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CHAPITRE II

Le médecin scolaire en France et à l’étranger.

France. — Le premier projet de création de médecin scolaire remonte au 26 juin 1793.

Sieyès, Daunou et Lakanal présentèrent à la Convention le projet de décret suivant : « Un officier de santé du district est chargé par le même bureau de visiter dans les quatre saisons de l’année, toutes les écoles nationales du district. Il examine et conseille les exercices gymnastiques les plus convenables. Il examine les enfants et indique en général et en particulier les règles les plus propres à fortifier leur santé (1). » Si ce projet avait été décrété, l’inspection médicale était établie. N

Avec la création de l’Université, apparaît le médecin de lycée (arrêté dm 10 juin i8o3 et règlement de 1809).

Le proviseur choisit le médecin, le chirurgien et le pharmacien. Le médecin et le chirurgien sont tenus de faire tous les jours au moins une visite à l’infirmerie et d’en rendre compte au proviseur.

Le médecin et le chirurgien examinent tous les 3 mois les élèves du lycée.

Dans le cas de maladie contagieuse incurable, l’élève sera examiné par le médecin du lycée, dont le rapport

(1) Gréard I tom. I p. 67.

sera envoyé au recteur qui fera faire un examen contradictoire par un docteur en médecine ou un docteur en chirurgie nommé par lui et l’élève sera remis à ses parents sur une décision du ministre.

Le proviseur pourra séquestrer ou placer provisoirement en ville l’élève atteint, en attendant la décision.

Sous la Restauration et la Monarchie de juillet : le pro-' viseur est tenu de présenter à l’approbation du ministre la nomination des médecins et chirurgiens qui doivent être attachés au lycée.

Mais jusqu’à présent on ne s’occupe que des internats, les écoles primaires n’intéressent pas l’hygiéniste.

Et pourtant le médecin commence à prendre conscience des services qu’il pourrait rendre dans les établissements scolaires (i). La thèse du Dr Bourjot soutenue à Paris en i83o et qui a pour titre : « Essai sur la conduite que doit tenir un médecin attaché à une maison d’éducation » le montre d’une façon évidente. Bourjot propose déjà la création d’une fiche médicale qui, tenue à jour grâce à des visites trimestrielles, serait pour le jeune homme comme une feuille de route pour toute sa carrière.

La loi du 28 juin 1 833 charge le comité communal de veiller à la salubrité des écoles. A Paris en 1 834 , sur le rapport d’Orfila, un médecin était attaché à chaque école de garçons. Cette institution fut régularisée en 1 843 et étendue aux écoles de filles. Le médecin était tenu à une visite hebdomadaire de chaque école ; mais comme aucun crédit ne fut voté, leservice ne fut jamais sérieusement organisé.

En 1864, Duruy, ministre de l’Instruction publique,

(1) Dr Legendre II p. 5.

HYGIÈNE SCOLAIKE

nomme une commission centrale, chargée de donner son avis sur toutes les questions d’alimentation, d’habillement, d’hygiène, de gymnastique concernant les lycées de l’Empire. Chaque lycée est pourvu d’un médecin, chargé de visiter chaque jour à l’infirmerie les enfants malades et de prendre les mesures nécessaires en cas d’épidémie.

En 1879, Conseil municipal de Paris organisa l’inspection médicale des écoles telle qu’elle fonctionne encore aujourd’hui.

La même année, Jules Ferry ministre de l’Instruction publique adressa le i4 novembre la circulaire suivante aux préfets :

« Il y aurait dans chaque centre un ou plusieurs médecins chargés de visiter, dans leurs tournées de clientèle, les écoles publiques au double point de vue de la salubrité des bâtiments et de l’état sanitaire des élèves. Ils auraient pour mission de veiller à ce que les conditions hygiéniques soient exactement remplies, d’adresser aux maîtres et aux familles des conseils opportuns et de fournir à l’occasion des renseignements utiles à l’administration. »

La loi du 3o octobre 1886 sur l’organisation de l’enseignement (chap. II, art. 9) déclare : « L’inspection est exercée au point de vue médical par des médecins inspecteurs communaux ou départementaux. »

Le décret du 18 janvier 1887 sur l’enseignement primaire ajoute (art. i4i) : « Les médecins doivent êtreagréés par le préfet et leur inspection ne peut porter que sur la santé des enfants, la salubrité des locaux et l’observation des règles de l’hygiène scolaire.

En réalité, en France, l’inspection médicale des lycées

est bien organisée ; mais celle des écoles primaires ne l’est ciue dans quelques grandes villes.

D’après un document du ministère de l’instruction publique de i9o3. l’inspection médicale n existe que dans 36 départements, elle n’est rémunérée que dans 8.

En somme, elle n’est bien établie que dans quelques

grandes villes Méry (i). ,

A Paris, l’inspection médicale des ecoles n a e sérieusement organisée que par l’arrete du i3 juin i 79 et celui du i5 décembre i883. La ville a ete divisée en 126 circonscriptions médicales. Chaque médecin devait avoir primitivement de i5 à 20 classes ; mais depuis ce temps le nombre des classes à plus-que double et ce m des médecins est resté le même de sorte que chaque

inspecteur a plus de l\o classes.

Le médecin doit visiter deux fois par mois les ecoles de sa circonscription et plusjsouvent s’il en est requis par le maire ou l’administration. Actuellement un projet de réorganisation proposé par M. le Dr Guibert est soumis à l’approbation du Conseil municipal. (Mars 1909) En i885, les écoles de la Banlieue ont été groupées à

leur tour en 4o circonscriptions.

A Bordeaux, les médecins font une visite mensuelle

dans chaque école.

A Nice, le Dr César Roux a établi depuis 1905 l’examen des écoliers débiles et leur constitue un dossier sanitaire.

Allemagne. — Déjà en i835, une loi prescrivait 1 éloignement de l’école des enfants atteints de maladies contagieuses. Ils ne pouvaient rentrer qu’après un certificat du médecin attestant qu’ils ne présentaient plus de danger.

(1) Dr Méry II p. 55.

HYGIÈNE SCOLAIHE

C’est Leipzig qui en 1892 créa les premiers médecins scolaires appointés, ils étaient au nombre de i5; mais depuis cette époque, presque toutes les villes d’Allemagne ont organisé l’inspection médicale des écoles.

Wiesbaden en 1897 créa une organisation qui a été adoptée dans beaucoup de villes allemandes, nous en donnons d’après M. Friedel (x) le mode de fonctionnement.

« Au moment de la rentrée des classes, on fait parvenir aux parents des enfants nouvellement enrôlés une feuille sanitaire accompagnée d’une lettre circulaire expliquant le but de la surveillance médicale par l’école. Si la famille a un médecin attitré, c’est lui qui examine l’enfant et qui remplit la feuille. Tout enfant arrivant à l’école sans la feuille est présenté dans les 2 ou 3 premiers jours au médecin scolaire qui, par un examen très sommaire, constate que les nouveaux venus n’apportent pas de maladies contagieuses ou de parasites. L’examen individuel et complet de chaque enfant se poursuit pendant les 4 à 6 premières semaines. Les mères sont iuvitées à y assister. Le médecin se rend compte si l’enfant peut suivre les classes sans inconvénient pour sa santé, ou si l’instituteur devra lui accorder certains ménagements, ou enfin s’il a besoin d’un contrôle médical. Chaque écolier à sa fiche sanitaire qui reste à l’école et qui suit l’enfant à tous les changements de classe ou d’école. Sur cette fiche le médecin scolaire transcrit les renseignements fournis par le médecin de la famille ou inscrit ses propres constatations s’il a lui-même examiné l'enfant. La fiche d’un enfant qui a besoin d’être suivi par un médecin, porte la mention « Contrôle médical ».

(1) V. H Friedel t. 53e p. 339.

Ce premier examen terminé, le médecin scolaire revient à l’école tous les i5 jours pour une consultation. En cas d’épidémie, il y vient plus souvent.

Le jour de la consultation est fixé d’avance, d’accord avec le directeur de l’école. Celui-ci fait circuler, la veille, une feuille sur laquelle les maîtres inscrivent les enfants de leur classe dont la fiche porte la mention « Contrôle médical ». La liste et les fiches sont remises au médecin par les professeurs de classe qui amènent les enfants et assistent, autant que possible, à l’examen de contrôle. Avant de procéder à cette visite, le médecin passe dans les classes qu’il inspecte, à tour de rôle, au point de vue de l’éclairage, de l’aération, du chauffage, des attitudes, etc. Chaque salle de classe est ainsi inspectée deux fois par semestre au moins. Tel enfant qui au cours de cette visite parait suspect au médecin ou que le maître lui indique comme tel, est prié de se rendre ci la salle de consultation, où d’ailleurs les maîtres des classes non inspectées ce jour-là peuvent également envoyer les élèves qu’ils supposent être souffrants. Après ce passage dans les classes, le médecin se rend à la salle de consultation où il

examine les cas nouveaux et les cas placés sous contrôle.

Les enfants qui sont reconnus malades sont renvoyés aux parents. Aux petits le médecin remet ses recommandations par écrit ; les grands peuvent être priés de dire eux-mêmes aux parents qu’ils ont besoin de soins médicaux . En aucun cas le médecin scolaire ne soigne. Il visite l’enfant à domicile dans le cas d’absence pour cause de maladie insuffisamment justifiées ; encore faut-il que le directeur de l’école l’y invite.

L’examen détaillé de chaque écolier se répète 3 fois

pendant les huit années que dure la scolarité obligatoire : au courant de la troisième, de la cinquième et de la . huitième et dernière année. Ce dernier examen est très ; important pour les élèves qui quittent l’école pour entrer dans la vie. Il permet au médecin de faire 'des recommandations utiles aux parents, et de leur donner des conseils sur la carrière ou sur le métier qui convient à l’état physique de leur enfant.

Les médecins scolaires forment un collège qui se réunit périodiquement pour un échange de vues.

Chaque médecin scolaire rédige un rapport annuel.

Les rubriques de ces rapports sont arrêtées d’avance. Les rapports sont remis au plus ancien des médecins scolaires qui rédige le rapport général destiné à être soumis à l’administration municipale.

Berlin possède 44 médecins scolaires avec un médecin chef qui centralise les rapports.

A Francfort-sur-le-Mein, 1 1 médecins surveillent chacun 1.200 élèves.

Belgique. — A Bruxelles, depuis 1874, grâce au dévouement et à la science du Dr Janssens, l’inspection médicale et hygiénique est arrivée d’emblée à un tel degré de perfection qu’elle peut et doit servir de modèle à toutes les institutions de ce genre. Mangenot (1).

Les médecins visitent les écoles 3 fois par mois. Un carnet de santé a été établi pour chaque enfant avec mensurations du poids, de la taille, de la capacité pulmonaire et de la force dynamométrique.

Même ces dernières années, chaque enfant a été examiné au point de vue du développement des facultés intellectuelles.

(1) Mangenot I p, 10.

Ce sont aussi nos collègues belges qui ont les premiers institué une médication préventive pour les enfants débiles avec distribution d'huile de foie de morue et de poudre de viande. A Anvers, Liège, Louvain fon -

tionne un service médical régulier.

Angleterre. - Laloi du i- janvier 1908 a établi 1 in-

stitution du médecin scolaire et réglé son rôle et ses

attributions. . .

C’est le corps d’officiers de la santé publique qui dirige la surveillance et l’inspection médicales des ecoliers.

Danemark. — Le Danemark possède un service medical scolaire bien organisé avec vaccination obligatoire.

Suède. — La Suède a un service médical scolaire qui fonctionne régulièrement.

Suisse. — En Suisse l’inspection médicale varie selon les cantons. Lausanne est la première ville qui, grâce au dévouement du Dr Joell, a organisé sérieusement l’inspection des écoliers.

Genève depuis 1888 possède douze médecins scolaires. A Bâle et à Zug, l’inspection médicale assure le classement des élèves d’après leur taille, l’état des yeux et des oreilles.

Dans le canton de Neufchâtel le service est aussi assure

d’une façon très remarquable.

Russie. — En Russie, le service médical scolaire est assuré à Moscou, et à Saint-Pétersbourg, pour les écoles communales, et dans toutes les villes pour les lycées.

Autriche. — En Autriche, le médecin sanitaire, dont les pouvoirs sont très étendus, a les ecoles dans ses attributions. Quelques villes ont cependant organisé un service indépendant.

Roumanie — La Roumanie et la Serbie ont une ins-

pection médicale scolaire complète et qui fonctionne *[ à la satisfaction de tous.

Portugal. — En Portugal, l’inspection sanitaire scolaire a été établie en 1902. Toutes les écoles publiques sont soumises à la visite du médecin scolaire.

États-Unis. — A New-York, l’inspection médicale, créée en 1897, a été réorganisée en 1902. Elle comprend 3oo médecins. Chaque médecin a trois écoles qu’il doit visiter chaque jour pour examiner les élèves reconnus malades par les maîtres ; de plus il doit tous les trois jours procéder à la visite individuelle de l’écolier.

Boston possède 55 médecins scolaires.

République Argentine. — Dans la République Argentine, le service est bien organisé, surtout à Buenos-Ayres.

Chili. — Au Chili, les médecins visitent les écoles au moins une fois par mois.

Égypte. — Au Caire, le service est assuré par trois médecins spéciaux qui doivent y consacrer tout leur temps.

Japon. — Au Japon, l’inspection des écoles fonctionne partout. Il y avait, en 1903,4.582 médecins scolaires.

11 est facile de se rendre compte par ce court aperçu à travers les différents pays, combien les états modernes attachent d’importance à l’inspection médicale. Chaque jour révèle de nouveaux progrès. Le souci d’assurer à l’enfant un développement physique rationnel et de le prémunir contre la maladie est, aujourd’hui, une préoccupation constante dans tous les pays civilisés.

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