I. LA MYOPIE
La myopie, c’est l’état de l’œil trop long d’ordinaire, dans lequel les rayons lumineux parrallèles vont former leur foyer en avant de la rétine. Nous ne reviendrons pas sur les moyens de la reconnaître, nous avons donne au chapitre de l’examen de l’écolier les procédés utilisés (page 2 25). Nous parlerons seulement de la myopie au point de vue scolaire. Elle est fréquente à l’école et elle augmente on peut le dire avec les années de scolarité.
Le degré de myopie s’accroît avec la durée quotidienne des heures d’études et avec l’augmentation du séjour à l’école. Les externes qui souvent travaillent moins, sont moins éprouvés que les internes. Elle est
extrêmement fréquente en Allemagne au point que les Allemands s’en font presque un titre de gloire.
Le mauvais éclairage de l’école, les caractères trop fins et imprimés sur du papier de qualité inférieure aggravent encore la myopie. On peut dire que le développement de la myopie scolaire est lié à des efforts habituels d’accommodation et de convergence nécessités par la vision rapprochée d’objets trop petits, mal placés ou mal éclairés.
L’œil devient myope par suite d’un excès de longueur de son axe, d’où il résulte que les rayons réfractés par le cristallin vont faire leur foyer en avant de la rétine qui ne reçoit alors que des cercles de diffusion. D’où cette conséquence que le myope lit bien lorsque la distance est rapprochée et qu’il lit mal à grande distance.
L’attitude du myope est caractéristique. Il se penche vers les objets qu’il considère ; il se couche sur son livre ; ses yeux paraissent saillants et il cligne des paupières.
La myopie axile est congénitale dans 2 ou 3% des cas ; mais elle survient plus ou moins tôt chez l’enfant.
La prédisposition individuelle a une grande influence sur le développement de la myopie qu’aggravent rapidement une classe mal éclairée et un travail trop considérable et trop prolongé dans des conditions défectueuses.
« Il importe, disent Truc et Chavernac (1), de surveiller les enfants prédisposés à la myopie, de les munir en permanence de verres correcteurs de leur amétropie, de surveiller leur état général ; il sera bon d’ailleurs de modérer leurs études et d’éviter les carrières à longue préparation (grandes écoles, armée, marine, etc.). »
(1) Truc et Chavernac, p. 3a.
En Allemagne, tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître que le nombre des myopes, peu élevé dans les écoles primaires, augmente dans les lycées et les écoles supérieures.
Cohn (i) a trouvé
5, a °l o de myopes dans les écoles rurales de Breslau !4>7 °/o dans les écoles élémentaires 20,5 o/o dans les écoles moyennes 3i o/o dans les Gymnases et 59 0/0 dans les Universités.
Hoffmann à Wiesbaden note 20 °/0 de myopes dans les écoles primaires et 47 % dans les gymnases. Erismann en Russie, dans les classes d un lycee, voit la progression monter de i3 % dans la dernière classe à 4a,8 °/0 dans la classe supérieure.
En Suisse Dor à Berne, Pflüger à Lucerne, Sulzer à Genève, Manz à Fribourg ont démontré la fréquence de la myopie chez les écoliers et son augmentation avec 1 âge. Sulzer a constaté a Lausanne et à Genève que les enfants de race germanique dans des conditions identiques d’àge et de scolarité présentent une proportion myopique double de celle des enfants de race latine.
En France, les travaux sur la myopie des écoliers sont extrêmement nombreux.
Javal a montré que l’astigmatisme était un facteur important et habituel de la myopie.
Dor a trouvé au lycée de Lyon :
33 o/0 de my0pes chez Ies jnternes
et 18 o/o chez les externes.
Despagnet a noté, au collège Rollin à Paris une 1 proportion variant selon les classes de 10 à 72 °/0.
(') Cohn, JII.
25/| 1IXGIÈNE SCOLAIRE
Truc et Chavernac ont trouvé à Montpellier :
dans les, écoles primaires.
, garçons 7,9 °/0 filles 6,8 °/°
dans les écoles supérieures.
garçons 11,1 °/0 filles 9,5 °/0
au Lycée i5.45%-
Cheval lereau (1), dans une école primaire de garçons de Paris trouve 20,7 °/o de myopes.
Tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître que la myopie se développe avec les années de scolarité.
Il y a donc intérêt à la déceler et à l’enrayer rapidement. L’enfant myope sera astreint à porter des lunettes avec verres appropriés, on le placera sur le banc le plus rapproché du tableau de façon à lui éviter les efforts d’ac- " commodation, on le mettra enfin dans les meilleures conditions d’hygiène oculaire possible de façon à sinon le guérir, du moins à arrêter le développement de sa lésion.
§ II. — SCOLIOSE
La scoliose, comme la myopie, est une affection très commune de la période scolaire ; c’est une maladie de 1 l’adolescence qui s’observe surtout entre la huitième | et la dix-huitième année. Les scolioses tardives débutant : après la dix-huitième année sont fort rares.
Tous les auteurs s’accordent pour reconnaître que | les filles y sont plus sujettes que les garçons :
Schultess sur 377 cas note 326 filles et Redard 200 filles contre 37 garçons (2), Guillaume de Neuf- |
(x) Chevallereau in manuel de l’Inst. public.
(3) Redard, p. 30 lt. #
châlel (Suisse) trouve 17,71 % de garçons et 40,94 % de
filles.
Cette année, nous-même sur 116 jeunes filles d’une école primaire de Paris, nous avons trouvé 38 cas de scoliose, soit 3a, 85 %> dont 27 convexes à droite et 11 à gauche. Les enfants les plus âgées étaient les plus nombreuses. Cependant nous en avons trouvé cinq dans les trois dernières classes.
Nous ne nous occupons ici que de la scoliose des écoliers, scoliose dite essentielle, en laissant de côté toutes celles qui résultent d’une autre cause. La plus fréquente est la scoliose dorsale convexe à droite.
Les causes prédisposantes en sont nombreuses. Nous ne signalerons, sans y insister, que l’hérédité, les troubles constitutionnels au moment de la puberté, le relâchement des tissus, la faiblesse musculaire et surtout l’anémie.
Les attitudes vicieuses, surtout celles de la position assise, sont les véritables causes efficientes.
L’enfant, assis sur un banc mal proportionné à sa taille, résiste bien au début à la mauvaise attitude en changeant de position, en remuant sans cesse au grand désespoir du maître et en cherchant une attitude de repps; mais peu à peu la scoliose, d’abord temporaire, devient définitive. Ce sont surtout les attitudes vicieuses prises dans la position assise qui, chez les prédisposés, amènent rapidement la scoliose.
L'action de coudre, de dessiner, d’écrire sur une table mal appropriée à la taille de l’écolier, suffit pour donner une attitude défectueuse qui par l’habitude dégéi nère en déformation grave du rachis.
La myopie joue aussi un rôle important dans le
2Ô(j HYGIÈNE SCOLAIHE
développement de la scoliose, car elle force l’enfant à incliner la tête sur le cahier et à prendre une mauvaise position.
L’habitude de croiser les jambes en écrivant, place le rachis et le tronc en inclinaison vicieuse et produit une convexité du côté du membre le plus élevé. Il en est de même des jeunes filles qui, disposant mal les jupes • sous le siège, élèvent une hanche. Dans la première période, là scoliose présente une courbure unique ; mais peu à peu des courbures de compensation se produisent et l’on peut alors constater plusieurs inclinaisons vicieuses du rachis.
Mais ce qui fait la gravité de la scoliose, c’est la rotation vertébrale.
Au cours de l’évolution de la scoliose, il se produit d’abord une rotation de l’ensemble de la vertèbre ; puis, par suite de la résistance de l’arc postérieur vertébral à ce mouvement d’ensemble, un mouvement de torsion dans la vertèbre elle-même, ainsi que l’explique Gourdon. Quand la scoliose siège dans la région dorsale, la torsion retentit sur la partie postérieure des côtes; quand elle siège dans la région lombaire, elle amène un déplacement des parties molles.
Pour cet auteur, la surélévation costale correspond à la rotation de l’ensemble des vertèbres et dénote une scoliose curable ; la formation d’un angle costal est ] l’indice de la torsion de la vertèbre sur elle-même et par conséquent un signe d’aggravation. La scoliose peut être atténuée tant que l’angle costal reste obtus ; mais dès qu’il devient aigu le pronostic s’aggrave.
Le mécanisme de la production de la scoliose chez l’écolier est pour nous intéressant à observer. Daily,
Fig. 60. — Scoliose à convexité gauche (d’après Redard).
Schenk, Lorenz, Schultess, Redard l’ont bien étudié.
Le plus souvent l’élève qui écrit, avance le pied gauche, s’assied sur sa fesse gauche et place son avant-bras gauche en travers de la table. Dans cette position, le poids du corps repose à peu prèsparmoitiésurlafesse gauche et sur le coude gauche. C’est la position unifessière de Daily (i).
Le coude, à l’aide de l'articulation de l’épaule, reçoit le fardeau et le transmet au rachis au niveau de
la région cervico dorsale , qui, cédant à la pression, s’infléchit en produisant une courbure à convexité gauche. (Fig. 60).
Dans une seconde position peut-être moins fréquente, l’écolier fait reposer son avant-bras droit en entier sur la table, tandis qu’à gauche la main seule touche la table. Le tronc déplacé vers la droite est tordu obliquement sur lui-
Fig. 61. — Scoliose à convexité droite (d’après Redard).
(1) Daily I.
même. L’épaule droite est placée sur un plan plus élevé et plus antérieur que l’épaule gauche. Le sujet repose sur la fesse droite et élève la partie gauche de son bassin. La déviation vertébrale dans ce cas est dorsale à convexité droite (fig. 61).
Telles sont les deux principales attitudes de l’écolier.
Un excellent mobilier scolaire bien approprié à la taille et aux besoins de l’enfant, des changements de position fréquents, empêchant l’enfant de se fixer dans une mauvaise attitude, et des exercices physiques rationnels, sont les meilleurs moyens de prévenir cette affection.
Nous avons exposé (IIe partie chapitre IV), en parlant de l’examen des écoliers, les moyens pratiques de reconnaître la scoliose; nous n’y reviendrons pas.