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AUXILIAIRES DE L'ÉPARGNE 6B

sommateur le bénéfice provisoirement réalisé sur lui. Nous aurons roccasion de revenir sur ces différents procédés.

Le moyen le plus habituel, celui qui fait le mieux la part de la sagesse et celle de Tentraînement, c'est l'épargne anticipée, l'impôt prélevé d'avance, au moment même où l'on reçoii son salaire ou son traitement, en limitant d'avance sa dépense. C'est un procédé qui convient tout aussi bien à l'homme du monde, au littérateur, à l'artiste qu'au simple ouvrier.

Écoutons sur ce point la spirituelle confession d'un des écrivains qui mettent le plus de verve au service quotidien de toutes les causes du bon sens.

« J'avais remarqué, dit M. Francisque Sarcey que l'argent inscrit par moi sur mon livret à la Caisse d'épargne, ne me faisait point défaut ; que c'est à peine si je m'apercevais de son absence. Et,' en effet, cet argent était pris, non sur les dépenses courantes, mais sur ce que les Parisiens appellent l'argent de poche. *

» Vous savez les pratiques - ordinaires de l'économie domestique à Paris. On retranche de son revenu du mois t(îut ce qui est nécessaire pour les grandes dépenses, pour les dépenses obligatoires. Le reste s'éparpille dans le tiroir, attendant d'être dépensé jour à jour. C'est l'ai'gent des voitures des bouquets, des fantaisies, des spectacles, etc. C'est l'argent de poche, en un mot. Eh bien, — j'en appelle à vous, ô Parisiens, mes frères, — n'cst-il pas vrai que si vous avez. — mettons cinq cents francs dans votre secrétaire pour cet objet, — vous les dépensez intégralement, et que s'il ne vous en reste que trois cents, ils vous suffisent tout de même.

» Vous n'avez, pour vous expliquer ce singulier phénomène,, qu'à vous observer de sang-froid. Durant les quinze premiers jours, vous ne vous mettez point en peine d'économie sur cet article. Toute dépense qui se présente vous la faites allègrement et sans compter. Quand vient la fin du

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mois, c'est une autre affaire. Vous êtes obligé de serrer les freins; vous vous relusez un tas de niaiseries, qui ne vous auraient d'ailleurs fait aucun plaisir. Vous faites des économies. Pourquoi n'en pas faire dès le premier jour » (l).

Une première condition favorable à l'épargne, c'est donc le prélèvement avant la dépense.

Une deuxième, sans laquelle la première risquerait fort d'être tout-à-fait inutile, c'est de mettre son épargne en lieu sûr, dans une caisse autre que la sienne propre, de façon qu'il faille une réflexion et une démarche avant de la reprendre et de la détourner de sa première destination. Mais alors, faut-il aussi que la caisse préservatrice soit à portée du déposant et qu'une trop longue démarche ne soit pas nécessaire pour effectuer le dépôt ; car si un certain petit effort n'est pas inutile pour préserver du reirait, il est au contraire tout-à-fait nuisible lors du versement. Combien d'ouvriers partis pour la Caisse d'épargne ont trouvé le chemin trop long et changé de projet en route, grâce «lux camarades et aux marchands de vins.

C'est à ce point de vue qu'il faut applaudir à la multiplication des caisses d'épargne et des banques de dépôts et à la simplification de leur fonctionnement.

Nous avons sur ce point de grands progrès à accomplir. En France, les caisses d'épargne n'ont encore conquis qu'un déposant ^ur douze habitants, tandis qu'en' Prusse la proportion est de 4 sur 41, en Angleterre de 4 sur 10, en Suède de 4 sur 7, en Danemark de 4 sur 5, en Suisse de 1 sur 4 et en Saxe de 1 sur 3 (2).

Les caisses d'épargne administratives n'existent pas dans tous les centres de population où il serait utile d'aller au

(1) Voir le X/X« Siècle du 22 Août 1880.

(2) Exposé des motifi du projet de loi portant création d'une caisse d'épargne postale, page 12.

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devant de Tépargne. Dans les grandes yilles les bureaux sont trop éloignés des quartiers populeux; il n'y a pas de succursales à portée des travailleurs, et d'ailleurs lf»s formalités sont trop lentes, elles font perdre trop de temps pour le dépôt et le retrait : le temps pour aller, le temps pour revenir, l'attente au guichet, font souvent une couple* d'heures de perdues qui entraînent une demi-journée ou une journée de chômage, sans compter la morgue d'un employé et l'intimidation subie par tout individu, qui n'est pas habitué à l'appareil* administratif; voilà de quoi dégoûter l'ouvrier de l'épargne.

On cherche à remédier à ces vices, inhérents à toute administration, par d'intelligentes combinaisons : les caisses d'épargne scolaires qui habituent les enfants à l'épargne dès leur plus jeune âge et qui utilisent l'intermédiaire de l'instituteur (il y en avait déjà, en 4879, 10,261 ayant délivré 213,135 livrets pour 4,246,613 francs); les bureaux d'épargne des manufactures, inaugurés dans les ateliers de l'État, notamment à Nantes et à Indret, où l'agent chargé de la paye des ouvriers tient en même temps la feuille des prélèvements consentis par eux à l'instant même de leur solde (l);'et enfin la caisse d'épargne postale créée en Angleterre en 1861, sous l'inspiration de M. Gladstone, introduite en Belgique en 1865, en Italie en 1874 et en France par la loi du 9 avril 1881.

Cette loi fonctionne depuis le 1®' janvier 1882. Vu sa grande importance, noiis en rappelons les principaux articles:

9 II est institué une caisse d'épargne publique sous la garantie de l'État; elle est placée sous l'autorité du ministre de? postes et des télégraphes.

(1) Voir à ce sujet le Manuel fies caisses d'épargne scolaires et autres excellentes publications de M. de Malarce, ainsi que les comptes rendus du Congrès scientifique international des institutions de prévoyance, tenu à Paris du 1*' au 7 juUlet 1878. Paris, Imprimerie nationale, 1881.

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» Les bureaux de poste français seront appelés au (ur et à mesure, par des arrêtés ministériels, à participer au service de la Caisse d'épargne postale. Tout déposant muni d'un livret de la Caisse d'épargne peut continuer ses versements et opérer ses retraits dans tous les bureaux de poste français dûment organisés en agences de cette caisse.

» Un intérêt de 3 0/0 sera servi aux déposants. (Dans les caisses d'épargne ordinaires, aux termes de la loi du 31 mars 1837, l'intérêt servi par la Caisse de dépôts et consignations est de 4 pour 100, mais chaque caisse retient à ses déposants une certaine portion de l'intérêt pour ses frais de gestion. La caisse d'épargne de Paris n'alloue que 3 23 pour 100 au déposant; ses dépenses exigent donc une retenue de 0 7o pour cent, malgré 30,000 francs de subventions diverses de la ville et du département.)

» Les mineurs sont admis à se faire ouvrir des livrets sans l'intervention de leur représentant légal. Ils pourront ^ retirer, sans celte intervention, mais seulement après l'âge de seize ans révolus, les sommes figurant sur les livrets ainsi ouverts, sauf opposition de la part de leur représentant légal. (Disposition nouvelle appliquée aux caisses d'épargne ordinaires.)

» Les femmes mariées, quel que soit le régime de leur contrat de mariage, seront admises à se faire ouvrir des livrets sans l'assistance de leurs maris; elles pourront retirer sans cette assistance les sommes inscrites aux livrets ainsi ouverts, sauf opposition de la part dé leurs maris. (Cette disposition nouvelle, instamment réclamée, n'est stipulée qu'au profit de la Caisse d'épargne postale. On. a refusé de l'étendre aux caisses d'épargne ordinaires.) •

» Tout déposant dont le crédit sera suffisant pour acheter 10 francs de rente, au minimum, pourra flaire opérer cet achat sans frais par la Caisse d'épargne postale. L'achat de rente pourra être supérieur à 10 francs, si la situation du crédit le comporte.

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» Chaque versement ne pourra être inférieur à 1 franc. Le compte ouvert à chaque déposant ne pourra excéder le chiffre de 2,000 francs versés en une ou plusieurs fois, (Disposition nouvelle appliquée aux caisses d'épargne ordinaires, qui jusqu'ici étaient astreintes au maximum de 1,000 francs.)

» Dès qu'un compte dépassera, par les versements et la capitalisation des intérêts, le chiffre de 2,000 francs, il en sera donné avis au déposant par lettre chargée. Si, dans les trois mois qui suivront cet avis, le déposant n'a pas réduit son crédit, il hii sera acheté d*ofBce et sans frais 20 francs de rente sur l'État. La caisse d'épai'gne en touchera les arrérages et les inscrira comme nouveau versement au crédit du titulaire, (Dispositions appliquées aux caisses d'épargne ordinaires.)

» La demande de retrait devra être déposée à l'avance et le remboursement aura lieu dans un délai de huit jours, au maximum, pour la France continentale. (Les înslructions de la poste ajoutent que la demande de retrait total ou partiel doit être adressée directement au Ministre des postes et des télégraphes, à Paris. Parle retour du courrier, les titulaires reçoivent l'autorisation de toucher leurs fonds au bureau de poste qu'ils ont désigné suivant leur convenance.)

» Dans le cas de force majeure, des décrets pourront autoriser la Caisse d'épargne postale à n'opérer le remboursement que par acomptes de 50 francs au minimum et par quinzaine. (Disposition appliquée aux caisses d'épargne ordinaires.)

9 Les sociétés de secours mutuels seront admises à faire des versements à la Caisse d'épargne postale, et le compte ouvert à leur crédit pourra atteindre le chiffre de 8,000 francs. Les institutions de coopération, de bienfaisance et autres sociétés de même nature, pourront être admises à faire des versements dans les mêmes conditions, après en avoir obtenu l'autorisation du Ministre. (Disposition appliquée aux caisses d'épargne ordinaires.)

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» La Caisse des dépôts et consigaations devra faire emploi de toutes les sommes déposées par la Caisse d'épargne postale. Cet emploi aura lieu eu valeurs de TÉlat français (sauf une réserve en espèces égale au cinquième dés versements).

» Les imprimés, écrits et actes de toute espèce nécessaires pour le service de la Caisse d'épargne postale seront exempts des formalités du timbre et de renregistreraent. (Disposition appliquée auK caisses d'épargne ordinaires.)

» Nul ne pourra être en même temps titulaire d'un livret de caisse d'épargne postale et d'un livret de caisse d'épargne ordinaire, sous peine de perdre l'intérêt de la totalité des sommes déposées ».

Par ces dispositions principales de la loi nouvelle, on voit quel instrument puissant l'État vient de créer pour le développement de l'épargne et pour le profit du Trésor.

Nul doute que par ce moyen on n'accroisse' frès rapidement Je milliard d'épargnes déjà déposé par les classes laborieuses (1,015 millions de francs un 1878, 1,167 millions 1/2 fin 1879).

L'ombre au tableau, c'est que tout ce perfectionnement du drainage de l'épargne doit malheureusement aboutir moins au développement des moyrns de travail qu'à l'abondance plus grande des ressources du Trésor et finalement à la multiplication des rentiers.

Or, la rente française est une admirable valeur, mais qui ne suffit pas seule aux besoins du travail; il est singulier de transformer les tra\'8illeurs en rentiers presque malgré eux, de les diriger vers ce placement inerte, au lieu de leur faciliter l'acquisition de l'insti'ument, de la machine, du bétail, du fonds de commerce ou d'exploitation, qui leur permettrait de rendre leur travail de plus en plus productif.

La Caisse d'épargne belge est du moins autorisée à employer ses fonds en escompte du papier de commerce, eu. avances sur warrants et sur titres, en achat d'obligations,

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en prêts communaux, etc. Elle consacre environ moitié de ses fonds à des prêts hypothécaires, un quart aux valeurs de l'Ëtat, un quart à celles de l'industrie et du commerce. Un projet de loi est^ préparé pour l'autoriser à pratiquer des prêts agricoles.

Ce n'est pas encore le crédit au travail, comme en Ecosse ou en Allemagne; c'est du moins le crédit aux commerçants, aux banquiers et aux industriels qui pourront à leur tour faire crédit au travail, sous une autre forme.

Les fonds des sociétés de secours mutuels en Angleterre

{friendly societies) qui ont tant d'analogie avec ceux des

caisses d'épargne y sont, depuis 1873, livrés à la liberté des

placements, pourvu que ces placements soient expressément

indiqués dans les statuts. Bien avant cette loi libérale, ils

donnaient lieu à des emplois très divers, qui étaient ainsi

évalués en 1857 :

Hypothèques foncières, bien»-fonds et avances aux Building

Societies (Sociétés de constructions) 31.26 0/0

Fomls publics et annuités terminables 21.15

Dépôts dans les caisses d'épargne 20.83

Obligations de chemins de fer et autres, bons municipaux,

fonds divers, actions 17.57

Avances sur polices des sociétaires, sur garanties individuelles (malgré la prohibition delà loi), placements non spé-

<5ifiés 5.»»

Fonds en mnin 3.59

Mobilier, déficits temporaires, etc 0.60

Total 100,

ss

La Caisse d'épargne de Milan, qui est la première institution populaire de Tltalie et de beaucoup d'autres pays, présentait les placements suivants fin 1877 :

Prêts hypothécaires à des particuliers et à des corps moraux Lires. 92.956.000

Bons du Trésor 78.811.000

' Fenës pttbltes, obligations industrielles et eommeretales. 37.684.000

A reporlet 208.8M.Û00

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Report 208.851.000

Comptes courants (Banque nationale, etc.) 21.626.000

Avances sur effets publics 18.994.000

Fonds en caisse 15.290.000

Escompte de lettres de change. . . 5.665.000

Avances sur gage de soies t . . . . 4.184.000

Immeuble 1.510.000

Divers . 5.688.000

Total de l'actif. . . . Lires. 281.P08.000

Cette caisse d'épargne, qui date de 4823, est administrée librement par une « commission centrale de bienfaisance », composée d'un président nommé par le roi et dont les fonctions sont gratuites, et de six membres d'une capacité et d'une honorabilité reconnties, et dont le choix, fait par la commission elle-même, est approuvé par le ministre de l'intérieur.

a Vous voyez, Messieurs, la grande variété des emplois, disait Thonorable Luzzatti au Congrès des institutions de prévoyance en 4878 ; on parcourt toute la gamme du crédit. Le crédit foncier, agricole, communal, commercial, figure dans ce catalogue. C'est la liberté qui permet de varier les emplois et de peser la solidité des valeurs pour faire face aux remboursements.*

» Or, Messieurs, est-ce que vous croyez que l'État, quelle que soit sa science, quel que soit son rôle do providence universelle, aurait inventé tous ces instruments divers pour mobiliser et faire fructifier les dépôts? Non, cela tient à l'initiative individuelle, à l'esprit de liberté, à cette science qui se développe à force de cultiver l'épargne locale. Les gouttes d'épargne s'amoncellent, les rivières se transforment en fleuves. Les petits deviennent plus économes, plus prévoyants que les grands. . .»

Et M. Luzzatti concluait ; a C'est un bonheur social lorsque les institutions marcJient bien sans lois *. .»

(1) Voir les Comptes r^dus du Congrès des institutions de prévoyance, p. 54, 91, 276,. 299, 313.

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Dans notre pays, il en est autrement.

Le Gouvernement déclare^ dans l'exposé des motifs de sa caisse postale, que le fonctionnement d'une caisse d'épargne, même comme en Belgique, serait inacceptable en France. Il n'y. a pas lieu d'insister sur ce point, mais alors on peut demander que la Caisse postale, si bienfaisante qu'elle puisse être, ne devienne pas, entre les mains de l'État, un monopole envahissant et nuisible au progrès des institutions libres. II faut limiter Tinfluence de la caisse officielle, pour qu'elle ne se substitue pas à tout le reste.

M. François Yiganô, dans son ouvrage sur les <r. Banques populaires », demandât qu'on appliquât en Italie « l'idée féconde fie convertir les bureaux de poste en autant de comptoirs de caisses d'épargnes » sans nuire à l'autonomie des caisses d'épargne locales, qui sont, dans ce beau pays, plus libérales et plus fructueuses que partout ailleurs.

Cela revenait à dire que les bureaux de poste pourraient devenir des commissionnaires de dépôts comme ils servent déjà d'intermédiaires pour les abonnements de journaux, pour le transport des petits colis et pour le recouvrement des effets.

Il semblerait cependant difficile d'admettre que les bureaux de poste pussent servir à la fois de succursales et de guichets à toutes les caisses d'épargne et à toutes les banques de dépôts à la fois. Devant cette difficulté, il n'y a d'autre ressource que de fixer un maximum au montant de l'épargne à recueillir par les bureaux de poste, afin de donner à la petite épargne toutes les facilités désirables, sans détourner l'épargne plus importante de ses emplois naturels et plus productifs.

Dans cet ordre d'idées, il ne semblait pas utile de porter de 1,000 à 2,000 francs le maximum du livret d'épargne à la Caisse postale, et il serait nuisible de 1 étendre au delà.

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Ne croyons pas, en effet, que la Caisse d'épargne officielle soit le dernier mot du progrès. Elle offre, il est vrai, la facilité du versement, mais elle ne le provoque pas ; elle donne la sécurité du placement mais non sa productivité; elle enlève à l'épargne son côté le plus séduisant et vraiment le plus moralisateur, elle la confine au rôle étroit d'une thésaurisation à modique intérêt.

Combien plus large et plus fécond est le fonctionnement des banques populaires, où tout déposant devient actionnaire et puis emprunteur, donnant d'abord et recevant ensuite le crédit, acquérant la confiance par son épargne, s'en faisant un titre à la subvention de tous, à la fois auteur et bénéficiaire d'une mutualité qui embrasse toutes les couches de la population.

On ne saurait trop désirer que l'exemple des banques d'Ecosse et d'Allemagne, pratiquant le crédit personnel, se propage dans notre pays. L'idéal en effet, de l'instrument de l'épargne, serait une banque populaire habile à se plier aux coutumes du peuple et à prévenir ses faiblesses, sachant s'entremettre au momeAt précis oii l'argent hésite dans la main du salarié.

Les écrivains populaires nous retracent l'ivresse presque enfantine de Touvrier qui vient de toucher sa quinzaine et qui ne sait comment résister au flot des tentations qui l'assaillent et qui étouffent ses bonnes résolutions. Quel progrès le jour où l'ouvrier, en compte courant avec sa banque, l'autoriserait à toucher son salaire. De l'atelier à la banque un virement suffirait; provisoirement, l'épargne serait totale, sauf les retraits exigés par les stricts besoins de la consommation. Mais du moment où il faudrait un retrait, la réflexion serait assurée et la prévoyance pourrait naître, d'autant plus qu'elle serait sûrement provoquée par les agents intéressés de la banque elle-même. ,

Nous arrivons ainsi à découvrir une troisième condition

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de répargitô, c'est la stimulation extérieure d'un agent provocateur, intéressé à nous faire pratiquer les vertus sociales.

Nous avons tous en nous-même le germe et comme l'esquisse des vertus sociales, germe trop peu mûr, esquisse trop peu vive pour nous déterminer à Faction. 11 n'en est pas de même si nous subissons la provocation d'un agent spécial dont c'est la fonction et l'intérêt de nous faire exercer telle ou telle vertu. Alors notre prédisposition se fortifie et notre instinct aboutit à la réalisation.

C'esi ainsi qu'un agent provocateur de l'épargne, sachant saisir toutes les occasions favorablt^s, s'entrcmettant au moment de la solde (bureau de manufacture), au moment de la consommation (société coopérative), au moment du loyer (annuité immobilière), au moment du voyage (assurance et épargne combinées), etc., etc., trouverait mille moyens de développe^ le sentiment de l'épargne qui grandit avec les résultats déjà obtenus.

En pratique, il faut le plus possible personnifier et extérioriser nos sentiments pour les fortifier.

Nous verrons tout à l'heure, comment celte maxime a trouvé son applicatioa dans l'épargne mobilière et immobilière ; mais auparavant je ne veux pas quitter celte question des banques d'épargne sans répondre d'avance à une objection qui ne peut manquer d'être faite.

Le motif des caisses d'épargne officielles, c'est la garantie qu'il faut assurer à l'épargne populaire. Il faut la préserver, dit-on, de toute compromission fâcheuse, il faut lui ouvrir un refuge contre les pièges de la spôculilion frauduleuse; l'État seul est en état de procurer une garantie suffisante, et l'État ne peut agir comme un banquier.

Cela est juste. On peut î*épondre néanmoins que les banques d'Ecosse ont déjà fourni une longue carrière (150 ou 200 ans) et n'ont donm' que bien rarement le spectacle de sinistres financiers. Quand des sinistres se sont produits, ils

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n'ont jamais atteint l'épargne déposée, grâce à la responsa* bililé des actionnaires.

En France, il y a des banques qui sont tout aussi honolubles que celles de l'Ecosse ; si elles s'appliquaient à l'épargne populaire et au crédit au travail qui en est la contrepartie normale, elles donneraient toute satisfaction aux exigences les plus justifiées.

D'autres banques, il est vrai, sont suspectes et pourraient être conduites à abuser de la confiance du public, mais c'est à ce même public à agir avec discernement et à ne sortir de sa prudente réserve que sur les garanties morales ofiertes par un conseil d'administration ou un comité de surveillance composé d'hommes dignes de respect.

Enfin, si l'ouvrier est incompétent, si l'individu est faillible, c'est une raison évidente pour lui de se soumettre à une tutelle ou du moins à une assistance plus éclairée,' et c'est le cas ou jamais de se réuuir en sociétés syndicales pour exercer collectivement le contrôle qu'on ne peut pratiquer soi-même.

Nous verrons dans un autre chapitre tout le parti qu'à cet égard on peut tirer de l'association.

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