‹ Hygiène publique. Les Odeurs de Paris... Deuxième éditionChapitre 6 sur 12 · de 2 e *» — soit · texte numérisé non relu

de 2 e *» — soit

Dans un remarquable rapport adressé au Conseil municipal par M. Hérold, alors conseiller, nous voyons l’honorable sénateur évaluer à 3,500,000 le nombre des visiteurs qui dans le cours d’une année se rendent aux cimetières.

Admettons pour Méry ce même nombre de visiteurs, non pas peut-être dès la première année, mais dans un avenir prochain

car la pieuse coutume de venir saluer la tombe de ceux qui nous sont chers est trop ancrée dans nos mœurs, elle répond trop bien à un besoin pour s’effrayer d’une distance qui n’exisle pas, grâce aux moyens de locomotion dont nous disposons ; dans ces conditions nous trouvons que le train transportera 9,753 visiteurs par jour. En admettant sur ce nombre le 30 p. 100 voyageant en première et le 70 p. 100 en seconde, nous aurons tous les jours.

2,925 voyageurs de première classe,

Et 6,821 — de deuxième classe,

chiffres qui correspondent à peu de chose près aux places vides laissées par les voitures des convois mortuaires.

L’administration préfectorale, l’Archevêché et le Conseil municipal se préoccupent surtout du transport des indigents. Nous croyons que la solution consiste dans la formation d’un 16° train partant le matin et rentrant le soir à Montmartre, et uniquement affecté aux personnes auxquelles les 20 mairies de Paris auront distribué des billets gratuits d’aller et retour.

Cette combinaison qui permettrait le transport des indigents a été présentée par nous au Conseil municipal.

Nous disions :

« C’est à juste titre que l’opinion publique s’émeut du projet de « Méry au point de vue de la possibilité pour ceux qui n’ont pas « d’argent de se rendre au cimetière.

« Vous parlez d’établir des 3 0s , vous établissez un prix de 60 «, centimes aller et retour sans vous inquiéter si ce prix sera ac- «. cepté par la Compagnie de transport ; vous ne réfléchissez pas «. qu’il serait insensé de demander à la veuve ces 60 centimes «. autant de fois qu’elle aura d’enfants à mener avec elle pour prier « sur la tombe de leur père.

« Si le pauvre a quelques sous de disponibles, îaissez-lui acheter « quelques fleurs, et vous aurez donné à ce pauvre le moyen de « remplir un pieux devoir. »

Nous aurons donc à co-mpter, en plus, le 17° train spécialement affecté aux transports gratuits, ce qui diminue d’autant les chiffres relevés par M. Hérold, de telle sorte que nous pouvons affirmer que moyennant l’organisation du 17® train, le service de Méry ne laissera rien à désirer.

Au reste, n’oublions pas que le parcours de Paris à Méry pourra

LES CIMETIÈRES

s’effectuer par diverses lignes ; les gares mortuaires ne seront ouvertes que de dix heures du matin à trois heures de l’après-midi, mais les gares des voyageurs, mais celle du chemin spécial, les gares Saint-Lazare et du Nord resteront accessibles au public, et assureront la fréquence du service, surtout aux approches de certaines solennités, comme la Toussaint par exemple.

Il résulterait de cette organisation que les facilités seraient plus grandes et la perte de temps beaucoup moindre pour aller à Méry que pour se rendre aujourd’hui aux cimetières de Saint-Ouen ou d’Ivry.

Avant d’examiner le coût de l’exploitation et ses recettes probables, récapitulons ce que coûterait, d’une part, à la ville de Paris, de l’autre, aux fabriques par l’entrepreneur général, l’installation de ce service.

Installation. Son coût. — La ville a déjà payé la majeure partie des terrains formant l’emplacement de la future Nécropole; le Conseil municipal a ouvert en outre un crédit de 12 millions destiné à achever le cimetière, à construire le chemin de fer et les gares-reposoirs.

Les dépenses présumées devront comprendre :

Dépenses prévues et spéciales au cimetière.. 4 millions.

4 chapelles funéraires évaluées chacune à 1 million.... 4 —

Soit. 8 millions.

qui est le chiffre de l’évaluation de MM. les ingénieurs municipaux.

Les charges de l’entreprise seront celles d’élever dans le cimetière de Méry les constructions nécessaires à ses divers services, c’est-à-dire les bâtiments affectés : aux conservateurs, au logement des desservants, des gardiens, des concierges, des fossoyeurs, des jardiniers.

Le cimetière serait partagé en autant de divisions que Paris renferme d’arrondissements, par des allées plantées d’arbres, de telle sorte que Méry devienne un jardin où les regrets et la douleur trouveront un adoucissement dans la contemplation de la nature.

Ces diverses constructions peuvent être évaluées à.... 500,000 fr.

L’installation des transports du service intérieur, soit que ce transport s’effectue sur un tramway, soit par le corbillard ordinaire, coûtera. 100,000

Construction des magasins d’exposition et le dépôt des

mausolées, grilles, croix, emblèmes religieux.

Construction du tramway, aiguillage, cliâteau d’eau, etc.,

à raison de 80,000 fr. du kilomètre.

Tramway de Gennevilliers à Méry 22 k. ) . „ kil j

1/10 en plus pourles voies de garage. 2,2 ) ’

Installation du service du chemin de fer dans les

quatre gares reposoirs de Paris.

Voies supplémentaires dans Paris, 20 kilom. à 120,000 fr. 12 machines locomotives, à 15,000 fr l’une 180,000 1

48 fourgons mortuaires, à 5,000 fr. l’un.. 240,000 f

100 voitures de l re classe, à 8,000 fr. l’une. 800,000 l

170 voitures de 2 e classe, à 6,000 fr. l’une. 1,042,000 /

Plus le matériel spécial des pompes funèbres évalué, y compris les chevaux d’après ce qui actuellement existe, à.

100,000 fr.

Total des débours de l’entreprise. 11,538,000 fr.

A ce chiffre il convient d’ajouter pour l’imprévu. 462,000

Et

avons en chiffre rond.

12 ,000,000 fr.

Exploitation. — Dans les conditions que nous venons d’énumérer, il n’est rien d’aussi simple que le service d’exploitation des Pompes funèbres. — Rien n’est changé dans l’ordre acluel — seul le cimetière est reculé au loin, mais l’accès en est rendu facile par la création de 17 trains roulant sur des rails spécialement affectés à ce service.

Parvenu à la chapelle-reposoir, le corps passe du corbillard qui l’a amené dans un fourgon et s’achemine vers la dernière demeure accompagné de ses parents, de ses amis. La funèbre cérémonie s’accomplit à Méry, comme précédemment au Père-Lachaise ou à Montmartre, et la famille et ses invités reviennent à Paris, à leur point de départ, ou à telle autre gare intermédiaire qui leur conviendra, car le train, direct à l’aller, n’a plus au retour les mêmes raisons de rapidité et laisse au voyageur la faculté de descendre en route.

Pour les chapelles funéraires, on donnera raison à ceux qui craignent les enterrements trop précipités de laisser, pendant un ou deux jours, les morts dans l’habitation.

Les établissements de ce genre existent à l’étranger où les traditions les plus anciennes ont été conservées.

Au moment de la livrée du corps les exclamations se produisaient, on appelait à haute voix le défunt.

« Par quels motifs croyez-vous que nous troublions le repos des « pompes funèbres par tant de gémissements, de pleurs et de hur- « lements ? » dit Quintilien,« c’est parce que l’on a souvent vu reve-

LES CIMETIÈRES. 285

« nir à la vie ceux auxquels on était prêt à rendre les derniers « honneurs. »

Il suffit d’un seul fait d’inhumation prématurée bien certain pour que l’humanité impose le devoir d’employer tous les moyens de constater la mort d’une manière indubitable. Après une longue et minitieuse enquête, suivie d’un rapport de M. le docteur Lamoureux, le Conseil municipal a décidé la création de maisons mortuaires dans les cimetières qui se trouvent dans l’intérieur de Paris, pour recevoir en dépôt les corps pendant un certain temps avant leur inhumation.

Les bénéfices à réaliser par les fabriques et consistoires de la ville de Paris sont importants ; c’esL40 à 30 0/0 de la totalité des sommes dépensées par le public.

Il est fort difficile de connaître exactement l’importance d’un pareil budget ; la municipalité peut, il est vrai, relever ce que produit la taxe mortuaire ; mais, à côté des prévisions du tarif, que de profits inconnus !

Les gens les plus compétents en cette matière estiment que l’inhumation d’un corps coûte 20 francs, mais que les recettes de toute nature qui sont la conséquence des enterrements des l re , 2 e , 3 e , 4 e , 5® et 6 e classes, procurent une moyenne de bénéfices nets de 100 francs, soit, en prenant pour base les 30,000 décès annuels de Paris, un produit de 3,000,000.

Dans un travail spécial, nous constations :

Que les recettes peuvent être évaluées à. 8,091,655

Que les dépenses atteindront. 4,361,993

Il resterait aux fabriques et consistoires un bénéfice de. 4,429,651

que procurerait, l’observation rigoureuse des prescriptions de nos lois ne permettant pas les inhumations dans l’intérieur des villes, le transfert des cimetières actuels à Méry-sur-Oise.

Cette translation est réclamée au nom de l’hygiène publique ; le Conseil municipal l’a votée.

LES VOIRIES

« Toute ville doit avoir une voirie ,

« c’est-à-diro un lieu de dépôt pour ses « immondices. Ce lieu doit être assez « éloigné et situé dans des conditions « telles qu’il ne puisse devenir un foyer « engendrant les épidémies. »

Une ville, au point de vue de civilisation où nous sommes arrivés, lorsqu’elle se constitue, tient compte de la salubrité. Elle commencera par créer les conduites qui lui amèneront, l’eau, celles qui la débarrasseront des immondices que ses habitants et les soins de propreté de ses rues et de ses maisons créeront chaque jour. Elle macadamisera, pavera, plantera. Elle fera, en un mot, un lieu qui ne renfermera que des éléments qui respecteront les lois hygiéniques.

Il n’en était point ainsi il y a quelques siècles. Nous venons de passer en revue les déplorables conditions où Paris se meut et vit, ët nous allons ajouter, dans ce chapitre et dans les suivants, ce qu’il recèle dans son sein de foyers d’infection qui viennent contribuer, dans une grande proportion, dans les épidémies que nous lui reprochons.

Toute ville doit avoir une voirie. Les annales de Paris font mention pour la première fois, dans un règlement de police du 28 juin 1404, qu’au-dessous de l’écorcherie aux chevaux, située près du castel du Louvre, se trouvait une voirie où les chirurgiens étaient tenus de verser le sang provenant de leurs opérations.

Les termes de l’ordonnance rendue par Charles VI, le 13 mars 1416, indiquent qu’il existait une autre voirie près et environ les Tuileries Saint-Honoré.

Par un arrêt du Parlement du 20 octobre 1563 il fut enjoint aux tueurs et aux écorcheurs de bêtes, de sortir de la ville et d’aller s’établir près de l’eau, en aval de la rivière.

En 1577, Henri III, par ses lettres patentes, renouvelle l’arrêt du Parlement. ,

LES VOIRIES

Il y en avait d’autres au faubourg Saint-Marcel, au faubourg Saint-Germain, à Montfaucon.

Comme on le voit, dans le Paris ancien, il y avait dans chacun de ces quartiers, des lieux où les habitants apportaient leurs ordures, où les bouchers entre autres venaient jeter les os, les déchets de leurs abattoirs; où on enterrait, en un mot, tout ce qui pouvait amener des mauvaises odeurs.

Deux grands clos existaient, l’un où se trouve aujourd’hui les principales fabriques qui bordent le quaide Grenelle, l’autre dans la plaine s’étendant le long de la route de la Révolte à Clichy; il y en avait encore d’autres un peu partout, tel est celui de la butte des Moulins dont l’élévation aujourd’hui disparue n’était due qu’au dépôt des déjections du quartier.

Les clos d’immondices étaient généralement en contre-bas du sol, et le jour où l’autorité jugeait y qu’il avait lieu qu’il fût fermé, on allait ailleurs, et on recouvrait la surface de celui-ci par une couche épaisse de chaux, qui se recouvrant à son tour de végétations, servait à la culture.

La voirie de Montfaucon. — La voirie de Montfaucon, la plus importante de toutes, datait du douzième siècle; c’était en outre un champ de supplice et d’exposition.

Elle était située sur la butte qui, aujourd’hui forme le haut du faubourg Saint-Martin.

Le premier nom de Montfaucon était celui de Gibet, mot corrompu de Gebel, qui en arabe signifie montagne.

Gibet était un lieu de supplice, il y avait une masse de pierres accompagnée de 16 piliers, fermé par une porte. C’était un parallélogramme de 12 mètres de hauteur, long de 14 et large de 12. Les piliers étaient gros, carrés, reliés ensemble et cimentés ayant 33 pieds de hauteur, rangés en deux files. Pour y attacher les corps, il y avait des chaînes de fer d’espace en espace. Au milieu était une cave pour recevoir les corps des suppliciés lorsqu’ils tombaient en pièces, ou que toutes les chaînes et les places étaient remplies.

A Montfaucon on pendait seulement; la mise à mort, soit par la hache, l’écartèlement ou par d’autres supplices étaient faits aux Halles ou à la place de Grève.

Dès le siècle du grand roi les plaintes des habitants des faubourgs Saint-Denis, Saint-Martin et du Temple ne cessèrent de retentir; ils étaient asphyxiés chaque fois que le Vent était au nord ou au nord-ouest.

En 1761 on reporta un peu plus loin Montfaucon ; le cimetière et la voirie se trouvaient à 300 mètres de la barrière du Combat, au pied des buttes Chaumont.

En 1781, toutes les autres voiries furent supprimées, à l’exception bien entendu de celle de Montfaucon qui, à partir de 1790, devint le dépôt unique des déjections de la ville.

Jusqu’à cette époque, les matières fécales étaient jetées par les fenêtres dans la rue, elles s’écoulaient tant bien que mal aux égoûts, des cochons se chargeaient du rôle de balayeurs, en un mot, les choses se passaient de même qu’elles ont lieu dans les villes de l’Orient.

Les matières fécales étaient apportées à Montfaucon et placées dans les réservoirs où, petit à petit, les parties solides, seules utilisées à cette époque, se séparaient des liquides qui s’écoulaient par un égout dans la Seine, ou qui se perdaient dans des puisards.

Les matières, à l’état pâteux, étaient exposées et desséchées par l’action de l’air, puis vendues aux agriculteurs des environs. Cette opération n’exigeait pas moins de quatre à six ans.

Montfaucon, par l’extension prise par la capitale, fut bientôt enfermé dans les nouvelles habitations et devint un séjour impossible.

Il faut lire les chroniques du vieux Paris pour se rendre compte de ce qu’il était à certains moments de l’année. Les odeurs que les vents amenaient rendaient certains de ses quartiers impossibles à habiter.

La voirie de Bondy. — Par une ordonnance en date du 9 juin 1817, la ville de Paris fut autorisée à disposer de trente hectares dans la forêt de Bondy pour y installer une nouvelle voirie. Le choix de cet emplacement avait été dicté par la facilité des transports, qui pouvaient s’effectuer par le canal de l’Ourcq; par son éloignement de la cité ; par la nature du lieu qui jouissait de la réputation la plus détestable au point de vue de sa moralité. Aller à la forêt de Bondy, n’était-ce pas tout dire...

L’établissement de Bondy devait s’ouvrir en 1816, mais l’opposition des habitants des alentours, la forêt de Bondy n’étant habitée que par des détrousseurs de grand chemin, fut telle que l’administration employa douze années, c’est-à-dire de 1816 à 1828, pour triompher de cette résistance, et installer le dépotoir tel qu’il est aujourd hui.

LES VOIRIES

A partir de cette époque, la voirie de Bondy fut imposée; la préfecture de police se garda bien de demander l’avis de ses habitants, un simple arrêté supprima le charnier de Montfaucon et le transféra à Bondy.

Les intéressés protestèrent, ils réclamaient, en vertu de la loi, l’ouverture d’une enquête de eommodo et incommoda. Leurs protestations religieusement recueillies par la préfecture, s’en furent dormir stériles dans les cartons des archives municipales.

Dès onze heures du soir, des convois viennent déverser dans des bateaux ou au dépotoir de la Villette, les déjections de nos habitations.

Le produit des vidanges qui n’était, en 1791, que de 51 mètres cubes par jour, ne dépassait pas encore en 1816, 250 mètres cubes ; il s’élevait à 500 mètres en 1828, et il atteint aujourd’hui, déduction faite des liquides déversés à l'égout, 2,000 mètres cubes qui sont transportés journellement soit à Bondy, soit dans des dépôts particuliers créés autour de la ville, ou enfin rejetés à la Seine.

Une des grandes difficultés pour amener les déjections urbaines à Bondy, était celle de leur transport.

Dans le charnier de Montfaucon, les vidanges n’étaient pas diluées; mais les progrès, mais le bien-être amenèrent dans les fosses des quantités d’eau anciennement inconnues.

Dans les-«derniers temps de Montfaucon, on constatait déjà qu’il n’y avait plus un dixième de matières sèches dans les versements qu’on y faisait. Les bénéfices diminuaient, et que deviendraient-ils si on était obligé de les charrier à Bondy.

La commission de salubrité qui avait été nommée à cette époque, concluait dès 1835 que le seul remède efficace était d’accorder à tout propriétaire qui aurait chez lui une distribution d’eau le droit de jeter ses vidanges et ses détritus à l’égout.

Mais il faut convenir que si, en 1835, la conclusion que nous soutenons aujourd’hui était émise, elle ne pouvait, à cette époque, devenir un fait, il eût fallu à Paris des égouts dans toutes les rues, de l’eau dans toutes les maisons, ce qui n’existait pas.

Aujourd’hui encore, à -45 ans de distance, il n J y a guère qu’un tiers des rues qui soient dotées d’une canalisation souterraine, il n’y a sur 70,000 maisons que 14,000 qui reçoivent les eaux de la ville.

La conduite des déjections de la ville, en 1835, dans la vallée de

la Seine, était donc prématurée ; elle ne pouvait s’accomplir que le jour où nous pourrions donner de l’èau en abondance dans toutes les habitations, et créer dans toutes nos rues le Paris souterrain.

Un ingénieur, grand par le talent, M. Mary, proposa l’emploi d’une conduite allant du point de versement jusqu’à Bondy.

On ne songeait pas à armer tous les quartiers de la cité d’une conduite spéciale, analogue à celle qui existe actuellement à Amsterdam, la dépense eût été trop considérable. Aussi le point choisi fut la Villette, où se rendraient toutes les déjections de la cité ; les matières fécales, à la conduite ; les boues et les détritus urbains, aux bateaux.

De vastes hangars furent construits ; les voitures y entrent, on découvre une trappe, on attache un manchon en toile qui réunit la tonne à la trappe, on ouvre le robinet, le tout s’échappe. On lave la tonne et l’opération est terminée.

Les matières suivent des galeries situées dans le sous-sol, des barrages retiennent les corps étrangers et des pompes mues par une machine à vapeur les refoulent dans la conduite jusqu’à Bondy.

Une propreté incroyable, due à une grande quantité d’eau puisée dans l’Ourcq, fait de cet établissement un modèle en son genre, mais cette propreté fait le désespoir du fabricant de poudrette qui reçoit une marchandise de plus en plus diluée.

Le tuyau de Bondy, admirable création de transport, ne fut en pratique qu’un corollaire au transport de la vidange et des détritus par bateau, transport qui avait pour le fabricant de ces matières cet avantage de ne pas mélanger les matières fécales avec plus d’eau qu'elles n’en avaient lors de leur séjour en fosse.

Aussi ce moyen ingénieux de transport devait amener l’encombrement desbassins de réception de Bondy car la différence desprix, c’est-à-dire payer 0,21 pour conduire un mètre cube de vidange, ou 1,19 pour le voiturer par bateau, cette différence ne compensait pas la valeur moins grande de la vidange.

Aussi le même régime que celui qui avait été employé à Montfaucon resta le même à Bondy. Il y était établi un fermier de la ville qui payait une redevance pour chaque mètre cube qu’il retirait des bassins, se réservant le droit de satisfaire à tous les besoins de sa fabrication au moyen de vidanges et de détritus amenés par bateau. Trois fermiers se succédèrent, jusqu’en 1870; ce furent la compagnie Boursault, Houdart et Richer.

LES VOIRIES

Jusqu’à la guerre on fabriquait peu de sels ammoniacaux, aussi le dépotoir de la Villette était ouvert à tous ; les quantités apportées étaient considérables; on comple 250,000 mètres cubes de 1850 à 1860 par 300 jours de travail, soit 800 à 850 mètres par jour; 1,860 mètres en 1865; pour arriver en 1870 à 2,000 mètres cubes.

Le service de la vidange se faisait par vingt entrepreneurs, qui n’avaient souci de fabrication, leur rôle consistant à enlever de chaque habitation la matière fécale, au prix le plus élevé possible, et de la transporter à la Villette ou à Bondy, où elle était recueillie ou non par le fermier, pour en faire de la poudrette.

Elle n’est plus aujourd’hui, depuis la fermeture de l’établissement de Nanterre, que de 800 mètres cubes environ.

On calcule que les établissements privés situés dans la banlieue de Paris, traitent par jour 1,200 mètres cubes au moins, dont la majeure partie, comme nous le verrons, est rejetée à la rivière.

Ces chiffres ont leur éloquence, ils justifient bien l’opposition que les habitants de la banlieue de Paris n’ont cessé de faire à l’apport, à proximité de leurs habitations, sur tous les points de la banlieue, des immondices que la ville ne veut pas tolérer chez elle. — Les odeurs pestilentielles qui s’échappent de ces divers cloaques, l’infection qui se répand dans l’air et que le vent emporte dans toutes les directions, l’aspect repoussant du lieu, le spectacle écœurant des manipulations que subissent les déjections réunies dans ces dépotoirs, la dépréciation des terrains environnants, tout concourt à justifier l’incessante opposition et les plaintes réitérées des propriétaires.

Bondy devait être, dans l’esprit de l’administration, jusqu’en 1870, le seul lieu non seulement où les vidanges seraient déposées, mais devait recéler toutes les autres immondices, tels que les clos d’équarrissage et les industries qui s’y rattachent.

La mesure ne fut jamais complète, aussi Paris aujourd’hui se trouve entouré des voiries qui altèrent, par les odeurs qu’elles dégagent, la salubrité publique.

Les maux qu’apportait Montfaucon n’existent plus, ses odeurs qui n’arrivaient à Paris que lorsque les vents soufflaient du nord, lui arrivent aujourd’hui de toutes parts; ce qui fait dire, avec beaucoup de raison, que la grande cité se trouve entourée, à partir de ses fortifications, de réduits odorants qui devaient la défendre de toute approche.

Quarante-cinq de ces établissements nauséabonds existent. Bondy date de 1827, quatre établissements datent de 1850; neuf autres de 1850 à 1870, enfin les trente et un autres de 1870 à 1880.

Dans ces conditions Paris n'a rien à envier à d’autres cités qui recélaient dans leur sein ces mêmes foyers d’infection, et elle est en droit de s’attendre, si l’histoire de ces cités est vraie, à devenir comme elles, le siège des maladies épidémiques dont elles eurent tant à souffrir.

L’établissement de ces manufactures que les pouvoirs publics, avant 1870, avaient relégué à Bondy, furent autorisés à s’établir partout ; ils devaient être surveillés par l’administration, et, les lois existantes appliquées, on en eût fait des ateliers sans danger.

Ce fut la raison qui domina l’esprit de nos administrateurs actuels qui les laissèrent s’établir partout. Une demande d’autorisation, suivie d’un procès-verbal de commodo, donnait toute quiétude aux pouvoirs publics.

Les choses ont bien changé : des plaintes sans nombre se sont élevées ; ce n’est plus Bondy dont on se plaint, c’est un cri général qui vient de toutes parts, des quatre points cardinaux de Paris.

Depuis l’apparition de la première édition des Odeurs de Paris , M. Andrieux, alors le préfet de police, écrivait à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce la lettre suivante, et donnait ainsi un commencement de satisfaction aux plaintes de la population.

Paris, ce 22 avril 1881.

Monsieur le Ministre,

« Au mois de septembre dernier, à la suite de plaintes nombreuses qui m’étaient parvenues au sujet des émanations répandues dans la ville de Paris, j’ai prié le conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine d’étudier et de m’indiquer les causes de cette infection. Le conseil, dans un rapport qui a été inséré au Journal officiel du 7 octobre, a mentionné deux causes principales : les égouts et les établissements classés.

.« Yous avez alors, Monsieur le Ministre, chargé vous-même une commission spéciale de l’examen de cette double question. Un rapport vous a été présenté par M. Aimé Girard sur l’exploitation des vidanges; un autre doit être, m’assure-t-on, déposé prochainement sur les égouts de Paris.

« En attendant qu’il vous soit possible de donner à l’un et à l’au-

LES VOIRIES

tre la suite nécessaire, les plaintes qui s’étaient produites l’année dernière commencent à surgir de nouveau cette année, et plusieurs journaux s’en sont déjà faits les interprètes.

« Dans le but de satisfaire au voeu de l’opinion publique et d’indiquer à l’industrie des vidanges qu’elle doit s’éloigner davantage des centres habités, l’établissement de ses usines, je croirais utile, Monsieur le Ministre, de prendre l’initiative de la procédure tendant à l’application à un certain nombre de dépôts de vidange et de fabriques de sulfate d’ammoniaque existant autour de Paris, des dispositions de l’article 12 du décret du 15 octobre 1808. Cet article porte « qu’en cas de graves inconvénients pour la salubrité publique ou l’intérêt général, les fabriques et ateliers de première classe qui les causent pourront être supprimés en vertu d’un décret rendu en conseil d’État, après avoir entendu la police locale, pris l’avis des préfets etréçu la défense des industriels.

« Les établissements ci-après me sembleraient, Monsieur le Ministre, à raison soit de leur importance, soit de leur proximité de Paris, pouvoir tomber sous le coup de la mesure prévue par le législateur de 1810.

« Ce sont ceux de la compagnie Lesage, à Billancourt, à Aubervillers et à Drancy; — de la compagnie Parisienne, à Nanterre; de la compagnie l’Urbaine, à Gentilly et à Arcueil.

« L’usine de la compagnie Lesage, à Billancourt, traite par jour une moyenne de 250 mètres cubes; elle a fait l’objet d’un assez grand nombre de réclamations d’habitants de Billancourt et du XV e arrondissement de Paris.

« Le dépôt de vidanges d’Aubervillers est beaucoup plus considérable; la quantité de matières qui y est reçue en vingt-quatre heures, s’élève à 1,200 mètres cubes. Cet établissement se trouve assez rapproché de Paris et les odeurs qu’une condensation et une combustion incomplètes lui font répandre sont portées sur Paris par les vents nord-nord-est, qui sont ceux précisément dont on a constaté la permanence l’été dernier.

« L’établissement Lesage, à Drancy, ne comprend actuellement qu’un dépotoir à l’air libre. Par arrêté du 28 août 1878, mon prédécesseur y a autorisé l’annexion d’une fabrique de sulfate d’ammoniaque qui n’est pas encore construite. Mais la quantité de matière étendue sur le sol y est considérable, puisqu’elle recouvre près de 40,000 mètres carrés.

« L’usine de la compagnie Parisienne située aux Grandes-Grèves, à Nanterre, a été fermée provisoirement le 15 mai 1880, puis, il y

a un mois, rouverte à titre d’essai. Le conseil de préfecture, saisi d’un recours Contre l’arrêté d’autorisation, vient de nommer des experts dont le rapport pourra figurer parmi les pièces de l’enquête que je vous demande d’ordonner.

« La compagnie l’Urbaine possède à Gentilly un dépotoir à air libre, et à Arcueil une fabrique de sulfate d’ammoniaque. Ces établissements, immédiatement contigus, n’ont cessé de provoquer, depuis plusieurs années, des plaintes nombreuses et violentes. Ces plaintes émanent, non seulement d’Arcueil, de Gentilly et de Montrouge, mais aussi de la municipalité du quatorzième arrondissement, et de mon collègue le préfet de la Seine.

« Je vous serais obligé, Monsieur le Ministre, de me faire connaître si vous autorisez la mise à l’instruction du projet de fermeture définitive des établissements que je vous ai signalés.

« Je m’empresserais, au cas où cette' proposition recevrait votre assentiment, d’en avertir mon collègue de la Seine pour le prier d’aviser aux mesures qu’il lui conviendrait de prendre en vue d’assurer la réception des matières au dépotoir municipal de Bondy.

« Enfin, Monsieur le Minisire, deux établissements, celui de M. Souffrice à Saint-Ouen, et Samson à Aubervillers (fabrication d’engrais au moyen de matières animales), me sont signalés comme particulièrement nauséabonds.

« J’avise ces messieurs d’avoir, d’ici à la date du 15 mai, à prendre les mesures qui leur ont été prescrites pour détruire ces odeurs, à peine de suspension d’autorisation.

« Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect.

« Le député, préfet de police,

« Andrieux. »

Nous allons passer en revue les industries principales qui séjournent dans les parties du département de la Seine et de la ville et qui, d’après nous, devraient être reléguées à la voirie.

Étables. Écuries. — C’est le même préfet de police, obligé de rappeler une sentence de son département, du 9 août 1G98, pour faire taire les plaintes multipliées des habitants de Paris contre des gens qui nourrissent des chiens, des chevaux et d autres animaux ; défendant, comme il fut fait alors, de n’avoir, à l’avenir, chez eux, plus de deux de ces animaux. Nous ordonnons ce qui suit, dit-il :

LES VOIRIES

Article premier. — Il est interdit de conserver dans Paris, sans autorisation, des porcs, des vaches ou autres animaux, tels que boucs, chèvres, lapins.

Art. II. — Il est également interdit d’élever, sans autorisation, des p ; geons, poules et autres oiseaux de basse-cour, qui peuvent être une cause d’insalubrité ou d’incommodité.

Art. III. — Toute demande en autorisation d’avoir, dans les dépendances d une habitation, un ou plusieurs des animaux désignés dans les articles précédents, sera adressée au préfet de police.

Art. IV. — La permission ne sera délivrée qu’après visite des lieux et rapport constatant qu’il ne peut en résulter aucun inconvénient pour le voisinage.

Art. V. — Les locaux autorisés, dans lesquels seront placés les animaux, devront être maintenus en constant état de propreté.

Les autorisations seront toujours révocables, en cas de plainte reconnue fondée.

Art. VI. — Les autorisations ci-dessus ne pourront être données, en ce qui concerne les porcs et les vaches, que pour deux animaux.

Au delà de ce nombre, il y aura lieu d’appliquer la législation spéciale sur les établissements dangereux, incommodes ou insalubres .

Art. VII.— Il est interdit d’élever et d’entretenir à Paris, dans l’intérieur des habitations, un nombre de chiens ou de chats tel que la sûreté et la salubrité des habitations voisines se trouvent compromises.

Art. VIII. — Défense est faite de laisser vaguer des poules et autres oiseaux domestiques dans les rues, places, halles et marchés, enfin, sur aucun point de la voie publique.

Art. IX. — L’ordonnance de police du 3 novembre 1862 susvisée, est rapportée.

Cette ordonnance du magistrat de Paris restera-t-elle sans efiei, comme celle de son prédécesseur, qu’on fut obligé de rappeler le 10 juin 4701?

Le voisinage de ces établissements est aujourd’hui devenu, comme en 1701, insupportable, et cause, comme à cette époque, des incommodités inexprimables.

Les étables, les écuries, sont des établissements dangereux par la grande quantité de gaz qu’ils dégagent; l’eau est le remède souverain, l’acide phénique, employé de temps en temps, détruit les miasmes ; le blanchiment des murs à la chaux est une mesure excel-

lente. Aussi quand la ville de Paris aura donné do l’eau en abondance, lorsque partout l’égout récoltera les déjections, ils deviendront quasi inoffensifs.

Équarrissage. —Les matières portées aux voiries sont d’espèces diverses, elles sont variées, le traitement dont elles sont l’objet est des plus différents.

Nous avons Y équarrissage, c’est-à-dire un lieu consacré à l’abatage des chevaux, des ânes, des chiens, etc.

Le plus ancien des équarrisseurs parisiens est Chollet ; nous voyons encore, de nos jours, les tombereaux de ses continuateurs parcourir nos rues. Chollet l’ancêtre fut l’objet d’une ordonnance, eu date du 31 mars 1780, qui l’autorisait à exploiter son industrie à Javelle, et à quitter Montfaucon et la barrière des Fourneaux. Cette ordonnance prescrivait d’entourer le clos d’arbres et de haies vives, d’y construire les bâtiments nécessaires, d’y creuser des fosses dans lesquelles seraient enfouis les débris de l’établissement, et de réserver un endroit pour ceux qui s’occuperaient du confectiennement des boyaux.

D’autres établissements s’établirent, mais ils n’eurent pas une grande durée. Pendant nos troubles politiques, on laissa faire ; l’administration avait d’autres soucis ; aussi vit-on ces incorrigibles industriels rétablir des voiries partout. Mais, à peine l’ordre rétabli, sur les plaintes réitérées des habitants, on les expulsa, en leur rappelant qu’à Montfaucon, seul, ils avaient le droit d’opérer.

Ces industries ont, on le voit, des charmes à nuis autres pareils : les équarrisseurs, les marchands de panses, d’intestins et de chairs musculaires, assument les foudres du préfet de police, pour s’établir clandestinement dans quelque coin de Paris. Malheureusement pour eux, ils sont vite découverts, révélés par l’odeur de leurs ateliers.

Il est impossible de rien voir de plus dégoûtant, de plus infect, de plus insalubre qu’un clos d’équarrissage ; les ossements, les intestins, restent épars sup le terrain.

Sous le gouvernement dernier, de grands perfectionnements sont venus métamorphoser cette industrie; le cheval abattu, saigné, débarrassé de sa peau, de ses crins, de ses sabots et de ses fers, était introduit dans une chaudière autoclave, où il subissait une cuisson sous pression et à l’abri de l’air, ce qui rendait sa dépouille exempte d’odeurs.

LES VOIRIES

A l’époque où il fut décidé qu’on créerait dans Paris des abattoirs, afin de débarrasser les quartiers de la ville du spectacle de l’abatage des animaux destinés à l’alimentation publique, la municipalité décréta la même mesure pour les clos d’équarrissage.

Un grand établissement fut établi à Aubervillers ; là, et seulement dans ce local, les tueurs de chevaux et d’autres bêtes y pouvaient exercer leurs métiers.

Aujourd’hui plus rien de pareil n’existe; sous le prétexte, fallacieux de la liberté, chacun a le droit d’empoisonner ses voisins.

Pourquoi, se demandera-t-on, les pouvoirs actuels ont-ils abanbonné ce système : n’y avait-il rien de plus simple que de concentrer sur un seul point une industrie qui offre les plus grands dangers à l’hygiène publique?

La fabrique d’Aubervillers n’existant plus, l’abattoir des chevaux et des autres animaux devait être transféré à Bondy, voirie.de la ville de Paris; c’est là, et seulement là, que les 20,000 bêtes qu’on immole chaque année devraient être conduites, en charrettes ou à bateaux, en évitant ainsi de blesser les lois de l’hygiène ; et, comme nous le verrons, l’administration pourrait exercer un contrôle efficace sur les qualités de la viande qu’on vend aujourd’hui dans des étals particuliers, au mieux des intérêts de la population.

vidantes. — La conversion des matières fécales en produits pour l’agriculture est une opération barbare qui a pour résultat de perdre une partie des produits utiles et d’empester les populations.

L’opération consiste à convertir ces produits en poudrette, à en recueillir l’ammoniaque sous la forme d’un sulfate.

Le cadre de cet ouvrage ne permet pas d’entrer dans les détails de ces fabrications ; nous renvoyons nos lecteurs, qui seraient aises de les connaître, aux ouvrages spéciaux et notamment à notre écrit particulier, Y Azote.

Les établissements les plus considérables se trouvent à la voirie de Bondy; mais bien d’autres existent dans les communes suburbaines, autorisés par l’autorité depuis 1871, qui a agi avec une grande légèreté, qui fut peu soucieuse des traditions suivies par ses prédécesseurs qui avaient reconnu que ces industries étaient des plus pernicieuses, et que si malheureusement il fallait à Paris un lieu pour les recevoir, mieux valait les reléguer à Bondy, que d’empoisonner tous les alentours.

La fabrication de la poudrette nécessite des bassins, foyers d’insalubrité dont les émanations rayonnent à 10 kilomètres à la ronde; elle exige des années entières, pour arriver à produire un engrais sans valeur, car sur 1,80 d’azote qu’elle peut contenir, on en a perdu 1,56.

Bridel fut l’inventeur de la préparation de la poudrette. Ce fut en 1784, qu’il installa cette fabrication à Montfaucon, pour laquelle il payait à la ville une redevance annuelle de 300 francs. Les moyens employés par Bridel, qui sont ceux encore d’aujourd’hui, soulevèrent de la part des habitants de Paris des plaintes très vives qui émurent plus tard l’Assemblée constituante, l’administration municipale, l’Académie de médecine.

Il est intéressant de connaître aujourd’hui l’opinion de ces grands corps.

L’Assemblée concluait au maintien du privilège.

L’Académie de médecine se prononçait en sens contraire. L’administration de Paris voulait des améliorations ; et une commission, en 1797, constatait que Bridel faisant des bénéfices considérables, il y avait lieu pour la ville de ressaisir cette opération, et au lieu d’une seule voirie à Montfaucon, d’en établir deux, de telle sorte que les déjections de Paris, dans deux établissements, l’un qui était situé au sud, l’autre au nord, entourés de cultures, étaient traitées dans des récipients clos et couverts qui ne laissaient échapper dans l’atmosphère aucun gaz délétère.

L’abatage des animaux y serait réuni, les nerfs, les chairs, les issues, enrichiraient les matières, les fabriques de colles et de vernis y trouveraient leur aliment.

Les transports auraient lieu en vases clos, l’eau y serait conduite en abondance, le feu des usines serait utilisé comme ventilateur et brûlerait les gaz infects.

Ce programme, qui date, nous le voyons, de loin, ne fut jamais mis à exécution. Il est préconisé de nos temps, mais il attend encore sa réalisation.

En 1832, le mal était grand, le choléra sévissait avec vigueur, la population voyait parLout et dans tout l’empoisonnement des denrées et de l’eau dont elle se servait, l’administration s’émut et le préfet de police voulut voir par lui-même, ne pouvant rien changer à l’état d’infection qu’on avait laissé se perpétuer : il trouva des gens qui repêchaient des voiries, des poissons, des chairs, apportés la veille des marchés comme marchandises gâtées, et qui étaient revendus et servis aux barrières.

LES VOIRIES

Le cœur soulevé, il appela l’avis du conseil de salubrité pour lui demander une solution. Cette solution, la terrible maladie la donna, et le conseil se mit froidement à délibérer et à grossir les dossiers de ses devanciers.

La postérité rendra cette justice que si le préfet de police fit ce qu’il put, la çommission, en 1835, alors que le choléra avait disparu, fit un fort remarquable rapport, qui alla rejoindre, dans les cartons de la division de l’hygiène publique, les non moins intéressants travaux parus anciennement.

Nous avons dit:

Bondy reçoit encore la majeure partie des 2,000 mètres cubes de vidanges que fournit par jour Paris. Les matières y parviennent par un tube souterrain partant d’un dépotoir situé à la Villette, commandé par une machine à vapeur. Les déjections sont reçues dans sept bassins ayant une superficie de 15 hectares et une contenance de 160,(i00 mètres. Les eaux sont traitées pour la fabrication de l’ammoniaque, et les résidus convêrtis en poudrette.

Les.bassins de Bondy sont aujourd’hui pleins; le stock des matières putrides en décomposition est évalué à plus de cent mille tonnes; la Ville les offre à tout prix, sans trouver de preneurs. Qu’en ferait-on? La richesse en azote est nulle, l’atmosphère a tout emporté depuis le temps qu’elles ont été déposées, temps qui date du règne de Louis-Philippe.

L’administration fait ce qu’elle peut; elle laisse à chacun la liberté de puiser dans les réservoirs; elle invite les agriculteurs à venir s’y approvisionner gratuitement, mais les agriculteurs, si entendus d’ordinaire pour tout ce qui touche aux intérêts du sol, font la sourde oreille; ils savent à quoi s’en tenir sur la prétendue richesse de cet engrais si libéralement offert, et comme personne ne se présente, l’administration en est réduite ouvrir les vannes et à renvoyer au fleuve cette masse puante qui n’est bien décidément bonne à rien.

Les membres du conseil municipal avaient estimé le prix des produits de Bondy à 80 centimes le mètre cube, lorsque se présentèrent, en 1872, MM. Newcomen et Calender, qui portèrent la valeur à 6 fr. 07.

Il était évident, pour les gens du métier, que ces imprudents ne s’étaient pas rendu un compte exact des ressources de l’opération, et qu’ils couraient à une ruine certaine: mais l’administralion

continua à penser comme du temps de Bridel, qu’elle était possesseur d’une grande richesse, et encaissa une large aubaine de 2,792,800 francs.

Avons-nous besoin d’ajouter que la compagnie fermière, épuisée par la lourde redevance qu’elle s’était si imprudemment engagée à payer, se trouvait hors d’état de continuer.

Désinfection . — On ne peut plus songer, disions-nous, dans l’un de nos ouvrages : Assainissement de la ville de Paris (Baudry, éditeur, 1880), à remiser ces matières dans des bassins en plein air, à les conserver, à les manipuler pendant deux ou trois années.

Nous conseillons de les brasser, au moyen de ringards, avec 5 p. 100 de la composition suivante :

7 kilos cendres pyriteuses.

2 — sulfate d’alumine.

1 — acide sulfurique.

Ces matières, saturées avec cette dissolution, boursouflent, triplent de volume et se séparent des eaux qui les renferment.

Les matières solides sont en haut.

Les matières solubles en bas.

Il s’est formé, ajoutions-nous, de nombreuses réactions qui ont amené non seulement la séparation, mais une désinfection complète. -

Cinq heures à peine suffisent pour toute l’opération; la masse solide, spongieuse, est mise sur un plan incliné et s’égoutte, puis on la place sur des filtres compresseurs analogues à ceux dont se servent les fabricants de sucre ; on l’amène ainsi à une consistance telle, qu’on peut la découper et en former des briquettes. Cette opération fort simple, ne peut être faite partout ; les eaux résiduaires emportent avec elles les éléments putrides qui se décomposent et jettent dans l’atmosphère des gaz méphitiques ; aussi le conseil de salubrité ne devrait tolérer les fabrications qu’à Bondy. Seulement, nous trouvons dans les déchets de nos fabrications industrielles, dans les résidus de nos abattoirs, dans les voiries, dans nos habitations, des matières faciles à se procurer et renfermant de grandes quantités d’azote, tous déchets et résidus apportant, s’ils ne sont pas désinfectés, l’infection dans nos demeures.

Tels sont :

LES VOIRIES

Les déchets de laine renfermant. 15,99 d’azote.

— de poils, de cheveux. 17,28 —

* — de plumes. 17,60 —

— de peaux. 12,00 —

— ’ de gluten. 16,00 —

— de cuirs. 9,30 —

— de chair. 13,30 —

— de sang.... 12,18 —

— de cornes. 16,30 —

— de poissons. 15,22 —

— d’os. 3,20 —

— de poissons verts. 2,73 —

Marc de colle. 3,78 —

Bouillons d’équarrissage. 1,43 —

Albumine avariée. 13,15 —

Chairs de chevaux. 10,70 —

— de chiens. 1,78 —

— de rats. 2,10 —

— de poissons morts. 2,04 —

Bourres de sommier. 1,85 —

Chiffons de soie. 8,52 —

Chrysalides de vers à soie. 11,17 —

Résidus de cochenille. 2,26 —

Colombine de pigeons. 0,95 —

— de poules. 0,28 —

Sabots de cheval. 8,10 —

Résidus de gélatine ... ;. 2,03 —

— de magnanerie. 2,57 —

— de soie. 9,30 —

Viandes séchées. 5,40 —

Intestins d’abattoirs. 3,35 —

Ajoutons à ces déchets les matières fécales dont le recueil, le traitement et l’utilisation ont donné lieu à tant de travaux et (1) furent l’objet d’une de nos études.

D’après Boussingault et d’après Barrai on a sur 1000 parties de solides, à Paris.

Azote.

Matières diverses

Le rapport qui exisle donc entre les quantités de solides et de liquides est sur 1000 parties en déjections humaines :

De 114 parties de solides.

886 — de liquides.

On aurait si les vidanges n’étaient pas diluées dans les eaux étrangères :

733 kilogrammes.

(1) Assainissement de Paris, par Jules Brunfaut. — Baudry, éditeur.

945,13 eau provenant des urines.

13,17 d’azote.

Mais on a pour les vidanges ordinaires de Paris, suivant M. Coquard.

Eau.. 958 kilogrammes.

Azote. 3 —

Ces chiffres constatés vont nous servir de base pour décrire différents modes de fabrication.

Compost. —Les fabricants d’engrais emploient depuis fort longtemps les déchets organiques provenant de nos industries pour l’Agriculture et s’occupent fort peu de les désinfecter; aussi leurs ateliers doivent-ils être supprimés partout où ils se montrent. Tel est notre avis, tel est celui du préfet de police et du rapporteur du conseil de salubrité de la Seine.

Ils en forment des tas, dont chaque lit successivement reçoit l’une ou l’autre des matières dont nous venons de donner la nomenclature.

Ils arrosent ces tas ainsi formés de temps en temps pour y amener la fermentation, et après quelques mois, ils ensachent et vendent un résidu noirâtre, quelquefois infect, connu sous le nom de •poudrette.

Cette fabrication rudimentaire a l’inconvénient de perdre la majeure partie de l’azote que les matières organiques renfermaient et de ne fournir à la culture qu’un produit qui, à l’analyse, ne dénote que quelques pour cent d’ammoniaque, d’azote libre et de sulfhydrate d’ammoniaque.

Cet engrais qui était composé, avant sa fermentation, de principes riches, en renferme si peu que le cultivateur ne peut lui faire subir que les frais de quelques kilomètres de transport. Aussi son emploi se localise-t-il aux terrains des environs de la fabrique; la grande culture qui aurait tout intérêt à s’en servir ne le peut, et cependant il représente de bonnes conditions quant à l’humus qu’il renferme, et il suffirait pour le rendre plus riche en azote d’y ajouter des sels d’ammoniaque ou de nitrate de soude.

Cette fabrication en compost, qui ne souffre, par le peu de richesse des éléments qu’elle renferme, aucun transport, devrait se propager dans nos fermes.

Le fermier aurait, parmi son outillage, un tonneau à purin et lorsque charretier et chevaux seraient inoccupés, ce tonneau dirigé

LES VOIRIES

vers la ville la plus proche, ramènerait les déjections dont nous venons de donner la nomenclature. Ces matières renfermant de l’azote, mises en tas avec du fumier et au besoin avec des fougères, seraient, avec les déjections de la ferme, un produit de bonne qualité et reviendrait à un prix très modéré. On n’aurait pas à craindre la perte de l’ammoniaque, car le compost serait fait sur le terrain qu’il est appelé à substanter.

Le prix de revenu du fumier, pendant la période de 1860 à 1867, suivant les données administratives, a été de 12 francs environ, tandis que sa valeur théorique, d’après analyse faite à la station agricole de Gembloux, était de 19 francs 60 environ; en d’autres termes, les principes utiles contenus dans les fumiers, revenant à 12 francs, auraient coûté sous forme d’engrais du commerce 19 fr. 60. Aussi peut-on dire, dans ces conditions, que les fumiers de ferme sont le meilleur marché de tous.

Pour remédier au malaise dont souffre l’agriculture, nous dirons : fumez intensivement et aussi économiquement avec les déchets et les détritus des villes.

Les mélanges doivent être exécutés à la ferme, et si l’on objectait que les cultivateurs ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour pouvoir choisir les engrais auxiliaires qui doivent entrer dans les composts, nous répondrions qu’ils sont plus compétents que les marchands d’engrais, qui la plupart sont ignorants en agriculture; quant à nous, nous nous débarrasserions ainsi des odeurs que donnent à Paris et dans sa banlieue les fabrications actuelles.

Désagrégation au moyen de la vapeur d’eau et dessiccation par l’air chaud. Procédé Brunfaut.

Dans un de nos ouvrages, paru en 1876 (1), nous disions que le traitement des matières organiques devait se résumer à faire intervenir de la vapeur d’eau et de l’air chaud, deux agents, qui ne détruisent pas les principes fertilisants contenus dans ces matières.

Le traitement des matières organiques exige une température de 100 à 130°; et,desséchées dans ces conditions, elles sont préservées, pendant longtemps de la putréfaction.

La vapeur ne produit sur ces corps qu’une désorganisation des tissus ; cependant son action ne doit pas être trop prolongée; car

(1) Un tiouvel engrais. Librairie agricole de la Maison Rustique. Paris.

il faut éviter de dissoudre les matières mucilagiueuses en les convertissant en colle ; la vapeur ne doit leur faire subir qu’un état de cuisson.

C’étaient les principes que nous prescrivions comme devant être ceux à appliquer pour leur traitement; nous ajoutions :

« 11 faut placer les matières organiques sur un chariot courant « dans un cylindre clos; il faut amener de la vapeur à 100°; une « demi-heure après diriger la matière qui est cuite, par une toile « sans fin, dans un torréfacteur où se trouve une hélice « qui la meut, la fait avancer, et séchée qu’elle est par un courant « d’air chaud, cette matière étant torréfiée, il faut la réduire en « poudre en la faisant passer dans un broyeur. »

Les essais avaient été faits par nous en 1860, et si nous rappelons ces époques éloignées, c’est que nous sommes heureux d’avoir contribué à leur mise en action.

A Bogerock (Belgique) dans une usine appartenant à M. Muller et C i0 d’Anvers, on les a mises en exploitation, avec des modifications importantes qui font honneur à leur expérience en la matière et au grand savoir, comme chimiste, de M. Hanon, le directeur. Nous allons exposerbrièvement ces travaux.

11 existe dans cette fabrique des autoclaves dans lesquels on place des débris de cuirs qui viennent des grandes villes du continent et de l’Amérique.

On trie ces cuirs et chaque autoclave reçoit, l’un 500 kilos de cuirs de semelles, l’autre 500 kilos de vieilles empeignes, de débris de toutes sortes; car il faut, pour traiter les semelles, une température plus életée que pour le cuir proprement dit, de là l’obligation du triage.

Pour les premiers la vapeur est amenée à 180°, soit à 10 atmosphères de pression. Pour les seconds, il ne faut dépasser que 100 et quelques degrés ; 2 atmosphères suffisent.

Cette grande différence se comprend ; on arriverait, il est vrai, au même but en employant seulement 2 atmosphères; mais, en fabrication, le temps, c’est de l’argent, et comme à 180° on ne détruit pas la matière azotée, la dépense de charbon en plus que l’élévation de température amène doit être négligée.

Cette première opération dure pour le traitement des semelles une heure; pour celui des cuirs vingt minutes. Ces matières retirées des autoclaves, qui sont rotatifs, ce qui permet de déplacer, pendant l’opération, les cuirs qu’ils renferment lorsqu’ils sont bouillis sont conduits à l’étuve et "desséchés à l’air chaud, opé-

LES VOIRIES

ration qui dure 42 heures, puis ils sont broyés, puis blutés, puis enfin séparés par ordre de grosseur.

Les cuirs réduits en fine poudre sont ensachés, la toile, le coton qui les accompagnaient sont mis de côté.

Les ferrures, les clous sont recueillis, après qu’ils ont passé sous l’action magnétique d’un appareil qui les retient à lui.

On obtient ainsi :

Un produit .en poudre, renfermant en :

Azote, 7,5 °/ 0 valant 2 fr..•- 15 »

Humus, 84,5 °/„ — 0 fr. 04. 3 38

Eau, 6 °/ 0 . mémoire.

Clous, fer, pluches, chiffons, 2 kilog. àO fr. 50. 1 »

Ensemble pour 94,5 kilog.. 19 38

La perte, on le voit, atteint par 100 kilos de cuirs traités 5 kilos 5. Les cent kilogrammes valent 20 fr. environ.

Cette fabrication est réalisée sur une grande échelle; on traite à Borgerock plus de 1000 tonnes par an et on calcule que :

Le cuir coûte. 6

Les frais de fabrication. 4

Total. 10

laissant une marge aux frais généraux et permettant la réalisation de bénéfices importants.

Les matières organiques se conduisent comme le bois qui, plongé dans l’eau, puis séché à l’air, s’altère, en absorbant l’oxygène et en produisant de l’acide carbonique ; sa cohésion est détruite, il se convertit en une poudre gris brunâtre.

Dans cet état je cuir a conservé les principes utiles à l’agriculture; l’azote qui s’y trouvait renfermé lorsqu’il était cuir tanné, est resté dans ce composé nouveau, appelé par Berzelius ulmate , et dont M. Dumas disait :

« Les peaux sont formées d’une matière animale que l’eau « bouillante convertit facilement en gélatine; que le tannage rend « imputrescible », et qui, désorganisé comme nous venons de le voir, nous font dire à notre tour : Ce ne sont plus des cuirs, c’est un produit azoté redevenu aussi assimilable à la culture que l’est la peau d’où il dérive.

La matière obtenue a l’aspect d’une poudre grise noirâtre; elle

ne se dissout pas dans l’eau, mais bien à. la chaleur si on a eu soin de l’aciduler par un acide quelconque.

Comme on le voit, son assimililé est relative ; mélangée aux fumiers, semée dans une terre chargée d’humus, l’azote se désassocie des éléments avec lesquels il so trouve, mais pendant un certain temps, une saison au moins, pour permettre aux combinaisons que nous avons expliquées de se produire.

Si c’est un défaut, il n"en est pas moins vrai que c’^st un produit renfermant, sous un petit volume, une grande quantité d’azote (7,5 p. 100) ne coûtant que 2 fr. 66 et présentant, sous ce rapport, des avantages considérables de prix sur l’emploi des azotates de soudé ou de potasse.

Celte fabrication n’existe pas, dans ces conditions hygiéniques, à Paris et sa banlieue. Elle pourrait sans danger pour la santé publique s’y installer et remplacer avec avantage les composts.

Recueil de l’azote des déchets de laine, de poils, de cheveux, de plumes, de peaux, de chiffons de soie, de chrysalides, de résidus de cochenille. — Ces produits sont avec les déchets de cuirs des matières non fermentescibles ; ils doivent être traités par les procédés que nous venons de décrire.

Les proportions d’azote qu'ils renferment sont considérables, la quantité que l’on peut en recueillir est très importante; c’est ainsi qu’à Paris seul on emploie dans les composts, 100 tonnes par jour de tous les produits.

Les essais faits à l’usine de Borgerock, ont démontré que l’action de la vapeur d’eau n’a pas besoin d’une énergie aussi grande que celle employée au traitement des cuirs, 2 atmosphères de pression et deux heures de contact suffisent.

Les prix de fabrication sont à peu près les mêmes, et, l'un dans l’autre, les déchets donnent un rendement en azote équivalent.

Ce que nous avons donc dit concernant les cuirs s’adressse à ces produits, et il serait inutile de recommencer une nouvelle description qui n’aurait aucun caractère de nouveauté pour nos lecteurs.

Procédé Firman. — Nous ne voyions pas de meilleurs procédés à appliquer lorsque parut, dans ces derniers temps, une invention américaine due à M. Firman, un des ingénieurs réputés en ce pays.

Ces procédés, qui ont grand succès en Angleterre, ont été mis en exploitation à Aubervilliers où nous avons pu les étudier.

balayures des halles et des marchés, en poudrelte , et à ressusciter, avec des nouveaux moyens, la fabrication dont nous venons d’entretenir nos lecteurs.

La première opération que subissent les matières apportées à l’usine, consiste en leur désinfection ; on les place dans des bassins en maçonnerie étanche, on verse une solution de sulfate de fer, de zinc et même de cuivre, déchets de fabrication que l’on trouve facilement et à des prix les moins coûteux. .

Cette opération empêche la fermentation de se produire et par conséquent les dégagements putrides dont on se plaint, à si juste titre, dans les fabrications d’engrais par voie de compost, et dans celles au sulfate d’ammonniaque.

Il est acquis non seulementpar lés constatations que nous en avons faites mais par le commissaire de police de la commune d’Aubervillers, fort heureux de constater, pour la première fois, dans une usine travaillant les matières organiques, qu’il n’y avait pas d’odeur incommode.

Cette solution est basée sur les matières. Les ouvriers les précipitent au fond du bassin ; quelques heures après, on décante les eaux, qui, devenues inoffensives, sans odeur, sont rejetées à l’égout.

Si les matières à traiter ne sont pas en décomposition putride lorsqu’on les a amenées à l’usine, on comprendra facilement que les eaux résiduaires contiennent fort peu d’azote, et qu’elles n’offrent aucun intérêt; mais si au contraire ces déchets étaient dans un état avancé, alors leurs eaux renfermant des sels d’azote, sur lesquels les désinfectants n’ont eu aucune action, il y a lieu de les conserver pour les traiter et en recueillir les sels.

Les matières sont placées dans des cuves en bois, où elles sont additionnées avec 1 / a pour 100 de leur poids d’acide sulfurique à 53°, soit pour 800 kilogrammes de débris que contient un appareil ordinaire de M. Firman, 12 kilogrammes d’acide étendu d’eau. Le même appareil peut contenir jusqu’à 3 et 4,000 kilogrammes de détritus organiques.

Nous avons expliqué, dans un travail spécial, Y Azote, le rôle que jouent les acides et les alcalis sur les matières organiques. M. Firman, imbu de ces mêmes principes, acidulé dans l’appareil même les matières, à traiter, lorsqu'il travaille la vidange, et quelques jours avant lorsqu’il s’agit du traitement du sang.

La machine de M. Firman consiste en deux cylindres concentriques, séparés l’un de l’autre par un espace vide rempli de va-

LES VOIRIES

peur. Au centre du cylindre intérieur, passe un arbre de rolation armé de bras qui remuent la matière. Ces bras, l’arbre creux, sont remplis de vapeur qui, par voie de contact, chauffent les surfaces.

La température est constante, un manomètre indique la pression, qui est de 3 1/2 atmosphères, ce qui porte la chaleur, dans la matière, à 130 degrés environ.

A cette température, les eaux seules se volatilisent; on ne doit craindre aucune décomposition de la matière, partant aucun dégagement d’azote, fixé, au reste, par l’acide sulfurique. La dépense de combustible n’est pas considérable, on calcule qu’une machine est actionnée pendant vingt-quatre heures avec 1,000 kilogrammes de houille : ce serait une dépense de 130 fr. pour traiter de 4 à 5,000 kilogr. de matières.

Si nous calculons théoriquement, si nous admettons que la force mécanique demande 12 chevaux et consomme 3 kil. de houille; si * nous admettons encore qu’il faille 1 kil. de houille pour évaporer 6 kil. d’eau, nous n’atteindrons qu’un chiffre de 22 fr. 20.

ARochdale (Angleterre), où 6 de ces machines existent, le combus— tible est grandement économisé. Les cendres et toutes les ordures végétales de la ville, après avoir été tamisées et séparées delà pou ssière, servent, mélangées avec un peu de houille, aux générateurs qui alimentent des machines à vapeur de la force de 16 chevaux. JLes frais de main-d’œuvre sont peu considérables, un contre-maître, un chauffeur, deux ouvriers, composent le personnel de l’usine d’Aubervilliers, et ce personnel coûterait moins si ses frais étaient répartis sur un établissement plus important. La vapeur qui s’échappe de l’appareil de dessiccation se rend dans un condenseur, puis, lorsqu’elle est refroidie, à l’égout. Les gaz sont amenés dans le foyer du générateur, où ils se brûlent, avant de se perdre dans la cheminée avec les produits de la combustion.

Il faut observer que, par le travail effectué par les appareils Firman, de la vapeur qui se rend dans le condenseur, 1/3 au moins, les 7/8 sont condensés. Le reste, sous forme de gaz, passe dans le foyer, où nous l’avons vu bouillir, présentant toutes les apparences d’un bec de gaz.

Ces appareils continuent à faire leurs preuves, ils sont employés, sur une grande échelle, par les villes de Rochdale, Stafford, Warengton, Manchester et six autres; nous ne-poüvons mieux faire pour nos lecteurs que de copier textuellement les résultats des opérations exécutées tant en France qu’en Angleterre.

Ces machines sont employées depuis plus de trois ans à Rochdale avec un grand succès commercial toujours croissant, car jusquelà le traitement des déjections urbaines n’avaient donné que des pertes, alors qu’elles offrent aujourd’hui des bénéfices. Ces municipalités qui n’avaient que quelques appareils ont pris la résolution, en présence de ces résultats, d’en tripler le nombre.

Opération avec la machine FIRMAN, à Rochdale, Angleterre.

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