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CHAPITRE V

Les colonies scolaires.

C’est le pasteur Bion de Zurich qui en 1876 fut l’initiateur des colonies scolaires de vacances.

Il partait de ce principe que, dans les grandes villes, la vie sédentaire dans un milieu antihygiénique et le défaut d’exercices physiques prédisposent les enfants à contracter des germes de graves maladies et les rendent peu résistants.

11 conduisit un groupe d’enfants dans les montagnes du canton d’Appenzell et en obtint de remarquables résultats.

Bàle, Genève, Berne suivirent bientôt cet exemple. La ville de Neufchâtel en 1880 imita Zurich et en iqo3 acheta une propriété où elle envoya fdles et garçons par séries alternantes d’avril à fin septembre.

A Stokholm, les colonies de vacances furent établies en 1884 ; de i885 à 1898 la ville a envoyé 7.302 enfants répartis en 32 2 colonies. Chaque colonie comprend en moyenne 23 enfants et la durée de séjour est d’environ deux mois. Les enfants prétuberculeux sont envoyés à la montagne dans le Juntland.

Warrentropp vulgarisa institution en Allemagne.

En France, c’est Lorriaux en 1881 avec l’œuvre des « Trois semaines », puis en i883, Cottinet administrateur de la caisse des écoles du Xe arrondissement de Paris, qui créèrent les premières colonies.

Peu à peu toutes les caisses des écoles parisiennes, avec le concours des subventions municipales, envoyèrent de nombreuses colonies d’écoliers jouir du bon air des champs.

En igo5, 6.5oo garçons et filles en éprouvèrent les bienfaits.

Les grandes villes de province imitèrent cet exemple ; de plus de nombreuses sociétés se créèrent pour étendre au plus grand nombre possible les avantages du séjour à la campagne.

Les enfants sont pris parmi les plus pauvres et dans les familles les plus nombreuses.

Généralement l’envoi est absolument gratuit; mais certaines sociétés demandent aux parents une faible rémunération et complètent la somme nécessaire à l’entretien de l’enfant à la campagne. D’autres sociétés au contraire demandent aux parents, qui peuvent en laire les frais, le prix de revient total.

Madame Frank Puaux, qui dirige avec tant de dévouement l’œuvre des vacances de la Chaussée du Maine, assure qu’il y a grand avantage à demander aux parents une rémunération si minime soit-elle. La charité est transformée ainsi en une sorte d’aide mutuelle et moralisatrice. Les parents qui paient sont souvent plus reconnaissants et moins exigeants que ceux qui font admettre leurs enfants gratuitement.

La durée du séjour est généralement de trois semaines ; dans quelques villes, elle est plus longue.

Choix des colons. — L’enfant est choisi par le médecin de l’école et le directeur ; et ce qu’il faut bien spécifier, c’est que ce n’est pas une récompense qu’on accorde à l’enfant méritant, mais un service que l’on rend au débile, au prédisposé, pour l’améliorer.

L’enfant qu’on doit choisir de préférence est celui qui, par suite de son état de santé, peut obtenir la plus grande somme de bénéfices d’un séjour de quelques semaines au grand air.

La colonie est une œuvre de préservation sociale, ce n’est pas un sanatorium, elle doit donc refuser tous les malades quels qu’ils soient.

Noir et Gourichon (i) demandent qu’on réserve les colonies pour : i° les enfants faibles, mal développés, peu musclés; 2°les enfants à thorax rétréci, à dos voûté, aux épaules tombantes, aux omoplates saillantes; 3° aux infantiles du type Lorain, descendants de syphilitiques, tuberculeux, alcooliques qui, quoique relativement bien conformés, sont petits et faibles; 4° aux enfants à poils roux (type vénitien de Landouzyj ; 5° aux anémiés, aux convalescents de maladies aiguës, etc.

Enfin ajoutons à cette liste, les préluberculeux, les enfants atteints d’adénopathies cervicales et bronchiques.

11 est certain que le médecin n’a que l’embarras du choix. Ce sont surtout les enfants qui pourront tirer le plus grand profit du séjour à la campagne qui doivent être choisis.

Les considérations de l’état de fortune de la famille devront venir ensuite.

Mode de placement. — Deux modes sont préconisés : le placement collectif et le placement familial.

(i) Noir et Gourichon Tom. II p. 3oa.

Le placement collectif est le plus en faveur à Paris. Les caisses des écoles envoient généralement les enfants dans un collège de petite ville, dans une pension , d’autres ont acheté des propriétés qu’elles ont fait aménager pour y installer une colonie permanente ; mais c’est toujours la colonie collective.

Madame Frank Puaux et avec elle un certain nombre de directeurs d’œuvres similaires préfèrent le placement familial. Ils réprouvent les grands dortoirs et les réfectoires, qui transportent à la campagne la vie d’un pensionnat.

Ils placent les enfants par groupe de 3 à 4 au plus, dans une famille de cultivateurs possédant, presque tous, une maison avec jardin. Les enfants sont ainsi séparés dans chaque famille et ce procédé permet aussi de réunir les frères et les sœurs.

Ce même mode de placement est employé par la ville de Saint-Etienne.

Nous pensons que ces deux sortes de colonies ont leurs avantages. Le placement collectif doit s’adresser surtout aux enfants pouvant faire des exercices au grand air et auxquels la marche doit être salutaire ; le placement familial doit être réservé pour les enfants plus chétifs et qui ne pourraient sans danger prendre part aux jeux, aux premenades et à la vie active des colonies ordinaires.

Pour compléter les bienfaits des. colonies scolaires, certaines caisses des écoles ont substitué ou mieux complété leur œuvre par des colonies envoyées les unes à la mer, les autres à la montagne.

On peut dire que, si tous les enfants peuvent être avec avantages envoyés à la campagne, tous ne peuvent être envoyés à la mer ou à la montagne.

Colonies maritimes. — L’enfant de la ville qu’on transporte à la mer, s’il est un peu nerveux, ne subit réellement les effets utiles qu’après un acclimatement dont la durée est variable.

Tous les nerveux excitables ne pourraient être envoyés à la mer. Il en sera de même des herpétiques et des arthritiques.

Ceux qui tireront un bénéfice immédiat du climat marin, ce sont les enfants atteints de gonflements ganglionaires, axillaires, cervicaux, inguinaux ou péri-bronchiques ; ceux qui ont des cicatrices tuberculeuses guéries et tous les anciens tuberculeux osseux.

Colonies de montagne. — La colonie de montagne ne doit pas dépasser une altitude moyenne. Le Dr Leuch qui à fait des recherches sur l’état des globules sanguins chez les enfants, au départ et au retour des colonies de montagne, ne veut pas qu’on dépasse 700 à i.ioom. Au-dessus de cette altitude, il y a une période d’acclimatement, accompagnée de poussées congestives, qui peut être dangereuse.

La colonie de montagne sera réservée de préférence aux enfants nerveux, aux lymphatiques, aux prédisposés héréditaires à la tuberculose, aux enfants au thorax peu développé, aux anémiés* aux convalescents de coqueluche et de grippe : tous ceux qui, en un mot ont besoin d’une excitation modérée ou d’une gymnastique respiratoire un peu active.

Résultats. — Les résultats du séjour aux colonies de vacances, pour les enfants de la ville, sont merveilleux. Les Drs Zuber et Armand Delille (1) qui ont examiné

(1) Drs Zuber et Armand Delille t. II p. 390.

LES COLONIES SCOLAIKES

les enfants avant leur départ et à leur retour écrivent : « Les bons résultats de cette cure de campagne se traduisent à la fois par la belle apparence extérieure des enfants, par leur teint coloré, leur entrain, leur vigueur et par une augmentation de poids qui est de i./po gr. en moyenne et dont le maximum atteint parfois 3 kilog., en même temps que la taille s’accroît de i2ram. en moyenne et le périmètre thoracique de 20mm. En étudiant les poids d’enfants pesés a ans de suite parmi ces petits colons, il est intéressant de constater, en comparant leur poids avant et après le séjour à la campagne, que ces enfants ont fait en ce seul mois plus de la moitié de leur augmentation annuelle; il est de même à remarquer que l’accroissement de la taille représente pour ce mois le quart de l’accroissement annuel normal pour des enfants de cet âge. »

Ces auteurs concluent en disant qu’ils considèrent les colonies de vacances comme un des meilleurs moyens prophylactiques de la tuberculose.

Le Dr Leuch a montré que la quantité d’hémoglobine et le nombre des globules rouges sont augmentés au retour de la campagne.

Emploi du temps. — D’une façon générale, on laisse les enfants libres de jouer, le seul travail consiste en marches, promenades, jeux au grand air.

Dans quelques colonies, on demande aux enfants de noter au jour le jour les faits importants de leur séjour.

Nous voudrions qu’à chaque colonie collective soit adjoint un professeur de gymnastique qui matin et soir, pendant 10 à i5 minutes, chaque jour, ferait exécuter à ces enfants qui ne savent pas respirer, des exercices de gymnastique respiratoire au grand air.

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dans les champs, les prairies, partout où ils se trouveraient. Ces maîtres dirigeraient aussi les jeux des enfants : nous aurions ainsi le maximum de bienfaits (1), et ces exercices respiratoires pratiqués au grand air apprendraient aux enfants à respirer et développeraient singulièrement leur capacité pulmonaire.

Prix d’entretien. — - Le prix d’entretien de l’enfanta la campagne varie avec le lieu du séjour et le mode d’organisation.

L’œuvre angevine des colonies de vacances dépense pour ses enfants à la campagne 3ifr.8o et à la mer 47 fr. i5 avec le placement familial.

L’œuvre de la Chaussée du Maine a en 1904 envoyé 1995 enfants qui lui ont coûté io5.568fr. 45. C’est une dépense de 4o à 5o fr. pour un mois, voyage compris. Dans certains arrondissements, le séjour coûte plus cher, Le 20° arrondissement qui a envoyé 402 enfants en 1907 a dépensé, pour un séjour de trois semaines, 69 fr. en moyenne par élève à la campagne, à la mer ou à la montagne.

Les caisses des écoles, propriétaires d’immeubles, dépensent généralement moins, car elles n’ont pas de location à payer.

En Suède, le prix de revient pour 60 jours de séjour est de 55,3 d’ore.

A Neufchâtel le prix de revient est de 1 fr.07 par jour.

Y oyages scolaires . — Par suite de la difficulté budgétaire d’envoyer un grand nombre d’enfants aux colonies de vacances, certaines caisses scolaires ont organisé en plus des voyages de vacances, permettant de faire béné-

(1) Voir Dufestel IX p. 20g.

ficier de temps à autre d’une journée de grand air les enfants déshérités qu’on n’a pu envoyer à la campagne. Ces voyages, plutôt fatigants pour les enfants et relativement coûteux pour le peu de bénéfice qu ils en tiient pour leur santé, sont en partie abandonnés.

ils n’ont plus lieu que comme but de visite d’une ville, d’un château ou d’un monument et n’intéressent pas l’hygiéniste.

Certaines sociétés comme le Club alpin français ou le Touring-Club de France organisent les jeudis et les dimanches parmi les élèves des lycées et des écoles des promenades à la campagne, avec marches dont la durée est basée sur l’âge des enfants et leur endurance à la fatigue. Le but est de faire jouir les jeunes gens d’une journée de grand air, de leur faire aimer la marche, et de les entraîner peu à peu à des exercices de plus en longs. Naturellement les directeurs des promenades recherchent les sites intéressants, et les endroits qui peuvent le mieux séduire les enfants.

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