle vent, quand il souffle avec une certaine force; mais, lorsque le temps est lourd, le matin surtout, quand le centre de Paris est enveloppé d’un brouillard, toutes ces odeurs fétides restent suspendues au-dessus des maisons, s’abaissent dans les rues et atteignent, dans tous les cas, les habitations situées sur les points élevés de la ville.
Les habitants des quartiers hauts peuvent constater celte cause d’infection de l’air, le matin et le soir. Les ingénieurs du service municipal l’ont signalée dans toutes leurs propositions relatives à l’assainissement de Paris, et tout indique que c’est là une des liaisons principales des mauvaises odeurs de Paris.
La suppression des fosses fixes de Paris et de leurs tuyaux d’évent est donc l’une des réformes principales que doit poursuivre l’administration municipale pour assainir Paris, et c’est le motit déterminant qui a conduit le conseil municipal à voter la substitution, dans un délai suffisant pour sauvegarder tous les intérêts légitimes, du mode d’écoulement .à l’égout au mode actuel de vidange.
Les procédés actuels de vidanges, indépendamment de l’incommodité qu’ils présentent pour la population, deviennent intolérables par suite des mauvaises habitudes et de la négligence des vidangeurs. Malgré des règlements sanctionnés, il est vrai, par une pénalité insuffisante, les vidangeurs n’hésitent pas, trop souvent, pour diminuer leur labeur, à infecter l’air des rues et des égouts. Les procédés actuels ont d’ailleurs l’immense inconvénient d’exiger l’établissement de dépotoirs à des distances assez rapprochées de Paris; et ces. établissements, qui sont la conséquence nécessaire des 80,000 fosses fixes existant encore à Paris, forment aujourd’hui à la capitale comme une ceinture de mauvaises odeurs qui se répandent successivement dans tous les quartiers, suivant la direction du vent.
Il ne paraît pas démontré que, sauf les usines d’Aubervilliers, de Gentilly-Arcueil et de Billancourt, qui sont les plus rapprochées de Paris, ces dépotoirs aient contribué aux odeurs désagréables qui ont atteint Paris en août et en septembre derniers. Mais tous ces établissements, aussi bien que le dépotoir municipal de Bondy, sont une cause certaine d’infection pour les localités où ils sont installés, et Paris ne peut pas, à moins de nécessité absolue, infecter ses voisins pour se débarrasser des détritus de toute sorte que produit cette énorme agglomération d’êtres humains et d’animaux.
Il ne faut pas, d’ailleurs,, demander l’impossible, et l’on n’évitera jamais complètement la production d’émanations plus ou moins désagréables, plus ou moins répugnantes, au milieu de 2 millions d’habitants et de plusieurs centaines de milliers d’animaux, chiens, chats, chevaux, bétail, volaille, etc., etc.
Votre commission, messieurs, disait le rapporteur, admet qu’ou peut attendre de bons résultats du système d’écoulement des déjections humaines à l’égout, mais elle met à l’application de cu système, qui demande, d’ailleurs, un certain temps pour être réalisée, une condition absolue : la disponibilité d’un énorme volume d’eau pour diluer les matières avant de les rejeter à l’égout.
C’est ainsi que les villes de Londres et de Bruxelles ont pu supprimer, depuis de longues années, les fosses fixes, en projetant à. l’égout toutes les matières fécales, ce qu’on ne demande pas pour le moment à Paris, où les liquides seuls seront écoulés. Dans ces villes, les cabinets d’aisances sont munis d’une distribution d’eau abondante ; les cuvettes sont constamment pleines d’eau s’écoulant d’elle-même, en l’absence de foute manœuvre, dès que les déjec-
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lions humaines sont déposées dans ces cuvettes ; la dilution se fait largement, sans que les matières touchent jamais aux parois des tuyaux qu’elles parcourent. Le problème à résoudre consiste donc à mettre à la disposition des habitants beaucoup d’eau.
La ville de Paris en a résolu une partie. Par son nouveau traité avec la compagnie des eaux, chaque habitant peut avoir, pour la somme minime de 4 francs par an, un robinet libre dans son cabinet d'aisances. Les propriétaires n’auront plus dès lors intérêt à ménager l’eau comme ils le font aujourd’hui, puisqu’ils ne payeront qu’une somme fixe très peu élevée, quel que soit le volume d’eau consommé. Ils n’auront pas non plus à se préoccuper du supplément de dépense de la vidange des fosses dès que les liquides s’écouleront à l’égout.
Que faut-il dès lors pour réaliser tous les avantages que doit procurer le nouveau mode d’écoulement des déjections humaines? De l’eau en quantité considérable, augmentant de volume à mesure que la densité de la population s’accroîtra.
Avant d’abandonner notre chapitre Paris-Souterrain, disons un mot des habitants qu’il renferme.
lie rat à Paris. —Lesrues qui n’ont pas d’égout en sont réduites, pour se débarrasser des eaux domestiques, de les rejeter aux ruisseaux établis le long des trottoirs; elles se déchargent, il est vrai, après un parcours plus ou moins long à une bouche de sortie, en semant sur leur passage dés principes d’infection.
Les égouts tels qu’ils sont constitués à Paris sont un refuge splendide pour la gent ratière, qui y trouve des logements vastes et aérés : le seul désagrément dont elle aurait à se plaindre, ce seraitde ne pas être à l’abri des pluies d’orage etdes grandes eaux qui la forcent à déménager et à se rendre dans des conduits plus élevés.
L’assainissement de Paris a chassé les rats un peu de partout ; les lieux qu’ils habitaient de préférence étaient au siècle dernier les voiries et notamment celle de Montfaucon ; carnassiers, ils y trouvaient en abondance la nourriture qui leur convient ; aussi s’y étaient-ils multipliés d’une manière prodigieuse.
Quel était leur nombre? Il était, d’après les équarrisseurs du temps, incalculable et leur estimation reposait sur les faits suivants : chaque chasse opérée par eux leur donnait en moyenne 2,600 de ces animaux.
Le jour, en 1829, où ils furent privés de leur nourriture par la
fermeture de Montfaucon, ils se rabattirent surParis, y creusèrent, comme les mulots et les lapins, des terriers dans les murailles et dans les constructions, choisissant les endroits les plus propices ; quand d’autres moins heureux furent se loger dans les égouts.
Aujourd’hui ils y sont nombreux, y pullulent et on n’a pas à s’étonner que l’émissaire de Clichy renferme bien rarement des détritus de viande, de pain, de graisse, etc.
Aussi longtemps que les parois des égouts seront étanches, le rat aura bien des difficultés pour y construire des terriers où il pourra vivre en toute quiétude ; aujourd’hui il est continuellement sur le qui-vive, les égouttiers lui faisant une guerre acharnée et leur prise doit'en être considérable si on en juge parleur prix de vente qui est arrivé à un sou pièce, alors que du temps de Montfaucon ils valaient 3 fr. 75 le cent.
Ces animaux sont destinés à l’éducation du chien ratier.
Leur fécondité est extrême, les femelles ayant cinq à six portées par an. Si on ouvre leur cadavre on y trouve quatorze, seize et jusqu’à dix-huit petits. Leur vivacité et leur férocité dépassent tout ce qu’il est possible d’imaginer. Mettez des rats dans une boîte,ils se dévoreront les uns les autres.
Ajoutons ces quelques lignes que nous avons puisées au journal VHygiène: Des naturalistes très distingués affirment que l’origine de l’invasion des rats en France coïncide avec celle des Vandales dans les Gaules. Les Barbares y ont apporté le rat brun, fort dégénéré aujourd’hui. Puis, lorsque l’Angleterre vint ensanglanter la France au moyen âge, elle ne manqua pas d’amener dans ses vaisseaux d’innombrables bandes de rats qui ajoutèrent à celles des rats vandales leurs innumérables progénitures.
Paris, sous les premières années du règne de Louis XV, était littéralement dévoré par les rats et les souris. Il eût pu porter le nom de Ratopolis ! La masse rongeuse occupait le centre et les plus beaux quartiers de Paris : le Palais-Royal et les grandes maisons qui l’entourent , le marché des Innocents, la Halle au blé, l’hôtel de la Vrillière (la Banque), l’hôtel de la Trésorerie (la Bibliothèque nationale), étaient minés par ces parasites. Il faut dire qu’à cette époque il y eut en France et dans les pays voisins une irruption de myriades de rats asiatiques, dits surmulots. Ils infestèrent toute l’Europe occidentale.
Par quelles causes ce fléau s’abattit-il sur ces contrées? D’effroyables cataclysmes atmosphériques bouleversèrent la mer Caspienne et ses abords ; le sol s’entr’ouvrit; les eaux naphteuses du
LE PARIS SOUTERRAIN
grand lac inondèrent les terres et firent déguerpir les habitants des terriers ; les rats prirent alors une course effrénée à travers les steppes, traversèrent les cours d’eaux et gagnèrent les contrées habitées ; puis, d’étape en étape, ils finirent par trouver des' pays riches en pâture et y restèrent.
Ces fuyards de l’Asie dévorèrent les précédents conquérants et prirent droit de cité dans les grands centres de population où abondaient les bons morceaux.
LA SEINE
On peut affirmer aujourd'hui que l’eau de Seine est rendue impotable entre Paris et Rouen. Que faut-il faire? Le canal de Paris à la mer peut seul rejeter de son sein les eaux sales de la capitale.
Conditions hygiéniques. — Rechercher aujourd’hui les cours d’eau qui alimentaient Paris, ce serait œuvre de bénédictins.
La cité n’a pas toujours eu pour seul domaine la Seine avec son affluent la Marne ; dans les temps anciens bien d’autres petites rivières et ruisseaux s’y déversaient.
Ces petits cours d’eau ont été tous envahis par les déjections de leurs riverains et ont été transformés en égouts, ou enfouis au profond du sol, et leurs eaux, mélangées avec celles des émissaires, versées dans la Seine.
Dès les temps les plus reculés, les grandes cités avaient fini par rejeter sans scrupule dans les cours d’eau qui les alimentaient leurs déjections. 11 semblait tout naturel qu’il en fût ainsi.
Dans les premiers âges de Paris, on buvait l’eau de la Bièvre, comme celle delà Seine; dans tout son parcours de 32 kilomètres elle fournissait une eau limpide, d’un goût agréable et propre aux usages domestiques.
Ces rives devinrent le siège de nos industries, les Gobelins entre autres y lavaient leurs laines, aussi la Bièvre ne tarda pas à être infecte depuis le jour où l’édit rendu par Henri III, le 2 décembre 4577, fut mis en exécution. Cet édit ordonnait que les tueries, les écorcheries de bêtes, les tanneries, les mégisseries, les teintureries et les corroieries seraient toutes portées sur les bords de Bièvre et qu’elles quitteraient les quais de la Seine situés entre la Grève et le Pont-Neuf.
Cette ordonnance avait pour but de garantir les eaux de la Seine, des ordures sans nombre que les industries y répandaient, et avait cru trouver un palliatif heureux, que nous verrons appliquer de nos jours, en reportant ces voieries plus en aval.
Les administrations de Paris au xix® siècle n’agissent pas mieux et nous voyons M. Haussmann, dans un de ses rapports, déclarer que la Seine ne peut plus être, pour l’avenir, que le grand égout eollecteur de la cité ; celle-ci recevra, en compensation des eaux souillées du fleuve, une boisson saine et fraîche, qui lui sera fournie par des sources dirigées et conduites chez elle.
Telles ne furent pas toujours les idées de nos pères qui sans trouver un remède pour évacuer les eaux sales de Paris, n’entendaient pas que ce fût la Seine qui les reçût ; une ordonnance du roi, en date du 20 février 1775, et un arrêt du conseil du 24 juin 1777, interdisaient de jeter dans la Seine des liquides, des immondices et des déjections quelconques, susceptibles de rendre ^es eaux insalubres et impropres aux usages domestiques.
Aujourd’hui nous rencontrons les plus louables efforts des savants, des hygiénistes et des ingénieurs pour la rendre dans le même état où elle se trouvait dans les temps anciens.
.Aussitôt que la Seine en sa course tranquille Joint les superbes murs de la royale ville,
Pour ces lieux fortunés elle brûle d’amour :
Elle arrête ses flots, elle avance avec peine,
Et par mille canaux se transforme en fontaine,
Pour ne sortir jamais d’un si charmant séjour,.
On ne pensait pas, en 1852, à déverser dans la Seine les eaux d’égout..., plus ou moins débarrassées des miasmes qu’elles tenaient en suspension, ce ne fut qu’en ces derniers temps qu’on y songea. Des expériences avaient été faites ; on savait que les eaux contaminées à Glichy ne l’étaient plus à Meulan, et que là elles renfermaient les mêmes éléments, les mêmes vertus qu’à Corbeil, qui lui permettaient d’être bonnes à boire par les habitants.
Un litre d’eau à Corbeil donnait 9,32 d’oxygène, cette même eau ^arrivée à Meulan en renfermait tout autant, alors que
A Choisy l’oxygène n’était plus que de. 7,52
A Auteuil. 5,90
A Billancourt. 5,69
A Sèvres... 5,40
A Suresnes. 5,32
A Clicliy. 1,75
Dans ce dernier lieu, impropre à tous usages domestiques.
Cette infection du fleuve avait été constatée bien avant cette époque; en 1816, M. Colin avait démontré qu’un litre d’eau tenait
LA SEINE
en suspension 174 grammes de matières étrangères : M. Mille, en 1865, en constatait 432 à l’embouchure de Clichy.
La première analyse officielle fut suivie, en 1829, de celle de Yauquelin, travail que la mort ne lui permit pas de terminer. Bouchardat la reprit et donna la composition suivante :
Avant sa jonction avec la Marne.
Acide silicique. 0,001
Carbonatè de chaux... 0,119
Sulfate de chaux.’. 0,038
Chlorures..... 0,017
Azotates.,. traces.
Substances organiques... traces.
Après sa jonction avec la Marne.
Acide silicique. 0,006
Bi-carbonate de chaux. 0,108
Carbonate de magnésie.... 0,008
Sulfate de chaux. 0,032
— de magnésie... 0,001
Chlorures.... 0,015
Substances organiques... traces.
. La composition de l’eau, à sa sortie de Paris, était la suivante :
Acide silicique.
Carbonate de chaux....
— de magnésie
Sulfate de chaux.
— de magnésie...
Chlorures.
Azotates.
Substances organiques
traces.
quantité sensible-
Aujourd’hui, des nouvelles constatations faites, il résulte qu’un mètre cube d’eau d’égout renferme :
Au collecteur d’Asnières. 2*,32
— Saint-Denis. 3,46
Dans les puits égouts...... 4 ,26
Dans les eaux de la Croult.... 0 ,62
En 1831, Lassaigne faisait cette analyse avec de l’eau prise au Port-à-l’Anglais, il trouva :
Air atmosphérique. 0,024
Acide carbonique. 0,006
Sulfate de chaux. 0,017
Carbonate de chaux. 0,099
Chlorures et azotates. 0,012
En 1846, M. Henry Sainte-Glaire-Deville fit une analyse de l’eau prise à Bercy, en voici les résultats :
Acide carbonique.
UiïminP ^
Po r nvyHA HP fpp
Carbonate de chaux.
— de magnésie..
Sulfate de chaux.
Chlorure de potassium.
Sulfate de potasse ...
Azotates.
De ces analyses faites de 1828 à 1846, il résulte que l’eau prise -dans Paris était sensiblement pure, que les matières dissoutes ne dépassaient pas deux décigrammes, que les proportions des matières organiques y étaient très faibles. L’eau de Seine avait donc sa raison d’être renommée pour l’excellence de ses qualités d’eau potable, mais à partir de 1848, sa réputation s’amoindrit. C’est alors que le conseil municipal chargea MM. Boutron et Oscian Henri de faire l’analyse de quatre échantillons d’eau prise :
Le 1 er , au pont d’Ivry.
Le 2 e , à Notre-Dame,
Le 3 e , au Gros-Caillou.
Le 4 e , à Chaillot.
Voici les résultats de ces analyses :
Ivry. Notre-Dame. Gros-Caillou. Chaillot.
Produits gazeux.
Bi-carbonate de chaux.
— de magnésie.
Sulfate de chaux .
— de magnésie, de soude..
Chlorures...
Acide silicique..
Matières organiques.
traces.
traces.
sensible.
sensible.
D'où il résulte que plus on s’éloigne de l’amont, plus la progression des matières étrangères dissoutes devient considérable et rend malsaine l’eau de la Seine ; aussi estime-t-on que les dépôts solides pris en Seine atteignent 120,000 tonnes par an.
M. A. Gérardin a reconnu que la Seine trouble en amont ne l’était pas à l’aval, et que l’eau de Seine à Man tes était .préférable, pour l’industrie, à l’eau de Seine en amont. Ainsi une eau bonne à l’alimentation ne l’est pas à l’industrie, et cette remarque est si bien fondée que les teinturiers de Paris se sont installés à Puteaux, à Clichy et non au Port-à-l’Anglais ou à Choisy-le-Roi.
LA SEINE
Le lieu du vomitoire fut Clichy, le point le plus en av-al et le plus éloigné de nos portes; on devait y établir des bassins armés d’ingrédients et de machines qui débarrasseraient les eaux de leurs impuretés.
Tel fut le programme adopté par les ingénieurs de la ville.
On ne présentait pas, à cette époque, d’autre solution, et si quelques villes étrangères avaient essayé du système d’irrigation, ou de l’emploi des eaux sales à la culture, ces tentatives n’avaient pas reçu une consécration assez grande pour qu’elles fussent l’objet de l’attention.
Cette quiétude pour les projets de Paris, ne devant pas toujours . durer devant l’Empire disparu, devant les plaintes fondées des riverains, devant les décisions ministérielles, conformes aux avis du conseil général des Ponts et Chaussées, en date des 30 juillet 1870 et 28 juillet 1875, prescrivant à la ville de Paris de débarrasser le lit de la Seine des matières solides qui y étaient déversées par les égouts, la ville se mit à l’œuvre pour faire cesser cet état de chose.
Ainsi, ily a quinze ans déjà que l’eau deSeine est profondément altérée. Les pouvoirs étaient témoins inconscients du mal ; le public ne s’en occupait guère et les savants n’avaient pas de méthode assez expéditive pour analyser plus souvent les eaux que nous consommons et pour jeter le cri d’alarme. Aussi rien ne se fit.
On doit, il est vrai, à Boussaingault des procédés d’analyses ingénieux que nous croyons devoir faire connaître à nos lecteurs.
Les eaux les plus chargées de matières organiques et les plus •corrompues sont les plus riches en ammoniaque et en acide azotique, et les plus pauvres en oxygène.
L’hydro-sulfate de soude possède la propriété d'absorber instantanément l’oxygène libre dans les eaux.
Si on colore, dit le savant, par du bleu Croupier un litre d’eau que l’on veut examiner et si, au moyen d’une burette graduée, on verse dans cette eau, jusqu’à ce que la teinte bleue disparaisse, une •dissolution d’hyposulfite de soude, on peut reconnaître, à l/10 e de centimètre cube près, le. volume d’oxygène que contient l’eau.
On a soin de puiser l’eau à diverses profondeurs, ce qui se fait facilement à l’aide d’une boîte à collier à ressorts et tout le monde peut ainsi constater la qualité des eaux qu’il boit.
Ces immondices versées dans le fleuve ne s’y perdent pas immédiatement ; à 10 kilomètres du débouché d’Asnières l’eau en est
saturée. Demandez-le aux riverains, demandez ensuite à la commission des eaux et des égouts jusqu’à quel point ce rejet d’immondices pollue un fleuve, et la commission vous répondra par son rapport où vous lirez page 7.
« En aval du pont d’Asnières, sur la rive droite, se trouve le « débouché du grand collecteur de Clichy. Un courant considérable « d’eau noirâtre en sort, il tient un temps ordinaire environ la «. moitié de la largeur du fleuve, et se rapproche de la rive gauche « en temps d’orage. L’eau est d’un aspect répugnant, elle est « chargée de détritus organiques de toutes sortes ; légumes, bou- « chons, poils, cheveux, cadavres d’animaux, etc. Elle est ordinai- « rement recouverte d’une couche de matières graisseuses qui, « suivant le vent, se porte sur l’une ou sur l’autre rive. Une vase « grise, mélangée de débris organiques s’accumule le long de la « rive droite et est le siège d’une fermentation active qui se tract duit par des bulles de gaz de dimensions souvent considérables, « Ces phénomènes se produisaient, en 1870, sur la rive droite ; « aujourd’hui le second bras est complètement envahi, et l'infecte tion a déjà atteint la droite du dernier bras.
« Aucun être vivant, aucun poisson, aucune herbe verte, ne se « rencontre dans le bras droit. »
Et un peu plus loin, parlant du rejet des eaux vannes du dépotoir de Bondy, ce même rapport ajoute :
te Les premières usines de Saint-Denis commencent à amener « une recrudescence d’infection par les eaux industrielles, mais « leur action est peu de chose à côté du collecteur départemental « qui débouche en avffl du pont. Cet égout vomit une eau absolu- « ment noire et fétide, dont l’odeur ammoniacale est des plus- « prononcés. Cette eau envahit bientôt.la largeur complète du bras, te Des écumes flottent à la surface et des bulles de gaz se déga- « gent. Le fond du fleuve est garni d’une vase noire, fétide et te gluante, peuplée de vers rougeâtres qui ne se trouvent que dans et les eaux de vidanges les plus infectes.
« Cet état se continue avec une intensité à peu près constante « jusqu’en face du village d’Epinay. »
Que pouvons-nous ajouter à l’éloquence de ces lignes empruntées à un rapport officiel.
Les faits parlent trop haut, disait M. Boudet, pour qu’il soit besoin de rien ajouter à leur énergique et irréfutable langage. Par un système adopté et mis en pratique, contrairement aux lois de
LA SEINE
la nature aussi bien qu’aux vieilles et prévoyantes ordonnances royales de 1669 et 1777,la Seine a été considérée comme un égout destiné à recevoir toutes les déjections, toutes les souillures que peut produire un centre dépopulation de deux millions d’habitants.
M. Félix Boudet, de concert avec M. Gérardin, a exécuté, en 1874, une série d’analyses chimiques des gaz recueillis dans l’eau de Seine, en s’attachant à doser l’oxygène, comme l’avait fait M. Boussaingault.
Les dépôts de sable et de macadam occupent dans le lit du fleuve 1200 mètres carrés environ. Dragués, ils ne sont d’aucune valeur ; on avait d’abord songé à les utiliser pour relever les berges de la Seine, mais on reconnut bientôt qu’ils devenaient un foyer d’émanations insalubres, exposés à l’action de l’air et de la chaleur.
La vase draguée à la sortie des collecteurs et s’étendant sous une couche de 0,25 à 0,30 d’épaisseur de Saint-Denis àEpinay, est peuplée d’érystales gluants, vers à queue de rat.
Un fait bien reconnu aujourd’hui, c’est que les matières fermentescibles qui sont entraînées parles eaux ne sont nuisibles à la santé publique qu’autant qu’elles ne se trouvent pas diluées dans quatre fois au moins leur volume d’eau ; elles le deviennent toujours si elles restent stationnaires. La justification scientifique en fut donnée par M. Dumas en 1850. Une commission composée de MM. Magendie, Rayer, Claude Bernard, Yvart, Renault, Delafond, Doyere, Baudement, Boulet, démontra que la péripneumonie est susceptible de se transformer en épidémie par voie de contact et dans la proportion de 50 p. 100 dont 35 guérissent et 15 succombent.
Dans les étables où se firent les expériences instituées par la commission, la maladie ne marcha pas toujours de proche en proche, d’une vache malade à ses voisines immédiates, mais elle sauta par dessus plusieurs têtes pour aller s’attacher à des vaches plus éloignées : d’où cette conclusion autorisée, que la maladie n’est pas seulement contagieuse par contact direct , mais qu’elle l’est aussi par Y intermédiaire de l'air , ce qui implique que les éléments de la contagion peuvent être tenus en suspension dans l'air et aller exercer leur influence à distance. C’est ce qu’on appelle en vétérinaire la contagion volatiles expression métaphorique qui ne doit pas être répudiée, puisqu’elle implique que l’élément de la contagion est assez léger pour être transporté, comme le pollen des fleurs, sur l’aile des vents.
A la température et à la pression atmosphérique ordinaire, l’eau dissout trois fois son volume de gaz hydrogène sulfuré ; on conçoit, dès lors, qu’aussitôt les matières immergées dans l’eau, le gaz hydrogène sulfuré ne peut plus s’échapper au dehors, et les germes ne se dégageront que lorsque la fermentation commencera à se produire.
M. le docteur Régnault, de Rennes,, vient confirmer, par une note insérée dans le journal l'Hygiène, ce que nous venons de relater, et dans une question aussi grave que celle des eaux pour l’alimentation des grandes villes, rien de mieux que nous transcrivions le contenu de cette note dans la deuxième édition de notre livre.
Si l’étude des maladies épidémiques offre toujours un grand intérêt, il faut avouer qu’elle est plus précieuse quand on peut la faire dans des localités peu étendues, dans les campagnes, où les habitations peu nombreuses permettent de connaître d’une manière certaine l’état de santé des habitants, où tous les gens- du pays se connaissent et où l’on peut suivre en quelque sorte pas à pas les progrès de l’épidémie et connaître facilement les causes qui en modifient la marche et qui en favorisent l’accroissement.
C’est par l’étude des petites épidémies observées dans les campagnes que la contagion de la fièvre typhoïde, niée au commencement de ce siècle, a été définitivement établie. M. Andral, observant à Paris et dans les hôpitaux de la capitale, disait : « Ce que nous avançons avec assurance, c’est que jamais à Paris, soit dans les hôpitaux, soit hors des hôpitaux, nous n’avons reconnu à cette maladie aucun caractère contagieux. » Pendant ce temps et à la même époque (1834), le D r Gendron, dans un admirable Mémoire publié dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, et qui peut passer pour un modèle du genre, démontrait d’une manière irréfutable, par une étude approfondie des épidémies des petites localités, la contagion de la fièvre typhoïde, établissait les conditions dans lesquelles elle est surtout contagieuse, faisant voir que la maladie acquiert lentement le caractère contagieux, et ne le manifeste que rarement avant le 12° ou le 15 e jour, mais qu’elle le perd aussi très lentement et le conserve fort longtemps pendant la convalescence. Le D r Gendron montrait aussi que la période d incubation qui sépare le moment où la maladie a été conçue par 1 organisme, du moment où elle éclate, est généralement courte, qu elle ne dépasse pas huit jours en général, qu’elle peut
LA SEINE
•être beaucoup moindre encore, et que dans certains cas il ne se passe que vingt-quatre heures entre l’application de la cause contagieuse et l’éclosion définitive du mal.
Les observations précises qu’il avait faites lui ont permis de résoudre avec une extrême probabilité toutes les questions relatives à la transmission du mal et aux immunités réelles et apparentes. Nous ne pouvons songer ici à répéter les remarquables conclusions confirmées depuis par les observations du D r Piedvache et de plusieurs autres, faites dans des conditions analogues et sanctionnées par l’expérience universelle.
Personne ne doute maintenant de la contagion de la fièvre typhoïde, à l’exception des aveugles obstinés, et nous n’aurions point publié cette courte note si nous n’avions voulu attirer l’attention sur un autre point de vue de l’étiologie de cette maladie si commune.
Presque tout le monde admet maintenant que certaines émanationsformées par des matières animales en décomposition peuvent, dans certaines circonstances encore mal déterminées, jouer par rapport à la fièvre typhoïde le rôle de causes externes déterminantes. Toutefois, ce point excessivement important au point de vue de l’hygiène n’est pas encore aussi évident que la contagion, et dans tous les cas, la science ne peut que gagner à une confirmation nouvelle de cette vérité.
Il est encore admis, par les hygiénistes, que les germes des maladies contagieuses sont plus à craindre lorsqu’ils sont absorbés comme boisson; c’est ainsi, comme le fait fort bien remarquer M. le Directeur des travaux de Paris, que les vidangeurs et les égouttiers sont doués d’une très bonne santé, tout en respirant à foison les odeurs qui se dégagent autour d’eux lorsqu’ils travaillent dans les égouts ; mais où la santé publique souffre, c’est chez- les populations riveraines de la Seine, en aval de Paris, population qui boit l’eau du fleuve infectée des déjections de la Cité.
En 1873, la ville de Versailles fut subitement envahie par une épidémie de fièvre typhoïde. On supposa de suite que les eaux devaient en être la cause. Les recherches de la science ne firent que confirmer les rumeurs de l’opinion publique.
On constata, en effet, que l’épidémie succédait à une crue qui avait empêché les pompes de Marly de refouler jusqu’à Versailles l’eau nécessaire aux habitants. Ces habitants avaient dû se servir, ou des eaux des étangs ou des eaux de crue. M. Rabot trouva,
par ses analyses, 9 dixièmes de milligr. d’ammoniaque par litre.
Ces eaux de la Seine étaient chargées d’une grande quantité de matières organiques provenant, ainsi que le déclara le Conseil d’hygiène, des égouts collecteurs de Clichy et de Saint-Denis, que la violence des courants avait entraînées bien au delà de Bougival et de Marly.
M. Rabot constata aussi que si l’eau, en temps ordinaire, àPort- Marly, contient deux centièmes de milligramme d’ammoniaque, elle contenait, à cette époque, cinq milligrammes et demi.
Depuis 1873 Versailles n’a pas eu d’épidémies, mais en 1880, le 10 juin, à Marly, les employés de la navigation constataient que la Seine charriait du poisson mort ; en quelques heures on en recueillit 80 hectolitres sur une étendue de 33 kilomètres.
Ces faits montrent que le danger grossit, et que si l’habitant a pu s’en préserver, il est toujours à la veille d’en être atteint.
M. Jules Guérin dit avec raison que ce n’est pas une histoire générale des épidémies qu’il faut demander à l’Académie ; il lui semble que, s’il était possible de réunir dans une sorte de cadre celles qui viennent à notre connaissance, nous aurions au moins des conclusions précises à la fin de chacun des rapports annuels ce seraient d’importants éléments de solution pour l’avenir.
Si, par exemple, par les épidémies de variole nous pouvions savoir combien il s’en déclare chaque année en France, et sous quelles conditions réelles, et dans quel rapport avec diverses circonstances géographiques et de milieu, au bout de dix, douze, quinze ans, l’ensemble de ces documents aurait une véritable utilité.
M. Lancereaux croit que l’Académie doit encourager les recherches permettant d’avoir une connaissance plus complète des épidémies constatées en France. Mais le rapport officiel ne peut rendre compte que des travaux qui lui ont été envoyés, tout en regrettant de n’en pas recevoir davantage.
Il a eu soin, dans le rapport qui lui a été confié cette année, de noter avec soin tous les renseignements adressés à l’Académie et M. Guérin pourra voir dans la partie de ce rapport qu’il les a, classés suivant les divisions géographiques qui conviennent le mieux à des travaux de ce genre, c’est-à-dire suivant la répartition de nos anciennes provinces. Il n’y a malheureusement qu’un très petit nombre de provinces oü les chiffres des épidémies offrent une signification utile et il serait impossible, dans
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l’état actuel des choses, d’insérer dans les annales de l’Académie le nombre des épidémies survenues chaque année dans notre pays.
M. le secrétaire perpétuel ajoute que le relevé par province est le seul moyen et le meilleur que l’Académie possède de tirer parti des documents qu’elle reçoit pour être examinés par la commission. Elle est encore loin d’être saisie de la totalité des travaux qui devaienL être faits pour toutes les épidémies et elle ne peut, à cet égard, que renouveler les vœux qu’elle n’a cessé d’adresser chaque année.
M. Bergeron insiste sur ce que chacun des rapporteurs de la commission ne manque pas depuis des années à ce devoir, et cependant l’Académie continue, comme par le passé, à faire entendre en vain sa voix. 11 y a tant de personnes dont dépend la réussite de ses désirs à cet égard qu’il n’est rien d étonnant à ce qu’ils ne soient jamais satisfaits. On sait, en effet, combien est grand l’éparpillement des services d’hygiène publique de France, quel cas l’on fait des attributions des conseils d’hygiène, alors que les maires et les préfets ne peuvent souvent faire connaître l’existence des épidémies que longtemps après leur apparition, si ce n’est après qu’elles sont terminées. C’est là un des côtés de l’organisation de l’hygiène publique dans notre pays qui mérite le mieux d’attirer la bienveillante attention des pouvoirs publics.
M. le docteur Robinski dit avec raison : comment expliquer les faits, si ce n’est d’avouer que l’épidémie ne se propage pas dans des circonstances particulières qu’il s’agit $e rechercher, elle reste locale, se concentre, se développe dans le milieu oü elle est apparue. Une des causes est l’eau croupie ; la Seine, dans les conditions que nous venons de relater, donnera, à tout individu qui s’en sert, un jour qu’elle se trouvera plus souillée qu’un autre de matières organiques décomposées, les germes à une épidémie.
Les faits apparaîtront partiellement comme à Versailles; et où ils seront à l’état latent, la statistique continuera à signaler des épidémies constantes, qu’elle désignera sous les noms de variole, de fièvre typhoïde, etc., toutes maladies qui déciment la population parisienne.
Ainsi les conduites qui amènent les eaux de l’Ourcq et des pompes de Ghaillot, comme celles qu’enverront bientôt les machines •du Port-à-1’Anglais, sont dans des conditions à propager l’épidémie à Paris, existante déjà, renfermant les éléments morbides qui à un moment donné empoisonneront l’organisme de tous ceux qui en font usage.
L’étranger qui passe à Paris ; l’homme riche qui ne boit de l’eau que dans des proportions insignifiantes, en seront il est vrai indemnes, car heureusement il ne suffit pas de résider dans lu lieu contaminé, il faut encore que l’individu ait respiré, bu et ingéré les matières organiques contenues dans cette eau.
L’Académie, nous venons de le dire, se préoccupe de la question.
Les dangers qu’entraînent les eaux qui renferment des matières nuisibles sont grands pour les populations riveraines de la Seine.. Ces matières en putréfaction séjournent longtemps dans l’organisme ; d’après les observations faites par des médecins allemands, elles y résident des mois, des années même ; elles s’y concentrent, donnant naissance à un poison que nous ne connaissons pas, qui, à un moment donné, donnera lieu, en s’échappant de notre organisme, à la contagion, pour créer les épidémies.
Les questions de propagation ne sont pas malheureusement assez étudiées ; une épidémie survient, on l’attribue à des odeurs, à des eaux, à une nourriture malsaine; on ne boit plus d’eau, et on croit avoir vaincu le fléau, mais on est bien étonné que plus tard les mêmes symptômes reparaissent, et les polémiques les plus ardentes s’établissent ; nos académies, nos facultés, les hygiénistes ont chacun leur système, personne n’est d’accord et, de guerre lasse, ce ne sont plus les eaux, ce n’est plus cette mauvaise nourriture qui sont accusés, ce sont des miasmes, mot qui veut tout dire et qui m’explique rien.
Dans le cas qui nous occupe, c’est la Seine, ce sont les effets de l’eau croupissante qui a été ingérée, qui a constitué dans l’organisme des éléments infectieux, qui, un jour, dans un milieu qui lui aura paru convenable, donnera naissance à son tour à la contagion.
Murchison avait cherché à expliquer les causes du typhus exanthématique; c’est une épidémie, disait-il, qui apparaît et disparaît et dont l’existence n’a jamais longue durée, elle est apportée du dehors, elle se propage par contagium.
D’autres savants allemands, le docteur Robinski, entre autres, croient cette opinion très problématique, mais la question reste obscure, et ne deviendra élucidée que le jour où les petites ou grandes épidémies auront été l’objet d’une étude spéciale, et lorsque tous les éléments de ces études auront été mis en parallèle et étudiés.
Toutes ces circonstances, toutes ces conditions d’épidémies seront ce jour-là résolues par les observations.
LA SEINE
Le choléra, la petite vérole, etc., ont régné dans ces derniers temps avec une grande violence ; dans les pays les plus civilisés, toutes les barrières créées pour empêcher qu’elles se répandent n’ont rien produit. C’est ainsi que si tous les habitants d’un village ou d’une ville sont malades, ceux de la localité voisine ne le sont pas, alors qu’un ipdividu bien portant, s’il entre dans la chambre d’un malade, est atteint.
Dans la même maison où l’épidémie règne, des gens qui ont évité avec soin toute visite près du malade n’en ont pas été atteints.
Dans un autre cas, un individu atteint, transporté à un autre village, n’a pas communiqué la contagion et s’est guéri.
Enfin dans une épidémie qui eut lieu dans la Prusse le docteur Robinski constate ces faits et bien d’autres;un agronome, un curé, des enfants burent de l’eau contaminée : ils tombèrent malades; mais les gens qui les soignaient, qui n’en avaient pas bu, ne furent pas atteints.
L’eau de la Seine est bleue à Gorbeil, à partir de cette ville elle verdit. A Choisy-le-Roi, la teinte est moitié verte. En entrant à Paris, les fabriques, les égouts la font verte.
A Neuilly, après sa traversée de la ville, elle est absolument verte.
Après Glichy et jusqu’à Meulan elle est infecte.
L’hygiène réclame pour les populations du département de la Seine, de l’air pur et de l’eau salubre. La Seine sacrifiée doit être rendue aux besoins des riverains comme au commencement du siècle; elle ne doit plus continuer à engloutir en pure perte les matières fertilisantes, résidus des déjections urbaines.
La Seine devenue un foyer de fermentation et d’infection n’otfre plus aujourd’hui qu’un cours d’eau, répandant, comme le Gange, comme la Tamise, l’épidémie sur tout son parcours, mais rendue à elle-même, les déjections conduites dans la vallée de la Seine, au lieu d’être jetées dans son lit, son assainissement et celui du département seraient un fait accompli.
M. Belgrand écrivait dans son ouvrage la Seine : « On peut donc « affirmer aujourdhui que jamais l’eau de Seine ne sera rendue « potable entre Paris et Rouen. »
La Seine est irrévocablement perdue comme eau bleue, ajoutait-il, mais elle peut être clarifiée et son teint sombre disparaître comme nous le verrons, par l'emploi à la culture des eaux d’égouts.
On doit renoncer, ajoute M. Gérardin, à rendre la Seine l’émule de la Dhuis et de la Yanne. Tout ce que l’on peut se proposer c’est de faire disparaître l’infection qui sévit d’Asnières à Meulan, et de maintenir la Seine en aval de Paris, dans le même état que celui où elle est actuellement dans sa traversée de la ville.
Il faut réserver ces eaux pour les fabriques comme on réservait dans les temps anciens, pour les manufactures royales, l’urine des condamnés.
Les moyens sont faciles :
Amener les eaux du collecteur d’Asnières dans un cariai spécial, de Paris à la mer, les utiliser sur ce long parcours pour les besoins de l’agriculture.
Fermer les vomitoires qui se trouvent situés entre Corbeil et Asnières.
Ne cueillir l’eau en amont de la Seine, pour l’alimentation, qu’au-dessus de Corbeil, et l’amener aux machines élévatoires, par un canal ou une conduite spéciale.
Si, jusqu’en 1846, la Marne et la Seine, avant leur entrée dans Paris, offraient des conditions satisfaisantes de salubrité, si l’on pouvait, sans danger, y puiser de l’eau pour l'alimentation publique, il n’en sera plus de même pendant bien longtemps.
De nombreuses fabriques existent déjà depuis Corbeil et viennent jeter leurs eaux industrielles dans le fleuve ; tous les jours il s’en établit de nouvelles et grâce à la protection de tolérance, qui est en vigueur aujourd’hui, il arrivera dans un avenir prochain que les eauxseront déplus en plus altérées etprésenterontpour la santé publique les mêmes dangers que celles puisées en aval de Paris.
Apartir de Corbeil, la Seine est souillée parles eaux de l’Essonnes et de la Juine, que les féculeries, les teiritureries, les laminoirs, etc., ont rendue aussi infecte que les égouts de Paris, elles ne titrent guère en moyenne que 6,29 d’oxygène, et déterminent en dessous des moulins Darblay des phénomènes de fermentation analogues à ceux qui se produisent à Asnières.
A Ghoisy-le-Roi, le bas titre se maintient pour redevenir bon au Port-à-l’Anglais ; comment se fait-il, et nous avons déjà posé la question dans notre chapitre des eaux à Paris, que l’administration ait pu concevoir la pensée de recueillir des eaux en aval de Corbeil pour les besoins de ses habitants.
Dans 1 état actuel des choses, les conseils municipaux d’Asnières, de Clichy, de Saint-Ouen, de Saint-Denis, d’Argenteuil, les plus
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voisins de l’infection, protestent depuis bientôt 15 ans contre cette situation.
ljes eaux, disaient-ils avec raison, agissent sur l’organisme par leurs matières dissoutes et par celles qu’elles tiennent en suspension, comme, il n’en est pas moins vrai encore, que les miasmes qu’elles dégagent infectent nos demeures.
Le vent a une action marquée sur l’altération de la-Seine. Suivant qu’il souffle dans telle ou telle direction, il y porte les matières organiques et fait baisser d’autant la quantité d’oxygène.
C’est ainsi qu’à tour de rôle Epinay, Bougival, Herblay, Saint- Ouen et Saint-Germain sont infectés ; mais c’est à Cbatou où toute l’intensité du mal est le plus complète.
La température agit aussi, les jours où le thermomètre est plus élevé, l’eau perd une grande quantité d’oxygène.
La lumière enfin accomplit son œuvre, l’obscurité produit les réductions. C’est le soir, la nuit, que la rivière devient odorante, noircit les cuivres, et où les poissons meurent.
Épuration. — En présence des oppositions des riverains, la Ville de Paris se mit à l’œuvre pour purifier les eaux avant le rejet à la Seine.
Les expériences furent faites, dans les bassins de Clichy; les eaux saturées par du sulfate d’alumine devinrent claires, exemptes d’odeur.
Mais on s’aperçut bientôt que dans cet état les eaux renfermaient encore la majeure partie des matières en dissolution et qu’elles étaient restées impropres aux besoins domestiques; on s’aperçut aussi que la dépense atteindrait pour les 500,000 mètres cubes fournis par jour, à raison de 0.01, soit une somme de 5,4)00 francs; et que les détritus solides recueillis dégageant les mêmes émanations étaient des éléments d’une vente, sinon impossible, au moins très difficile par le peu de valeur des principes utiles qu’elles contenaient.
Dès 1762, on avait proposé l’acétate de plomb et les sels de fer, comme Siret avait signalé, en 1843,1e sulfate d’alumine. Ces essais furent recommencés il y a quelques années par l’administration dans la presqu’île de Gennevilliers, et ne donnèrent pas de meilleures solutions.
La Providence a voulu que le seul remède rationnel aux conséquences des agglomérations-humaines fût l’utilisation des détritus
par l’agriculture. Nous en donnerons les effets, nous en ferons une description particulière dans un des chapitres suivants.
Canal tic i»aris à la iner. — Il résulte de ce qui précède que, si les eaux corrompues en aval de Paris sont propres à la fabrication, il n’est pas admissible que l’on continue à déverser pour cet unique but à Asnières 250,000 mètres cubes d’eaux sales dont le nombre s’élèvera demain à 5 et à 600,000“°, ce surcroît d’infection n’ajouterait rien aux qualités recherchées par les fabricants, mais amènerait l’empoisonnement des habitants des localités situées entre Clichy et Meulan.
L’administration propose de déverser aujourd’hui les eaux sales à Achères, au lieu de Clichy, après leur filtration à travers les terrains perméables d’une partie de la forêt de Saint-Germain.
D’après nous, les habitants des alentours de Saint-Germain, ceux des communes vers Paris et Paris lui-même, ressentiront, lorsque les vents nous viendront du Nord-Ouest, des odeurs qui amèneront des fièvres pernicieuses.
L’infection des eaux de la Seine sera la même, la ville de Versailles qui boit les eaux souillées de ce fleuve, élevées parla machine de Marly, la ville de Saint-Germain, qui songe à alimenter ses habitants avec les eaux de la rivière, puisées au bas de la terrasse, ne le pourront plus ; aussi n’égarent-elles pas leurs populations sur leurs véritables intérêts, de ne vouloir aider la ville de Paris dans l’œuvre qu’elle se propose d’entreprendre, et onLelles raison de s’opposer à l’exécution d’un pareil projet.
L’opinion publique a vu comme nous ; l’administration, qui avait été jusqu’aujourd’hui hostile, convient que l’emploi agricole de ces eaux est le seul mode rationnel, et que cet emploi peut se réaliser en poursuivant la conduite proposée à Saint-Germain jusqu’à la mer, et sur ce parcours, de Clichy àCauteleu, fournir aux agriculteurs l’eau qui leur est nécessaire.
Puiser l’eau qui nous manque, non plus comme on le fait à Chaillot et avant peu comme on le fera au Port-à-1’Anglais, mais bien en amont de Corbeil, conduire ces eaux par un canal spécial, où nulle déjection riveraine ne sera permise, où aucun bateau n’aura le droit de naviguer.
Telle est la solution, il n’y en a pas d’autre.
Alors nous cesserons d’empoisonner notre fleuve, de détruire le peu de poisson qui y reste; nous ne jetterons plus follement à l’eau des engrais, que nous avons sous la main ; nous assurerons
LA SEINE
le premier de tous les biens, la santé , et ce que nous dépenserons dans la construction du canal, nous l’économiserons sur le budget des hôpitaux.
N’attendons pas que des épidémies viennent, comme à Bruxelles, avant la canalisation de la Senne, nous apprendre combien il en coûte de manquer aux lois sacrées de l’hygiène.
LES CIMETIÈRES
. Les liquides provenant des matières organiques en décomposition dans les cimetières ont un caractère spécial. Ce sont des virus, c’est-à-dire des liquides vivants, inoculables, portant la morve, la syphilis, l’infection purulente, la rage, la vaccine, la variole, etc.
i<es cimetière». — La police des lieux de sépulture fait le sujet des .articles 15, 16 et 17 du décret du 20 prairial an XII.
TITRE IV. — De la police des lieux de sépulture. — Art. 15. — Dans les communes ou l’on professe plusieurs cultes, chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier ; et, dans le cas où il n’y aurait qu’un seul cimetière, on le partagera par des murs, haies ou fossés, en autant de parties qu’il y a de cultes différents, avec une entrée particulière pour chacune, et en proportionnant cet espace au nombre d’habitants de chaque culte.
Art. 16. — Les lieux de sépulture, soit qu’ils appartiennent aux communes, soit qu’ils appartiennent aux particuliers, seront soumis à l’autorité, police et surveillance des administrations municipales.
Art. 17. — Les autorités locales sont spécialement chargées de maintenir les lois et règlements qui prohibent les exhumations non autorisées, et d’empêcher qu’il ne se commette dans les lieux ffe sépulture aucun désordre ou qu’on s’y permette aucun acte contraire au respect dû à la mémoire .des morts.
Soit imprévoyance, soit défaut de ressources budgétaires communales, il ne fut établi que dans un très petit nombre de communes des cimetières distincts ou des compartiments séparés pour l’inhumation des morts ayant appartenu à des cultes différents.
Une autre cause de difficultés provenait de ce que le décret était
LES CIMETIÈRES
muet en ce qui concerne la sépulture de défunts catholiques ou non catholiques, tués en duel, suicidés, suppliciés, ayant refusé les secours de l’Église, enfants n’ayant pas reçu le baptême, de tous ceux, en un mot, auxquels, d’après les rites de l’Église catholique, la sépulture religieuse peut être refusée.
Or, pour les défunts de toutes ces catégories, le clergé, se conformant au rituel, qui est sa règle, au lieu de se borner à refuser son ministère, s’est souvent arrogé le droit de s’opposer à l’inhumation de ces personnes dans les cimetières catholiques.
Le curé croit qu’il est de son devoir et de son droit de s’opposer à ce que tout individu non catholique, ou même catholique ayant refusé les sacrements, soit enterré dans le cimetière communal ; et, en procédant ainsi, il ne fait que se conformer aux règles du rituel. Il est, par conséquent, assuré d’avance d’obtenir l’assentiment de ses chefs hiérarchiques.
Mais, en cela, le clergé méconnaît évidemment la révolution opérée par les lois qui proclament la liberté des cultes et qui séparent le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. Dans sa circulaire précitée du 25 brumaire an XI, Portalis faisait ressortir cette distinction fondamentale entre le régime antérieur à 1789 et le régime nouveau.
« Quand les institutions civiles et les institutions religieuses étaient indissolublement unies, les cimetières appartenaient à l’Eglise ; c’étaient les prêtres qui en ouvraient ou en fermaient les portes. Alors les obsèques religieuses n’étaient point séparées du convoi et de l’inhumation. Le refus de sépulture religieuse emportait donc nécessairement un refus proprement dit de sépulture. Il n’en est point ainsi aujourd’hui. Il n’y a plus de religion exclusive et dominante. La liberté de conscience est une loi de l’Etat, et la conséquence naturelle de cette liberté étant de ne plus confondre les institutions religieuses et les institutions civiles, le droit de sépulture estabsolumentindépendant de tout ce qui concerne les obsèques religieuses. Ce droit appartient à tout citoyen, quel que soit son culte; ce ne sont pas les prêtres qui garantissent la sépulture, c’est la puissance civile qui est chargée de ce soin. »
A Paris, le cimetière a conservé le caractère neutre qui lui fut donné en 1789 et en l’an II de la République. Le clergé s’y est abstenu de bénir l’ensemble du cimetière, et la bénédiction a lieu pour chaque fosse au moment de la sépulture. De leur côté, les ministres des autres cultes accompagnent les fidèles appartenant
à leurs confessions respectives et y font, selon leurs rites particuliers, les cérémonies et les prières de leurs cultes.
Le système adopté à Paris est justifié par l’excellence des résultats obtenus. On ne saurait imaginer une promiscuité de tombes, une confusion de sépultures de gens ayant appartenu à tous les cultes, à toutes les sectes, ou ayant fait profession de n’appartenir à aucune communion religieuse, duellistes, suicidés, enfants morts sans baptême, qui puissent être comparées à la confusion, à la promiscuité qui régnent dans les cimetières de Paris. Seuls, les israélites-ont obtenu, depuis peu d’années, le privilège d’avoir un lieu de sépulture spécial dans deux cimetières de Paris.
La conséquence, c’est la liberté, pour chaque fidèle d’un culte quelconque individuellement, d’y être inhumé, sans acception de croyance et de confession religieuse. S’enquérir, au moment de la présentation du corps au cimetière, des croyances et de la foi religieuse du défunt, de ses pratiques religieuses ou de son incrédulité, serait se livrer à une inquisition aveugle et blesser la liberté de conscience en la personne du défunt et de sa famille.
Le cimetière ouvert à tous les morts, la liberté pour eux et pour leurs familles d’entourer la sépulture de l’appareil religieux propre à tel ou tel culte, ou d’y renoncer, en un mot, la neutralité du cimetière, tel est le régime naturel et légal qui lui appartient et doit lui être conservé. Tel est le régime adopté dans les cimetières de Paris.
Dangers des cimetières. — Les cimetières sont d’autant plus dangereux, que l’accumulation des débris humains y dépasse les proportions ordinaires.
Tous ceux qui ont visité un cimetière ont pu constater l’odeur putride qui se dégage de la fosse commune ; l’eau pluviale charrie ces matières, empoisonne le sol à de grandes distances. Aussi est-il dangereux à l’extrême de toucher au sol à aucune profondeur ; la santé publique exige qu’il reste intact dans les années à venir de l’inhumation; ce n’est pas, en effet, une petite chose que d’exposer des milliers de tonnes de débris humains en pourriture à l’action de l’air.
De tout temps une pareille opération a causé des épidémies, et les exhumations qui commencent à se pratiquer à Paris sont une bien grande témérité ; les odeurs qui s’exhalent pendant ces travaux sont toujours le précurseur des contagions et l’avant-courçur du choléra.
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Le poison sommeille pendant un certain temps et ne manifeste sa présence qu’à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres ; l’histoire des épidémies de Paris nous le présente à divers degrés de violence, mais toujours à l’état permanent dans les hôpitaux ; puis un beau jour, on le voit apparaître avec une violence qui entraîne la mort de 50 pour 100 des victimes atteintes.
Les véhicules de transport sont l’eau, l’air, la terre.
L’eau infiltre le poison dans les cours d’eau, et sous cette forme elle est le moyen de transport le plus efficace.
L’air absorbe les miasmes et sous l’influence de la chaleur, de l’humidité, produit les émanations fétides, infectes dont nous nous plaignons avec droit.
Enfin, la terre par sa culture, par la végétation qu’elle donne, n’est pas moins dangereuse.
Les cimetières ne sont pas des lieux où il y ait à craindre la culture proprement dite, mais on ne peut empêcher que les arbres, les herbes, les fleurs ne soient habités par les insectes qui, se métamorphosant, changeant de lieu, ingèrent aux autres êtres animés le poison. M. Pasteur a prouvé que desvers qui sortaient d’un terrain à inhumation, que des animaux qui avaient brouté de l’herbe qu’ils avaient souillée, s’étaient non seulement donné le charbon, mais avaient encore empoisonné tout le troupeau dont ils faisaient partie.
M. Carnot s’efforçait de rechercher quel effet pourrait obtenir pour l’assainissement des cimetières le drainage du terrain, les arrosages fréquents et les cultures de plantes à racines profondes. Ayant choisi dans le cimetière Montparnasse une parcelle de terrain ayant déjà servi à trois séries d’inhumations successives, qui ne devait pas être de longtemps remuée et qui se trouvait voisine d’un égout où l’on pouvait facilement conduire les eaux de drainage, il fit creuser des tranchées étroites et profondes entre les fosses et sans toucher aux cercueils ; dans ces tranchées furent disposées, à une profondeur de l m ,60 à l m ,80, des files de drains de 0 m ,05 de diamètre intérieur, allant aboutir à des drains de plus gros diamètre (0 m ,08) formant deux lignes principales sur les deux côtés de la parcelle ; ces drains venaient aboutir à un puisard de l œ ,80 de profondeur, d’où les eaux devaient descendre, par un collecteur unique, dans l’égout situé à 5 m ,60 de distance du puisard.
Ayant comblé de terre les tranchées de drainage, on y sema de la luzerne, dont les racines devaient pénétrer profondément dans le sol qui fut arrosé plusieurs fois chaque jour, afin d’obtenir au travers des fosses une active filtration de l’eau et de l’air, accé-
lérant, par suite, la décomposition des matières organiques des corps : en d’autres termes, leur combustion par l’oxygène do l’air.
Dans les eaux, on ne trouva que de simples traces de substances organiques ; on constata en même temps qu’elles ne renfermaient pas une proportion appréciable d’ammoniaque ou de sels ammoniacaux, mais qu’elles contenaient, au contraire, des azotates en quantité très notable. On est alors bien fondé à comparer ce qui se passerait pour les eaux des cimetières aux faits qui ont été observés à Merthyr-Tydvil et à Gennevilliers, pour les eaux d’égout qui, quoique très chargées de matières organiques, s’épurent complètement en traversant une épaisseur suffisante de terre et s’y dépouillent de la totalité de ces matières, si dans l’un et dans l’autre cas on a filtré les substances organiques ou ammoniacales, au travers d’une couche de terre assez épaisse et assez aérée, et pendant cinq ans elles seront entièrement oxydées et transformées en nitrates, sels qui se trouvent dans les eaux des puits et des sources.
Décomposition des cadavres. — Que faut-il de temps pour décomposer complètement un cadavre et rendre la dépouille inoffensive ? Telle est la question qui fut posée il y a quelque temps à une commission nommée par M. le préfet de la Seine.
M. Schutzemberger fut chargé d’examiner la composition chimique du sol des cimetières parisiens. Voulant d’abord reconnaître si la terre s’y sature, au bout d’un certain temps d’usage, de matières organiques susceptibles de la rendre impropre à la disparition ultérieure de nouveaux cadavres, il commença par prélever au cimetière d’Ivry de là terre prise dans une fosse commune ayant servi deux fois depuis peu de temps, à un intervalle de six ans entre les deux remaniements. Dans les échantillons : 1° de terre vierge, n’ayant jamais servi aux inhumations ; 2° de terre prise immédiatement au-dessus de la couche des cercueils, et 3° de terre prise immédiatement au-dessous de cette couche, la matière organique fut dosée et le résultat fut que, dans ces terres, moyennement perméables à l’eau et à l’air, la combustion est complète après cinq années , et que, par conséquent, il n’y a pas lieu de s’arrêter à l’idée d’une saturation de la terre par les matières organiques.
11 faiitdonc cinq ans, dans un terrain propice, et pendant ces cinq ans la destruction lente des cadavres dans les conditions nor-
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males de l’inhumation est-elle de nature à développer et à répandre dans l’atmosphère des gaz délétères, tels que l’hydrogène sulfuré, l’ammoniaque, l’oxyde de carbone ? Telle fut la seconde question que se posa M. Schutzemberger. Après avoir puisé de l’air dans les conditions les plus variées de température extérieure, et à la surface du sol aussi bien qu’à des profondeurs variant de 40 à 80 centimètres au-dessous des fosses anciennes, datant de plusieurs années, et de fosses plus récentes, un mois et six mois après l’inhumation, il ne putjamais parvenir à trouver Ja moindre trace des gaz que nous venons de mentionner.
Ainsi, il était démontré que les cadavres inhumés dans un sol suffisamment perméable et à une profondeur de l m ,50, disparaissent et sont brûlés en moins de cinq ans sans dégager ou laisser arriver à la surface du sol ou même avoir à 40 ou 80 centimètres de profondeur aucun gaz délétère et putride pouvant exercer une influence nuisible sur la santé publique, si on a eu soin en accord avec le culte pieux que la population parisienne pratique à l’égard des morts, d’éviter la dessiccation de la terre des fosses fraîchement creusées et d’enchaîner sur le sol remué tout germe de bactéries jusqu’à l’instant où une épaisse végétation puisse les soustraire aux agents atmosphériques qui tendent à la fois à le pulvériser et à le répandre au loin dans les rues et l’intérieur des habitations.
C’est-à-dire et pour résumer la pensée qui a dicté les termes de son rapport, la commission reconnaît que le législateur a eu raison d’exiger cinq ans de repos aux morts, et pendant ces cinq ans le couvrir d’une végétation luxurieuse qui seule absorbe les gaz provenant delà décomposition du cadavre.
A Paris, il existe trois catégories de tombes : la fosse commune où les bières sont juxtaposées les unes sur les autres; les fosses temporaires dont la concession est faite pour cinq ans, les tombeaux en maçonnerie.
Toute substance organique en décomposition fermen te d’une manière différente. La fermentation est sèche, elle est putride, elle est alcoolique.
Transfert des cimetières. — Il est constant que les matières en décomposition amènent dans notre constitution des modifications profondes sous forme de maladies ; aussi, depuis que l’on s’occupe d’hygiène, on a pensé avec raison, d’éloigner le plus possible le séjour des morts de celui des vivants.
Dès le dix-septième siècle, on ne conteste pas les dangers que présente pour la santé publique, l’existence des cimetières dans l’intérieur des villes. En 1600, une défense royale fut faite aux corporations religieuses de ne plus opérer d’inhumations dans les cimetières situés près des églises.
Un document fort intéressant ne laisse aucun doute à cet égard, on y trouve que Pierre Simon, médecin à la Faculté de Paris, recommande dans son testament qu’on ne l’enterre pas dans l’église de sa paroisse, non qu’il ne crût en Dieu, mais ne voulant pas faire de mal aux vivants après sa mort.
Depuis l’année 1865, l’administration de la ville de Paris agite la question du transport des cimetières, et cette question soutenue et combattue avec une égale force d’argumentations est encore au point précis où elle était il y a dix ans.
Un compromis est intervenu le jour où il a été bien ouvertement démontré que les cimetières urbains constituaient une véritable menace pour la population. La science a permis de constater que les éléments solides dans la matière organique qui se détruit sont des animaux et des végétaux de l’ordre le plus inférieur de la création. Aussi est-ce à cette décomposition que l’on doit toutes les maladies parasitaires, dont l’une la plus terrible est le charbon; ou bien sous forme de miasmes, elle apporte aux populations les microzoaires, les microphytes, germes des maladies épidémiques, la peste, le choléra, la fièvre jaune intermittente, typhoïde, typhus, la dissenterie. Un arrêté préfectoral ferma l’accès des nécropoles de Paris aux défunts qui ne possédaient pas une concession perpétuelle, et imposa à tous les nouveaux acquéreurs un droit d’entrée fort élevé ; — quant aux inhumations gratuites, ou d’une classe inférieure, elles furent refoulées loin de la ville, de manière à diminuer un peu les craintes d’épidémies pour Paris. — Mais cette mesure reporta ces mêmes appréhensions au sein des populations suburbaines qui, au nom du droit que chacun a de vivre, réclament énergiquement la fin d’un provisoire rempli de péril.
Incinération. — M. Olivier R^yet décrit d’une manière fort intéressante les cérémonies des funérailles chez les Grecs.
« Ces cérémonies, dit-il, formaient une sorte de drame en trois actes, dont les mœurs et les lois réglaient avec précision les plus menus détails. Le premier de ces actes était l’exposition du corps (TtpoOetnç). A peine le cadavre était-il refroidi que les femmes de la famille s’en emparaient, le lavaient, l’oignaient d’huile parfumée,
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le revêtaient de vêtements blancs et le couchaient sur un lit de parade dressé dans la première pièce de la maison mortuaire et visible de la rue. Une couronne de feuillage était placée sur le front des hommes; une stéphané, en or chez les riches, en cire peinte chez les pauvres, ornait la tête des femmes. Des lécythes (petits vases blancs) remplis de parfums, étaient disposés çà et là sur la couche. L’exposition durait un jour entier. Pendant cette journée, les parents et les amis venaient joindre leurs lamentations à celles des gens de la maison. Un vase rempli d’eau de source, et placé près de la porte de la rue, leur permettait de se purifier en sortant car l’entrée dans une maison funestéepar morte les constituait une souillure, et, avant de l’avoir effacée, l’on n’eût pu sans impiété ni prendre part à une cérémonie religieuse, ni pénétrer dans un sanctuaire, ni même mettre le pied sur l’agora.
Le lendemain, se faisait le transport (éxtpopa, elatio) du mo^rt à l’endroit delà sépulture. Le départ avait lieu de très grand matin, fie manière que l’ensevelissement fût terminé avant le lever du soleil et que cet astre n’aperçût point un spectacle impur. Avant de quitter la maison mortuaire, on faisait un sacrifice, puis le cortège se formait. Parfois, le corps était placé sur une charrette .attelée de chevaux ou de mulets ; d’autres fois, et plus souvent sans doute, il était mis sur un brancard porté par des hommes à gages, appelés nécrophot'es. Le mort avait la tête en avant, le visage à découvert, le corps vêtu de blanc. A Athènes, l’ordre du cortège était fixé par la loi. En avant marchait une femme portant le vase (^uxplÇ) destiné aux liba tions à faire sur la tombe ; puis venaient les parents revêtus de costumes sombres.
Les hommes marchaient d’abord, l’un d’eux portant une lance, .si le défunt était mort assassiné; ensuite venaient les femmes. La marche était fermée par les joueurs de flûte, chargés d’accompagner la lamentation psalmodiée par la famille. Dans cet ordre, la troupe s’acheminait par les rues étroites, les femmes pleurant, gémissant, se frappant la poitrine, les hommes se lamentant avec plus de réserve, les joueurs de flûte s’évertuant de leur mieux, si bien que le vacarme réveillait en sursaut les habitants du quartier. On arrivait ainsi au petit jour, hors de la ville, au lieu choisi pour la sépulture.
L’usage de brûler les corps ne fit son apparition que vers l’an 1270 (avant J.-G.), mais cet usage n’était pas général et ne s’appliquait pas à toutes les classes des citoyens. — Nous trouvons dans les historiens romains la mention de puits très profonds
creusés dans la campagne suburbaine, et dans lesquels on déposait les cadavres appartenant au menu peuple.
Lorsque cet ossuaire était plein, on en fermait hermétiquement l’orifice et on ouvrait un nouveau puits à côté du premier. — De nos jours, encore, certains villages de l’Italie centrale et méridionale n’ont pas d’autre mode de sépulture.
Nous devons à M. Maspera, un travail très remarquable sur les cérémonies funéraires en Égypte, au temps le plus reculé.
Le trait dominant de la religion égyptienne, ce qui lui donne un caractère si grandiose et si singulier, c’est l’ensemble des croyances sur la destinée de l’homme et sur les liens qui le rattachent, lui, créature faible et misérable, à la grandeur et à l’immortalité des dieux. Les dogmes égyptiens nous présentent la vie comme une sorte de préparation à la destinée merveilleuse qui nous attend. L’homme sort de ce monde pour entrer dans une vie nouvelle, bien autrement importante, bien autrement longue et décisive que celle dont elle a été précédée. Les efforts de l’homme actuel doivent converger vers les phases diverses et les péripéties de l’autre monde, dit Occidental ou Amenti ou Kernouter ; la piété envers les dieux, la justice envers nos semblables, la pratique de la vérité sont des garanties que nous acquérons pour l’issue bienheureuse de la vie de l’Amenti. Nous pouvons ainsi espérer la justification, qui nous -assimile à Osiris, c’est-à-dire qui nous revêt de gloire et de félicité dans le monde divin, où l’on ne connaît ni déclin, ni douleur, ni mort. L’homme justifié a franchi les longues et redoutables épreuves qui l’attendent dans Kernouter ; il a échappé à la seconde mort, châtiment suprême des méchants qui anéantit leur âme ; grâce aux offrandes faites sur le tombeau et perpétuées à travers les âges, l’âme du défunt possède le secret d’intéresser les dieux à son sort et le moyen de se réconforter pour les épreuves de l’avenir. L’Osiris humain revient alors vers sa dépouille mortelle, l’anime de nouveau et l’associe parla résurrection à son bonheur éternel.
On comprend dès lors l’importance qu’on attachait à munir le défunt de tous les objets qui devaient lui être nécessaires dans sa vie de Y Amenti.
Grande était la préoccupation de conserver intacte la dépouille du mort pour le jour où l’âme reviendrait l’habiter : de là les soins infinis qui présidaient à l’embaumement, à la construction du tombeau et à la dissimulation du sarcophage.
Serviteurs, parents, amis, ceux qui accompagnaient la momie
LES CIMETIÈRES
ne craignaient pas de se donner en spectacle ni de troubler par leur deuil l’indifférence des passants. Ils froissaient ou déchiraient leurs vêtements avec des gestes désordonnés, se battaient à deux mains le front et la poitrine, se couvraient les cheveux et la face de poussière et de boue. Leurs voix, tantôt s’élevaient isolées, tantôt se confondaient dans une plainte commune et formaient un concert de lamentations ; pour les Égyptiens, le défunt n’était à proprement parler, ni vivant ni mort : il avait subi une métamorphose qui le rendait impropre à l’existence terrestre; le dernier battement de son cœur marquait l’instant où il s’éloignait de ce monde pour aller suivre ailleurs le cours de ses destinées.
Le jour des funérailles vient. « Le matin d’aller cacher sa tête dans la vallée funèbre et de se réunir à la terre » était venu, le cortège se mettait en marche à travers les rues de Thèbes et se dirigeait vers le Nil. En tête marchent des esclaves portant des offrandes, puis les pièces du mobilier : coffrets, coffres, tables, fauteuils, pliants, chars, armes, sceptres, amulettes, barque sot laire, figurines, etc. Derrière cette armée de serviteurs, les pleureuses, les amis; les parents entourent le baldaquin sous lequel repose le cercueil traîné par un attelage de bœufs.
Les pleureurs et les pleureuses chantent : «A l’Occident le très excellent qui hait la duplicité. Lamentez-vous, lamentez-vous ! O grand ! lamentez-vous ! O homme bon, très excellent qui hait le mensonge. » Les gens qui mènent les bœufs ont aussi leurs acclamations : « A l’Occident, ô bœufs qui tirez! A l’Occident ! Ton maître vient derrière toi, ô taureau ! » En avant du char ori voit un homme qui arrose le sol avec du lait pour favoriser le glissement du traîneau ; il précède le prêtre officiant, qui présente l’encens et la libation à Osiris.
L’épouse du défunt se livre à son désespoir : « Ne m’abandonne pas, s’écrie-t-elle, ô Grand, ne m’abandonne pas, ne m’abandonne pas! » Un second groupe de pleureurs et de pleureuses répond à son appel : « A l’Occident ! ô deuil! Toi qui fais mon deuil, toi qui me fais pleurer, repose dans ta syringe comme tout juste ! » Un coffret contenant l’huile pour la libation est porté auprès du traîneau. Les amis en costume de cérémonie, la grande canne à la main, sont derrière le cercueil et disent : « A l’Occident ! »
Arrivé au bord du Nil, le convoi s’embarque sur des navires construits ou loués. Sur chaque rive une offrande s’accomplit, souhait d’adieu au départ, souhait de bienvenue à l’arrivée. Cette navigation est le symbole du voyage que l’âme désincarnée entre-
prend pour entrer dans l’autre monde. Le terme de ce voyage mystique est Abydos. Comme la plupart des peuples de l’antiquité, les Égyptiens connaissaient le lieu précis par où les âmes pénètrent dans les régions de l’Amenti : c’est une fente pratiquée dans la montagne à l’ouest d’Abydos. La barque du Soleil, arrivée à la fin de sa course diurne, se glissait avec son cortège de dieux par la bouche de la fente et pénétrait dans la nuit. L’âme des hommes s’y glissait avec elle; c’est là qu’elle trouvait le tribunal suprême d’Osiris. Parti de Thèbes, le défunt traversait donc le Nil pour aller reposer en corps dans la montagne libyque, située sur la rive gauche du fleuve, et pour comparaître en esprit à Abydos devant le jury infernal.
A Rome, l’incinération était également réservée aux classes riches, car cette opération, toujours entourée d’une grande pompe, était fort coûteuse. — Mais à mesure que les victoires de ses armes étendaient les limites de l’Empire, le peuple romain adopta, sans trop s’en apercevoir, une partie des mœurs, des usages des peuples conquis ; or, les peuples du Nord, et les Gaulois entre autres, enterraient leurs morts. Cette différence choquante dans les derniers devoirs à rendre, suivant la classe ou la fortune du trépassé, devait trouver un adversaire résolu dans le christianisme naissant, qui, lui aussi, en imitation de son sublime modèle,'enterrait ses morts, et faisait des catacombes romaines un immenseossuaire.
Nous compléterons cet historique des inhumations chez les différents peuples habitant notre planète par quelques lignes que nous empruntons au journal’ l'Hygiène:
« Parmi les peuples hindous, l’ancienne coutume de la crémation ne prévaut que parmi les castes qui se croient descendante des Aryas guerriers ; la plus grande partie de la population enterre ses morts. La crémation serait exceptionnelle, si les nécessités économiques et hygiéniques des grandes villes n’amenaient pas à l’emploi du feu plutôt qu’à un ensevelissement qui ferait des faubourgs un vaste cimetière. A Madras, par exemple, où la population de 400,000 âmes est fort pauvre, il y a beaucoup d’incinérations.
« Le combustible employé est la brattie, tourteau de fiente de bœuf desséchée au soleil. Le corps est apporté sur un palanquin, à 1 enclos de crémation, quelques heures après le décès; il n’y a
LES CIMETIÈRES
aucun cercueil ; le cadavre est placé simplement sur un lit de tourteaux et couvert d’une quantité suffisante de ce même combustible; le coût de ce bûcher économique ne doit pas surpasser cinq francs. Le feu est très lent, et ne produit pas de flamme; les gaz du cadavre subissent une combustion assez complète et la grande quantité de cendres siliceuses cache les résidus mortuaires. Tôt •ou tard, les cendres du bûcher et du cadavre trouvent leur emploi dans les champs ; il n’y a donc de perte économique que dans les matières organiques.
a En Birmanie, la coutume générale y est d’enterrer les morts, mais les dignitaires de l’Église bouddhiste, bonzes en renom, ont droit à d’autres honneurs. Le saint est déposé dans un cercueil fait, comme une pirogue, en creusant un tronc de teck de forte taille ; ce cercueil est rempli de miel et le corps reste ainsi en confiture pendant une année. Au bout de ce temps, on retire le saint de ce milieu conservateur et on le dépose sur un bûcher de bois enduit de pétrole. Chez les Persans, près de chaque ville où il y a une colonie, ou seulement un groupe important de Parsis, ils acquièrent un terrain sur lequel ils érigent une Tour du Silence, construction simple dont la plate-forme est à l’abri des regards curieux, soit par sa hauteur, soit par l’effet d’un cercle de hauts arbres. La procession funéraire s’arrête au pied de la tour ; les porteurs, préposés à cet office religieux, y entrent seuls et montent le cadavre jusqu’à la plate-forme où ils le déposent. Ils descendent, ferment la porte, et la procession s’éloigne. En quelques heures toutes les parties molles sont dévorées par les vautours et les milans ; et lorsque les porteurs reviennent après quelques jours, ils peuvent jeter les os par le grillage qui forme la partie intérieure de la plate-forme. Le fond de la tour est ainsi un ossuahe.
« Cette pratique singulière est de haute antiquité; elle est prescrite dans le Yendidâd, le seul livre qui reste du Zend-Avesta. La théorie repose sur l’impureté du cadavre devenu la demeure de démons ; il ne doit pas souiller la terre, le feu, ou l’eau, éléments sacrés. 11 ne reste donc que l'air auquel on peut livrer le cadavre ; mais il est évident que la terre ne perd pas grand’chose puisqu’elle est indirectement engraissée par la colonie d’oiseaux de proie qui se forme dans tout le voisinage.
« Il reste à dire un mot sur la coutume hindoue, de jeter les morts à la rivière. Cette coutume ne se pratique, que sur les bords du Gange, fleuve sacré qui sort de la tête de Siva ; les autres
fleuves de l’Inde sont exempts de cette souillure, qui d’ailleurs devient de plus en plus rare.
« Les crocodiles du Gange remplacent les chacals des cimetières hindous, et les vautours des Tours du Silence. »
La religion nouvelle, fortifiant dans les âmes les saines croyances de résurrection et étendant le cercle de son influence régénératrice, éteignit jusqu’au dernier bûcher funéraire.
Les dangers que présentent les inhumations ont fait renaître la question d’incinération : des sociétés particulières se sont formées pour faire entrer dans l’esprit des masses cette violation de nos mœurs; dans les principales villes de l’Europe, on a construit des chapelles crématoires dans les cimetières où l’on brûle tous ceux qui ont manifesté de leur vivant le désir de cette opération.
Nous accorderons une mention toute spéciale à la proposition formulée par M. Cadet, un des membres les plus marquants du Conseil municipal de Paris. M. Cadet eut l’honneur de faire voter à ses collègues la crémation.
La crémation, disait l’honorable conseiller municipal, permettrait de conserver les cimetières actuels, qu’il serait facile de transformer en des jardins où seraient placés les urnes cinéraires. — Cette proposition, continuait l’orateur, avait été portée une première fois devant le Conseil des Cinq-Cents le 21 brumaire an Y, et, sur le rapport du citoyen Doubermesnil, admise en principe. — En l’an VII, l’administration du département de la Seine l’adopta sur la proposition du citoyen Cambry.
Le cimetière Montmartre était particulièrement affecté à ce nouveau service. — « Le cimetière serait entouré de murs ayant une « épaisseur de 0,81 centimètres, dans lesquels seraient ménagées « des niches, des voussures, pour recevoir les urnes cinéraires. »
La combustion des corps s’opérerait dans des fours ad hoc.
Ce qui était possible en l’an VII, observait M. Cadet, est de facile exécution à notre époque, grâce aux progrès de la science. — La dépense de combustible, alors fort élevée, se réduirait aujourd’hui à quelques francs â peine ; quant à la durée de l’opération, elle n’excéderait pas cinquante minutes. — Les essais se multiplient de tous côtés, en Suisse, en Italie, en Angleterre, il est temps que Paris s’en occupe, puisqu’il trouvera dans l'application de ce moyen la solution d’un problème bien difficile à résoudre.
Le Conseil municipal actuel a pris, avons-nous dit, en considération la proposition de M. Cadet.
LES CIMETIÈRES
Une loi a autorisé l’incinération en Italie, qu’a-t-elle produit? se demande M. le.préfet de la Seine.
A Milan, qui compte 315,000 habitants, on a brûlé deux cadavres en 1876, 8 en 1877, 15 en 1878, 23 en 1879, 40 en 1880.
Nous ne repoussons certainement pas, et de parti pris, le projet qui rallume dans l’avenir les bûchers funéraires ; comme M. Cadet, nous reconnaissons que ce moyen est éminemment pratique, qu’il aurait pour effet incontestable de supprimer toutes les émanations ■cadavériques dont l’hygiène s’alarme à bon escient. Gomme l’honorable conseiller municipal,, nous reconnaissons que les immenses découvertes scientifiques permettent d’opérer la combustion des corps, non seulement avec une très grande rapidité, mais sans le moindre dégagement des odeurs caractéristiques qui devaient marquer cette opération chez les anciens : mais il nous faut bien reconnaître aussi que ce remède héroïque contre l’encombrement des cimetières et les craintes exprimées au nom de la salubrité est loin d’être entré dans nos mœurs : il faudra plus de temps qu’on ne croit pour acclimater cette idée, pour l’implanter dans nos usages, pour qu’elle revête une forme acceptable et pour que le brevet d’utilité publique que lui décerne, avec raison, M. Cadet, soit sanctionné par la population.
Voici, d’après le docteur Molière, comment se pratique l’opération de la crémation des corps faite dernièrement à Milan.
Aussitôt introduit dans le fourneau crémateur, le cadavre est immédiatement entouré de flammes innombrables qui en lèchent la surface dans toutes les directions. Le crâne se met à pétiller et la. graisse s’écoule au-dessous en brûlant. C’est précisément à ce niveau que se trouve l’entrée des flammes; aussi a-t-on cru devoir y placer l’une des parties les plus résistantes et les plus difficiles à détruire. Un peu plus haut, on aperçoit par la seconde ouverture l’abdomen qui se rapetisse'et se rétracte sur lui-même au point de diminuer de la moitié de son volume. Mais c’est du côté des membres inférieurs qu’il est encore le plus facile de suivre l’action du calorique sur les tissus. Les pieds se ratatinent tout d’abord, puis ils prennent une coloration noirâtre analogue à celle des momies d’Égypte.
Chose étrange, au milieu de cette œuvre de destruction, le linceul carbonisé conserve encore sa place et tranche, par sa blancheur éclatante, sur la coloration plus foncée des chairs à demi brûlées.
Pendant une demi-heure environ les choses en restent là, et il est permis de croire que la lenteur relative de l’opération vers le début, dépend surtout de la déshydratation du cadavre, car, à dater d’un certain moment, on voit les parties molles disparaître très rapidement. La tête n’a bientôt plus que la grosseur des deux poings, et les membres inférieurs sont entièrement dépouillés. Les petits os du tarse et du métatarse tombent au-dessous de la claie, métallique, ainsi que les fragments plus ou moins reconnaissables des vertèbres calcinées. Seul l’abdomen résiste encore, et contre lui sont dirigés les derniers efforts de la combustion.
La quantité de bois nécessaire à la destruction d’un corps est relativement très peu considérable, la dépense ne s’élève pas au-delà de 3 à 4 fr. : l’opération de la crémation, tous frais couverts, revenant à la somme modique de 48 fr.
Depuis lors une société s’est fondée à Paris pour la propagation de la crémation, elle rappelle ce que nous et d’autres, avons démontré.
« Le nombre des molécules tenus en suspension dans l’atmos- « phère est incalculable. On a évalué à plus de cent millions les « ferments ou germes de toute nature qui passent journellement « dans nos bronches. D’après ce chiffre, on peut juger de l’in- « fluence que l’air impur peut exercer sur la santé. Toutes les ma- « ladies épidémiques n’ont pas d’autres origines. »
Or, si on fait la part qu’à Paris, il existe au moins un million de cadavres, à l’état de putréfaction, que les matières se trouvent à proximité de nos demeures, qu’elles fournissent des miasmes animaux, disent les uns, des ferments cultivables, disent les autres,' qui viennent attaquer l’existence des vivants, nous nous demandons comment il peut se faire que nous continuions à plaisir de maintenir une pareille situation, contraire à la loi, et que nous ne reportions pas les champs de nos morts plus loin de nous.
On objecte que nos mœurs ne se prêtent pas à de pareilles pratiques, et qu’il faudra bien du temps pour y arriver; on objecte, d’un autre côté, que nos lois ne permettent pas l’adoption d’une semblable mesure, que le catholicisme, notre religion prédominante, s’y oppose; qu’enfin ce serait infecter l’atmosphère de Paris des gaz qui, chaque année, s’échapperaient de 50,000 ou 60,000 cadavres, et que ces émanations sont aussi nuisibles que celles dont nous nous plaignons lorsqu’elles proviennent de la torréfaction des matières animales.
LES CIMETIÈRES
Il est vrai qu’on arriverait à brûler ces gaz, à en faire au besoin des luminaires, auxquels on parviendrait à s’habituer.
Ce qu’on reproche encore à ce système, c’est de ne pas rendre les derniers devoirs aux nôtres, c’est de laisser un champ bien vaste au crime, que d’empoisonnements qu’on ne découvre que bien des mois après la mort, resteraient impunis.
La pensée se cabre devant l’idée de livrer au feu le corps de ceux qui nous sont chers ; il semble qu’il y a, dans ce fait, quelque chose de barbare qui est loin d’appartenir à notre époque. — Chacun de nous accepterait, peut-être, cette fin pour son propre compte, mais refuserait certainement cette même chose pour son père ou pour ses enfants.
injection des cadavres. — Les propriétés désinfectantes et antiputrides du coaltar et de l’acide phénique, ont fait proposer leur emploi.
Des cadavres injectés, abandonnés à l’air libre se sont desséchés, la conservation après quatre ans était complète. Dans ces conditions, une quantité plus considérable de cadavres pourrait être renfermée dans un même terrain, la salubrité serait complète, ce serait un embaumement général qui donnerait satisfaction à la piété des familles. Le seul inconvénient, c’est que si ce système assainit les cimetières, il encombre le terrain ; il n’est pas un remède à l’état de chose actuel:
Cellules de sépulture. — Un mode, tout récent, de sépulture vient d’être imaginé sur les bords du lac Léman.
La ville des morts se compose de mas ou édifices construits en béton formant, pour ainsi dire, des monolithes sans joints, ces mas renferment un double rang de chambres ou de cellules mortuaires de dix tombes chacun dans la longueur horizontale, et de trois à cinq superposées verticalement, ayant leurs ouvertures sur les deux faces longitudinales. Entre les deux rangées de chambres se trouve un espace vide dans lequel aboutissent des ouvertures partant de chaque cellule, et par lesquelles s’échappent les miasmes, gaz et parties liquides des corps en décomposition. Ces communications sont placées l’une à ras du sol et l'autre directement sous le sommet de la voûte, et ne s’ouvrent qu’après le premier scellement. Ces récipients des différents mas descendent au-dessous du sol et jusqu’à la surface bétonnée servant de base à la nécropole. Us se réunissent alors et forment une canalisation géné-
raie dans laquelle sont introduites des prises d’air. Le tout aboutit au foyer d’une grande cheminée centrale, laquelle, par un feu continu, appelle et absorbe tous les miasmes.
L'échappement des gaz légers est rendu impossible par l’espace isolateur placé au-dessus des tombes, couvertes encore par une couche de terre végétale, et, d’un autre côté, l’infiltration des matières liquides ou des gaz lourds dans le terrain, par l’espace isolateur inférieur, qui repose sur une couche de béton impénétrable, de 30 à 30 centimètres d’épaisseur, couvrant tout le sous-sol de la nécropole et lui servant d’assise.
Cuite des morts à Paris. — Aussi loin que nous ramène l’histoire, nous découvrons les marques de respect que nos aïeux professaient pour leurs morts. — La forme, les pratiques, les signes extérieurs de ce culte ont pu différer suivant l’époque et le degré de civilisation, mais le fond est resté invariable, tant la mort s’impose par son horreur môme, ou par sa majesté.
De tous temps, sous tous les climats, et à quelque siècle de barbarie qu’il appartînt, la première préoccupation de l’homme a été de dérober la dépouille des siens aux injures du temps ou aux profanations des fauves. Et cela, non point seulement par un instinct de commisération, pour la dépouille inerte, mais bien plutôt par obéissance à un secret sentiment religieux, rempli d’effroi.
En vérité, l’égoïsme avait sa large part dans ce respect, dans cette crainte, et le culte devant lequel nous nous inclinons aujourd’hui, parce que tous, indistinctement, nous nous sentons soutenus par les fortifiantes, promesses d’une vie future, avait, à cette époque lointaine, sa source directe dans l’épouvante du lendemain.
Dès les premiers âges, les morts étaient enfouis dans des fosses profondes ou dans des caveaux. — Mais fosses ou caveaux s’ouvraient à côté de la demeure des survivants.
Plus tard, lorsque l’agglomération des tribus éparses forma des villes, et par le nombre de morts rendit redoutable les exhalaisons cadavériques, les sépultures furent éloignées des habitations et disséminées sans ordre ni symétrie dans les champs, sur la montagne ou dans la plaine.
Il n’est pas de lieu au monde où le culte des morts soit entouré de plus de décence et d’un respect plus véritable qu’à Paris. Il semble que la ville que l'on représente, avec raison peut-être,
LES CIMETIÈRES
comme étant le centre du mouvement, du plaisir et du bruit, veuille se faire pardonner ce trop plein d’animation, de gaieté, de vie, par son attitude digne, par sa contenance profondément respectueuse devant le convoi somptueux ou misérable qui, lentement, sillonne ses rues.
lies cimetières ele Paris. — Le plus ancien cimetière de Paris semble avoir été situé entre la rue de la Verrerie, la rue du Mouton, aujourd’hui disparue, et l’ancienne place de Grève. Le cimetière du marché Saint-Jean ne s’ouvrit que plus tard.
A proprement parler, ces premiers cimetières n’étaient guère que les points où s’ouvraient le plus grand nombre de sépultures, mais sans que la populatiôn fût astreinte à y apporter ses morts. — Les nombreuses découvertes de débris funéraires et d’ossements remontant à ces premiers temps de l’histoire de Paris prouvent, en effet, que les enterrements n’étaient pas soumis à une réglementation absolue et que le lieu de la sépulture était laissé au choix de chacun.
Au reste, le populaire seul était enterré dans les cimetières. Ce qui s’élevait au-dessus de la foule, les grands, les heureux du jour, venaient attendre dans l’intérieur des églises, au pied des autels, l’heure du réveil promis. — Tous les monuments consacrés au culte, depuis la plus humble chapelle jusqu’à l’opulente métropole, depuis le plus riche monastère jusqu’à l’ermitage ignoré, s’entouraient d’un cimetière et couvraient de leur ombre la terre dans laquelle les corps du menu peuple étaient apportés.
Or, le nombre de ces églises, de ces couvents, de ces chapelles, était considérable. Paris, à la fin du quinzième, siècle, comptait 102 établissements religieux abritant un cimetière intérieur et extérieur, et cela sans préjudice des cimetières ordinaires.
Parmi ceux-ci, nous devons mentionner le charnier des Saints- Innocents, sur l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui une partie des Halles centrales. En 1683, ce charnier recevait les inhumations de plus de vingt paroisses. Cent ans plus tard, en 1785, un arrêt du Parlement ferma ce charnier encombré de cadavres ; — un éboulement considérable venait de s’y produire, et les exhalaisons épouvantables qui s’en dégageaient ne justifiaient que trop l’arrêt du Conseil. — Un an après, en 1786, l’archevêque de Paris ordonna que tous les ossements humains extraits de ce cimetière seraient transportés aux catacombes.
L’usage d’enterrer les morts dans les églises ou autour de leurs murailles avait pris naissance dans les sentiments d’une piété naïve dont le côté poético-religieux était bien fait pour frapper l’esprit de nos pères : « L’Église est la maison de Dieu; au jour « du jugement, c’est par les portes des basiliques que s’écoulera « le flot des âmes remontant au Ciel; — les plus près de la porte « seront les premières reçues ! »
Malgré l’opposition des paroisses et l'esprit réfractaire du peuple, l’augmentation constante de la population parisienne rendit bientôt nécessaire l’éloignement des cimetières urbains. — A chaque instant, l’épidémie sévissait et venait prêter son aide aux savants, aux chercheurs, pour battre en brèche la résistance de la population;
Le nombre des cimetières diminua donc rapidement, et l’opposition était aux trois quarts vaincue le jour où un décret de 1790 interdit définitivement l’enterrement dans les églises, les chapelles ou les hôpitaux.
Tant que dura la tourmente révolutionnaire, les prescriptions sanitaires réglant la sépulture furent loin d’être suivies exactement : les enterrements avaient lieu un peu partout ; mais, lorsque le calme fut revenu, une réglementation énergique imposa des limites qu’il fallut bien respecter.
Le 12 juin 1804, un décret impérial désignait, comme lieu exclusif des sépultures parisiennes, trois cimetières situés hoirs des murs. — Un vieux reste des anciennes coutumes essaya une dernière protestation qu’éteignit la voix toute-puissante de l’Empereur.
Il fut ouvert alors non pas trois, mais quatre cimetières, marquant les points cardinaux de la Cité ;
L’un au Nord — à Montmartre;
L’autre au Sud — à Montparnasse ;
Le troisième à l’Est — au Père-Lachaise ;
Le dernier à l’Ouest — à Sainte-Catherine.
L’étendue de ces nouveaux cimetières semblait assurer les besoins présents et à venir, en même temps que leur éloignement de la ville donnait pleine satisfaction aux exigences de l’hygiène publique; mais il était difficile aux administrateurs parisiens de 1804 de prévoir l’immense et rapide développement que Paris allait prendre, et ces quatre cimetières, qui réunissaient alors toutes les conditions de décence et de salubrité pour une agglomération qui ne dépassait pas cinq cent mille habitants, ne tardèrent pas à être
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comblés parles inhumations d’une population s’élevant rapidement à près de trois millions d’individus, tandis que le flot des constructions étendant le périmètre de la cité bien au-delà des bornes prévues au commencement du siècle, englobait dans son enceinte les champs de repos jadis situés en rase campagne.
Les graves inconvénients signalés au dernier siècle, et contre lesquels la science et la raison s’élevèrent avec tant d’autorité, ces redoutables menaces pour la santé publique, menaces que les administrateurs de 1804 croyaient à jamais conjurées, reparaissent en entier, et même avec cette différence aggravante que si, en 1804, le nombre annuel des décès était de 12,300, le chiffra des inhumations atteint aujourd’hui cinq fois ce nombre.
Les choses ont donc empiré, et le danger est devenu plus pressant aujourd’hui qu’alors : comme au temps jadis, les cimetières s’ouvrent au cœur de la ville ; leur enceinte est tellement enserrée par leurs constructions que, sur bien des points, entre l’une et les autres, entre le séjour de la mort et l’habitation des vivants il n’y a comme séparation que la faible épaisseur d’un mur mitoyen ouvrant ses fenêtres sur le champ du repos, et demandant à ce charnier l’air nécessaire à la vie de ses habitants.
Telle est la situation à l’heure même où nous écrivons. — Le Père-Lachaise se défend mal contre l’empiètement de maisons qui forment une partie de son mur de clôture; Montmartre est tellement pressé par les constructions riveraines, il est tellement battu en brèche par la vie qui bouillonne autour de ses murailles, que l’édilité a dû ouvrir une rue traversant le cimetière et le divisant en deux parties.
A Montparnasse, la promiscuité est plus révoltante encore : tout le côté Ouest a pour bordure immédiate une longue suite de maisons formant la rue de la Gaieté! Dans cette rue, si étrangement dénommée, lès restaurants, cafés-concerts, bals publics et autres, semblent s’être donné rendez-vous.
Dans l’esprit de ceux, et le nombre en est grand, qui croient que tout n’est pas fini quand le cercueil est en terre, ces rires, ces éclats d’une gaieté avinée éveillent nous ne savons quelles pensées tristement pénibles, qui tiennent à la fois du dégoût et de la douleur.
Ce n’est certainement pas sans une appréhension bien légitime que les administrations préfectorales qui se sont succédé à Paris, depuis le décret organique du 10 mai 1806, relatif au service des morts, virent s’affirmer chaque jour davantage l’insuffisance des
cimetières. — Mais au lieu d’appliquer une mesure radicale, au lieu de transférer au loin ces nécropoles en leur assignant un emplacement plus vaste et moins dangereux, on se contenta d’ajouter à leur étendue quelques arpents de terre chèrement achetés.
Ces agrandissements successifs pouvaient répondre aux besoins des inhumations, mais l’hygiène, mais la salubrité, mais la santé publique... ?
Afin d’éviter de trop remuer des terres saturées à l’excès, l’administration ferma le cimetière Sainte-Catherine et le remplaça par d’autres, situés dans ce qui formait alors la banlieue parisienne.
Le choix n’était pas heureux, car cette banlieue, déjà considérablement peuplée, trouvait ses propres cimetières insuffisants.
Lorsque, en 1860, Paris recula ses limites jusqu’à l’enceinte fortifiée, cette question des inhumations s’imposa de nouveau et avec plus de force que par le passé. Mais l’administration estima que les cimetières de Montmartre et de Montparnasse pourraient servir encore pendant trois ans au moins; que si besoin était, il suffirait de rouvrir et de recharger les anciens cimetières de la banlieue, ce qui permettrait de suffire, pendant quelques années, à toutes les exigences du service mortuaire.
Depuis l’époque de l’annexion, on a atteint le chiffre énorme d’un million d’inhumations.
Drainage. — Ces quelques années sont passées, nos cimetières regorgent.
Il faut assainir, disent quelques esprits inquiets, l’opération consistera à placer de 70 à 80 centimètres de la zone supérieure des sépultures, des lignes de drains agricoles, espacés entre eux de 7 à 8 mètres; les collecteurs recevront et conduiront aux égouts les eaux; cette opération sera éminemment favorable à la salubrité publique et hâtera la décomposition des corps, ce qui permettra aux cimetières actuels d’être suffisants à tous les besoins.
Un pareil système ne tient aucun compte des sentiments de la population ; drainer les morts, recueillir leurs eaux, est un opéraration révoltante.
Il est vrai que quelques industriels avaient conçu le projet d’utiliser ces eaux bleuâtres et infectes, et de les présenter au public, dans des établissements thermaux, comme étant eau de source ferrugineuse et sulfureuse.
LES CIMETIÈRES
D’autres, nous venons de le dire, songeant à incinérer les corps, et rétablir comme dans les temps anciens, des locaux où seront renfermés les cendres de nos morts.
Jamais, à aucune époque, rappelons-le, on n’incinérait tous les morts. L’incinération n’était accessible qu’aux riches et aux grands hommes, mais le commun des martyrs allait reposer dans de profondes citernes que l’on fermait lorsqu’elles étaient pleines.
A-t-on bien songé à la possibilité d’incinérer à Paris, de 50 à 60,000 cadavres par an? La dépense serait non seulement excessive pour ceux qui ne possèdent rien, mais le travail distillatoire soulève une grave question à résoudre.
C’est sans doute cette pensée qui inspirait le Conseil municipal, car tout en le votant, il prenait en considération la création d’un cimetière à Méry-sur-Oise.
Cimetières périphériques. — M. Ernest Hamel est un des partisans des cimetières périphériques, proposition qui fut soutenue par MM. Riant et ses collègues; les arguments qu’il invoque près le conseil municipal sont les suivants :
Saint-Just, dans ses Institutions républicaines, voulait que les cimetières, au lieu d’être les désolantes et arides nécropoles que vous connaissez, fussent de véritables oasis, de riants paysages, où les vivants prissent plaisir à venir s’entretenir avec les morts, où des arbres donnant de splendides ombrages, et des fleurs incessamment renouvelées, offrissent, à côté d’un aspect enchanteur, les conditions les plus favorables à l’hygiène.
De riants paysages-pourraient être certainement créés dans le cimetière de Mérv, que l’administration se propose de voter; mais Saint Just demandait en même temps que les vivants ne s’éloignasr sent pas trop des -morts, afin de rester en perpétuelle communication avec eux. 11 avait raison, et la population parisienne, qui a, au suprême degré, le culte des souvenirs et le respect des morts, se fera difficilement à l’idée d’exiler au loin ceux qu’elle a perdus et d’entreprendre un voyage presque lointain pour les enterrer et leur rendre visite.
La cité des morts doit être l’annexe de celle des vivants. Le cimetière est la promenade des affligés, la promenadé chère.aux innombrables familles qui ne veulent pas se séparer de leurs morts et qui les visitent souvent, en attendant qu’elles aillent les rejoindre. Elles n’admeltront jamais qu’on le rélègue à 30 kilo-
mètres, quelles que soient d’ailleurs les facilités de voyage qu’on leur promette.
Pourquoi s’en aller à Méry quand on a autour de soi dans la zone militaire des milliers d’hectares frappés pour ainsi dire de non-valeur et dont on pourrait faire, dans les parages les plus éloignés, des habitations, ces riants paysages et ces véritables oasis dont parlait Saint-Just.
La question d’hygiène ne saurait être invoquée, car la commission administrative, nommée pour examiner cette question, s’est prononcée pour la parfaite innocuité des cimetières. Loin d’être des foyers d’infection, les cimetières, placés sur la périphérie de Paris, dans la zone militaire, et où une place serait réservée pour la crémation volontaire, assureraient, grâce à leurs ombrages et à leurs arbres toujours verts, la salubrité de l’air.
La commission d’hygiène est mise à partie par M. Hamel; les cimetières sont par son autorité des lieux aérés et sains, et on ne comprend pas ceux qui, comme nous, ont décidé que tout champ d’inhumation devait être porté loin de leurs habitations; M. Hamel regrette peut-être l’existence des cimetières des Innocents et de tant d’autres qui n’existent plus; et s’il veut être conséquent avec lui-même, il devrait demander que nos squares et nos promenades publiques fussent réservés, à l’avenir, aux cimetières.
Nous verrions, à partir des portes de Paris, comme à Pompéi, des allées bordées de cyprès; les déblais et les remblais qui forment nos fortifications convertis en jardins funéraires; le tout renfermé entre nos dernières demeures parisiennes et les premières habitations des communes suburbaines qui nous entourent. Ce n’est pour M. Hamel que craintes chimériques, que nos discussions hygiéniques qui datent de si loin, et qui veulent que nos dépouilles soient consumées, en les portant dans des terrains perméables ; il n’est plus question ni de temps, ni d’espaces, qu’une pareille opération exige ; il ne faut tenir aucun compte enfin des miasmes que dégagent les terres qui sont contaminées par des matières organiques én putréfaction. Toutes ces craintes ressemblent fort aux contes bons à endormir les enfants. Heureusement pour ceux qui ont souci de la santé publique, que les propositions de M. Hamel seront rejetées par le conseil muuicipal.
Jftiéry-Bur-Oiae. — Les terrains de Méry-sur-Oise s’étendent sur un coteau, aux pieds duquel se groupent les villages de Frépillon,
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Bessancourt, Taverny, Saint-Leu, Saint-Prix, Monlignon, Eau- Bonne, Soisy, Enghien, et tout au fond, se perdant dans la brume, la coupole des Invalides, dont les ors miroitent au soleil.
L’emplacement, à peu près celui du bois de Boulogne, occupe 823 hectares et appartient, en partie, à la ville de Paris. — Le sol se compose d’une épaisse couche sablonneuse, recouverte par des alluvions et recouvrant elle-même une masse compacte de calcaire poreux. — Cette nature du sol offre, comme on le voit, les meilleures conditions pour l’absorption des émanations délétères et la rapide décomposition des corps.
L’emplacement est tout préparé pour le service auquel la municipalité le destine.
Ce que l’établissement du cimetière de Méry-sur-Oise réalisera de bon, de véritablement utile est incalculable; — ses bienfaits n’auront pas trait seulement à l’hygiène, à la salubrité publique, mais on donnera satisfaction au désir depuis si longtemps exprimé parla population, qui voudrait voir disparaître à jamais la fosse commune, ce grand rendez-vous des cercueils du pauvre.
A Méry, chacun aura sa fosse, et pendant de longues années pourra y goûter un repos tranquille.
A Méry, chaque corps jouira gratuitement d’une concession; cette concession s’adressera tout aussi bien au mort, amené par le modeste corbillard du pauvre, qu’à celui qui y viendra escorté de toute la pompe moderne. — L’ouverture du nouveau cimetière supprimera donc cette horrible mélange de corps, mélange que la municipalité, actuellement impuissante à éviter, déguise sous l’étiquette d’inhumations en tranchées, ké- Or, à Paris, le 79 0/0 des décès vont à la tranchée, contrairement aux prescriptions delà loi.
Chaque tombe du pauvre sera entourée d’une grille, d’une clôture en bois ou en fer qui en délimite exactement l’emplacement, éloigne du tertre, le pied du promeneur et permette aux familles de retrouver facilement la fosse où repose le corps.
Chaque fosse sera séparée de sa voisine par un grillage ou par une bordure en gazon établie aux frais de l’entreprise ; on réalisera ainsi un progrès sensible sur ce qui existe actuellement, mais nous ne dissimulons pas que cette obligation constituera une charge un peu lourde, surtout si on réfléchit que le nombre d’enterrements gratuits, ou appartenant au dernières classes, atteint près de 79 0/0.
En donnant gratuitement aux pauvres ce terrain particulier qui, jusqu’à présent, était réservé aux riches, le Pouvoir civil accomplit
uni acte de réparation, mais ce bienfait peut aller plus loin encore, car, de concert avec le Pouvoir religieux, il pourra assujettir la Compagnie des Pompes funèbres à faire l’entretien de ces mêmes tombes.
Pour cela, il abandonnera à cette Compagnie une somme égale à celle que les finances municipales paient actuellement de ce cbef, il mettra en plus, à la charge de l’entreprise, le soin et les frais d’établissement d'un grillage, d’une clôture délimitant et isolant la fosse.
Le cahier des charges de 4875 de la Ville de Paris attribue au fossoyeur une somme de 148,190 francs. — Cette somme répartie sur 50,000 morts, donne pour chacun d’eux une moyenne de trois francs (2 fis 96) en déduction de laquelle la Ville reçoit de l’entreprise une somme de 50 centimes par fosse.
Les choses ainsi réglées procureront aux finances municipales une économie sensible, tandis que la piété des survivants, rassurée par l’honorabilité de l’entreprise et la haute sollicitude de l’Administration, cessera de voir dans un éloignement nécessaire, une sorte d’abandon, de délaissement de nos morts.
L’entreprise des Pompes funèbres trouverait une compensation aux frais qu’elle aurait à supporter pour le gardiennage et l’entretien du cimetière dans les bénéfices qu : elle retirait delà construction des monuments funèbres; caveaux, chapelles, et dans la fourniture des fleurs, arbustes, entourages, croix, emblèmes, etc., etc., soit qu’elle procédât elle-même à ces fournitures, soit qu’elle en confiât le soin à des entrepreneurs opérant sous sa responsabilité immédiate.
Les objections soulevées parleprojet d’ouverture d’unevaste nécropole â Méry sur-Oise se sont peu à peu évanouies devant les sages discussions qui occupèrent les diverses sessions du Conseil municipal. La population, d’abord hostile au projet, ne tarda pas à être édifiée sur ses propres intérêts en lisant les remarquables rapports des ingénieurs et des administrateurs de la Ville ; elle comprit que le sacrifice que Ton demandait à ses sentiments était dicté par une sage prévoyance qui ne faisait que devancer l’heure de la nécessité.
Les écrits de MM. Leclère, Saglier, Riant, Léon-Pagès, Arrault, Hérold, Alphand, Belgrand, Wafflard, Chevalier, etc., le remarquable ouvrage deM. l’avocat Gaubert, des Inhumations et des Pompes funèbres , etc., soit qu’ils repoussent le projet, ont fait la lumière
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sur cette grave question, et placent le Conseil municipal dans l’obligation de se prononcer; sans davantage attendre.
Il y a des gens qui trouvent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Des médecins qui n’ont jamais éprouvé de mal, en manipulant des cadavres, pensent qu’il y a dans notre manière de voir bien des exagérations.
D’autres, au contraire, moins bien disposés que leurs confrères, éprouvent des influences fâcheuses, et font usage de l’acide phénique, de récente invention, qui leur offre aujourd’hui ses services.
L’habitude est une seconde nature, dit-on; à ce titre, le médecin qui dissèque, le fossoyeur qui enterre et déterre sont bien moins sujets aux odeurs cadavériques que le public; or nous écrivons pour le public, pour cet être inconscient dont il faut diriger l’hygiène et nous lui disons :
Ce n’est qu’après un certain temps, que les éléments putrides deviennent dangereux, et les éléments sont plus ou moins pernicieux suivant qu’ils émanent de cadavres ayant succombé au choléra, aux fièvres... Ce n’est donc pas généralement partout, que les miasmes sont dangereux, mais il en faut généralement peu pour empoisonner 1,000 individus et plus.
L’opuscule que nous publions aujourd’hui, et qui n’est que le complément de nos précédents écrits sur ce même sujet, n'a d’autre but que de répondre à un besoin plein d’actualité, et qui s’impose avec toute la force d’un impérieux devoir.
Le cimetière de Méry-sur-Oise doit être exclusivement affecté au service des inhumations de Paris.
Les inhumations doivent être faites par une Compagnie spéciale — les Po mp es funèbres.
Et seulement alors, les habitants de la ville de Paris et ceux du département de la Seine n’auront plus à craindre les odeurs pestilentielles qui s’échappent aujourd’hui des cimetières actuels, ils seront assurés que leurs morts y dormiront en paix.
Nous aborderons ce que doit être, d’après nous, le service des Pompes funèbres de la ville de Paris ; nous indiquerons comment la question des transports doit être résolue, et la nécessité, pour se conformer aux lois qui nous régissent, de s'éparer complètement les pouvoirs civils et religieux.
La London Necropolis Company. — En 1§57, Londres voyait se fonder une Société qui prit le nom de Woking Common Cemetery.
Cette Société avait pour but d’assurer à chacun de ses membres un emplacement dans les environs de la grande cité pour y dormir le dernier sommeil.
L’année suivante, la Société, reconnue par le Parlement, se transformait en une puissante Compagnie, achetait 800 hectares de terrains, traitait des transports funèbres avec une Société de chemins de fer, et prenait le titre de London Nec7'opolis Company.
L’idée était juste, et frappée au coin de cet esprit pratique dont nos voisins nous donnent de si fréquents exemples, aussi fît-elle rapidement son chemin — les adhésions arrivèrent de toutes parts, et le succès s’affirma dès les premières années.
Yoilà vingt ans que cette œuvre entreprise à Londres fonctionne à la satisfaction de tous, et lorsqu’on visite cette nécropole anglaise sillonnée en tous sens par de larges allées sablées, bordée de grands arbres et entretenue avec une décence qui ne laisse pas de place à la critique, on se demande comment Paris, aux prises avec les difficultés créées par l’insuffisance de ses cimetières, constamment placé sous les terribles menaces des épidémies, obligé, dès lors, de tout sacrifier aux exigences de la santé publique, n’a pas suivi l’exemple donné, exemple d’une aussi facile exécution?
Aujourd’hui, près de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que l’Anglais a mis en œuvre cette idée rationnelle et chrétienne, de posséder pour lui et sa famille un dernier asile, où il pourra attendre, loin de tout bruit, le réveil de l’éternité.
Quand on a visité, comme nous, ce champ de repos anglais, on sent son âme envahie d’une douce et séduisante mélancolie, à la vue de ce paysage, sillonné par de larges allées sablées, coupé de vertes pelouses et planté d’arbustes dont le sombre feuillage semble commander le silence dans ce royaume de la mort.
Pour aller à cette nécropole on prend, à la gare de Westminster, le chemin de fer du South- Western. A cette gare se trouve un endroit spécial où les convois mortuaires se rendent, apportant des divers points de la ville, les cercueils des associés décédés; ces cercueils sont placés dans des chapelles de première, de deuxième ou de troisième classe; à onze heures précises du matin a lieu le départ du train.
Les-cercueils sont portés et placés par des agents spéciaux dans un fourgon.
Les parents, les amis sont invités à monter dans les compartiments des voitures, qui leur sont destinées, de telle sorte que chaque famille soit séparée.
LES CIMETIÈRES
En 1858, le chemin de fer transportait. 2,7 21
En 1859 — — 2,926
En 1860 — — 2,600
En 1861 — — 8,149
En 1862 — — .. 3,538
En 1863 — — 3,560
En 1864 — — 3,400
En 1865 — — 3,580
En 1866 — — 3,690
La moyenne pat jour est donc de 10 morts environ.
Un seul train funéraire suffit.
Il ne s’arrête nulle part; arrivé au cimetière, on descend de wagon et l’on va prendre place à l’église pour y entendre les dernières prières ; à la suite vient le char sur lequel le cercueil doit être apporté jusqu’à la fosse ; ce char est traîné par des hommes ou par un cheval.
Le coût du transport du chemin de fer pour chacun des voyageurs est de :
Première classe. 7 fr. 50
Deuxième classe.’. 4 75
Troisième classe. 2 50
L’enterrement coûte :
Pour un emplacement temporaire. 25 fr. »
— perpétuel. 62 50
D’emplacements gratuits, il n’y en a pas.
Cet essai qui s’est accompli en 1853 à Londres, s’est poursuivi, comme nous le voyons, de 1858 jusqu’à nos jours avec une convenance égale, sinon supérieure, à celle qui préside aux funérailles parisiennes.
Chacun sait qu’en Angleterre tout se fait par l’initiative individuelle; aussi cette transformation s’est-elle accomplie par l’association, qui, peu à peu s’est élargie, comme toutes les choses utiles, et se compose aujourd’hui non seulement d’individualités, mais encore de corporations si nombreuses dans la ville de Londres.
L’initiative privée a fait que le cimetière de Wiking Common n’est pas une nécropole gratuite; les riches seuls y ont droit d’asile. C’est là le défaut que présente toute œuvre émanant de l’initiative privée : admirable, quand elle est appliquée à l’industrie elle devient souvent détestable quand elle est appliquée à une né-
cessité sociale, aussi les pauvres, les déshérités de la fortune, sont conduits à un cimetière spécial situé à 7 milles, sur le chemin de fer d'Fastern-Counties.
A Paris, on ne pourrait se contenter d’un pareil projet; le principe d’égalité est trop absolu chez nous, pour se laisser persuader que, suivant qu’on meurt riche ou pauvre, on doive subir un sort différent.
Projet delà ville de Bruxelles. — Dans le but d’écarter autant que possible les dangers qui résultent du voisinage des cimetières, on a installé àEvère, localité qui se trouve à cinq kilomètres des boulevards de Bruxelles, un vaste champ de repos.
Une promenade de dix kilomètres est généralement désagréable.; la pluie, la neige, le froid, s’en mêlent assez souvent, et le chagrin d’accompagner un parent ou un ami à sa dernière demeure ne suffit pas toujours pour nous rendre insensibles aux intempéries des saisons et aux fatigues de la marche. Tout le monde n’est pas assez riche pour se donner le luxe d’une voiture afin de suivre le char funèbre commodément et sans craindre de subir les désagréments dont on vient de parler.
Un service de transport économique résultait forcément de l’installation du cimetière d’Evère. La création d'un tramway simplifiait toute chose et mettait à néant toutes les récriminations et les justes plaintes du public.
Le Conseil communal de Bruxelles, lors de la discussion relative au cimetière en question, avait écarté l’argument qui combattait l’installation à Evère à cause de l’éloignement de cet endroit, en prométtant la construction d’un train reliant le cimetière à Bruxelles.
Un chemin de fer pourra-t-il aller chercher le défunt à son domicile? Non. Il n’en est pas de même du train. Celui-ci, grâce à l’ingénieux système de roues inventées par M. le comte deLamare peut parfaitement sortir des rails et faire n’importe quel trajet sur n’importe quelle route. Le transbordement sera donc tout aussi simple avec le train qu’il l’est maintenant avec les corbillards ordinaires.
Les pompes funèbres. — De tous temps les pompes funèbres furent l’objet d’un monopole. La dernière des cérémonies religieuses et le culte des morts ne pouvaient qu’y gagner; mais de tous temps aussi le pouvoir législatif a pris un soin extrême à bien
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distinguer ce qui dans les honneurs mortuaires relève directement du temporel.
Les ministres des cultes ont raison de protester aujourd’hui quand on entrave leur action spirituelle ; ne représentent-ils pas, en effet, ce qu’il y a de plus sacré chez nous, la conscience.
Le pouvoir temporel, de son côté, est non moins dans son droit en revendiquant la séparation des pouvoirs et aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire, nous constatons que cette division dans le.service des cultes a toujours existé, à la charge parles scribes des Egyptiens, par les entreprises des Grecs, par les pontifes des Romains, par les fossons des premiers chrétiens, de subvenir aux dépenses non seulement de leurs cultes, mais de l’inhumation du pauvre.
La législation moderne a voulu continuer dans celte voie. L’Etat entend que les primes que l’entreprise touchera des classes aisées soient assez considérables pour qu’il n’ait aucune charge à supporter.
C’est ainsi que toutes les fournitures, les travaux dans les cimetières, les transports, les tentures, tous les objets même les plus
futiles, bouquets, couronnes, lettres de faire part. leur sont
dévolus.
Le temporel, disent les articles 16 et 17 du décret de prairial, maintiendront l’ordre et la salubrité publique.
La loi hien interprétée voudrait que les fabriques et consistoires perçussent le prix de ces choses, et si les bénéfices étaient insuffisants pour couvrir toutes les dépenses, alors, en vertu de l’article 26 du décret du 29 prairial, il appartiendrait à la commune d’y pourvoir,
A Paris, le budget de la ville n’a rien à supporter de ce qui concerne le service des cimetières, et on est étonné de voir la grande ville si démocratrique, si désireuse de séparer les pouvoirs, bénéficier du budget des morts.
C’est que Paris semble destiné à être toujours régi par des lois exceptionnelles.
Lorsque la loi organique intervint, le préfet — M. Froehot — organisa le service des pompes funèbres; le concours des paroisses fut nominal, chacune d’elles eut un entrepreneur ; ces diverses entreprises se fusionnèrent en 1806, et formèrent un bureau spécial à la municipalité.
En même temps l’entreprise devint responsable, on l’enserra dans un cahier des charges, puis on lui dit de remettre aux pa-
roisses et consistoires, à titre de prime, une portion de....
sur ses bénéfices.
Ce système simple, autocratique, fonctionna jusqu’en 1870, et il eut cela de particulier, que les fabriques et consistoires furent satisfaits, l’entreprise également, la ville y trouvant son compte.
Seulement si les intérêts matériels étaient sauvegardés, les principes avaient été violés, et il n’existait plus aucune séparation entre les églises et le temporel.
Le Conseil municipal depuis 1871, les fabriques et consistoires, depuis 1869, tendent à se séparer, à rentrer sous la loi ; le système suivi est anormal, si les cultes doivent continuer à enterrer leurs morts, qu’ils le fassent, mais alors à eux la charge de pourvoir à tous les frais, voir même à ceux de réparations, d’entretien des églises et synagogues.
La question en effet est bien posée, aussi la loi vient de parler.
Le décret du 27 octobre 1875, rendu sur le rapport du ministre de l’instruction publique et des cultes; sur les délibérations des conseils de fabriques et des consistoires réformés, luthériens et israélites de la ville de Paris; sur les avis du cardinal-archevêque de Paris et du préfet de la Seine; et enfin sur celui du ministre de l’intérieur, a décidé qu’à l’avenir le conseil d’administration des pompes funèbres sera composé de seize membres, dont treize appartiendront au culte catholique.
Les membres seront présidés par le vicaire général, délégué de l’archevêque, leurs fonctions dureront six ans, et ils exerceront les attributions spéciales dont ils sont chargés.
Ces attributions émanent des droits qui appartiennent à chacune des fabriques et consistoires — ils administreront — ils aliéneront— ils emprunteront— ils esteront en justice — le tout, dit le décret, à la seule condition de se conformer aux dispositions qui régissent les fabriques et les consistoires.
Une circulaire émanant de l’archevêché de Paris, en date du 14 novembre 1875, adressait une formule de délibération à prendre pour la nomination des membres du nouveau conseil d’administration des pompes funèbres.
Ces administrateurs sont :
MM. Housset, Labordère, avocats au conseil d’Etat ; Hamel, avocat ; Franqueville, maître des requêtes ; B oa Reille, C ,e Molny- Colchen, conseiller à la Cour des comptes ; Gallard, Lenoir, Lamory, Hellot.
Dans l’état actuel des choses, les fabriques et les consistoires de
LES CIMETIÈRES
Paris rentrent dans la prérogative des droits et des charges qui leur ont été concédés par la loi, ils sont assujettis à tous les services des inhumations ; ils se trouvent sous le contrôle et sous les ordres immédiats du préfet de la Seine, pour tout ce qui regarde l’ordre et la salubrité.
Les tarifs qu’ils sont autorisés à percevoir, seront proposés par le Conseil municipal, après avis de l’archevêque et du préfet.
Enfin, si, par des causes indépendantes de la volonté des contractants, des insuffisances de recettes se produisaient, le Conseil municipal serait astreint d’y pourvoir.
Enfin, encore, en vertu de l’article 10 du décret de 1806, les autorités municipales, de concert avec les fabriques et consistoires, soumettront l’entreprise du transport, les travaux dans les cimetières, leur entretien, les fournitures, à l’adjudication publique.
Le transfert des cimetières à Méry exige la formation d’une Compagnie puissamment organisée qui se chargera du transport des morts, de l’entretien du cimetière, services qui ne pourraient entrer dans les attributions des ingénieurs municipaux, autrement que sous leur.surveillance directe.
L’ordre, les soins, la police intérieure, doivent se partager entrela préfecture de la Seine et la Compagnie des Pompes funèbres.
Les revenus qui ressortent pour les fabriques et consistoires du diocèse de Paris leur sont assurés par le concessionnaire de leurs privilèges, les Pompes funèbres. Cette redevance versée par l’entrepreneur était, en 1875, la suivante :
Au culte catholique... 1,851,771 fr. 87
— réformé. 55,035 90
Confession d’Augsbourg. 17,993 67
Culte hébraïque. 24,274 74
Aux fabriques. 35,000 00
Total des sommes payées. 1,984,076 18
Le service des inhumations, transférées à Méry-sur-Oise, resterait sous la direction des paroisses et consistoires ; la surveillance serait exercée par la préfecture de la Seine; la Société percevrait les mêmes tarifs que ceux existant actuellement.
Chaque convoi mortuaire acquitterait, suivant la classe choisie par les parents du défunt, une taxe municipale, savoir :
Pour la l rc classe. 40 francs.
Pour la 2' — . 40 —
Pour les 3 e et 4' classes. 30 francs.
Pour la 5° classe. 20 —
Pour la 6° — 15 —
Pour les 7* et 8 e classes.. 10 —
Enfin pour la 9 e classe. 6 —
à laquelle viendraient s’ajouter les frais des Pompes funèbres fixés d’après les tarifs des administrations municipales, conformément à l’article 23 du décret du 23 prairial an XII, et aux articles 7 et d 1 du décret postérieur du 18 mai 1806.
L’emplacement de Méry est tout préparé pour le service auquel la municipalité le destine.
La Yille de Paris est propriétaire de terrains représentant une valeur de 2,455,000 francs.
Elle devra arrondir sa propriété et acheter encore pour environ 500,000 francs.
La construction des murs, des fossés qu’il faudra établir au fur et à mesure de l’étendue de l’occupation du nouvel ossuaire, atteindra sans nul doute une somme de 500,000 francs.
La Société concessionnaire aura à élever les gares d’arrivée, les bâtiments de l'administration et des surveillants; la dépense de ce chef peut être évaluée à 500,000.
Soit en dépenses à faire ou déjà faites, 4 millions.
Transport. — Dans sa session de 1874, le Conseil municipal écarta les propositions du chemin de fer du Nord, et accentua une fois de plus que le service des inhumations ne pouvait être fait que par une Compagnie spéciale et un chemin ad hoc; chemin et Compagnie relevant directement du Préfet.
Le coût de ce chemin de fer fut évalué à 300.000 francs par kilomètre, soit une dépense de 9 millions de francs.
Quatre chapelles ou gares mortuaires devaient être édifiées :
Au cimetière Montmartre,
— du Père-Lachaise,
— du Sud,
— sur un des bas côtés, du Champ-de-Mars.
La grande objection qui est faite au transfert des cimetières de Méry-sur-Oise, est l’éloignement — l’objection serait des plus fondées si la nécessité n’était aussi pressante. Nous avons vu l’impossibilité d’ouvrir de nouvelles Nécropoles autour de Paris ou sur le territoire des communes suburbaines ; partout les exigences de 1 hygiène sont venues s’opposer à toute entreprise semblable; force
LES CIMETIÈRES
donc était d’aller plus loin chercher un terrain situé dans des conditions meilleures, puisqu’il était devenu urgent de faire cesser une situation qui, en se prolongeant, devient un danger pour la ville.
Devant cette considération, l’objection de l’éloignement perd beaucoup de son importance.
Au reste, cette même question s’est régulièrement présentée toutes les fois que l’accroissement de la population a nécessité le déplacement des cimetières.
Sous le règne de Louis XIV, lorsqu’il fut décidé que le charnier des Saints-Innocents recevrait la majeure partie des corps, il s’éleva dans le peuple de violents murmures fondés, d’une part, sur l’éloignement, et, de l’autre, sur une innovation qui en était la conséquence directe.
Jusqu’alors, en effet, le défunt était transporté à sa dernière demeure, sur les épaules des membres des Confréries religieuses ;
— l’éloignement du champ du repos obligeant de renoncer à ce mode fatigant, le corbillard fut créé.
Or, le peuple ne manqua pas de protester contre ce nouveau mode de transport — et de même que quelques rares esprits, qu’instinctivement tout changement inquiète, croient découvrir le fantôme d’une profanation dans l’acte de conduire les corps à Méry à l’aide d’une locomotive, de même nos bons aïeux se voilèrent la face à la seule idée de voiries chevaux jouer un rôle actif dans les cortèges funèbres.
Que dirait la population parisienne si l’Administration, faisant retour aux anciens usages, renonçait au mode actuel.?
La science progresse sans répit — tous les jours nous voyons les moyens mécaniques étendre le cercle de leurs perfectionnements
— la force vapeur s’impose aujourd’hui même aux réfractaires, si toutefois il en existe encore; pourquoi, dès lors, refuserions-nous d’employer pour le service funèbre un des agents de transport dont nous faisons nous-même un usage constant? Pourquoi? Comment et en quoi manquerons-nous au respect que nous devons à nos morts si nous remplaçons le cheval par l’emploi de la locomotive ? Où serait la profanation? Et s’il y a profanation dans la locomotive, comment se fait-il que nous trouvions tout naturel de confier le corps de nos proches à celte même machine lorsque nô'us désirons les transporter au loin? (I) Ou la logique a cessé
(I) La moyenne du transport par les chemins de fer français et étrangers est de plus de 20,000 morts par an.
d’être, ou bien s’il y a profanation dans un cas, il doit y avoir profanation dans l’autre.
Nous ne nous arrêterons donc pas à cette objection, qui partant sans doute d’un bon naturel, n’a pas à être discutée davantage.
Les transports funèbres par voie ferrée emploieront:
De la gare mortuaire de Montmartre à Méry. 36 minutes.
— du Père-Lachaise — . 45 —
du Sud — . 57 —
— du Champ-de-Mars — . 54 —
Actuellement les convois funèbres parcourent pour se rendre aux cimetières :
13 à 16 kilomètres s’ils appartiennent aux 6 e , 7 e et 15 e arrondissements.
14 à 15 — — 1 er , 3 e et 20 e —
12 k 14 — — 8 e , 11 e et 17 e —
C’est donc, dit M. Wafflard, auquel nous empruntons ces chiffres, à raison d’un kilomètre par quart d’heure, au moins trois heures et demie en moyenne, le temps indispensable pour accompagner jusqu’à sa dernière demeure le corps d’un parent, d’un ami.
Projet de l'Administration municipale. — Les études ayant pour but d’abréger la distance qui sépare Paris de sa future Nécropole sont nombreuses ; le premier projet, qui appartient à l’Administration municipale, fut mis à l’enquête le 13 juillet 1866.
Lavoie partaitducimetièreMontmartre, traversait Glignancourt, arrivait à Saint-Ouen pour y traverser la Seine, franchissait de nouveau le fleuve à Epinay, passait à Saint-Gratien, se soudait au chemin de fer Nord-Ouest à Ermont, puis, à travers la vallée de Montmorency, par Mesnil, atteignait le cimetière.
Entre les deux points extrêmes on comptait 24,200 mètres.
Ce tracé ne devait pas être exécutéquelques propriétaires, à Saint-Gratien, trouvaient inconvenant qu’un chemin de fer destiné à un tel service vînt passer si près de leur habitation. —Pour ce motif, ou pour un autre, le projet fut écarté ; M. le Ministre des Travaux publics accorda ce chemin à la Compagnie du Nord, qui en sollicitait la concession, et chargea M. Barraut, ingénieur au corps des ponts et chaussées, de faire ailleurs le Chemin des Morts.
LES CIMETIÈRES
Projet Barraut. — Le tracé exécuté par M. Barraut ne s’écarte du précédent que dans une partie de son parcours : au lieu de franchir la Seine, à Epinay, il vientla franchir à Argenteuil et créé une dépense de plus.
En établissant le passage à Epinay, le projet Haussmann construisait sur ce point un pont à double usage, qui a donné depuis à cette population les moyens de communication qu’elle réclamait depuis si longtemps.
Le tracé Barraut atteignait son terminus en passant à Gormeil et à Montigny.
Sa longueur était de 21,362 mètres, et rapprochait quelque peu la distance, malheureusement cet avantage était acheté au prix de défauts capitaux :
Il créait unpontinutile pour les populations, et en ne se soudant pas au chemin de fer du Nord-Ouest il fermait aux voyageurs pour Méry les gares du Nord et de Saint-Lazare.
Le troisième projet émane du Conseil général du département de Seine-et-Oise.
Ce chemin, tout en suivant à peu près le tracé Barraut, allongeait le parcours et le portait à 27,000 mètres.
Tels étaient les seuls projets en présence, avant les événements de 1870.
Projet Br un faut. — En 1872, la Société d’étude de chemin de fer métropolitain et de la banlieue de Paris présentait un quatrième projet (1).
Comme l’avait fait M. Haussmann, le Métropolitain établissait son point de départ au cimetière Montmartre, puis touchait également Saint-Ouen, Gennevilliers et Epinay ; mais au lieu de se brancher avec la ligne du Nord-Ouest à Ermont, le tracé venait chercher cet embranchement à Sannois et se rendait à Méry, en desservant Franconville, la patte-d’oie d’Herblay et Pierrelay.
Sa longueur était de 23,697 mètres.
Projet du chemin de fer du Nord. — La solution de la question des transports ne comportait jusque-là que l’exécution d’un chemin de fer spécial exclusivement affecté au service funèbre ; laC ompagnie du chemin de fer du Nord changea ces données et proposa
(I ) Le Cimetière de Mèry-sur-Oise et le Chemin de fer Métropolitain et de la Banlieue de Paris, par Jules Brunfaut.
un tracé mixte en raccordant ses lignes au chemin de Méry. Acceptant le tracé Haussmann, la Compagnie du Nord le reliait au chemin de fer de Saint-Ouen, dont la concession venait de lui être accordée, construisait un tronçon de Saint-Ouen à Saint-Denis, empruntait sa ligne de Pontoise jusqu’à Herblay, pour de là, par un embranchement nouveau, atteindre Méry-sur-Oise.
Ce parcours mesurait 29,000 mètres.
Dans sa dernière session de 187-4, le Conseil municipal écarta les propositions du chemin de fer du Nord, et accentua une fois de plus : que le service des inhumations ne pouvait être fait que par une Compagnie spéciale et un chemin ad hoc, chemin et Compagnie relevant directement du Préfet.
La proposition de la Compagnie du Nord, même appuyée sur des conditions avantageuses, ne pouvait pas être acceptée par la Municipalité qui veut pouvoir disposer de l’entreprise à toutes heures du jour et de la nuit — ne lui faut-il pas prévoiries circonstances les plus pénibles? ne faut-il pas qu’elle compte parmi l’imprévu que lui réserve peut-être l’avenir, l’apparition des épidémies?
Mais même en dehors de ces prévisions, malheureusement nécessaires, ce culte, cette religion des morts qui tient si noblement sa place dans le cœur de la population, ne peut pas s’accommoder dés exigences inséparables du service des grandes Compagnies ; comment ce respect et cette décence, que nous voulons à tout prix conserver, parviendront-ils à traverser sans encombre ces gares bruyantes, toujours embarrassées de marchandises et incessamment parcourues par le va-êt-vient des voyageurs affairés ?
Un mort n’est pas un colis banal que l’on range, que l’on charge, que l’on décharge et qu’on rend à domicile comme un vulgaire ballot. — La population est à bon droit exigeante et demande à être respectée, surtout au delà de la vie.
Laissons au personnel de chemin de fer le soin de diriger la locomotive et de manœuvrer les freins ; les autres emplois appartiennent de droit à l’entreprise des Pompes funèbres qui, elle, n’aura pas à déguiser ses agents pour en faire des porteurs et ordonnateurs.
Au reste, la Compagnie du Nord peut-elle raisonnablement assumer la lourde tâche du service spécial qu’elle sollicitait, elle reconnaissait naguère l’insuffisance de ses lignes pour garantir la bonne marche de son transit ordinaire, elle ne pouvait donc abandonner à la "Ville la libre disposition de ses rails depuis dix heures et demie jusqu’à une heure ? Comment aurait-elle fait si
LES CIMETIÈRES
l’épidémie lui eût imposé en plus des trains supplémentaires?
Un chemin de fer d’intérêt général relève directement du Ministère, le Directeur veut-il introduire un changement quelconque dans son horaire? Il faut :
Que la proposition de changement soit adressée au Chef decontrôle ;
Celui-ci transmetla proposition au Ministre ;
Avant de statuer le Ministre demande l’avis du Conseil des chemins de fer ;
Qui se fait adresser un rapport par le Conseil général des ponts et chaussées ?
Qui, enfin.et la demande revient par la même filière !
L’épidémie attendra-t-elle, pour sévir, que la proposition de changement ait reçu le bene placet du Chef de contrôle, du Ministre, du Conseil des chemins de fer, du Conseil général des ponts et chaussées ?
Un service de chemin de fer mortuaire n’a sa raison d’être qu’autant qu’un ordre venant du Préfet sera exécuté sur l’heure même. — La Compagnie du Nord répond-elle à ces conditions ?
M. Haussmann entendait que le chemin de Méry fût classé au titre : « intérêt local », et que tous les jours pendant cinq heures consécutives, c’est-à-dire de dix heures du mâtin à trois heures, il fût abandonné à l’entreprise des Pompes funèbres. — Pendant ces cinq heures, aussi bien la voie principale que les embranchements, ne pouvaient voir circuler que les convois funèbres. Ainsi se trouvaient garantis, d’une part, la sécurité, de l’autre, la décence et le respect traditionnel.
M. Haussmann voulait qu’aux heures où les transports funèbres ne réclameraient pas ses services, le chemin ouvrît ses portes au public et desservît les intérêts de l’industrie et du commerce local.
Lorsque nous en arriverons à examiner la question des recettes, nous n’aurons pas de peine à démontrer que la pensée de l’ancien Préfet de la Seine décelait une parfaite entente des véritables besoins de ses administrés.
Projets Barrault, Mayoux. — Le 30 juin 1875, un dernier projet fut présenté à la sanction municipale, il avait pour parrains MM. Barrault, Mayoux, Ferry, Gaillard, etc.
Dans son passage sur le territoire de nos voisins, ce projet ne présente qu’une variante de celui qui avait été présenté par le Conseil général de Seine-et-Oise; mais à travers le département
de la Seine, il suit exactement la route tracée pai* le Métropolitain.
Que ressortait-il des délibérations du Conseil municipal de Paris relatives aux divers projets ? il en ressortait que les conditions du tracé avaient été fixées dans leur ensemble, et que désormais nous savons que la ligne qui répondra le mieux aux vues de nos édiles et aux besoins de l’industrie, devra :
Partir du cimetière Montmartre, gagner Saint-Ouen, traverser en écharpe la presqu’île de Gennevilliers, relier par un pont à deux fins les rives de la Seine à Epinay, puis suivre un tracé qui permette de s’embrancher sur un point, à déterminer, avec les rails du Nord-Ouest, afin d’avoir à un moment donné., aux approches delà Toussaint, par exemple, plusieurs entrées dans Paris.
Or, ces conditions générales étaient précisément offertes par le tracé du Métropolitain dont le coût était évalué par les ingénieurs les plus compétents à 9 millions environ, c’est-à-dire à 3UO,000 francs par kilomètre, si nous ajoutons aux 23,697 mètres pour le chemin proprement dit, le supplément de rails nécessité par les voies de garage et les divers embranchements assurant le service intérieur de la nécropole.
Cette dépense de 9 millions doit-elle être supportée par la Ville seule, par l’entrepreneur des Pompes funèbres, ou doit-elle se partager dans une proportion de.entre la Municipalité et
l’entreprise...? ■«
La voie doit être construite, croyons-nous, d’après les dispositions de la loi de 1842. La Ville devra rembourser le coût des terrains, des terrassements et des ouvrages d’art, laissant à la charge de l’entreprise la pose de la voie, l’installation des gares et le matériel. — Quant à l’entrepreneur, il ne saurait être que la Compagnie qui assumera le service des Pompes funèbres.
M. Hérold, préfet actuel de la Seine, a cru devoir, dans l'intérêt des finances municipales, reprendre les négociations avec la Compagnie du Nord, et a commis M. l’ingénieur en chef Huet de les poursuivre.
La Compagnie du Nord ne croit pas en 1881, plus que nous ne pensions en 1874, charger dans les trains ordinaires de voyageurs les fourgons mortuaires ; il faut que ce transport s’effectue dans des trains spéciaux, dit-elle, mais au lieu de les faire partir, comme levoulaient les anciens projets du cimetière Montmartre, le service des Pompes funèbres amènerait sur un quai spécial que l’on
LES CIMETIÈRES
créerait dans le faubourg Saint-Denis, les cercueils qui seraient placés dans un ou plusieurs trains et conduits sur ses voies ferrées, par ses soins, au cimetière de Méry.
Dans ce projet, il n’y a plus à se préoccuper de la construction d’un chemin de fer spécial allant du cimetière Montmartre à Méry ; il n’y a plus à construire des gares mortuaires, qui présentaient toutes les conditions de décorum qu’exigent les inhumations : un quai de départ et un rail spécial sont jugés suffisants pour rejoindre et suivre la ligne de Pontoise à Herblay ; dépense évaluée par l’ingénieur en chef à 500,000 francs. Ce serait parfait, et les habitants de Paris devraient se trouver bien heureux d’être administrés par un prefet qui est enfin soucieux de leur bourse, si ce quai de départ, cette halte mortuaire, ne faisaient pas une abstraction complète de nos coutumes qui veulent, qui exigent un respect entouré de pompes.
La crémation nous effraie, mais enfin on la conçoit ; mais envoyer, comme un ballot, à la dernière demeure nos morts, ne sera jamais goûté et toléré par la population parisienne.
A un autre point de vue, le projet ne peut être pris en considération par le conseil municipal, car peut-on astreindre la population du faubourg Saint-Denis et des environs à recevoir, du matin au soir, dans toutes les rues aboutissant à la gare du Nord, 50,000
convois funéraires par an.On se figure la joie qu’apportera aux
habitants de ces quartiers, aux voyageurs qui nous viennent de la gare du Nord et de l’Est, qui ne pourront faire un pas, de ne pouvoir ouvrir les fenêtres de leur appartement sans voir apparaître une longue file de voitures noires et lugubres précédant un catafalque, suivi lui-même, des parents et des amis du défunt.
Le projet du chemin de fer du Nord se complète par un deuxième embranchement spécial allant de la station d’Herblay à Méry, et coûtant 1 million environ.
La compagnie du Nord prendrait 3 francs par train et par kilomètre soit pour 25 kilomètres et pour un train 75 francs et on ferait payer aux parents et aux visiteurs du cimetière le prix des places aux conditions du tarif ordinaire des chemins de fer.
Tramways. — Le projet du chemin de fer de Méry, tracé par les soins des ingénieurs du Métropolitain, présentait toutes les conditions voulues pour un service de transport décent et économique.
Mais l’administration ayant jugé, depuis 1874, que la ville de
Paris ne pouvait concéder des chemins de fer d’intérêt local dans le département de la Seine, qu’ils fussent construits en dehors ou en dedans de ses fortifications, le conseil municipal a bien dû remettre à des temps meilleurs l’exécution du projet.
Les autres départements, il est vrai, ont conservé le droit de construire, concéder à titre d’intérêt local, des chemins de fer, proprement dits, le département de la Seine seul ne pourra, au même titre, que construire des tramways.
Projet Brunfaut. — Nous avons étudié, dans ces conditions nouvelles, un projet qui emprunterait les lignes de tramways des compagnies existantes du Nord et du Sud, qui desserviraient les chapelles mortuaires, et qui se relieraient au boulevard de Clichy, à la ligne existante de Gennevilliers pour se poursuivre par une nouvelle voie, côtoyant la route nationale de Pontoise, passant par Epinay , Saint-Gratien, Franconville, Herblay, Pi^rrelaye , Méry.
Une objection sérieuse peut être faite au projet : c’est celle que les convois mortuaires venant des chapelles, reposoirs, rejoindre les tramways de Clichv, Gennevilliers, Méry, en suivant les rails de ceux actuellement existants, c’est-à-dire les boulevards extérieurs et de Montparnasse, apporteront une grande gêne dans le service actuel des voyageurs.
En effet, dans quelques-unes des parties du trajet, ces rails sont chargés, notamment sur les boulevards extérieurs compris entre la Yillette et l’Arc-de-l’Étoile, et il faut qu’un service mortuaire ne soit pas obligé d’attendre que la voie soit libre pour circuler.
Les objections sont donc vraies, mais elles disparaissent si on établit, partout où il y aura besoin, une troisième voie ferrée; ce n’est pas le terrain qui manque, les avenues sont larges et n’offrent d’autre difficulté à être pourvues d’un troisième rail que la dépense.
. Des Chapelles mortuaires. — Quelques personnes pensaient qu’une seule chapelle mortuaire répondrait aux besoins de Paris, c’est-à-dire suffirait aux 145 cercueils qui journellement s’acheminent vers la nécropole.
L’ancienne administration de la Seine était d’un avis contraire et croyait qu’il était indispensable d’ouvrir trois points de départ bien distincts.
Des Commissions furent nommées, et il résulta de leurs tra-
vaux qu’il n’était pas possible d’obliger les 20 arrondissements à apporter leurs morts sur un point unique — le XVIII 0 arrondissement. — Cette obligation non seulement constituerait un très grand dérangement pour les habitants de la rive gauche de la Seine, mais ne saurait être que fort préjudiciable au quartier vers lequel convergerait chaque jour un aussi grand nombre d’enterrements.
Ce qu’il fallait, c’était le maintien de la distance moyenne qui actuellement sépare les paroisses des cimetières.
A cet effet, les trois chapelles ou gares mortuaires devaient être édifiées:
Au cimetière Montmartre ;
Au cimetière du Père-Lachaise ;
Au cimetière du Sud.
Le choix de l’emplacement des deux premières chapelles ne soulevait aucune objection, mais il n’en était pas de même de la dernière ; et tandis que M. Haussmann approuvait son érection dans le cimetière du Sud, l’Administration, frappée des difficultés que présenterait le branchement de ce point avec le chemin de fer de ceinture, l’adossait à la gare de Sceaux, et la Société d’études du Métropolitain en marquait la place au boulevard Saint- Marcel.
Cette même Société du Métropolitain estimait qne trois gares n’étaient pas suffisantes et proposait la création d’une quatrième chapelle mortuaire sur un des bas-côtés du Champ-de-Mars, dans un terrain appartenant à la Ville et qui est occupé par la gare de l’Exposition.
Par suite du vote de la Section du Métropolitain devant relier l’Esplanade des Invalides àSaint-Ouen, cette quatrième gare se trouvait directement unie avec la voie desservant Méry.
Ces quatre emplacements étaient bien choisis, car ils.partagent la ville d’une manière à peu près exacte, et ils ne sont pas, en moyenne, à plus de 2 ou 3 kilomètres des 66 églises de Paris.
En effet, la mise en œuvre de ce projet distribuerait comme suit les convois funèbres :
Le cimetière du Nord desservirait le 1 er , 2°, 8 °, 9°, 10 e et tt° arrondissements.
Le cimetière de l’Est aurait les 3 e , 4°, 11 e , 12 e , 19 e et 20 e arrondissements.
Le cimetière du Sud recevrait les 5°, 6 e , 13° et 16° arrondissements.
LES CIMETIÈRES. 279
Enfin, le Champ-de-Mars serait ouvert aux 7 e , 45 e , 16 e et 17° arrondissements.
Paris compte 2 millions d’habitants qui fournissent à la mortalité, nous dit la statistique, le 2 et demi p. 100. La moyenne journalière des décès est donc de 138. En répartissant ce nombre entre les quatre chapelles-reposoirs, nous voyons qu’il partira tous les jours pour Méry :
De la gare Montmartre.. 5 trains.
Du Père-Lacliaise....... 5 —
Du Champs-de-Mars. 3 —
Du cimetière du Sud. 3 —
Le branchement de ces quatre points n’offrait pas de difficultés sérieuses si, ainsi qu’on l’annonçait, l’État devait abandonner à la ville le chemin de fer intra-muros, auquel se relieraient les chapelles du Sud et du Père-Lachaise. — Quant au reposoir du Champ-de-Mars, il aurait été desservi par la ligne de Saint-Ouen, et à défaut de celle-ci, par la ligne des Invalides à Courbevoie, récemment concédée à la compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
Dans ces conditions, la durée du trajet s’établirait comme suit : Si on se servait d’un chemin de fer.
De Montmartre à Méry. 86 minutes.
Du Père-Lachaise à Méry. 45
Du cimetière du Sud à Méry. 57 —
Du Champs-de-Mars — . 54 —
et demanderait moitié plus de temps avec un service de tramway.
L’ancienne administration évaluait le coût des trois gares mortuaires à 3,500,000 francs; nous croyons qu’en faisant subir au projet quelques légères modifications, cette somme suffirait très bien pour couvrir la construction des quatre reposoirs jugés nécessaires.
Chaque train contiendrait : à partir du cimetière du Nord :
2 Fourgons mortuaires,
1 Voiture pour les desservants du culte et les agents des Pompes funèbres.
21 Voitures à voyageurs.
Soit : 24 Voitures.
La composition du train en voitures de l r8 ou de 2 e serait réglée suivant les classes auxquelles appartiendraient les morts, de
manière à ce que chaque famille trouve le nombre de compartiments qui lui est dû.
Chaque convoi funéraire continuerait, en partant des trois autres gares-reposoirs, à être ce qu’ils sont actuellement, un char mortuaire.
Ce char mortuaire sera composé, d’un train , pouvant recevoir dans son intérieur seize voyageurs, assis sur deux banquettes, et d’un fourgon dans lequel on peut placer un ou plusieurs cercueils.
Les calculs relevés par M. Wafflard nous apprennent, qu’en moyenne, cinquante cinq personnes accompagnent le corps jusqu’à la fosse. — Cependant cette observation s’applique seulement aux cimetières intra-muros ; l’éloignement du cimetière d’Ivry, et autres disséminés dans la banlieue immédiate, réduit considérablement cette moyenne.
Cette désertion a pour unique cause la rareté des moyens de transport; mais le jour où un train assurerait le rapide et facile retour à Paris, la moyenne signalée par M. Wafflard ne tarderait certainement pas à être de nouveau atteinte.
Dans cette éventualité, le char mortuaire pourrait être suivi de voitures ordinaires ne portant pas avec elles de fourgons.
L’année 1873, qui a compté 43,178 décès, c’est-à-dire un chiffre qui ne s’écarte que peu sensiblement de la moyenne, nous fournit la division suivante dans les diverses classes de convois funèbres :
l ,c classe. . 16
Soit un total de. 18,561
Or, le nombre des décès ayant été de. 43,178
Il s’en suit qu’il y a eu. 24,617 convois
mortuaires qui n’ont rien payé aux fabriques et consistoires ; qui n’ont acquitté à la ville que la taxe de 6 francs ; qui, enfin, ont eu droit à l’inhumation gratuite, mais qui, transférés à Méry-sur- Oise, auront, malgré leur caractère plus ou moins gratuit, droit à une voiture de deuxième classe.
LES CIMETIÈRES. 281
Dans ces conditions voici quelle serait la moyenne par jour :