Les chlorures combinés n’étaient plus que de
Si toutes les matières sont arrêtées, comme le ferait un filtre, il reste des quantités notables des corps en suspension qui retournent, comme dans la filtration chimique et mécanique, à la rivière.
Cette filtration naturelle présente des inconvénients graves :
Le retour à la rivière d’eaux contaminées ;
L’encrassement de la terre, produit par les matières en suspension et même en.dissolution dans l’eau.
On obvie, il est vrai, à ce dernier défaut, en retournant la terre, opération coûteuse et qui donne lieu à des émanations méphitiques amenant les fièvres.
Les eaux d’égout entraînent avec elles dans la Seine une quantité considérable de boues, de sables et d’autres matières insolubles plus ou moins lourdes et qui représentera, pour 500,000 mètres cubes d’eau, un total journalier de 500,000 kilos. Si ces eaux sont appliquées à l’agriculture, il y aura avantage à les débarrasser de ces corps étrangers, qui obstruent et encrassent les plaines d’irrigations.
L’administration s’est préoccupée de cette détermination, et on a érigé sur la roüte d’Asnières un atelier de dragage à ciel ouvert.
Les matières en suspension que l’on recueille sont de natures diverses ; ce sont des corps flottants, bouchons, débris de légumes, poils, pailles ; des boues ou vases légères qui se trouvent en suspension dans l’eau ; des sables fins qui se déposent dans l’eau tranquille; des sables et des cailloux qui exigent pour être mis en mouvement une eau animée.
Les eaux et les matières passent alternativement dans deux bassins d’une contenance chacun de 350 mètres cubes; on enlève les sables au moyen de la drague qui les porte sur un wagon qui les verse dans un bateau.
Le dragage s’effectue chaque fois qu’on constate un dépôt de 0,25 dans le fond du bassin, soit un cube de 100 m. x 3 m ,50
X 0 m ,25 = 87 m ,50, et pour les deux bassins et par 2 ï heures :173 m. Pour accomplir le dragage complet des 500,000 kilogrammes, en admettant une densité de l u ,5 à ces boues, il faudrait quarante bassins de décantation ayant 100 mètres de long sur 3 m ,50 de largeur, ou une étendue de terrain de 14,000 mètres carrés; et si on ajoute que la petite usine d’essai a coûté à la ville de Paris 600,000 francs, on peut prévoir que la dépense atteindrait 20 millions de plus pour recueillir un produit de nulle valeur.
Les eaux débarrassées de ces matières lourdes, avant de s’échapper des bassins, sont tamisées.
M. deLuynes a installé des filtres rotatifs qu’il avait inventés et utilisés dans l’industrie du sucre.
Les dispositions de cet appareil sont simples, elles consistent en un cylindre métallique creux formant un filtre, percé d’un grand nombre de trous ; il est mobile autour d’un axe horizontal et baigne dans l’eau ; tandis que l’autre communique par un tourillon creux avec le canal d’échappement des eaux.
La filtration a lieu de dehors en dedans , de telle sorte que lorsque le cylindre est en mouvement dans les eaux d’égout, l’eau s’écoule par le tourillon, et les matières insolubles, bouchons, débris de légumes, pailles poils, boues et vases légères, sortent à la surface du cylindre dont elles se détachent par l’eau ambiante et par la force centrifuge.
Chaque appareil de M. de Luynes est de 3 mètres de diamètre et 5 m ,30 de longueur, il débite 2 mètres par seconde, c’est-à-dire 172,000 mètres cubes par 24 heures. Pour tamiser les 500,000 mètres cubes d’eau prescrits, trois appareils suffiraient.
Si on admet que les 500,000 mètres cubes d’eau sale contiennent 0,05 kilogr. de matières organiques, cela constituerait un travail utile de 25,000 kilogrammes de matières qui valent 0,04, soit 1000 francs de recette par jour.
La dépense d’installation de ces cylindres, le droit de brevet à payer ne sont pas-excessifs, chaque machine peut être installée pour moins de 100,000 francs, aussi forment-elles, à notre avis, le seul élément heureux de l’usine de décantation d’Asnières, qu’il y aura lieu de conserver, continuant à draguer les parties lourdes qui n’ont pas été éliminées, dans la section du canal d’irrigation de Paris à la mer que nous avons appelée, de son ancien nom, le fossé de l'Aumône , situé dans la presqu’île de Gennevilliers.
Mais nous préférerions, malgré les avantages que présentent ces machines, l’application que les ingénieurs de la ville de Bruxelles
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 367 ont faite ; il nous semble qu’ils ont mieux résolu la question.
En un point pris sur le collecteur en aval, ils ont ménagé dans le radier un enfoncement, qui contient une série de caisses en fer. Toutes les matières lourdes tombent dans ces caisses qui, soulevées, placées sur des wagons, sont transportées dans des bateaux les emmenant au loin.
En agissant de même à Paris, on évitera des dépenses considérables, qu’entraîneraient les machines de Luynes.
L’infection palustre, d’après Edwin Klebs etTommçsi Cuideli, a pour agents les BaciUus , spores réfractant la lumière, présentant une figure ovale allongée, se développant en longs filaments où se produisent de nouvelles spores.
Ces savants ont démontré que la malaria provient de flaques d’eau qui deviennent croupissantes. La stagnation de ces eaux maintient dans les terrains le degré d’humidité pour développer le ferment malarique.
La putréfaction favorise la diffusion du ferment dans l’atmosphère, sous forme de gaz.
On draine, ce qui vaut mieux, et on remarque, d’après les analyses du docteur Frankland, que l’action de l’air combure une partie des matières organiques, en les amenant à l’état de nitrates, seul état où elles s’assimilent à la végétation.
Parmi les faits observés jusqu’à ce jour, il y en a quelques-uns qui reporteraient l’origine du drainage à une très haute antiquité. Dans le territoire des Yolsques dont les Romains firent la conquête aux premiers siècles de la République, et qui, après la conquête, ne regagna jamais son ancienne prospérité, M. Di Tucci a déjà relevé ce drainage sur une étendue de 144 kilomètres carrés, ne constituant en réalité qu’une partie de l’ensemble général. Dans le territoire qui entoure la grande ville étrusque de Yéji, détruite par les Romains en 396 avant J.-G., et remplacée plus tard par une colonie de peu d’importance, on trouve aussi un grand nombre de drainages.
Ce système de drainage était donc, très probablement, connu et largement appliqué, avant que l’histoire de cetle contrée devînt de l’histoire romaine.
En attendant que de nouveaux faits permettent de fixer nos idées à ce propos, il est permis d’affirmer dès à présent que cette invention est très ancienne. Sans cela, on ne comprendrait pas le silence que tous les écrivains romains ont gardé sur ces ouvrages,
alors qu’ils ont si souvent décrit, dans leurs moindres détails, des travaux agricoles dont l’importance économique et technique est, comparativement, minime. On ne peut interpréter ce silence, qu’en admettant une de ces deux hypothèses : ou tous ces auteurs ignoraient l’existence de cette forme de drainage ; ou bien ils l’ont considérée comme une chosè tellement connue, tellement vulgaire, tellement fixée dans ses détails techniques, qu’il ne valait pas la peine d’en parler. Dans l’une et dans l’autre hypothèse, le système remonterait à des temps très reculés.
Il est impossible de décider, avec le peu d’éléments que nous possédons, si, dès l’origine, on se proposa d’atteindre avec ces drainages un but hygiénique. Il est très vraisemblable que, dans les premiers temps, on ne songea à autre chose qu’à rendre plus facile la mise en culture des collines. Dans la plupart de ces collines, indépendamment des nombreux acquitrini de la surface dont il était nécessaire de les débarrasser, il y avait aussi de nombreux travaux à faire pour rendre possibles les plantations d’arbres ; car, souvent, on ne peut y planter des arbres qu’à la condition de creuser des fosses dans le sous-sol pour faire place aux racines, et de drainer activement ces fosses afin d’empêcher que les eaux souterraines n’y croupissent. Probablement, on aura pensé de bonne heure à s’affranchir de cette lourde charge en délivrant les collines de leurs eaux intérieures, au moyen du drainage. De cette manière, on comprendrait plus facilement comment ces drainages ont une si grande extension dans des territoires célèbres, comme celui des Volsques, par leur richesse agricole, avant la conquête romaine. Ce serait seulement plus tard, quand on connaissait déjà tous les effets de ces drainages profonds, qu’on aurait songé à les employer quelquefois dans un but purement hygiénique. On est bien sûr maintenant que, même si les anciens n’eurent pas l’idée que ces drainages pouvaient supprimer ou modérer la production de la Malaria, ils connurent l’heureuse influence qu’ils pouvaient avoir sur l’état hygrométrique des habitations, puisqu’il arrive quelquefois de voir que l’étendue en largeur des réseaux de drainage ne dépasse pas sensiblement celle des maisons sous lesquelles on les trouve.
Le D r Prankland, connaissant les faits que nous venons de rappeler, avait reconnu que malgré le drainage :
L’irrigation par infiltration n’épure pas convenablement ;
Elle ne permet de verser sur le sol que des volumes d’eau limités ;
Elle exige par conséquent d’immenses surfaces si on ne veut pas qu’elle soit une cause très grave d’insalubrité.
L’administration de la Ville de Paris, qui avait suivi les essais, choisit pour les renouveler un champ d’expériences dans la presqu’île de Gennevilliers.
Elle ne pouvait mieux faire.
Presqu’île de sable, filtre naturel en aval de la cité et de ses faubourgs, àl’extrémité du département, à la cote de niveau la plus basse (30 mètres environ au-dessus du niveau de la mer), d’un plan d’eau aussi régulier que possible, la plaine de Gennevilliers avait encore deux avantages précieux : la proximité de Paris, le voisinage immédiat de la bouche du collecteur de Clichy et du déversoir de Saint-Ouen.
Un premier essai timide fut fait en 1865 par M. Mille , ingénieur des ponts et chaussées. En 1869, six hectares furent cultivés à l’eau d’égout dans la presqu’île de Gennevilliers, et en 1872 et 1873, un traité fut conclu avec la commune de Gennevilliers pour l’irrigation des terres sablonneuses de cette localité au moyen des eaux d’égout de Paris. Ces terres s’en trouvèrent bien, de stériles elles devinrent productives ; les choux, les navets, les carottes et autres légumes y acquéraient un volume phénoménal, tout allait pour le mieux, et les ingénieurs de la ville crurent avoir trouvé une solution définitive, qu’ils affirmèrent, proclamèrent bien haut, méprisant les observations de leurs contradicteurs.
Au l or octobre 1874, 115 hectares de la plaine de Gennevilliers avaient été irrigués avec les eaux d’égout de Paris, et le 12 décembre 1874, la Commission technique nommée pour suivre ces études déclarait à M. le ministre des travaux publics que l’expérience était concluante.
Le sol ayant deux mètres d’épaisseur, l’administration admettait comme étant suffisant le déversement par mètre carré de 300 litres d’eau d’égout, c’était pour vingt jours d’écoulement= 15 litres à écouler par jour et par mètre carré de surface.
Un hectare pouvait recevoir 10,000 x 15 = 150,000 litres d’eau ou 150 mètres cubes, et par année 24,750 mètres cubes. Or, à Paris, en calculant sur une arrivée d’eau de 600,000 mètres cubes par jour, et par an 219,000,000 de mètres cubes, il faut pour leur filtration 4,314 hectares de terre.
Ces-calculs, conséquence des expériences faites, s’ils étaient
vrais en théorie, ne l’étaient pas en pratique, et les ingénieurs français devront reconnaître que la vérité était :
i° Que les légumes surchargés d’engrais fétide avaient un goût détestable qui en amoindrissait la valeur vénale ;
2° Que l’irrigation ne pouvait se faire en toute saison ;
3° Que les puits de la localité étaient infectés ainsi que les caves ;
4° Qu’un nombre respectable de cas de fièvres intermittentes et de dysenterie s’étaient déclarés ;
5° Enfin qu’on ne pouvait déverser qu’une très minime partie des eaux d’égout à Gennevilliers, sous peine de graves inconvénients.
Dans les conditions d’épandage que l’administration préconisait, on rencontrait à Gennevilliers tous les caractères d’insalubrité des véritables marais. En effet, cette masse d’eau s’échauffe beaucoup au soleil et des phénomènes de décomposition se manifestent dans la matière organique végétale et animale qu’elle tient en suspension. Une matière d’aspect glutineux qui tient emprisonnées des bulles de gaz nage souvent à la surface de l’eau ; les émanations ont alors une odeur caractéristique et nauséabonde qui se fait sentir à distance.
Aussi l’hygiène ne pouvait-elle considérer ces marais nouveaux que comme nuisibles à la santé publique.
L’ingénieur a observé que dans les pays sablonneux des ruisseaux et des fossés sont devenus parfaitement étanches par le déversement des eaux.
11 est vrai qu’il peut s’être passé plusieurs années avant que le terrain n’ait acquis cette propriété, mais il est rendu étanche en peu de temps avec de l’eau troublée. Tel est le cas des eaux d’égout déversées sur la plaine de Gennevilliers.
Le sable ne laissait pénétrer l’eau qu’à travers les interstices qui se trouvent entre les grains qui le composent, car ceux-ci sont entièrement imperméables, et se trouvaient bouchés par l’argile et les autres corps tenus en suspension dans les eaux.
Aussi les premiers projets de l’administration abandonnèrent son premier champ d’expériences ; elle demande aujourd’hui à se réfugier dans la forêt de Saint-Germain. Pourquoi? Est-ce pour cacher à nos yeux et à notre odorat cette nouvelle voirie ? Est-ce pour éviter des dépenses ?
Si on veut épurer les eaux par leur filtration sur un terrain perméable, il faut se résoudre à avoir près de soi un dépotoir et tous
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 371 les inconvénients que nous venons de relater. Quant aux dépenses, elles seront les mêmes partout, aussi bien en allant au loin, à Saint-Germain, qu’à Gennevilliers ; elles se majoreront dans ce nouvel endroit des mêmes frais nécessaires aux conduites qui se trouvent déjà payées à Gennevilliers.
Gennevilliers possède. 1,500 hectares de terrain.
Nanterre, Colombes, Rueil. 1,250 — —
Carrières , Bezons , Argenteuil ,
Sartrouville, Houilles. 1,400 — —
Parties basses de la forêt de Saint-
Germain et fermes domaniales.. 1,500 — —
Achères. 700 — —
Ensemble. 6,350 hectares de terrain.
Dans ces conditions :
« On peut rendre les eaux d’égout limpides en apparence, mais « elles ne seraient pas moins souillées par les matières organiques « solubles et rendues par elles impropres aux usages domestiques. » (Congrès d’bygiène, 1878.)
« Les eaux deviendront-elles potables à l’aval de Paris? non,
« certainement. D’abord, en temps de pluie, il est absolument « impossible d’empêcher le trop plein des égouts de tomber en « Seine. Pendant une partie de l’année, une fraction importante « de l’eau des collecteurs se mêlera donc à l’eau du fleuve. Même « en temps ordinaire, les matières organiques en dissolution « rentreront en partie dans la Seine par les nappes d’eau sou- « terraines.
« On peut donc affirmer, dès aujourd’hui, que jamais l’eau de « Seine ne sera rendue potable entre Paris et Rouen. »
(Belgrand, la Seine, pag. 436.)
Laissons encore parler M. Sugiers Marchand, et nous convaincrons les plus incrédules des x'ésultats qu’amènera la triste opération que se proposent de réaliser les ingénieurs chargés du service de l’assainissement de Paris, en voulant porter dans la fosse de Saint-Germain les eaux d’égout de la Cité.
« Quand les eaux, dit-il, sont conservées longtemps, sans aucun « renouvellement, en présence de la lumière et de l’air, la matière « organique qu’elles renferment se transforme en matière dite « verte de Priestley. D’après Wagner cette matière est formée « par les cadavres d’infusoires, les Englena virtdis, les Englena « sanguinea, etc.
« Dans ces conditions, toujours suivant M. Marchand, les eaux
« ne tardent pas à se recouvrir de celte matière en très grande « quantité, quelquefois verte, quelquefois rouge ; la chaleur aidant, « il se développe de nombreux animalcules microscopiques dont « l’existence se succède rapidement pour augmenter la fermenta- « tion putride. L’eau devenue jaune, elle est fade, elle réduit les « sels d’or, empêche la réaction de l’iode sur l’amidon ; aussi « y décèle-t-elle la présence, en proportions notables, d’albumine « végétale.
« Ces eaux, si elles baignent des végétaux, ne laissent plus « dégager, à l’odorat, des odeurs appréciables, mais elles laissent « au fond des matières putrescibles qui donnent naissance au gaz « des marais, principe le plus actif des miasmes paludéens, qui « engendrent les fièvres intermittentes dans les lieux marécageux. »
La forêt de Saint-Germain deviendra-t-elle ce que sont les marais Pontins, ceux de la Toscane, et, sans aller aussi loin, ce que sont les marais du centre de la France et les étangs salés du littoral méditerranéen, un pays infecté par le limon putride que les eaux d’égout abandonnent en se retirant?
La cause de l’insalubrité des marais est le sujet en France de force propositions, et si on s’arrête, c’est à cause des dépenses à effectuer pour aérer ces contrées qui absorbent encore 430,000 hectares qui, s’ils étaient appropriés aux lois de l’hygiène, nourriraient un million de Français.
Comment alors concilier d’une part le désir de détruire ces lieux d’infection, avec le projet de Saint-Germain qui tend à augmenter le mal, là où il n’existe pas.
Nous venons dire :
Ces projets abandonnés, par force majeure, à Gennevilliers viennent d’être représentés au Conseil municipal qui a voté leur mise à exécution dans une partie de la forêt de Saint-Germain.
A notre avis, les habitants de Saint-Germain et des localités environnantes de la forêt feront comme ceux de Gennevilliers et ne toléreront pas l’exécution d’un pareil projet; les grands pouvoirs de l’État ne les autoriseront pas davantage, car, s’il est vrai qu’il faille un hectare de terre pour 30,000 mètres cubes d’eau, qu’il faille seulement 4,314 hectares, il n’en est pas moins vrai que les eaux qui s’écouleront dans la Seine à Acbères n’en seront pas moins souillées, et infecteront le fleuve dans les mêmes conditions que celles qui existent aujourd’hui. Ce qu’il faut, ce n’est certes pas de créer une nouvelle voirie, Bondy est là. Ce qu’il faut, c’est
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. $73 un canal de Paris à la mer, qui déverse sur son long parcours les eaux pour la culture des terrains de la vallée de Seine, et ce qu’il faut pour les établissements insalubres que nous venons de passer en revue, c’est qu’ils retournent tous à Bondy.
Reste l’épuration des eaux par la culture.
Emploi des eaux d'égout à la culture. — M. Schlœsing, expliquant les transformations que subit la matière organique dans le sol, dit : « Le feu purifie tout ; il n’y a pas de matière organique, si « impure et malsaine, que le feu ne transforme, avec le concours « de l’oxygène, en acide carbonique, eau et azote, composés mi- « néraux absolument inoffensifs. Eh bien! dans l’intérieur du sol « se passe un phénomène du môme ordre, non plus violent et visi- « ble comme le feu, mais lent, sans aucun signe extérieur; ce n’est « pas moins une combustion, qui réduit toute impureté organique « en acide carbonique, eau et azote; il lui arrive même d’être plus « parfaite que la combustion vive, et d’oxyder, de brûler l’azote, « ce que le feu ne sait pas faire. » tü ;v;
Or oxyder toutes les matières organiques en les entraînant, en les décomposant au profit de la culture est une épuration des plus rationnelles et qui résout la question des eaux d’égout.
Les puisards. — Mais déverser ces eaux dans la forêt de Saint- Germain, c’est-à-dire en faire un immense puisard, est une des mesures les plus illogiques que l’on puisse rêver et qui entraînerait des conséquences funestes pour la santé publique; en effet :
« Un puisard, dit M. Dupiney de Vorepierre, est une excavation « plus ou moins profonde dans laquelle viennent se réunir les « eaux inutiles d’une maison, d’une rue, etc. Ces éaux sont absor- « bées clans la terre et s’y perdent. Cette double fonction qui con- « siste à réunir les eaux infectes et à les faire absorber par les « terres environnantes démontre surabondamment l’insalubrité « qui peut résulter de l’usage des puisards. »
« La pratique des puisards, dit M. Lalanne, est fort ancienne et usitée dans beaucoup de contrées différentes. Si le terrain sur lequel on se trouve est, sur une épaisseur notable, léger, sablonneux, par conséquent perméable; ou s’il recouvre un fond de roc fendillé, présentant des interstices entre les tranches ou feuillets dont la masse se compose, on n’a pas grand travail à faire pour se débarrasser, à travers cé terrain, des eaux surabondantes, quelle que soit leur nature. Le puisard est à la superficie même, et tout au plus pratique-t-on, pour en faciliter le fonctionnement, un en-
cuvement peu profond. Dans le cas d’un afflux extraordinaire, ou d’un liquide trop chargé de matières en suspension pour que l’absorption n’exige pas un temps notable, on creuse plus profondément, et pour maintenir les parois de la fouille cylindrique que l’on exécute ordinaii'ement, sans enlever à ces parois, ni au fond, leur perméabilité, on remplit la fouille de blocs de pierres jetées en tas, et dans les interstices desquelles les liquides continuent à couler, tant que les vides ne sont pas obstrués par les matières insolubles. — Des curages exécutés périodiquement et de fond en comble sont nécessaires pour rétablir le bon fonctionnement du puits. »
« Les puits de Paris servaient autrefois aux usages domestiques et à l’alimentation, malgré la crudité de leur eau très séléniteuse. Il paraît que les puisards absorbants commencèrent à se répandre sous le règne de François I or , et depuis lors l’altération de la nappe alimentaire augmenta bientôt progressivement, au point que l’eau des puits finit par ne plus être employée que pour le lavage des cours et l’arrosage des jardins. »
Les exemples de cette funeste influence sont excessivement nombreux. Il est aujourd’hui de notoriété publique que certaines villes, placées dans les conditions les plus hygiéniques, sont le siège de nombreuses affections qu’on ne peut attribuer qu’à l’infection du sous-sol produite par des puisards absorbants, par des fosses d’aisances à fond perméable, qui ne sont pas revêtues d’enduits étanches.
Il est temps de rapporter toutes les dispositions relatives à l’établissement des puisards, et M. Lalanne émet l’avis qu’il y a lieu de soumettre aux autorités compétentes une proposition ayant pour objet de prohiher d’une façon générale, sur l’étendue entière du territoire français, l’usage des puits et puisards absorbants; et de n’accorder les autorisations particulières qui seraient sollicitées, dans des circonstances exceptionnelles, qu’après une enquête dont la forme et la durée seront fixées par un règlement d’administration publique.
La condamnation des projets de l’administration préfectorale est complète, les autorités scientifiques qui se sont chargées de cette sentence sans appel ont décidé une fois pour toutes la question ; aussi, lorsque le débat sera porté près du Corps législatif, il sera décidé que la solution cherchée, pour l’emploi du curage de Paris, n’est pas celle de le déverser dans la forêt de Saint-Ger-
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 375 main, sous la forme de puisards, pas plus que sous celle d’arrosement en ados.
La culture. — L’emploi à la culture des détritus des villes n’est pas aussi moderne qu’on le croit.
Au quinzième siècle, Milan avait ses Marcites, il y a deux cents ans qu’Édimbourg déverse ses eaux à la culture; Lausanne les utilisait dès le quinzième siècle; Novare, Chambéry, à partir de. 1738 et 1774, les versaient sur des champs.
Dans l’anliquité, d’après Eusèbe, mort vers 340, Jérusalem arrosait ses jardins et laissait écouler ses eaux hors de la ville pour servir aux besoins des champs.
De tout temps on avait reconnu l'efficacité des eaux sales des villes pour la culture, on ne se rendait pas compte, il est vrai, du pourquoi, mais l’expérience avait parlé, et nous trouvons, bien avant les temps que nous venons de rappeler, que les Chinois entre autres ne laissaient pas perdre les détritus de leurs habitations. Aujourd’hui, grâce à la science que nous avons acquise, on sait le comment et on n’ignore pas que si l’azote est une substance qu’il s’agit, au nom de l’hygiène publique, d’éliminer; s’il ne se combine avec l’oxygène que très difficilement, associé au sol avec les plantes. il donne à celles-ci une végétation des plus actives.
Ce fait reconnu par les anciens, par les expérimentateurs anglais, par nos ingénieurs, établit que :
Pour utiliser les 5,400,000 kilogrammes d’azote qui représentent une valeur de 10 millions de francs environ, les ingénieurs de la ville de Paris ont adopté dans la plaine de Gennevilliers leur emploi par planches en ados. Sur les ados, on semait ou on plantait les diverses cultures ; dans les canaux circulait l’eau d’égout.
Les eaux n’étaient distribuées que par petites quantités ; au point de vue de la culture, l’année ne se divise-t-elle pas en deux époques distinctes : pendant la première, la plante éclôt, se développe, mûrit sous l’action du soleil; quand arrive la seconde, la plante meurt ou tout au moins se dépouille de ses feuilles et attend dans l’immobilité le x-etour de la belle saison.
On sait que les végétaux sont de puissants agents d’assainissement. L’expérience le démontre pour les terrains marécageux et les cimetières.
On l’explique parleur absorption et leur assimilation de certains principes et leur exhalaison par les feuilles. Ils sont considérés, à juste titre, comme étant les purificateurs de l’atmosphère.
Les ingénieurs de la ville de Paris ont eu le tort, en établissant des parallèles entre les divers champs d’irrigation de l’étranger, de ne pas tenir compte de la différence climatologique du Nord de la France avec les contrées du Midi.
C'est ainsi que l’on cite à plaisir la Lombardie où l’on irrigue les 80 centièmes de la contrée, et où l’on utilise toutes les eaux disponibles ; mais on ne constate pas qu’il n’y a en Lombardie que trente à quarante jours de pluie par an, lorsqu’à Paris il y en a deux cents; on ne tient pas compte que le soleil luit la moitié de l’année, alors qu’il n’apparaît ici que tous les trois à cinq jours.
Dans ces conditions, l’irrigation dans les pays chauds ne pourra jamais se payer trop cher, il en manquera toujours alors que les eaux d’égout ne pourront être employées, dans la vallée de la Seine, que pendant un nombre d’heures déterminé.
La plante ne doit prendre à l’arrosage que ce qui est nécessaire à sa vie; le problème ne peut donc trouver sa solution complète pour l’emploi à la culture de toutes les eaux d’égout, car, eût-on à sa disposition une suffisante quantité d’hectares-, l’opération ne pourrait être entreprise qu’à certaines époques de l’année.
Le débit de l’égout n’est pas toujours le même ; il est sujet à des crues ou à des baisses qui varient suivant l’heure et suivant la saison.
L’écoulement, le flux, est plus considérable le jour que la nuit, le malin que le soir: il augmentera soudain à la moindre averse et l’orage le transformera en torrent.
Or, ces conditions s’accordent mal avec une opération régulière et suivie réclamée parla culture.
Le jour se fait sur ces questions ; en Angleterre on arrose avec les eaux de sewage les prairies ; on arrose vers février, on laisse s’épandre pendant vingt-quatre heures l’eau qui avait six millimètres de hauteur; dix jours plus tard, on recommence la même opération pendant douze heures seulement, pour la terminer, dix jours après, avec le même arrosage.
Quatre fois par an, on opère de même, et on obtient de 70 à 100 tonnes de foin par hectare.
Comme on le voit, la restitution, dans ces conditions,.est complète, on a fourni pour de prochaines récoltes l’azote que les coupes précédentes avaient enlevé, mais on n’a utilisé les eaux dégoût, dans une année, sur un même terrain, que pendant quatre-vingt-seize heures !
On n’a fourni à ce terrain, par mètre carré, en quatre fois, que 72 millimètres d’eau !
Que de terrains il faut à la ville de Paris pour utiliser ses eaux sales et ses vidanges, et encore, pendant les saisons d’hiver, le temps de la coupe, les jours de pluie, qu’en ferait-elle.
Dans ces conditions d’arrosage intermittent, les prairies sont luxuriantes et fournissent, soit en vert, soit en foin, des produits qui ne laissent rien à désirer pour la nourriture du bétail.
Les navets, les pommes de terre, y viennent bien, et nul besoin de fumier ; en un mot, l’épandage des eaux d’égout sur les cultures donne, dans ces conditions, des résultats très satisfaisants, d’autant que le terrain a été préalablement drainé, que les eaux qui sortent des drains ne renferment plus de matières azotées, signe évident que les plantes se les sont assimilées, et que la quantité drainée est suffisante.
Les végétaux s’assimilent les liquides putréfiés et infects, non seulement par leurs feuilles, mais encore par leurs racines ; c’est ce qui explique que les navets, que les pommes de terre réussissent tout aussi bien que les prairies artificielles.
M. le D r Jeannel en a fait l’expérience :
Pendant quinze jours il fit macérer des haricots dans de l’eau. Au bout de ce temps l’eau était trouble, putride, infecte et contenait des myriades de bactéries et de monades.
Le docteur fit deux parts de ces eaux: l’une fut laissée à ellemême ; l’autre reçut une plante. La température fut maintenue pour l’une comme pour l’autre à 16° au-dessus de zéro.
La plante était en très bon état de végétation et l’eâu qui surnageait devenue claire, limpide et sans odeur, alors que dans le verre à côté elle continuait à rester trouble et infecte. Le microscope ne découvrit plus, dans le premier cas, ni bactéridies, ni monades, mais sous terre des infusoires plus petits, des granulations vertes, mobiles.
Il faut en conclure que les racines des plantes s’assimilent les éléments constitutifs des eaux d’égout, qu’elles fonctionnent comme source d’oxygène, et que ces eaux deviennent un agent puissant de fertilisation.
Canal de Paris à la mer. — Dans ces conditions peut-on concevoir qu’il faille continuer les études faites à Gennevilliers, dans la forêt de Saint-Germain ?
Évidemment non.
« Quand une cité, dit M. Alphand, compte 10 à 2(),000 habitants,
« et produit un à deux millions de mètres cubes d’eau d’égout,
« il lui faut de 100 à 200 hectares pour une utilisation agricole « bien entendue. Cette superficie peut être achetée ou louée en un « ou plusieurs lots, dans les environs.
« Qu’on double, qu’on quadruple le nombre des habitants, il « devient déjà très difficile de trouver 400 à 800 hectares, et « quand la ville a un ou deux millions d’habitants, la difficulté « prend de telles proportions qu’on renonce à la vaincre. En fait,
« il n’y a pas une grande ville, en Angleterre, qui utilise toutes « çes eaux d’égout. »
Il résulte forcément de ce qui précède que, sur les 200 et quelques millions de mètres cubes déversés aujourd’hui par les égouts, qui demain atteindront le double, une part relativement très faible peut seule trouver son application à la culture.
L’administration convient « que si l’emploi agricole est le seul « mode rationnel, un pareil progrès ne peut être que l’œuvre du « temps ; elle devra donc accroître l’étendue de ses distributions ; « après les 5 à 600 hectares à Gennevilliers, elle abordera les « 6,000 hectares jusqu’à la forêt de Saint-Germain. Ce ne doit être « qu’un nouveau pas; plus tard, elle atteindra encore les 600hec- « tares qui s’étendent jusqu’à Meulan, puis plus loin. »
Nous arrivons jusqu' à la mer.
M. Marchant, ingénieur en chef, directeur de la Compagnie générale des eaux, croit que la rive gauche de la Seine se prête merveilleusement à l’utilisation des eaux d’égout pour l’agriculture ; il croit encore que l’on pourrait utiliser 200,000 mètres cubes par jour sur les 40 kilomètres qui séparent Asnières de l’embouchure de l’Oise.
Ces 260,000 mètres cubes seraient réunis dans une conduite maîtresse, qui déboucherait dans l’Oise, de façon à mêler ses eaux aux deux courants de la Seine et de l’Oise. Le long de son parcours seraient installées les conduites de distribution qui seraient installées au fur et à mesure et suivant les demandes d’arrosage.
M. Marchant croit utiliser la majeure partie des eaux sur un parcours de 40 kilomètres ; il n’y aurait plus de danger à perdre le surplus dans la Seine.
Dans son rapport au conseil municipal, M. Alphand disait en parlant du canal de Paris à la mer : « Cela coûtera plus de
« 100 millions, et le jour où le gouvernement décidera que les « eaux d’égout de tout le pays doivent être conduites à la mer, ce « ne serait pas la ville de Paris seule qui aurait à dépenser quel- « ques centaines de millions, le pays tout entier devrait employer « à un pareil devoir le fruit de ses épargnes. »
Nous répondrons à M. Alphand : il ne s’agit que des eaux sales de Paris et des villes qui se trouvent dans la vallée de la Seine. Paris paiera seulement la part proportionnelle qu’elle doit, les autres villes paieront la leur, mais aussi, nous le verrons, cette dépense évaluée à 90 millions se recouvrira très facilement.
L’opinion publique voit aujourd’hui comme nous, et nous avons la faiblesse de croire que cette opinion sanctionnée par l’expérience, par les essais de Gennevilliers, parles irrigations à l’étranger, a le mérite d’avoir raison ; l’administration nous avait été hostile, mais mieux renseignée elle convient « que si l’emploi « agricole est le seul mode rationnel, un pareil progrès ne peut « être que l’œuvre du temps ; elle devra donc accroître (la Ville)
« l’étendue de ses distributions ; après les 5 à 600 hectares à « Gennevilliers, elle abordera les 6,000 hectares jusqu’à la forêt de « Saint-Germain. Ce ne doit être qu'un nouveau pas ; plus tard, elle « atteindra encore les 6,000 hectares qui s'étendent jusqu à Meulan,
« puis plus loin ..., c’est-à-dire, disons-nous, la vallée de la Seine « jusqu’à la mer. »
Le canal que nous avons étudié côtoiera les rives de la .Seine afin de pouvoir distribuer les eaux sur tout le parcours de la vallée ; il prendra les eaux sales de toutes les localités rencontrées, comme il les a prises à Paris, il répondra ainsi au vœu général qui demande : « déban'asser les cours d'eau des immondices des « villes, des fabriques, qui longent la Seine de Paris à la mer, « rendre aux habitants de toutes ces localités, en aval de Paris, de « l’eau pure et salubre. »
Le canal projeté supprime les deux machines élévatoires établies pour l’envoi des eaux dans la presqu’île de Gennevilliers, recueille à Glichy les eaux des collecteurs d’Asnières et de Glichy, et traverse la Seine par un siphon. De là, empruntant le fossé de Y Aumône sur une partie de son parcours, il traverse la plaine de Gennevilliers, et va pour la seconde fois traverser la Seine en syphon ou peu en aval du pont de Bezons.
Le canal s’infléchit ensuite à gauche, de manière à longer le chemin de fer de Rouen, puis se dirigeant vers Sartrouville, rencontre de nouveau la Seine qu’il franchit par un siphon établi
dans les mêmes conditions que les premiers. Il aborde la forêt de Saint-Germain un peu en aval de Maisons-sur-Seine, et la traverse ; puis s’inclinant vers Achères, le canal gagne de nouveau la Seine, la franchit une quatrième fois en siphon et côtoie le fleuve, de Triel à Juzier.
A partir de ce point, le canal s’écarte un peu du fleuve sur une longueur de six kilomètres et demi environ, mais il vient le rejoindre à Limay pour le suivre pendant quelque temps, et le traverser à la hauteur de Rolleboise. Il passe alors en souterrain sous les coteaux avoisinant Méricourt et franchit de nouveau la Seine versBonnières.
Au point de vue de la dépense, cette partie de l’émissaire est la plus importante.
Après avoir franchi la Seine vers Bonnières, le canal suit le fleuve jusqu’à Ghâteauneuf, traverse en syphon la rivière d’Epte, puis se dirigeant vers Courcelles, atteint et passe deux fois la Seine^après avoir traversé en souterrain la petite presqu’île formée par les replis de là rivière aux environs des Àndelys et de Muids. Le tracé rejoint ensuite le fleuve, et côtoie la rive droite jusqu’en aval de Rouen, ne l’abandonnant que sur une longueur de trois kilomètres environ aux abords de Tourville.
Le canal passe à couvert sous les quais de Rouen, recueille, comme il vient de le faire pour toutes les localités rencontrées sur son parcours, les eaux vannes de cette importante ville.
En sortant de Rouen, le canal suit de nouveau le fleuve, traverse en syphon la rivière la Clarette de Cailly, et vient déboucher dans la Seine à la hauteur de Cauteleu.
Il n’est pas nécessaire de conduire le canal au delà de Cauteleu.
La mer est là.
Le mouvement de reflux y est assez puissant pour entraîner sûrement au large les eaux que la culture n’aurait pas employées, sans qu’il y ait lieu de craindre leur retour vers l’intérieur des terres.
Le flux qui a lieu deux fois par 24 heures, et qui atteint Rouen en 2 ou 3 heures, est suivi d’un reflux qui emploie de 5 à 6 heures pour descendre jusqu’à la haute mer.
Comme le prévoient nos projets, nous construisons au point terminus un bassin d’une capacité de 500,000 mètres cubes, c’està-dire pouvant remiser non seulement la quantité d’eau arrivant en 12 heures, mais prévoyant les crues occasionnées par les orages, ces eaux s’échapperont par des vannes ouvertes deux fois
par jour au moment du reflux qui les entraînera avec lui vers la haute mer.
Nous venons de décrire le parcours du canal, depuis Paris jusqu’à la mer ; le tracé présente une longueur de 144,200 mètres, se divisant ainsi :
En côtoyant le fleuve..... 58,550 mètres.
En galerie voûtée.. 30,000 —
En souterrain. 5,000 —
En canal ordinaire ... 48,650 —
En syphon. 2,000 —
Soit ensemble. 144,200 mètres.
Pour compléter notre exposé, nous l’accompagnerons des deux tableaux suivants, indiquant:
Le premier : les départements traversés ; la désignation des parties du canal ; la longueur des diverses sections ; les localités traversées.
Le second : la nature des travaux, leur coût présumé, etc.
Goût présumé du canal à la mer.
Distribution des eaux. — Lavallée de la Seine comprend, pour l’irrigation, autant de contrées qu’il y a de boucles ou coudes du fleuve, que le canal passe en syphon.
Dans chacune de ces contrées, tantôt ce sont les terrains situés sur la rive droite, tantôt ceux de la rive gauche et quelquefois tous deux qu’il s’agit d’irriguer.
L’eau qui coule dans le canal de Paris à la mer, dans bien des caspourrase déverser sans avoir besoin d’être élevée par les machines, mais il faut, dans un projet comme celui-ci, concevoir les plus mauvaises conditions et il est à prévoir que les eaux seront élevées à 10 mètres de hauteur, de telle sorte qu’elles puissent sans difficulté atteindre les limites extrêmes des champs à irriguer en s’écoulant dans des sillons en ados.
Ces sillons en ados sont une copie des dispositions prises par le cultivateur de céréales en plaine. Ce sont des bandes rectangulaires de terrain de 40 à 60 mètres de longueur sur 7 à 8 mètres de largeur, formant entre elles deux plans inclinés. Au sommet de ces deux plans s’ouvre une rigole de distribution ayant une légère pente, diminuant de largeur de l’origine à son extrémité.
Ces rigoles de distribution ont 0 m ,15 à leur origine, 0 m ,08 à leur extrémité sur 0 m ,40 à 0 m ,20 de profondeur.
Les eaux que la plaine n’a pas absorbées s’écoulent et deviennent de nouveaux canaux d’arrosage ; cette opération se répète un assez grand nombre de fois pour irriguer des étendues de plusieurs kilomètres.
Tout a un nom, on appelle ce système irrigation par rechute, mais il a un défaut, c’est que les premiers canaux reçoivent les propriétés fécondantes contenues dans les eaux d’égout en plus grande quantité que les seconds terrains.
Quoi qu’il en soit, cette eau introduite à plein bord dans les rigoles de distribution est déversée, à gauche et à droite, sur le sol, au moyen de petites saignées pratiquées dans les berges, distantes les unes des autres suivant la pente, de manière à assurer un mouillage aussi uniforme que possible.
Quand l’eau a ruisselé sur la surface du sol pendant un certain temps, on ferme ces issues, et on laisse écouler les eaux sur d’autres parties, et on ne recommence que lorsque la plante est bien ressuyée.
Nous avons vu que les époques pour les irrigations sont diverses ; telle plante demandera beaucoup d’eau dans les grandes chaleurs, lorsque telle autre n’en exigeraqu’en automne ou qu’au printemps.
C’est ainsi que les prairies peuvent être fortement imprégnées d’eau à l’automne, mais en ayant bien soin qu’elles soient ressuyées au moment des gelées si on ne veut pas que le gazon en devienne jaune au printemps.
Les prairies naturelles s’établissent, en général, sur des terrains de médiocre qualité.
Une prairie n’est complètement formée qu’au bout de quatre ans. Les trois premières années les récoltes sont bonnes. On fait trois coupes de foin et on pourrait même en faire quatre.
Les prairies artificielles, celles de luzerne sont soumises aux irrigations durant trois ans, après on cultive avec le plus grand succès des légumes sans être obligé de fumer.
Les légumes sont généralement arrosés tous les sept jours.
Il n’y a donc pas d’époques fixes pour l’irrigation, le cultivateur seul en apprécie l’opportunité, et comme le canal de Paris à la mer charriera continuellement de l’eau, il pourra toujours en trouver lorsqu’il en aura besoin.
Inconvénients des irrigations. — Les eaux d’irrigation ne produisent de bons effets qu’à la condition de ne séjourner qu’un instant à la surface du sol et d’être souvent renouvelées. L’eau stagnante pourrit les plantes, elle entretient le froid dans l’intérieur du sol, elle y engendre des matières visqueuses et roussâtres, qui sont de véritables poisons. Si elles ont été versées en trop grande abondance, elles affluent en nappes ou jets, et alors on est obligé de recourir, pour arrêter les mauvais effets d’un pareil état de choses, à drainer, opération coûteuse.
Un autre inconvénient à signaler, c’est celui que les eaux d'égout entraînent avec elles de petits grains de sable d’une ténuité extrême, qui ne tardent pas à se déposer et à former à la surface du sol des prairies un sédiment sablonneux, dont les effets sur la végétation sont d’autant moins favorables que la couche devient plus épaisse.
Enfin, par suite d’excès d’eaux d’égout, surtout lorsqu’elles sont chargées en sewage, les matières azotées mises à la disposition de la plante donnent les premières années de grandes quantités à la récolte, mais ce rendement disparaît, parce que la plante demande des proportions considérables d’acide phosphorique, de chaux, de potasse, d’humus qu’elle ne rencontre pas ou qui se trouvent en quantité trop minime dans ces matières.
Nécessité de fumer , l'irrigation seule étant plus nuisible qu'utile. — Les progrès les plus marquants apportés à l’agriculture, depuis
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 3S9 ces dernières années, sont dus, en grande partie, à l’emploi des engrais chimiques.
11 est heureux qu’il en soit ainsi, le fumier de ferme, celui produit par la paille de nos récoltes et par les déjections de nos animaux n’étant plus en quantité suffisante pour satisfaire à l’alimentation des 36 millions d’habitants que renferme le territoire de la France.
Déjii, à des époques éloignées de nous, cette quantité de fumier de ferme ne suffisait pas, et cependant alors la France ayant le même territoire ne possédait que 20 millions d’habitants au plus.
En 1865, la commission d’enquête sur les engrais industriels se préoccupait de cette question; dans vingt ans, trente ans au plus elle prévoyait que l’appoint des guanos qui nous venaient des pays lointains disparaîtrait, et elle espérait que la chimie serait appelée à régler la manipulation des immondices des villes, et rendre facile la concentration de leurs principes fertilisants.
L’usage de ces fabrications, tous les jours plus répandu, a fait que la culture s’est étendue aux sols les plus pauvres, et ce, après que l’emploi de ces produits chimiques avait constaté, sur les terrains les plus riches, que les récoltes avaient gagné 50 p. 100 de rendement en plus.
En présence de ces résultats, on calcula que si la quantité d’engrais artificiels actuellement employés en Angleterre est de 300,000 tonnes par an, si elle s’accroît d année en année, en France nous restons stationnaires. Ces circonstances déplorables chez nous font la viande et le pain chers ; elles ont été relevées dans une de mes dernières brochures (1) ; nous ne voyons de remède, pour atténuer un pareil état de choses, que la création en France d’une société puissante qui utiliserait les phosphates, les déjections urbaines en les transformant en produits propres à l’agriculture, société qui vendrait les produits directement aux cultivateurs en leur garantissant la valeur en acide phosphorique et en azote, empêchant ainsi les falsifications, seules causes qui ont arrêté en France un emploi égal d’engrais à celui constaté en Angleterre.
Cette société est encore à se créer.
« C’est le fumier, disait Olivier de Serres, qui réjouit, réchauffe, engraisse, ramollit, adoucit, dompte et rend aises les terres lassées
(I) Des phosphates et des produits chimiques propres à l’agriculture. — P. Baudry, éditeur, rue des Saints-Pères, 15. — 1879.
par trop de travail, celles qui par leur nature sont froides, maigres, dures, amères, rebelles et difficiles à cultiver. »
En remontant plus loin que le dix-septième siècle, vers l’an 200 avant Jésus-Christ, Caton l’Ancien disait à son tour :
« Attachez-vous à avoir un gros tas de fumier. »
Cent ans plus tard, Varron recommande d’avoir deux fosses à fumier, « l’une pour recevoir celui de chaque jour, l’autre pour tenir en réserve celui à porter aux champs. »
Golumelle, agronome en l’an 100, décrit ces deux fosses : « Elles seront inclinées, et pavées, afin qu’il ne s’échappe aucun liquide. »
Bernard de Palissy, en 1563, recommandait :
« Quand tu iras par les villages, considère un peu les fumiers des laboureurs, et tu verras qu’ils les mettent hors de leurs estables, tantost en haut et tantost en lieu bas, sans aucune considération, mais (pourvu) qu’il soitappilé, il leur suffit ; et puis, prends garde au temps des pluyes, et tu verras que les eaux qui tombent sur lesdits emportent une teinture noire en passant par ledit fumier, et trouvant le bas, pente ou inclinaison du lieu où les fumiers seront mis, les eaux qui passeront par lesdits fumiers emporteront ladite teinture qui est la principale et le total de la substance du fumier. Par quoi le fumier ains lavé ne peut servir, sinon de parade, mais étant porté au champ* il n’y fait aucun profit. Voilà pas doncques une ignorance manifeste, qui est grandement à regretter...
« Si tu veux que ton fumier te serve à plein et à outrance, il faut que tu creuses une fosse en quelque lieu convenable, près de tes étables et icelle fosse creusée en manière d’un claune (citerne) ou d’un abreuvoir, faut que tu paves de cailloux ou de pierres ou de briques ledit claune ou fosse et icelui bien pavé avec du mortier de chaux et de sable ; tu porteras tes fumiers pour garder en ladite fosse, jusques au temps qu’il le faudra porter aux champs. Et afin que ledit fumier ne soit gasté par les pluyes ni par le soleil, tu feras quelque manière de loge pour couvrir ledit fumier : et quand il viendra au temps des semailles, tu porteras ledit fumier dans le champ avec toute sa substance, et lu trouveras que le pavé de la fosse ou réceptacle aura gardé toute la liqueur du fumier, qui autrement se fust perdue, la terre eust sucé partie de la substance dudit fumier; et te faut ici noter que si, au fons de la fosse ou réceptacle dudit fumier se trouve quelque matière claire qui sera descendue des fumiers et que ladite matière ne se puisse porter
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 391 dans des paniers, il faut que tu prenes des basses [bassins en bois) qui puissent tenir l’eau, comme si tu voulais porter de la vendange, et lors tu porteras ladite matière claire, soit urine des bestes ou ce que tu voudras. Je t’asseure que c’est le meilleur du fumier, voire le plus salé : et si tu le fais ainsi, tu rapporteras à la terre la mesme chose qui lui avoit ostée par les accroissements des semences, et les semences que tu y mettras après reprendront la mesme chose que tu y auras portée. Yoilà comment il faut qu’un chacun mette peine d’entendre son art, et pourquoy y est requis que les laboureurs ayent quelque philosophie, ou autrement ils ne font qu’avorter la terre et meurtrir les arbres. »
Comme on le voit, dès la plus haute antiquité, le cultivateur avait reconnu que si on ne restituait pas à la terre une partie des produits que la récolte lui avait prise, il n’y avait pas à espérer obtenir de nouvelles récoltes.
Cette restitution, dans les temps anciens, était facile ; la terre appartenait aux classes privilégiées, elle formait de grandes divisions partagées en herbages, en bois, en terres cultivées, sur lesquelles paissaient en nombre les animaux qui constituaient le fumier, ainsi telle ferme, telle exploitation agricole pouvait établir une rotation telle, qu’il n’y avait à se préoccuper à chercher au loin les engrais nécessaires.
Depuis ces temps anciens les choses ont bien changé, en France les grandes propriétés disparaissant, le nouveau cultivateur a acheté de son seigneur d’autrefois, il a cultivé des étendues moindres, quelques hectares.
Autrefois telle ferme, telle exploitation agricole vendait des récoltes dans le pays même ; le grain servait à l’alimentation des gens du lieu, la paille, la cosse, la racine se métamorphosaient en engrais au moyen des déjections des animaux employés au travail des champs.
Le grain était vendu sur le marché voisin, par quelques sacs. La baisse et la hausse se faisaient suivant que la culture donnait ou ne donnait pas, souvent aussi l’accaparement s’en mêlait, aussi les prix étaient-ils soumis à des oscillations considérables, mais les transports nouveaux aidant, les chemins de fer, la navigation, cet état de choses a changé.
Le nouvel ordre qui nous régit a tout changé, le propriétaire d’aujourd’hui ne peut avoir la même quantité de bétail, aussi a-til trouvé plus rémunérateur de porter au marché voisin non seulement son grain, mais encore la paille ; opération qui lui était
d’autant plus facile qu’il avait à sa disposition, ce que n’avait pas eu son prédécesseur, des routes commodes et économiques.
La paille a trouvé, non seulement des moyens de transport avantageux, mais un écoulement industriel, on en fait des papiers, on la fabrique en objets les plus divers, de telle sorte que le cultivateur fait argent immédiat et de son blé et de ses déchets.
Partout on emploie le fumier de ferme, en plus ou en moindre quantité, mais partout on n’en donne à la terre que des quantités insuffisantes, quantités qui ne restituent pas tous les éléments que les récoltes lui ont pris ; aussi dans certaines contrées laisse-t-on une année sur trois de récoltes obtenues, les terrains en jachère, c’est-à-dire on laisse la terre en repos, la végétation est libre de se conduire et de produire ce que bon lui semble.
On laisse au ciel et au vent le soin d’apporter les graines qui, avec celles qu’on a perdues à la dernière récolte, donnent des prairies abondantes.
Si, après avoir été retournée par un labour, on sème en temps utile, si la saison a été clémente, si on a ajouté le fumier de ferme disponible, on peut compter en France sur une récolte moyenne en blé de 400 kilogrammes de grains à l’hectare.
La composition chimique du fumier de ferme est, suivant Payen et Boussingault, qui l’ont appelé, à juste titre, engrais normal, la suivante :
Humus...
Azote....
Potasse. . g'g
Soude. j’g
Magnésie.
Chaux. 6,8
Total. 1000,0
Les effets produits par le fumier de ferme sont ceux delà restitution au sol des principes minéraux qui lui ont été enlevés, l’azote, la potasse, la soude, la magnésie, la chaux ; mais ce qui manque totalement, c’est l’acide phosphorique, et où la restitution est insuffisante, c’est dans la quotité d’azote qui, parla décomposition du fumier, par le peu de soin, généralement, qu’on donne, est perdu par l’évaporation.
Des expériences bien faites ont démontré qu’un sol auquel on continuait d’apporter du fumier de ferme à la dose de 40,000 kilo-
| Cendres. 69,1 [ 977,9
1 Gaz. 68,8 )
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 393 grammes à l’hectare donnait en moyenne 64,000 kilogrammes de betteraves.
Ce même sol, n’ayant plus reçu l’année suivante de fumier, mais alimenté de :
400 kilos de superphosphate, t>00 — de nitrate de potasse
en avait donné 72,000 kilogrammes.
Ce qui prouve que la quantité de fumier des années précédentes avait laissé une plus-value suffisante en humus, en soude, en magnésie et en chaux, pour produire ce résultat ; et ce qui démontre : que si le fumier de ferme est indispensable, la quantité de 40,000 kilogrammes est suffisante pour deux et même trois récoltes si on a eu le soin d’ajouter, au moyen de produits chimiques, les éléments disparus.
Le fumier de ferme joue un rôle primordial, non seulement mécanique; celui d’assembler les terrains et de permettre facilement l’accès de l’air et l’écoulement des eaux, mais, par sa fermentation, de produire l’acide humique, qui forme de hautes combinaisons avec l’azote et devient le principe de vie et de végétation.
On peut le placer en tout temps dans la terre ; au moment des labours on l’enfouit, dans d’autres on le met en couverture ; dans ces conditions les pertes occasionnées par son séjour dans la ferme sont toutes au profit du sol.
Ce court exposé sur les vertus du fumier de ferme nous amène à conclure que le moyen le plus simple pour donner aux cultures les éléments qui leur sont indispensables est son emploi, qu’il est incontestablement le meilleur si on y joint l’irrigation avec les eaux d’égout.
Dans ces conditions la culture de la terre devient un outil docile dans la main de l’homme, c’est une fabrique de graines ou de fruits.
Où s’arrêle cette puissance de production ?
Ce que nous savons aujourd’hui, c’est qu’elle croît en raison de la loi de restitution, mais dans quelle proportion ?
Quelques-uns de nous pensent qu’il en est de la terre comme il en est de l’engraissement d’un bœuf : en restituant au sol ce que chaque récolte lui enlève, non seulement on atteindra facilement 26 hectolitres de blé à l’hectare, mais on arrivera, après quelques années, à produire, comme quelques- unes de nos fermes, 44 hecto-
litres, exploitations dans lesquelles on a toujours eu le plus grand soin de former dans le sol de l’ humus.
D’où il résulte que pour établir une culture normale sur les terrains arrosés au moyen des eaux d’égout, il faut recourir à l’emploi d’engrais complémentaires, si on ne veut courir à bien des insuccès, au lieu de transformer les sables de la basse Seine en un véritable jardin de légumes et de fruits, de tabac et de houblon.
Ces résultats ont été obtenus dans les environs de Nuremberg et dans quelques petites villes anglaises où les administrations municipales n’ont pas agi au hasard, et se sont appliquées à déterminer l’étendue des terrains à arroser d’après la quantité et la richesse des matières dont elles pouvaient disposer.
Rendement. — Si ces conditions sont suivies, personne ne contestera plus que les irrigations à l’eau d’égout sont utiles à la végétation, qu’elles produisent des résultats d’autant plus rémunérateurs que les eaux seront chargées d’azote, de potasse, et d’acide phosphorique.
Les essais qui ont été faits non seulement à Gennevilliers, mais en Angleterre sur une grande échelle, en Italie, en Suisse, ne laissent aucun doute à cet égard.
Les plantes maraîchères gagnent en qualité et en quantité dans les Flandres, le cultivateur a toujours arrosé ses plantes avec du purin , c’est-à-dire avec des eaux de vidanges étendues d’eau et similaires aux eaux d’égout.
Une des cultures les mieux réussies est celle du chou-fleur ; on produit 25,000 pieds à l’hectare.
Les légumes, entre autres les artichauts, les melons, coings et potirons, produisent du mois de mai jusqu’au mois d’octobre.
On arrose tous les cinq jours environ.
Les haricots sont encore un des produits qui réussissent le mieux à l’irrigation ; on peut obtenir deux récoltes par an.
Les blés sont arrosés généralement trois fois, une au moment de la moisson afin que la terre soit assez fraîche pour être labourée et semée immédiatement après.
Dans le midi de la France, il n’est pas rare qu’un hectare de terre cultivé en légumes et arrosé convenablement produise 1,900 francs.
On calcule que la préparation de la terre, les frais de culture, plantation, menus soins, fumier, etc., coûtent , . . 2,550 fr. et que le produit :
En melon est de. 4,000 francs.
En artichauts. 4,350 —
En céleris. 5,000 —
Les plantes pour la parfumerie donnent d’autant plus de parfums, qu’elles sont fréquemment arrosées.
Les arbres fruitiers s’en trouvent également bien, les groseilliers, les framboisiers, les fraisiers, doublent leur récolte.
Les prairies en général, le ray grass d’Italie tout particulièrement, donnent de grands résultats par l’arrosement, c'est un fait qui n’a pas besoin de commentaires ; les prairies qui longent les rivières donnent foin excellent et abondant, lorsque celles-ci débordent pendant l’hiver, et laissent en se retirant un limon, qui a des propriétés analogues à celui des eaux d’égout.
Les essais faits à Londres ont prouvé que l’arrosage de la betterave amenait une richesse saccharifère de 8 à 10 p. 100.
Enfin, dans les années de sécheresse, qui contesterait que l’arrosage de nos champs de blé, de seigle, d’avoine, serait avantageux?
Mais nous ne pourrions trop le répéter, l’irrigation n’amène les plus-values de culture qu’autant qu’on soit parcimonieux d’eau ; nulle part, dans aucun pays, on n’a songé à déverser sur un hectare de terre 50,000 mètres cubes et plus dans une année, aussi les ingénieurs de la ville qui ont soutenu une pareille thèse ont fait reculer la question de l’emploi des eaux d’égout de la ville de Paris.
En veulent-ils une dernière preuve? nous irons la prendre pour une culture qui demande des quantités d’eau considérables, pour le riz, qui ne vient que dans les pays où la température est bien plus élevée qu’en France.
Au mois de mars ou d’avril on laboure le sol, on divise le champ en bassins bien nivelés et environnés de digues, on introduit l’eau d’irrigation et l’on sème.
L’eau dans les bassins conserve 0 m ,10 de hauteur afin que les rayons du sol l’échauffent; un hectare de rizière absorbe 190 mètres cubes d’eau par jour, il faut pour couvrir de 0 ra ,10 tout l’espace, trois jours et demi environ, soit 1000 mètres cubes d’eau.
Une fois ces conditions obtenues, l’eau qui entre dans les bassins est absorbée par les plantes, évaporée dans l’atmosphère, infiltrée dans les terres.
Dans une rizière constamment inondée, on remarque :
Qu’un mètre carré de plantes absorbe en 12 heures 200 grammes d’eau, ou pour un hectare 20 mètres cubes.
L’été, l’air étant chaud, sec, l’évaporation constatée avec une température variant de 46° à 50° est de 420 mètres cubes par jour; l’infiltration, dans les terrains drainés, est évaluée à 50 mètres cubes par hectare et par jour.
Donc un hectare de terre en rizière consomme :
Eau absorbée et exhalée par les plantes. 20
Eau perdue par évaporation. 120
Eau infiltrée dans le sol. 50
Total. 190
Si on sème au mois de mars, la récolte se fera dans les premiers jours de septembre, c’est donc (5 mois d’irrigation, ou 180 jours X 490 mètres cubes =34,200 mètres cubes.
Mais ces conditions d'irrigation n’ont lieu qu’accidentellement et dans les pays chauds, en Portugal, par exemple, on ne verse pas, tous les jours, de l’eau dans les bassins.
Aussi lorsque la plante a atteint un centimètre de hauteur, on n’irrigue plus que tous les huit jours, et lorsqu’elle croît, qu’elle prospère, ces irrigations n’ont plus lieu que tous les quinze jours.
Dans l’enquête qui eut lieu à Londres en 4864, M. Lawes disait :
« J’aimerais mieux payer 20 centimes par tonne dans le cas de « prendre l’eau à ma convenance, que 5 centimes dans l’autre.
Dans l’enquête de 4865, M. Wagstoff disait aussi :
« Je consentirais à payer l’eau, mais à la condition de la prendre « lorsqu’elle serait utile. »
Il faut que la compagnie chargée du service des irrigations se borne à mettre l’eau d’égout à la disposition des cultivateurs. Les cultivateurs servis sur le parcours en prendront ce qu’ils voudront, la partie qui n'aura pas été consommée sera jetée à la mer.
La valeur relative des terrains arrosés et de ceux qui sont privés des bienfaits de l’irrigation est variable. Des terrains arrosés valent de 4,000 à 45,000 francs l’hectare, suivant leur position par rapport au centre de population et au mauvais état des chemins.
Les terrains arrosables valent, en général, moitié en sus de ceux qui, placés dans une position identique, ne peuvent jouir de ce bienfait.
Telle est la situation des terrains de la vallée de la Seine qui, irrigués, ont à leur disposition des voies faciles de communication, la Seine et le.chemin de fer de l’Ouest, de pouvoir porter les produits sur le marché de Paris, et d’être à l’avenir le marais qui nous alimentera de fruits et de légumes de toutes espèces.
Caniveaux. — L’arrosage des terres cultivées est le meilleur procédé connu pour épurer lés eaux d’égout, mais tout dépend de la manière dont le procédé est mis en œuvre et conduit.
Il faut que la quantité d’eau donnée à la terre ne dépasse pas une certaine limite, qu’on peut fixer, suivant la nature des sols, de 12 à 20,000 mètres cubes environ par hectare et par an.
Que les canaux et les rigoles d’écoulement soient entretenus en parfait état de propreté, c’est-à-dire ne retiennent jamais aucune matière susceptible de fermenter ;
Que le terrain soit couvert d’une végétation active, permanente, sans solution de continuité.
On lira avec intérêt, dans le compte rendu du 23 décembre 1870 des séances de la Société d’encouragement, la communication faite par M. Alfred Durand-Claye, ingénieur des Ponts et Chaussées, sur les résultats obtenus dans la plaine de Gennevilliers, par la ville de Paris, dans l’application des tuyaux Doulton et C ie .
Les travaux d’irrigation par les eaux d’égout étant appelés à prendre une grande importance en nombre et en extension, MM. Doulton et C ie ont cherché à produire, dans leur poterie, des systèmes d’appareils simples, économiques et les plus appropriés à cet usage. L’emploi en a été fait pour les eaux d’égout de Croydon, Bedford, Watford, Tunbridge-Wells. Ces appareils sont destinés à préserver les voisinages des émanations et à écarter ainsi l’opposition parfois apportée à l’emploi des eaux d’égout, par la crainte des dangers qu’on leur suppose.
On sait, par expérience, qu’aucune odeur ne provient des eaux d’égout fraîches quand on les applique au sol, et que quand une odeur se manifeste, elle provient presque invariablement de la décomposition des résidus qui s’attachent aux bords des fossés ou rigoles de distribution. Ce doit nécessairement arriver, lorsque ces fossés ou rigoles sont creusés dans le sol; la rugosité des surfaces, leur puissance d’absorption, les végétaux qui y croissent, retiennent une forte proportion des impuretés et offrent une difficulté de nettoyage considérable. MM. Doulton et G ie espèrent qu’on remédiera à ces inconvénients par l’emploi de leurs caniveaux ou rigoles en grès vernissé. Pour les petits conduits, les caniveaux semicirculaires sont les plus simples et les plus économiques, particulièrement depuis qu’une fabrication considérable a permis d’en réduire les prix. Ces caniveaux se livrent avec ou sans collets d’emboîtement. Ils pèsent la moitié du poids d’un tuyau de même diamètre (v. p. 12). Leurs prix à Paris sont de :
Diamèt. int. on centimètres 15 22.5 30 * 37.5 46 53 61 76
Prix du mètre linéiare, fr. I 60 2 75 4 75 7 50 10 50 14 18 28
Prix du mètre linéaire, fr. 1 30 2 25 4 25 6 75 9 25 12 50 16 50 26
Les caniveaux à branchements de 90° et 45° sont comptés prix d’mz caniveau et demi.
Les caniveaux sont économiquement transformés en rigoles plus profondes, en les surélevant avec les accotements ou cornières, moulés avec le même grès vernissé. Ces accotements conviennent à tous les diamètres de caniveaux, et sont ainsi d’un emploi plus facile. Ils sont d’une forme telle, qu’on peut au besoin rendre un côté de la rigole plus bas que l’autre; les eaux d’égout en se déversant du côté baissé font de l’autre un trottoir toujours propre et accessible. Ces rigoles ou fossés d’irrigation peuvent être fournies en sections intérieures de 0 m ,15 à 0“,61 et même 0 m ,76 d’ouverture. Leur capacité peut encore être augmentée en surélevant les accotements ou cornières par les rechausses ou briques d’accotement. Les joints se font au ciment, et si on le juge nécessaire, on consolide les côtés en les adossant à une couche de béton. Le poids du mètre linéaire (les deux côtés) est approximativement de 50 kilogr., et de 95 kilogrammes avec rehausses. Ces poids ne comprennent pas celui des caniveaux formant le fond de la rigole.
Les prix du mètre linéaire sont de :
Diamètre ou ouverture
en centimètres. 15
Avec collets. fr. 4 85
Sans collets. fr. 4 55
Avec collets. fr. 7 85
Sans collets. fr. 7 55
Ces prix sont ceux des caniveaux augmentés de 3 fr. 25 par mètre pour les cornières, et 3 fr. pour rehausses.
Le service d’irrigation nécessitant un moyen d’arrêter, de diriger, de modérer ou de régulariser la distribution des eaux d’égout, MM. Doulton et C ie , après beaucoup de recherches et d’essais, se sont convaincus que le but était le mieux atteint par les robinets-vannes en grès. Ces robinets sont tous essayés avant de sortir de l’usine et ont, jusqu’à présent, donné toute satisfaction. En faisant la demande de ces robinets, il est recommandé de spécifier, si l’une des parties doit être avec ou sans collet d’emboîtement. Dans les petits diamètres on se dispense assez souvent des collets. Les prix sont de :
Pour conduits de 0“,t0 de diamètre intérieur. fr. 15
Les clefs ne sont pas comprises dans ces prix.
Vannes Doulton. — Elles se recommandent par leur résistance à tous agents de décomposition, ce qui rend leur durée indéfinie, et par la modération de leurs prix.
Elles valent :
Pour conduits de 0“,075 . fr. 10 50
Les pompes. — L’ancienne machine de Marly n’existe plus, le temps a accompli son office; non seulement parle renouvellement depuis 200 ans des pièces qui la composaient, mais par les perfectionnements apportés à leur jeu.
C’était, à l’époque où elle fut construite, un ouvrage unique en son genre ; 14 roues menaient 74 pistons courant dans autant de corps de pompe situés sur la rivière, qui déversaient à leur tour les eaux pompées dans la Seine dans 79 autres pompes situées à mi-côte, pour arriver aux 82 qui étaient situées au puisard supérieur.
C’étaient bien 225 corps de pompe qui criaient et gémissaient jour et nuit, mais qui faisaient arriver par deux conduits en fonte les eaux à Marly pour les déverser dans les bassins du Roi à Versailles.
Ces pompes primitives n’existent plus, au grand regret des antiquaires ; elles ont été remplacées par d’autres se manœuvrant mieux et plus économiquement, comme l’avaient été il y a quelques vingt ans celles établies à Notre-Dame.
Les ingénieurs de la ville de Paris n’ont compris dans leurs nouvelles études qu’un seul système, celui d’élever toutes les eaux d’égout au fur et à mesure de leur arrivée à Asnières, après qu’elles eussent passé dans les bassins de décantation ou de purification, de là les refouler dans des conduits en fonte qui les amenaient sur les champs à irriguer.
Dans ces conditions, la dépense est excessive et la réussite incertaine.
Suivant un rapport de M. Alphand, le prix du mètre cube d’eau de Seine montée par la machine d’Austerlitz
est de. 0,0382
ainsi décomposé :
Entretien et conservation. 0,0225
Intérêts du capital de I er établissement. 0,0157
Ces machines consomment 1\469 de charbon par heure et par force de cheval comptée en eau montée.
En ne calculant que 500,000 mètres d’eau d’égout à élever, par 24 heures, par les machines d’Asnières, ce serait une dépense
par jour :
Pour un mètre cube d’eau montée dans les conditions indiquées dans le rapport de M. Couche, au réservoir à établir à Clichy, de. 00,382
Et pour 500,000 mètres cubes par jour .... 19,500
Et par an, 365 fr. X 19,500 — .. 6,971,500
Mais en admettant que l’eau élevée par les pompes d’Austerlitz le soit à 30 mètres de hauteur, et qu’on n’ait besoin à Asnières que de les élever à 10 mètres, la dépense ne serait que de. 2,325,000
Ces chiffres sont ceux probables, car il faut compter que l’effet utile n’est jamais atteint et que les pompes d’Austerlitz ne donnent guère que les 0,64 d’effets réels.
Pour les ingénieurs qui étudieront la question, nous croyons que nos données sont à l’abri de toutes critiques ; pour ceux qui n’auront pas cette expérience nous leur rappellerons que :
En basant nos calculs sur l'effet utile des pompes, nous trouverions :
Un cheval-vapeur élève à 10 mètres, et en 24 heures, 209 mètres cubes d'eau.
Pour élever 500,000 mètres et pour :
- = 2392 chevaux,
soit 2,392 chevaux qui à 2 kilos de houille
2 x 0,022 X 24 = 1,351,040 francs.
Entretien, intérêts du capital 148,960 —
Total de la dépense. 1,500,000 francs.
M. l’ingénieur Durand-Glaye, dont nous ne partagerons pas toujours les idées, est un ingénieur du plus grand mérite, qui connaît bien les questions de l’emploi des eaux d’égout, qui a vu, et beaucoup étudié, cherche à amoindrir cette dépense considérable.
Je voudrais conserver l’installation qu’il a montée à Asnières ; il voudrait refouler à 10 mètres et plus de hauteur toutes les eaux qui y arrivent, de telle sorte, dit-il, qu’on n’ait pas à se préoccuper de les monter là, dans la vallée de Seine, où les champs sont plus élevés que le lac du canal.
Pompe Shone. — Les pompes Shone actuellement en travail ont été construites, en tenant compte des lois mécaniques, par un de nos grands constructeurs, aussi leur fonctionnement ne laisse rien à désirer.
M. Alfred Durand-Glaye vient de faire essayer à Paris une de ces pompes, qui est très employée en Angleterre pour enlever les eaux d’égout et pour les porter sur les terrains à fertiliser. Cette pompe, del’avis de tous ceux qui l’ont vue fonctionner, pourra rendre des services dans tous les travaux d’irrigation. Elle se meut par l’intermédiaire d’air comprimé : un récipient creux, sphérique ou cylindrique est muni latéralement d’un tuyau d’arrivée de l’eau ; et à sa base d’un second tuyau qui se recourbe et monte verticalement ; c’est la conduite de refoulement.
L’eau d’égout ou l’eau à monter descend par le tuyau d’arrivée* et tombe dans le récipient placé en contrebas. Cette eau soulève un flotteur. Quand le récipient est presque plein et que le flotteur est parvenu à la partie supérieure, il agit sur un bras de levier qui ouvre un tiroir. De l’air comprimé pénètre par cette ouverture, refoule le liquide et le chasse dans le tuyau de montée. Dans ce tuyau se trouve une soupape à boulet, de façon à empêcher l’eau qui est entrée de redescendre. Quand l’air comprimé a vidé le récipient, le flotteur est redescendu et le tiroir se ferme. Toute communication avec le réservoir d’air est évitée.
L’eau descend de nouveau dans le récipient. La même manœuvre se répète et le liquide est encore chassé dans le tuyau de montée, et ainsi de suite. Get appareil porte le nom en Angleterre « d’éjecteur Shone ; » on peut en disposer autant qu’on veut dans un espace donné et le faire fonctionner avec l’air provenant d’un grand réservoir unique. On établit ainsi de véritables batteries d’épuisement ou d’irrigation.
Quant à l’air comprimé, on l’emmagasine à l’aide d’une machine à vapeur, à gaz, soit par une turbine, une roue hydraulique,
un moulin à vent, etc. On réalise ainsi une grande économie de force motrice et l’on évite l’installation de pompes coûteuses. Le système fonctionne avec succès depuis 1879 dans la sewage farm deHovod-y-Wern, près de Wrexham.
L’emploi de ces pompes amènera une grande économie en supprimant les machines élévatoires de Clichy, les eaux d’égout s’écouleront naturellement dans le canal projeté, qui, à ciel ouvert, sur une partie de son parcours, sur d’autres en tunnel, passe, avant d’arriver à Canteleu, huit fois en syphon sous la Seine, avec une pente un peu plus forte que celle du fleuve.
Sur tout ce parcours, qui a 144 kilomètres, on relèvera partout où besoin sera, à de petites ou à de grandes altitudes, les eaux à l’aide de ces machines, ou d’autres dont nous allons donner la description.
Les machines à vent sont de date fort ancienne, ellés ont rendu et rendent encore des services signalés; mais leur application à moudre le blé, à exprimer l’huile des plantes, s’est transformée, la machine à vent a fait place aujourd’hui aux machines à eau.
Le moulin à vent est appelé à remplir aujourd’hui des services plus modestes, qui n’en seront pas moins éminemment utiles, pour le but que nous poursuivons, c’est-à-dire les irrigations.
Un ingénieur, M. Aubry, s’en est occupé tout particulièrement; il a exposé des modèles fort curieux aux expositions dernières.
La pression du vent varie naturellement avec la configuration du terrain; dans les .vallées entourées de montagnes élevées, le vent perd de son intensité.
Aussi il est reconnu qu’avec un vent de 4 mètres par seconde portant le nom de brise, un moulin ordinaire ne marche pas.
A un vent de 6 m ,50 à 7 mètres, portant le nom de bon-frais, il est admis que c’est la meilleure vitesse pour les moulins à toile complètement déployée.
Enfin, avec une vitesse égale ou plus grande que 8 mètres, le vent porte nom de forte-brise. Il faut, pour éviter tout accident, commencer à plier la voile et à serrer le frein qui accompagne le moulin.
Lorsque le moulin marche à vide, il s'entraîne et l’aile prend une vitesse égale à quatre fois celle du vent, mais lorsqu’il est en charge, la vitesse n’est que de 2,50 à 2,70 de celle du vent.
Ceci dit, pour évaluer le travail produit par un moulin à vent, prenons l’exemple suivant :
En admettant un vent de 6 m ,50 par seconde avec des ailes de 24 mètres, le nombre de tours est, par minute:
13 tours.
Le travail est exprimé par la rotation.
t = KsV 3 .
K. Coefficient qui vaut de 0,03 à 0,05.
S. Surface totale des ailes, soit 80 w 2 .