‹ Hygiène sociale contre le PaupérismeChapitre 46 sur 88 · FONCTIONNEMENT NORMAL DES UNIONS · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT NORMAL DES UNIONS

emploient. Il n'y a plus, dîsent-ils, de distinction de salaire entre les habiles et les médiocres travailleurs. La seule différence, c'est que les médiocres, se replaçant difficilement, sont les seuls ouvriers fidèles que Ton ait chance de conserver, tandis que les habiles, toujours sûrs d'être employés partout où ils se présentent, sont d'une insouciance et d'une susceptibilité qui empêchent de pouvoir compter sur eux. Les patrons, enfin, ont sur le cœur cette animadversion des ouvriers, qui, loin d'épouser jamais leurs intérêts, saisissent au contraire les occasions les plus délicates pour les placer dans l'embarras : un entrepreneur s'est4l engagé par forfait, à certaine date, sous peine d'un gros dédit, à terminer un ouvrage, si ses ouvriers l'apprennent, ils se mettront sûrement en grève la veille ou l'avant-veille de la livraison. L'entrepreneur s'exaspère et crie à la trahison. Il est certain que le coup est cruel ; mais au lieu de tenir son entreprise cachée, ne vaudrait-il pas mieux s'en ouvrir à l'union ouvrière, et se faire garantir par elle la fidélité des travailleurs ainsi que la bonne exécution du forfait, en lui abandonnant une part légitime des bénéfices de ce forfait ? Telle peut être, j'imagine, une des fonctions les plus utiles des unions corporatives : garantir à l'entrepreneur l'exécution de son contrat par de bons ouvriers, sociétaires de l'union, en les cautionnant au besoin sur le fonds social. N'est-ce pas un des louables motifs pour lesquels une union ouvrière devrait être investie d'une personnalité qui la fasse légalement responsable, et devrait être autorisée à posséder un fonds social qui rende cette responsabilité effective !

Voilà le rôle des unions de l'avenir, quand elles se seront dépouillées du caractère oppressif, vexatoire et tracassier qu'elles ont malheureusement contracté dans les circonstances mêmes dont elles sont issues.

' Les trade-unions, ne l'oublions pas, ont succédé aux

sociétés secrètes; elles ea ont cons^Qrvé les traditions violentes ou captieuses. Imparfaitement reconnues par la loi, elles n'ont pas encore toute la liberté désirable, ni toute la moralité corrélative à la liberté. En raison même de leur difficulté de naître et do vivre, elles se sont constituées en véritables monopoles ouvriers, avec tous les vices du monopole.

Ce sont là des vices transitoires. Une fois admises aux bénéfices de la protection légale, les associations se multi* plieront et arriveront à se faire entre elles une concurrence salutaire, en se limitant et en se corrigeant réciproquement, sauf à s'entendre sur les grands intérêts communs.

Plus on médite sur la liberté, plus on découvre ses avantages. La prohibition d'un droit spontané comme l'association est toujours vaine; elle rejette les individus dans la conspiration. « La suppression de la liberté, a dit très justement M. lé procureur général Renouard, n'empêche que très imparfaitement les associations mauvaises et nuit à la formation des bonnes. Celles-ci sont cependant le meilleur remède contre celles-là, et plus efficaces que les lois le plus savamment combinées ».

L'Angleterre, certainement, le démontre; car les asso* dations ouvrières s'améliorent à mesure qu'elles deviennent plus libres. Des violences elle^ ont passé aux vexations pacifiques; c'est encore là un procédé d'esclave récemment affranchi; un peu plus tard elles se contenteront de l'action légale. Dès maintenant, il semble qu'on assiste à une transformation considérable.

En face des trade-unions, qui sont comme un legs du passé, un autre mouvement ouvrier avait surgi qui représentait mieux l'idée du progrès, c'est le mouvement de la coopération, dont nous avons vu le bercçau à Rochdale. Or, ces deux puissances, — l'union de métier, la coopération, — ont grandi séparément, poursuivant des objectifs différents, et cherchant, chacune de leur côté, à satisfaire aux plus pres-

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