RECETTES
Sulfate d'ammoniaque.
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Matières organiques', dites poudrettes.
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Total dés recettes.
HHWHHHHHHHHHHMHI'
Ces chiffres, les uns empruntés au travail de M. Coquard, les autres, résultats de nospropres travaux, démontrent que ces procédés ne laissent que des bénéfices peu rémunérateurs.
Cela tient, comme nous le verrons, que sauf les appareils employés par M. Knab, une grande partie, plus d’un tiers, de l’azote est perdu. Aussi calcule-t-on que les eaux résiduaires provenant des colonnes de distillation contiennent de 1 à 1,50 pour mille d’azote, lorsque les matières tout venant, sortant des fosses fixes ou des fosses mobiles, contiennent de 0,03 à 0,10 pour mille, soit une perte, dans, le premier cas, de 0,015 et, dans le second, de 0,085.
LES VOIRIES
Cette perte.constatée dans les eaux résiduaires l’est mieux encore dans les matières solides qui, analysées, renferment toute l’azote insoluble. -
. Cette dernière cause a amené, la fermeture, par .^autorité, ai» nom de l’hygiène publique, méconnue à Nanterre, par une fabrication des plus primitives où on n’avait tenu aucun compte des loi* chimiques. On y filtrait les matières fécales sur un lit de paille, sans se soucier des émanations putrides qu’elles répandaient, on les desséchait dans les conditions les plus fâcheuses aux lois d’hygiène, et tout ceci, aux grands dépens des actionnaires, et, répétons-le, de la santé publique.
La consommation de houille est de 3 kilogrammes par kilogramme de sulfate d’ammoniaque.. Ce qui donne 4 kilogrammespour la volatilisation de l’eau.
Ce ne fut qu’en 1830 qu’on s’occupa de transformer en sels ammoniacaux l’azote contenu dans les liquides ; cette fabrication faite sur une très petite échelle n’avait apporté que de petits inconvénients, mais dès 1862 elle prit une très grande extension, et on vit, en 1869, la compagnie Richer sur les 2,000 mètres cubes qu’elle recevait à Bondy, en traiter 700.
Aujourd’hui on compte que dans les établissements particuliers on traite 2,230 mètres cubes par jour de vidange, et à Bondy 40.
. C’est, comme on le voit, le renversement de tout ce qui avait été bien compris avant 1870, pour y substituer ; un état de choses dont à bon droit la population se plaint.
MM. Richer et consorts, il est vrai, brûlent, en perdant le tiers des produits, peu de bouille; l’ppération donné des bénéfices;; que leur importe les dangers que court l’hygiène publique ! :
Dans un autre rapport émanant du même chimiste, M. Lauth établit que MM. Knab, qui travaillaient à cette époque à Bondy, ne donnaient aucune odeur par leur fabrication, ne perdaient aucun produit ; mais ils brûlaient beaucoup de charbon, les bénéfices étaient nuis, ce qui Tes obligea de cesser.
Nous avons présenté aux usines de Montrouge, de Nanterre, de Bondy, un système de traitenqent de vidange qui ne laisse échapper aucune émanation et qui, par conséquent, rend le maximum de rendement. — Le projet avait été approuvé, mais son exécution entraînait des frais assez considérables ; ces industriels on t renoncé à son application, préférant empester leurs voisins, faire des bénéfices et attendre patiemment le jour où l’autorité les forcera,
comme elle l’a fait pour les fabricants de soude, à changer leurs appareils.
Dans la première édition des Odeurs de Paris , nous n’avions pas cru devoir reproduire in extenso les moyens et les procédés à employer pour rendre indemne de tout reproche la fabrication des sels ammoniacaux avec la vidange.
Nous avions présenté notre travail aux ingénieurs qui dirigent les usines de Nanterre, de Bondy et de Montrouge, et nous avions cru devoir en faire autant pour les membres de la Commission d’hygiène.
Nos propositions n’ont pas été écoutées, les fabricants, nous venons de le dire, ont trouvé nos moyens trop coûteux, et la commission ne nous a pas répondu.
Ce sont des mécomptes qui, dans la vie de l’ingénieur, arrivent; aussi ne songerions-nous à en parler si nous ne trouvions la majeure partie des idées que nous avions émises, dans le rapport adressé au ministre par M. Girard, professeur à l’École des arts et métiers.
Moyens et procédés employés pour le recueil de l'azote des matières fermentescibles.
Nous venons de relater, pour ceux qui sont préoccupés comme nous, de résoudre la question de porter à nos champs les engrais qu’ils réclament, les divers procédés employés jusqu’à ce jour pour la fabrication ou le recueil de l’azote et de ses combinaisons.
Quelle que soit la théorie adoptée, soit celle de Liebig, soit celle admise par Pasteur ou par Dumas pour expliquer les lois de la fermentation qui produisent la dissociation des matières azotées, un fait c’est que pour en retirer l’azote, il faut que cette action s’accomplisse en traversant trois périodes successives.
La 1 rc , fermentation saccharine ou alcoolique
La 2 e , acétique.
La 3 e , putride ou ammoniacale.
Ces stades d’arrêt ;
Quand la température est maintenue entre 15° et 30“ ;
Quand la matière organique contient 90 p. 100 d’eau ;
Quand l’air se renouvelle dans la masse afin d’emporter lès produits qui se sont formés et dont la présence empêcherait la fermentation dos autres matières ;
Quand enfin il existe toujours en présence un ferment.
LES VOIRIES
La fermentation se fait régulièrement et donne les dégagements suivants :
Entre IG et 72 heures. de l’acide carbonique.
En quelques jours. de l’hydrogène.
Puis, immédiatement après. des gaz fétides et la formation des
carbonates d’ammoniaque;
puis, immédiatement après, encore des gaz fétides et la formation des combinaisons d’ammoniaque.
Dans ces conditions, l’azote contenu dans les matières organiques se désassocie en moins de huit jours des corps dans lesquels il se trouvait, et on le recueille complètement.
Ces principes ont été mis en œuvre, essayés et ont démontré que leur application donnait les résultats préconisés par la science, c’est-à-dire ceux d’une fabrication économique alliée aux règles de l’hygiène.
Nous avons constaté que par les procédés anciens la. moitié au moins de l’azote était perdu, s’échappant dans les eaux et venant empoisonner les rivières, ou s’évaporant dans l’atmosphère et infectant les pays voisins,
Nous supposerons que les nouveaux procédés seront installés pour traiter 100 mètres cubes de produits par jour, et que ces matières se composeront de vidanges, de déchets d’abattoirs, d’hôpitaux, de fabriques industrielles, dont la proportion la moins rémunératrice sont celles de :
100,000 kilos vidanges titrant au minimum 0,3 d’azote pour 1000.
6,000 — déchets titrant 1,00 pour 100.
Lorsque ces produits arrivent à l’usine, charroyés dans les tonneaux que nous connaissons ou transportés par bateaux, ils sont aspirés par une pompe et dirigés dans des bassins de fermentation.
Cette première opération se faisant dans des conduites closes ne laisse échapper aucune odeur.
Bassins de fermentation. — Ces bassins complètent ceux actuellement existant et connus sous le nom de bassins de séparation. C’était dans ces récipients que l’on filtrait les vidanges à travers une couche de paille, que l’on y séparait les liquides des solides ; et c’était pendant cette opération, qui durait quelquefois plusieurs jours, que s’échappaient en grande partie les gaz méphitiques qui empoisonnaient les alentours de la fabrique.
On conçoit que, durant le temps nécessaire à la filtration, les
matières se combinant, répandaient leurs odeurs infectes dans l’atmosphère, au détriment de l’hygiène publique, et :au grand préjudice des intérêts du fabricant d’engrais.
Chaque arrivage du jour, c’est-à-dire les cent mètres cubes sont disposés dans des récipients. On a eu soin que le mélange de ces matières ait les 90 pour 100 d’eau voulus.
Si on calcule que la fermentation complète ne s’accomplit que dans l’espace de huit jours, si ôn veut travailler 100 mètres cubes par jour, l’atelier devra contenir 24 récipients qui, ayant 3 m ,50 X 3 m ,50 de superficie et 3 mètres de hauteur, soit un cube de 31 m ,50, seront suffisants aux arrivages de la semaine.
Ces récipients sont 'couverts par une hotte en tôle, munie d’un autoclave qui se ferme hermétiquement et qui sert d’entrée soit ■pour les réparations, soit pour les besoins du service.
Une soupape empêche toute communication avéc le tuyau qui conduit les gaz produits pendant les deux premiers stades de la fermentation dans le tuyau collecteur.
Ce collecteur traverse le centre de l’atelier et se trouve placé dans lès combles ; il conduit les gaz dans une colonne verticale, dite colonne de Gay-Lussac.
Cette colonne est remplie de gros fragments de coke, saturé, par de l’acide sulfurique contenu dans un récipient d’où il s’écoule en petite quantité et continuellement. Son action décompose et entraîne l’azote qui aurait pu s’échapper des cuves de fermentation, dans •un autre récipient qui se trouve placé dans le bas de la colonne.
Les autres gaz se dirigent, par une conduite dans la grande cheminée de l’usine.
Le tirage de cette cheminée fait appel sous les hottes qui recouvrent les bassins; au moyen d’une valve; cet appel est augmenté ou diminué, de telle sorte qu’aucune émanation ne se produit au •dehors-.
On le voit, cette première phase de là fabrication demande un atelier clos, des cuves ou des bassins rangés méthodiquement recevant automatiquement lés matières par un conduit fermé ; des issues, pour l’écoulement, à la cheminée de l’usine, des gaz méphitiques ; une colonne de recueil pour l’azote et ses dérivés qui tendraient à s’échapper pendant la fermentation.
La fermentation accomplie, on recueille les eaux et les matières dissoutes et désagrégées et on les refoule dans les appareils de distillation dont nous allons faire la description.
Atelier de distillation. — Tous les appareils de distillation em-
LES VOIRIES
ployés pour la transformation de l’azote en ammoniaque sont propres au traitement des liquides et solides provenant de nos bassins de fermentation.
Nous aurions pu nous dispenser de donner l’explication dé ces appareils, mais nous croyons que : cette éludé permettra à quelques-uns des fabricants actuels de modifier ce qui existe chez eux; et à ceux qui auraient à ériger une fabrique d’ammoniaque, d’én tirer profit.
Deux chaudières sont nécessaires pour traiter 100,000 litres de matières parjour ; il faut calculer, pour ne pas avoir dé mécompte> comme pour les appareils anciens, 12 heures de temps pour la distillation.
Chacune des chaudières renfermant 25,000 litres, en faisants opérations par jour, distilleront donc facilement les \00 métrés cubes.
Ces chaudières Sont branchées avec une conduite, lèur amenant du réservoir, lés matières à distiller; un robinet èn permet à volonté l’introduction.
En même temps que se fait leur introduction dans la chaudière, ces matières devront être saturées de chaux éteinte et blutée, dans la proportion d'azote qu’elles contiennent. Pendant les 12 heures que dure la distillation, cette chaux doit être brassée de temps en temps au moyen de Fagitateur.
Dans ces r conditions de chaleur, de travail et de réactions, les carbonates et les sulfhydrates d’ammoniaque'seront complètement décomposés et s’échapperont par un conduit.
Ce conduit traverse le réservoir contenant les machines à distiller ; de telle sorte que la température des gaz, qui est au minimum de 60°, qui s’élève quelquefois à 100°, s’abaisse par le refroidissement que subit le tuyau en contact avec ces eaux.
Le tuyau présente un renflement dans sa traversée du réservoir, ce qui permet aux eaux Condensées de retourner dans la chaudière.
Un thermomètre et un tube de sûreté sont à la disposition du contre-maître.
Lorsque la distillation est terminée, que tous les gaz se sont échappés par le tuyau qui les conduit aux appareils de- condensation, on ferme les robinets d’introduction et de départ, on vidange la chaudière et .on la remplit à nouveau par les eaux échauffées contenues dans le réservoir.
Les produits résiduaires sont filtrés dans une cuve en bois dont
le fond est percé de trous recouverts d’une grosse toile qui sépare les solides dos liquides.
Ce bouillon qui n’exhale aucune odeur méphitique contient par 1000 parties en solides : six pour cent.
Comme il ne faut rien perdre, que dans cette fabrication tout a une valeur, les eaux sont traitées avant leur repos à l’égout par le sulfate d’alumine, de fer ou de zinc.
Il suffit d’une dépense insignifiante : il ne s’agit, pour être certain que les eaux sont débarrassées de tout élément putrescible, de 2kil. d’alumine pour 1000 kil. de bouillon.
Quant aux solides, ils fournissent une poudrettedans le genre de celle que M. Mosselmann avait dénommée chaux animalisée.
Les gaz azotés coulent dans une série de condenseurs renfermant de l’eau pure, qui les convertit en ammoniaque liquide.
Ces condenseurs jouent le rôle des flacons de Woolf, et les eaux, déplus en plus concentrées, jusqu’à une densité de 0,91 à 0,92, s’écoulent dans un réservoir contenant de l’acide sulfurique et se convertissent en sulfate d’ammoniaque qui, passant dans des cristallisoirs, forme après 8 à 10 jours des cristaux.
Les gaz qui n’ont pas été condensés dans les appareils de Woolf sont conduits sous les foyers des générateurs pour y être brûlés ét transformés en produits sans odeur.
A la suite de cet exposé, voici quelles sont les appréciations émises par M. Girard, auxquelles nous ne pouvons que nousrallier.
« L’industrie moderne nous offre maints et maints exemples « de difficultés vaincues qui ne le cèdent en rien aux difficultés que « la question actuelle présente; et des résultats obtenus en ces .« circonstances nous avons le droit de conclure à la possibilité « d’en obtenir d’aussi satisfaisants du traitement des matières de « vidanges.
« Le principe suivant lequel les opérations doivent être conduites « pour obtenir ces résultats a été depuis longtemps indiqué et « même partiellement appliqué : c’est le principe du travail en va- ,« ses clos. Et si les résultats fournis par son application ont été « jusqu’ici incomplets, c’est à un défaut de précision et de sévérité « dans cette application, non pas à l’inefficacité du principe lui- « même, qu’il le faut attribuer.
« C’est sur ce principe du travail en vases clos que, dès 1872, le « conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine « faisait reposer quelques-unes des conditions qu’il imposait aux « premières usines de la compagnie Lesage, et c’est pour récom-
LES VOIRIES
« penser l’application quo cette compagnie en avait fait que « l’Académie des sciences, en 1878, décernait à M. D’Hubert le « prix fondé par Monthyon pour l’amélioration des arts insa- « lubres. »
Dans les fabrications de produits chimiques, comme celle de l’acide sulfurique, qui se traduisent par des réactions gazeuses qui se font dans des récipients clos et couverts, le tirage a lieu au moment que ces gaz passent à l’état liquide, et produit un vide.
Si le vide n’est pas assez grand, un moyen fort simple est celui d’amener dans le conduit aboutissant à la cheminée un jet de vapeur d’eau.
Les fabriques, dites de produits chimiques, ont depuis vingt ans absorbé la majeure partie des gaz qui s’échappaient autrefois à la sortie des appareils.
Le moyen le plus simple paraissait être celui qui consistait à envoyer les vapeurs acides dans l’atmosphère au moyen de hautes et puissantes cheminées ; mais qu’arrivait-il ? c’est que ces vapeurs se répartissaient sur une plus grande étendue: elles étaient plus diluées, il est vrai, par l’humidité et par l’air, mais elles retombaient sur le sol et brûlaient toutes les cultures, s’attachant plus particulièrement aux arbustes qu’aux céréales.
Dans les premiers temps de ces fabrications, on comptait qu’elles rejetaient dans l’atmosphère 95 pour 400 de l'acide provenant de la décomposition du sel marin ; le jour où on se servit des grandes cheminées, on ne constatait plus que 16 pour 100, et enfin une usine bien conduite, employant avec intelligence les moyens connus, ne rejette plus aujourd’hui que 1 pour 100.
La majeure partie de ces gaz délétères n’est malheureusement pas utilisée; on les absorbe pour se conformer aux lois, et respecter l’hygiène publique, quand on pourrait faire mieux.
Dans une fabrication où les gaz sont bien définis, il est toujours facile de les utiliser et former des combinaisons nouvelles ; aussi pour ne citer qu’un exemple, le gaz acide chlorhydrique est celui qui cause le plus de dommage et qui n’a qu’une valeur si minime qu’il ne mérite aucun transport.
Au lieu de le condenser et de le jeter, une industrie nouvelle semble devoir en faire un produit des plus estimés et des plus utiles.
Phosphates de chaux. — Nous voulons parler des phosphates précipités , matière indispensable à l’agriculture, et qui a fait l’objet d’une de nos études particulières « des Phosphates » (Baudry, édi-
leur) ; il n’y aura jamais trop de vapeurs acides pour ces nouvelles fabrications, qui n’exigent que des appareils peu compliqués et une main-d’œuvre bon marché.
Au lieu d’employer les bonbonnes, les bassins, les hautes cheminées, on doit faire passer ces gaz dans des colonnes de Gay- Lussac, dans des tours qui seront remplis de phosphates de chaux en morceaux; on introduira, comme dans les chambres de plomb, des jets de vapeur qui aideront aux réactions et à la circulation des gaz ; on recueillera les eaux qui contiendront des sulfates et des chlorhydrates de chaux et de l’acide phosphorique.
Ces eaux recueillies, ramenées à concentration, sont saturées par un lait de chaux, qui précipite l’acide phosphorique; ces eaux sont chargées sur les nodules contenues dans les appareils, et servent à les épurer de leur acide phosphorique, ce qui a lieu, après quelques jours.
Cette fabrication ne présente aucune difficulté, elle fait un emploi judicieux des gaz nuisibles; elle leur donne une grande valeur, et permet de réaliser enfin le problème depuis si longtemps cherché de rendre les fabriques de produits chimiques indemnes des inconvénients qu’elles présentaient au point de vue des odeurs.
Les usines insalubres.
11 existe, dit M. Alphand, aux portes de Paris, entre le chemin de fer du Nord et le canal, le long de la rue la Haie-Coq à Aubervilliers, une agglomération d’usines traitant les matières animales et répandant des odeurs nauséabondes.
Ces odeurs, apportées à Paris par un vent du nord très faible comme celui qui a régné pendant le mois d’août 1880, et y rencontrant une atmosphère orageuse, pénètrent par la vallée de Flandres entre les collines de Montmartre et des Batignolles, suivent l’espèce de couloir que forme la rue Lafayette, et arrivent jusqu’à l’Opéra et dans diverses parties des neuvième et dixième arrondissements, qui sont les points de Paris où se sont produites les plaintes les plus vives. On peut dire à l’appui de cette hypothèse, que, dès que le vent du nord a cessé, vers le 8 septembre, les mauvaises odeurs ont complètement disparu. Aucun des nombreux agents de la ville chargés des observations
USINES INSALUBRES
suivies à ce sujet n’a signalé le retour d’odeurs nauséabondes depuis cette date.
Il paraît cependant que certaines odeurs répugnantes se seraient fait sentir de nouveau, mais beaucoup plus faibles, depuis le 23 septembre. Or, les vents du nord ont repris à cette époque. Dans la journée, le vent a une certaine force et l'odeur est dissipée ; le soir, le temps devient brumeux, le vent s’apaise et l’odeur se fait sentir par bouffées.
Nous ne pouvons partager l’avis du directeur des travaux de Paris lorsqu’il ajoute : on ne saurait trop insister sur ce point important que ces émanations, si pénibles pour l’odorat, n’ont aucunement le caractère miasmatique et n’offrent pas de danger au point de vue médical. Les dégagements d’hydrogène sulfuré, quelquefois d’hydrogène phosphoré et d’hydrosulfate d’ammoniaque qui peuvent provenir des usines, sont toujours très désagréables à respirer, même à dose très faible. Mais si l’hydrogène sulfuré est très dangereux lorsqu’il est mélangé à l’air en proportion trop forte, les stations balnéaires sulfureuses montrent que, dans une certaine proportion et surtout à l’état libre, il est loin d’être nocif.
Les stations balnéaires, choisies par nos géologues et nos médecins sont saines, et jamais aucun d’eux n’a songé à patronner des lieux dégageant des gaz sulfureux et sulfhydrique. Ces odeurs, comme celles des égouts, bien que supportables, peuvent paraître plus ou moins répugnantes, mais rien n’autorise à penser qu’elles soient miasmatiques. Les véritables miasmes, ceux qui proviennent de toute une catégorie d’orgapismes vivants : microbes des cryptogames, bactéries et vibrions, dont plusieurs même sont mortels, n’ont pas d’odeur et frappent sans nous avertir.
La preuve évidente de l’innocuité des odeurs, au point de vue de la santé publique, ressort des chiffres suivants : les plaintes au sujet des odeurs de Paris remontent au mois d’août, elles ont augmenté d’intensité et de vivacité jusqu’au mois de septembre. Or, le tableau de la mortalité pendant la première semaine du mois d’août constate 1,114 décès; le relevé de la semaine du 7 au 16 septembre n’en constate plus que 881, chiffre inférieur à la moyenne habituelle quand Paris est dans les meilleures conditions sanitaires.
Dans les Indes, l’Hindou n’a pas de latrines, les alentours des villes, les bords des cours d’eau sont souillés d’ordures indescrip-
libles que les pluies entraînent dans l’eau destinée à la boisson et aux usages domestiques ; qu’on ajoute à ce tableau que, si chez les Hindous, les bords du Gange étaient remplacés par les déjections d’Asnières et de Saint-Ouen, par les immondices de nos fabriques, on comprendrait que si l’Inde est le berceau et la patrie du choléra, nous faisons tout à Paris pour en partager le triste privilège.
Nous avons, parmi nous, dans nos cimetières, un million de cadavres enfouis qui se pourrissent, salissent les eaux, et donnent des odeurs cadavériques.
Ajoutons à ces sources d’épidémie les vapeurs qui s’élèvent des égouts, dépourvus d’eau, les émanations qui proviennent des eaux de la Seine, par les déjections humaines, et des fabriques, les germes sous forme de poussières, causes que nous venons et que nous continuerons de développer, et nous trouverons que ce sont bien là les sources et les suites des maladies régnantes.
Les partisans de la théorie miasmatique qui admettent l’influence seule des eaux dèstinées à la boisson, les partisans de la théorie contagioniste qui pensent que l’infection procède exclusivement des évacuations ont tous deux raison, car si les causes se présentent différemment, il n’en est pas- moins vrai que les effets sont identiquement les mêmes.
Blanchiment par l’acide sulfureux. — Le soufre, à l’état d’acide sulfureux, joue un grand rôle dans les fabrications de Paris : on nettoye les étoffes en laine, les plumes et les pailles, on les blanchit avant leur apprêt et leur confection.
Ges ateliers sont en général malsains et mal disposés, et les émanations sulfureuses abondantes, soit qu’elles se dégagent de la chambre à soufre, soit des objets qui ont été soufrés.
L’acide sulfureux attaque les bronches et amène l’étysie.
Dans ces conditions, l’administration supérieure ne saurait trop surveiller ces ateliers qui, pour la plupart, laissent à désirer et que nous sommes obligés de classer parmi les plus insalubres.
Eau de javelle. — On compte à Paris et ses environs beaucoup de petites fabriques faisant de l’eau de javelle ; ce sont la plupart des gens qui fournissent les lavoirs publics et qui joignent à cette industrie d’autres produits, tels que le savon, le carbonate de soude, la potasse, etc.
La fabrication est simple, elle s'opère dans des trouées chauf-
USINES INSALUBRES
fées au bain-marie, et les réactions de l’acide chlorhydrique et du bioxyde de manganèse, le chlore, sont reçues dans des cuves en bois doublées de plomb et remplies de dissolution alcaline.
C’est une fabrication qui, bien faite, est quasi inoffensive, mais qui, confiée à des mains inexpérimentées, sous un hangar et sous un abri quelconque ouvert à toutes les intempéries du temps, est dangereuse.
Su/fure de carbone. — C’est une industrie nouvelle rendant les plus grands services, mais présentant des inconvénients graves pour la santé de l’ouvrier qui la travaille.
Dans une cornue portée au rouge, on place du charbon de bois et du soufre. La réaction de l’acide sulfureux sur le.carbone produit le sulfure de carbone.
Des gaz s’échappent des appareils, ils sont toxiques et dangereux; il s’en échappe des cornues comme des récipients de condensation.
On conserve le sulfure de carbone sous l’eau; dans cet état il est rendu inoffensif; aussi le fabricant n’a-t-il qu’à se préoccuper de bâtir des hottes aspirantes au-dessus des appareils de distillation pour amoindrir autant que possible les inconvénients.
Le sulfure de carbone sert à recueillir dans les déchets de tourteaux les huiles qu’ils renferment et que la presse hydraulique est impuissante à soutirer.
11 sert encore à dissoudre le caoutchouc et façonner ces objets si divers.
11 nettoie les chiffons qui ont servi au service des machines à vapeur, il recueille l’huile des cardes, les dégras des déchets de cuir.
Céruse. — C’est tout dire que de constater que la moyenne annuelle des ouvriers malades des suites de leur travail est de 240.
Le carbonate de plomb amené à une pulvérisation complète donne et donnera toujours, malgré toutes les précautions prises, des poussières qui amèneront les maladies saturnines.
Ce qu’il faudrait, c’est que le travail se fît sous eau ou sous huile et qu’au lieu de vendre le produit en poudre, il ne fût permis que de le débiter à l’état de couleur toute préparée. Le commerce jusqu’ici ne s’y prête pas, le peintre veut préparer luimême sa couleur, et le malheureux qui fabrique la céruse entre à l’hôpital et. y meurt.
Ce sont des industries abordées par les plus malheureux, par
les ouvriers nomades, inconscients, ou ce qui est plus vrai, leur semblant que l’existence sur terre leur présente si peu de bonheur, qu’ils attendent dans une autre vie une part meilleure.
Le noir de fumée. — Tout corps qui se consume incomplètement laisse une poudre fine, noire, dans les tuyaux de sortie des gaz; des quantités plus ou moins grandes, plus ou moins de bonne qualité, valant par conséquent plus ou moijns d’argent.
Le ramoneur, le petit Savoyard, fournit à l’industrie les plus grandes quantités; mais l’emploi qu’on en fait est limité aux peintures grossières.
Pour les qualités supérieures, au moyen d’un fourneau, on distille imparfaitement des huiles lourdes, de la naphtaline, des essences, etc.
Pour les qualités extrafines, au moyen de lampes on brûle des essences, et l’on recueille des noirs ayant une grande valeur, qui servent notamment aux belles encres d’imprimerie, à la confection des laques, aux encres de Chine, etc.
Ces industries ne laissent d’autres inconvénients pour ceux qui les approchent que de les noircir et les faire ressembler aux plus beaux moricauds.
Vernis. — C’est une industrie fort inoffensive, si elle est conduite par un fabricant qui a souci de ne pas voir brûler ses ateliers ; au reste, il est bien obligé de prendre des précautions, les compagnies d’assurances ne se souciant pas de le garantir des risques d’incendie.
Les vernis sont un mélange à chaud d’essences de gommes et de résines, qui s’opère dans des matras, dans des chaudières, qu’on doit chauffer au moyen de foyers placés à l’extérieur de l’atelier.. Les matras, chaudières, etc., doivent être revêtus d’une hotte mobile, qui force les vapeurs à se rendre par un conduit fermé dans le foyer. Dans ces conditions, il n’y a aucun danger à so.uffrir près de soi cette industrie.
Les vernis donnent la vie à de nombreuses fabrications, les unes plus importantes que les autres ; nous pouvons citer :
Les cuirs vernis, qui prêtent aux dangers d’incendie, qui sont désagréables à l’odorat par les odeurs âcres qui se dégagent lors de la cuite des huiles ;
Les taffetas gommés, les étoffes cirées , qui fournissent les mêmes désagréments que les, cuirs ;
Les bâches, les toiles imperméables , dans la préparation desquelles on peut faire entier du caoutchouc, des brais, des essen-
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ces, du noir de fumée, du goudron de bois, qu’on applique à froid, ni rien en particulier, ni d’inconvénients graves par les odeurs qu’elles dégagent.
Les chapeaux vernis. — Invention de date récente qui fait le plus bel ornement des cochers de fiacre, et de nos troupiers que l’on coiffe à la mode allemande.
Cette industrie ne donne lieu à aucune réclamation des voisins.
Métaux vernis. — Une des spécialités de l’article de Paris ; un bon vernis pour les montures de parapluies, de lorgnettes, de boutons, de buses, de meubles de jardin, d’ustensiles de ménage d’enseignes, etc., et n’offre rien qui nuise à l’ouvrier qui le fabrique, ni au voisin du lieu où on le travaille.
Rouissage .—Une des industriesquirendit laBièvre infecte depuis le moyen âge, est le rouissage des matières organiques, pour en recueillir les fibres sensibles, rejetant l’azote à l’état putréfié à la rivière.
Le travail s’opère dans l’eau, soit d’une rivière, d’un ruisseau, d’une mare, et au bout de quelque temps, ce lieu est devenu un foyer pestilentiel.
Aujourd’hui on rouit fort peu, à Paris, le lin et le chanvre, mais on traite de la même manière d’autres textiles et même des matières inorganiques.
Les inconvénients sont graves, mais grâce aux travaux d’ingénieurs français et anglais, on peut traiter et arriver aux mêmes résultats en adoptant une fabrication toute autre.
On place les tiges dans une chaudière ayant un fond percé en bois ; on immerge avec de l’eau à 36°, on brise ainsi la cohérence; puis intervient la fermentation acide, dont les gaz fétides sont amenés dans un conducteur analogue à celui que nous avons décrit à propos de la fabrication du sulfate d’ammoniaque.
C’est incontestablement un moyen plus coûteux que celui d'amener cette désagrégation par les eaux de la rivière, mais il n’amène pas de dangers pour la santé publique.
Les blancJiissei'ies. — Partout où ils rencontrent un cours d’eau, les blanchisseurs viennent y établir leurs industries ;les uns sont sur la Bièvre, d’autres sur la Marne, d’autres enfin, et le plus grand nombre, sur la Seine.
Tout autour d’un bateau-blanchisserie, le lit de la rivière est composé d’une vase noire qui donne, lorsqu’on l’agite, un dégagement considérable de gaz infects. Ne pouirait-on pas, si on
veut conserver telle quelle une industrie si nécessaire, forcer les propriétaires de ces bateaux à reprendre les eaux avant leur écoulement en rivière et les saturer avec un acide ? On sait qu’on recueille avec ce procédés! simple, non seulement les impuretés, mais la graisse qui a constitué le savon et dont on fait un très bon emploi, et que cette simple opération qui purifierait nos eaux donne des bénéfices rémunérateurs.
Dans le cas où un bateau, ou un établissement établi sur la rive, ne serait pas muni de ces engins de désinfection, nous ne voyons pas la nécessité de continuer à empoisonner nos cours d’eau; ces établissements paieront à la ville l’eau dont ils ont besoin au mètre cube, et on ne tolérera le renvoi à l’égout de celles résiduaires qu’autant qu’elles soient débarrassées des immondices qu’elles renferment.
Féculerie. — Les eaux résiduaires de ces établissements sont infectes, et d’autant plus qu’on les distille pour en retirer de l’alcool. Jusqu’ici l’autorité a laissé faire; la Seine la Marne, la Bièvre entr’autres, ont par ces industries une recrudescence, pendant 4 à 5 mois de l’année, d’émanations fétides.
Les matières organiques en décomposition putride sa turées par de la cbaux, de l’alumine, des phosphates, pourraient passer dans des caisses à double fond garnies d’un filtre en grosse toile sur lequel elles déposeraient la partie solide et laisseraient écouler les liquides désinfectés à l’égoût.
Pourquoi ne l’exige-t-on pas ?
Les égouts qui renferment des produits si nuisibles alors n’allant plus se jeter dans la Seine, on comprendra que nos ingénieurs aillent prendre le complément des eaux qu’il nous faut en amont de Paris, c’est-à-dire au Port-à-l’Anglais ; on comprendrait que nous dépensions des millions pour installer nos pompes, nos réservoirs,mais aujourd’hui* alors qu’à quelques heures nous avons une cité importante : Choisy-le-Roi, qui a obtenu en 1877 l’autorisation d’y jeter les déjections urbaines et celles des fabriques, et ce, sur l’avis deM. Pasteur, réputé infaillible et sans appel; les eaux déversées à Cboisy, dit-il, peuvent dans un temps troubler d’une manière sensible la pureté de la Seine, mais bien d’autres villes situées en amont de Paris en font tout autant, Et il semble à M. Pasteur qu’il ne serait pas juste de créer plutôt à Choisy qu’ailleurs des difficultés nouvelles pour assurer aux habitants de Paris de l’eau bonne à boire. Nous nous deman dons s’il sera vrai que les hygiénistes et ceux qui rêvent, pour
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Paris, de bonnes conditions d’alimentation, n’auront plus qu’à se voiler la face, M. Pasteur ayant parlé.
Nul ne conteste à notre académicien un savoir profond, une autorité grande près de nos conseillers; mais tous, autant que nous sommes nous n’admettons que les eaux, à quelques kilomètres des réservoirs qui vont les recueillir, pour les porter à nos fontaines publiques et à nos maisons, puissent sans danger recevoir dans leunsein des matières fécales, des acides, des sels, des détritus de toutes espèces.
Nous répéterons ce que nous avons dit dans le chapitre « la Seine », il faut cueillir les eaux en amont de Corbeil, les conduire, par un canal particulier, aux environs de PorL-à-1’Anglais, si on veut solutionner la question.
Amidon , fécule. — Les procédés anciens voulaient que la séparation du gluten se fît par voie de fermentation. Le gluten perdu, l’amidon ou la fécule étaient recueillis dans le fond des cuves.
Cette fabrication présentait deux grands désavantages pour l’hygiène publique.
Les gaz produits par fermentation étaient dangereux et infects.
Les eaux résiduaires jetées à la rivière dégageaient des acides délétères, dont on Voyait les traces marcher avec le courant du fleuve pendant plusieurs kilomètres.
La commission d’hygiène fit dans ces années dernières les plus grands efforts pour que les industriels qui s’occupent de ces industries missent en travail les nouveaux procédés.
Ici on sépare la matière amylacée du gluten, en pulvérisant le blé, l’orge, le riz en poudre des plus fines, en râpant convenablement la pomme de terre, suivant qu’on veut produire de l’amidon ou de lafécule, lavant à grandes eaux, laissant reposer et on décante les deux produits obtenus.
Le gluten n’est plus perdu, il peut servir à engraisser des porcs, il peut encore faire de la colle, et ne donne plus lieu au dégagement des gaz qu’on avait à bon droit déclarés nuisibles à la santé publique.
L’amidon sert à l’apprêt du linge et des étoffes; plus il est blanc, diaphane, plus son prix est élevé, c’est pourquoi l’amidon du blé est bien supérieur à celui recueilli des autres céréales, qui laissent toujours des huiles essentielles qui lui donnent une teinte jaunâtre que l’on corrige, il est vrai, en ajoutant du bleu.
Les fécules sont transformées en sirop.
Clos d’équarrissage.
Les débris des animaux qu’on menait autrefois à l’équarrissage de Montfaucon, sont les crins, la peau, le sang, les muscles, les tendons, les fers, les issues, la graisse, les sabots et les os.
Ce sont toutes matières formant des industries diverses, qui n’auraient dû, pour la salubrité de Paris, n’être traitées qu’au clos d’équarrissage, au lieu de former dans la banlieue des ateliers qui répandent les odeurs les plus nauséabondes.
L’administration se contente de peu, pour permettre l’établissement des clos d’équarrissage : qu’il y ait des murs de clôture assez élevés pour que les voisins ne voient rien ; qu’il soit construit un égoût pour déverser les eaux et les matières organiques qu’elles contiennent, pour les porter à un de nos collecteurs ; que le sol soit nivelé; qu’un hangar reçoive les chevaux ; qu’on leur donne, à ces malheureuses bêtes, cinq kilogrammes de foin pour attendre leur supplice, c’est tout ce qu’elle exige.
Dans ces établissements on agit comme on faisait dans le temps de Montfaucon, personne ne s’en plaint si ce ne sont les voisins et les habitants de Paris qui en reçoivent les odeurs.
Dans quelques-uns de ces clos, l’animal écorché est cuit à la vapeur dans des autoclaves pareils à ceux que nous avons décrits dans un de nos chapitres traitant de la fabrication de l’azote.
Le crin , soit de la queue du cheval, soit de la crinière., est vendu aux bourreliers ; c’est une opération qui n’offre aucun danger, si on a soin avant que le cheval ne soit abattu d’en dépouiller la queue et la crinière.
La peau, roulée sur elle-même, est livrée aux tanneurs ; vendue fraîche, elle ne présente aucun inconvénient, le tout est de ne pas la conserver en magasin, ce qui malheureusement est le cas le plus ordinaire; elle devient un agent d’insalubrité lorsque traînée dans l’établissement, elle s’imbibe de 5 à 6 kilogrammes de sang et de boue,.
La préfecture de police , lorsque M. Boudée demandait à cor et à cri que les fabriques situées sur les bords de la Seine ne pussent plus jeter leurs résidus dans la rivière; nous faisions remarquer que ce vœu, qui est resté à l’état platonique, était une réminiscence de l’ordonnance de S. M. le roi Henri III qui avait défendu aux corroyeurs, mégissiers et autres de s’établir doréna-
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vant sur le quai allant de la place de Grève à Saint-Germainl’Auxerrois.
Comment concilier alors ces dispositions si sages, avec des autorisations provisoires, il est vrai, que donne continuellement la préfecture de police?
Des industriels sont autorisés à laver en Seine, en amont de Paris, des peaux de lapins, de chèvres, d’agneaux, apprêtées par la noix de galle, l’alun, le sulfate de fer, le bois de campêche, l’acide sulfurique, et l’autorité veut faire boire à la population de l’eau infectée par de semblables produits !
On travaille à Paris des quantités considérables de peaux, les unes sont fournies par nos abattoirs, les autres proviennent des contrées d’outre-mer.
Le travail auquel elles sont soumises n’a pas varié ; des temps les plus reculés, c’est toujours le même : le desaignage, le crâminoge , c’est-à-dire le travail à l’eau qui a pour but de les nettoyer, puis Yépelage ou débourrage, c’est-à-dire l’opération qui fait placer les peaux aux pelains oü le contact de la chaux détache les poils, sont restés les mêmes.
Le chevalet , engin sur lequel on étend la peau pour lui enlever les parties étrangères au cuir, graisses, tendons, chairs; leur fosse, c’est-à-dire les placer dans des cuves contenant des dissolutions légèrement acides ettanniques qui achèvent leur gonflement, puis on les place dans les fosses en bois ou en maçonnerie dont le fond est recouvert de tan; les eaux qui en proviennent, ramenées au-dessus de la fosse, au moyen de pompes, et lorsque le tan a fait tous ses effets on sort les peaux qui sont séchées à l’air libre et qui deviennent des cuirs en croûte. Toutes ces opérations sont décrites dans tous les ouvrages les plus anciens.
Le cuir passe dans les mains du corroyeur, qui les trie et en fait des cuirs à semelles qui ne reçoivent d’autres préparations que celles d’être battus et nettoyés, des cuirs à empeignes ou fins.
Ces derniers sont trempés dans l’eau, on les foule, on les frotte; les parties défectueuses sont enlevées, on les passe au gras, on les teint; on les lisse.
Ces opérations donnent lieu à d’autres qu’il n’est pas rare de voir rassemblées dans le même établissement; il y a la hongroierie, c’est placer les peaux dans une dissolution d’alun, de les fouler et de les imbiber de suif ou d’huile; la mégisserie , c’est le traitement particulier des peaux de mouton et de chevreau, opération
où il faut recueillir avec grand soin la laine et les poils, ce qui n’est besoin pour les cuirs.
Les peaux sont généralement destinées à la ganterie, on les fait macérer pour les rendre souples au travail, dans des bains dits confits qui reçoivent de l’orge ou du son.
La chamoiserie demande que la peau soit imprégnée d’huile de poisson ou de baleine, et lorsque cette huile est entrée dans les pores d’en retirer l’excès par une lessive alcaline qui forme le dégras.
Toutes ces opérations n’ont rien d’insalubre, et peuvent être rangées parmi les fabriques ordinaires, comme elles l’ont toujours été par nos pères ; ce n’est pas cependant conclure que les ateliers doivent continuer à être renfermés dans l’intérieur de la cité, et sont par leur nature plus à leur place dans ou près de nos voiries, qui ont à utiliser, pour en faire d’autres produits, les déchets qu’elles renferment.
Les opérations qui se rattachent au travail des peaux sont :
La tannerie. — Ce sont des établissements auxquels on peut reprocher le voisinage désagréable, mais qui n’offrent rien de contraire aux lois hygiéniques. Le produit employé est le tan, un agent très énergique contre la putréfaction; les fosses dans lesquelles on place les peaux ne donnent que des gaz toxiques.
La corroierie. — Industrie qui opère sur des peaux tannées.
La mégisserie. — La mise en confit est l’opération qui prête à refuser à cette industrie le droit d’être inoffensif; on ne peut tolérer davantage que l’on détrempe dans un cours d’eau les peaux, comme il est urgent de forcer les industriels à désinfecter leurs eaux avant de les rejeter h l’égoût.
La maroquinerie. — Industrie insalubre; il faut de toute nécessité que les chaudières soient munies de hottes pour recueillir les buées, que les eaux résiduaires soient débarrassées des matières azotées qu’elles contiennent.
Apprêtage et lustrage. — Il s’agit ici des peaux où on conserve le poil ou la fourrure, soit qu’elles proviennent du lapin ou d’animaux sauvages.
On enlève les parties inutiles, on les passe au foulon, machines mues par la vapeur, frottant et pressant les peaux les unes contre les autres, ouvrant ainsi les pores et facilitant l’imbibition de l'huile.
On les foule aussi aux pieds, le fabricant prétend que la machine est inconsciente, que l’ouvrier qui en a l’habitude sent le moment
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précis où il faut cesser, et lorsqu’il s’agit de fourrures de grands prix, rien de tel que le travail manuel.
Puis on assouplit, on allonge la peau, on la débarrasse des matières charnues, grasses, pour la placer dans des tonneaux, recevant du plâtre et de la sciure de bois d’acajou, se mouvant et tournant pendant 8 et 10 heures.
Les peaux propres et débarrassées des huiles, par l’action du plâtre et de la sciure, sont mises dans des roues à battre , où elles se débarrassent de leur poussière.
Le lustrage vient ensuite. C’est une opération d’apprêt et de teinture qui a pour but de faire passer une peau de lapin pour celle d’une fouine et d’un animal sauvage plus rare encore.
Un bon lustreur est un artiste qui peindra les extrémités des poils, l’intérieur, sans attaquer la peau, et qui leur donnera un aspect des plus satisfaisants.
C’est une industrie remarquable au point de vue du savoir faire, et Dieu sait, si l’ouvrier peaussier est maître en cet art; mais c’est une industrie déplorable au point de vue de la santé.
Les peaux laissent échapper des poussières et des poils microscopiques qui entrent dans les bronches et rendent les ouvriers étiques de bonne heure.
Ventiler, dira-t-on? c’est difficile et il suffit pour s’en convaincre d’avoir lu le court aperçu que nous venons de faire de la fabrication.
Les dangers sont grands, la faute doit en être imputée au pouvoir qui a permis cette situation de se créer, et s’il ne peut, en vertu des autorisations données, reléguer les industries malsaines à Bondv, il se trouve armé suffisamment, en vertu des lois qui nous régissent, de défendre la salubrité publique en forçant les fabriques à introduire chez elles, des moyens, des procédés, qui rendent leurs produits inoffensifs, et, à défaut d’y souscrire, de les fermer.
L’exemple n’en est pas loin ; les fabriques de produits chimiques brûlaient, par leurs déjecLions dans l’atmosphère, les cultures environnantes, altérant la santé des habitants circonvoisins ; l’autorité est intervenue, et aujourd’hui plus rien de pareil n’existe ; il est vrai qu’elles ont fait de grands sacrifices pécuniaires, qu’elles ont transformé leurs outillages, mais elles sont parvenues à condenser, à recueillir chez elles, les gaz incommodes qu’elles dégageaient autrefois dans l’atmosphère.
IL faut qu’il en soit de môme pour toutes les industries de Paris et du département de la Seine.
Le décret du 15 octobre 1810 range les établissements dangereux ou insalubres en trois catégories.
Ceux qui doivent être éloignés des habitations particulières.
Ceux dont l’éloignement n’est pas rigoureusement nécessaire.
Ceux dont les opérations n’incommodent pas les propriétaires du voisinage.
L’ordonnance du 14 janvier 1815 désigne avec précision, par catégories, la nature de ces établissements.
Si toute latitude doit être laissée aux industriels, pour établir leurs appareils, leurs ateliers doivent être fermés lorsqu’ils laissent dégager des gaz délétères.
Aujourd’hui c’est la cheminée qui se charge de tout; c’est une mauvaise solution, il faut des appareils de condensation où c’est possible, comme il faut, dans le cas contraire, des foyers spéciaux pour brûler et dénaturer les gaz.
Le sang des animaux abattus, coulant sur des aires bien dallées, abondamment pourvues d’eau, ne présentent pas d’inconvénient si on les transporte immédiatement dans les usines spéciales qui séparent la fibrine du sérum ; la première utilisée dans les arts, la seconde servant comme engrais à la culture, et, dans l’industrie, h la fabrication des cyanures de potassium. Mais il n’en est pas ainsi : chez l’équarrisseur les parties les plus liquides s’infiltrent clans la terre, les autres sont poussées dans un coin de la voirie, foulées aux pieds, et forment une boue infecte qu’-on relève de temps en temps.
Les muscles sont, en petite partie, vendus à l’étal du marchand de viande de cheval; une autre'partie destinée à la nourriture des animaux, et le reste converti en engrais.
Dans ces deux premières conditions d’emploi, les muscles des clos d’équarrissage n’offrent aucun danger à la santé publique ; mais, dans le dernier cas, il n’en est pas de même, les émanations qui s’exhalent sont des plus malsaines, nous y reviendrons en parlant des usines d’engrais.
Les tendons sont convertis en colle forte, et, malgré tous les soins apportés, ce sont des matières dont les odeurs ne permettent d’autre séjour que celui de la voirie, où ils continueront à. être exposés sur des perches, où ils se dessèchent, abrités ou non des intempéries des saisons.
La préparation des boyaux est une opération immonde et mal-
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saine. Les ouvriers sont dans une atmosphère nauséabonde. Le soufflage occasionne des ulcères aux lèvres.
Malheureux sont ceux obligés d’y travailler ; si l’administration avait souci de la santé de l’ouvrier, ces établissements, par un nettoyage mieux entendu, par l’emploi de meilleurs procédés de fabrication, pourraient amoindrir leurs effets délétères, sans cependant espérer qu’ils offrent jamais des conditions hygiéniques satisfaisantes qui puissent les faire sortir des clos d’équarrissage.
Les boyaux servent à deux fins, à l’alimentation en devenant la couverture des saucisses et saucissons, en bandeau pour l’industrie. Les trempages que subissent les boyaux, les grattages plus ou moins parfaits dont ils sont l’objet amènent la conséquence qu’ils sont un des objets les plus insalubres à travailler.
L’utilisation des sabots se trouve dans le même cas, la macération dont ils sont l’objet les rendent dangereux.
Huile de pieds de bœuf. — Les pieds de bœuf, de cheval et d ? autres animaux servent à fabriquer une huile des plus estimées pour le graissage des machines, aussi les déchets de nos abattoirs, de nos tueries sont-ils fort appréciés.
Arrivés à l’usine, ils sont placés dans des chaudières et cuits à la vapeur, on recueille la graisse qui vient surnager à la surface, on la purifie dans d’autres chaudières, puis on la soumet à l’action d’une presse hydraulique.
L’huile se sépare, on filtre et on emballe le suif qui est porté aux établissements de stéarines, les déchets aux fabricants d’engrais.
Lorsque le fabricant a bien soin de tenir ses ateliers propres, lorsque ses chaudières sont munies de couvercles qui conduisent les: gaz sous les grilles, sauf l’odeur sui generis qui suit la manipulation des matières organiques, la fabrication peut en être tolérée partout. Heureux sont ceux qui pendant les jours du siège de Paris ont pu se procurer des pieds pour en retirer les huiles et la graisse qu’ils contiennent et pour en préparer soit de la soupe, soit un produit gélatineux.
De tout temps on emploie l’os dans la cuisson, il n’est pas de bon pot-au-feu qui n’en contienne quelques-uns ; certains donnent une moelle fort recherchée, mais l’os sortant de l’abattoir, de l’étal, ne trouve pas un écoulement constant ; aussi va-t-il se réfugier dans les établissements industriels, au lieu de servir aux usages domestiques; et il n’y a à Paris, aucune fabrique spéciale qui s’en soit occupée jusqu’ici.
Quelques fabricants torréfient les os, c’est-à-dire en font du noir animal.
La calcination dans les fourneaux ordinaires, qu’ils fussent munis de seaux en fonte, ou qu’ils fussent coulants, a été remplacée par des appareils de chaude mieux entendus qui, avec injection de vapeur d’eau, permettent de recueillir les gaz azotés qui étaient rejetés jusqu’ici dans l’atmosphère.
MM. Coignet, les inventeurs de ces nouveaux procédés, fabriquent dans de bonnes conditions, et, chose des plus louables, se sont ingéniés à combattre les pertes que donnent les émanations délétères, sans y réussir complètement; il suffit de la moindre négligence pour qu’il se dégage au moment le moins attendu des torrents -de gaz infectieux.
Les gaz qui amènent ces inconvénients sont des vapeurs chargées d’eau et entraînant avec elles de l’azote à l’état de combinaison, Il suffirait d’exiger des industriels qu’à la sortie des appareils de recueil, ils eussent des condenseurs dans lesquels on ferait agir de l’acide sulfurique ou chlorhydrique, de la même manière que ceux que nous avons expliqués pour la fabrication du sulfate d’ammoniaque recueilli des vidanges.
Ce sont les déchets d’os, peaux et autres matières, qui font la base de ces industries, les colles-fortes, les gélatines, et comme généralement les débris organiques ne sont pas toujours frais, les manipulations auxquelles on les assujettit font dégager des odeurs nauséabondes qui se répandent fort loin.
Les fabriques existent aux environs de Paris, la commission de salubrité ne s’est enquise que de faire rendre les ateliers aussi propres que possible : ils sont pavés pour un écoulement rapide des eaux ; les chaudières sont armées de hottes menant les buées à la cheminée, et tout dernièrement l’administration a prescrit que les eaux passeraient, avant de se rendre à l’égout, dans un réservoir où se trouverait une solution antiseptique de chlorure de chaux ou de pyrolignite de fer.
Les moyens sanitaires sont bons, mais ils ne suffisent pas pour empêcher les émanations qui s’étendent au loin. Aussi croyonsnous une fois de plus que ces industries devraient être reléguées, comme établissements insalubres, à la voirie.
Les arts chimiques se sont emparés de ces produits, l’agriculture les réclame à grands cris ; ils sont fort chers et leur utilisation ne présente pas, dans l’état actuel, des inconvénients pour la salubrité.
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Le tourneur, l’éventailliste, le bimbelotier, le coutelier s’en servent.
Le fabricant de gélatine les traite, le fabricant d’engrais les broie, ceux de noir animal les brûlent.
Ces derniers seuls ont une industrie délétère pour leurs voisins ; mais, comme cette fabrication se fait en province, nous n’avons pas à en tenir compte parmi les odeurs de Paris.
Ce sont les déchets de ces os qui, abandonnés dans un coin de l’établissement, en attendant la vente, se décomposent lentement et fournissent des émanations dangereuses.
Par son article 22 , l’ordonnance de police du \ ° r septembre 1853 porte :
« Les résidus passés à l’état putride, boyauteries, triperies, les « eaux provenant de la cuisson des os pour en retirer la graisse ;
« celles qui proviennent des fabriques de peignes et d’objets de « corne macérée; les eaux grasses destinées aux fondeurs de suif « et aux nourrisseurs de porcs ; les résidus provenant de colle forte « et d’huile de pie'ds de bœuf, le sang provenant des abattoirs, les « urines provenant des urinoirs publics et particuliers ; les vases « et eaux extraites des puisards et des puits infectés ; les eaux de « cuisson de têtes et de pieds de moutons, les eaux de charcuterie *< et de triperie , les raclures de peaux infectes ; les résidus prove- « nant de la fonte des suifs... ne pourront être transportés que par « des tonneaux hermétiquement fermés etlutés. »
Avons-nous besoin de faire ressortir que les diverses industries qui donnent les déchets putrides que la préfecture de police signale, qu’elle voudrait voir porter au loin, dans des voitures bien closes et lutées, les jettent au ruisseau, et qu’elles sont une des sources qui donnent le plus d’exhalaisons.
C’est détruire, nous dira-t-on, ces industries; Comment vouloir qu’un charcutier, qu’un tripier, etc., ait une voiture à sa disposition pour amener à la voirie ces infects produits; c’est demander l’impossible — et à l'impossible nul n'est tenu ;
Si on prend en considération ces lamentations, il faut abandonner la question d’hygiène qui prime les intérêts particuliers; mais ce que l’on peut faire c’èst de contraindre ces industriels à établir des appareils chez eux qui détruisent les odeurs, et après cette désinfection accomplie jeter à l’égout.
Les produits chimiques antiseptiques sont nombreux, l’embarras du choix est grand ; rappelons que, sur une petite échelle, ils opèrent bien. Ainsi les procédés de M. Lechatelier, ceux de Knab et
de tant d’autres arrêtent toute fermentation putride et donnent des résidus ou des eaux qui sont impunément rejetés à l’égout.
Fonte de graisses. — Le recueil des graisses, des débris organiques de toute nature, chairs mortes, écrémage de la Seine, déchets des restaurants, se font ordinairement dans un des établissements des affamés.
Il y a cependant quelques exceptions : ces industriels n’ont pas tous joint à leur sale et dégoûtant métier celui d’élever des porcs ; ils traiteront les matières dans des chaudières découvertes ou au bain-marie avec de l’eau acidulée, la graisse recueillie est vendue aux marchands de suif et les détritus au négociant d’engrais. C’est une industrie qui ne devrait être tolérée qu’à Bondy.
La crainte d’être, un jour prochain, forcés d’évacuer la banlieue de Paris a fait trouver à ces industriels des procédés plus satisfaisants.
On place dans des autoclaves des paniers en fer dans lesquels on met les matières à traiter, on fait arriver un courant de vapeur qui entraîne les huiles et les graisses liquides, qu’on a soin d’emballer immédiatement dans des tonneaux.
Quand la vapeur n’entraîne plus rien, on vide l’autoclave, on retire les paniers avec ce qu'ils contiennent, on envoie à la fabrique d’engrais, et nous oublions d’ajouter : la vapeur est refroidie, et les eaux sont jetées à l’égout.
Les fabriques de bougies , chandelles. — Quand on mélange des suifs frais et des huiles végétales, qu’on traite par la vapeur, la production des buées n’a rien de bien désagréable.
Lorsqu’on les traite ensuite avec de l’acide sulfurique concentré, qu’on mélange par un agitateur pendant quelques minutes, qu’on verse le magma dans une cuve doublée de plomb et pleine d’eau dont on élève la température jusqu’à l’ébullition, on ne produit encore rien de bien désagréable à nos sens respiratoires.
Lorsqu’enfm on a soin de faire passer les eaux résiduaires sur de la chaux avant de les envoyer à l’égout, on peut fabriquer de la bougie et de la chandelle dans tous les lieux habités de Paris et de sa banlieue.
Le tout est donc de suivre cette fabrication qui a été l’objet des travaux de M. de Milly, et de ne pas tolérer d’autres modes de travail.
Les savonneries. — C’est une industrie qui, bien conduite, ne laisse pas place à la critique, qui mal organisée est une infection pour ses voisins. Que faut-il? conduire les buées à la cheminée,
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jeter les eaux résiduaires à l’égout ; conserver l’air des ateliers dans un grand état de propreté.
Chaux. — Les prescriptions de l’administration sont les suivantes :
Les fours coulants ou autres doivent être surmontés d’une hotte avec cheminée, pour chasser au loin les gaz, eau, acide carbonique, etc., qui s’en dégagent.
Les magasins où se fait le tri des incuits doit être fermé et aéré ;
Les machines qui broient, fermées dans des récipients en bois.
Goudrons. — Les industries qui dérivent du travail des goudrons sont nombreuses; nous avons entretenu nos lecteurs de leur distillation dans les établissements gazeux, pour en recueillir les huiles essentielles, l’aniline et ses dérivés, les brais, les huiles lourdes servant à la fabrication des toiles grasses, c’est-à-dire des bâches qui recouvrent nos hangars, nos voitures de chemins de fer et dont la fabrication ne présente rien qui puisse nuire à la salubrité.
11 sert encore à enduire du carton, du papier, et fournit ainsi des toitures pour des établissements provisoires.
D’autres petites fabriques existent encore, les unes enduisent des dorures, les autres des vernis au bois, les autres des tuyaux, et n’ont pas grande importance.
Une industrie qui en a plus est la fabrication des briquettes ; un grand établissement fabrique, avec des déchets de charbon de bois, le charbon de Paris, sans pareil et fort estimé par les cuisinières; un autre fait des mottes creuses, comme le sont les briques, et qui donnent un combustible économique.
Toutes ces industries ont leur raison d’être, les déchets de bouille, de coke, de charbon de bois, de sciures sont abondants dans Paris; en les malaxant en proportions convenables, avec des brais, de l’huile lourde et du silicate de soude, en les comprimant fortement on en fait un charbon bon marché qui vient aider les classes laborieuses.
Elles contribuent dans une plus large proportion que l’on ne suppose à l’amélioration sociale, en permettant au travailleur de trouver, dans les longues soirées d’hiver, du feu qui le repose, qui lui permet de s’instruire en lisant et de ne plus aller chercher les tristes distractions du cabaret.
Les fabrications d 'asphalte, de bitume peuvent être classées parmi ces industries.
On fond l’asphalte neuf ou qui a servi, pour bitumer les trottoirs
et les rues dans des chaudières surmontées d’une hotte et d’un tuyau de dégagement allant à la cheminée.
Cette industrie a un inconvénient grave, c’est celui de jeter des particules de charbon par les cheminées et entraînées au loin sur les habitations.
Briqueteries , poteries , arts céramiques. — Il n’existe pas d’inconvénient, quant à la fabrication proprement dite, tant qu’elle n’est pas portée au four pour y subir la cuisson.
La cuisson laisse dégager des vapeurs chargées d’eau, d’un goût insipide et fade, désagréable pour les voisins, et qui les envahit d’autant plus que les matières employées contiennent des débris organiques.
Les engrais. — Les engrais sont composés en majeure partie des déchets des clos d’équarrissage, que nous venons de passer en revue.
Quand on les fabrique dans des autoclaves, ils ne donnent aucune odeur, mais cette opération s’effectue généralement à découvert.
La fabrication, dite à découvert, a pour objet d’associer les matières entre elles; on place des déchets, composés de toutes choses différentes, plus ou moins propres aux besoins de l’agriculture, en tas et par couches alternatives, qu’on laisse fermenter.
Le tas, livré à lui-même, entre promptement en fermentation, et les dégagements gazeux qu’il produit, malgré toutes les précautions que l’on prend, se révèlent, infectent la fabrique et ses alentours.
Les abattoirs.
Avant 1789, Paris était desservi par la corporation des bouchers qui datait de 1100, et qui dépendait du monastère de Montmartre. Il y avait 20 étaux situés, pour la plupart, dans la rue Saint-Jacques, la boucherie appartenant à 20 titulaires servis par leurs aides et garçons.
Les règlements de nos jours veulent qu’à Paris et dans sa banlieue, tout boucher ne puisse abattre d’animaux destinés à l’alimentation publique que dans des abattoirs municipaux.
Dans beaucoup de localités, et même dans les communes de la Seine, les tueries d’animaux sont dans un état de malpropreté fort compromettant pour la santé publique.
D un autre côté, ces établissements, qui fonctionnent en dehors
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de tout contrôle, présentent d’autres inconvénients non moins sérieux. C’est là que sont conduites, pour y être abattues, des bêtes malades que les inspecteurs ne laisseraient pas livrer à la consommation si elles étaient amenées dans un abattoir municipal.
Les dangers d'un tel état de choses imposent à l’administration le devoir d’y apporter un remède efficace.
La création d’abattoirs publics, dans lesquels s’exerce une surveillance intelligente et active, est le meilleur moyen à employer et la seule garantie utile qu’on puisse donner à la consommation.
Les odeurs qui s’exhalent de ces établissements sont svi generis, désagréables ; mais la grande propreté qui y règne ne fait courir aucun danger à la santé publique.
Si on ajoute que l’administration a le soin de faire enlever, chaque jour, les excréments, les intestins, le sang, etc., ces établissements ne laissent rien à désirer.
Et, cependant, on se demande pourquoi on y tolère la fonte des graisses, une des opérations dont les odeurs sont des plus insupportables? Cette industrie devrait être reléguée au loin.
C’est là, d’après M. Alphand, un inconvénient inhérent à tous les établissements de cette nature; mais il a été notablement amoindri dans les nouveaux abattoirs de la Yillette, par suite des précautions prises lors des travaux de construction. 11 suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler les odeurs insupportables qui empestaient le quartier Rochechouart, à l’époque oü y étaient établis les anciens abattoirs.
Paris vient de ressentir ce que peuvent produire les industries incommodes; il n’y a d’autres remèdes, à de pareils maux, que de les éloigner de nos habitations, bien loin des fortifications, à Bondy, puisque la forêt de ce nom a été choisie pour les y recevoir.
N’oublions pas que la fermentation est un instrument de mort et de ruine; elle désorganise et tue l’être vivant. Les travaux de M. Pasteur ont jeté la lumière; la fermentation produit les infiniment petits, des assassins qui pénètrent nos tissus, s’abreuvent de notre sang. 11 n’est pas douteux aujourd’hui que les maladies épidémiques n’aient d’autre origine. L’infiniment petit, dit M. Pasteur, enlève chaque jour une particule de notre corps et nous met en pièces. -
Le virus est constitué par un parasite microscopique, agent de
maladie et de mort. Tantôt la maladie est suivie de la mort, tantôt elle disparaît après avoir provoqué des symptômes morbides.
Devant leur petitesse, ajoute M. Pasteur, ces parasites disparaissent pour l’œil armé du microscope, mais l’expérience prouve que l’influence morbide est en raison du plus ou moins d’oxygène contenu dans l’air; c’est l’oxygène qui affaiblit et éteint la virulence.
Le jour où on aura relégué au loin, à la forêt de Bondy, les causes de leur production, on aura trouvé la défense, et la vie moyenne, à Paris, sera relevée.
L’infection, dontlepublic se plaint, a été d’autantplusénergique, ces temps derniers, que l’atmosphère était chaude et orageuse ; les odeurs et les agents qui les accompagnent n’ont pu s’élever au-dessus des toits de nos demeures, comme elles le font dans les temps ordinaires; elles n’empoisonnaient alors que ceux qui passaient à côté de leurs foyers de production.
Récalcitrants étaient les marchands d’engrais, cette gent qui vend des produits à l’agriculture, le plus souvent sans aucune vertu autre que celle de puiser à la bourse du pauvre et trop croyant paysan qui a cru en leurs prospectus trompeurs.
Ce sont les établissements les plus dangereux au point de vue de l’hygiène publique, et lorsque l’administration, trop indulgente, appelle leur attention sur les moyens qu’ils devraient utiliser pour leur fabrication, elle est souvent fort mal accueillie.
Un des grands industriels achète dans les abattoirs et les tueries le sang des animaux. Après en avoir séparé l’albumine, il cherche à vendre, à l'état sec, l.e sérum qui contient 12 et voire même 15 pour 100 d’azote.
MM. Bourgeois divisent le sang, par des meules mises en mouvement par un manège, puis le mélangent avec de l’acide sulfurique et du sulfate de protoxyde de fer, jusqu’à une coagulation et une désinfection complète.
Cette désinfection, par ce procédé, n’est pb tenue qu’au détriment des voisins, les odeurs qui se dégagent sont abondantes et se répandent partout; il faudrait donc, si l’on persiste à travailler le sang dans ces conditions, que la meule et lps matières en travail soient couvertes par une hotte qui conduise à des appareils de Woolf, à des colonnes de Gay-Lussac, ces odeurs malfaisantes.
Il est possible alors que les inconvénients n’existppt plus, si même ils ne se trouvent anibilés complètement.
Reste la dessiccation de ces matières, dont la fermentation reprend tous ses droits, si on les étend sur une aire ; si on les emma-
USINES INSALUBRES
gasine immédiatement la température s’augmente, une végétation d’animalcules a lieu, et des odeurs dangereuses apparaissent.
C’est donc lorsque les opérations sont consommées, que gisent les plus grandes difficultés. Il faut trouver de nouvelles solutions pour garantir les produits du sang de toute putréfaction.
Le conserver pendant quelques jours, c’est encore possible, mais attendre des mois entiers, le jour où on pourra s'en servir dans la culture, est un problème difficile à résoudre, et nous ne voyons la solution qu’en transformant ces poudres en briquettes.
Il est un fait indiscutable, toute matière organique, mise en tas, ne tardera pas à fermenter; il n’y a d'exception pour aucune d’elles, on aura beau saupoudrer le tas avec des antiseptiques, on aura beau remuer de temps en temps le composé, q,u’on n’empêchera pas la fermentation.
Mais si on enrobe chacune des particules de ces matières avec un corps antiseptique- et absorbant l’eau qu’elles contiennent, si on en fait une pâte, si on la comprime en tourteau ou en briquettes, si, en un mot, on donne à l’atmosphère ambiante le moins de contact avec elles, on gardera ce produit pendant longtemps.
La chaux estun remède tout trouvé, coûtantpeu, etenrobantdans d’excellentes conditions, mais elle a le défaut d’ajouter à un produit fort riche une matière dont l’agriculture n’a pas toujours besoin.
Aussi, notre opinion serait-elle d’employer les chaux phosphatées. Ces amas considérables que nous possédons dans différentes parties de la France et dont nous faisons peu de chose, au grand détriment de notre agriculture, nous serviraient.
Les phosphates PhO 8 , 3CaO sont exploités, ils valent de grands prix, ce ne sont pas eux que nous choisirons : ce que nous prendrions ce sont des chaux phosphatées, SCaO.PhO 5 , qui ne valent que 20 francs la tonne et qui seront plus opérants.
Ces briquettes, contenant 7 à 8 p. 100 d’azote avec 5 à 6 p. 100 d’acide phosphorique, résoudront enfin la question de l’emploi du sang à l’agriculture, avec cet avantage immense de respecter la santé publique.
L’art doit imiter la nature, c’est alors qu’il enfante le plus de merveilles et met au jour les procédés les plus applicables.
Filtration. — L’administration songe, dit-on, à supprimer la voirie de Bondy ; ce serait le motif pour lequel elle n’aurait plus exigé que les établissements insalubres y fussent rélégués.
Elle aurait encore pensé à reporter une partie de ces foyers d’infection dans les plaines deGennevilliers; mais devant l’opposition des habitants, devant des décisions judiciaires, à la suite de procès intentés à la Ville, le projet a été définitivement abandonné.
Il s’agissait d’y porter les eaux d’égout, amenant avec elles les vidanges ; on y aurait en même temps joint les industries malsaines.
La filtration à travers des terrains drainés était la solution rêvée. Gennevilliers serait devenu un filtre retenant les plus grosses particules sur son sol, et laissant écouler celles en dissolution dans les eaux d’égout qui les auraient amenées.
Au bout du terme de son parcours souterrain, cette eau renfermant les immondices de Paris et de sa banlieue, de ses fabriques et de ses voiries, devait retourner claire et limpide dans la Seine.
Les expériences, les essais faits tant en France qu’à l’étranger démontrent que les moyens qui avaient pour but la purification de ces immondices par des matières chimiques n’ont pas réussi.
M. de Freycinet, dans son rapport sur l’emploi des eaux d’égout, écrivait :
« Il n’est point dit que quelque autre substance, encore incon- « nue, ne sera pas susceptible de résoudre le problème d’une « manière satisfaisante; à ce point de vue, le champ reste ouvert « aux expériences. Toutefois, il faut bien le reconnaître, un tel « ensemble de résultats négatifs constitue une forte présomption
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES, 361 « contre cette classe de procédés, et la prudence ne permet guère « d’espérer le succès dans une voie où tant de tentatives ont « échoué. »
Dans un ouvrage récent. Assainissement de la ville de Paris (Baudry, éditeur), nous avons passé en revue les divers procédés qui ont été mis en œuvre pour épurer les eaux d’égout et les vidanges, et nous avons constaté que tous ces procédés, lorsqu’ils étaient appliqués sur de petites quantités, étaient plus ou moins efficaces, mais qu’aucun d’eux n’était parvenu à résoudre le problème lorsqu’il s'agissait, comme ici, de l’épuration de centaines de mille mètres cubes.
Depuis l’apparition de ce livre, M. Deligny, au nom de M. Huet, ingénieur civil, a présenté un désinfectant nouveau, dont nous allons dire quelques mots.
M. Huet traite par l’acide chlorhydrique à 12° B., à froid, des laves volcaniques, dont il fait un magma.
Ce magma, en présence de matières en putréfaction, d’eaux d’égouls ou de toutes autres choses puantes, arrête les odeurs, en produisant un précipité floconneux ; les eaux légèrement teintées en jaune pourront être filtrées sur des terrains préparés.
Il n’est nullement besoin d’aller prendre dans nos anciens cratères des débris volcaniques ; les mêmes faits se produisent avec des cendres dites de Picardie, et de temps immémorial on s’en sert pour fabriquer la poudrette, qui provient des matières fécales.
Ces matières, disions-nous, placées dans des bassins et brassées au moyen de ringards, boursouflent, triplent de volume et se séparent complètement.
L’analyse de ces pyrites donne :
Acide sulfurique. 16,38
Ammoniaque .. 0,57
Chaux. 4,46
Sulfate de fer. 12,14
Matières organiques. 38,29
Sable, argile. 28,06
Cette matière vaut 0 f ,70 les 100 kilog. ; il en faut 5 pour 100, mais son emploi ne résout pas la question d’une épuration complète.
Les procédés, quels qu’ils soient, d’épuration chimique des eaux d’égout sont inapplicables, au point de vue économique ; on se demande comment se débarrasser d’un produit sans valeur agricole.
Des bassins de décantation, l'amoncellement des matières seraient des plus dangereux pour la santé publique.
Hofmann et Frankland ont cherché la désinfection ; ils opéraient sur 4,543 mètres cubes d’eau ; elle était immédiate avec :
300 litres de perclilorure de fer.
180 kilos de chlorure de chaux.
La chaux vive produisait les mêmes résultats, mais toujours l’action restait momentanée, les liquides, s’ils étaient examinés, se putréfiaient au bout de deux jours avec la chaux, au bout de quatre avec le chlorure, au bout de neuf avec le perchlorure.
Comme toutes les terres, comme tous les champs, les 1,200 hectares qui forment la presqu’île de Gennevilliers peuvent être utilement arrosés avec les eaux vannes de Paris. Les propriétaires de cette partie de la banlieue reconnaissent sans difficultés la valeur de cet engrais liquide, et sont loin d’en réprouver l’usage.
Leur opposition au déversement des égouts sur le territoire de la commune n’a donc rien de systématique, ainsi que paraissent le croire MM. les ingénieurs municipaux. Non. Ce qu’ils repoussent de toutes leurs forces, ce n’est pas l’arrosage, mais bien l’inondation.
Si la ville de Paris avait réglé le déversement des eaux dans de sages mesures, ne donnant à la culture locale que la quantité de liquide nécessaire aux besoins du moment ; si elle eût terni compte de la saison, de la nature du sol, de la qualité des produits ensemencés, ces eaux eussent été reçues comme un bienfait, car elles auraient apporté la richesse à ce terrain plat, sablonneux, empierré, qui a besoin d’être fortement nourri ; mais ce n’est pas ainsi que la Ville a su faire. A cet hectare, auquel il ne convenait pas de donner plus de 12,000 mètres cubes, en ayant soin de distribuer l’arrosage d’une manière opportune, on a fait boire 50,000 mètres cubes d’eau, sans tenir compte ni des besoins, ni de l’heure, ni de la saison, ni de l’humidité atmosphérique.
Cet arrosage à haute dose et sans répit a eu le résultat prévu : menacés dans leurs biens et dans leur santé, les habitants se sont insurgés. A cette inondation malsaine, ils ont opposé le droit des gens si singulièrement méconnu, les lois humanitaires si étrangement oubliées, et la Ville en est aujourd’hui réduite à rejeter au fleuve les 260,000 mètres cubes d’eau que les collecteurs deClicliy et d’Asnières vomissent journellement.
Mais les ingénieurs ne doivent pas ignorer que la Seine ne peut
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 363 pas recevoir sans danger une telle quantité de déjections ; s’ils l’ignoraient, la salubrité publique, compromise par l’infection, parlerait assez haut pour être entendue.
Pour sortir de l’impasse dans laquelle elle s’est aventurée, l’administration songe à demander au conseil municipal les crédits nécessaires à la conduite des eaux dans des lieux plus hospitaliers.
Les projets de la Ville comportent un canal qui amènerait les égouts sur les communes de Colombes, de Nanterre, les ferait traverser la Seine à Bezons, pour venir les déverser dans cette boucle du fleuve comprise entre Bezons, Sartrouville et la forêt de Saint-Germain.
L’irrigation trouverait :
A Asnières.
A Gennevilliers A Argenteuil..
A Colombes ...
A Bezons.
A Houilles.
A Sartrouville .
A Aclières.
A Poissy.
Si la Ville de Paris renonce à son système d’inondation, pour ne plus faire que l’irrigation proprement dite, si elle cesse de vouloir faire absorber à la terre plus d’eau qu’elle ne doit en recevoir, c’est-à-dire 12,000 mètres cubes par an et par hectare, elle trouvera dans ces 3,513 hectares l’emploi de 42,156,000 mètres cubes, c’est-à-dire à peu près le tiers du volume débité par ses égouts.
Pour arriver à une distribution plus étendue, MM. les ingénieurs municipaux élèveront davantage les eaux, ce qui est facilement réalisable, et ils arriveront ainsi à placer utilement 50 millions de mètres cubes.
Mais les 100 millions restant, et qui ne trouveront pas un débouché dans les nouveaux terrains à irriguer, qu’en faudrait-il faire ?... Les rejeter au fleuve ? Mais alors, loin d’être résolu, le problème reste absolument intact, car la pollution de la Seine fournira, tout autant qu’aujourd’hui, aux malheureux riverains l’occasion de protester au nom de la salubrité publique.
Certes, nous savons bien que MM. les ingénieurs de la Ville ne
. 108 hectares.
Soit en tout. 3,513 hectares.
calculent pas comme nous, et que nos chiffres ne sont pas les leurs. — L’expérience démontre qu’un hectare ne doit pas recevoir plus de 12,000 mètres cubes par an ; eh bien ! l’expérience a tort, puisque leur appréciation élève cette quantité à 83,000 mètres cu bes — dès lors, les 3, SI3 hectares suffisent.
Malheureusement pour eux, s’ils récusent les leçons qui nous viennent de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Italie et d’ailleurs, il leur faut cependant bien tenir compte des faits dont ils ont été, tout à la fois, les auteurs et les témoins ; — la presqu’île de Gennevilliers n’est pas située aux antipodes, et les plaintes de ses habitants n’ont pas encore eu le temps de s’apaiser.
Le canal projeté ne doit pas s’arrêter à la forêt de Saint-Germain ; il doit être poussé plus loin, plus loin, plus loin encore, jusquA ce que la quantité d’hectares traversés absorbe le volume d’eau charriée par l’émissaire. Là est la seule solution rationnellement vraie.
A quoi bon s’opiniâtrer dans une œuvre incomplète ? Pourquoi lutter quand même contre la vérité ? 11 y a mauvaise grâce à nier le soleil, et une erreur franchement confessée trouvera toujours des juges indulgents.
La filtration n’ayant pas résolu la question d’épurer les eaux, on songea à l’opérer sur des terrains.
C’est un filtre immense qui retient d’abord, sur sa surface» les plus grosses particules, d’autres plus petites vont dans l’intérieur, entraînent avec elles de. l’air qui détruit les matières organiques pour voir apparaître au terme de son parcours de l’eau claire.
La quantité d’eau que peut recevoir un hectare de terre est limitée ; on ne peut songer à en déverser continuellement, car il arriverait que lorsque toute la masse serait imbibée, la couche nouvelle amenée déplacerait trop rapidement celles qui existent déjà, l’air entraîné avec elle n’aurait pas le temps d’agir et l’eau sortirait par les drains comme elle y est venue.
Le docteur Frankland fut l’âme de ces nouveaux essais, il y consacra une partie de son existence, aussi les travaux qu’il a dirigés sont-ils un critérium pour tous ceux qui s’occupent de cette question.
Il résulte de ses expériences que de l’eau contenant, avant l’épuration , 94.9 parties de matières en dissolution, ayant traversé un terrain perméable et drainé, ne contenait plus à sa sortie que 88.100.
UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUTS ET DES VIDANGES. 3655 3.972. Le carbone des matières organiques n’était plus
que.1.500
1.586. L'azote des matières organiques n’était plus que. . 0.303