‹ Hygiène publique. Les Odeurs de Paris... Deuxième éditionChapitre 3 sur 12 · HAUTEUR · texte numérisé non relu

HAUTEUR

des cuves

pieds.

DIAMÈTRE

supérieur.

DIAMÈTRE

inférieur.

4000 lit.

2500 la-

1200 ut-

500 lit-

300 lit-

L’installation est facile sur la conduite d’adduction de l’eau, on place un robinet d’arrêt, on raccorde le robinet d’arrivée en deçà et le robinet de départ au delà du robinet d’arrêt; celui-ci étant fermé l’eau est obligée de traverser le filtre.

Le fonctionnement de l’appareil étant raccordé comme cidessus : il faut fermer le robinet de départ, ouvrir progressivement le robinet d’arrivée, puis le robinet de décharge placé à la partie inférieure de l’appareil, ainsi que le robinet d’air phicé sous le couvercle; alors l’appareil étant purgé d’air, on ferme le robinet d’air, on laisse pendant quelques minutes couler la décharge, en

fermant son robinet et l’appareil étant alors en pression, on ouvrira le robinet de départ.

Quant aux nettoyages, les robinets étant fermés : 1° ouvrir la décharge; 2° desserrer les boulons des cornières pour retirer le couvercle ; 3° retirer successivement les couches filtrantes, leslaver séparément jusqu’à ce qu’elles ne troublent plus l’eau; 4° les replacer dans le même ordre en ayant soin de comprimer séparément chaque couche, surtout près des parois. L’appareil remonté, remettre en marche comme ci-dessus.

LA. MAISON

Ces appareils sont construits pour que le filtrage s’effectue de haut en bas. Néanmoins, le filtrage par ascension ayant des partisans : une tubulure ajoutée au couvercle et un mode d’arrêt de la grille supérieure suffisent à ce changement.

Il est possible, en outre, avec ces appareils d’établir un système de purgeur par contre-courant. A cet effet, on établit un tuyau raccordant les deux robinets placés aux tubulures de l’appareil et ce, que le filtrage soit ascensionnel ou descensionnel.

Le contre-courant que l’un produit, au travers du dégrossisseur, par la manœuvre des robinets de la tubulure latérale, ne peut bouleverser l’assise des couches du filtre proprement dit, puisque pendant cette opération, elles se trouvent isolées au moyen d’une soupape fermant hermétiquement le vase qui les renferme. L’eau arrivant dans le finisseur a déjà abandonné aux matières du dégrossisseur les parties lourdes et grossières qui la troublent. Aussi ne salissant que très lentement les couches filtrantes du finisseur, les nettoyages de celui-ci se trouvent reculés par cela même.

Les résultats obtenus par ces appareils avec des eaux très chargées ne laissent rien à désirer.

Un sujet aussi intéressant qu’il puisse être, et nous devons reconnaître que celui du filtrage des eaux est incontestablement un des plus indispensables à étudier par nous, au point de vue de l’hygiène de la ville de Paris, a des bornes limitées par le cadre de notre ouvrage; nous ajouterons cependant aux résultats obtenus par M. David les considérations suivantes :

Il est bien établi, et c’est l'opinion de tous les hommes considérables qui se sont occupés de la question :

Que les matières contenues dans un appareil de filtrage doivent être sinon entièrement remplacées, tout au moins nettoyées avec le plus grand soin à des époques assez rapprochées, pour empêcher un amas trop considérable des impuretés déposées par les eaux et la putréfaction des éponges qui entrent dans la'composition du filtre lui-même.

Il faut donc que l’appareil soit construit de manière à rendre les nettoyages facile*, efficaces et pçu coûteux.

Indépendamment de cette condition essentielle, sans laquelle il est impossible d’obtenir de l’eau limpide et salubre, il est avant tout nécessaire :

Que les couches filtrantes, qui laissent passer les molécules liquides, arrêtent les matières qu’elles tiennent tqwours en suspen-

sion et qu’elles soient disposées dans l’appareil de telle façon que, le moindre atome ne puisse les traverser complètement, et que l'une d’elles absorbe les gaz résultant de la décomposition de ces matières.

Ces deux conditions ne sont jamais remplies si les couches dont nous parlons ne sont pas parfaitement assises, si leur étanchéité contre les parois de l’appareil, que tend toujours à suivre le liquide, n’est pas complète, et si enfin elles éprouvent le moindre dérangement lorsque l’eau les traverse avec une vitesse souvent considérable.

Ces inconvénients très graves se produisent surtout dans les appareils de forme cylindrique . Sous l’influence de la pression, les matières filtrantes se resserrent en se décollant des parois de l’appareil, que l’eau traverse sans se filtrer.

Les procédés de la Compagnie de filtrage permettent d’opérer la filtration en grand et de fournir abondamment, dégagée de toutes les matières qui l’altèrent, l’eau que réclament sans cesse les besoins de la vie et les exigences de l’industrie.

Ces procédés, d’une grande simplicité, peuvent facilement s’appliquer aux établissements les plus considérables, comme aux usages les plus restreints.

On les place généralement dans les caves, pour les mettreàl’abri des changements brusques de température. Dans ces conditions, ils donnent de l’eau relativement fraîche en été, et moins froide en hiver.

Ils suppriment les coups de bélier dans les colonnes montantes.

Leur entretien, très simple et très rapide, peut être fait sans le secours d’ouvriers spéciaux.

Lorsque le filtre devient paresseux, c’est-à-dire lorsqu’il ne fournit plus une quantité d’eau suffisante, l’opération du nettoiement consiste à enlever les matières, à les laver séparément et à les replacer dans l’ordre primitif; cette main-d’œuvre peut s’effectuer en moins d’une heure et dans un temps relativement très court, si l’on veut remplacer, par de nouvelles matières, celles que l’on doit soumettre au lavage.

Leur pose n’offre aucun difficulté, aucun changement dans les dispositions des conduites, et n’entraîne, par conséquent, qu’à une très faible dépense.

La conduite d’arrivée se fixe par une bride au robinet supérieur de l’appareil, et l’eau filtrée sort immédiatement et sans inter-

LA. MAISON

ruption par le robinet inférieur, d’où elle peut desservir toute prise d’eau utile.

Les dessins que nous avons copiés parmi ceux des diverses installations exécutées par les soins de M. David, indiquent la disposition des appareils desservant tous les appartements d’une maison, que ces logements soient situés au rez-de-chaussée ou au 3° étage; ils fonctionnent, comme on le voit, par une prise directe sur la conduite, après avoir passé par le compteur.

Ce n’est que lorsqu’elle a été filtrée que l’eau s’engage dans la colonne montante.

Une autre disposition que ces dessins indiquent également est celle de fournir à chaque appartement, un filtre spécial. Ce système n’est applicable que chez des locataires qui ont besoin de grandes quantités d’eau ; mais pour les habitants ordinaires il n’est pas admissible de créer une dépense de filtrage dans chaque appartement, il est plus rationnel, plus économique souvent de n’avoir à entretenir qu’un seul appareil par maison, au lieu, ■et ce serait le cas pour la plupart de nos habitations, de surveiller, nettoyer, etc;, 10 filtres par maison, si ce n’est plus.

lie compteur à eau. — Lorsque la ville concède une distribution d’eau, qu’elle le fasse à robinet libre, à une cuvette spéciale, à une fontaine, à une borne, à une colonne montante, il faut que la quantité livrée soit préalablement jaugée.

Dans la pratique, on doit reconnaître qu’il est difficile de jauger exactement le filet d’eau de chaque abonnement, la charge est tellement variable sur les conduites secondaires, qu’on ne peut la régler que par estimation, c’est-à-dire à forfait, sur le chiffre présumé de la consommation.

Les bases qui servent à établir les estimations sont les suivantes :

Par personne. 20 litres.

» cheval. 75 »

». voiture à 2 roues..... . 40 »

» » à 4 roues.. 75 »

» mètre carré de jardin. 1,50

Les ingénieurs de la ville ont voulu cependant remédier à ce fâcheux état de chose ; ils ont relevé minutieusement dans chaque rue la tension de l’eau dans la conduite maîtresse, et ils ont diminué ou augmenté les orifices de sortie suivant qu’elle s’éloignait

de la première moyenne, et ils sont arrivés ainsi à atteindre un semblant de vérité.

Le prix d’abonnement à robinet libre ne pouvant reposer sur aucune base fixe et bien déterminée, donnant lieu à de nombreuses erreurs d’appréciations, d’abus et de réclamations, des difficultés incessantes s’élèvent entre la Compagnie des eaux et les abonnés ; aussi le directeur des travaux de Paris a-t-il insisté pour qu’à l’avenir l’eau fût fournie au compteur, et le conseil municipal ayant approuvé cette mesure, l’eau sera désormais mesurée soit par le robinet de jauge, soit par le compteur. Au moment où nous écrivons, on compte en fonctionnement à Paris 6,000 compteurs d’eau. L’achat de l’appareil est à la charge de l’abonné et la Compagnie des eaux perçoit pour son entretien 12 francs par an.

La dépense d’acquisition du compteur est en moyenne de 200 francs. Il fallait, pourvoir généraliser son emploi, que les fabricants se chargeassent de la fourniture et ne réclamassent qu’un droit de location, c’est ce qui vient d’avoir lieu.

Le prix de l’abonnement est basé sur le minimum de la consommation probable, de telle sorte que l’abonné ne paie que l’eau qu’il consomme. Il a l’avantage de l’avoir toujours fraîche, suivant ses besoins et sans avoir à s’inquiéter si le temps est chaud ou froid.

Nous avons étudié, avec soin, les divers compteurs proposés au choix des ingénieurs de la ville ; il nous a semblé que celui qui répond le mieux à ce qu’un abonné a le droit d’en attendre est celui inventé par M. Samain, non que les autres compteurs admis n’aient leur mérite.

En principe, les systèmes dits de vitesse, c’est-à-dire basés sur l’emploi d’une hélice ou d’une turbine mises en mouvement par les réactions des fluides ont été écartés, seuls les compteurs à cylindre et à piston ont été admis comme présentant des garanties plus sérieuses de précision et de sensibilité.

On dit d'un compteur :

Qu’il est précis , lorsqu’il donne avec exactitude l’indication de la consommation d’eau, quel que soit le débit du puisage.

Qu’il est sensible , lorsqu’il marque des débits inférieurs au débit normal. 11 est encore sensible lorsqu’il évite la perte de charge.

Enfin, le compteur dont nous nous occupons est simple de construction, il présente toutes les garanties de solidité et de durée, fonctionne sans choc et sans bruit.

Telles sont les qualités du compteur Samain, mis en exploita-

LA MAISON

tion par M. Monduit, l’un des hommes le plus familiarisé avec les questions de conduite d’eau, et qui a le plus contribué à propager les idées de M. Belgrand.

Le compteur Samain se compose de quatre cylindres en croix dans un même plan horizontal, formant, à leur croisement, une capacité centrale qui porte la tubulure d’échappement de l’eau mesurée. Ces cylindres sont doublés de fourreaux en cuivre, et, dans chacun d’eux fonctionne un piston en bronze garni d’un cuir embouti.

Au milieu de la capacité centrale, est placé un arbre vertical à vilbrequin, relié par quatre bielles aux quatre pistons; ceux-ci ont intérieurement la forme d’un tronc de cône se terminant par un godet dans lequel se logent les rotules des extrémités des bielles.

A sa partie supérieure, la capacité centrale est fermée par une plaque ou table de tiroir, portant quatre ouvertures ou lumières en arc de cercle, correspondant, chacune, par un conduit avec l’extrémité de chacun des quatre cylindres.

Cette même table de tiroir est percée, à son centre, d’une ouverture circulaire, laissant autour de l’arbre-vilbrequin qui la traverse un vide annulaire correspondant avec la capacité centrale. .1

L’extrémité supérieure de l’arbre-vilbrequin, de forme rectangulaire, est coiffée par un tiroir circulaire s’appliquant exactement sur la table qui vient d’être décrite. Il porte une ouverture qui, lorsque le mouvement de rotation se produit, découvre alternativement chacune des lumières de la table. Par-dessous et h l’opposé de cette ouverture, le tiroir est évidé en forme de coquille, de façon à établir une communication alternative entre chaque lumière de la table et le vide annulaire servant d’entrée à la capacité centrale. Le tiroir est couvert par un chapeau en fonte, portant la tubulure d’arrivée de l’eau et recevant à sa partie supérieure le mécanisme enregistreur, auquel le mouvement du tiroir est communiqué par l’intermédiaire d’une tige verticale, portant une petite broche transversale.

A sa partie inférieure, l’arbre tourne, sur une pointe d’acier, dans une douille formant piston dans un cylindre en bronze. Le dessous de ce piston est mis en communication, par un canal latéral, avec l’eau arrivant dans le chapeau; il reçoit donc la pression d’amont et, tendant à soulever la douille et l’arbre-villebrequin, exerce, en dessous du tiroir, une contre-pression qu’un

taquet fixé sur l’arbre permet d’appliquer au centre de gravité de la surface pressée. Par une proportion facile à déterminer entre les diamètres du tiroir et du piston d’équilibre inférieur, on arrive à réduire au minimum la pression sur le tiroir, la résistance due à son frottement et son usure.

Enfin un clapet, placé dans l’intérieur du chapeau, sur l’orifice d’entrée de l’eau, s’oppose à ce qu’en aucun cas l’eau mesurée puisse repasser par le compteur.

Il est facile de se rendre compte du mode de fonctionnement en suivant sur les coupes horizontale et verticale figurées ci-contre la marche de l’eau indiquée par des flèches.

L’eau, arrivant dans le chapeau, par la tubulure supérieure, trouve une des quatre lumières de la table découverte parle tiroir, et vient exercer la pression sur le piston correspondant, qu’elle fait marcher de l’extrémit^ de son cylindre vers le centre. Ce piston, au moyen de sa bielle, donne le mouvement à l’arbrevilbrequin et au tiroir qui vient découvrir la lumière voisine.

Pendant ce même temps, le piston opposé est repoussé par sa bielle, du centre vers l’extrémité de son cylindre, et l’eau contenue dans ce dernier remonte sous le tiroir et passe par la coquille„et le vide annulaire autour de l’arbre pour entrer dans la capacité centrale, d’où elle s’échappe par la tubulure à cet effet,

On comprend que la même chose se reproduit successivement pour chaque cylindre et que, par suite, le mouvement de rotation continu est imprimé à l’arbre vertical, au tiroir et au mécanisme enregistreur qu'il commande.

Nous empruntons à la Publication industrielle des machines-outils et appareils perfectionnés de M. Armengaud aîné la nomenclature suivante des avantages du système.

« La nature et la densité de la matière employée à la construc- « tion de chaque pièce sont telles, que les frottements et l’usure « seraient presque nuis ; aussi évite-L-on les grincements stridents, « que produisent certains appareils en usage et qui sont le signe « d’une détérioration rapide. »

La disposition des pièces est telle, que l’appareil défie les coups de bélier les plus violents. Bien que construits en vue d’une marche moyenne et normale de 50 évolutions par minute, ce compteur peut., sans inconvénient, fonctionner à une vitesse plus grande.

Il est simple de construction. Il mesure les eaux limoneuses

LA MAISON

aussi bien que les eaux limpides, et sans en subir aucune altération.

Sa sensibilité est extrême, et le plus faible écoulement est enregistré avec la même précision que le débit normal.

Coupe suivant AB

Fig. 9.— Compteur Saim

Quelque longues que soient les interruptions du service, la marche de l’appareil n’en est nullement affectée.

La disposition à quatre cylindres réalise cette condition importante que les volumes engendrés par les pistons sont constamment

les mômes, et que, par suite, il ne peut se produire ni chocs, ni trépidations, ni changement de vitesse dans la marche de l’eau.

La transmission de mouvement par un vilbrequin offre cet avantage que, à fin de course, la vitesse des pistons devient progressivement nulle, et que, par conséquent, le sens de la marche se change sans le moindre choc. Il n’en est pas de même dans les systèmes à tiroirs rectilignes alternatifs.

Les orifices et passages d’eau sont disposés de façon à éviter tout étranglement qui se traduirait forcément par une perte de charge.

Le tiroir tourne toujours dans le même sens sur sa glace: il est parfaitement équilibré et, par conséquent, ne supporte jamais qu’une faible pression.

Les pistons tournent vers l’extérieur les lèvres de leurs cuirs emboutis dont on peut toujours facilement vérifier l’état. D’un autre côté, il n’existe aucune liaison entre les bielles et les pistons qui peuvent se retirer de leurs cylindres à la main, et sans rien démonter du mécanisme intérieur. Alors même que les bielles auraient subi l’usure que peut produire un très long service, l’exactitude du compteur n’en serait en rien modifiée.

La partie inférieure de la capacité centrale sert de boîte à dépôt, et les constructeurs peuvent y adapter, à la demande, un robinet ayant pour objet : 1° de purger le compteur de tout dépôt vaseux laissé par l’eau ; 2° de puiser l’eau quand les services extérieurs sont interrompus en hiver; 3° de vider, au moins partiellement, le compteur, de façon à atténuer les effets de la gelée.

La possibilité de tourner à volonté le chapeau supérieur, permet, à la pose, de diriger les tubulures dans le sens le plus logique et le plus commode pour le raccordement avec les tuyaux d’arrivée et d’échappement. Il n’y existe pas d’organes délicats ni d’articulation ; toutes les pièces obéissent par simple entraînement au seul mouvement de rotation de l’arbre vertical.

Il est difficile de déterminer d’une manière générale la force d’un compteur pour répondre à une bonne alimentation. Il convient de tenir compte de l’importance de la maison, des exigences des divers services et de la pression de l’eau.

Le plus prudent est de s’adresser à cet égard au constructeur des appareils, plus à même que qui que ce soit de fournir les renseignements pratiques sur chaque cas particulier qui se présente. Bornons-nous à dire que jamais les orifices du compteur ne doi-

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vent avoir une section moindre que les tuyaux de prise et de distribution de l’eau, et que cette section doit toujours être considérable pour pouvoir alimenter un certain nombre de robinets sur la colonne montante.

Coupe suivant CD

Nous terminerons par quelques conseils dont chacun se trouverait bien s’ils étaient suivis.

En général, la canalisation de prise et de distribution sont de trop petit diamètre et donnent une perte de charge considérable. Il en résulte que sur bien des points de Paris où le pression est peu considérable l’eau arrive difficilement et en quantité insuffisante aux étages supérieurs. Les robinets devraient être proportionnés à la pression, et par conséquent, ceux des étages inférieurs d’un diamètre moindre que ceux des étages supérieurs, sans quoi l’ouverture d’un ou deux robinets au rez-de-chaussée ou au premier suffit pour affamer tous les autres.

Il n’est pas assez tenu compte des inflexions que l’on fait subir aux tuyaux de conduite. On force l’eau à monter, à descendre, remonter, etc., etc. L’air toujours en suspension dans l’eau ne peut suivre ces inflexions. Il se cantonne dans les parties hautes de châque coude et suffit souvent pour mettre un obstacle plus ou moins complet au passage de l’eau. Les interruptions de service dont on se plaint n’ont pas souvent d’autre cause.

Enfin la condition essentielle d’un bon service, c’est que le robinet d’arrêt placé sur la prise et au dehors des propriétés soit ouvert en plein. Malheureusement il est difficile de s’en rendre compte autrement que par les agents du service, et nous croyons que l’administration ferait sagement en mettant à la disposition de chaque intéressé un moyen de contrôle de l’ouverture de ces robinets. La chose serait des plus faciles et aurait le grand avantage de mettre le personnel à l’abri des soupçons d’abus que fait nécessairement naître un pouvoir discrétionnaire.

Nous venons de rendre compte des organes d’un des compteurs qui nous paraît le mieux conçu ; cela nous était d’autant plus facile que les expériences de son fonctionnement se faisaient devant nous, mais il ne s’ensuit pas pour cela qu’il n’y aura pas lieu de remédier, lorsqu’il sera pratiqué sur une grande échelle, à l’une ou l’autre de ses parties, car on ne peut pas encore induire définitivement que le compteur à eau irréprochable soit trouvé.

Compteur Frager. — Nous sommes d’autant plus autorisé à émettre cette réserve lorsque nous lisons l’appréciation suivante donnée par la compagnie des eaux.

Ces appareils, les compteurs Frager, sont depuis trop peu de temps en fonction pour que la compagnie puisse déjà avoir une opinion sur leur compte; mais nous devons ajouter que, depuis qu’ils sont posés, et la pose de quelques-uns date de deux ans

déjà, nous n’avons absolument rien à reprocher à leur fonctionnement qui a été régulier.

Or les appareils qui avaient bien fonctionné depuis deux ans, sont incontestablement les meilleurs; dès 1872, M. Michel, avec la collaboration de son neveu M. Frager, ingénieur, sortant de l’École polytechnique, avaient conçu cet appareil. L’emploi de ce compteur a la prétention, méritée suivant ses auteurs, et suivant les ingénieurs de la compagnie, à la confiance, car, pour peu qu’il se dérange, il permet, par sa construction simple, aux agents du service, de le démonter instantanément sur place et de le réparer.

Le compteur Frager donne complète satisfaction à toutes les exigences du service de la distribution des eaux. Placé sur le parcours d’une conduite, il mesure exactement le débit sous toute pression, si lent que soit l’écoulement. Il n’interrompt nullement cette pression, car une colonne d’eau d’un mètre de hauteur suffit à sa marche ; il ne craint ni les ensablements ni les coups de bélier; la pose en est simple et l’entretien facile.

Il s’approprie aux services les plus divers, notamment à la mesure de l’eau d’alimentation des générateurs.

Cette bonne réputation lui est bien acquise, si on prend connaissance de l’importance du matériel de fabrication, et des 125 ouvriers qui les mettent en œuvre. C’est là le meilleur critérium qu’un fabricant puisse revendiquer.

Trente villes en France, cinq' à l’étranger, se pourvoient chez M. Michel, et partout l’exactitude du débit, la régularité de la marche sont qualités reconnues ; enfin la compagnie des eaux de Paris, qui avait été si timide dans son jugement en 1874, avait mis, en 1878, en service 2,000 de ces compteurs, se plaît à reconnaître qu’elle n’a pas d’observations à faire sur leur fonctionnement.

De 1878 à ce jour de nouveaux perfectionnements ont été apportés par ces messieurs, 6,000 compteurs, dit-on, ont été placés à Paris, et nous ne croyons mieux faire que de donner connaissance aux lecteurs des Odeui's de Paris de la description de l’appareil.

L’eau arrive dans le compteur par une tubulure, pénètre dans l’un ou l’autre des cylindres par l’orifice qu’elle trouve découvert, en sort ensuite par le même orifice quand celui-ci est recouvert par le tiroir, passe sous la coquille qui la conduit dans le canal d’échappement, pour monter dans la boîte à clapet du dôme et sortir enfin par une tubulure.

Chaque piston actionne, vers la fin de sa course, le tiroir qui distribue l’eau dans l’autre cylindre. A cet effet, la tige du piston porte deux heurtoirs qui viennent alternativement agir sur le galet qui termine le levier de commande.

Le mécanisme qui transmet le mouvement à l’horlogerie est également très simple, le compteur est pourvu d’un dispositif qui permet de démontrer à tout instant son étanchéité absolue.

Le démontage de l’appareil est des plus faciles, les pièces se dissemblant d’elles-mêmes dès que la machine est ouverte.

lie robinet de jauge. — Nous n’étions pas primitivement partisans du compteur : c’est un instrument fort inconstant, mesurant mal et sujet à de continuelles erreurs.

L’administration a compris qu’elle ne pouvait imposer aux petits appartements l’emploi du compteur ; elle a alors admis le robinet de’jauge ; agir autrement eût été compliquer la question d’amener, au nom de l’hygiène, l’eau dans les appartements, c’eût été augmenter sans profit les frais d’installation et mettre obstacle à ce que l’eau soit livrée à ceux qui en ont le plus besoin.

Le robinet de jauge a pour but de fournir l’eau au concessionnaire au moyen d’un robinet dont l’orifice est calculé de façon à livrer passage en 24 heures à une quantité déterminée. Il a contre son emploi : que la pression variant, l’eau coulera plus ou moins, et que l’une ou l’autre partie se trouvera lésée*suivant que la détermination de l’orifice aura été faite dans une faible ou sous une forte pression.

Au point de vue de l’installation pour une maison entière jl nécessite un réservoir avec robinet et flotteur, dont l’établissement exige des précautions minutieuses pour éviter les fuites et les débordements, et une double canalisation l’un pour monter l’eau au réservoir, l’autre pour la distribuer aux divers étages.

Ce service pour un immeuble important ne donne pas satisfaction complète aux différents consommateurs : l’eau, s’échauffe l’été, elle se congèle l’hiver.

Enfin une dernière considération qui ne manque pas d’importance c’est que l’eau par trop mesurée dans une maison peut faire défaut, lorsqu’un incendie vient à éclater.

Ces raisons rejettent le mode d’abonnement au robinet jaugeur, lorsqu’il s’agit d’appliquer le système à un service comprenant plusieurs appartements, et on conçoit que l’administration

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crut devoir exiger, ainsi que cela se pratique à Vienne et à Bruxelles, l’emploi du compteur.

Reste les robinets à obturation inaltérable dits repoussoirs tournants à effet pneumatique.

Par leur construction ils suppriment les coups de bélier et le bruit dans les colonnes montantes ; et comme ils ne peuvent être tenus ouverts qu’à la main, ils empêchent les causes d’inondation aux étages et toutes pertes d’eau en dehors des besoins, d’où résulte une économie dans la dépense, aussi sont-ils prescrits pour le service réservé et spécial à robinets libres dans les immeubles où la compagnie générale des eaux fait établir des colonnes montantes conformément au nouveau règlement en date du 25 juillet 1880.

Les propriétaires et les abonnés au compteur sont également intéressés à préférer l’emploi de ce système fermant seul pour les cuisines, les cours* etc.

Ils éviteront de payer des excédants de débits auxquels donneront inévitablement lieu les robinets faciles à attacher ou qui restent ouverts à volonté.

Ces robinets, dit l’inspecteur général de la compagnie des eaux de Paris, fonctionnent avec une grande régularité; leur fabrication répond d’une manière satisfaisante aux prescriptions de l’article 7 du règlement.

L’application et la généralisation des compteurs à la distribution de l’eau dans Paris exigent des modifications à l’ancien état de choses et des appropriations nouvelles pour régler méthodiquement le service de l’alimentation avec robinets.

Les types en sont nombreux, il y en a de spéciaux pour tous les usages, pour les lavabos, pour les cours, les vestibules : tous se manœuvrant sans aucun effort, à la main, d’une étanchéité complète, exempts de réparations dans leurs organes.

Ces robinets, inventés parM. Denans, s’ouvrant et se fermant graduellement par le fonctionnement très doux de la vis, obturent par la pression, tandis que les autres systèmes de robinets qui ne sont pas à repoussoirs ferment contre la pression, de là l’ouverture par suite des coups de bélier qui existent dans les conduits.

Appliqués sur les tuyaux de la colonne montante, ils remplacent le compteur dans les cas-où celui-ci n’est pas jugé indispensable; pour les distributions d’eau dites de palier, aux Waterclosets, ils présentent cet avantage que ne pouvant être manœuvrés qu’à la’main, ils ne produiront pas, comme le redoute M. Alphand, 33 pour cent de plus que la quantité déterminée par la ville.

Les robinets d’arrêt, dits de sûreté à serrure, étanches sous la pression de 15 atmosphères et plus, sont également réglementaires sur les branchements des colonnes montantes établies aux frais de la "Ville ensuite de la nouvelle réglementation.

Comme il peut arriver que des abonnés n’acquitteront pas leurs redevances, la compagnie générale s’est réservé la possibilité de fermer les prises d’eau et de plomber au besoin sesi’obinets d’arrêt placés dans les cages d’escalier, entre les colonnes d’amenée en plomb et les robinets de puisage des cuisines.

Ceux de poste d’eau pour incendie soit à l’intérieur des immeubles, soit à l’extérieur, se recommandent par une simplicité de construction et une facilité exceptionnelle dans la manœuvre, quelle que soit la pression sous laquelle ils fonctionnent. On n’aura plus à redouter, lorsque le feu se déclare et au moment où il peut être combattu efficacement avec peu d’eau, la difficulté, sinon l’impossibilité, de tourner des robinets dont les clefs sont le plus souvent égarées. Chacun sait, du reste, que l’étancheité d’un robinet à Boisseau de fort diamètre est, sous toutes les pressions, subordonnée à sa rigidité ; qu’il doit être graissé et manœuvré souvent pour pouvoir être mis instantanément en service.

Pour les cours, les vestibules où les pressions sont fortes, le choc ou coup de bélier est annulé soit avec le système à repoussoir tournant, ou celui à levier, soit avec les robinets restant ouverts.

Ces derniers types ouvrent graduellement au moyen d’une vis en bronze, soustraite au contact de l’eau et des sables. Ils obturent par la pression, tandis que la généralité des autres systèmes ferment contre la pression ; de là des pertes d'eau, ou l’inondation des étages , dès que l’usure des vis en contact ici avec l’eau et les sables, ne peut résister aux coups de bélier qui'se produisent journellement dans les canalisations.

D’autres types sont à double effet, c’est-à-dire que l’on peut facultativement les laisser ouverts avec débit gradué ou les laisser se fermer seuls.

Les uns sont pourvus de manettes de manœuvre, les autres ne peuvent fonctionner qu’à Laide d’une clef indépendante ; ceux-ci ont plus particulièrement pour avantages d’éviter rigoureusement toute perte d’eau en dehors des besoins. A raison de ce bénéfice, ils se recommandent d’une manière toute spéciale au choix des propriétaires abonnés aux compteurs pour le service des cours et des vestibules.

LA MAISON

Enfin le prix est modéré, il varie de 8 à 36 francs suivant le diamètre qui s’étend de 8 à 40 millimètres.

Aération Ue feau. — Les meilleures eaux doivent être froides en été, chaudes en hiver.

Optimæ sunt quæ hyeme fiunt calidæ,

Æstate autem frigidæ.

Comment arriver à ce desideratum cherché depuis Hippocrate ? On parle bien d’établir, dans chaque maison, sous le sol de la cave, un bassin en fonte dans lequel séjournerait, pendant quelques heures, l’eau à distribuer.

Ce moyen ne semble guère pratique, il faudrait sacrifier la colonne montante ; aussi, il nous semble que l’aération de l’eau est une opération qui devrait se faire dans les grands bassins distributeurs, soit à l’arrivée, soit au départ; cette question a été d’ailleurs fort peu étudiée jusqu’à ce jour; de bons esprits admettent que les eaux s’aèrent convenablement pendant leur trajet, et qu’il n’y a pas lieu de chercher à faire mieux que ce qui s’exécute aujourd’hui.

MM. Carré et fils ne pensent pas de même : l’eau à aérer, disent-ils, vient de la conduite ou du réservoir; ils la font pénétrer en pression dans une cuvette d’arrivée, établie dans la maison.

M. Baldwin-Lalhan, un des ingénieurs anglais les plus expérimentés en hygiène publique, auteur d’un outrage classique Sanitary engeneering , attribue aux eaux mal aérées les diarrhées et autres maladies analogues.

La British association s’occupe de la question. Une discussion sérieuse ne tardera pas à s’ouvrir et nul doute qu’il surgira, à sa suite, des moyens pratiques pour aérer les eaux potables.

Les effets de l’eau et de la température sur l’organisme sont très variés, suivant les climats habités, et provoquent, lorsque l’on compare l’état hygiénique de ces diverses localités, des résultats très différents. Est-il bien vrai que Beau, pour qu’elle soit salubre, doit être tenue à une température constante jusqu’au moment de la consommation ? Ce qui entraînerait la nécessité de la chauffer en hiver et de la refroidir en été.

Ce qu’il y a d’évident, c’est que l’eau aérée est digestive, et qu’à ce titre elle est préféi*able à toute autre. La question est entière et mérite d’être sérieusement étudiée, car s’il est certain, comme

le prétendent d’autres hygiénistes, que les filtres, les réservoirs, les citernes, les colonnes montantes, font perdre à l’eau une grande partie du peu d’air qu’elle contient, il faut trouver un moyen de le lui rendre.

lies cabinets «l’aisances. — Jusqu’au quinzième siècle, les matières fécales, à Paris, étaient déposées dans la rue. Ce ne fut qu’en 1533, en vertu d’un arrêt du Parlement, que chaque propriétaire fut obligé de créer une fosse d’aisances dans sa maison.

Ces fosses n’étant pas étanches, le sous-sol de Paris, les puits, furent infectés depuis cette époque; ce ne fut qu’en 1809 que l’administration se préoccupa, pour la première fois, d’un pareil état de choses, et ne trouva rien de mieux, pour parer à ces graves inconvénients, que de décréter, pour l’avenir, que les fosses seraient étanches, c’est-à-dire qu’elles ne perdraient plus les liquides qu’on y jette.

En dépit de ces prescriptions, les fosses Axes, malgré leur qualification d’étanches, laissent suinter à travers leurs parois une humidité sui generis qui s’infiltre à travers le sol et pénètre plus ou moins dans les caves. La cheminée qui, partant de la fosse, s’élève au-dessus du toit, n’entraîne que très imparfaitement les émanations ammoniacales ou sulfhydriques.

La perméabilité du sol sur lequel reposent la plupart des fosses, . leur construction, le déplorable entretien où généralement elles se trouvent, expliquent dans quel état se rencontre Fraudes puits de Paris qui alimente encore aujourd’hui bien des maisons.

La vidange est une grave incommodité pour les habitants. Les procédés de désinfection qu’on emploie soit dans la fosse, soit au moment de l’évacuation des matières, ne font que répandre plus au loin les émanations infectes 1 .

L’arrivée de trois cents voitures descendant la nuit dans la ville, le travail nocturne des vidangeurs, le chargement des tonneaux le retour de ces foyers ambulants de miasmes délétères, emplissent Paris de bruit et vicient l’air qu’on y respire.

Il y a quelques années, Londres présentait le même spectacle.

11 faut, disaient les Anglais, projeter directement toutes ces matières dans les égouts, en transformant les fosses en simples conduites.

Les Anglais avaient fait comme nous ; il était interdit à Lon-

1 Assainissement de Paris, par Jules Brunfaut. Baudry, éditeur. Paris, 1880.

LA. MAISON

dres, comme il l’est encore à Paris,' de faire écouler les vidanges dans les égouts; mais, lorsque l’eau vint au ivater-closet, les prescriptions prohibitives furent abolies, et aujourd’hui les fosses sont considérées comme des foyers d’infection à supprimer.

La formule d’interdiction qu’emploie la commission spéciale de la Cité est la suivante :

« Les privés ou water-closeis seront munis de fermetures hermétiques et pourvus de l’eau nécessaire pour emporter les vidanges. Les cours, écuries, cuisines et toitures perdront ainsi souterrainement leurs eaux. Une citerne et un appareil convenable seront établis pour assurer aux occupants un approvisionnement suffisant de belle et bonne eau; enfin, les fosses actuellement existantes seront vidées, puis comblées avec des remblais de’ bonne qualité. »

En Angleterre comme en France, lorsque la mesure fut décidée d’envoyer les matières fécales à l’égout, bien des gens, connaissant fort peu la question, criaient fort, traitaient de Vandales ces innovateurs qui préféraient ne pas garder ces immondices près d’eux que de les utiliser à l’agriculture.

Depuis lors, de grands perfectionnements se sont accomplis : au système du Chinois, qui consiste à serrer près de lui ses excréments, on a préféré l’égout qui les emmène, sans frais, dans la vallée de la Seine, qui recevra ainsi, sous forme d’irrigations, tous les principes utiles que ces matières renferment.

Pour le « tout à l’égout », suivant une expression consacrée, il ne faudrait pas que l’eau continuât à être parcimonieusement distribuée, car alors les lieux d’aisances ne tarderaient pas à laisser échapper des miasmes délétères qui infecteraient le locataire, sa famille et sés voisins.

Les mauvaises conditions de salubrité sont actuellement dangereuses dans 33 p. 100 d’habitations, c’est-à-dire dans plus de 21,000 maisons de Paris où l’eau n’est reçue qu’à la borne fontaine, prise au puits ou amenée par le porteur d’eau.

Comme le constatait M. Belgrand, les maisons occupées sont presque toutes privées d’une distribution d’eau. La vidange des fosses coûtant huit francs en moyenne par mètre cube ; pour que cette dépense se renouvelle le moins souvent, le propriétaire interdit l’emploi de l’eau dans les cabinets d’aisances.

Dans la plupart de ces maisons, la vidange ne dépasse pas 300 litres par habitant, c’est à peu près le volume normal de la production, sans aucune addition d’eau.

Les cabinets d’aisances communs, l’absence complète d’eau, quelques locataires malpropres, empoisonnent tous les autres usagers.

Personne, s’il ne les a vus, ne peut se faire une idée de ces foyers d’infection, c’est une des causes à laquelle il faut attribuer la malpropreté de nos ouvriers, la mauvaise tenue de leurs logements. A quoi bon entretenir chez soi la propreté, quand à côté il y a une accumulation d’ordures fétides.

Lorsqu’on donnera des cabinets avec effet d’eau à chaque ménage, par la simple action de la ménagère, non seulement le cabinet, mais encore le logement sera propre.

Ce résultat ne peut être obtenu que par la vidange à l’égout et l’introduction de l’eau dans les maisons. La vidange à l’égout fait disparaître les objections du propriétaire. On doit donc prescrire obligatoirement et la vidange à l’égout et les eaux de la ville.

Le problème serait simplifié si on pouvait assurer la transformation des matières fécales dans la fosse même, par des appareils ou filtres qui retiendraient les matières denses avec tous les principes utiles que renferme la vidange ; mais aucun des procédés imaginés n’a résolu complètement la question.

Les appareils diviseurs connus sous les noms de Richer, de Pâris, de Tacon, etc., amènent les eaux directement et souterrainement des colonnes de chute aux égouts et suppriment ainsi les neuf dixièmes des transports.

Ces systèmes, moins infectants que celui des fosses fixes, suppriment le séjour prolongé des matières, mais les solides ne renferment plus que la proportion d’azote de i : 7.87, lorsqu'elles contenaient les urines. Ce sont des vases, petites fosses mobiles, en fer galvanisé, que l’on lute lorsqu’ils sont emplis.

Ce mode supprime encore l’enlèvement nocturne et l’appareil écœurant qui l’accompagne, nrais les matières solides sont seules recueillies, les liquides, et avec eux les sels ammoniacaux, de potasse, de magnésie, sont perdus. A ce point de vue, c’est un grand désavantage que présente le système diviseur, et c’en est un plus grand pour le vidangeur qui, payé en raison du mètre cube, n’a plus sur 20 mètres, que contient en moyenne une fosse, que 1/5° à enlever.

Ajoutons qu’avec le système diviseur il y a, outre la perte des urines, celle en grande partie des plus riches principes des matières solides.

LA MAISON

En effet, les chutes reçoivent non seulement les matières fécales, mais encore les ordures ménagères jetées par un domestique paresseùx, le papier des visiteurs de l’endroit, objets qui empêchent les matières de descendre librement.

M. Haussmann, en 1854, alors qu’il était préfet de la Seine, avait conçu le projet d’amener la vidange de chaque maison dans des tinettes qui, placées dans l’égout, seraient transportées une fois remplies dans des wagons spéciaux jusqu’à l’extrémité de la ville, d’où elles seraient dirigées vers des fabriques d’engrais.

Ce projet, tout séduisant qu’il parût, ne fut jamais mis à exécution, on retint la tinette que l’on plaça sous le trottoir de la rue, et la compagnie Lesage en fait encore de nos jours une application fort coûteuse pour l’habitant, mais qui ne donne aucune satisfaction à l’hygiène publique.

Une double considération doit faire ajourner toutes ces combinaisons qui, à première vue, paraissent fort ingénieuses. C’est précisément dans la partie liquide que se trouvent, en plus grande proportion, les principes de fermentation putride et, en même temps, les éléments ammoniacaux qui fertilisent les champs. D’ailleurs, le volume des matières denses équivaut à peine au vingtième de la masse totale, et, si l’enlèvement devient une opération très simplifiée, le produit, comme engrais, est insignifiant.

On évalue en effet, aujourd’hui, à Paris, l’enlèvement des solides et des liquides à 2,000 mètres cubes par jour. Si on appliquait, comme l’administration y avait pensé, le système diviseur à l’aide de tinettes filtrantes, on jetterait à l’égout 1,600 mètres cubes, et on transporterait au loin 400 mètres seulement qui, nous le répétons, n’auraient aucune valeur fertilisante.

La question de remplacer la fosse fixe parla fosse mobile est ancienne. Une commission, nommée en 1835, s’exprimait ainsi : « Sous l’influence delà putréfaction, les principes élémentaires qui constituent les substances animales et végétales réagissent les uns sur les autres et se dissipent sous forme de gaz ; des myriades d’insectes se forment dans les matières fécales et les dévorent ; les matières fécales, en se putréfiant, perdent les 9/10 es , et, suivant quelques personnes, les 19/20 es , soit dans la fosse, soit dans les voiries où on les dépose avant de les préparer. »

Ce commentaire, fait en 1835, sur les fosses fixes et mobiles n’est-il pas leur condamnation? Sous chacune de nos maisons, nous continuerions à entretenir des foyers produisant des gaz et

des myriades d’insectes qui s’échappent tout autour de nous, et plus particulièrement par 240,000 tuyaux qui les conduisent audessus des toits de nos habitations.

Dans un mémoire daté de 1871, M. Belgrand avait fait ressortir l’insalubrité de la ville, qui avait alors 85,000 fosses fixes renfermant 4 à 500,000 kilogrammes de matières en voie de putréfaction et dont les gaz délétères, rabattus par les vents, venaient envelopper nos maisons.

Il semblait facile aux partisans de la fosse de détruire ces gaz ; le Parlement, en 1786, s’en était occupé, car déjà, à cette époque, on avait reconnu que nous empoisonnions, par nos déjections, et nos demeures, et l’atmosphère de nos rues ; on n’avait alors trouvé, pour atténuer le mal, que de contraindre chaque habitant à faire passer le tuyau d’évent sur un brasier.

Chaque maison aurait été pourvue des foyers dans lesquels ces gaz auraient été brûlés. Avons-nous besoin de faire remarquer que cette mesure, excellente en théorie, ne pouvait recevoir d’application ?

En Belgique on est, semble-t-il, plus pratique ; on ne recherche pas, pour des sujets si simples, des considérations si grandes* : d’abord, au sortir de la cuvette, les matières fécales et les liquides avant de se rendre au tuyau de chute passent dans le coupe-air que nous avons décrit ; les sièges sont en bois et à couvercle, la porte est jointive, sauf un vide de 0,10 ménagé entre le sol et le dessous de la menuiserie, qui donne un courant d’air chassant les gaz au coupe-air , et, si on joint à ces dispositions si simples que les lieux sont journellement lavés, que chacun a le plus grand soin de les tenir propres, on ne sera pas étonné de ne rencontrer qu’à Paris seul des lieux d’aisances aussi infects que ceux qui y existent.

Dans un livre plus spécial que ne l’est celui-ci, Assainissement de Paris, Baudry, éditeur, nous avons passé en revue et nous avons discuté les différents systèmes de l’enlèvement des vidanges ; nous avons démontré qu’aucun n’est bon, et cependant il y a encore des gens qui donnent, au point de vue de la salubrité publique, la préférence à la fosse fixe sur la vidànge à l’égout. La fosse doit être conservée, disent-ils, parfaitement étanche, désinfectée aussitôt vidée et de temps à autre pendant la période de remplissage.

Enfin, on doit désinfecter encore, avant d’opérer la vidange de la fosse ; la dépense occasionnée pa,r cette désinfection est insigni-

LA MAISON

fiante. Le dégagement de gaz par les tuyaux d’évent est tout à fait nul ; on ne perçoit l’odeur qu’à certains jours de basses pressions barométriques, parlé fait de la dilatation de l’air contenu dans la fosse. Les tuyaux d’évent pourraient donc même être supprimés.

Ces gens, qui plaident une si mauvaise cause, sont du métier, c’est-à-dire fabricants de sulfate d’ammoniaque.

Toutes les industries, suivant eux, se trouvent plus ou moins atteintes par la suppression des fabriques de sulfate d’ammoniaque ; non seulement en raison du déficit qu’apporteront à la fabri-

Fig. il

cation les produits employés dans ces usines, mais à cause de la hausse inévitable des sels ammoniacaux, si recherchés par tous les industriels sans exception.

Aussi, ajoutent-ils, si M. le ministre de l’agriculture avait le sentiment de son devoir, il défendrait à toute ville de laisser perdre la moindre quantité d’engrais, et il s’opposerait à l’exécution des projets de la Ville de Paris.

Nous répondrons :

Le système des fosses étanches est encore aujourd’hui le plus répandu non seulement à Paris, mais dans la plupart des villes. L’emmagasinage dessous chaque maison d’une masse putride en

décomposition est une cause très grave d’insalubrité, et les tuyaux d’évent exigés par l’administration entretiennent au-dessus des habitations une couche permanente de gaz délétères et nauséabonds. L’extraction nocturne des matières par les systèmes défectueux actuels est encore une cause d’insalubrité sentie chaque soir par les promeneurs et les voisins de la maison où se fait l’opération.

Enfin, le système des fosses mobiles, c’est-à-dire de tonneaux recevant et gardant toutes les matières solides ne peut être appliqué que dans des cas spéciaux. C’est un système qui n’est pas plus insalubre que les précédents, mais dont l’application est coûteuse et difficile.

En rejetant les vidanges et les immondices de Paris à l’égoût qui les conduira au canal spécial voté aujourd’hui jusqu’à la forêt de Saint-Germain et qui doit, d’après nous, se continuer dans toute la vallée de la Seine, jusqu’à la mer, on utilisera les matières à l’agriculture en réservant les droits de l’hygiène publique.

Nous l’avons vu, l’hygiène publique à Paris est enfin parvenue, par le secours de ses associations, à faire décider que l’eau sera portée à tous les étages des maisons ; les vidanges se rendront donc, au fur et à mesure qu’elles se formeront, à l’égout, et Paris imitera enfin ce qui se pratique avec succès à Londres, à Bruxelles, à Berlin, etc.

Il y a plus de trente-cinq ans que MM. Doulton et C ie ont introduit en Angleterre l’emploi des tuyaux de grès dans les travaux d’assainissement, ce qui a amené un accroissement considérable dans la fabrication des poteries.

L’imperméabilité du grès, sa solidité, sa propreté en font la matière la plus convenable et la plus durable pour cet usage.

Leur dépôt à Paris, 6, rue Paradis-Poissonnière, est un musée des plus intéressants ; tous les appareils nécessaires aux usages d’une ville peuvent y être vus, prêts à fonctionner.

Nous pouvons, grâce à l’obligeance de M. H. Collet, donner à nos lecteurs le système le plus perfectionné des garde-robes.

Une grande simplicité, jointe à une efficacité parfaite sont les avantages que présentent ces appareils.

Ils se fixent, par deux joints, l’un au plancher, à l’embranchement du tuyau de descente, l’autre au tuyau amenant l’eau.

L’inspection du dessin et l’explication suivante en rendront facile l’examen.

LA MAISON. 81

A. Siphon fixé au plancher et communiquant au tuyau de descente amené à fleur.

B. Arrivée d’eau à valve régulatrice de Doulton ; la quantité

d’eaü se règle en tournant une simple vis indiquée par la flèche tlegutating screw. Aucun autre régulateur n'est nécessaire .

G. Bassin en faïence à effet d’eau, la distribuant sur toute la surface intérieure, soit par son rebord, soit au moyen d’une plaque en éventail, et assurant ainsi une propreté constante. La soupape est garnie d’un disque en faïence qui se maintient toujours propre.

D. Plaque-éventail distribuant l’eau quand on ne se sert pas de bassin à rebord perforé.

E. Trop-plein du bassin, rendu étanche par son accès dans le siphon au-dessous de la surface de l’eau.

F. Embranchement étanche, comme E, pour ventilation ou tuyau de trop-plein du réservoir à eau, ou écoulement des eaux de toilette.

G. Ouverture d’inspection à fermeture hermétique, rendant facile l’examen ou le dégorgement du siphon.

H. Branchement permettant l’emploi d’un tuyau de ventilation communiquant avec le dehors.

Les prix varient, suivant le plus ou moins de luxe qu’on y apporte, de 106 à 143 francs.

La garde-robe économique de Lambeth, avec valve régulatrice Doulton appliquée aux maisons bourgeoises, est un appareil de construction économique. Il est sans clapet et se compose de :

A. Bassin en faïence, intérieur blanc, bord à effet d’eau ;

B. Siphon en faïence, intérieur blanc, se vissant au plancher;

C. Entrée de l’eau dans le rebord communiquant avec valve régulatrice D.

L'appareil n° 12, bassin et siphon en faïence, rebord à effet d’eau, valve régulatrice Doulton de 23 m / m , coupe et poignée en grès Doulton, coûte... 30 fr.

La valve régulatrice Doulton de 25 m / m , avec coupe et poignée en grès Doulton ou en cuivre et son fonctionnement, pouvant s’appliquer à toute autre cuvette à siphon. 36 fr.

Comme on le voit, MM. Doulton ont résolu la question du bon marché ; dans les maisons bourgeoises, les water-closets seront choisis de préférence à ceux plus coûteux, tout en remplissant les mêmes buts.

Les efforts des fabricants ne s’arrêtent pas là.

Si MM. Doulton et G ie ont donné, par les appareils qui précèdent, satisfaction aux classes aisées, ils se sont également occupés des habitations ouvrières, et nous croyons fort intéressant de poursuivre cette étude en continuant notre exhibition de modèles.

Dans les appareils à chasse d’eau en usage jusqu’à ce jour, la difficulté est l’enlèvement complet des matières et du papier. —

LA MAÎSON.

Cette garde-robe remédie à cet inconvénient par les perfectionnements suivants :

en offrant le moins de résistance possible à la chasse d’eau. L’eau arrive dans le bassin en A directement en face de la sortie B et produit tout son effet utile.

Le joint du tuyau d’arrivée en plomb se fait par un anneau en caoutchouc,* qui dispense de l’emploi d’un joint conique ou à la ficelle.

Le rebord à effet d’eau G distribue le liquide sur toute la surface du bassin qu’elle nettoie complètement avant d’arriver à la sortie.

Le dessus de la décharge est recouvert d’un chapeau D dont le déplacement permet de retirer toute matière étrangère qui aurait été jetée dans la cuvette ; ceci permet d’empêcher le transport de ces matières dans une autre partie de la décharge où il serait difficile d’atteindre ou d’enlever l’obstruction.

Le siphon de cette garde-robe est à sortie oblique comme la figure, ou en « 2 , comme l’indique le pointillé et la coupe ; dans ce cas, une ouverture E permet de ventiler ou de visiter le siphon. Afin d’en faciliter le choix et de permettre de les mieux raccorder avec la position du tuyau de descente, le siphon n’est pas fixé au bassin, et celui-ci est circulaire ; au besoin on fournit un léger support en fer F pour supporter le bassin.

La soupape régulatrice est à poussette et laisse arriver la quantité d’eau nécessaire après qu’on a cessé d’appuyer sur le bouton. On peut aussi se servir des réservoirs.

Pour le service des communs, hôpitaux, manufactures ou établissements publics, ces cuvettes peuvent être fournies avec effet d’eau par l’action du siège au moment où on le quitte. La quantité d’eau peut être limitée de façon à ne jamais dépasser huit litres.

Le prix est de 28 francs.

Vient enfin un modèle complet de latrines.

Il a été reconnu que les latrines étaient le meilleur système pour écoles, asiles, casernes, fabriques et établissements publics, dans lesquels il n’est pas désirable de confier le contrôle de l’emploi de l’eau à ceux qui s’en servent.

Le système de latrines perfectionnées de Lambeth joint à l’économie de construction la simplicité et la solidité. C’est le plus répandu :

Il consiste daus une série de cuvettes solides en grès A communiquant les unes aux autres par un collecteur en grès B ; elles sont toutes alimentées d’eau par un seul robinet, lequel, ainsi que la soupape D de la décharge G, n’est accessible qu’à la personne chargée d’y veiller.

LA MAISON

La soupape de décharge est placée à l’extrémité du collecteur, à l’endroit le plus propice, et est formée d’un tuyau en fer avec siège, le tout actionné par une poignée, ainsi qu’il est indiqué au dessin. — La soupape est étanché, et retient l’eau jusqu’à ce qu’elle soit arrivée au niveau du trop-plein.

Ainsi, quand on juge utile de nettoyer les latrines, on lève la

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poignée, le collecteur, d’un diamètre de 0 m ,15, et les bassins sont vidés instantanément. En baissant la soupape et en ouvrant le robinet, les bassins et la conduite se remplissent d’eau et sont prêts à l’usage.

Les cuvettes en grès avec les tuyaux, la soupape, le siège, la poignée, le siphon, etc., ne coûtent que 80 francs.

Les réservoirs pour garde-robes et urinoirs sont indispensables.

Ces réservoirs ont pour but d’économiser l’eau en en prévenant la perte. La simplicité de leur construction, l’pfficacité de leur fonctionnement et leur prix modéré en recommandent l’emploi. — Ils sont destinés à fournir aux cuvettes des garde-robes à clapets l’eau qui doit y séjourner après chaque usage. Les parties actives du mécanisme sont simples, peu nombreuses et peu sujettes à se

déranger. L’appareil peut être monté pour fonctionner de droite ou de gauche. Une chaîne ou cordon, ou tel autre moyen analogue au tirage d’une sonnette, le faij, agir.

La perte d’eau est impossible, parce que l’arrivée et la décharge n’ont jamais lieu simultanément.

Le réservoir de 10 litres, évitant les pertes et rechargeant d’eau la cuvette, pour garde-robes etclapets, coûte 42 francs; celuide même capacité, pour urinoirs et garde-robes ordinaires, est de 39 francs.

. Tels sont les appareils qui constituent les water-closets des habitations de Londres ; nous les avons divisés en trois types, et ceux qui ont habité ou visité la grande ville ont été frappés de la propreté qüi règne dans cette partie de la maison anglaise.

Dans les maisons de Paris, où l’eau est amenée aux cabinets d’aisances, on y rencontre les mêmes appareils, et, comme nous le disions, rien ne laisse à désirer au point de vue de l’hygiène ; mais, dans les 73 p. 100 dès immeubles où la vidange ne reçoit d’autre eau que celle qu’on y jette furtivement, ils dégagent, par leur malpropreté, des émanations les plus nauséabondes.

La vidange à l’égout devenant obligatoire, les colonnes montantes placées d’office par la ville dans chaque maison, nous devons espérer qu’en très peu de temps Paris n’aura rien à envier à Londres.

Tuyaux «le chute. — La maison branchée à l’égout conduit les eaux sales et les vidanges, et si son établissement force le propriétaire à une contribution de 30 francs par chute et par an au profit de la caisse municipale, en revanche, il ne paie plus le vidangeur, et, comme le locataire paie l’eau qu’il emploie, le propriétaire, au lieu de perdre, gagne avec ce nouvel état de choses.

Telles seraient les charges annuelles des propriétaires de la ville de Paris, pour recevoir dans toutes les maisons, grandes et petites, cités et masures, l’eau nécessaire à la propreté de l’immeuble, à l’hygiène de ses hôtes et à l’évacuation de leurs immondices.

Ce travail, qui date de loin, fut conçu par deux hommes, MM. Haussmann et Belgrand. 11 est poursuivi aujourd’hui par M. Alphand et le rapporteur du conseil municipal, M. Deligny.

Le propriétaire d’un immeuble à Paris doit, partout où l’égout de la rue existe, brancher, par une conduite souterraine, son soussol avec l’émissaire public.

Ce branchement part des coursqui reçoivent les tuyaux de chute,

LA MAISON

une trappe doit exister dans laquelle on jettera les détritus ménagers tels que les débris de légumes, les os, les chiffons, etc.

C’est une dépense que nous avons évaluée, dans un de nos livres, à cinq cents francs par maison.

M. Hérold, préfet de la Seine, vient de remettre en vigueur un arrêté qui avait été pris pendant le siège, et qui oblige les habitants à déposer leurs ordures ménagères soit directement au tombereau, soit dans un récipient dont chaque concierge a la garde.

Cette réglementation, visée dès 1852, va recevoir un commencement d’exécution ; c’est une réponse de la préfecture de la Seine à la campagne que nous avons faite.

Les tuyaux de chute doivent traverser, avant de poursuivre leur chemin vers la galerie publique, un coupe-air, cavité souterraine en maçonnerie, laissant écouler l’eau, et permettant de nettoyer les immondices et de ne pas laisser remonter les mauvaises odeurs.

Ce moyen fort simple accompagne tout tuyau de chute dans les maisons anglaises et belges.

Ce que l’on a peine à comprendre, ce sont les obligations imposées par l’administration municipale aux habitants de Paris pour la construction des branchements qui doivent relier leurs immeubles à l’égout.

Dans les villes étrangères, les branchements sont de simples conduits en briques ou en poterie ; dans le premier cas, la conduite a 0 m ,30, dans le second c’est un tuyau de 0 m ,23.

Ces dernières dispositions sont fort peu coûteuses si on en juge par les tarifs de MM. Doulton qui fournissent ces tuyaux dans toutes les maisons de Londres et par tout Paris, où l’administration leur en laisse la possibilité.

Il est difficile que nous fassions un compte simulé de la dépense d’une conduite en tuyaux Doulton, prenant son point de départ dans la cour de l’habitation et allant rejoindre la galerie publique. Le plus souvent la conduite atteindrait dix mètres de parcours qui, à raison de 7 fr. 50, occasionneraient une dépense de 75 francs, à laquelle il faudrait ajouter la pose, la tranchée, le dépavage, le repavage, évalué à 2 fr. 50, soit 10 francs par mètre linéaire, ou 100 francs pour l’ensemble du travail.

Il est vrai que le propriétaire parisien a le droit, dans une certaine mesure, d’agir comme le font les Anglais, mais il se trouve en présence du conducteur des ponts et chaussées de la ville à qui la surveillance des travaux incombe ; il le laisse faire et prend

pour éviter tout mécompte, l’entrepreneur de l’administration qui se sert peu des tuyaux en poterie, trouvant plus de profit à employer la fonte et même 5 prolonger en maçonnerie, sous l’immeuble, le branchement extérieur.

Aussi cette dépense se traduit à Paris, au minimum, à près de 500 francs ; elle se fait par l’entrepreneur attitré de l’administration, qui choisit son temps et son moment, s’inquiétant fort peu de réaliser sa besogne lorsque l’on créera l’égout de la rue, s’inquiétant encore moins, lors de cette construction, d’y préparer, dans les pieds-droits du collecteur, les amorces de ces conduites, de telle sorte que, lorsqu’il se mettra à exécuter son branchement, il démolira une partie de l’égout et le reconstituera, il démolira une partie du pavage qu'il remettra, il se fera payer des frais pour la pose des garde-fous, toutes choses qui auraient pu être conçues, exécutées, alors que le constructeur de l’égout était à la besogne, et ne pas obliger les propriétaires à débourser inutilement des sommes relativement considérables.

Il ne faut pas croire, cependant, que cette manière vicieuse de procéder soit méconnue par l’administration. Un des ingénieurs de la ville, en 1870, rendant compte dans une brochure des travaux d’égout de la ville de Bruxelles, la condamnait, et ne s’expliquait pas que l’on forçât le propriétaire de Paris à laisser exécuter à ses frais, à partir de son immeuble, un égout où pouvait se promener, bien inutilement, unhomme. Il trouvait qu’àParison pouvait,comme àBruxelles et à Londres, se contenter d’un modeste tuyau de grès, qu’il n’étaitpas indispensable de créer des voies monumentales souterraines qui n’avaient d’autre utilité, dans leur faste et leur grandeur, que de permettre la promenade de quelques oisifs tous les mois.

Une ville aura une auréole d’autant plus grande qui peindra son degré de civilisation, qu’elle recèlera dans son sein des œuvres utiles ; elle sera d’autant plus riche que ces œuvres fonctionneront bien, avec le moins de frais et rendront le plus de services.

Pour atteindre ce but, pour laisser aux générations futures une œuvre bâtie en ciment et en rocs, pour rendre immortel cet outillage, elle ne doit pas regarder à faire beau, elle doit dépenser ce qu’il faut, mais elle doit être économe.

Un égout, qui est une nécessité indéniable, devra résister à tous les temps, aux siècles, mais il est inutile d’en faire un palais ; â quoi ce luxe serait-il utile? à faire admirer la science de l’ingénieur?... Ce souvenir aura coûté trop cher; il exigera, pour le

LA MAISON

paiement de sa construction, pour l’intérêt et son amortissement, des sommes considérables qui eussent été mieux appropriées à d’autres ouvrages tout aussi nécessaires.

Ce n’est donc pas faire acte d’intelligence, à Paris, que de créer grand, que de faire beau ; il vaut mieux cacher la science et le mérite de nos ingénieurs, comme cela se fait à Londres et à Bruxelles, que de continuer à rendre leurs mémoires immortelles.

Fig. 16. — Tuyaux operculaires.

MM. Doulton fabriquent 9,000 mètres courants de tuyaux par jour. Ils sont les fournisseurs des villes de Paris, Versailles, Lille, Rouen, Blois, Saint-Germain, etc., du service des ponts et chaussées, du génie militaire, des compagnies de chemins de fer, des palais du Champ-de-Mars et du Trocadéro, etc., etc.

Qu’on s’imagine 15,000 tuyaux droits, par bouts de 0 m ,60 de longueur en œuvre, en diamètres de 0 m ,30 et au-dessus ; d’autres en longueurs de 0 m ,76 ; d’autres bouts courts pour raccords, au même prix du mètre linéaire, proportionnellement à leur longueur, en y comprenant celle du collet d’emboîtement ; enfin, des tuyaux droits, collet tronqué, que l’on peut employer seuls ou quand on prévoit la possibilité d’avoir à lever un tuyau, et on ne s’étonnera pas que dans le monde entier il n’y a pas de maçons qui ne connaissent leur nom. Voilà la vraie réputation, ce travail utile, qui se traduit au meilleur marché, et qui permet ainsi à la question hygiénique de poursuivre son chemin.

Le tuyau operculaire est, comme l’indique le dessin, muni d’un segment-couvercle, et donne ainsi la facilité d’examiner le travail de la conduite et de la nettoyer. Il est de même diamètre que les tuyaux droits ordinaires, avec lesquels il se raccorde parfaitement. On peut en faire des conduits entiers ou l’employer partiellement sur une conduite de tuyaux droits ordinaires. Le couvercle tenant au corps du tuyau, par nécessité'de bonne fabrication, la séparation se fait à pied-d’œuvre, par un simple petit coup de ciseau à froid donné à l’extrémité de chaque trait séparateur. Le prix diffère peu de celui des tuyaux ordinaires.

Ces tuyaux sont de dimensions diverses avec prix correspondant,

to LES ODEURS DÉ PARIS.

et, suivant l’importance de la maison, ils atteindront un diamètre

intérieur de 0 m ,o à 0 ra ,76.

Prix des Tuyaux.

Diamètre inté-

ti mètres.

Poids approximatif du mètre.. kilogr.

Le bout de 0 m ,60 centimètres..

Le mètre liné-

Caniveaux à collet 0",60 cent.

Tuyaux operculaires, le bout de 0 m ,60cént.

Coudes numéros i, 2, 3...

Il 25

Jonctions simples et coniques.

Jonctions doubles.

Si, avec ce système de tuyaux, on peut facilement avoir raison d’une obstruction en enlevant le segment-couvercle, il faut aussi que le propriétaire se garantisse contre les exhalaisons. Nous avons parlé du coupe-air. L’un des plus simples et des plus efficaces est le siphon ; il y en a de 0 m ,60 à 1 mètre, suivant leur diamètre, ils valent de 3 fr. SO à 22 fr. 50.

Fig. 17. — Siphons.

11 y en a encore d’autres, le siphon de cour, dont le dessin cidessus donne le modèle, il a une grille qui se place dans l’intérieur do l’habitation.

LA MAISON

Puis viennent, pour compléter rassortiment de la maison, les bouches ou regards d’égouts, qui se fixent, à Londres et à Bruxelles, dans la muraille de l’égout principal et forment la terminaison du branchement, et qui ne tarderont pas, espérons-le, d’être appliqués à Paris.

L’écoulement des matières fait lever la plaque; celle ci, en retombant à sa place, sur un plan légèrement incliné, empêche les émanations de l’égout de pénétrer dans le conduit, et ferme ainsi l’accès aux rats qui ne sont que trop tentés d’établir leur gîte dans les habitations.

Il ne suffit pas de se garer des rats, une grille peut en avoir

Fig. 18. — Regards d’égouts.

raison, et d’empêcher leur excursion dans l’intérieur de nos maisons, mais il n’en est pas de même des exhalaisons des égouts qui tendent, aux changements de température, à remonter vers les colonnes de chute, surtout si elles se trouvent sans eau, ce qui arrive fréquemment.

. Les siphons, chez nos voisins, sont placés partout où se trouve une conduite et arrêtent le mouvement ascensionnel des gaz délétères.

Les divers systèmes de clapets n’offrent qu’une fermeture intermittente.

En plaçant cet appareil à l’extérieur de leur habitation, chaque drain est posé de façon à se décharger en plein air. Un courant d’air frais circule dans les drains et s’échappe au-dessus du toit par le tuyau de ventilation, en entraînant les émanations qui ne peuvent pénétrer dans l’habitation.

Cet appareil fonctionne comme suit.

Le siphon intercepteur D se place au dehors, à l’endroit et à la profondeur que l’on juge convenables ; il communique avec la surface du sol par le receveur F qui est recouvert d’une grille. Les drains débouchent dans le receveur par les branchements G, H, I, sans communication l’un avec l’autre. Les émanations s’échappent par la grille, qui laisse en même temps arriver l’air frais qui remonte dans les drains. Par exemple, les tuyaux de descente des toits et des bains, arrivant au branchement I, les tuyaux ou drains

Fig. 19. — Colonnes de chute.

de la cuisine, de l’office, se déchargeant en H, et les descentes des water-closets aboutissant par A G, et cela au-dessus du niveau du liquide dans le siphon D, il est clair que toutes ces arrivées d’eau s’accumulant dans le receveur F, toutes les matières sont forcées de franchir le siphon et d’entrer dans le branchement d’égout. Le drain A peut, sur son parcours, recevoir d’autres conduits, mais il conviendra, dans ce cas, de le munir, à son point de départ, d’un tuyau ventilateur débouchant sur le toit, afin que le courant d’air

LA. MAISON

puisse entraîner les émanations. On peut de même, si on le désire, pour plus de sécurité, ventiler le conduit communiquant à l'égout ainsi qu’il est indiqué par E.

Les siphons D se font avec :

Entrée do 0“,23 de diamètre, et sortie de 0 m ,15 au prix de fr. 18

Il restera en plus de la conduite des eaux aux colonnes montantes, après qu’elles auront été filtrées; de l’écoulement à l’égout de ces eaux après qu’elles auront été salies par nos déjections, à la charge du propriétaire, les frais de robinetterie, des cuvettes pour les lieux d’aisances, d’éviers hydrauliques, dépenses qu’il est difficile d’évaluer exactement, variables qu’elles sont, suivant le luxe et l’importance des lieux, et dont nous venons de donner une description que nous avons empruntée chez nos voisins.

lies colonnes montantes. — Dans la première édilion de notre livre, nous disions : la ville ou la compagnie fermière doit installer à ses frais la colonne montante, comme le fait la Société parisienne pour le gaz; elle trouvera comme elle, au quintuple, son bénéfice dans la vente de l’eau.

M. Deligny avait établi, dans cette hypothèse, le total des dépenses à faire à cinquante millions.

La Compagnie des eaux, disait-il, donnera à ses actionnaires des dividendes importants, et les redevances qu’elle fera à la caisse municipale amortiront le capital employé.

Ces lignes étaient écrites, dans notre première édition, lorsqu’intervint un nouveau traité avec la compagnie fermière.

Ces conventions, arrêtées le 20 mars 1880 entre la ville et la compagnie des eaux, font aujourd’hui la loi des parties : i «Pendant trois années, 1881, 1882, 1883, la compagnie se chargera, à ses frais, risques et périls, de l’établissement soit de colonnes montantes, soit de tous autres agencements plus économiques, propres à mettre l’eau à la portée de tous les locataires de la maison, qu’elle livrera gratuitement aux propriétaires. Pendant le cours de ces trois années, la compagnie livrera aussi gratuitement, dans les maisons non encore alimentées, aux propriétaires qui en feront la demande, la prise d’eau, le branchement et l’agencement de la distribution intérieure.

LES ODEUtlS DE PARIS.

«Les propriétaires devront toutefois prendre l’engagement de conserver ces travaux pendant cinq ans au moins.

« Dans le cas où, pendant les années 1881 à 1883, il conviendrait aux propriétaires d’exécuter eux-mêmes la colonne montante à leurs frais, il leur sera alloué, à titre de prime, les deux cinquièmes du montant des abonnements nouveaux branchés sur la nouvelle colonne montante pendant chacune des cinq premières années de l’établissement de cette colonne. »

La contribution ancienne la jauge entraînait l’obligation pour le propriétaire de confier et de payer les travaux d’installation de la colonne montante, d’embranchements et de réparations jusqu’au réservoir, et les autres travaux, robinetterie, etc., étant soumis au contrôle des agents de cette compagnie ; il était difficile, sinon impossible, nous l’avons dit, de s’affranchir de la tutelle coûteuse de la compagnie.

Aujourd’hui, le propriétaire peut installer dans son immeuble l’eau jusqu’aux derniers étages ; il peut déverser à Févier, au watercloset, à la fontaine, l’eau dans tous les appartements, et cette facilité que vient d’accorder la ville de Paris semble devoir résoudre la question de l’apport de l’eau à l’habitant.

Les propriétaires paieront, il est vrai, l’eau consommée. Ils en feront supporter la charge aux locataires, soit en augmentant leurs loyers, soit en leur en réclamant le prix chaque trimestre, mais l’appartement sera d’autant plus prisé, que les appareils de distribution seront plus complets.

Sans discuter ici la question de participation à la dépense entre la Ville et lacompagnie fermière, nous sommes étonnés denepas voir inscrite l’obligation du propriétaire de laisser.installer la colonne montante ; il faut, pour qu’une pareille omission ait été faite, que la commission municipale n’ait pas tenu assez compte de cette maxime, que si les droits de la propriété sont sacrés, que si chacun est libre de jouir de son bien comme bon lui semble, il n’a pas celui de ne pas obéir aux prescriptions que, au nom de la santé publique, l’autorité croit devoir lui imposer.

Or, y a-t-il une mesure qui se commande plus que celle-ci?... La maison ne peut être saine qu’autant que les ordures de ses locataires s’écoulent au loin aussitôt qu’elles se forment, et, pour assurer une évacuation prompte, il faut de l’eau ; sans elle, les émanations délétères se produiront. S’il est vrai qu’il n’est pas permis dans une ville de se complaire dans un milieu fétide, qu’il n’est pas permis de renfermer chez soi des matières malsaines qui

LA MAISON

incommodenl les voisins, un propriétaire n’a pas le droit de se refuser à recevoir l’eau chez lui.

En pareille matière, les sentiments platoniques n’ont rien à voir. Nous avons 14,000 maisons qui sont dans de bonnes conditions d’hygiône, le droit d’exiger que les 56,000 autres qui ne le sont pas, le deviennent, est incontestable.

Faisons vite, assurons l’hygiène de nos maisons, qu’il y ait égalité dans la distribution de l’eau au pauvre comme au riche, que les habitants du palais comme ceux de la masure ne craignent plus le retour non seulement des odeurs , mais des épidémies qu’elles traînent avec elles, et le conseil municipal aura bien mérité de Paris.

©es tuyaux en plomb. — Les épidémies, nous avons tous souci de les voir cesser, soit que nous habitions les maisons malsaines, soit que nous résidions dans les maisons recevant l’eau.

Notons que l’administration ne cesse de se préoccuper de cet état de choses, mais elle a rencontré de la part des propriétaires, à l’installation des colonnes montantes, de très grandes résistances.

Le propriétaire prétend que le locataire abuse de l’eau et que cet abus détruit son immeuble, l’oblige de faire vidanger trop sou* vent, et il préfère un immeuble nauséabond lui coûtant un petit entretien, à une maison saine lui rapportant moins.

Chacun n’est-il pas maître chez soi?

Le locataire n’a-t-il pas droit de changer ?

Quant à l’hygiène, à la salubrité publique, il n’en est question I

Ces objections de la part du propriétaire, si elles étaient fondées, ne devraient pas être prises en considération ; l’hygiène publique, la santé de tous, priment l’intérêt d’un seul.

Les travaux d’installation des colonnes montantes, de la robinetterie, qui amènent l’eau à l’évier, au cabinet d’aisance, bien exécutés, ne doivent donner aucune fuite et partant aucun dégât à l’immeuble.

Ces doléances n’auront certainement pas cours près des membres du Conseil municipal qui compléteront la mesure qu’ils ont prise, en exigeant de tout propriétaire l’installation d’office, obligatoire, de la colonne montante avec robinets dits de palier ou avec compteurs.

Nous voulons rester, dans cette deuxième édition des Odeurs de

Paris , dans le cadre de notre livre ; or, si nous nous appesantissons sur la mortalité produite dans les jours chauds en 1880, si nous en recherchons les causes, nous n’avons pas dit un mot du grand nombre de décès signalés pendant les jours froids qui les ont suivis, et nous n’avons pas examiné ce qui a pu amener une progression qui ne s’était jamais présentée jusqu’ici.

Il s’agit des cas de fièvres typhoïdes qui ne seraient, dit M. Hamon, que des empoisonnements lents et continus de la population qui boit des eaux contaminées par des sels de plomb provenant des conduites qu’elles parcourent.

Ce fait avait été déjà signalé à Paris, en 1874, à la suite d’un rapport de MM. Bergeron et L’Hoste, experts dans un cas d’empoisonnement sur deux personnes par du beurre qui avait été enveloppé dans du papier de plomb.

Le plomb est un des métaux le plus anciennement connus ; il en est fait mention dans les livres de Moïse. Dans la nature, on le rencontre combiné avec le soufre, et constituant la galène ; on le recueille également à l’état d’oxyde ; combiné avec les acides, jouant le rôle de base avec les sels.

En industrie, on obtient le plomb de l’extraction de l’argent de la galène argentifère. Après avoir purifié la galène par des lavages, on introduit la matière dans un fourneau à réverbère, on chauffe jusqu’au rouge ; le soufre se brûle à l’état d’acide sulfureux ; on pousse la température, le plomb s’oxyde, se réduit, une partie passe à l’état de sulfate, l’autre contient du fer, quelquefois des traces d’argent, et est livré en cet état au commerce.

Il a une couleur grisâtre, beaucoup d’éclat, il est mou, on peut le ployer comme du cuir mouillé, il déteint et laisse sur la main une trace semblable à .celle de la plombagine.

Sa pesanteur spécifique varie de H,445 à 11,352, le martelage ne l’augmente pas, le laminage le réduit en lames minces, mais de peu de ténacité. —Fondu, il se fige à 322° ; chauffé au rouge blanc, il se volatilise. Enfin, pour ce qui nous intéresse particulièrement, le plomb a quatre degrés d’oxydation.

Les sous-oxydes se forment lorsque le plomb est exposé à l’air. Son éclat disparaît peu à peu, une pellicule de couleur bleue apparaît qui devient de plus en plus foncée.

Quand le plomb a été fondu, ce qui est le cas général pour son emploi industriel, les oxydes sont solubles dans l’eau pure, insolubles dans une eau qui contiendrait la moindre trace de sels.

LA MAISON

L’eau distillée placée dans un vase attaque le plomb ; il en est de même des eaux de pluie.

L’acide plombique se combine avec les" alcalis et les terres ; la soude, la potasse, le dissolvent facilement.

Les sur-oxydes de plomb s’obtiennent au moyen de la chaleur, et, comme ils n’ont aucun privilège d’exister dans les conduites d’eau, nous ne nous en occuperons pas.

Les ustensiles, les alambics, les tuyaux de conduite, l’étamage des vases culinaires et distillatoires, les enveloppes des conserves des sucreries et confiseries, se font généralement en plomb.

Dans son état primitif, ce métal est inoffensif, mais à l’état de sel, il est considéré en toxicologie comme un poison des plus actifs et dont l’action sur l’organisme s’effectue à dose infinitésimale.

Le docteur Rabuteau a découvert et établi la loi des sels sur les animaux et sur l’homme. Un sel est d’autant plus vénéneux que le poids atomique du métal qu’il contient est plus élevé. Or le plomb, sous ce rapport, ne laisse rien à désirer.

Les revues d’hygiène signalent continuellement des accidents dus à l’emploi des vases et des ustensiles en plomb ; les hygiénistes se préoccupent d’un état de chose aussi contraire à la santé publique ; les ordonnances de police rappellent, à tout instant, les peines édictées contre ceux qui continuent à, fabriquer avec le plomb les objets d’un usage journalier, mais tous ces efforts n’amènent aucune amélioration. Gela tient à ce que le travail du plomb est facile ; ce métal demande peu de calorique pour fondre, il se façonne à chaud et à froid, sous toutes les formes, se prête à tous les besoins. <

Jusqu’ici, seule, la Préfecture de police à défendu l’usage de vases et de conduits en plomb, tels que ceux employés au traitement des corps qui, comme la bière, le beurre, etc., avaient donné lieu à des empoisonnements ; mais elle ne s’est jamais préoccupée de rechercher si l’eau, circulant dans des appareils de même nature, pouvait devenir nuisible à la santé publique.

Cette négligence est due au dualisme continuel qui a toujours existé et qui existe encore entre les fonctionnaires attachés les uns à la préfecture de police, les autres aux travaux de la ville et du département.

Les conduites d’eau sont du domaine des derniers, et si elles n’ont pas été visées dans les prescriptions des conseils d’hygiène

dépendant du service de la police, c’est qu’elles échappent au contrôle de ceux-ci.

Nous ne tirerons d’autre solution à une situation aussi anormale que celle que le Conseil municipal s’efforce de faire prévaloir, c’est-à-dire défaire rentrer les questions d’hygiène sous une direction unique et responsable.

S’il était vrai que l’eau qui sert à une population de 2 millions d’habitants fût empoisonnée ; que cette eau fût la principale cause de la grande mortalité que nous venons de signaler à Paris, l’administration supérieure qui aurait créé ou toléré pendant de si longues années une si déplorable situation serait bien coupable.

La question posée dans ces termes est grave, elle demande d’être étudiée avec beaucoup de soin, mais nous ne voulons pas être des imprudents semant mal à propos des inquiétudes qui n’auraient rien de fondé.

Nous avons dit, lorsque nous nous sommes occupé de la construction des conduites, que le plomb, en tout temps, dès la plus haute antiquité, fut employé à leur confection. Les travaux hydrauliques des Romains nous ont laissé non des traces, mais des tuyaux entiers qui le démontrent ; à Pompéi, ce qui a résisté le mieux aux outrages du temps, aux effets d’un ensevelissement de 2000 ans, c’est le plomb, dont les spécimens les plus divers sont recueillis chaque jour.

En l’an 130 de J.-C., Galien a condamné l’usage du plomb pour la conduite des eaux de Yitruve, de même qu’à Spa de nos jours on n’a jamais songé à se servir de ce métal dont l’emploi ne semble pas dès lors indispensable.

Le plomb ayant une durée quasi illimitée , il semble que cette matière présente toutes les conditions voulues pour être employée, avec raison, aux conduites d’eau de la ville de Paris.

Sa nature, ses propriétés physiques et chimiques sont ce qu’elles étaient à ces époques lointaines ; aussi les ingénieurs de la ville, s’appuyant sur les travaux des anciens, semblent-ils avoir raison dans leur choix, aux yeux de ceux qui n’approfondissent pas les choses.

Mais s’ils avaient analysé, s’ils avaient comparé un de ces vieux tuyaux avec un de ceux que nous fabriquons actuellement, ils auraient reconnu : 1° que les matériaux n’ont pas, dans les deux cas, une homogénéité aussi complète ; que le travail préparatoire n est pas le même, autrefois on n'employait que le battage, tandis

LA MAISON

qu’aujourd’hui on procède par l’étirage, ce qui change la cohésion et par conséquent produit une densité moindre entre les molécules ; 2° ils se seraient aperçus que les vieux plombs sont riches en argent, et que dans cet état ils forment des combinaisons stables qui ne permettent pas à l’oxygène, à l’acide carbonique d’attaquer leurs surfaces.

Les symptômes de l’empoisonnement par le plomb sont une colique sèche, connue sous le non de saturnine , puis une paralysie qui s’étend graduellement à tous les membres, et enfin une maladie de cerveau, une sorte de folie, appelée encéphalopathie saturnine.

Les coliques de plomb se guérissent, la paralysie est à peu près incurable.

L’action de l’air n’est pas douteuse sur le plomb, ditM. Poggiale, toutes les eaux l’attaquent. Plus la quantité d’air entraîné dans les tuyaux sera grande, plus la pression sera élevée, plus son action sera énergique ; les surfaces se trouveront corrodées comme le seraient celles d’un morceau de plomb imbibée d’eau acidulée.

Dans le monde judiciaire, on se rappelle Joséphine Guérard, domestique, revenant dans la maison de ses maîtres à Neuilly, restée inhabitée pendant quelques mois et qui, buvant un verre d’eau pris au robinet en plomb de la fontaine, fut bel et bien empoisonnée.

Dans le monde savant, on connaît cette histoire arrivée dans un cours de chimie professé par M. le docteur Grimaud, qui, faisant passer un courant d’acide sulfhydrique dans une éprouvette pleine d’eau de la Yanne, venant d’une des conduites de la ville, y dénotait la présence du plomb.

La distribution des eaux, depuis la conduite en fonte jusqu’aux faîtes des maisons, est en plomb, il est prouvé que les eaux qui y circulent dissolvent une certaine quantité de métal, soit sous forme de sulfate ou de carbonate ; c’est un poison, nous venons de le voir ; « il n'y a pas de danger , dit le conseil d’hygiène de « la Seine, si les concessionnaires, en cas d’interruption plus « ou moins prolongée du service de leurs prises d’eau, ont eu « soin de laisser écouler pendant quelques temps, sans les reCueil- « lir, les premières eaux après l’ouverture des robinets, particulièrement dans les conduites neuves, soit en plomb, soit même « en plomb doublé d’étain. »

Ces sels de plomb ne se forment point dans tous les tuyaux par l’action simple de l’air ; on sait que les sels de chaux en présence des matières inorganiques réactionnent et jouent le rôle d’acide; on sait, d'après Forbes, que les calcaires contenus dans les eaux forment du carbonate de plomb ; d’après Mayençon et Bergeret, « les eaux douces de rivière, plus ou moins calcaires, plus ou « moins gypseuses, dissolvent le plomb métallique ; » d’après M. Marais, nous ne craignons pas d’affirmer à l’Académie que l’opinion qui dit que la présence d’une petite proportion de sels calcaires (carbonates ou sulfates) suffit pour empêcher toute action dissolvante, ou tout au moins pour la limiter, est erronée. »

Ces réactions, dans les conduites de Paris, sont incessantes, elles se produisent faiblement, mais elles forment sur les parois une poudre blanchâtre qui empoisonne méthodiquement.

Les avis aux ingénieurs de la ville n’ont pas manqué, l’histoire de la science est pleine de faits mettant ce péril en évidence. Les traités de toxicologie abondent en observations d’empoisonnements provoqués par le plomb.

M. Chevalier, que le monde savant regrette, l’homme le plus expérimenté, s’exprimait ainsi :

« Il est bien démontré, pour nous, que l’emploi du plomb pour « conduire ou conserver des eaux destinées à l’alimentation peut « être suivi de dangers plus ou moins graves, et qu’il est indis- « pensable de proscrire ce métal.

« Les cas les plus remarquables d’accidents causés par le plomb « et ses sels sont généralement ceux où ces corps pénètrent « dans l’économie en petites quantité à la fois, mais d’une manière « en quelque sorte continue (1). »

M. le docteur Tardieu, dans son Traité d'hygiène publique, déclare que :

a Le plomb, sous toutes ses formes et dans toutes les condi- « tions, est un poison d’autant plus nuisible que son action est « plus insidieuse et plus lente. »

Vauquerel des Planches affirme que :

« Les maladies saturnines doivent être regardées comme des « plus fréquentes et des plus graves, puisqu’elles compromettent « la santé et même l’existence d’un grand nombre d’individus. Il « est du devoir d’un gouvernement protecteur de prévenir, s’il le « peut, le développement de pareilles affections. »

(1) Annales d’hygiène publique et de médecine légale.

LA. MAISON

Les docteurs Maxime Vernois, Hillairet, concluent dans des rapports émanant de leur initiative et adressés aux ministres :

a Qu’il est de la plus haute importance de supprimer les tuyaux « de plomb pour la conduite des eaux potables. »

Si nous joignons à ces opinions formulées par des hommes qui font autorité en science et en hygiène, celle renfermée dans une pétition adressée au Conseil municipal de Paris en 1873-187-4, et signée par 905 médecins, les uns membres de l’Académie, de médecine, les autrés des hôpitaux, d’autres professeurs de la faculté, des comités d’hygiène, etc., nous nous demanderons, une fois de plus, comment les ingénieurs de la ville de Paris ont pu prendre la responsabilité des colonnes montantes en plomb pour amener les eaux dans l’intérieur des habitations.

Le gouvernement belge a été plus circonspect que la préfecture de la Seine : en 1876, il a posé la question au congrès international d’hygiène publique qui s’est prononcé pour la proscription complète du tuyau de plomb comme distributeur des eaux destinées aux usages alimentaires.

Dans d’autres pays, l’emploi de ce métal est totalement prohibé; en 1859 et 1866, la presse souleva la question en Angleterre, l’association médicale des officiers de santé de New-York écrivait qu’il est impossible de condamner trop fortement l’usage des réservoirs et des tuyaux de plomb.

De faits aussi patents la ville de Paris non seulement ne tient aucun compte, mais elle considère ce qu’en dit même l’Académie française comme lettre morte.

En effet, en 1877, la question est soulevée de nouveau à la suite d’une analyse d’eau prise dans l’acqueduc de la Yanne, au laboratoire de chimie de la faculté de médecine.

MM. Armand Gautier, professeur, Willin, chef des travaux chimiques à la faculté, trouvent par l’analyse que les eaux de la Yanne ayant séjourné 14 heures dans des tuyaux de plomb renferment des sels de ce métal en quantité suffisante pour qu’ils concluent :

A la renonciation de l’usage des tuyaux de plomb, etc. à laquelle M. Wurtz, doyen de la faculté, associe sa voix aux conclusions de ce rapport.

Personne, sauf l’administration de la préfecture de la Seine, ne met en doute les dangers qu’offre l’usage du plomb ; la préfecture de police, mieux inspirée, a toujours défendu son emploi, mais si cette autorité n’a pas pu faire prévaloir son appréciation, il

faut l’attribuer au jugement erroné des ingénieurs, à l’élude insuffisante qu’ils ont faite des conduites romaines, et au malheureux contrat qui lie la Compagnie des eaux et la ville, contrat qui depuis 1860 accorde le monopole non seulement des travaux, mais encore du choix des matériaux, à un entrepreneur spécial fort peu soucieux, en présence de ses intérêts,des questions d’hygiène publique.

Les temps sont changés, nous ne sommes plus en 1860; au Conseil municipal, Dieu merci, il ne manque pas de médecins, tous gens qui entrevoient le danger, et ils le feront cesser.

Le préfet de police aurait pu, en sa qualité de président du conseil d’hygiène et de salubrité de la ville de Paris, proscrire, par un simple arrêté, l’usage des conduites en plomb au service municipal des eaux; l’application de cette mesure rentrait dans ses attributions, mais il a craint d’éveiller les revendications des habitants des 14,000 maisons déjà branchées par les soins des ingénieurs de son collègue de la préfecture civile, et il s’est demandé s’il ne valait pas mieux continuer à empoisonner les bonnes gens de Paris que de soulever de pareils conflits.

Ces considérations n’étaient pas les mêmes à l’étranger, en province ; aussi partout, au moins où la civilisation existait, où on avait souci des lois de l’hygiène, on a remplacé le plomb :

Par l’étain,

Par le fer.

L’étain serait incontestablement le métal le plus propre à remplacer le plomb pour les conduites tertiaires et montantes de la ville de Paris ; chacun sait que son emploi par nos pères, non seulement pour des usages analogues, mais pour la confection de leurs vases culinaires, leur donnait toute garantie, comme encore de nos jours il la procure aux marchands de vin, aux distillateurs et aux brasseurs.

Mais il a un défaut, il est trop coûteux pour nos travaux d’eau ; son emploi peut être évalué à cinq fois le prix de celui du plomb. C’est d’ailleurs un métal relativement rare, le devenant davantage tous les jours, par suite de l’épuisement des gisements tant en France qu’en Espagne, fort amoindris en Angleterre, et ne se trouvant plus, en abondance, que dans les pays indiens.

M. Hamon est l’inventeur d’un tuyau semi plomb-étain, fabriqué chez MM. Laveissière et G i0 , mais en si petite quantité que l’usage en est fort peu développé.

LA. MAISON

Quoi qu’il en soit, ces tuyaux en plomb, revêtus dans leur intérieur d’un tube'd’étain de un demi-millimètre d’épaisseur, présenteraient, suivant un rapport de M. Lefuel, ancien architecte des Tuileries, d’excellentes conditions pour les travaux publics.

L’adhérence des deux métaux est parfaite, dit-il dans un rapport adressé à l’Institut, d’après les épreuves de torsion et de détorsion, d’extension et de compression, auxquelles ces tuyaux ont été soumis.

La chemise de plomb les rend très solides, et le demi-millimètre d’épaisseur d’étain assure l’économie du métal coûteux ; les soudures sont faciles, et nous savons, hélas!que cette main d’œuvre joue pour le plombier un rôle tellement important à son profit, que MM. Laveissière ont bien voulu patronner l’emploi de ces conduites sans souci des intérêts des propriétaires.

Un tuyau qui nous semble présenter des avantages tout aussi incontestables que celui dont nous venons de parler, c’est le tube en fer.

En 1813, on parvenait, en Angleterre, à fabriquer des tuyaux étirés de toutes dimensions que l’industrie ne pouvait couler en fonte, c’est-à-dire les petits calibres des conduites d’eau.

Cette fabrication est un grand succès; elle permettait de combler les lacunes existantes dans la canalisation, et que l’on avait été obligé de parfaire, faute de mieux, avec des tuyaux en plomb. Si les nouveaux tubes offraient des avantages, ils présentaient aussi des inconvénients; comme toujours, les premiers furent prônés, et les seconds furent vaincus par l’habileté des inventeurs. .

M. Gaudillot, élève de l’École polytechnique, importa en 1829 cette nouvelle industrie en France ; elle fut reprise par M. Doulton qui, de nos jours, a su trouver pour elle de nombreuses applications.

M. Doulton a étudié les faits, et les objets dé sa fabrication reposent sur les besoins industriels ; il s’est souvenu que la corrosion du plomb par les eaux potables a lieu lorsque la surface métallique est alternativement en contact avec l’air et avec l’eau.

Ce sont des conduites à vapeur, à eau, à gaz; des canalisations pour la télégraphie souterraine et marine ; des tuyaux acoustiques, etc., que nous représentons, dans le dessin ci-joint, dont nous allons donner la description, et qui doivent remplacer les conduites en plomb.

A° 1. — Ce tube est fabriqué couramment dans les dimensions

de 5 à’IOO millimètres de diamètre intérieur et d’une épaisseur de 10 à 114, présentant toutes les conditions voulues contre l’écrasement et la pression.

iV° 2. — C’est un robinet indispensable à toute conduite, se vissant et faisant corps avec lui, son but est d’arrêter ou de donnerjjissue à l’écoulement.

Fig. 20. — Tuyaux en fer Gaudillot.

Ce robinet n’offre rien de particulier, il ressemble à ceux que l’on installe sur les colonnes de plomb; mais si on considère qu’il est tout en fer, que son prix varie de 2 fr. 50 à 125 fr., suivant dimension, on doit reconnaître que c’est là un tour de force de fabrication.

N° 3. — Les croix, c’est-à-dire les raccords permettant la jonction des conduites à angle droit.

N° 4. — Les tés, offrant comme les croix la possibilité de diriger le courant à droite et à gauche, en supprimant la conduite principale.

iV°* 5 et 6. —Les coudes droits et les coudes ronds permettant

LA. MAISON

à la conduite de suivre toutes les sinuosités d’une colonne montante, qui tantôt se dirige à droite, tantôt à gauche, suivant qu’elle doit fournir dé l’eau à l’évier, au water-closet, etc., de l’habitation.

iV 0S 7 et 8. —Désire-t-on, dans la conduite, diminuer la section? M. Doultona prévu le cas, il a imaginé le manchon de réduction ; veut-on la boucher? on visse un bouchon mâle ou femelle représenté par les figures 9 et 10.

Puis viennent, pour tous les cas de montage qui se présentent, les rondelles ou brides ( N ° 5 12 et 13), les longues vis (14), les clous à crochets (15), les bouchons, manchons, coudes ronds unions, manchons-unions (17, 18, 19, 20 et 21), que le poseur de la conduite ajoute et qui luipermetent ainsi de diriger les colonnes d’eau, dans toutes les parties d’une maison, à droite, à gauche, en bas, en haut, sans avoir aucune crainte de les briser, les rendant exemptes de toute fuite, l’un des défauts, nous l’avons dit, qui a le plus contribué à empêcher jusqu’ici leur installation dans les immeubles de Paris.

La description que nous venons dé faire s’applique aux deux espèces de tuyaux fabriqués par M. Doulton.

Pour les liquides, pour les gaz qui n’ont pas à craindre d’être souillés par les sels de fer, la conduite est formée de tuyaux ordinaires ; mais s’il s’agit d’une distribution d’eaux qui doivent conserver toute leur pureté, les différentes pièces que nous venons d’énuméx-er sont passées dans des bains de galvanisation où elles acquièrent ainsi des conditions identiques à celles des conduites en poterie et en verre, tout en conservant la modicité de leur prix de revient, leur résistance à l’écrasement et à la pression.

MM. Doulton vendent relativement bon marché : les fournitures cotées aux tarifs de la Compagnie des eaux à 80 et des francs n’atteignent pas 45 francs, et les prix seraient-ils identiques que les conditions hygiéniques doivent faire préférer l’emploi des tuyaux Doulton, qui serait aujourd’hui général à Paris, si, répétons-le, l’administration n’avait maladroitement inséré dans ses contrats l’usage exclusif du plomb, alors qu’elle aurait dû sinon les exclure complètement, du moins permettre à la suite l’utilisation de l’étain et du fer.

Que peut-on reprocher au fer?

Son application a fait ses preuves ; des villes entières ont leur canalisation en tuyaux Doulton ; les unes ont préféré le tube brut,

LES ODEUU& DE i'AlUS.

d’autres ont pensé que la galvanisation donnant à ces tuyaux toutes les qualités de la poterie, cette opération devait être prescrite.

Aucune de ces villes n’a voulu, pour la distribution dans les habitations, joindre les tuyaux en fonte par des tubes en plomb, et sous ce rapport l’unanimité a été complète ; aussi n’y aurait-il aucune bonne raison à donner pour exclure l’usage des conduites en fer à Paris, ou de celles en étain. Nous ne pourrions considérer comme un argument sérieux en sa faveur la déclaration de feu l’inspecteur général Belgrand, qui ne voyait aucun danger sérieux dans l’emploi du plomb, les conduites de cette nature n’oft'rant, à Paris, que la proportion suivante :

4 centimètres de longueur par 1000 mètres de conduites maîtresses en fonte employées.

Les objections produites contre l’emploi de l’un ou de l’autre conduit, sont, pour ce qui regarde l’étain, son haut prix de fabrication. Le plomb vaut aujourd’hui 40 francs à peine; demain, lorsque les A méricains se seront décidés à le retirer des scories de leurs galènes, à nous l’envoyer, il vaudra 20 francs, et l’étain coûtera toujours, à moins de découvertes importantes, plus du double de cette valeur.

Il faut joindre à ce désavantage, ajoutent-ils, que ces tuyaux présenteront de grandes difficultés de fabrication qui les feront en- Gore augmenter de prix; mais n’est-il pas vrai que l’hygiène publique aura une entière satisfaction et qu’on ne pourra plus reprocher à l’administration d’empoisonner sciemment deux millions d’habitants ?

Le tuyau en fer, moins coûteux que celui en plomb, n’a qu’un défaut : il est difficultueux à la pose, lorsqu’il s’agit, comme dans une maison, de suivre bien des sinuosités, franchies il est vrai, par des coudes, etc., préparés à l’avance, mais n’offrant pas cependant les facilités du plomb.

Si on l’emploie sans être galvanisé, le conduit en fer offre au consommateur des eaux plus ou moins chargées d’oxyde de fer qui, prises par un adepte du charlatan bien en vogue de la 4 e page de nos journaux, seront bues avec plaisir à chacun de ses repas; mais qui prises, par ceux qui ne croient pas aux promesses du charlatan, seront rejetées avec dégoût.

Devant ces objections qui ne nous paraissent pas sérieuses, qui ne doivent pas arrêter l’emploi de l’un ou de l’autre de ces tuyaux,

il y a un moyen bien plus radical, c’est celui d’en revenir aux tuyaux de plomb des Etrusques.

En chimie, l’affinité des corps les uns pour les autres joue un rôle prépondérant, le plomb amalgamé avec le soufre, l’argent, le fer, présente toutes les conditions voulues contre sa transformation en sels; il faut aujourd’hui opérer de même, au lieu de se servir de ce métal mou, se coupant au couteau, il faut constituer un alliage mou, noir, avec l’argent, mais, non plus, comme il en a été fait avec d’autres corps, avec des métaux qui le rendent inoxydable.

C’est facile, bien des métaux s’y prêtent, et après des essais, la chimie aura apporté à l’hygiène publique un élément de plus de salubrité.

iSains publics.— M. le docteur Félix Brémond réclame une distribution d’eau plus considérable : il demande, et il a raison, que la population d’une ville comme Paris trouve facilement, et à peu de frais, pour ses travailleurs, des bains en toute saison.

Le vœu date de loin.

« Dans le rapport général des travaux du conseil de salubrité pendant l’année 1810, adressé à M. le baron Pasquier, préfet de police, par Deyeux, Parmentier, Huzard, Leroux, Dupuytren, Petit et Cadet-Gassicourt, je lis, dit M. Brémond, que Paris compte dans son sein beaucoup de bains par ticuliers ; mais la classe aisée peut seule en faire usage ; les bains de rivière qui s’ouvrent dans la belle saison sur la Seine sont mal disposés et leur prix n’est pas à la portée de la classe indigente. La défense de se baigner sur les bords du fleuve, dans l’enceinte de la ville, est fort sage, mais elle engage les baigneurs à se livrer au courant dans les endroits moins sûrs et éloignés des secours. Déjà plusieurs architectes ou ingénieurs ont proposé d'établir des bains publics gratuits , soit à l’île Louviers, soit ailleurs ; mais dans un pareil projet il ne faut pas considérer le simple agrément, il est des considérations d’hygiène qu’il faut admettre. »

La question, bien posée, on le voit, au commencement de notre siècle, ne fit aucun progrès, et on se baigne peu ou prou de nos jours comme on le faisait du temps de nos ancêtres.

« En France, disait bien des années après M. Dumas, tout el monde aime à satisfaire ce besoin d’honnête et saine propreté qu caractérise les instincts et les goûts de notre population ; mais, s le besoin existe, les moyens de le satisfaire ne sont pas jusqu’à, présent en rapport avec lui.

« ...Les établissements de bains dans toutes nos villes font payer

trop cher les bains qu’ils administrent, pour que la classe ouvrière puisse en tirer profit.

Le nombre des établissements de bains s’accroît cependant tous les jours; en 1832 on n’en comptait que 78 dans Paris, il a quadruplé depuis, si ce n’est même plus. On distribue en moyenne par an 60,000 bains, sans compter ceux fournis par les hôpitaux et par les bateaux en Seine.

Les bains portés à domicile ne datent que de 1820 ; en 1838 on compte un service public de 16,000, il nous serait difficile d’en évaluer le nombre, aujourd’hui, aucune statistique n’existant à cet égard. Ce y que nous savons, c’est que les établissements de Paris administrent chaque année un peu plus de 2 millions de bains en moyenne, ce qui représente deux bains ou deux bains un quart par an et par tête. Mais il est facile de voir par la situation des établissements, concentrés dans les quartiers aisés, et par leur tarif toujours élevé, que la classe pauvre n’en profite pas. En Angleterre, le succès des bains à bas prix a été tel, qu’un seul établissement administre plus de 200,000 bains par an; il est vrai que le prix du bain est réduit à 20 centimes.... S’il est démontré que les bains peuvent être ramenés à un tarif très bas ; s’il l’est également que le service des lavoirs se prête à des améliorations dignes de toute la sollicitude d’un gouvernement éclairé, reste à examiner quelle est la part qui lui revient dans le mouvement qu’il s’agit d’imprimer à ce sujet. Or l’expérience du passé prouve suffisamment que l’industrie privée n’a pu créer en France des établissements comparables à ceux que l’Angleterre possède. Elle démontre aussi qu’en Angleterre le concours du Gouvernement a été indispensable pour en assurer la fondation... Guidé par ces études le Gouvernement ne pouvait hésiter à réclamer le concours de l’État et des communes dans ce grand intérêt d’utilité publique.

A la suite de ce travail, ajoute le docteur Brémond, dont les extraits qui précèdent ne donnent qu’une idée imparfaite, une Commission d’études dont faisaient partie MM. Trébuchet, Payen, Trélat, Davenne, Darcy, etc., fut établie auprès du Ministère de l’agriculture et du commerce ; M. de Saint-Léger, ingénieur des mines, alla en Angleterre étudier l’organisation et le fonctionnement des établissements de bains et de lavoirs spéciaux des classes laborieuses ; l’Assemblée nationale vota les fonds demandés, et la loi du 3 février 1851 ouvrit au budget un crédit extraordinaire de 600,000 francs, sur l’exercice de l’année, pour encourager, dans les communes qui en feraient la demande, la création d’établisse-

LA. MAISON

mentsmodèles debains etlavoirs publics, gratuitsou à prix réduits.

Les communes profitèrent-elles de la loi du 3 février? Hélas 1 non. Les municipalités d’Angers, d’Albi, d’Fpinal, de Foix, de Guéret, de Lille, de Montpellier et de Mulhouse demandèrent des subventions, mais elles n’édifièrent point les établissements philanthropiques rêvés, et il fut encore permis de répéter ce triste aphorisme d’Armand de Melun, représentant du peuple pour le département de l’Ille-et-Vilaine :

« Celui qui trouve à peine dans le prix de son travail de quoi se vêtir, se nourrir et s’abriter, est souvent obligé de regarder le bain comme un objet de luxe interdit à sa fortune. »

Il en sera ainsi, jusqu’au jour où le Conseil municipal de la ville de Paris reprendra l’étude de la question : fournir des bains à quatre sous à ceux qui ne peuvent payer plus. Il faudrait que les établissements fussent installés non seulement dans tous les quartiers de Paris, mais aussi dans les localités de la banlieue.

Fournir un bain pour quatre sous est un rêve ! les calculs auxquels nous nous sommes livré ne permettent pas à Paris de réaliser un pareil résultat : la houille y est trop coûteuse, l’eau trop chère, les loyers trop élevés.

La première condition à décider par le Conseil municipal serait l’étude d’un type uniforme d’établissement comprenant un nombre déterminé de cabinets. Ces établissements devraient fonctionner de 6 heures du matin à 10 heures du soir, trois jours par semaine pour les femmes et les enfants, quatre jours pour les hommes, donnant droit à du linge à des prix réduits, un sou la serviette, par exemple.

Ce travail préparatoire fait, mis au concours et dont l’exécution serait confiée à celui qui aurait réalisé les meilleures conditions d’installation, d’hygiène et de bon marché, la ville pourrait contribuer à l’œuvre, en la dotant : 1° du terrain; 2° de l’eau; 3° de l’exonération du droit d’octroi sur le combustible pendant une concession de cinquante ans.

lies lavoirs publics. — Les lavoirs publics ne sont pas assez répandus, leur création appelle l’attention de tous ceux qui sentent le besoin d’améliorer le sort, d’augmenter le bien-être des classes pauvres et laborieuses.

Les femmes, dans ceux qui existent à Paris, y lavent à couvert, fort peu commodément, dans des conditions hygiéniques déplorables. La place est louée à l’heure; il y a des réductions pour la demi-journée et pour la journée entière.

On y trouve de l’eau et de la lessive chaude qui se vendent au seau ; on peut y mettre le linge à couler dans des cuviers à lessive.

Dans quelques lavoirs modèles, et ils sont peu nombreux, le premier étage présente des séchoirs d’été à simples courants d’air extérieur, et des séchoirs d’hiver à air chaud. Ces séchoirs divisés en compartiments isolés et fermés se louent facilement.

Les 600,000 francs inscrits, au budget du Ministère de l’intérieur sont disponibles pour leur majeure partie ; n’est-il pas surprenant d’avoir à enregistrer un fait semblable ?

Paris devrait, dans chacun des quatre-vingt quartiers qui le composent, favoriser un établissement municipal dit lavoir public.

Ces établissements seraient mis en adjudication et recevraient pendant cinquante ans, à titre de subvention gratuite, l’eau qui serait nécessaire pour tous leurs besoins, le terrain pour leur édification.

Ils serviraient de modèle à ceux qui existent déjà ; car personne n’aurait l’idée de supprimer les lavoirs actuels, mais on pourrait exiger que ces établissements reçussent une appropriation plus convenable, donnant satisfaction à l’hygiène qui y fait à peu près complètement défaut.

Ordinairement ces établissements sont confinés dans des lieux peu aérés, au fond d’un couloir, d’une cour qu’on a métamorphosée en atelier. Les vapeurs qui se dégagent du travail accompli par une cinquantaine de femmes qui n’ont pas toujours à laver du linge sale, mais bien des objets qui ont perdu tout nom, sous la couche d’ordures qui les recouvrent, laissent échapper les odeurs les plus malsaines, et si on y ajoute l’humidité du lieu, l’odeur générique de cette agglomération d’ouvrières, les vapeurs de lessives, de chlore, de savon, on se trouve dans un milieu que l’on a le droit de qualifier d’insalubre.

Quelques mots sur les services rendus par les 298 lavoirs qui se sont constitués à Paris permettront à nos lecteurs de mieux comprendre la nécessité qui commande au Conseil municipal d’améliorer cette situation.

Le lavoir public ne devrait être, selon nous, qu’un lieu réservé aux classes laborieuses qui n’ont pas le moyen de donner leur linge à laver à la blanchisseuse, comme cela se pratique dans la bourgeoisie; la femme de l’ouvrier va toutes les semaines au lavoir, portant son paquet de linge sali par son mari, par ses enfants et par elle.

C’est le soir qu’elle l’y porte, elle le remet au garçon préposé à la lessive, après l’avoir préalablement trempé dans de l’eau froide, elle vient le lui reprendre le lendemain matin, à 6 heures en été, à 7 heures et demie en hiver.

Ce paquet sera plus ou moins volumineux, suivant qu’il renfermera les hardes d’une famille plus ou moins nombreuse ; aussi le garçon lessiveur évalue la rétribution à payer, à quatre, six ou huit sous.

Moyennant cette première dépense, le propriétaire du lavoir fait passer tous les paquets qui lui ont été remis jusqu’à 8 heures du soir, dans des appareils lessiveurs, qui, suivant l’importance de l’établissement, traitent 3 ou 400 paquets de linge par nuit.

C’est une recette qui se chiffre en moyenne à 120 francs par jour et qui se renouvelle généralement trois fois par semaine ; elle entraîne à une dépense de chauffage qui s’effectue à la vapeur, et à l’emploi de soude caustique et de chlore, deux éléments peu coûteux.

Pendant toute la nuit, ces paquets, à tour de rôle, saturés de sels caustiques, imprégnés de vapeurs, par les combinaisons qui se forment, rejettent de leur milieu les matières grasses.

Quand les produits chimiques sont de bonne qualité, que l’on se sert pour le lessivage de carbonate de soude, qu’on n’y ajoute que peu de chlore, le linge ne souffre pas, mais dans la plupart des 298 lavoirs, on n’opère pas ainsi, le propriétaire se sert d’ingrédients plus énergiques, moins coûteux, qui détruisent, en peu de temps, les objets qui lui sont confiés, ce dont il est fort peu soucieux, du moment qu’il produit davantage et en moins de temps.

C’est un abus, bien difficile à supprimer; ni lois ni règlements ne peuvent intervenir pour faire comprendre à un propriétaire de lavoir que c’est une mauvaise action que celle de détruire, en connaissance de cause, les hardes des pauvres ; aussi la clientèle se porte vers les établissements les plus honnêtes, et plus il surgira de lavoirs, plus les établissements malhonnêtes tendront à disparaître.

Le lendemain, disions-nous, la ménagère reprend son paquet qui de blanc sale qu’il était est devenu jaune verdâtre.

Elle prend sa place qui lui coûte pour une journée, entière, 40 centimes, ou un sou par heure, si le linge qu’elle a à laver n’est pas considérable. Elle occupe de la planche 60 centimètres environ, et dispose au-dessous d’un baquet qu’elle a le droit de remplir d’eau froide pour rien, et autant de fois quelle le désire, car

l’eau chaude lui coûte un sou le seau, aussi la ménage-t-elle.

Son savon, sa brosse, son battoir, sont les outils qu’elle apporte avec elle, et lorsque sa besogne est terminée, elle peut, si elle le juge convenable, et si le local qu’elle habite ne lui permet pas de sécher chez elle son linge, le donner au lavoir qui,pour4 sous par paquet, l’essore, et pour 5 sous par 24 heures, le sèche.

Nous avons reproché à cette industrie du lavoir d’être, telle qu’elle se trouve constituée à Paris, anti-hygiénique ; nous avons dit que le mode de travail en usage détruisait le linge, nous ajouterons que les prix exigés sont excessifs.

En effet, admettons le ménage ordinaire d’un ouvrier parisien, ce sera un paquet par semaine. On lui demandera donc :

0 fr. 30 pour le lessivage.

Ô 40 pour la place.

0 50 d’eau chaude.

0 20 pour l’essoreuse.

0 25 pour le séchage.

Ensemble... 1 fr. 65

Construction défectueuse des maisons. — Les odeurs de Paris ne trouvent pas toujours leurs palliatifs dans le secours de l’eau, fait observer avec beaucoup de raison le docteur Landur, un de nos spécialistes en fait d’hygiène.

Les logements à Paris, avec leurs cinq étages, sont humides et mal éclairés. Les locataires des appartements supérieurs sont sujets aux maladies du poumon et du cœur ainsi qu’aux maladies abdominales si communes chez les femmes à Paris, car comment s'accommoder d’un si grand nombre d’escalier à monter.

Les locataires des étages inférieurs ont à subir l’influence de l’étroitesse des cours qui, jointe au peu de largeur des nies, entretient cette humidité, cette absence d’air et de soleil dont les dangers sont évidents.

Ce qu’il aurait fallu, c’eût été d’obliger les propriétaires de laisser des cours plus larges, de ne pas bâtir des maisons si hautes, de fournir à leurs locataires de vastes logements.

M. le docteur Landur dit, en voyant chaque semaine le bulletin statistique : Mon Dieu , comme on meurt à Paris.

S’il est vrai que cet état de chose soit dû à nos constructions, nous devons désespérer jamais de rendre Paris salubre, car on ne peut admettre qu’une ville, ayant son importance, ses habitudes, songe d’ici des siècles à se démolir pour se reconstituer

LA MAISON

avec des voies publiques plus larges, bordées de maisons moins élevées.

M. Landur a mille fois raison lorsqu’il rappelle que l’on ne se porte bien qu’à la campagne, et que Paris a eu le tort de se bâtir sans direction. Mais comment faire pour corriger le mal ? Il faut établir des moyens de communication rapides et économiques, il faut inviter la population, son travail terminé à Paris, à rejoindre dans la banlieue sa famille, il faut, en un mot, car il n’y a pas d’autre remède, adopter les habitudes prises par les citoyens de Londres.

Les projets pour les transports datent de loin, les derniers qui furent étudiés remontent à 1872 (1) ; sous les grandes voies publiques, on devait placer des voies ferrées souterraines dans leur centre, à fleur de terrain ou en viaduc dans les quartiers excentriques et dans la banlieue. Mais rien n’a été fait, parce que les projets acceptés par le conseil général de la Seine, par toutes les municipalités des communes traversées, ne se conciliaient pas avec les intérêts des grandes compagnies de chemins de fer desservant Paris.

Tant, dit le docteur Landur, que la population d’une ville n’a pas atteint une certaine densité, les dangers de la concentration ne sont pas évidents, mais il arrive un moment où la population devenant plus dense, la mesure est comble, et tout à coup, sans que rien d’extraordinaire survienne, on constate que l’on est plongé dans un foyer d’infection permanente, que le séjour des villes offre plus de périls réels que d’avantages imaginaires, et les gens bien avisés se demandent anxieusement comment ils vont organiser leur vie pour se tirer de cette fâcheuse situation. C’est à ce point que nous en sommes à Paris.

La conclusion, c’est qu’il existe pour les Parisiens une multitude de chances de maladie et de mort, qui n’affectent pas les habitants des petites villes, et ces chances mortelles sont d’autant plus graves que le nombre des maladies transmissibles s’accroît chaque jour.

Or, ajoute le docteur, lorsque l’on entre dans les détails, quand on cherche sur place comment se transmettent les maladies dans notre ville, on reconnaît bien vite que, dans la plupart des cas où la transmission peut être suivie, elle résulte de la manière dont les maisons sont construites. Les vieux hôtels, dans lesquels l’es-

(i) Des chemins de fer métropolitain et de la banlieue de Paris, par Jules Brunfaut.

pace a été prodigué, ne sont pas trop mauvais ; il en est de même des vieilles fermes et auberges de l’ancienne banlieue, converties aujourd’hui en logements d’ouvriers; mais les maisons de rapport, construites depuis une quarantaine d’années dans tous les nouveaux quartiers, sont la plupart détestables, ainsi que les vieilles maisons des rues populeuses de l’ancien Paris. Dans les quartiers luxueux, tels que l’avenue de l’Opéra, les appartements de maîtres ne sont pas malsains, mais les parties sacrifiées, qui prennent jour sur des cours étroites, les cuisines et les chambres de bonnes sont dans d’aussi mauvaises conditions que les logements d’ouvriers et l’ensemble compose des maisons qui peuvent s’infecter aisément.

Dans les maisons habitées par la classe que l’on nomme depuis les saints-simoniens : la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, les escaliers sont étroits, souvent obscurs, et les portes des logements de chaque étage s’ouvrent sur des couloirs ou corridors qui sont eux-mêmes peu éclairés et mal ventilés. Ce type architectural est agréable aux propriétaires parce qu’il permet de loger beaucoup de monde sur une surface donnée, mais il devrait être prohibé. Quand un médecin découvre dans un de ces logements un cas de variole, de croup, de coqueluche ou de rougeole, il peut parier presque à coup sûr que ce cas ne restera pas isolé ; grâce à la communauté qui existe entre les poussières des locataires du même étage, ceux-ci se -partagent leurs microbes, puis les sèment dans l’escalier, où les locataires des autres étages les recueillent sur les vêtements pour les transporter dans toute la maison. C’est ainsi qu’en la durée d’pne huitaine de jours, on voit des maisons de cinq étages remplies de variole depuis le haut jusqu’au bas, à la suite d’un seul cas importé du dehors.

Quiconque entre dans cette maison ou en sort va semer au loin les germes infectieux. Ce qui est facile à observer pour la variole et la coqueluche ne peut pas cesser d’être vrai pour les autres maladies ; mais il en est, comme la fièvre typhoïde, dont les semences sont tellement répandues à Paris que l’on n’a pas souvent la preuve certaine d’une transmission de proche en proche.

Dans une maison construite suivant les règles de l’hygiène il ne doit pas y avoir de corridors ; la porte de chaque appartement doit être sur le palier ; l’escalier doit être éclairé par la lumière du jour dans toutes ses parties et doit être ventilé automatiquement, sans que le concierge ait à ouvrir des fenêtres pour l’aérer. Une loi devrait imposer ces conditions à tous les constructeurs de

LA MAISON

maisons nouvelles, ce sont des prescriptions à peu près absolues. En même temps, il faudrait limiter d’une manière rigoureuse le nombre des habitants de chaque appartement et imposer aux îours des dimensions plus en rapport avec la hauteur des édifices que celles qui sont aujourd’hui exigées ; l’intérêt des propriétaires les empêcherait alors de faire bâtir des maisons trop hautes, nuisibles de plusieurs manières à la santé.

Jusqu’à présent, les conseils d’hygiène et autres administrations analogues ne se sont occupés sérieusement que de la propreté de la rue et des égouts, c’est-à-dire de ce que l’on voit ; on ne s’inquiète des logements insalubres que lorsqu’ils sont tout à fait horribles. Cette négligence est blâmable; il est bon, sans doute, d’avoir des rues balayées et des égouts lavés, et si nous étions livrés à la malpropreté orientale, Paris serait encore plus malsain qu’il ne l’est, mais, cependant, nous sommes encore, sous ce rapport, dans un état de barbarie fort distingué et M. Marié-Davy, directeur de l’Observatoire de Montsouris, a imprimé sans être démenti par personne, que l’air de nos égouts a une odeur moins désagréable et contient moins de microbes que celui de beaucoup de maisons.

Remarquons enfin que les citoyens bien logés ne sauraient se désintéresser des considérations qui précèdent. Les habitants d’une même ville sont solidaires au point de vue des germes infectants, il existe entre eux une infinité de communications par les fournisseurs, les domestiques, les ouvriers, les voitures, les églises, les théâtres, les magasins, etc., etc., sans compter que nul ne pouvant s’empêcher de respirer, transporte parfaitement les microbes d’une extrémité de Paris à l’autre.

L'humidité. — L’humidité des habitations, dit avec beaucoup de raison M. Philippe de Rouen, est un des fléaux le plus redoutable de nos maisons.

Pringle en dénonçait les effets comme étant pires que ceux d’une guerre; Zimmermann l’accusait d’absorber les habitations; Foucault, de l’Académie de médecine, disait : la phthisie augmente avec le nombre des appartements humides.

L’autorité peut atténuer dans une grande proportion le mal qui ravage la santé de ceux qui n’ont pas l’argent nécessaire pour habiter des lieux bien aérés, en défendant la location des logements des maisons neuves, en ne permettant pas de louer les sous-sols et les rez-de-chaussée, où l’eau coule à travers les murs ; cette dé-

fense forcerait les propriétaires de mettre plus de soin à la construction et d’employer pour les mortiers et les enduits des matériaux qui ne laissent pas suinter à travers leurs pores l’eau provenant de milieux mal aérés.

Les bons enduits, les matériaux de bonne qualité ne manquent pas, mais les matériaux coûtant davantage que le moellon, que le plâtre, et ne donnant aucune augmentation de valeur locative, le propriétaire ou l’entrepreneur de l’immeuble se garde bien d’en faire la dépense.

L’industrie a fait des progrès considérables dans ces derniers temps ; on fabrique des briques creuses qui, accordées avec des fermes en fer, donnent de l’aération dans les murs et empêchent à chaque changement de température les suintements dont l’hygiène se plaint tant.

Que l’autorité veille, qu’elle fasse évacuer les logements qui se trouvent dans ces mauvaises conditions et on ne tardera pas à ne rencontrer à Paris que des habitations sèches qui ne donneront plus la phthisie et les affections tuberculeuses.

Construction défectueuse des boutiques. — Plus le logement à Paris est petit, plus il présente d’incommodités pour ses habitants.

Les démolitions ont amené leur enchérissement, tel locataire qui payait ayant le Paris nouveau 400 francs, en paie autant pour avoir moins de place, et par conséquent paie l’air qu’il respire plus cher qu’il ne le payait avant; encore si cet air était plus pur, plus salubre, mais il est loin de l’être, pris sur des cours sans espace, pris dans les vestibules, ces longs boyaux d’infection, il n’apporte au locataire actuel que l’insalubrité la plus complète.

Les magasins à Paris sont les lieux où les conditions hygiéniques sont les plus déplorables et nous emprunterons encore au docteur Brémond les lignes suivantes, ne pouvant mieux dire que notre savant confrère de la Société d’hygiène.

La vérité nous oblige à déclarer qu’il existe encore, même dans les quartiers les plus riches, des locaux consacrés au commerce, dont les conditions hygiéniques sont déplorables. Le passant qui les voit de la rue, le client qui y entre par hasard, ne sont frappés que par les dorures de l’enseigne ou les élégances affectées de l’aménagement ; l’observateur qui les examine en détail constate avec regret que, trop souvent, les règles les plus élémentaires de l’hygiène y sont totalement oubliées.

Sans parler des échoppes de savetier, des niches de marchand

LA MAISON

de marrons, des guérites de marchande de journaux, des cahuttès d’opticien, des logettes de bouquiniste, des caves de charbonnier, des cabanes de brocanteur, ou des hangars de blanchisseuse, locaux dont les habitants sont manifestement voués à toutes les indispositions qu’engendrent le froid et le chaud, la pluie et le vent, le soleil et l’ombre, on peut assurer qu’il n’est pas un seul quartier de Paris dans lequel on ne trouve des boutiques malsaines. Ici c’est un pâtissier dont le four désoxigène l’air respirable ; là c’est un restaurateur dont les casseroles versent leur fumée dans l’atmosphère des consommateurs ; en un autre endroit c’est un droguiste dont les marchandises volatiles -prennent l’acheteur à la gorge ; un peu plus loin c’est un épicier qui asphyxie ses garçons en leur faisant brûler son café dans un sous-sol trop étroit. Chez plus d’un marchand de vins, les clients sont empilés dans des cabinets sans air; dans maints grands cafés les serviteurs à tablier blanc n’ont d’autre couche que les billards et d’autre soleil que le gaz. Certains marchands, fruitiers, fromagers, poissonniers, rôtisseurs, etc., ne possèdent que leur boutique pour tout domicile. Pendant le jour, le magasin appartient aux clients, le soir, quand les volets sont fermés, la famille se loge, comme elle peut, au milieu des comestibles odorants.

En somme, en mettant de côté les grandes entreprises commerciales des Jaluzot, Boucicaut, Renouard et autres, pour lesquelles le Chiffre du loyer n’est qu’un accessoire secondaire des frais généraux, on peut dire que le plus souvent, le prix élevé de la boutique pèse lourdement sur la santé du boutiquier.

Accablé par la somme énorme que coûte le magasin, le petit commei’çant cherche sans cesse à diminuer la somme consacrée à l’habitation et, de sacrifices en sacrifices, il arrive quelquefois à ce contrasté pénible : les marchandises logées dans un palais, le marchand logé dans un bouge.

LA RUE

« Pour qu’une ville soit saine :

« Il faut que ses voies publiques soient « pavées ou revêtues d’un ciment imper- « méable aux eaux ;

« Il faut que leur sous-sol soit drainé ;

« Il faut qu’elles soient lavées à grandes « eaux, et que les résultats de ce lavage « s’écoulent rapidement à l’égout. »

1-a «haussée. — Ce ne fut qu’à partir des Carthaginois, que les chemins, en terrain naturel battu, ne furent plus reconnus suffisants ; il fallait pourvoir aux mouvements des armées, aux transports des approvisionnements. L’économie ne présida pas àj la construction de ces premières chaussées, mais elles avaient l’avantage d’être d’une extrême solidité.

Les mêmes errements se sont perpétués, et nos chaussées macadamisées actuelles sont, à bien peu de choses près, la copie des travaux exécutés par les Romains.

Ce travail occupait soit la largeur entière de la route, soit le milieu seulement, et se nommait ïagger.

« Agger est media eminentia, coaggeratis lapidibus vel glareâ, aut silicibus strata. » Lapidibus: pavés; glareâ: graviers; empierrement : silicibus.

Dans les rues, Y agger était la portion entre les trottoirs latéraux (semitæ ). La loi des Douze-Tables n’avait pas été généreuse en leur accordant une largeur réglementaire, 8 pieds (2 m ,36) dans les parties droites des rues, 16 pieds aux coudes. Par la suite on adopta 3 m ,54 et 4 m ,72, ce qui revient à 12 et 16 pieds, en comprenant les deux trottoirs de 2 à 3 pieds (0 m ,59 et 0 m ,88 millim.).

Ces semitæ, je veux dire trottoirs, ne devaient servir, je crois, que pour se garer des rares véhicules et aussi de l’eau des pluies et des égouts, les chaussées devenant parfois de petits torrents. On peut en juger encore par les grosses pierres disposées dans les rues de Pompéï pour passer d’un trottoir à un autre.

LA RUE

Des espaces étaient ménagés entre la pierre du milieu et les deux autres pour le passage des roues des véhicules.

Le cheval ou la bête pouvait buter, le conducteur n’avait qu’à

prendre ses précautions ! N’est-ce pas quelque chose que les promeneurs circulent à pied sec? C’est encore pour ce bien-être du promeneur, que les chaussées étaient soigneusement pavées ou dallées, comme les places et les trottoirs qui avaient une bordure en pierre de taille. On ne s’inquiétait guère du posé solide du sabot ! La surface supérieure était bien dressée, celle de dessous laissée brute était enchâssée fortement à la batte dans le béton du nucléus. Les joints taillés et raccordés avec une précision si grande qu’il fallait avoir de bons yeux pour retrouver la ligne de séparation de deux pavés voisins.

Nous emprunterons à une de nos œuvres « Études sur les voies de transport en France. Baudry, éditeur, 1876 », quelques particularités sur les routes.

La création des premières routes remonte aux premiers âges de l’histoire ; en France, elle date de l’époque gallo-romaine ; les vestiges de voies plus anciennes se sont effacés, mais les voies romaines se sont si bien conservées qu’elles subsistent encore de nos jours.

Toute ville, toute bourgade conquise, recevait non seulement ce premier élément de civilisation : la route, mais encore des monuments édifiés sur le modèle de ceux de la métropole.

En 442 (avant J.-C.), sur l’ordre d’Appius Claudius, les routes commencèrent à être pavées, les empereurs poursuivirent l’œuvre ; une ancienne carte, précieusement conservée dans notre musée, carte dite de Pentinger, montre le réseau des voies qui à cette époque sillonnaient les Gaules.

Ces immenses travaux étaient l’œuvre patiente des armées, et surtout des peuples que la conquête pliait sous le joug. Pour leur entretien, on procédait de la même manière.

Tout comme aujourd’hui, on plaçait le long des routes des colonnes milliaires et des bancs invitant le voyageur au repos.

Des pyramides élevées au croisement des voies indiquaient le chemin à suivre ; de loin en loin s’ouvraient des maisons de services, lieux de refuge où piétons et cavaliers recevaient l’hospitalité.

La chute de l’empire romain amena l’abandon de l’entretien des routes. Alaric et ses hordes détruisirent, comme tous les conquérants anciens et modernes ; mais, comme les routes étaient, pour les Gaulois, le signe de leur esclavage, ils détruisirent d’au-

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tant mieux ces témoignages importuns de leur défaite ; aussi au cinquième siècle, les routes n’existaient plus qu’à l’état de tronçons épars.

Au septième siècle, Dagobert I er en remit un grand nombre en état, puis Charlemagne, employant les mômes moyens, les mêmes procédés que ceux des Romains, parvint à reconstituer la majeure partie des routes.

Louis le Débonnaire marcha sur les traces de son père, de telle sorte que de l’an 500 à l’an 900, la Gaule se civilisait par les efforts de ses rois qui cherchaient à faire renaître l’ancien état de choses.

Ce mouvement du progrès fut de nouveau étouffé par les invasions : la barbarie normande, en promenant la ruine sur nos contrées, comprima, pour plusieurs siècles, les germes heureux de cette civilisation renaissante.

Les rues de Paris étaient dans le plus triste état, le peu de soin qu’on apportait à leur entretien et à leur propreté en faisaient fuir l’usage à tout autre que ceux qui étaient portés en chaise, ou qui voituraient à cheval.

Les piétons à Paris ne se promenaient guère que dans quelques endroits, tels que le Pont-Neuf, les abords des palais, des couvents et des églises.

Les mémoires de Rigord, historiographe et médecin de Philippe-Auguste, portent que les rues de Paris, changées en marais à la moindre averse, étaient envahies dans la belle saison par une poussière compacte.

Les lettres patentes d’Henri II, en date du 15 février 1566, apprennent que le pouvoir s’occupait activement'de la reconstruction des rues, mais ce ne fut que sous le gouvernement de Louis XY, que des règlements sérieux régirent les voies de communication ; ces règlements s’occupaient de la construction et de l’entretien, jetant les fondations des lois qui, de nos jours, réglementent encore la matière.

Entretien. —Les frais d’entretien d’une route reviennent, dans les départements, à 350 francs par kilomètre, ils coûtent à Paris des sommes considérables évaluées au minimum à 8 millions de francs par an, et qui sont payées moitié par l’État, moitié par la ville.

Si on répartissait ces huit millions sur le nombre des kilomètres de voies dans Paris, on en trouverait peu qui ne coûtât 350 francs ; l’entretien dépasse partout ce chiffre, et atteint des proportions qui

sont en rapport avec le trafic de ces voies. Telle chaussée, malgré le choix des matériaux, résiste peu à la fatigue, tandis que cette autre la supporte parfaitement.

Ces frais considérables, s’ils sont en rapport avec les services rendus, exigent pour le département de le placer sous la direction d’inspecteurs généraux ayant sous leurs ordres des ingénieurs en chef, des ingénieurs ordinaires, des conducteurs et des piqueurs : c’est là un luxe de surveillance qui aurait le droit d’étonner, et un rôle qui ne devrait pas être réservé à un corps savant, si l’excuse n’était basée sur l’importance des dépenses.

Une polémique, très ardente, est engagée depuis longtemps sur cette question de surveillance des routes dans Paris; un fait indéniable, c’est que ce service pourrait être confié à des agentsvoyers, et qu’une grande économie serait réalisée, en retranchant de hauts fonctionnaires et en confiant à l’initiative privée, par adjudication, l’entretien du pavage et du macadam.

Les chaussées de Paris se divisent en trois classes : les chaussées pavées, les chaussées d’empierrement et les chaussées asphaltées.

En 1866, la ville dépensait 8,500,000 fr. pour leur entretien ; depuis, la dépense n’a fait que croître par suite de l’exécution et du classement de nouvelles voies, et aussi par la progression de la circulation.

Les rues de Paris faisant partie de la grande voirie, l’État a toujours pris à sa charge une partie des frais de leur entretien, lequel, en vertu du décret du 7 fructidor an XII, rentre dans les attributions des ingénieurs des ponts et chaussées. Le 12 avril 1856, l’État participe pour moitié à la dépense; mais en 1866, par un autre décret, cette contribution ne peut dépasser 4 millions de francs.

De là, cette tendance continuelle pour la ville de Paris à ne pas dépenser plus de 8 millions, et (je là cette conséquence que dans maints endroits le pavage laisse beaucoup à désirer.

Les chaussées les plus coûteuses sont celles d 'empierrement; sur quelques voies, l’entretien atteint 16 francs par mètre carré. Aussi ces chaussées qui avaient été construites pour diminuer le bruit, pour rendre le roulage plus agréable, enfin pour restreindre la facilité que le démontage des pavés donnait à la construction rapide des barricades, furent partout diminuées; des chaussées de

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16 mètres ont été réduites à 7 ; on supprima les empierrements sur les voies étroites, on remit des pavés sur tous les ponts.

On arriva ainsi, grâce à ces mesures, à ne dépenser seulement que 8 millions.

L’entretien des chaussées empierrées se fait par des cantonniers ; ces employés font les réparations simples, ils rechargent, cylin drent, et ils entretiennent la chaussée propre; enfin, en été, ils l’arrosent.

Depuis vingt ans, on a reconnu qu’il fallait laisser le profil des chaussées s’user parallèlement et, quand le moment était venu, de remplacer la couche disparue par une autre.

Les couches varient de 6 à 15 centimètres d’épaisseur ; le cylindrage est accompagné d’un arrosage abondant et du répandage de sable, afin de faciliter la liaison des matériaux.

Les cylindres compresseurs étaient mus autrefois par des chevaux, aujourd’hui ils le sont par des machines à vapeur.

Ces machines ne sont pas plus économiques que les anciennes, seulement elles opèrent plus rapidement, et la liaison des matériaux est plus complète.

Le coût d’entretien varie dans des limites très larges ; il est de 3 fr. 15 au quai de la Râpée, et il atteint 16 fr. 08 rueLafayette.

Asphalte. — Les chaussées empierrées sont, en certains moments, incommodes ; on a cherché dans l’emploi de l’asphalte un genre de revêtement présentant les mêmes avantages sans les inconvénients. Une chaussée d’asphalte se compose d’une couche pilonnée de béton, ayant 0,10 d’épaisseur, et recouverte d’un enduit en mortier, sur lequel on applique l’asphalte.

L’asphalte provient des mines de Seyssel et de Pyrimont, de la vallée du Rhône ; c’est un calcaire imprégné de 10 à 12 50 0/0 de bitume.

On le réduit en poudre, dans des broyeurs Carr ; on chauffe de 100 à 140 degrés dans des appareils spéciaux; il est alors répandu sur l’aire en béton par couche de 4 à 6 centimètres, puis comprimé, à l’aide de pilons ou de rouleaux en fonte.

Ce genre de chaussée est insonore, ne produit ni boue ni poussière et est fort recherché par les administrations publiques et dans le voisinage des édifices religieux ou civils. On reproche à cette chaussée l’inconvénient de devenir glissante en temps de brouillard et de pluie fine.

Son prix de revient varie suivant l’épaisseur de la couche d’as-

phalte, de 12 à 15 fr. par mètre carré. L’entretien est fait à forfait moyennant 1 fr. par mètre carré et par an.

Le pavage en asphalte forme une croûte imperméable qui ne laisse pas pénétrer l’eau pluviale dans le sol, de même qu’il n’en laisse sortir aucune émanation.

Le lavage s’y fait d’une manière complète, et assure sous ce rap. port les meilleures conditions d’hygiène, mais ce système de chaussée n’est pas économique, les chaleurs de l’étéboursouflentla couche d’asphalte sous l’effort d’écrasement des voitures; les gelées de l’hiver la désagrègent et la circulation ne tarde pas ày imprimer des ornières qu’il faut à tout instant réparer. L’entretien d’une pareille chaussée est coûteux, aussi la ville de Paris ne se sert de l’asphalte que devant ses monuments publics, ou devant les maisons de propriétaires qui consentent à en supporter les charges.

Un des plus grands inconvénients de l’asphalte est que son application, comme ses réparations, exigent, pendant un temps fort long, l’interdiction des chaussées.

Il faut enlever l’enduit pour réparer et refaire le béton, il faut cuire le nouveau mastic sur place, au moyen de fers rougis au feu ; il faut laisser prendre consistance, saupoudrer de sable fin; il faut, en un mot, beaucoup de soins qui, malheureusement, ne donnent qu’une chaussée résistant peu à la chaleur et à l’humidité.

L’asphalte est du reste une matière qui devient de plus en plus rare, par conséquent coûteuse, aussi prête-t -elle à la fraude ;pour satisfaire ses intérêts, le fabricant n’hésite pas à la remplacer en partie par des substances analogues, telles que le brai de houille qui résiste encore bien moins aux fatigues du roulement des voitures.

Pavés. — Pendant longtemps, on ne se servit à Paris que de pavés provenant des carrières de Fontainebleau; ces pavés, offrant peu de résistance, furent remplacés par ceux de la vallée de l’Yvette, mais bientôt la circulation devenant de plus en plus grande, la résistance de ces grès fut reconnue insuffisante ; on employa des porphyres de Belgique, des arkoses d’Autun, des grès durs de la Manche, des Vosges et de la Mayenne.

Le pavé de Paris était de 0,23 de côté, on lui a donné ensuite 0,16 X 0,23. Puis on est arrivé à l’échantillon employé aujourd’hui à 0,10 X 0,16 et 0,16 de hauteur, qui donne des surfaces plus régulières, d’un roulement plus agréable, mais, il faut l’ajouter, plus glissantes pour les chevaux.

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Le coût d’entretien d’une chaussée varie, en pavés de l’Yvette, de 13 fr. à 17 fr., et en porphyre, à près de 20 fr. Les repiquages, l’arrachage, la réparation de la forme sont exécutés par des brigades de cantonniers paveurs.

On n’a pu continuer, comme parle passé, à confier l’entretien à l’entreprise ; les chaussées de Paris demandent des réparations urgentes et immédiates, et on ne pouvait être à la disposition d’un entrepreneur qui, s’il opérait sans ordre, donnait lieu à de perpétuelles contestations.

On étudie, en ce moment, un nouveau pavage en bois, déjà placé rue Saint-Georges et qui, dit-on, sera expérimenté dans la rue Montmartre. Des systèmes analogues ont été essayés maintes fois à Paris et n’ont jamais donné de bons résultats, alors qu’à Londres le pavage en bois est fort apprécié. Il consiste dans des blocs de sapin rouge placés verticalement sur une aire en béton, Les rangées successives sont jointoyées et séparées par une bande de feutre goudronné.

Tout est disposé pour que l’eau ne pénètre pas dans le revêtement. On a soin, tous les quarante centimètres, de ménager des rainures transversales pour assurer le pied des chevaux.

Ce pavé coûterait 24 francs d’entretien par an et aurait les mêmes avantages que l’asphalte sans ses inconvénients. Espérons en son succès.

Pavés en porphyre. — Les carrières de porphyre les plus abondantes, celles qui par leur situation topographique peuvent desservir Paris, sont situées à Quenast, près de Tubise (Belgique).

Les bancs sont exploités à ciel ouvert, les transports s’effectuent par des chemins de fer, l’abattage sé fait avec de la poudre et de la dynamite que l’on bourre dans des trous de mines pratiqués par des machines perforatrices à air comprimé.

La fabrication du pavé a reçu de grands perfectionnements, depuis quelques années, tant au point de vue de l’exploitation de la pierre que de son débit; il en coûte 10 fois moins pour la refendre. A l’aide d’un marteau tranchant, en acier, ce dernier travail est des plus simples, on trace un sillon à l’endroit où l’on veut diviser le bloc, tel qu’on le ferait pour une plaque de verre, puis on frappe à petits coups sur le marteau, au moyen d’une masse, et les morceaux se détachent nettement.

Les morceaux ainsi obtenus par le refendage sont façonnés par l'épinçage et transformés en pavés.

On fabrique des pavés bruts ; on en fabrique de plus réguliers, qui n’offrent pas d’aspérités et qui sont destinés au pavage des villes.

La fabrication du pavé laissait autrefois une quantité considérable de déchets, de toutes espèces de formes et de dimensions, qu’on jetait au remblai.

C’était une perte importante, un mètre cube de pierre coûtant une somme de .... ne rendait en produits utiles qu’un cube insignifiant.

Grâce aux machines à concasser du système Blacke, on broie aujourd’hui ces débris et on les transforme en petits prismes de formes régulières, qui sont, suivant leur grosseur, employés à la construction des chaussées empierrées, des chemins des squares et des promenades publiques, ou encore utilisés pour le ballast des chemins de fer ; on a pu ainsi diminuer d’autant le prix de revient du pavé.

Aussi Paris trouve-t-il grand avantage à se pourvoir de pavés et de macadam de porphyre : certaines de ses rues coûtent 16 francs par an et par mètre pour son entretien ; si, par l’emploi de matériaux plus résistants et plus durs, l’existence des chaussées se prolonge, ne fût-ce que de quelques mois, c’est une économie bonne à réaliser pour les finances de la ville.

Un laboratoire spécial a été installé dans ce but à l’École des ponts et chaussées ; le pavé, la pierre, y subissent les essais les plus minutieux et les plus intelligents; on analyse d’abord le degré d’humidité que ces matériaux renferment, on voit quel est l’état moyen de leur hygrométrie qui joue un grand rôle non seulement pour leur conservation, mais encore pour l’absorption de l’humidité ; on les passe dans une machine spéciale, où pendant un nombre d’heures déterminées, une quantité de minerais tournant sur eux-mêmes y usent leurs surfaces et leurs aspérités par les secousses et par le frottement qu’ils subissent en se rencontrant ; on pèse soigneusement la poussière qui s’en est détachée et l’on sait ainsi que dans un temps donné l’usure au frottement a diminué le pavé ou la pierre de tant pour cent.

Les mouvements de la machine d’essai se rapprochent le plus possible de ceux imprimés à une .voiture roulant sur une route, de telle sorte que l’on peut dire que, suivant le plus ou moins d’usure, la route durera un temps plus ou moins long.

Les essais des ponts et chaussées ne s’arrêtent pas là.

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Le pavé ou la pierre passe à l’épreuve de l’écrasement, on taille à cet effet un cube régulier, que l’on place sous le plateau d’une presse hydraulique.

On compte l’effort qu’il a fallu pour le briser et des trois facteurs qu’on a obtenus, on forme un tableau indiquant, par les chiffres de 1 à 20, le degré de sa résistance.

Les ingénieurs de l’École, sous la direction de M. Durand-Claye, qui a installé ce service de laboratoire mécanique, ont recherché par toute la France les matériaux qu’elle possède et les ont soumis aux essais que nous venons de décrire, de telle sorte que les ingénieurs des villes et des campagnes savent où ils doivent aller s’approvisionner, où ils doivent demander de la pierre qui résiste le mieux au temps, à l’écrasement et au frottement pour bien construire et entretenir leurs chaussées.

La France est fort riche en bons matériaux, mais elle ne se trouve pas assez bien outillée en voies de transport pour les utiliser ; elle est donc réduite à employer le plus souvent de mauvaises pierres qui ne permettent qu’un détestable entretien et pourtant exigent des dépenses considérables.

Paris ne pouvant attendre qu’il plût aux pouvoirs de l’État de compléter le réseau de nos chemins de fer et de nos canaux pour lui amener des matériaux bons et à prix raisonnables, pour construire ses voies publiques et les entretenir, a commencé ses recherches dès l’avènement du second Empire; il a été décidé que le porphyre venant des contrées du Nord présentait, sous tous les rapports, les meilleures conditions de durée et d’économie pour l’entretien des rues et des promenades publiques.

Le pavé de porphyre a toutefois son revers de médaille; s’il est quasi inusable, s’il forme des chaussées se lavant bien, et ne faisant pas subir aux voitures des cahots désagréables, son emploi est la terreur des chevaux et soulève lâ réprobation des cochers.

Peu de chevaux, peu de voitures qui ne s’abattent dans le courant d’une année sur les chaussées ainsi pavées ; ce sont jambes et brancards brisés ; ces accidents, se renouvelant sans cesse, ont obligé, depuis quelques années, à renoncer à l’emploi du pavé de porphyre à Paris ; on se contente de n’en faire usage que dans quelques cas particuliers : au lieu de l’employer pour des chaussées entières, on se borne à le placer sur les bas-côtés.

Une autre objection à l’emploi de ces pavés, c’est qu’ils ne sont pas de nationalité française, et qu’il est regrettable de porter nos

écus chez nos voisins. Cette réflexion est juste aujourd’hui qu’une société particulière est parvenue à suppléer aux pavés de Quenast, par l’exploitation de gisements qui se trouvent sur le territoire.

Pavés en grès. — Les premiers pavés employés à Paris étaient en grès de Fontainebleau, c’étaient des cubes d’un pied carré de surface, on en extrayait également dans les environs de Sceaux.

Les exigences des carriers, abusant du défaut des voies de transport existant à cette époque en France ; l’épuisement des gisements, qui pendant plus de mille ans avaient suffi à tous les besoins, ont contribué à favoriser le remplacement des grès de Fontainebleau et de Sceaux par les porphyres ; mais les inconvénients présentés par ceux-ci et que nous venons de signaler firent que le grès reprit faveur et que l’administration fit ouvrir de nouvelles carrières dans les gisements qui bordent l’Yvette.

Le grès s’use vite si on le compare au porphyre, mais il ëst bien moins glissant pour les chevaux ; aussi son emploi reprit-il une telle extension, qu’une société puissante s'est constituée tout dernièrement pour ouvrir d’autres exploitations.

11 faut du temps et de l’argént pour aménager une carrière. Aujourd’hui, cette société possède les carrières du bois de la Jatte, àCrézancy, près Château-Thierry et de Denant-Anseremme, en Belgique, sur la Meuse et à proximité des frontières françaises à Givet.

Les unes sont proches, les autres plus éloignées de Paris ; mais, grâce à des moyens de transport faciles, elles se trouvent dans de bonnes conditions pour les arrivages.

Le grès des carrières de Crézancy a été déclaré égaler en qualité celui de l’Yvette, un des meilleurs échantillons adoptés pour la fourniture de la ville de Paris. Quant à celui de Dinant-Anseremme, c’est un grès bleu d’une espèce très recherchée. Il se prépare et se taille avec une facilité qui permet d’obtenir aisément les pavés de grande taille, ceux dont la vente est la plus avantageuse, dits pavés retaillés.

Un bon pavé, du calibre actuel, ne peut pas être obtenu partout; il faut des couches de grès homogènes, la pierre ne doit pas présenter de fissure, il faut qu’elle ait un clivage régulier.

Lorsque ces conditions sont acquises, il reste à faire l’éducation de l’ouvrier et à constituer un outillage perfectionné ; aussi, les petites carrières d’autrefpis ne peuvent plus fournir à nos villes, leurs ressources sont insuffisantes, l’association seule est possible.

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La moitié de la production de Dinant-Anseremme peut être fournie en pavés de cette espèce.

Il y a à Dinant-Anseremme sept chantiers ouverts, trois de chaque côté de la colline qui forme mamelon précédant un plateau. Ces chantiers sont disposés de telle sorte qu’ils sont séparés seulement par une languette de grès qui sera abattue pour les ' réunir par trois, de façon à former un énorme chantier d’exploitation.

Le grès est homogène et d’excellente qualité sur tous les points et à toutes les hauteurs de la colline.

Les six premiers chantiers sont situés sur la concession consentie pour dix-huit ans parles communes de Dinant et de Dréhance. Le septième, le plus bas dans la colline, à 50 mètres environ au-dessus du niveau de la Meuse, est établi sur un terrain qui appartient, par achat dn fonds et tréfonds, à la Société, d’après des actes authentiques. Ce terrain est choisi de telle sorte, qu’il occupe tout le bas de la colline aboutissant à la route, et interdirait absolument toute exploitation par d’autres que par la Société.

La conduite des chantiers est faite avec tout le soin désirable. De petits wagonnets desservent dans leur parcours toute l’exploitation, en circulant sur des rails, et amènent les produits à un plan incliné ; ils descendent par un câble tournant autour d’un rouleau, faisant remonter le wagonnet précédent qui a été déchargé directement sur la route de Dinant à Anseremme qui longe la colline ; quand il s’agit de prendre la voie navigable, le wagonnet continue jusqu’à la Meuse, qui coule à 80 mètres de là.

Les carrières de Dinant-Anseremme emploient pour le moment 350 ouvriers et produisent environ 3,500,000 pavés annuellement ; avec 500 ouvriers, la production pourra être portée à 6 millions de pavés.

Crézancy n’occupe encore que 50 ouvriers, mais en aura bientôt 100. Sa production atteint 1 million de pavés, et l’on compte arriver à 2 millions en 1882.

Les commandes, disions-nous il y a un instant,-affluent déjà à la nouvelle Société ; elle est à même, par les travaux préparatoires faits, d’y l’épondre ; mais ce ne sera pas 2 millions de pavés qu’elle devra produire par an, cette quantité serait insuffisante pour satisfaire tous les besoins, car il n’y a pas que Paris à approvisionner, la France ne compte-t-elle pas bien d’autres lieux lui réclamant un bon pavage ?

Dans ces industries, les bénéfices sont en raison directe de la

production ; les sacrifices premiers, ceux que l’on nomme les travaux préparatoires, ne sont rien, lorsqu’ils sont répartis sur des quantités considérables, de même qu’ils empêchent toute exploitation d’être lucrative lorsque la vente des produits est difficile.

Le pavé de Quénast est coûteux, par son transport, celui de Fontainebleau, celui de l’Yvette, regagnent leur moins de durée à l’usure par un transport moins onéreux ; ceux de la nouvelle société sont dans le même cas.

Suivant les documents mis à notre disposition par la nouvelle société, le mille de pavés ordinaires coûte en moyenne 70 francs et est vendu 100 francs. Le pavé retaillé, vendu 150 francs, revient à 100 francs.

lie trottoir.— La chaussée est le domaine de la voiture, le trottoir, le refuge du piéton.

Ce ne fut qu’en 1818 qu’on installa des trottoirs le long des chaussées de Paris, On avait d’abord fixé leur largeur à la moindre dimension possible dans la crainte de gêner la circulation des voitures.

Cette innovation fut appréciée dès son début, les trottoirs furent trouvés si commodes pour les piétons, si utiles pour les maisons, qu’ils devinrent un indispensable besoin; aussi, le développement s’en est rapidement augmenté d’année en année.

Ces trottoirs sont devenus généralement trop étroits, surtout dans les rues très fréquentées. Cependant, on ne peut en augmenter la largeur qu’aux dépens des chaussées, et cette opération n’est pas facile avec le prodigieux développement qu’a pris depuis vingt ans la circulation des voitures.

L’administration a, ces dernières années, renouvelé dans nos grandes voies publiques ce qui se pratiquait autrefois à Pompéi ; elle a créé, aux endroits les plus dangereux à traverser, des refuges , c’est-à-dire des bouts de trottoirs qui coupent la chaussée en deux, forcent les voitures à se diriger, les unes montantes, à droite, les autres, descendantes, à gauche.

Ces refuges sont décorés d’un candélabre à trois ou cinq branches qui vient aider à l’éclairage de la chaussée et donner une quiétude de plus au piéton qui la traverse. C’est une excellente innovation, qui sauve tous les jours la vie, dans certains endroits de Paris, à des femmes, à des enfants, à des vieillards, qui attendent le moment propice pour traverser, en deux fois, la chaussée

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encombrée de voitures. Nous espérons voir se propager, partout où cela est possible, ce système de refuges.

Un fait regrettable de l’administration actuelle, c’est de laisser encombrer les trottoirs par les candélabres à gaz ; on a cherché à ornementer nos rues en déplaçant les luminaires qui se trouvaient jadis accrochés au-dessus de nos têtes, dans les façades des mai¬

sons, à une hauteur telle qu’ils ne gênaient pas le passage du piéton. La nouvelle disposition adoptée ne présente même pas, dans les rues de largeur ordinaire, l’avantage d’éclairer un espace plus grand, puisque la distance entre le muret le candélabre est insignifiante.

C’est donc une mauvaise mesure qui doit être non seulement écartée pour l’avenir, mais rapportée immédiatement. 11 faut de suite rétablir les anciennes consoles au fur et à mesure des réparations des candélabres actuels.

Un autre encombrement des trottoirs bien plus regrettable est celui des boutiquiers, qu’on autorise.

Aujourd’hui, chaque commerçant se croit propriétaire du trottoir qui fait face à son vitrage ; il commence par envahir le sol en y marquant son nom et son commerce ; puis il abrite son magasin des rayons du soleil par une marquise dont les dimensions, le plus souvent exagérées, dont la hauteur trop réduite ou la vicieuse construction accrochent le promeneur qui dépasse en hauteur la taille d’un fantassin français.

Cet inconvénient, qui n’est ressenti que par les hommes un peu grands, se trouve agrémenté pour tous de l’embarras des tables et des chaises qu’y placent les cafetiers et les marchands de vins, des tonneaux de mélasse et des cotonnades qu’y exposent et vendent les marchands de nouveautés, transformant la voie publique en un marché à la criée, et assourdissant de leurs cris les passants qu’ils arrêtent en chemin, de telle sorte que dans maints endroits de la ville, dans les rues les plus fréquentées, le pauvre piéton est obligé, pour se soustraire à ces obsessions et éviter ces obstacles, de quitter le trottoir, courant le risque de se faire écraser sur la chaussée.

Nous croyons que la sécurité du passant exige que tout rentre dans l’ordre, et qu’à l’avenir les trottoirs ne soient plus encombrés de candélabres inutiles et de marchandises qui n’ont pas le droit de sortir du magasin.

Depuis dix ans, un nouvel occupant a surgi ; on a imaginé de promener les enfants en bas âge dans de petites carrioles traînées ou poussées à la main par la mère ou par la bonne.

Ce véhicule renfermant des enfants est respecté du passant, mais il est, il faut bien le reconnaître, un obstacle à sa marche et un embarras de plus à lâ circulation. Espérons que l’opinion publique, émue par les avis de quelques médecins, que ce mode de locomotion est contraire à la santé de l’enfant, fera revenir aux anciennes habitudes de nos pères : faire marcher les enfants suivant leur force et les porter lorsqu’ils sont fatigués. Cela paraît plus logique, 1 enfant qui a été charrié n’est pas apte à distinguer

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ce qu’il voit, une promenade au jardin public, au square, suffise bien mieux à sa santé.

Mais ce qu’on ne doit souffrir à aucun prix, c’est la circulation des voitures à bras qui, depuis la même époque, ont envahi également les trottoirs de Paris pour transporter, comme le faisaient jadis les bottiers, les menus paquets.

Dans le bon temps, on rencontrait le commissionnaire une malle sur son crochet, l’ouvrier portant ses outils. On avait grand soin de se garer, c’était un mal sans remède. Aujourd’hui, ces gênants existent encore, mais en très petite quantité ; ils ont été remplacés par de plus intelligents qui ont compris qu’on transportait mieux et davantage avec une brouette à deux roues qu’avec une hotte, et mieux encore avec ces petites voitures perfectionnées par l’adjonction d’une troisième roue.

Les boulangers ont adopté le nouvel engin, les blanchisseurs s’en servent, et des marchands de comestibles, tripes à la mode de Caen, café au lait, etc., se le sont approprié.

Devant ces invasions, le trottoir n’existe plus pour le piéton parisien, et il est grand temps que la Préfecture de police y mette ordre. Les mesures à prendre attireront sur elle bien des malédictions, mais qu’importe ! N’est-il pas certain qu’avant dix ans, au train dont vont les choses, il n’y aura plus de trottoirs, et on se demande alors où circuleront ceux qui vont à. pied?

Le dernière ordonnance de la Préfecture de police, qui vient d’être rendue, tient compte des plaintes nombreuses de ceux qui voudraient recouvrer la liberté des trottoirs.

« Vous voudrez bien, dit M. Andrieux, en outre, tenir la main à ce que les étalagistes débarrassent complètement la voie publique, le 7 janvier, et à ce que les commerçants en boutique rentrent aussi leurs étalages .dans les limites réglementaires (art. 90 et 115 de l’ordonnance de police du 25 juillet 1862). »

Or, que disent ces articles, auxquels on peut ajouter les art. 90 et 95 de la même ordonnance ? En voici le texte :

Art. 89. — Il est défendu aux marchands bouchers, charcutiers, tripiers, rôtisseurs et autres, de former des étalages de viandes en saillie- du nu des murs de face. Les crochets, perches et autres objets pouvant servir à des étalages de cette nature seront supprimés sans délai.

Art. 90. — Tout étalage formé de pièces d’étoffe disposées en draperie et guirlande formant saillie, est interdit au rez-de-chaus-

sée. IL ne pourra descendre qu’à trois mètres du sol de la voie publique.

Sont également interdits tous étalages en dehors des limites réglementaires, ainsi que tous dépôts de tonneaux, caisses, tables, bancs, châssis, étagères, meubles et autres objets, sur la voie publique au-devant des magasins et boutiques.

Enfin l’article 85 dispose :

Les bannes ne seront mises en place ou développées qu’au moment où le soleil donnera sur les boutiques qu’elles sont destinées à abriter. Elles seront enlevées ou relevées aussitôt que les boutiques ne seront plus exposées aux rayons du soleil. Néanmoins, les bannes placées au-devant des boutiques sur les quais, places et boulevards, pourront être conservées dans le cours de la journée s’il est reconnu qu’elles né gênent point la circulation. Aucune banne ne devra, dans la partie la plus basse, avoir moins de 2 m ,50 d’élévation au-dessus du sol.

Mais ce que ne disent pas les articles rappelés par Je préfet de police actuel, c'est que le conseil municipal vient d’être saisi, comme il l’est tous les trois ans, d’établir la taxe à percevoir sur les boutiquiers et les limonadiers pour leurs dépôts de tables et chaises sur la voie publique, et qu’ainsi la décision prise par l’un des pouvoirs se trouve infirmée par l’autre. L’administration ne considère que l’argent à percevoir, la préfecture ne s’en préoccupe pas, et ne voit que la liberté de circulation, laquelle des deux à raison ?

Avenue de l’Opéra le boutiquier paie un mètre superficiel 45 francs ; aux grands boulevards, 75, 60 et 50 francs ; dans les rues, 20 francs ; les étalagistes, les décrotteurs, marchands de journaux, 5 francs.

Les locations d’emplacement sur la voie publique pour dépôt de chaises et tables devant les cafés, pour étalage devant les boutiques, pour installations d’échoppes mobiles, etc., rapportent à la ville 370,000 francs.

Un trottoir à Paris, agréable à la marche, se réparant vite et facilement, est celui composé d’un couche de brai de houille ou bitume et de gravier, posé à chaud, sur une aire bétonnée.

Il coûte peu, le mètre carré vaut 6 francs, sans la bordure en granit, et s’il n’est pas aussi solide à l’usage que la dalle en pierre, il a sur elle cet avantage, qu’il est moins dangereux pour le piéton dans les temps de gelée et de verglas.

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La construction des trottoirs, dans ces conditions économiques, est désagréable aux riverains et aux passants ; on fait la pâte sur place, on brasse la matière dans un tonneau en fer, chauffé par un foyer; un cheval traîne tout l’appareil. Lorsque la fusion est au degré voulu, on verse la matière sur.le sol et on l’étale ; on continue ainsi jusqu’à ce que l’opération soit terminée.

La fumée que dégage la préparation du bitume est âcre et nauséabonde ; elle n’est pas nuisible, mais elle porte avec elle tous les inconvénients des essences, lorsqu’elles brûlent, de tacher ce qu’elle touche.

Le passant a d’autres dangers à courir, et si la Préfecture de police ne peut, par des mesures préventives bien prises, l’en affranchir complètement, elle peut au moins en atténuer les causes et les effets.

Nous voulons parler des objets de toute nature qui tombent du haut de nos habitations sur les trottoirs de nos rues.

La Préfecture de police a pris une excellente mesure, dans l’intérêt de l’hygiène publique, en prescrivant que tous les dix ans au moins, chaque maison de Paris serait nettoyée de haut en bas ; les unes lavées, les autres peintes, les autres réparées, et pendant ces opérations les piétons seraient garantis des atteintes des matériaux qui pourraient se détacher des murs et des toits, par des filets et au besoin par des bannes construites ad hoc.

Celte mesure excellente à tous les points de vue, offrant une sécurité inappréciable : pour l’ouvrier qui tombe sur le pavé, ayant perdu l’équilibre, penché qu’il était à une fenêtre, attaché au moyen d’une corde aux aspérités des toits ; pour le passant qui reçoit quelquefois sur la tête le corps du malheureux, mais qui reçoit le plus souvent des pierres, des plâtras, des tuiles, toujours des ordures.

Pourquoi, se demandera-t-on, cette excellente mesure n’est-elle pas appliquée ? Partout où des ouvriers travaillent sur le toit, sur la façade de la maison, il doit être garanti, dans une chute, par un filet en cordes bien solides dont les mailles sont assez resserrées entre elles pour qu’il ne puisse en sortir, et donner passage à une pierre, qui bien souvent tue un passant.

lie nettoiement rte la chaussée. —- Le nettoiement des voies publiques est d’une importance qu’on ne peut méconnaître, aussi ce service est-il réparti par l’administration municipale entre deux

ingénieurs en chef qui ont sous leurs ordres 51 conducteurs et 61 piqueurs détachés des ponts et chaussées. La dépense est de 260,000 francs.

L’adoption exclusive des chaussées bombées, l’abandon des ruisseaux qui les partageaient anciennement par le milieu, fut consacrée en principe en 1833 ; de cette époque date l’ère des chaussées bombées et des bouches sous trottoirs.

Comme nous l’avons remarqué dans un de nos précédents chapitres, le nettoiement des voies publiques n’a pris d’extension que pendant ces dernières années ; ce n’est qu’en 1855 qu’on a commencé la construction des égouts, et ce ne fut qu’à cette époque que le service fut réellement organisé. En même temps l’adoption du pavage jointif apportait les derniers éléments de perfection pour un parfait nettoyage.

On compte que par habitant, il est déversé actuellement par 24heures,pource service spécial, 551itres d’eau, soit 165,000 mètres cubes par jour.

Mais que nous sommes loin de pouvoir fournir cette quantité d’eau pendant les sécheresses. Au moment où nous écrivons nous subissons toutes les conséquences de cette situation.

L’administration, dans une note malheureuse, qui a apporté un trouble dans la population, rejette sur les particuliers cette triste situation de Paris ; il ne faut plus songer à arroser les rues, à alimenter les fontaines publiques, à laver nos chaussées, nos égouts, l’habitant, par gaspillage, laisse ouvert pendant des heures entières les robinets dans les cours, couler dans les cuisines dix litres d’eau inutilement pour avoir une carafe d’eau fraîche.

Il y a en ce moment, ajoute M. Alphand, 380,000 mètres cubes d’eau qui sont destinés à la consommation, et ne dirait-on pas, en lisant ces lignes, que l’administration et nos ingénieurs ont jugé aujourd’hui que la quantité était suffisante, alors nous leur rappellerons ce que nous avons établi, page 20 de ce livre, qu’en temps propice, c’est-à-dire l’hiver, il n’y a à Paris que 370,000 mètres, et qu’en temps de sécheresse, c’est-à-dire l’été, il n’y en a que 200,000 mètres cubes, et que ce ne sera que lorsque tous les travaux seront terminés, qu’on pourra espérer 334,000 mètres cubes.

Or, s’il faut pour arroser et laver nos chaussées 165,000 mètres cubes par jour, s’il faut pour l’intérieur de nos maisons 200 litres par habitant, il manque en ce moment à Paris 365,000 mètres cubes; ce ne sont donc pas les 10 litres d’eau dépensés pour

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rafraîchir une carafe qui jouent un grand rôle dans la dépense d’eau signalée par M. Alphand.

L’administration a tort d’avancer : que, tant que le gaspillage de l’eau continuera dans les quartiers bas et les étages inférieurs; que les robinets resteront ouverts jour et nuit, toute l’eau de la canalisation s’écoulant sous l’action des fortes pressions; il n’arriverait plus rien pour l’alimentation des quartiers élevés. Il en est de même dans une maison, si les robinets de la cour ou ceux des étages inférieurs restent constamment ouverts, l’eau ne peut plus arriver aux étages supérieurs.

S’il fallait en croire l’administration, les gaspillages d’eau commis par certains abonnés sont donc préjudiciables à un grand nombre d’autres abonnés, aussi bien qu’à la salubrité de la cité. Il y a abus chez les uns et privation du nécessaire chez les autres par suite même de l’abus. La population parisienne possède trop bien le sentiment de l’équité pour ne pas comprendre 1a. nécessité d’un rationnement volontaire, afin de laisser à chacun sa part proportionnelle dans le volume d’eâu qui existe à Paris, dit encore l’administration, mais elle oublie que les appareils placés dans les maisons, qu’ils donnent l’eau au compteur ou au robinet de jauge, n’alimentent que les habitants de 32,000 maisons avec 35,900 mètres cubes d’eau, soit 43,19 par habitant quand il faudrait compter pour un bon service sur 200 litres, soit 400,000 mètres cubes.

Quelques organes de la presse ont invité les abonnés à ne tenir aucun compte de l’avertissement donné par l’administration en vue de modérer l’usage de l’eau ; ils ont prétendu, avec raison, que tout abonné qui payait l’eau qu’il consommait avait le droit d’en user autant qu’il voulait et d’en faire l’usage qui lui convenait. C’est là une vérité qu’il importe de ne pas laisser oublier.

Pour obtenir de l’eau, il faut la payer; aussi, ce n’est que la minorité de la population qui peut rafraîchir sa carafe, puisque ce ne sont que des privilégiés qui ont chez eux tuyaux et robinets.

Aux termes de la police d’abonnement, tout abonné à robinet libre dans les étages doit avoir un obturateur, de manière à ce que ce robinet ne fonctionne que lorsqu’il est ouvert à la main. On commettrait donc une contravention lorsqu’on supprime l’obturateur pour laisser couler librement le robinet. De même, l’abonné à robinet libre, pour l’arrosage des cours, paie un abonnement, pour un volume d’eau calculé à raison de trois litres par mètre superficiel de cour, ce qui suffit pour un arrosage répété deux ou

trois fois par jour. Si l’abonné laisse ce robinet ouvert jour et nuit, la consommation, au lieu d’être de trois litres, s’élève à plus de cent litres ; et l’administration, qui règle son service sur un abonnement de trois litres, ne peut en donner instantanément cent, suivant le caprice de l’abonné.

A ce point de vue on ne saurait donc trop insister pour que chacun comprenne la nécessité d’éviter le gaspillage de l’eau.

L’eau commence à manquer à peu près partout, dans les villes et dans les campagnes. Chacun est obligé de se rationner. Paris ne peut échapper à la loi commune, ajoutent nos ingénieurs municipaux qui oublient, ne tiennent pas compte, des décisions prises par le Conseil municipal qui a établi les prix et les conditions de la distribution d’eau à domicile à Paris, ce qui donne le droit indiscutable, à tout abonné, l’usage de l’eau qu’il a achetée et payée.

L’avis de la Préfecture, placardé sur tous les murs de Paris, contenant ce que nous venons de relater, voudrait faire retomber la responsabilité du manque d’eau sur l’habitant. C’est une mauvaise action, non pas en établissant que les classes aisées sont plus privilégiées que les classes nécessiteuses puisqu’elles ont de l’eau lorsque celles-ci n’en ont pas, mais en cherchant à faire croire que les coupables ne sont pas : 1° l’administration qui n’a jamais su depuis dix ans arrêter un plan et l’exécuter; 2° le Conseil municipal en ne créant pas une société sérieuse pour la mise en exécution d’un plan définitif.

Cette situation est fâcheuse, elle était prévue par nous depuis plus de dix ans ; rien n’a été pris pour en conjurer les effets, et nous sommes arrivés ainsi, de conséquence en conséquence, à amener une épidémie, choléra ou autre, qui viendra nous décimer comme en 1832.

Une grande ville comme Paris devrait avoir toujours plus d’eau qu’il ne lui en faut, ce ne sont pas les petits crédits, qu’on vote chaque année, qui amèneront du changement. Qu’est-ce que 4 millions votés en 1880, 3,200,000 fr. en 1881 !.. lorsqu’il faut, nous l’avons établi dans la première partie de notre livre, dix fois autant.

Paris a deux espèces d’eaux ; les unes bonnes, les autres mauvaises ; il ne peut songer à capter les premières si ce ne sont celles de Gochepies, situées dans le voisinage de l’aqueduc de la Yanne, dans le département de l’Yonne. La dépense sera de 8 millions environ, pour les 20,000 mètres cubes, quantité bien

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insuffisante pour satisfaire aux besoins actuels. Il faut qu’elle ait recours aux eaux de la Seine.

Le matériel de propreté est considérable, les désinfectants employés sont le chlorure de chaux, le sulfate de zinc et de fer, l’acide phénique et chlorhydrique, l’essence de mirbane.

Les désinfectants servent dans les jours chauds, ils arrêtent la décomposition des matières organiques qui proviennent des urinoirs, des versements défendus des résidus des boutiques, d’abbats et des autres produits qui, du jour au lendemain, se corrompent et laissent échapper de fortes mauvaises odeurs.

Les voies publiques sont pavées, macadamisées et bitumées, ce qui les rend imperméables, aussi l’écoulement des eaux se fait promptement, surtout lorsque de 50 mètres en 50 mètres elles trouvent une bouche qui les déversent dans l’égout ; mais si ces conditions manquent, les eaux deviennent stagnantes, se putréfient et sont un des agents qui procurent les odeurs nauséabondes dont se plaint la population.

Paris, sous ce rapport, laisse beaucoup à désirer ; 420 kilomètres d’égouts sont encore à construire, et partout où ils manquent, la salubrité publique est en défaut.

Le lavage, à grande eau, des voies et des trottoirs se pratique déjà dans quelques quartiers de Paris, il se fera partout d’une manière complète, lorsque l’eau sera plus abondante.

Nous ne verrons plus alors, après une sécheresse un peu prolongée, les chaussées couvertes d’une couche épaisse de poussière ; nous ne verrons plus, après une pluie, les voies envahies d’une quantité de boue qu’on ne peut débarrasser que la nuit; car le matin et le soir, on pourra effectuer des lavages abondants.

On pourra alors, l’eau circulant dans tous les égouts, pousser aux bouches les boues balayées et économiser un transport évalué aujourd’hui à plus de 80,C00 mètres cubes par an.

Les ordures solides, ordures ménagères, poussières, boues, neiges, crottins de la voie publique, cubent de \ ,200 à 1,500 mètres par jour, soit 1,350 X 365 = 492,757 mètres cubes ou par habitant et par jour 226 grammes.

Aujourd’hui, par suite du défaut d’eau, les sables fins, la boue mêlée aux crottins des chevaux apportent dans les égouts de grandes difficultés au curage, l’eau courante entraîne les matières légères, mais les sables se déposent et forment sur les radiers à faible pente des amas que les moyens ordinaires de chasse à

l’aide de wagons-vanne ne peuvent dissiper. Avec l’eau, ces chasses, répétées tous les jours, atténueront considérablement les difficultés, et procureront une grande économie ; enfin nos pavés et nos macadams apparaîtront à nos yeux comme une mosaïque dure et sonore.

Il faut bien en arriver là : à côté de la question d’assainissement, il y a celle non moins importante d’épargner les finances de la Ville : moins ou dépensera, plus la vie sera facile à Paris, plus la capitale deviendra prospère.

11 est curieux d’observer les modifications qu’a subies, depuis quarante ans, la valeur des boues. Aujourd’hui leur enlèvement constitue une charge très lourde pour la ville, alors qu’autrefois c’était une source de revenus. Jusqu’en 1857, Paris gagnait à faire enlever ses boues, les entrepreneurs étaient nombreux, car ces matières devenaient un engrais avantageux.

Peu à peu, à mesure que les égouts se développaient, que l’eau était amenée, les détritus s’appauvrissaient et leur valeur ne couvrait plus les frais de transport.

Les immondices d’une ville sont d’autant plus riches que l’infection y est plus complète : moins on balayera ses rues, moins on y jettera d’eau, plus le fumier en provenant sera recherché. Mais ces conditions avantageuses, au point de vue du bénifice à recueillir, sont désastreuses au point de vue de la salubrité.

Or, que veut-on? un hygiène parfait. En ce cas il faut se décider, à dépenser pour être propres, répandre l’eau à profusion dans nos rues, pour qu’aussitôt qu’elles se couvrent de boues ou de poussières, les immondices soient écoulées à l’égout, et de là conduites au canal d’irrigation de Paris à la mer.

Le balayage des rues de Paris date de loin ; par lettres patentes de 1285, il est prescrit aux habitants de tenir propre de tous immondices le devant de leurs habitations. Philippe le Hardi ordonne que ceux qui négligeront de nettoyer et réparer le pavé seront condamnés à trois livres d’amende.

Les règlements, les décrets, se suivent; les pouvoirs publics, en présence de la saleté de la ville, nous ont laissé des documents datés de 1348, 1399, 1569, 1563, 1608, 1639, dans lesquels les prévôts de Paris se préoccupent de l’assainissement des rues, tous laissant à la charge des habitants le soin de balayer devant leurs huis, et leur défendant de retenir dans leurs maisons les ordures, mais de les porter dans des paniers aux tombereaux d’enlèvement,

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au moment de leur passage; le tout sous peine d’amende de 6 livres.

Ces lois et ordonnances continuèrent à être appliquées jusqu’au règne de Louis-Philippe, et beaucoup de nous se rappellent le peu de propreté qui régnait alors dans nos rues.

En 1846, des compagnies se formèrent pour balayer au compte des riverains, mais plus tard l’administration préfectorale reconnaissait qu’en beaucoup d’endroits les immondices au lieu d’être enlevées s’amoncelaient, et, en 1874, elle décida que le balayage se ferait par ses agents; les dépenses seraient réclamées par voie de contributions aux propriétaires.

Les rues de Paris sont divisées en sept catégories suivant leur importance, et donnent lieu à la perception des taxes suivantes :

l re catégorie, par mètre et par an. 0,70

Une atténuation d’un quart ou de moitié est accordée aux propriétés closes de murs ou de grilles, de planches, de treillages ou baies.

La superficie balayée est de 14,500,000 mètres carrés, dont 8,000,000 au compte des propriétaires et 6,500,000 au compte de la Ville.

Tel est le service actuellement établi à Paris ; il entraîne à une redevance qui donne 3 millions environ de recettes annuelles.

Le balayage s’effectue le matin de 3 heures à 5 en été; de 4 à 7 en hiver ; les détritus sont enlevés aussitôt dans des voitures accompagnées de leur charretier et de dèux retrousseurs.

Pendant le restant de la journée, 3,000 ouvriers du nettoiement pourvoient aux balayages supplémentaires, au lavage des ruisseaux, des bancs et urinoirs, au nettoyage, à la désinfection et à l’arrosage des voies publiques.

balayeuse. —En dehors de cette armée de travailleurs fonctionnent d’autres balayeurs pour les halles et marchés ; ils sont au nombre de 190, plus les balayeuses mécaniques qui jouent un très grand rôle; leur agencement est simple, leur fonctionnement régulier, la machine s’emploie par tous les temps, aussi bien sur

les pavages que sur les empierrements et les aires asphaltées; elle remplace le travail de dix ouvriers.

On avait substitué depuis longtemps au balai de bouleau classique celui de piazzava, durant plus longtemps, faisant mieux et plus vite. La balayeuse Blot fonctionne d’une manière satisfaisante, elle est traînée par un cheval conduit par un homme placé sur un siège, elle occupe un peu plus d’espace sur la chaussée qu’une voiture ordinaire.

Le balai cylindrique et rotatif, placé obliquement derrière les roues, relève les boues et poussières et les disperse en cordon sur le côté de son parcours, de sorte qu’en faisant suivre la balayeuse d’une autre, on peut, en fort peu de temps, ramener toutes les ordures qui couvrent la chaussée dans le caniveau longeant le trottoir, où les cantonniers les poussent à la bouche d’égout ou les mettent en tas.

Avant l’invention des balayeuses mécaniques, le personnel était plus considérablë, il se recrutait en majeure partie dans la colonie allemande, que nous avons perdue à la suite des événements de 1870.

Depuis 1846, cette partie du service de l’assainissement de Paris n’a pas fait grand progrès. La raison en est simple, le travail a été, comme tous ceux de la Ville, réglementé et placé Sous les ordres d’ingénieurs qui n’ont, il faut le reconnaître, aucune prédisposition pour un pareil métier.

Au balai ordinaire, on a imaginé de substituer des machines et des engins qui font mieux, plus vite et à meilleur marché, mais qui, placées dans les mains des agents des ponts et chaussées, ne sont guère plus économiques.

Les études que j’ai faites., dit M. Blot, inventeur d’une des machines en usage, sur ces sortes d’appareils, m’ont amené à constater que tous ces essais ont échoué à cause du point de départ faux d’où on était parti.

En effet, on se proposait de balayer au moyen d’un chariot quelconque sur lequel était monté un balai, tantôt traînant, tantôt rotatif, que l’on abaissait sur la voie d’une' manière rigide.

Il en résultait que ce balai ne pouvait se prêter en aucune façon aux ondulations du terrain qui existent sensiblement, même sur les chaussées lès mieux entretenues. De là l’insuccès constant.

Les choses se sont maintenues dans cet état jusqu’à nos jours, où la première machine balayeuse pratique, a donné la véritable clé du balayage mécanique, remplaçant parfaitement la main de

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l’homme au moyen de son balai rotatif à oscillations libres et automatiques autour d’une suspension centrale qui, elle-même, oscille librement, ce qui lui permet d’épouser complètement toutes les ondulations du terrain.

Fig. 28. — La balayeuse mécanique.

Dans ce nouveau modèle, que nou& représentons, les roues porteuses sont très robustes ; elles ont une large jante, ce qui les met dans les meilleures conditions pour résister à leur rude service et en même temps leur permet de ménager les chaussées ; ce point est très important quand elles sont détrempées par la pluie.

Bien que d’une construction solide, eette balayeuse se distingue par sa légèreté et je dirai même par sa disposition relativement élégante pour ce genre d’appareil.

C’est une sorte de tilbury traîné par un cheval de moyenne force ; elle donne 37 kilog. seulement de traction en travail. Les roues porteuses sont munies d’un appareil particulier, permettant le graissage sans démontage, ce qui simplifie considérablement l’entretien de l’appareil.

Entre les deux roues porteuses, se trouve disposé le balai cylindrique oblique qui rejette la boue sur un des côtés de la machine en un seul sillon ; la figure ci-dessous représente en plan le détail de là transmission de mouvement de l’essieu A au rouleau R, au moyen d’une simple roue d’engrenage conique C, commandant un pignon c qui transmet le mouvement à l’axe du balai par l’intermédiaire d’un joint universel H. La roue C est montée folle sur l’essieu ; quant au pignon c , il est suspendu entre deux montants

en fer forgé LL' qui sont fixés sur l’essieu au moyen de deux colliers tels que E, de sorte que le pignon c peut rouler sur la grande roue G autour de l’essieu A. Pour opérer le balayage, le cocher peut, de son siège, abaisser le balai au moyen d’une vis mue par une manivelle placée à portée de sa main droite; il peut, par la manœuvre inverse, relever le balai pour cesser le travail ; la même

Fig. 24. — Plan.

manivelle lui permet de régler l’intensité du balayage. L’ensemble des dispositions particulières prises, tant pour la suspension élastique du balai par son centre, que parle système de rotules adaptées aux extrémités de l’axe du balai, permet à celui-ci d’être libre afin d’obéir automatiquement à toutes les ondulations du terrain ; en un mot, la machine est très souple. Un levier, placé sous la main du cochfer, à sa gauche, lui permet d’interrompre la rotation du balai quand le travail est terminé, en faisant mouvoir convenablement le manchon d’embrayage D. Entre les traverses du bâti se trouve un petit coffre, fermant à clé, dans lequel on place les divers objets nécessaires à l’entretien de la machine.

Sur les routes ou dans les villes possédant des rues larges on

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fait marcher les machines balayeuses par brigade de deux, quatre et plus, échelonnées à quelques mètres de distance, do manière à

ce que chacune d’elles rejette plus loin le sillon laissé par la précédente ; on produit d’un seul coup une bande balayée suffisamment large pour que les voitures s’y engagent d’elles-mêmes, et,

lorsqu’on revient pour balayer dans l’autre sens, on trouve la voie libre, ce qui facilite beaucoup l’opération, qui est représentée sur la gravure ci-dessus.

Dans ce cas, les machines doivent toujours être groupées par brigades agissant à la fois pour embrasser d’un seul coup la moitié delà voie publique ou même toute sa largeur, si les circonstances atmosphériques le permettent..

11 convient de faire marcher les machines suivant un itinéraire déterminé et continu, étudié de façon à. ne pas faire de chemin inutile ; dans les villes, les machines d’une même brigade travaillent ensemble sur les larges voies, puis se séparent pour balayer les voies étroites et se rencontrer plus loin pour travailler à nouveau réunies.

Finalement, la boue se trouve rejetée dans les ruisseaux, où elle est balayée et entraînée par l’eau vers les égouts.

Les machines de M. Blot ne font qu’une seule chose, le balayage, mais elles l’effectuent très bien, mieux que la main de l’homme et surtout plus rapidement ; voilà ce qui fait à la fois leur mérite et leur succès. En particulier, le modèle de la ville de Paris, qui présente les résultats les plus avantageux, produit une superficie parfaitement balayée de 6,000 mètres carrés en une heure : ce qui équivaut au travail de quinze vigoureux balayeurs, estimé à 400 mètres chacun dans le même temps.

La boue se balaye très bien à l’état plus ou moins liquide, la poussière se balaye également bien ; mais, pour éviter de la soulever en nuages, il convient d’opérer un arrosage préalable, un quart d’heure avant le passage des machines, de manière à ce que les détritus aient le temps de s’imprégner d’humidité.

Ces balayeuses fonctionnent indifféremment sous les climats et sur les sols les plus divers, sur les chaussées empierrées comme sur le pavé, et je ne saurais mieux faire, pour prouver l’importance de l’économie réalisée par leur .emploi, que de citer les chiffres suivants, publiés par l’administration communale de Bruxelles, dans son rapport annuel :

« Balayage mécanique : Balayage à bras :: 2,34 : 3,83, ou « Balayage mécanique : Balayage à bras : : 0.60 : I.

» Donc , le balayage mécanique donne , sur le balayage à bras , une » économie de 40 0/0 ou des 2/3. On a observé en effet que :

» 1° Pour balayer 33 kilomètres, lorsqu'il fait sec , il faut 60 hommes, » répartis en cinq brigades, et 120 hommes en hiver quand il y a beau- » coup de boue.

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» Or, 60 balayeurs à 2 fr. 25, balais compris = 135 francs,

» et : *$£-= 3 fr. 85 le kilomètre.

» 2° Pour balayer 35 kilomètres, au moyen des machines , il faut :

4 chevaux à 6 fr. = 24 fr.

4 charretiers à3fr . = 12

12 balayeurs retrousssours à 2 fr. = 24

Usure de 40 heures de balais à 0 fr. 35. = 14

Entretien et amortissement 2 fr. = 8

Total. 82 fr.

» et §§ 2,34 le kilomètre.

Ce rapport est le résumé du travail des quatre premières machines pendant une année.

Actuellement la ville de Bruxelles en possède seize.

Le service du balayage des rues de Paris est incontestablement parfait dans certains quartiers, et le jour où tous les égouts seront construits, où tous les 50 mètres les détritus y seront jetés, aucune odeur ne pourra plus se manifester ; la voie publique sera saine et salubre.

Les 165,000 mètres cubes d’eau déversés pour tous les services actuellement ne sont pas suffisants ; il faudrait, pour bien faire, 4 mc ,50 par hectare et par vingt-quatre heures pour le balayage ; or, Paris ayant 10,800,000 mètres carrés de rues, places, etc., la quantité devrait être de 70,200 mètres cubes, de laquelle il y a lieu de décompter l’eau fournie par la pluie, par les bornes-fontaines, par les arrosages, alors on pourrait dans les grandes chaleurs, dans les temps de neige, laver les chaussées à grandes eaux et utiliser le maximum d’effet utile des balayeuses mécaniques.

Nous disions que l’administration avait été obligée de reprendre des mains de l’industrie privée le balayage des rues, parce que les entrepreneurs faisaient ce travail hors de propos; les conditions aujourd’hui ne sont plus les mêmes, les immondices, avec de l’eau, étant menées à l’égout, il ne doit plus y avoir dans les rues de tas de boue, à moins qu’on ne balaye pas : la ville peut donc donner, sans s’inquiéter de la valeur des immondices, qui nejoue plus aucun rôle, le balayage à l’adjudication, en divisant ce travail par quartier.

Ici, comme ailleurs, il est temps pour les administrateurs d’une grande cité comme Paris de ne pas vouloir tout faire, même de tenir propre le devant de nos demeures, leur rôle doit se borner

à une surveillance, et qu’ils laissent à plus humble le gros ouvrage.

Enlèvement «les ordures. — L’enlèvement des ordures ménagères, de celles des halles et des marchés se fait au moyen des charrettes; le service comporte 520 charretiers et 980 chevaux, il enlève 1,700 mètres cubes de matières, qui sont conduites dans les environs de Paris et sur le dépôt desquelles nous reviendrons lorsque nous traiterons la Voirie.

Cet enlèvement des immondices rejetées de nos habitations et des marchés constitue, pour la santé publique, de graves inconvénients.

On a voulu y parer en forçant les habitants à n’apporter leurs ordures ménagères qu’au moment du passage des tombereaux ; mais on s’est bientôt aperçu que les miasmes qu’elles dégageaient empoisonnaient l’intérieur des maisons.

Dans l’état actuel, 15,000 maisons environ sont directement branchées à l’égout et y déversent toutes leurs immondices ; 20,000 autres sont situées dans des conditions permettant l’établissement d’un branchement immédiat. Il reste donc un total de 40,000 maisons qui n’ont pas la possibilité de s'unir à l’égout, et qui sont pourvues d’une fosse dite étanche.

Par une coïncidence fâcheuse, les 40,000 immeubles aussi désavantageusement partagés sont tous situés dans les quartiers excentriques, c’est-à-dire là où vitune population laborieuse, active, pour laquelle les jouissances du luxe ou du confort sont inaccessibles, et qui, en échange de cette privation, devrait avoir la possibilité cle respirer un air pur et salubre comme celui qui circule dans les quartiers neufs de Paris.

Des essais ont été faits pour substituer au mode d’arrosement actuel des produits chimiques qui auraient eu l’avantage, en absorbant l’eau de l’atmosphère, de constituer une poussière humide tenant lieu de cette opération ; ces essais n’ont pas réussi ; mais à quelque chose malheur est bon : M. l’ingénieur d’Ussel est parvenu, au moyen du chlorure de sodium, à débarrasser les rues lorsqu’elles sont encombrées par les neiges.

Si l’on mêle 1 partie de sel avec 2 parties de neige, on forme un mélange réfrigérant qui marque— 21°. Ce mélange est boueux et ne se solidifiera que si la température atteignait elle-même 2l °- — Dans ces conditions, à l’aide des balayeuses mécaniques, on l’évacue sans peine aux bouches d’égouls.

L\ RUE

Le répandagedu sel s’effectue au moyen d’une brouette; d’après les essais de M. d’Ussel, une couche de neige de 0 m ,04 à 0 m ,05 d’épaisseur est fondue au moyen de 200 grammes de sel par mètre carré. En admettant cette prévision, chaque fois qu’il neigera à Paris 0 m ,04 de neige, le chlorure de sodium ne coûtant que 3 francs les 107 kilos, la salaison des voiespubliques n’exigera qu’une dépense de 0 fr., 087 par mètre; or, Paris ayant it millions environ de mètres carrés en rues et places, ce sera une dépense de 770 francs pour chaque jour de neige. Cette dépense est bien insignifiante si on la compare avec celle actuelle, qui exige le concours de milliers de bras armés de pelles, de pics, etc., chargeant de nombreux tombereaux portant les immondices au fleuve et produisant un travail réel pour ainsi dire nul.

i<es chiffonniers. —Les ordures provenant des maisons devaient, d’après M. Haussmann, être rendues à l’égout, envoyées par une trappe se trouvant dans la cour et en communication directe avec ces émissaires; il devait en être de même pour les détritus des marchés, comme il en est pour le petit balayage et ainsi rendre la solution de cette question complète.

Mais on s’est apitoyé sur le sort des chiffonniers ; des manifestations bruyantes se sont produites et l’administration jugea prudent de laisser infecter les rues de la ville pendant toute une partie de la nuit pour assurer à ces industriels leur métier.

Un des arguments qui eut grande valeur sur l’entourage de l’Empereur, fut que les chiffonniers étaient un élément précieux pour la sécurité des rues pendant la nuit. Dispersés un peu partout, munis d’une lanterne, que de vols et de crimes ils empêchaient ! disait-on.

L’industrie du chiffonnage a une très grande importance, son personnel comporte 7,000 individus médaillés par la préfecture de police et au moins autant de chiffonniers non reconnus.

On peut évaluer de 14 à 15,000 le nombre d’hommes, femmes et enfants qui vivent de cette industrie. Le produit moyen par tête est de 1 fr. 50. C’est 20,000 francs par jour, ce sont 7 à 8 millions par an ; nous reconnaissons qu’il serait fâcheux, si le tout à l'égout devait faire perdre à l’industrie 8 millions de francs par an ; mais il n’en serait rien, les os, les papiers, les chiffons se retrouveraient dans le canal d’irrigation de là Seine, faisant suite aux collecteurs ; ces produits seraient recueillis facilement, et ils fourniraient une annexe à une industrie qui existe déjà, celle des écumeurs de la Seine .

Ges industriels sont autorisés à exercer leur métier lorsqu’ils ont été déclarés adjudicataires, en vertu d’un marché consenti par la préfecture de la Seine, pour recueillir, pour leur compte, les détritus que le fleuve charrie. Ces objets sont :

Les bouchons, qui donnent des profits satisfaisants ries uns retravaillés resservent, les autres sont utilisés chez les marchands de. noir de fumée.

Les poils, crins, cheveux, chiffons, etc., portés chez les marchands d’engrais.

Les cadavres de chiens, chats, etc., conduits au fabricant de graisse, qui reçoit également les os, les graisses, et bien d’autres matières innommées.

L’écumeur de la Seine a remplacé les filets de Saint-Cloud, il écume sur tous les points où le courant porte les détritus ; son intérêt est d’être vigilant; il est bien rare que quelques objets flottants puissent se dérober à ses regards ; aussi est-il le meilleur auxiliaire des préposés de la justice qui ont chaque jour à rechercher les épaves des suicides et des crimes.

Nous n’aurions dû présenter ces quelques observations qu’au chapitre des Établissemen,ts insalubres, mais puisque nous parlons chiffons-etautres détritus provenantdenos maisons, terminons-en avec les chiffonniers.

Garder les chiffonniers, c’est continuer à rendre nos rues infectes pendant les heures du matin, c’est, à chaque coup de crochet remuant un tas, amener des odeurs malfaisantes et contraires à la salubrité.

Nous dirons avec M. Haussmann : si la mesure était prise, celle du tout à l’égout, on ne rencontrerait plus les tombereaux s’arrêtant à chaque pas dans la rue, répandant sur leur route des débris sans nom exhalant des odeurs révoltantes.

Les chiffons répandent de mauvaises odeurs, occasionnent des poussières nuisibles, ils se composent en outre des vieux papiers, de ferraille, de verres cassés, de vieux cuirs, de peaux de lapin, etc.

Tous-ces objets sont portés aux dépôts où s’opèrent les triagos ; Là, ils deviennent le lieu de délices des insectes de toute nature et des rats qui y établissent leur demeure..., à ce titre, il sont un fléau pour les voisins.

Il y a de petits dépôts, généralement situés dans les campements des chiffonniers, aux abords des fortifications, et dans un milieu qui s’en accommode : il y en a de grands qui ont pignon sur rue et qui sont installés dans les quartiers excentriques.

LA RUE

Le plus important de tous ces réceptacles emploie cent personnes par jour au triage ; le local est aéré et construit tout en fer ; de vastes magasins existent et chacun d’eux renferme le tri soigné des éléments primitifs constituant l’industrie du chiffon, de telle sorte que l’acheteur trouve, au premier coup d’œil, ce qu’il cherche. Il y a chiffons et chiffons : il y a le bourgeois, il y aussi le démoc; le premier se compose des linges à étoffes plus ou moins propres, l’autre des résidus de toute sorte.

L<es vidanges. — Une industrie qui ne sera plus avant peu qu’un souvenir, c’est celle du vidangeur. Toutes les immondices allant à l’égout, nous ne verrons plus les lourdes voitures nauséabondes qui empoisonnent la nuit et le jour les rues et les maisons de Paris.

Nous avons traité cette question in extenso , dans notre livre sur l'assainissement, Baudry, éditeur, et pour ceux qui n’en ont pas connaissance nous répéterons :— La pompe à bras, dont l’emploi remonte à 1818, est encore adoptée h Paris par la plupart des entrepreneurs. Cette pompe est à double effet et à soufflets en cuir, qui se crèvent souvent. — La pompe Keizer, employée depuis peu de temps, est un progrès et offre l’avantage de laisser passer toutes sortes de matières solides sans être arrêtées dans leur parcours; les clapets en caoutchouc ayant la forme d’une mâchoire et embrassant le corps du cylindre.

— En envoyant les matières au moyen d’une pompe quelconque dans une tonne, on déplace l’air emprisonné dans cette tonne, lequel, mélangé avec tous les gaz méphitiques de la vidange, sent aussi mauvais que les gaz de la fosse elle-même. C’est pourquoi dans beaucoup de villes oblige-t-on les entrepreneurs de brûler les gaz ou de les désinfecter par un procédé quelconque. Le brûlage des gaz au-dessous d’un foyer à coke est imparfait ; si le fourneau est allumé d’un seul côté, les gaz passent de l’autre côté intacts sans être brûlés. Et puis, est-il certain que tous ces gaz méphitiques soient décomposables â haute température?

Une ordonnance de police prescrit également de désinfecter préalablement les fosses par un agent chimique. Mais aucune substance ne détruit complètement les gaz nauséabonds et ne peut êLre, dans tous les cas, mêlée assez intimement et brassée dans la fosse pour avoir un mélange parfait. Le sulfate de fer, et le saintluc ou chlorure de zinc, et le sulfate de zinc sont le plus fréquemment employés. Us décomposent les carbonate et sulfhydrate

d’ammoniaque en sulfate ou en chlorure solubles et non volatils, qui deviennent un obstacle pour la fabrication ultérieure du sulfate d’ammoniaque.

Les fosses d’aisances ont été désinfectées par des substances chimiques dès 1849 ; cette mesure, due à l’initiative du préfet de police d’alors, M. Carlier, fut complétée en 1850 par l’écoulement des liquides à l’égout.

Mais, en 1858, les mesures prises au point de vue de l’hygiène furent rapportées, et on fît bien.

Il en est tout autrement de jeter à l’égout les vidanges diluées ou non, en une seule fois, c’est-à-dire en opérant sur 3 ou 4 mètres cubes, ou d’écouler cette quantité en plusieurs fois, au fur et à mesure de sa production.

Dans le premier cas, les matières en fermentation dégagent de nombreuses vapeurs, alors que dans le second cas, arrivant dans la fosse par petite quantité, à l’état vierge, c’est-à-dire sans être décomposées, sans être accompagnées de gaz et des myriades de mouches que nous avons signalées, elles ne produisent aucune émanation.

On pourrait, il est vrai, en revenant aux moyens indiqués par M. Carlier, en les appliquant mieux que cela n’a été fait, arrêter dans les fosses la fermentation et la production des gaz méphitiques. Mais pourquoi, se demandera-t-on, cela ne se fait-il pas ? La raison en est simple : les entrepreneurs de vidange ont tout intérêt à ne pas mettre ces mesures en pratique, d’abord à cause de la dépense qu’occasionne l’emploi des réactifs, ensuite parce que les pertes d’ammoniaque que la désinfection entraîne pour le fabricant de produits chimiques, par suite de la transformation des combinaisons volatiles en sels fixes, détruit la richesse des produits.

Et puis encore :

Il faut, au bas mot, vingt-quatre heures pour que les agents chimiques employés fassent leur œuvre de désinfection.

Cette lenteur dans l’opération oblige les vidangeurs à revenir deux fois consécutives pour la vidange d’une même fosse, ce qui coûte beaucoup ; de plus le Parisien en a bien assez d’avoir les vidangeurs pendant une nuit.

Arrosage. — Le 20 juin 1851, une ordonnance de police a rendu obligatoire pour les riverains l 'arrosement, pendant les chaleurs,

LA KUE.

au moins une fois par jour, de onze heures du malin à deux heures, de la voie publique au-devanl de leurs maisons.

Cette excellente mesure est difficile à exécuter, il n’y a que les propriétaires des maisons pourvues d’eau qui arrosent, on ne peut raisonnablement en demander à ceux qui n’en ont pas, non plus qu’au porteur d’eau, qui en fait commerce.

Paris, ville de luxe par excellence, doit être arrosée, en présence de l’empierrement de ses principales artères, de ses promenades publiques ; aussi l’administration se trouve obligée d’intervenir dans l’arrosage.

L’arrosage des rues d’une ville a cela de précieux, qu’il est le seul palliatif pour combattre les effets des poussières.

Une grande ville, comme Paris, en offre de toutes espèces : les unes lui viennent par les cheminées, les autres par l’écrasement de ses pavés, de son macadam; d’autres enfin par les émanations, des fabriques qui l’entourent.

L’eau lancée en pression donne les mêmes effets que la pluie et devient le véhicule le plus énergique pour combattre les effets de ces exhalations malheureuses.

L’arrosement a lieu au tonneau, à la lance, ce dernier mode est simple et économique ; à la borne-fontaine, où sur des bouches spéciales s’adaptent des tuyaux en cuir surmontés d’une lance qui, manœuvrée par un cantonnier, arrose 20,000 mètres carrés en une demi-heure.

L’arrosage public coûte à la ville de Paris 450,000 francs par an ; il est insuffisant, car il ne dessert aujourd’hui convenablement, que le Bois de Boulogne, les grands boulevards, nos grandes artères ; mais là où la conduite d’eau manque, dans les arrondissements industriels et ouvriers, il n’existe que de nom.

L’eau, pour un arrosement satisfaisant, manque donc à Paris ; il faut arroser en toute saison les voies empierrées, pour les construire ou pour les réparer ; il faut de l’eau pour l’enlèvement des boues, il en .faut également, en temps de brouillard pour empêcher la destruction des chaussées par les roues de voitures.

Nous disons : l’arrosage n’existe que de nom ; en effet, pour introduire dans les rues de Paris une légère humidité, pendant la saison chaude, il est reconnu qu’il faut arroser au moins six fois par jour les mêmes surfaces, et que ce service doit durer du 15 mai au 15 octobre.

Nous savons encore qu’un arrosement parfait comme celui de

nos promenades publiques, de nos grands boulevards, pour qu’il n’entraîne pas à de trop grandes dépenses, ne peut être obtenu que par le système de la lance.

M. l’ingénieur Darcel a substitué ce système à Paris partout où il l’a pu, il l’a employé d’abord au Bois de Boulogne où il existe, aujourd’hui il fonctionne avec succès sur des voies moins larges, mais plus fréquentées ; et, lorsque toutes les bouches d’eau seront créées, on pourra arroser avec ce système économique et pratique non seulement les places et les quais, mais les rues même peu importantes.

Fig. 26. — Tonneau d’arrosage.

Dans les conditions actuelles de distribution d’eau, on n’arrose à Paris que 135 fois par an, pendant 135 jours généralement compris entre le 15 avril et le 30 septembre ; on compte 100 jours à double service d’arrosement, matin et soir, et 125 jours à simple service. Des expériences ont démontré que la dépense d’eau pour l’arrosage, en dehors bien entendu des besoins du service du nettoiement, était d’un litre par mètre carré, soit pour 6 services, 6 litres ; que les prises d’eau pour les tonneaux d’arrosage doivent être placées à 500 mètres de distance au plus lés unes des autres ; aussi toute ville qui veut être convenablement arrosée doit tenir compte de ces diverses sujétions, afin d’atténuer les dépenses de transport, car si les distances entre les prises d’eau sont trop considérables, le service devient onéreux ou nécessite de laisser des lacunes dans l’arrosage de la voie publique. .

Le tonneau d’arrosage que fournit à la ville de Paris M. Blot, l’habile constructeur de la balayeuse, le fournisseur attitré de toutes nos grandes villes françaises et étrangères, dont figure ici le

LA. RUE

dessin, est le modèle le plus perfectionné adopté en dernier lieu par la ville de Paris. Le réservoir est en tôle, à caisse plate avec châssis en fer, le tout monté sur ressorts ; la contenance du réservoir à eau est de 1,300 litres, sa disposition et sa forme assurent un arrosage plus régulier que celui des anciens tonneaux ; en outre, sa contenance étant plus considérable, il fait aussi plus de travail.

Le conducteur peut, de son siège, produire ou arrêter instantanément l’arrosage, soit au pas, soit au trot du cheval, suivant le débit d’eau que l’on veut atteindre. La largeur de la bande arrosée est d’environ 6 mètres.

La légèreté et la suspension élastique de ce véhicule permettent de le conduire à bras en cas d’incendie ; il est nécessaire alors de placer à l’arrière un robinet de prise d’eau. Enfin, un trou d’homme est disposé pour en opérer la visite et repeindre l’intérieur lorsqu’il y a lieu.

Le prix de cet appareil d’arrosage est de 1,000 francs, à Paris.

Houciies d’incendie. — Les bouches d’arrosage doivent servir à deux fins : placées à 500 mètres l’une de l’autre, elles reçoivent pour les cas d’incendie le tuyau de la pompe, ou un tuyau qui amène l’eaujusqu’au faîte des maisons.

Ordinairement les raccords des pompes ont0 m ,06 de diamètre, les tuyaux de conduite s’assemblent bout à bout, ils ont 15 mètres de longueur et sont fabriqués de couches alternatives de toile et de caoutchouc, ils pèsent 2 k ,500 par mètre.

Chaque compagnie de pompiers doit posséder 30 longueurs de tuyaux ou 450 mètres, longueur nécessaire pour relier la pompe avec une des prises qui lui fournit l’eau en abondance, sous une pression moyenne à Paris de 30 mètres, et la conduire sur un immeuble en feu qui se trouverait dans cet espace de 500 mètres.

Dans cette longueur de 500 mètres, les deux bouches des extrémités se trouvent armées de deux pompes à incendie. Mais le rapprochement des bouches d’eau permettrait d’alimenter un plus grand nombre de pompes. Il est rare que cette distance soit réduite; comme nous le verrons, si elle suffit pour satisfaire aux principales exigences, elle est quelquefois trop réduite, aussi on augmente les ressources à l’aide des bornes-fontaines.

La ville de Paris s’occupe d’organiser le service d’approvisionnement d’eau, ce qui est facile là où les conduites existent, mais il est impossible de réaliser cette amélioration dans les quartiers où la canalisation fait défaut ou bien est insuffisante.

Tant que cet état de chose s durera, il faut s’attendre à des catastrophes ; Dieu veuille qu’elles n’atteignent pas les proportions de celles de Hambourg, Boston et de tant d’autres villes !

On pourrait, faute d’eau, organiser des services d’extinction dans les quartiers déshérités, mais il ne faut pas fonder grand espoir sur l’emploi des moyens chimiques : soufre, acide carbonique, etc. ; les innovateurs de ce système éteignent, aux acclamations du public, des incendies préparés, coordonnés d’avance; le feu mis, le produit chimique tout prêt, on assiste à une expérience de laboratoire.

Un incendie est un accident fortuit, il faut compter sur toutes les difficultés, il faut pénétrer, pour le combattre, dans des caves, dans des réduits, et le sapeur, la lance aux poings, est seul capable de combattre le fléau.

Que Paris n’oublie pas que New-York ne trouve pas suffisant à ses besoins les 939,097 mètres cubes d’eau qu’il reçoit chaque jour; qu’il songe à porter cette quantité à plus de 13 millions de mètres cubes, ne voulant pas subir, un jour ou l’autre, le sort de la ville de Boston qui, comme Paris, ne pouvait se décider à rien conclure, faisait la sourde oreille à toutes les propositions, et qui dans un seul incendie vit le feu dans 770 maisons recouvrant une superficie de 26 hectares et représentant une valeur de 375 millions de francs.

Ce serait sortir du rôle de notre livre que de nous étendre davantage sur le service d’incendies de la ville de Paris ; dans le régiment des sapeurs-pompiers, les hommes ne manquent pas, ils sont admirables de dévouement et de courage, ils possèdent des machines, des ustensiles, des engins de toutes sortes, et la Ville cherche, sous la direction du colonel Paris, à l’instar de ce qui se pratique dans les grandes villes américaines, à améliorer encore ce service. Que reste-t-il à réclamer? de l’eau. —Alors Paris se trouvera à l’abri de ces grands incendies dont aucune prévision humaine ne peut sauvegarder les agglomérations d’habitants qui n’ont rien préparé à l’avance pour les combattre.

lies fontaines. — Les écoulements publics d’eau à Paris se composent ainsi qu’il suit :

Les fontaines banales , à l’usage de tous, les porteurs d’eau exceptés.

Ces fontaines banales doivent recevoir une tubulure permettant d’y raccorder, en cas d’incendie, les conduites des pompes, et

LA RUE

supprimant les chaînes vivantes de travailleurs, se passant de mains en mains un seau d’eau cherché quelquefois bien loin et qui est toujours insuffisant, pour arrêter les progrès du feu.

Les bornes-fontaines , où le puisage est gratuit, mais réservé exclusivement aux usages domestiques; elles sont les plus usitées, parmi les appareils d’écoulement employés dans les distributions d’eau pour le nettoyage de la voie publique.

M. David, sur les conseils et les indications de M. Belgrand, a

pensé à en faire, tout en leur réservant les usages en vue desquels elles ont été créées, des appareils filtrants.

Nous en donnons ci-dessus le dessin, bien connu de tous les Parisiens.

La borne-fontaine est le plus usité des appareils d’écoulement employés dans les distributions d’eau. Appliquée au service de la voie publique ou à celui de l’intérieur des maisons, elle doit fournir un important débit nécessité par l’arrosage des rues ou le lavage des cours, tout en satisfaisant aux besoins de puisage de la population.

La nouvelle borne-fontaine filtrante ci-dessus est destinée à répondre à ces diverses exigences.

Adoptés par la commission des eaux de l’Exposition universelle de 1878 pour le seivice public, trente de ces appareils furent placés dans les différents parcs (14 au Trocadéro, 12 au Ghamp-de- Mars, 4 aux invalides), et donnèrent les résultats les plus satisfaisants.

Le modèle adopté se compose de deux parties distinctes :

1° Une carcasse en fonte, ayant à peu près la forme des bornesfontaines les plus usitées, à laquelle vient s’adjoindre un souillard avec grille où se place le récipient de puisage. — Dans la partie antérieure, formant porte mobile, sont ménagées des ouvertures correspondant aux tubulures et robinets du filtre.

2° Un filtre en fonte très résistant, ayant une forme ellipsoconique, disposition assurant l’étanchéité des matières filtrantes comprimées contre les parois de l’appareil.

Ce filtre se compose de deux pièces principales : une cuve et un couvercle réliés par des boulons.

11 se place sur un support venu de fonte faisant partie de la carcasse et est maintenu à sa partie supérieure par une tringle mobile.

Le filtre, que l’eau traverse par ascension, est divisé en trois parties.

La première, où arrive l’eau à filtrer, est munie d’une tubulure à base hexagonale, dans laquelle est matée une pièce en cuivre, taraudée au pas de la Ville , afin de permettre son raccord à une lance d’arrosage ou à une conduite d’incendie.

La seconde est remplie par les diverses couches filtrantes, comprimées et maintenues entre deux grilles recouvertes de toiles métalliques.

La troisième sert de chambre d’eau clarifiée dont l’écoulement,

LA RUE

le filtrage étant instantané, se fait au fur et à mesure de la manœuvre du robinet de service à repoussoir correspondant à la tubulure supérieure du filtre.

Le filtre porte à sa partie inférieure une tubulure à bride sur laquelle s’adapte un robinet raccordé à la conduite d’arrivée de l’eau.

La manœuvre de ce robinet qui est à trois, eaux, et auquel on accède par une ouverture ménagée dans la carcasse de la borne, permet la suppression de la bouche à clef pour l’arrêt des eaux, et d’autre part le lavage des trottoirs par l’orifice de décharge.

Les matières en suspension, étant retenues dans la chambre inférieure du filtre, s’en trouvent expulsées par l’usage fréquent de la bouche d’arrosage, et, par cela même, l’engorgement du filtre est retardé.

La disposition de l’appareil permet de l’entourer de matières le protégeant contre la gelée.

Le démontage, le nettoyage et le remontage de l’appareil peuvent être exécutés en très peu de temps sans ouvriers spéciaux.

Les fontaines marchandes. — Le filtrage de l’eau de Seine date de 1838: il fonctionne dans 13 fontaines publiques dites marchandes.

Tout le monde peut avoir de l’eau clarifiée au prix modique de deux centimes la voie de vingt litres..11 y est fait des distributions gratuites, à Vécuelle.

Plus tard, le progrès marchant toujours, l’eau de la Seine, à son tour, prise purement et simplement dans le courant et surtout sur les bords fangeux du fleuve, ne parut plus digne des Parisiens. On interdit le puisage direct par les porteurs d’eaü à la bretelle; on imagina toutes sortes de moyens de clarification et de purification, on multiplia les réservoirs, afin que l’eau pût déposer son limon avant d’être livrée à la consommation ; enfin on eut recours au filtrage public et aux améliorations dont il a été question plus haut.

Nous donnons à nos lecteurs la gravure de la fontaine marchande du carré Saint-Martin.

Cette fontaine se divise en quatre parties. Le réservoir R reçoit l’eau filtrée par le tuyau G, un trop-plein H déverse l’eau en cas de besoin dans les conduits d’amenée A et B.

Des tubes J, J servent aux porteurs d’eau. Dans ce premier réservoir l’eau se clarifie par le repos. Par son poids elle est forcée de se filtrer par ascension, d’abord il travers du charbon, ensuite à travers le filtre David^F.

Les fontaines à repoussoir. — Un réservoir antérieur avec un robinet flotteur les alimente. Leur service leur permet mo-

Fontaine marchando du carré Saint-Martin.

mentanément et accidentellement un débit considérable. Le robinet flotteur ferme l’arrivée des eaux, lorsque, le réser-

Enfin, le charbonnier ou vendeur d'eau possède chez lui de petits réservoirs; il filtre l’eau qu’il achète à la fontaine marchande et fait le commerce de détail en la portant dans les appartements de ses clients.

Fontaines Wallace. — Don gracieux du seigneur anglais le plus populaire de Paris, qui a voulu offrir, dans une vasque fort élégante, un verre d’eau aux déshérités et aux désaltérés.

La jurisprudence de la bonne ville de Paris est, de temps immémorial, de fournir l’eau pour rien. Chacun a le droit de se désaltérer gratuitement aux fontaines, aux bornes, aux maisons de vente. Seuls paient ceux qui en trafiqueront ou qui la recevront chez eux.

Tout à l’égout. — La rue à Paris est relativement propre, si on la compare à celles d’autres villes. L’administration depuis 1846 s’est continuellement préoccupée d’apporter des améliorations.

Si on fait la récapitulation des frais du nettoyage, Paris dépense cinq millions de francs, sans compter bien entendu le prix du mètre cube d’eau qui a servi au lavage et à l’arrosement.

Les dépenses s’accroîtront, mais dans une proportion fort réduite, le balayage du devant des maisons continuera à être payé par le propriétaire ; les frais d’enlèvement des ordures s’élimineront par le rejet à l’égout; le travail se faisant à grandes eaux, pourra être dévolu partout à la balayeuse mécanique.

M. Belgrand fut un des premiers promoteurs de la devise : Tout à l'égout. En effet, on ne peut concevoir d’autre solution plus pratique : le Paris souterrain doit recevoir les déjections du Paris vivant; il les recueille, déjà en partie, tout ce qui provient du balayage proprement dit y est projeté, il n’y a plus que 1,700 mètres cubes par jour qui attendent le mêmeprocédé d’enlèvement.

Certains ne voient aucun inconvénient à l’adoption de cette mesure; ils disent, avec raison, que 1,700 mètres cubes de produits ajoutés aux 500,000 mètres cubes que charriront les égouts de la capitale, est une quantité relativement insignifiante qui ne doit amener aucune aggravation dans l’état actuel : un peu plus, un peu moins d’ordures ne saurait influer sur la dépense.

Y aurait-il cependant dans l’application quelques empêchements? Les bouches d’égout seraient-elles trop petites? Enfin les matières ne trouveraient-elles pas des moyens d’écoulement suffisants?

LA RUE

Les bouches d’égout, partout où elles existent, sont assez larges pour recevoir les déjections des maisons qui les avoisinent; elles sont généralement nombreuses et, quoique irrégulièrement espacées, elles sont assez rapprochées les unes des autres pour permettre de répartir sur un très grand nombre de points la projection en égout, et éviter toute obstruction que ne manquerait certainement pas de produire l’apport des détritus à un nombre restreint de bouches.

Cette première préoccupation se trouve donc écartée par une sage distribution des matières sur toute l’étendue du réseau des égouts.

Reste la question de l’écoulement.

Les détritus jetés dans les égouts ont des densités différentes : les uns flottent sur les eaux et arriveront sans difficulté aux limites de leur course, c’est le grand nombre ; les autres plus lourds, tels sont notamment les sables provenant du nettoyage des chaussées, se précipitent au fond de l’eau, s’y déposent et forment des bancs qui, si on les laissait se constituer tranquillement, ne tarderaient pas à entraver la circulation des eaux ; mais les égoutiers connaissent les endroits où les dépôts se forment le plus rapidement, et au moyen de wagons-vannes ou d’autres engins ils les chassent jusqu’à destination.

JLes conduites de gaz. — Les conduites de gaz sont le sujet, dans toutes les villes, de phénomènes d’infection que leurs remaniements occasionnent. Le sol de Paris est aujourd’hui saturé de produits ammoniacaux, dont il est impossible de garantir notre odorat et la vie de nos plantations.

On n’a pas trouvé de solution pratique pour combattre ce fléau ; les uns ont proposé de placer les tuyaux au-dessus des maisons ; il est vrai que le sol serait affranchi, mais en cas d’incendie ce serait vouer Paris à la destruction.

D’autres croient qu’en plaçant les tuyaux de gaz dans les égouts, comme on le fait pour les conduites d’eau, on éviterait cet ordre de chose barbare. Le peut-on? Les ingénieurs sont bien partagés, la plupart repoussent la mesure comme pouvant devenir une cause d’explosion. L’expérience a été faite, malheureusement elle n’a pas été poursuivie, et on n’a pu répondre sur la réalité de ces craintes, sur la possibilité de reconnaître facilement les fuites, de les prévenir, sur la nature des joints à employer, sur le mode des branchements à adopter.

Le premier essai d’éclairage public par le gaz dans la capitale remonte à l’année 1817, et c’est aux commerçants du passage des Panoramas que revient l’honneur d’en avoir provoqué l’initiative. Le passage des Panoramas est, en effet, la première voie de Paris qui fut éclairée au gaz.

Le succès obtenu par cette tentative excita l’amour-propre des commerçants du Palais-Royal qui sollicitèrent à leur tour l’autorisation d’employer le nouvel éclairage ; toutefois la masse du public se montrait récalcitrante, et ce n’est que lentement, bien lentement, que de nouveaux et timides essais eurent lieu successivement l’année suivante au palais du Luxembourg et sous le pourtour du théâtre de l’Odéon.

En 1819, le gaz fit son apparition dans le faubourg Saint-Germain, où' il remplaça les anciens réverbères. Enfin, cette même année le vit entrer en maître à l’Opéra, malgré les terreurs et les réclamations des habitués qui, en prévision d’une lumière trop éclatante du nouveau lustre, avaient exigé l’adaptation d’un store à chaque loge du premier et du second étage. La représentation eut lieu, et la nouvelle lumière incommoda si peu les spectateurs' des loges que pas un ne songea à se servir des fameux stores qui ne .tardèrent pas d’ailleurs à être enlevés.

A partir de ce moment l’usage du gaz se répandit vite, et aujourd’hui il n’est plus une seule rue de Paris et de l’ancienne banlieue où le gaz n’ait fini par pénétrer.

Des quelques becs qui’ éclairaient à l’origine les passages des Panoramas et le jardin du Palais-Royal, nous sommes arrivés insensiblement au nombre suivant des appareils publics :

Dans Paris.. 41,921

Dans la banlieue.... 7,233

Ensemble. 49,154

Enfin on estime que les appareils particuliers valent plus de cent millions de francs.

Quant aux travaux de la canalisation elle se répartit ainsi :

Ville de Paris. 1,303,987

Banlieue. 560,220

Total. 1,864,207

Les colonnes montantes comportent 14,415 branchements pour desservir 11,819 maisons, ce qui donne 1 conduit 2 dixièmes par immeuble.

LA. HUE

L’allumage et l’entretien des lanternes à gaz emploient, pour Paris, huit cents hommes environ, répartis par quartiers et par rues. Ces hommes sont chargés, en outre, de l’entretien et du nettoyage des lanternes.

Pour les voies ordinaires, le travail de chacun d’eux se borne à allumer le soir, à l’heure fixée, les becs faisant partie de son service, et à les éteindre le matin. Pour certaines voies spéciales, comme les grands boulevards, quelques avenues, le quartier de la Muette à Passy, etc., etc., où l’éclairage est plus puissant et les lanternes plus rapprochées, l’homme est tenu à une ronde supplémentaire à minuit, heure à laquelle il éteint alors un bec sur deux.

Il n’y a pas bien longtemps encore il était d’usage, les soirs de lune, de n’allumer qu’une partie des lanternes des voies publiques de Paris. Cet usage, qui avait, entre autres inconvénients, celui de plonger les rues dans une demi-obscurité, lorsque le ciel était couvert et que la lune ne donnait pas, est complètement abandonné aujourd’hui.

L’heure de l’allumage et de l’extinction des lanternes à gaz varie suivant la saison. Cette heure avance ou retarde de cinq minutes, en moyenne, tous les cinq jours. La période pendant laquelle on allume de plus en plus tôt commence le 11 juillet (8 h. 55 soir) et finit le 17 décembre (4 h. 40 soir), la période pendant laquelle on allume de plus en plus tard commence le 18 décembre (4 h. 45 soir) et finit le 10 juillet (9 h. 45 soir).

L’épuration du gaz à éclairage s’obtient en dirigeant le produit de la houille à travers des matières absorbantes, composées principalement de chaux et de peroxyde de fer. Lorsque ces matières pulvérulentes ont servi à la purification du gaz, on les retire des appareils, et, pour les revivifier et les mettre en état de servir de nouveau, on les étend à l’air libre, par larges couches, sur le sol d’une cour deTusine. Il s’en dégage alors une grande abondance d’ammoniaque et d’huiles volatiles légères ; ce sont ces exhalaisons, fort désagréables pour les habitants du voisinage, qui sont devenues le remède populaire de la coqueluche. A certaines heures, le curieux qui visiterait une usine à gaz croirait être entré dans la cour de récréation d’un établissement d’instruction publique. Des enfants affectés de coqueluche s’étant, dit-on, trouvés rapidement guéris de leurs quintes, après avoir accidentellement séjourné dans l’atmosphère chargée des émanations dont il s’agit,

d’autres enfants y ont été placés intentionnellement, dans l’espoir d’un résultat semblable, et, aujourd’hui, c’est à peine si les cours à revivification des usines s.ont assez vastes pour admettre les petits malades qu’amène de toutes parts le bruit de l’efficacité de ces émanations.

Le transport du gaz depuis la sortie de l’usine, c’est-à-dire depuis le gazomètre jusqu’aux becs qui doivent le consommer s’effectue dans des tuyaux placés sous le sol dés voies publiques, et dans l’intérieur des habitations, par des conduits en plomb secondaires qui viennent se brancher à ces tuyaux. Ces premiers sont . installés aux frais de la compagnie, les autres généralement le sont pour le compte des propriétaires, qui ont la faculté cependant de le demander à la compagnie fermière, en s’engageant, pendant un temps déterminé, à consommer une certaine quantité de gaz.

lies tuyaux en fonte. — Pour les conduites principales, la nécessité d’avoir de grands diamètres ayant de 0 m ,65 à i mètre a fait choisir, dans les commencements de l’exploitation, des tuyaux en fonte qui, à cette époque étaient fort coûteux et dont le prix aujourd’hui a baissé de moitié.

Avant leur emploi chaque tuyau est essayé à la pompe à air, et à l’écrasement, afin de se convaincre qu’ils offrent toutes les garanties de solidité voulues, et qu’ils ne présentent pas de soufflures.

On place ces conduits dans la terre le plus bas possible, pour que la gelée et le passage des voitures sur la voie n’aient d’actions fâcheuses; on leur donne une pente convenable.pour l’écoulement des hydro-carbures liquides entraînés avec le gaz, et on les repose sur une fondation solide, afin de leur donner une position stable.

Les modes d’assemblage des tuyaux entre eux sont nombreux : le plus adaptif, celui qui est le plus solide, qui réussit le mieux, est l’emboîtement par mâle et femelle, opéré au moyen du plomb fondu, versé très chaud, et refoulé au ciseau et au marteau.

Ces assemblages n’ont qu’un défaut, ils sont coûteux ; mais ils ont cet avantage inappréciable qu’ils prêtent au tuyau une certaine élasticité, qui le défend contre les oscillations de la voie publique.

Un autre mode d’assemblage est de tourner et aléser les mâles et femelles pour qu’ils s’emboîtent l’un dans l’autre en enduisant les surfaces de minium : mais par contre il n’offre aucune

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