DIVERSES FORMES DE L'ÉPARGNE
Quant à Tépargne à fonds perdu, elle présente aussi deux aspects.
Quand c'est Tunique ressource du pauvre ouvrier qui n*a ni famille pour le recueillir dans sa vieillesse,ni salaire assez rémunérateur pour qu'il réussisse à mettre de côté un capital suffisant pour en vivre en en gardant la propriété, il est clair que c'est encore pour lui un moyen très précieux d'échapper, au plus juste prix, au souci du vieil âge, de la misère et de l'hospice; mais c'est une ressource qui cooserve toujours un caractère social et anti-familial. C'est, en un mot, le pis aller de Téconomie sociale et de la philanthropie, une manière d'organiser l'égoïsmc et la solitude.
Il n'en est pas de même quand ce n'est qu'un moyen partiel de prévoyance pour parer aux grosses éventualités et nécessités de la vie : accidents, maladies, mort, naissances, éducation, dotations, et pour assurer au travailleur, avec l'acquittement de ses charges, le développement de son crédit.
En un mot, toutes les fois que l'épargne à fonds perdu a le caractère d'une assurance qu'on ne peut pratiquer soimême, elle est un bienfait. Dans une certaine mesure, elle est indispensable ; mais, au delà de cette mesure, son accroissement devient un excès plus nuisible à la société qu'il n'est utile à l'individu.
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LE» AUXILIAIRES DE l'ÉPARCME
Les longs baux et le droit du fermi^ sortant, la sécurité du cbeptel*. — Les caisses d'épargne et l'épargne anticipée. — La Caisse d'épargne postale et les institutions libres. ^ Les banques populaires; les agents provocateurs de l'épargne.
Après avoir distingué les diverses sortes d'épargnes et leurs avantages particuliers» il y a lieu d'examiner par quels pi*o-* cédés, par quelles institutions auxiliaires, elles se pratiquent et se développent le mieux.
En ce qui concerne, l'épargne en travail, qui s'applique principalement à la culture et aux industries extractives, c'est d'abord tout ce qui favorise la division du sol et racquisition de la terre qui lui est le plus propice. C'est; ensuite tout ce qui assure au travailleur la propriété de son oeuvre et la rémunération de ses efforts ; par exemple : les. bauxj.à long terme et le remboursement des améliorations du fermier à la sortie du bail, ce qu'on nomme en Angleterre, le tenant right ou droit du tenancier. Je sais bien que de notables économistes ont fait sur ce point de grandes réserves. Ds ont prétendu qu'en exigeant du fermier, à son entrée, un déboursé considérable, on appauvrissait celui-ci d'une portion de son capital d'exploitation et souvent de la seule portion liquide. Cette critique est juste, mais on pourrait la faire disparaître en stipulant que le droit du fermier sortant lui serait payé par le fermier entrant- en plusieurs annuités, concurremment avec le fermage . Dès lors, il serait facile au fermier sortant de capitaliser ces annuités, auxquelles il
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«iraiir(lcQÎtv'diiee;l6 seoours d'une baaque, et eeserak xatxm peut lui uaet ressource de crédit daas le cours da 80n.lMktt> puisqu'il, pourrait faire escompter son droit de sortie toutes les fois qu'il aurait besoin d'uue avance auxiliaire.
D'une manière générale, l'épargne sera d'autant plus enceungée qu'étant immédiatement appliquée à des emplois e&c^ <îisi». elle pourra, néanmoins» redevenir en partie disponible par une opération de crédit.
Ce n'est pas seulement le prêt ou la location de la terre fà peut favoriser l'épargne en nature, c'est aussi le prêt desaaimaui productifs, comme, par exemple, le cheptel simple , qui peut rendre les plus grands services. On m'a; cité le fait d'un boucher d'Indre-et-Loire qui a plus de 500 vaches placées, de ci, delà, par une ou deux tètes, chez les petits paysans. Ce sont les femmes et les enfants qui s'ingénient à les nourrir , en faisant de l'herbe et de la litière dans les bois^ dans les fossés , le long des chemins : utilisation précieuse d'un travail qui resterait autrement sans emfrioi et qui, de la sorte, s'accumule sous forme de produit et de plus-value du bétail.
Chaque bête est estimée au moment de son placement, le boucher se réserve le premier veau et quelques livres de beurre par an (ce qui est une aggravation des conditions permises par le Code ); le paysan a pour lui le lait, le fumier, le travail des bêtes qu'il soigne; les veaux ultérieurs et la plus-value de l'animal se partagent par moitié. La perte aussi est supportée par moitié. Ce boucher a fait de bonnes affaires, malgré les risques qu'il encourt : ses risques consistent d'une part dans les mauvais soins qui peuvent faire périr ou dépérir ses bêtes, d'autre part dans le danger de voir son cheptel * saisi par le propriétaire du paysan, si celui-ci ne paye pas son loyer. Il est évident que si la loi exceptait les bestiaux, mis en pension chez les paysans,du privilège du propriétaire (1),
(■) U semble bien qu'aux termes des art. 1813 et 2102 du Code ci?il, U
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le cheptd simple se multiplierait beaucoup plus et que le^ conditions en seraient améliorées au double profit du paysan et du propriétaire.
L'épargne en numéraire n'est peut-être pas la plus importante du pays ; c'est néanmoins celle qui a fait l'objet des études les plus minutieuses et des plus louables efiorts pour sa propagande et son perfectionnement.
Qu'est-ce que l'épargne en numéraire ? Nous l'avons déjà dît, c'est une thésaurisation provisoire en vue d'un emploi déterminé ou indéterminé. Il s'agit de mettre de côté , une fois les besoins satisfaits et les charges acquittées, la plus grande partie possible de son revenu disponible. C'est, en un mot, un impôt qu'il faut prélever sur soi-même; la science de l'épargne est Tensemble des procédés les plus efficaces pour prélever cet impôt.
Les plus sageS; après avoir su se borner dans leurs dépenses personnelles, appliquent à l'épargne, en fin de mois ou d'année, tout l'excédent de leur gain sur leur consommation; mais c'est une conduite tellement sage qu'il est presque dangereux de la recommander.
Les plus étourdis, les plus imprévoyants ne songent pas à prélever eux-mêmes leur épargne, ils préfèrent l'impôt dissimulé ou indii^ct : un patron qui retient obligatoirement une partie du salaire» une société de prévoyance qui s'occupe de capitaliser la retraite de ses membres, une société coopérative de consommation qui, faisant payer aussi cher que le commerce de détail, met néanmoins de côté au profit du con-
soffise que le propriétaire ait eu connaissance que le cheptel, les* meubles et autres objets garnissant sa maison ou sa ferme, n'appartenaient pas au locaiaire, pour que son privilège ne vienne qu'en second ordre ; mais, dans la pratique, les fermiers redoutent de signiûer les opérationi de ce genre aux propriétaires qui les verraient d'un mauvais œil.