ET DERNIER
l'instructfon professionnelle
L'enseignement primaire supérieur et professionnel. — Vices de l'apprentissage dans les ateliers. — L'érole municipale d'apprentis de La Yillette. — Le prix de revient des élèves; réformes désirables; l'école devrait se suffire à elle-même tout en allégeant les charges des familles. — La loi pour le développement des écoles profeijsionnelles. — Les dix écoles réclamées pour Paris. — Que les dépenses scolaires sont le meilleur des placements.
Ces connaissances élémentaires que nous venons de décrire ne sont suffisantes que pour la masse des travailleurs. A tout esprit capable de dépasser le niveau commun, elles doivent être une préparation pour un enseignement plus relevé.
Il n'y a pas à parler ici de l'enseignement secondaire qui conduit aux carrières libérales ; nous supposons, cela va sans dire, que des bourses nationales, départementales, municipales, seront toujours en assez grand nombre pour permettre l'accès gratuit de l'instruction secondaire et même supérieure à ceux des élèves de l'école primaire qui auront fait preuve d'aptitudes littéraires ou scientifiques bien caractérisées. Il importe d'organiser ainsi à tous les degrés de l'enseignement, une sélection judi<;ieuse qui assure d'autant mieux le recrutement de nos professions supérieures.
Mais ce ne sera toujours là qu'une exception assez rare. Les travailleurs de toutes classes jugeront habituellement plus sage de maintenir leurs enfants dans une profession
voisine de la leur, tout en leur procurant le moyen de s'y élever plus haut qu'eux-mêmes. L'intelligence et l'instruction ont, fort heureusement d'ailleurs, d'autres débouchés que les professions libérales; elles peuvent tout aussi bien trouver un emploi avantageux dans les professions industrielles et même manuelles. Il n'y a pas de sot métier, dit le proverbe, et le point capital est de savoir tirer parti de celui qu'on adopte.
Tel est le but de l'enseignement primaire supérieur. Dans le projet de la commission présidée par M, Paul Bert, cet enseignement devait comprendre le développement des matières de l'enseignement primaire et l'étude d'une langue étrangère. Une école, au moins, de ce genre devait exister par canton ; et l'on voulait y joindre, à l'enseignement théorique, « un enseignement professionnel approprié aux besoins et aux localités. i> •
Cette partie de la réforme scolaire a été ajournée et reste, pour le moment, livrée à l'initiative des municipalités.
Jusqu'à ce jour, l'enseignement professionnel n'existe, dans la plupart des grandes villes, que pour les futurs employés du commerce et de la banque ; il est pour ainsi dire nouveau pour les professions manuelles.
On cite cependant, en dehors des écoles d'arts et métiers d'Aix, d'Angers, de Châlons fondées par la loi du 6 ventôse an II, l'école de Douai (1834); de Strasbourg (1848), supprimée par le second Empire ; l'école La Martinière de Lyon, pour les industries lyonnaises, qui a été récemment augmentée d'une école do filles (commerce, dessin de fabrique, robes et lingerie), l'école de Besançon (horlogerie); les écoles de Bordeaux, Lille, Nantes, Rouen, Evreux, Dieppe, Nîmes, Nantua, Saint-Etienne, Nancy, Saint-Quentin, Amiens, Reims (mécaniciens et chimistes).
Ces écoles sont spéciales. Ce n'est qu'au Havre, depuis 1867^ et à Paris, depuis 1878, qu'on a tenté d'instituer un ensei-
496 L*BNSBiaNEMfiNT
gnement technique plus général, en formant, par exemple, dans la même école, des menuisiers, des tourneurs sur bois, des forgerons-serruriers, des tourneurs sur fer, dés ajusteursmécaniciens, etc.
Ces dernières fondations municipales, auxquelles il faut joindre les dix-huit écoles parisiennes dotées d'un petit atelier pour le travail manuel, sont principalement dues à la constatation des conditions déplorables au milieu desquelles se poursuit habituellement Tapprentissage des enfSnts dans les fabriques.
Les anciens ouvriers devenus chefs d'industrie sont unanimes à cet égard.
« Plus d'apprentissage dans les ateliers », s'écrie M. Denis Poulot; c'est pour lui un « axiome social ». — « Que de défauts d'organisation, quelle source de démoralisation dans le mode actuel d'apprentissage, au sein de la petite industrie I dit à son tour M. A. Fougerousse; indifférence des patrons, résistance des ouvriers qui se refusent à enseigner le métier et qui emploient le jeune apprenti aux travaux les plus grossiers, propos obscènes, théories dangereuses, entraînements de l'exemple, et souvent conseils les plus funestes... »
Déjà, le célèbre économiste Rossi avait pu dire que l'apprentissage n'était point établi en faveur des enfants, mais tout en faveur des maîtres, et qu'en outre il n'était qu'une sorte de servitude temporaire. Gorbon appelle les apprentis « des enfants de peine ». D'après lui, ce que sait l'apprenti après les quatre ans d'épreuve, « il aurait pu l'apprendre dans la dernière année de son apprentissage ; on lui aurait épargné la perte des trois premières années, et, n'eût-il fait que dormir pendant ce temps perdu, il aurait encore gagné au change, car il aurait échappé aux influences fâcheuses qui pèseront sur toute son existence d'ouvrier. » — « L'apprentissage sans l'émulation est un apprentissage qui se traîne, »
observe encore M. Poalot, et Tappreati ne retrouve qu*à l'école, c'est-à-dire au milieu de jeunes concurrents qui sont ses égaux, Témulation qu'il ne peut ressentir dans un atelier où on ne le traite que de manière à le décourager.
« L'apprentissage depuis 1789 n'a guère été qu'une école d'ignorance et de démoralisation pour les enfants, » conclut M. Martin Nadaud, et c'est par cette considération principale qu'il demandait aux Chambres le vote d'un premier crédit d'un million pour encourager la création d'une école professionnelle dans chaque département. Il donnait pour exemples la petite école de la rue Tournefort et surtout l'école municipale d'apprentis du boulevard de la Villette, à Paris.
Cette école a été fondée par la ville de Paris le 6 janvier 1873, sur les conclusions d'un mémoire adressé à M. Léon Say, préfet de la Seine, par M. Gréard, alors directeur de l'enseignement primaire, aujourd'hui vice-recteur de l'Académie de Paris (1).
L'école de .la Villette reçoit gratuitement tous les entants de 13 à 16 ans qui sont munis d'un certificat d'études primaires, ou qui satisfont à un examen équivalent.
Le régime de l'école est l'externat. L'entrée a lieu à 7 heures du matin, la sortie à 7 heures du soir. Il n*y a qu'une semaine de vacances au commencement de septembre, pour le travail manuel, mais il y a une suspension d'un mois pour les classes.
La durée des études est de trois années.
Première année : On fait la rotation comme dans les écoles primaires, c'est-à-dire que chaque élève passe deux ou
(1) Pour la fondation de l'école, M. Gréard eut pour collaborateur dévoué M. Camille de Montmahou, inspecteur primaire, qui" préside encore le conseil de Pécole.
498 l'enseignement
trois mois dans chacun des quatre ateliers suivants : menais série, tour à bois, forge, travail à l'étau.
Deuxième armée : La spécialisation commence. L'élève adopte un atelier qu'il ne quittera plus.
Pendant chacune de ces deux années du débiit, l'élève travaille manuellement p^idant 6 heures par jour et suit les classes pendant 8 heures.
Troisième année : La spécialisation continue et l'apprentissage se complète . Durant cette année, le travail manuel augmente d'importance, il occupe 8 heures par jour et .ne laisse plus que 3 heures à renseignement théorique.
Cet enseignement théorique porte sur les études suivantes r Langue française, langue anglaise, arithmétique, géométrie à deux et trois dimensions, géométrie descriptive, notions d'algèbre et de trigonométrie, physique et chimie industrielles, mécanique élémentaire, étude des machines à vapeur et des machines-outils, technologie des matériaux, histoire et géographie, dessin géométrique et industriel, et notions de droit usuel.
Le travail manuel est divisé en huit ateliers, savoir :
Travail du bois :
1** La menuiserie;
^ Le tour sur bois ;
3^ Le modelage en bois pour les pièces mécaniques;
Travail des métaux :
4P La forge;
5<* Le tour sur métaux;
6® La petite mécanique ou ajustage, atelier chargé également de la conduite du m oteur ;
7° La serrurerie d'art et de bâtiment;
8^ La précision (pièces de télégraphie et instruments de physique); ce dernier atelier exige une quatrième année d'apprentissage.
Au bout de ces trois ou quatre années d'études, les élèves
INSTRUGTiœi PROFESSIONNELLE 49d
sortent de l'école avec no certificat d'apprentissage. Hs sdnt généralement demandés par des industriels et on les place avantageusement. Us possèdent déjà une connaissance de leur métier assez étendue, et ils ont acquis une habileté . presque égale à celle d'un ouvrier, mais sans avoir encore la même rapidité de travail. Ils ne gagnent donc environ qu*un demi-salaire, ce qui est encore assez satisfaisant pour des jeunes gens de 16 ou 17 ans. Hais leur instruction, supérieure à celle des autres ouvriers, leur permet de se perfectionner rapidement, et ils arrivent en peu de temps à gagner un bon salaire (1).
II importe maintenant de se rendre compte des sacrifices faits par la Ville pour obtenir de tels résultats.
L'école de la Villette a été établie dans un vaste immeuble, sur un terrain de 4,000 mètres carrés, qui a coûté à la Ville 400,000 francs d'acquisition et 300,000 francs d'appropriation. L'outillage était évalué vers la fin de 1880 à environ 80,000 francs; il s'augmente annuellement de 7 à 8,000 francs de travaux èfTectués par les élèves. Voilà pour les dépenses de capital.
Les dépenses annuelles dépassent 70,000 francs, dont moitié environ pour le personnel administratif et enseignant (un inspecteur délégué, un directeur, un chef des travaux techniques, cinq professeurs, dix ouvriers-maîtres chefs d'ateliers à 7 fr. 80 c. par jour, deux adjudants chargés de la
(1) Les fondateurs de l'école ont eu l'excellente idée de constituer, depuis le 19 septembre 1881, une société amicale des anciens élèves de Técole municipale d'apprentis, dans le but principal de faciliter le placement des «ssociés sans emploi. La liste des 137 anciens élèves, membres de cette société amicale, fournit une statistique intéressante des différentes catégories d'ouvriers créés par l'école. On y trouve 73 ajusteurs, 23 modeleurs, 10 serruriers, 9 tourneurs sur métaux, 9 menuisiers, 5 forgerons, 2 mécaniciens, 2 ajusteurs en précision, 2 dessinateurs, 1 horloger mécanicien, 1 comptable. Cette liste comprend 4 élèves de la promotion de 1875, 16 de 1876, 11 de 1877, 14 de 1878, 21 de 1879, 25 de 1880 et 45 de 1881.
600 l'enseigjnement
surveillance, etc.) et moitié pour les dépenses du matériel* Les recettes scolaires sont nulles, puisque l'école est gratuite ; les élèves produisent annuellement une quinzaine de mille , francs, dont moitié environ pour les besoins et agrandissements de récole (1).
En comptant un nombre moyen de 250 élèves, le coût de chaque élève ne paraît pas, en l'état actuel, ressortir à moins de 400 francs par an. M. Alphonse Pages, dans une substantielle brochure consacrée à l'institution (2), l'évalue à 267 francs, mais sans y comprendre ni la quote part du loyer, ni celle de l'annuité du. capital d'établissement Comme l'immeuble est visiblement disproportionné à son utilisation, et en faisant la part des réductions possibles de dépenses, il semble que le coût de chaque élève pourrait, en moyenne, être ramené aux environs de 300 francs par an. M. Martin Nadaud a dit 250 francs dans un document parlementaire.
Chaque apprenti reviendrait donc à la ville, au bout de ses trois années d'études à 900 francs environ. C'est un gros sacrifice, qu'il ne serait pas possible de multiplier beaucoup. Mais, ce qui paraîtra singulier, c'est qu'il ne menace pas de s'étendre énormément. Le nombre des élèves reste au-dessous de ce que l'école pourrait recevoir et l'on a quelque peine à
1) En 1881, le budget des dépenses s'est élevé à 86,000 francs ; mais cette somme comprend, comme encouragement pour la fabrication : 4,000 francs aux élèves et 3,000 francs aux maîtres ouvriers.
Les produits peuvent être évalués à 15 ou 16,000 francs, savoir: travaux pour les clients extérieurs, 4,000 francs ; travaux pour la Ville, 3 à 4,000 francs; travaux pour l'école, 7 à 8,000 francs.
On voit que le produit des travaux faits pour Textérieur passe en encouragements aux maîtres et aux élèves.
En tout cas, compensation faite des produits, il reste toujours une somme nette do dépenses d'au moins 70,000 francs, non compris le loyer deTimmeuble etrintérêt du capital.
(2) Les écoles d'apprentis^ par Alph. Pages, librairie des Connaissances utiles, 43,rue du Four-Saint-Germain.
conserver les deux tiers des élèves de 1'*' année pour achever la s^ie des études. En octobre 1880, on comptait 118 élèves de V^ année, 91 de deuxième» 39 de troisième. En avril 1882, on compte 90 élèves de première année, S5 de deuxième, 6S de troisième. Si le nombre total n'a pas grandi, aa moins la répartition par année accuse-t-elle une sérieuse amélioration dans la continuité des éludes.
A quoi tient pourtant ce peu d'empressement à profiter dos largesses de la Ville ? Aux mêmes causes, sans doute, qui provoquent les défections dans le cours des trois années : pour une part, au préjugé populaire contre l'apprentissage à l'école; pour une autre part aussi, à la gêne des familles d'ouvriers, qui ne leur permet pas de subvenir à l'entretien de leurs enfants déjà grands, en se privant du revenu de leur travail.
. L'école, en effet, a beau être gratuite, il faut que la famille nourrisse, vêtisse, blanchisse l'élève. On a bien organisé une cantine économique, qui moyennant 0,50 centimes fournit le principal repas du jour : 30 centimes pour une portion de viande avec légumes, 10 centimes de pain, 10 centimes de vin. Des personnes généreuses et quelques mairies d'arrondissement ont souscrit un certain nombre de bourses pour . assurer à des élèves ce repas de midi ; mais, même avec ce secours de 180 ou 200 francs par an, on ne peut estimer à moins de 360 ou 400 francs par an les dépenses d'entretien restant à la charge des familles et qui, sans la bourse, seraient probablement d'environ 600 francs.
Voilà certainement la raison principale de l'hésitation des familles. L'enfant, parvenu à l'âge de 13 révolus, n'a fait jusque là que coûter à ses parents; il vient de terminer son temps d'école primaire, il touche au moment, sinon de gagner, du moins de ne plus coûter, tout en apprenant tant bien que mal son métier futur. C'est alors que l'école de la Villette vient dire à la famille : Donnez-moi votre en-
802 l'ensbignemant
£aut encore pendant trois ajis pour le perfectionner ; il me coûtera à moi 300 francs par an, soit au total 900 francs que je ne vous réclamerai* pas^ et à tous 600 francs par an ou un total de 1,800 francs en trois ans ; il sortira de chez moi probablement bien placé, ayant déjà plus de la valear d'un demi'Ouvricr, et capable de devenir ouvrier achevé bien avant Tâge où on Test d'ordinaire.
Certes la proposition, au fond, est avantageuse. Il y a là une balance à établir entre le sacrifice immédiat, qui n'est qu'une avance recouvrable, et le bénéâce prochain de la formation rapide du jeune travailleur, qui se traduira pour lui ou sa famille en accélération du salaire. Mais cette balance, la famille est le plus souvent peu en état de l'apprécier et quelquefois même dans l'impossibilité de la soutenir. Si l'école a couliance dans ses propres résultats, il semble que ce serait à elle à les assurer ; et s'il y a une avauce à faire, sur la foi d'un enseignement qui n'est pas encore sorti de la période d'essai, il paraîtrait tout naturel que ce fût l'école qui en courût les risques, tout en maintenant à ses dépenses le caractère d'avances provisoires, car, autrement, sans possibilité de rentrer dans les déboursés, il n'y a pas d'entreprise au monde qui soit assurée de vivre.
Ces observations me paraissent suffisamment indiquer les mesures qui seraient utiles pour simplifier et fortifier à la fois le fonctionnement de l'École.
1® La suppression de la première année dite de rotation doit résulter naturellement de la généralisation du travail manuel élémentaire dans les écoles primaires du premier degré.
2® Le temps des études spéciales exclusivement faites à l'école, du moment qu'on renoncerait à l'achèvement complet de Tapprentisage, pourrait être réduit à dix-huit mois ou deux ans.
On a, en efifet, adressé des objections très sérieuses, à la prétention de former uniquement par Técole des ouvriers achevés (1). On a dit d'abord que l'éducation du métier n est possible que par Texercice du métier, et que renseignement d'une école d'apprentis, toujours fictif par quelque endroit, ne peut en aucune façon remplacer la vie de l'atelier. On a dit ensuite qu'il y a plus d'un métier qui ne se prête réellement à aucune forme d'apprentissage scolaire et que, même dans le cas où la chose serait praticable, il n'y aurait pas possibilité d'organiser autant d'écoles que de métiers ou de groupes de métiers principaux et, conséquemment, de satisfaire la variété infinie dçs intérêts et des besoins. — J'ajoute qu'un enseignement professionnel gratuit, subventionné par l'État ou les municipalités, du moment où il ne s'appliquerait qu'à certaines professions, romprait entre elles l'égalité des conditions du Iravail.Parla gratuité de l'initiation professionnelle, on organiserait une véritable protection en faveur de certains métiers, en même temps que, par la surabondance des apprentis on accumulerait sur telle ou telle branche de l'activité sociale, on risqu^erait de déprécier la main-d'œuvre sur ces points particuliers.
Le rôle de l'école professionnelle doit donc êlre entendu autrement. Elle doit se borner à l'enseignement général applicable à tout un groupe de professions.
« Au moyen de la géométrie, disait M. Guéraied en 1868 dans la Revue de renseignement professionnel, nous rapportons les figures de tous les corps à quelques formes élémentaires diversement combinées. Le travail industriel peut ainsi être rapporté à quelques opérations fondamentales, telles que dresser ou aplanir, ajuster, tourner, etc. Si, ayant quelquefois touché un outil quelconque, on
(1) Nous empruntons ces objections à l'intéressante brochure de M. Alphonse Pages qui les a reproduites avec la plus louable sincérité.
S04 L'ENSEIGNEBfENT
veut bien se rendre compte des conditions de son action, on trouvera qu'il s'agit, au demeurant, de produire un effort musculaire mesuré, continu, d'une direction définie^ le plus souvent rectiligne, régulièrement répété. Cette précision de mouvement une fois acquise avec un rabot, par exemple, peut être utilisée pour la lime, pour la scie, pour tout outil qui fonctionne d'une manière analogue. D'autres outils demandent l'agilité des doigts, quelques-uns des mouvements combinés du pied et de la main, comme le tour ordinaire, ou des deux mains agissant simultanément, comme le four à l'archet, mais, dans chaque cas, l'adresse que leur exercice aura donnée sera applicable à une série d'actions du même genre. Que faut-il maintenant de plus pour former véritablement un ouvrier ? Indépendamment de la rapidité dans l'exécution, qui est le résultat d'une pratique prolongée, ce qu'il faut, c'est l'apprentissage des procédés secondaires ou accessoires, propres à faciliter ou abréger les opérations, c'est-à-dire la méthode du travail ; ce qu'il faut encore, c'est la connaissance des applications multiples de l'aptitude acquise, correspondant à la variété des formes et des proportions des objets à fabriquer. C'est ce complément d'instruction technique que l'élève obtiendra par la fréquentation de l'atelier, dernière et indispensable initiation du travailleur industriel. »
Ces excellentes observations conduisent à une troisième mesure qui consisterait, après avoir bQmc le rôle de l'école à l'enseignement professionnel général, à lui confier la surveillance de l'apprentissage définitif dans les ateliers industriels, avec une certaine continuité d'enseignement en dehors des jours et des heures de travail de l'apprenti. Les dix-huit mois ou les deux ans, par exemple, retranchés de la période des études scolaires professionnelles proprement dites, seraient remplacés par une égale période d'apprentissage surveillé. L'école, ayant placé son élève dans un atelier in-
dostriel, suivrait assidûment les progrès de son apprentissage définitif. L'élève serait astreint à une présence régulière à l'école, après sa journée finie, soit qu'il fût pensionnaire interne, sur la demande des familles, soit simplement qu'il continuât à suivre quelque cours ou conférence du soir. De cette manière, pendant cette transition diflicile de l'adolescence, où il est si nécessaire de ne point laisser les jeunes gens livrés aux mauvaises influences et aux mauvaises directions de travail ou de conduite, l'école continuerait d'exercer une tutelle intellectuelle bienfaisante. Par contre, ce serait l'occasion pour elle de rentrer dans les avances qu'elle aurait faites à la famille, en partageant avec l'apprenti le salaire qu'elle l'aurait mis en état de gagner rapidement. Pour préciser davantage, je crois que l'école pourrait passer avec les familles un contrat d'apprentissage qui lui donnerait, par exemple, la direction de l'enfant pour quatre années consécutives.
La première année, quatorzième de l'enfant, l'école donnerait son enseignement gratuit, ci Fr. 300 »
l'entretien de l'enfant serait à la charge des parents, sacrifice pour eux d'environ 600 francs.
La deuxième année,quinzième de renfant,l'école donnerait, toujours son enseignement gratuit, ci. 300 » et, de plus,avancerait un salaire de 1 fr.50 par jour, représentant l'entretien de l'enfant, soit dans son internat soit dans la famille 600 »
Total des débours de l'école Fr. 1.200 »
La troisième année, seizième de l'enfant, le jeune élève serait mis en apprentissage surveillé; interne ou externe de l'école, il continuerait à suivre, le soir et le dimanche, des cours de perfectionnement. S'il gagnait, ce qui est probable, tin salaire quotidien de 3 francs par jour, la moitié lui en
1(06 L'ENSSiaNBllENT
serait laissée pour son eotretien, l'autre moitié serait easkservée par l'école à titre de remboursement, ci. Fr. 450 ^
La quatrième année, dÎK-septième de Fenfant, la dernière de Tapprentissage, si le jeune homme gagnait de 4 à 5 francs par jour, l'école continuerait à prélever 2 fr. SO c. par jour, ci. . . 750 »