‹ Hygiène scolaireChapitre 3 sur 106 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L's applications de l'hygiène se multiplienl chaque jour au grand bénéfice de la santé publique.

Il en est une pourtant qui, malgré les intéressantes questions qu'elle soulève, la grandeur et l'urgence des services qu'elle rsi appelée à rendre à l'enfance et au pays, c'a encore trouvé chez nous

que peu <!<', faM'Ill .

Il y a bien peu d'années que l'hygiène a franchi le seuil <le nos écoles.

Faut-il s'en étonner, quand nous n'avons pas encore en France de livre où soient exposés les éléments, les principes de Vhygiène scolaire?

Si, dans nos traités complets d'hygiène, quelques pages -ont consacrées aux questions relatives à la

vi PREFACE

salubrité des écoles, ces livres ne s'adressent pour la plupart qu'aux savants; et, fussent-ils entre les mains de tous, il serait bien difficile de tirer des indications rares, trop générales et trop théoriques qu'ils contiennent, des conclusions positives pour l'amélioration des conditions matérielles de nos écoles, et du régime auquel les enfants sont soumis dans ces établissements.

Ces renseignements vagues, ces données incomplètes, ne sont plus en rapport avec l'importance qu'ont prise aujourd'hui les écoles publiques.

Pour être réellement utile, pratique, l'hygiène scolaire doit sortir de ces généralités. Elle n'inspirera de confiance, et ne s'imposera à l'administration, que le jour où la science en aura nettement précisé, arrêté, formulé les préceptes.

Tous les milieux ont leur hygiène propre. Pour la connaître, il faut s'être familiarisé par une sérieuse étude avec les conditions particulières, avec les exigences spéciales, avec les ressourceset les dangers que présente le milieu que l'on considère.

L'expérience, qui enseigne les difficultés du sujet, en montre aussi la spécialité.

Nous, qui avons depuis plusieurs années visité

PRÉFACE vil

comme médecin un certain nombre d'établissements scolaires de la ville de Paris, nous voyons dans l'école un milieu qui diffère de tout autre.

Depuis les conditions relatives à l'emplacement, à l'exposition du bâtiment d'école, à la lumière qu'il reçoit, au mobilier qui le garnit, jusqu'à celles qui se rapportent plus particulièrement aux enfants qui l'habitent, à leur travaux, leurs attitudes, leurs exercices, leurs jeux, leurs maladies, tout impose une étude et demande une réglementation spéciale.

La santé des enfants est à ce prix.

La plus haute compétence administrative, l'expérience {U'< directeurs, l'espril d'invention qui anime les architectes, les constructeurs, le plus vit' souci des intérêts de l'enfance, ne peuvent en celle matière suppléer aux données exactes de la science, aux prescriptions rigoureuses de la physiologie el de l'hygiène.

A aucune époque, l'intervention de l'hygiène dans l'école ne fut plus opportune, plus urgente.

Un grand nombre d'écoles présentent, au point de vue de l'hygiène, des conditions déplorables: la place, l'air, la lumière, y font défaut, et les médecins ne savent que trop ce qui résulte d'un

vin PREFACE

pareil état de choses pour la santé des enfants et pour l'intérêt du pays, exposé à n'avoir plus tard que des bras débiles pour instruments de sa richesse ou de sa sécurité.

Il y a là de nombreux besoins à signaler, de sérieuses réformes à demander, à obtenir.

L'insuffisance des bâtiments scolaires est chaque jour de plus en plus manifeste, en présence du nombre toujours croissant d'enfants qui demandent à être admis dans les écoles : courant, qu'il ne faut pas laisser détourner, sous prétexte du manque de place, ou même du défaut absolu d'écoles pour recevoir ces enfants.

Parmi les constructions nouvelles reconnues indispensables, un grand nombre sont déjà décidées, plusieurs sont en voie d'exécution.

N'est-ce pas l'heure de mettre à profit l'expérience du passé, pour signaler, pour préciser nettement ce qui est bon, ce qui est mauvais, pour repousser ce qui est irrévocablement condamné au nom de la raison et de l'hygiène, et pour ne plus abandonner désormais au hasard, au caprice de l'architecte, à la fantaisie du constructeur, ou à de mesquines considérations, le choix, l'adoption, l'adaptation des locaux à ces importants usages?

PREFACE ix

On sait trop ce qu'il faut de temps, de luttes, d'efforts, pour revenir sur un choix, mal l'ait, [tour réparer une construction vicieuse, ou même pour tenter d'introduire dans une école une moditication urgente, une amélioration essentielle.

De nouveaux mobiliers scolaires sont étudiés, construits, expérimentés.

L'hygiéniste a le devoir de faire entendre ses conseils, de discuter, au point, de vue de sa compétence spéciale, les systèmes anciens et ceux que l'on veul \ substituer, el de se prononcer ehdernier ressort >iu' les modèles qui lui paraissent le plus conformes aux exigences imposées par l'intérêt et la santé des enfants.

Dans ceux «les anciens locaux qui peuvenl être conservés, il doil veillera ceque ces bâtiments, qui suffisaient autrefois à une population scolaire restreinte, et aux nécessités (rime hygiène moins exigeante parce qu'elle était moins bien renseignée, ne soient jamais encombrés; il doit tenir à ce que les préceptes de la science moderne soient partout rigoureusement appliqués.

Près de quatre millions d'enfants des deux sexes fréquentent annuellement les écoles publiques de notre pays.

x PREFACE

Paris, à lui seul, en reçoit dans ses écoles et ses salles d'asile plus de cent mille : chiffre qui sera bientôt dépassé, lorsque des locaux suffisants et convenables auront été préparés pour recevoir les nombreux enfants qui ne peuvent trouver place dans les établissements actuels.

N'est-ce pas dire combien de santés dépendent de la sollicitude de l'administration; combien de familles sont intéressées à la bonne hygiène des ('rôles; quelle est la responsabilité du médecin, de l'hygiéniste chargé de visiter ces établissements? N'est-ce pas montrer à l'Etat qu'il dépend de lui de retrouver un jour, comme hommes valides, ou comme non-valeurs, ces enfants dont une direction éclairée et paternelle doit s'efforcer d'assurer la santé en même temps qu'elle leur donne l'éducation et l'instruction?

A l'Exposition de Vienne, par une sorte de consensus touchant et significatif, toutes les nations avaient envoyé des modèles d'écoles, de matériel de classe, des mobiliers scolaires perfectionnés. Des spécimens adressés d'Amérique, de Suède, de Suisse, d'Allemagne, etc., attestaient partout les plus louables efforts et une constante et universelle préoccupation des intérêts de l'enfance. La France a été

PRÉFACE m

dignement représentée dans eette lutte. La ville de Paris a obtenu un diplôme d'honneur, et l'on a pu dire d'elle avec justice que « depuis L867 elle a t'ait des progrès vraimenl merveilleux ».

Cela ne suffit pas. .Notre pays doit encore, dans une épreuve plus sérieuse, «'(die de la pratique, faire tous ses elforls pour atteindre, sinon pour dépasser les antres peuples, dans mie voie où sont engagés aujourd'hui l'intérêt de nus entants, et demaiol'avenir même de la nation.

Si c'est un devoirpour i < mis de travailler à eette oeuvre, ce devoir n'est-il pas encore plus sacré pour ceux auxquels l'administration a confié le soin de veiller à l'hygiène des écoles publiques, ci à la santé des élèves qu'elles reçoivent ?

Cette conviction a été noire mobile pour écrire ci' livre; clic sera notre excuse pour avoir entrepris la tâche d'éclairer des points si délicats, ou assumé la responsabilité d'intérêts si précieux.

En abordant les questions nombreuses et neuves que comporte le sujet de l'hygiène scolaire, il est superflu de dire que eette étude n'a pas la prétention de les signaler toutes, ni d'en donner toujours la solution définitive.

Nous nous estimerions heureux d'avoir placé

xii PRÉFACE

quelques jalons, d'avoir posé les principes, indiqué les applications les plus urgentes, et fourni à ceux qui sont chargés de diriger ou de visiter les écoles : inspecteurs, maires, délégués cantonaux, directeurs et directrices, etc., un aperçu de ces notions indispensables désormais, si, comme nous en avons le ferme espoir, l'hygiène doit, prendre avec l'instruction et la morale sa part de cette haute et importante mission : l'œuvre de la régénération du pays.

Le jour où l'enfant entre dans l'École, il est soumis, au point de vue de la santé, à deux sortes d'influences très-distinctes.

Les unes tiennent au milieu nouveau dans lequel il est introduit : ce milieu, c'est l'École en tant qu'habitation, et avec les conditions matérielles spéciales qu'elle présente.

Les autres, d'un ordre plus élevé, sont relatives à la direction nouvelle que reçoit l'activité de l'enfant. Jusque-là, le jeu avait absorbé toutes ses facultés et tous ses instants; il va être initié au travail, il sera assis de longues heures devant un livre ou un cahier, soumis à une règle, à une discipline toujours sévères en comparaison de la vie de famille ; il subira le contact d'autres enfants réunis dans le môme local, il sera exposé aux inconvénients multiples de cette fréquentation, etc., en somme, un ensemble d'habitudes nouvelles, un régime nouveau.

Ces deux ordres d'influences doivent être dans cet ouvrage l'objet d'une étude spéciale.

Un premier chapitre sera consacré à Y École, et à

Page 1