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promesse chimérique de garantir contre le chômage; sa puis^ sance résulte uniquement de l'entente et de la discipline qu'elle a su coFmmuniqùer à ses membres. L'union exerce principalement une action morale. Lorsqu'elle a raison et {pi'elle est unanime à réclamer son bon droit, on peut être assuré que sa force est presque irrésistible et que la nécessité de recourir à une sanction matérielle ne doit se manifester que tout exceptionnellement.
L'intervention de l'union ouvrière, ainsi comprise, est d'ailleurs aussi légitime qu'efficace.
Si le travailleur n'était pas souvent un homme insouciant, inerte et réfractaire à tout déplacement, à tout changement d'atelier ou de fonction (Rien n'est plus diflScile à déplacer que l'homme, a dit Adam Smith) ; si, d'un* autre oftté, la concurrence industrielle était parfaitement libre et répercutait sûrement son bienfait sur les coopérateurs de la j^oduction; la coalition ouvrière et sa sanction, la grève, n'auraient presque aucun motif, aucune utilité. Mais il s'en faut bien, nous l'avons vu, que, dans le commerce, la concurrence produise toujours exactement la baisse au profit des consommateurs, et il s'en faut encore bien plus que, dans la production, la concurrence des entreprises conduise exactement à la hausse des salaires au profit des travailleurs. L'association ouvrière a pour utilité de faire sortir de la concurrence tous les effets qu'elle comporte : elle agit donc auprès des patrons comme les sociétés de consommation auprès des fournisseurs.
Elle a aussi pour but de réparer les inégalités de la loi.
La loi de 1791 , en proclamant la liberté du travail, en abolissant les maîtrises et les jurandes, en prohibant toute association professionnelle quelconque, a, en fait et dans une intention d'égalité générale, laissé le champ libre à l'inégalité entre, d'une part, les travailleurs et, d'autre- part, les employeurs. Des deux côtés, la coalition
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était défendue, mais la coalition des ouvriers était toujours facile à constater, facile à réprimer ; la coalition de» patrons échappait à la répression. Elle y échappait d'autant mieux qu'elle n'avait pas besoin de se manifester formellement. Une entente tacite, comme celle qui résulte d'une similitude d'intérêts, suffisait amplement à établir la domination des patrons sur les ouvriers et à réduire ceux-ci absQkiment à l'impuissance.
La loi de 1824, en Angleterre, et de 1863, en France, a effacé le délit de coalition. Il est pourtant interdit aux ouvriers d'exercer aucune pression sur leur camarades pour les détourner du travail. Les menaces, les injures, le fait même d'établir un cordon de sentinelles autour d'une usine pour marquer son interdit, sans autre consigne qu'un avertissement poli à adresser aux ouvriers étrangers, sont considérés comme autant d'atteintes à la liberté du travail qui donnent lieu à des condamnations plus ou moins sévères.
Combien autre est la tolérance envers les patrons ! Les industriels anglais s assurententre eux contre les éventualités des grèves, ils forment un fonds commun pour indemniser ceux de leurs co-assùrés qui ont résisté aux exigences des ouvriers. Ils s'entendent pour prononcer des lock-out, c'est-à-dire pour fermer tous ensemble leurs usines et prévenir ainsi violenmient les coalitions ouvrières ; ils se signalent les ouvriers qui ont trempé dans les coalitions et ils s'engagent réciproquement à ne plus Jes reprendre. Il y a, en un mot, des coalitions permanentes de patrons, non pas seulement en Angleterre, mais aussi en France. On a cité dans l'enquête parlementaire dont M. Ducarre a été le rapporteur, ces maîtres ardoisiers du département de Maine-et-Loire qui s'obligent à ne plus donner d'ouvrage à tout ouvrier que l'un d'eux aurait renvoyé. Une résolution pareille a, dit-on, été prise par les six grandes compagnies qui se partagent, en France, le monopole des chemins de fer.
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De telles coalitions, expresses ou tacites, sont effroyablement puissantes, écrasantes pour les travailleurs,, et cependant elles échappent aux répressions de la loi.
Il est donc assez juste que les travailleurs cherchent à leur tour à s'associer, à se grouper, pour élever puissance contre puissance et se faire les égaux de leurs maîtres dans la discussion des conditions du travail.
Tout le problème est de le faire en restant dans les limites de la loi, en respectant la liberté, en évitant surtout Textrémité des grèves qui est toujours si coûteuse, même quand elle est productive.
Car on ne peut nier qu'il y ait des grèves et surtout des menaces de grèves productives, quand elles se fondent sur une appréciation juste de la situation économique. « Les unions, dit à ce sujet M, le comte de Paris, toutes les fois qu'elles ont tenté de faire ouvertement violence aux lois qui règlent l'équilibre du marché, ont échoué d'une manière éclatante. Elles n'ont jamais pu produire une hausse factice des salaires, lorsque le marché était en baisse ; mais elles pèsent aujourd'hui dans la balance d'un poids qu'on ne saurait négliger. Lorsque les circonstances sont favorables, elles peuvent hâter la hausse et la pousser jusqu'à un point qu'elle n'aurait pas atteint sans leur intervention, et, lorsque par suite du mauvais état des affaires, le prix de la maind'œuvre s'abaisse, elles peuvent en retarder et en modérer l'avilissement. Une preuve irréfutable de cette action a été donnée à la commission (la commission d'enquête en Angleterre, dont il a été parlé dans le précédent chapitre), c'est que, dans la même profession, dans la même ville, et à qualité égale d'ouvriers, il arrivé assez souvent que les salaires des unionistes sont fort supérieurs à ceux qu'obtiennent les non-unionistes. »
Or, ce fait de la hausse des salaires n'est point à blâmer par les économistes, même au point de vue de l'intérêt
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général. M. Paul Leroy-*Beaulieu, suivi sur ce point par M. Barberei, a soutenu que les grèves, en faisant hausser artificiellement les salaires, surélevaient également le prix des objets de consommation ; en sorte que les ouvriers restitueraient comme consommateurs ce qu'ils auraient reçu en plus, certains^ économistes disent volontiers en trop, comme travailleurs. M. Leroy-Beaulieu affirme que Ton arrive. ainsi « à un renchérissement général des choses, sans une augmentation réelle des salaires »(!). C'est là une allégation qui me semble des plus contestables. Quand il ne s'agit pas d'une valeur monopolisée, le prix des produits ne peut être modifié que par l'état du marché, par la prc^rtion respective de la consommation et de là production. La consom* mation restant la même, les prix ne s'élèveront que si la production diminue, soit par la fermeture des ateliers, soit par le ralentissement de leur activité. Or, dans tous les cas où la hausse des salaires n'a pas pour effet de diminuer la production, ce qui est le fait habituel, il est clair qu'elle ne peut avoir non plus aucun effet siu* le prix des produits. Elle pourra bien diminuer le profit des capitaux, mais non autoriser le fabricant à élever ses prix en compensation, parce qu'il se heurterait infailliblement à la concurrence des autres producteurs ou au refus des consommateurs. J'en conclus que toute hausse des salaires qui n'a pas pour effet de restreindre la production, ne peut avoir aucune répercussion sur les consommateurs et qu'elle est, par conséquent, entièrement à l'avantage des travailleurs.
Toutes ces considérations démontrent que les unions ouvrières, bien constituées, bien conduites, sont utiles aux travailleurs et doublement utiles, parce que, sans elles»
(1) La 'qtiestiim tmvrière mi 7/t* siècle. Fsris, Charpentier, 187:2.. PftgOft 109 è Xi%.
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aucune grève ne peut réussir et qu'avec elles, la plupart peuvent être évitées.
Que sont les grèves sans direction? Des violences irréfléchies, des mouvements instinctifs « des vouloirs sans pouvoirs », comme les qualilSe justement M. Barberet. Ces grèves confuses, aveugles, irraisonnées, sans motif ni discipline, c'est là ce qu'il faut craindre, ce sont celles-là qu'il faut éviter dans l'intérêt de tous, pour préserver aussi bien l'ordre public qu'elles menacent, que la situation des travailleurs qu'elles compromettent fâcheusement.
« Les ouvriers belges, dit M. Barberet, supportent sans se plaindre toute la dose des privations que l'homme peut endurer. Quand la mesure est comble, ils font grève, miais plutôt à titre de protestation que dans un but immédiat. Il faut, pour les y pousser, que leqrs ménagères n'aient pu joindre les deux bouts, comme on dit, depuis plusieurs mois. Ça ne peut plus durer! objectent-ils, et on les voit sortir par milliers des puits et des usines. » (1)
C'est quelquefois le moment le plus inopportun, Theure où l'entreprise est le moins prospère; ils vont ainsi souvent au-devant du désir du patron qui hésitait à les renvoyer et à fermer son usine; ou bien, en augmentant les embarras de l'industrie, ils provoquent une fatale répercussion sur euxmêmes et ils aggravent leur situation déjà misérable. Qu'importe! ils obéissent à l'entraînement, comme un troupeau de moutons qui se presse, jusqu'à s'étouffer, pour passer plus vite par la porte de l'abattoir.
D'autres fois, c'est une rancune personnelle, la haine qu'on porte à un gérant ou à un contre-maître oppresseur, l'accumulation du ressentiment que de mauvais procédés ont laissés dans le cœur , quelque apparente injustice individuelle qui
(1) Les grèves et la M sur les coalitions. Paris, 1870, à la librairie de la bibliothèque oayrière.
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n'a pas atteint la masse des ouvriers, mais dont néanmoins ils veulent épouser la rancune et réclamer la réparation : que de. choses, enfantines parfois, qui ont des terminaisons tragiques et qu'un peu de raisonnement et de prévoyance aurait suffi à éviter!
Et alors, au milieu du désordre, dans ce tumulte qui menace à chaque instant de dégénérer en émeute , en saccage , en tuerie, il faut bien organiser quelque députation de la foule, qui formule une réclamation, pour arriver à une conclusion pratique et préparer enfin les préliminaires de la paix. Ce qui aurait dû se faire avant et posément pour éviter la rupture et les malheurs , se fait après et à la hâte, quand la question est envenimée, quand tout le monde est aigri, quand la parole est aux violents, aussi bien chez les maîtres que cKez les travailleurs.
Ne vaudrait-il donc pas mieux , au lieu de se trouver au milieu d'une masse confuse et redoutable , avoir affaire à une puissance organisée, ayant une tête, une raison, une direction, capable de discuter et de transiger, et moralement responsable, sinon légalement, de ses erreurs et de ses fautes?
Nous arriverons alors à cette conséquence, peut-être inattendue, que les unions ouvrières sont non seulement utiles aux travailleurs mais aussi aux patrons.
Sans doute, ceux-ci devront renoncer de plus en plus au pouvoir absolu, aux mesures arbitraires, mais depuis longtemps déjà un tel pouvoir n'est plus de mise. En retour , le chef d'industrie dans ses rapports avec les ouvriers, gagnerait à ce régime la sécurité d'un roi constitutionnel protégé Contre l'émeute par son parlement.
Cette protection pourrait même prendre un caractère permanent et de plus en plus régulier.
Les patrons petits et grands n'ont pas assez de plaintes aujourd'hui pour se lamenter de l'inconstance, de la versatilité, de l'hostilité, du dérèglement des ouvriers qu'ils
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