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LE MÉDECIN SCOLAIRE

Le médecin scolaire doit rester dans ses attributions et ne pas s’immiscer dans celles du pédagogue. Au premier incombe la surveillance du développement physique, au second la culture des facultés intellectuelles.

Il est certes bien difficile de fixer les limites précises des deux domaines, surtout depuis que l’on connaît mieux l’influence du physique sur le moral et réciproquement l’influence du travail intellectuel sur le développement normal de l’organisme. L’unité de l’être vivant est une loi biologique que personne ne peut plus contester; mais c’est une affaire de bonne entente entre personnes concourant au même but et ayant le même idéal : le perfectionnement harmonieux des facultés physiques, intellectuelles et morales de l’enfant.

L’adaptation de la culture des facultés intellectuelles à la capacité physique individuelle doit se faire par l’accord du maître et du médecin, chacun apportant sa collaboration active à l’œuvre commune.

L’intervention de l’hygiéniste dans la répartition des heures de travail et dans l’allégement des programmes, par exemple, a provoqué chez les professeurs une certaine surprise; mais ceux-ci ont vite compris que cette ingérence dans le domaine pédagogique n’était qu’apparente et que maître et élève n’avaient qu’à y gagner.

La preuve en a été faite rapidement dans les écoles modèles créées selon les règles de l’hygiène moderne. L’école alsacienne, les collèges des Roches et de Normandie, en appliquant une plus juste répartition des heures de travail et de repos, en donnant à l’éducation physique le temps qui lui est nécessaire, en mettant en un mot l’enfant dans de meilleures conditions hygiéniques, ont montré qu’il était possible d’obtenir un

meilleur rendement tout en consacrant moins de temps au travail intellectuel. Les élèves de ces établissements réussissent aussi bien aux examens que ceux des lycées urbains.

A l’école de la forêt, à Charlottenbourg, les élèves débiles qui ne travaillent que 2 heures 1/2 par jour se maintiennent au même niveau que leurs camarades des écoles de la ville. Cela tient simplement à une meilleure répartition des heures de travail.

Le rôle du médecin scolaire s'est bien modifié depuis sa création. Au début, on lui demandait surtout de préserver la collectivité des maladies qui pouvaient l’atteindre. L’inspection sanitaire des locaux, la visite des conditions de salubrité des classes, les mesures à prendre en cas d’épidémie avaient pour but d’empêcher le développement des affections contagieuses ^qui pouvaient envahir l’école.

Puis avec le progrès des idées, une évolution se fit et le médecin dut non seulement préserver la collectivité, mais aussi protéger l’enfant et veiller au développement normal et régulier de sa croissance. Il ne fut plus seulement, comme autrefois, un thérapeute dont la mission était de guérir la maladie, il devint un hygiéniste chargé de prévoir et d’enrayer les affections.

C’est surtout en médecine scolaire que ce rôle d’hygiéniste a une importance extrême. L’enfant plus que l’adulte est susceptible de contracter de nombreuses affections. Dans le milieu scolaire la réunion d’un grand nombre d’écoliers est une condition favorable à l’éclosion des maladies infantiles et en particulier des fièvres éruptives. Mais en outre, des troubles, provoqués directement par le séjour à l’école, tels que la scoliose et la

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myopie, peuvent se développer si le médecin n’intervient pas. Dans ces dernières années, le rôle du médecin scolaire s’est encore accru. Les graves problèmes de psychologie pédagogique tels que le diagnostic et la mesure de la fatigue intellectuelle, le nombre et la répartition des heures de classes et tant d’autres questions d’une importance capitale ont été soulevées. Le médecin ne pouvait y rester indifférent; c’est à lui qu’incombait la tache souvent difficile de rechercher la cause des anomalies constatées chez l’enfant et des troubles souvent d 01 igine pathologique des facultés intellectuelles.

« Or, qui peut dire, écrit le Dr Legendre (1), quelles sont les conditions normales du développement nerveux, cérébral et périphérique, sinon le médecin ? Quelles sont, parmi les méthodes pédagogiques actuellement usitées, celles qui cadrent le mieux avec ces conditions, qui le peut dire sans le concours du médecin ?

Je rappelle avec M. F. Buisson, que « souvent à la base d’un problème d’éducation se cachent d’autres problèmes de tempérament, d’hérédité, de développement physiologique, parfois et jdus souvent qu’on ne le pense, de pathologie nerveuse », — avec le docteur M. de Fleury, que « beaucoup d’enfants réputés indociles, paresseux ou pervers sont des neurasthéniques ou des hystériques ayant plutôt besoin d’hydrothérapie, de bromure et d’injections sous-cutanées d’eau salée que d’objurgations et de punitions. »

J’ai dit que seul le médecin doit d’abord trancher la question de savoir à quel âge l’enfant peut sans inconvénient commencer travailler, combien de temps il peut le faire chaque jour, s’il vaut mieux le placer dans un

(1) Dr Legendre II p. 3i.

établissement ou dans un autre, en tenant compte de la nécessité de l’élever à la ville ou à la campagne, dans tel ou tel climat, et de lui assurer une nourriture plus ou moins choisie, appropriée à ses capacités digestives ou à son tempérament. »

« En recevant un élève dans un établissement d’instruction, disent MM. Brouardel et Rabier, dans un rapport présenté à la Commission permanente de préservation contre la tuberculose, le maître de cet établissement que ce soit l’État, que ce soit un particulier, prend à charge, en même temps que l’éducation de cet élève, la protection de sa vie et de sa santé. Autant que l’instruction, avant l’instruction même, il lui doit la sécurité. »

« C’est le rajeunissement, ajoute M. Paul Strauss (i), du rôle préventif de l’instructeur. Le souci de la santé corporelle est mis à la première place en conformité de la tradition latine. Un devoir inédit de vigilance s’ouvre en raison de l’obligation de prévenir et au besoin de dépister les maladies transmissibles et en particulier la tuberculose, la plus redoutée des affections évitables.

« L’intervention du médecin ne saurait rigoureusement se limitera la prévention des risques morbides inhérents au milieu scolaire ; elle déborde les frontières administratives et porte sur la santé de l’élève, fût-elle altérée au foyer familial.

« Un écolier malade est un danger pour ses voisins et camarades.

« 11 ne s’agitpas uniquement, on le conçoit, de sollicitude et de soins pour l’écolier malade ; mais de prévoyance et de précautions en faveur de l’élève bien portant. »

(i) Paul Strauss p. 69.

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