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ce qui la rembourserait totalement de ses frais et avances.
D'autre part, ce contrat d'apprentissage ne serait pas un lien indénouabie pour les familles; celles-ci seraient toujours libres de reprendre leur enfant et de le placer ailleurs, mais elles devraient alors rembourser la dette qu'elles auraient contractée envers l'école ou s'engager du moins à l'acquitter par annuités.
Même dans ce cas, elles auraient un avantage évident à se servir de l'école, ne fût-ce que pendant la première année. « Il suffit, en effet, nous dit M. Pages, d'un an de séjour à l'école, pour donner à l'enfant une certaine habileté de main générale et surtout des habitudes de propreté, d'ordre, de travail, que l'on ne trouve à peu près jamais chez les apprentis d'un an. »
Les élèves d'un an seraient donc déjà recherchés, et si les familles succombaient à la tentation de placer immédiatement leurs enfants, il ne serait que juste qu'elles dussent indemniser l'école de ses premiers frais.
L'école, on le voit, dans ce système, n'aurait qu'une gratuité provisoire, elle ne ferait en définitive, que des avances recouvrables. Ne recherchant aucun bénéfice, se résignant même à des mécomptes partiels, elle se suffirait, en somme, avec l'appoint des subventions municipales ou syndicales et des dons particuliers. Mais, au moins, elle ne dépendrait plus uniquement du bon vouloir d'un corps électif, et elle ne serait pas tentée non plus de poursuivre le but chimé-
INSTRUCrtCm PaOFlSSIONNELLE Mffl
rkjpiev dià certains égard critiquable, de subsister sur le profit industriel du travail de ses élèves. Elle ne donnerait pas l'exemple d*un atelier national ou municipal au petit pied (1).
Dans cet ordre d'idées les écoles professionnelles paraissent viables et Ton doit faire des vœux pour la prompte mise en vigueur de la loi projetée sur les écoles manuelles d'apprentissage.
MM. Martin Nadaud, Charies Floquet^ Crozet-Fourneyron, SpuUer, Germain Casse, Talandier, Clemenceau, Lockroy, Louis Blanc, Georges Périn, Barodet, Maigne, Codet, Benjamin Raspajl, Armand Duportal et Bouchet, avaient demandé, le 14 janvier 1878, et la Chambre des députés avait voté, le .14 février 1879, le principe de subventions à accorder aux écoles d'apprentissage^ fondées par les départements, les communes, les chambres de commerce et les associations de patrons et ouvriers.
La commission des sénateurs chargée à son tour, sous la présidence de M. Corbon, d'examiner la proposition, a conclu le 12 février 1880, par l'organe de son rapporteur, M. Tolain, à la création d'une Caisse des écoles manuelles d^ apprentissage (analogue à la Caisse pour la construction des écoles primaires, dont nous avons parlé). Cette caisse serait chargée de fournir, aux communes et aux associations.
{It Notre critique, bien entendu, n'entend pas s'appliquer à l'école de la YiUette où le niveau des études paraît dépasser la moyenne suffisante pour une école professionnelle ordinaire. Sous l'habile impulsion donnée par MM. de Montmahou, inspecteur délégué, 6. Chabrier, directeur, et Bocquet, chef des travaux techniques, Técole est devenue plutôt une pépinière de contremaîtres, de sous-officiers industriels, que de simples soldats, d'ouvriers. U serait fâcheux de lui enlever ce caractère, mais il faudrait alors créer d'autres écoles plus modestes pour l'apprentissage des ouvriers ordinaires, et c'est à celles-là que nous voudrions voir appliquer une coBibinaisoci analogue à edle qne noas proposons ei-defisus»
908 l'ensbignement
des subventions une fois données et des avances rendxmrsables par annuités. Les subventions et les avances devraient être intégralement employées à la construction ou à Tinstallation des écoles ; les frais d'entretien des bâtiments et du matériel, ainsi que les traitements du personnel, deviendraient pour le département, la commune ou rassociation une dépense obligatoire.
Il faut espérer que cette loi, quand elle sera en vigueur, stimulera l'initiative des communes et des associations, pour le développement des écoles professionnelles. .
Dès 1870, M. Denis Poalot, l'auteur du Sublime, demandait la fondation de dix écoles professionnelles :
1® École du fer : kjusteurs, monteurs, forgerons, chaudronniers, tôliers, serruriers.
^ École de la fonte : modeleurs, mouleurs, fondeurs.
3® École du bois : menuisiers, ébénistes, sculpteurs.
4^ École du bronze : mouleurs, fondeurs, racheveurs, monteurs, ciseleurs.
8^ École des instruments de musique : pianos, instruments en cuiyre, en bois, luthiers.
6^ École du cuir : tanneurs, corroyeurs, mégissiers, cordonniers.
1^ École du véhicule: charrons, carrossiers, selliers, harnacheurs.
8° École du vêtement: tailleurs, gantiers, chapeliers, fourreurs. -
9° École de la bijouterie : bijoutiers en or et argent, doublé et plaqué, corail, écaille et jais ; orfèvres ; lapidaires.
40** École de l'optique: lunetiers, ouvriers dans les instruments de mathématiques, baromètres* et thermomètres, longues-vues, jumelles et télescopes.
Il faudrait encore joindre à cette énumération la lampisterie, la ferblanterie, la reliure, la gravure sur bois et sur métaux, la passementerie, la lithographie, la typographie, etc.
M. Denis Poulot pensait qu'un apprenti, sortant de ces écoles, coûterait à l'État 2,500 francs pour toute la durée de son apprentissage (trois ou quatre ans). Nous avons vu qu'on pourrait probablement simplifier le fonctionnement des écoles et réduire sinon compenser leurs dépenses. Quoi qu'il en soit, en considération des immenses conséquences sociales que peut procurer une bonne organisation de l'enseignement primaire et professionnel, il semble qu'on ne devrait pas hésiter à entreprendre la fondation de tels établissements.
« L'argent placé en instruction ne rapporte pas 5 ou 6 0/0, mais bien 5 ou 6,000 0/0, car un seul enfant arraché à' l'ignorance peut, par son travail, ses connaissances et ses moyens, contribuer à la prospérité et à la grandeur de son pays, en réalisant des progrès dans le domaine de l'industrie et de la science, ou en mettant à la disposition des ses concitoyens une fortune honorablement acquise (1) ».
Si tel est le bénéfice éventuel des dépenses de l'instruction au point de vue seulement du progrès industriel et financier, quelle ne serait pas leur action décisive au point de vue plus important encore du progrès moral et social î
(1) M. Charles Robert (V Instruction obligatoire) cite ces excellentes paroles de M. Guillemard, maire du Havre, dans son rapport du 15 avril 1871 pour la reconstruction et l'appropriai ion des écoles communales.
Nous voici parvenu au terme de notre entreprise.
Épargne individuelle, association mutuelle, crédit personnel, organisation du travail, réforme des impôts, réforme de l'enseignement : dans tous ces ordres de faits, nous avons étudié les institutions existantes et reconnu les projets en préparation.
J'ai tâché, pour ma modeste part, de m'eflfacer le plus possible derrière l'expérience, n'imaginant de solutions nouvelles que dans les applications secondaires, cherchant, en un mot, non à inventer mais à synthétiser, à combiner les efforts dont le succès partiel a déjà été constaté et qui tendent par quelque côté au but à atteindre : le progrès social par le progrès populaire.
Quel est au fond le résultat de notre longue investigation?
Il peut, je crois, se formuler assez simplement, et par une sorte de corollaire de la grande maxime de notre siècle.
Nous concluons en faveur de la liberté, sous réserve bien entendu de la responsabilité nécessaire; nous demandons surtout la liberté de l'association, qui est la clef de toutes les autres, le puissant levier des réformes et des progrès, le seul moyen pour les travailleurs de rendre effective cette égalité civile qui ne leur a été jusqu'ici que nominalement décernée; nous réclamons enfin, de la prévoyance et de la sollicitude sociale, la plus grande générosité possible dans la dispensalion du savoir, qui ne devrait se différencier qu'en
proportion des aptitudes des enfants. Liberté, mutualité, égalité devant la science comme devant la loi, telle est la traduction que nous proposons à la devise républicaine.
Il y a là, pour qui s'est rendu compte des expériences rapportées dans notre livre, tous les éléments suffisants pour une transformation sociale.
Qu'on se rappelle ce tableau désolant des conditions de Touvrier sans famille, perdu dans le paupérisme des grandes villes : vagabond dans Tenfance, corrompu dès l'apprentissage, insouciant et dissipé durant la jeunesse, vicieux et perverti quand il arrive à Tâge mûr, abandonné et misérable en sa vieillesse.
Qu'on en rapproche celte claire vision du développement normal du travailleur dans ses différentes phases, et qu'oji ose dire que le progrès ne dépend pas de notre volonté !
Première phase : Tenlant recevant à l'école les plus féconds éléments du savoir, la famille suppléée par l'assistance de la commune ou de l'État dès qu'elle fait moralement défaut à l'enfant, l'enfant conquis ainsi par l'école sur la misère ou la prison, pour le plus grand profit, même pécuniaire, de la société ;
Deuxième phase : l'enseignement professionnel et l'apprentissage surveillé versant dans les carrières actives, non plus des « enfants de peine » qui deviennent des hommes de plaisir, mais de jeunes ouvriers réguliers et instruits, capables de se perfectionner rapidement ;
Troisième phase : la mutualité, ébauchée entre les élèves sous forme de société amicale, aboutissant à la société de secours, à l'approvisionnement en commun, au cautionnement réciproque, au syndicat professionnel, à la coopération, formant à la fois la stimulation et la protection de l'épargne ;
Quatrième phase : d'heureux emplois de cette épargne confirmant et fortifiant le travailleur dans ses sentiments de
famille, de dignité personnelle, de prévoyance et de responsabililé, par la poiisession du niobilier et de Toutillage, rétablissement du ménage et le maintien de la femme au foyer, l'acquisition progressive de la maison d'habitation et le placement des économies dans une banque populaire près de laquelle on puisse acquérir le droit au crédit;
Cinquième phase enfin : le crédit venant couronner cette laborieuse et sage conduite, en procurant le succès mérité par le talent professionnel.
Voilà, en raccourci, non seulement à mon sens, mais au témoignage de Texpérience acquise dans les pays les plus avancés de l'Europe, les seuls moyens infaillibles pour la rénovation populaire.
Ils s'appuient sur deux bases fondamentales ; d'une part, sur l'ordre et la paix, qui, seuls, permettent la floraison des libertés ; d'autre part, sur la prospérité publique, qui fait l'abondance des capitaux et la facilité du crédit.
En ce sens, le salariat lui-même est absolument solidaire de la fortune de la nation. Aussi, quelle erreur profonde de n'être pas patriote ou de se poser en adversaire de Taccroissement des richesses I
Le problème de l'épargne et du crédit, autant dire de Témancipation du travail, nfe peut trouver sa solution que dans un pays prospère. Le chôraiage,.a-t-on observé justement, est la source de tous les désordres sociaux. Là où il n'y a pas* de chômage, il n'y a ni haines, ni révoltes, n vices du paupérisme, ni tentations absurdes de renversement social. Or, le chômage ne devient de plus en plus rare, les àfilaires ne deviennent de plus en plus rémunérateurs, qu'avec le progrès économique, l'augmentation de la production, le développement des travaux publics et de l'outillage national, la multiplication des inventions et dos machines, l'extension des débouchés, les bienfaits du libro-
échange, la diminutioa relative des charges et des impôts* Et tout cela encore n'est du qu!à la discipline sociale *et au patriotisme.
Il y a enfin un dernier enseignement à tirer de notre étude.
En jetant un regard en arrière sur toutes les réformes, en cours ou en projet, qui y sont exposées, on n'en trouvera pas une, je pense, qui, prise en soi, paraisse impra-* ticable; chacune est simple et semble facile. Le nombre pourtant en est si grand, l'ensemble en est si complexe, qu'on craindra, en somme, de se heurter à des obstacles insurmontables. On se sent comme enserré dans un réseau à mailles étroites, et il est parfaitement certain qu'on n'arriverait jamais à le rompre si l'on se fiait à ses seules forces.
Rien n'est plus propre à démontrer la nécessité absolue d'un concert universel ; et cette étude ne serait pas sans fruit, si nous en gardions la conviction que les réformes ne sont possibles qu'avec la collaboration du pays tout entier.
Il ne faut donc pas se lasser de répandre ce que Ton croit être la vérité sociale. Il arrive un moment où ce qui est voulu ou simplement désiré par tout le monde à la fois, arrive comme de soi-même. En d'autres termes, tous les efforts individuels, s'ajoutant les uns aux autres, aboutissent à un résultat formidable, dont on ne prévoyait pas la puissance. Pas un coup de marteau^ de pioche ou de ciseau, ne se donne utilement qui n'ait son retentissement sur la société entière. Pour moi, je voudrais bien avoir fait, dans ce livre, autant que le modeste forgeron, qui ferre le cheval du médecin de campagne, pour lui permettre d'aller plus vit au secours des pauvres souffrants* ^