LIBRAIRES DE 1/ ACADÉMIE DE MÉDECINE
I20. BOULEVARD SAINT-GERMAIN, I 20, PARIS = If)2l =
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ÉVOLUTION DE L'ENFANT. HYGIÈNE PHYSIQUE ET INTELLECTUELLE. ROLE DU MÉDECIN
SOMMAIRE. — L'hygiène. Hygiène générale et hygiènes spéciales. Ilijgiène de l'enfance : hygiène individuelle ; hygiène sociale.
L'hygiène sociale dans les diverses périodes de l'enfance. Nourrissons,
éeotiers, apprentis et ouvriers. Utile dans le traitement des enfants malades, ris-à-ris des enfants assistés et abandonnés, des infirmes et des iiliots, des enfants coupables.
Evolution de l'enfant. Croissance. Puberté ou période puber taire. Evolution physique et évolution psychique.
Hygiène physique et hygiène intellectuelle. Type moyen Tempéraments. Age chronologique et âge physiologique. Anormaux psychiques. Maladies dites de croissance. Maladies transmissibles.
Plan du livre.
Parmi les rôles qui incombent au médecin, un des plus nobles et certainement le plus désintéressé est de veiller à la conservation de la santé.
« La conservation de la santé est un devoir », écrit le grand philosophe anglais Herbert Spencer, à la fin de son livre sur l'Éducation intellectuelle, physique et morale ; il y a une « moralité physique... ; toutes les atteintes aux lois de la santé sont des péchés physiques. »
L'hygiène est la partie des sciences médicales qui s'occupe des règles à suivre pour conserver la santé. Son champ est vaste Elle demande des connaissances variées, non seulement en médecine, mais
en diverses sciences, bactériologie, physique, chimie, géologie, pour ,,,. cîter que quelques-unes d'entre elles. Afin que son étude puisse se poursuivre avec méthode et profit, des divisions s'imposent : ù côté de ['hygiène générale prennent place des hygiènes spéciales.
Parmi ces dernières, il en est qui envisagent l'homme aux différentes étapes de la vie, \u cours de son évolution, l'organisme se modifie sans cesse; les transformations sont telles que la conservalion de la santé d'un enfant, d'un jeune homme, d'un adulte ou d'un vieillard demande pour chacun des soins particuliers.
G'esl pendant l'enfance et la jeunesse que l'organisme subit les transformations les plus considérables. Cette longue période, qui va de la naissance jusque vers 18 ans et même au delà, est une pbase de développement ininterrompu, de croissance continue, dont le terme est l'état de perfection physique qui caractérise l'âge adulte. Vhygiène de l'enfance & pour objet d'assurer ce développement d'une façon normale et régulière.
Nul médecin ne peut en aborder avec fruit l'élude et la pratique, s'il ne connaît l'anatomie, la physiologie et la pathologie de l'enfant. Elle constitue donc une branche de la Pédiatrie, mais cette branche a pris à notre époque un singulier essor pour deux ordres de motifs.
D'une part, nous connaissons mieux la genèse des maladies et les moyens de les éviter, qu'il s'agisse des fièvres éruplives, de la tuberculose, de la syphilis ou des affections gastro-intestinales, de l'athrepsie, du rachitisme, des dystrophies diverses. D'autre part, la faiblesse de la natalité doit avoir comme contrepoids la diminution de la mortalité; celle-ci impose la mise eu pratique de mesures appro priées el nécessite la collaboration des médecins, des sociologues, des maîtres de l'enseignement, des administrateurs, des philanthropes
L'élevage des enfants n'est plus une question d'ordre purement familial. Il déborde h' cadre de la médecine traditionnelle, qui n'envisage reniant qu'en tant qu'individualité ; il soulève une série de problèmes d'ordre social, qui méritent une étude particulière.
Basée sur l'hygiène générale el la pédiatrie, l'hygiène de l'enfance p .-sède ,mc individualité bien tranchée.
L'hygiène de l'enfance comprend deux pailles : 1 Vhygiène individuelle', 2° Vhygiène sociale '.
La première s'intéresse à l'enfant en tant qu'individualité. Elle
iilcourt, t L'hygiène Bociale el l'enfant ». Jo irnalde médecine de Parts, avril
s'occupe de l'alimentation, de l'habillement, des soins de propreté, du logement, du sommeil, des sorties, des jeux, des exercices physiques, de l'éducation, etc. Elle a principalement retenu l'attention jusqu'ici et a été traitée dans de nombreux livres [. Nous n'avons pas l'intention de l'étudier dans cet ouvrage.
La seconde est le complément de la précédente ; elle empiète d'ailleurs souvent sur son terrain et il ne saurait en être autrement puisque l'une et l'autre ont en vue le bien de l'enfant.
L'hygiène sociale de l'enfance s'occupe d'aider les parents à réaliser l'hygiène individuelle. Elle étudie et met en pratique les mesures destinées à conserver la santé des enfants, à assurer leur développement normal lorsqu'ils se trouvent séparés de leurs familles et que la société, se substituant à ces dernières, en assume les responsabilités, ou lorsqu'ils sont exposés à des dangers particuliers du fait de leur groupement en collectivités.
L'étendue de son action, sa complexité, son importance pratique légitiment l'étude que nous lui consacrons.
Elle intervient à toutes les périodes de l'enfance.
Pendant la première enfaxce, le but des hygiénistes doit être de favoriser l'allaitement maternel, de procurer du lait et des aliments de bonne qualité, de surveiller la diététique. Or, si leur intervention est facile et efficace dans les familles aisées, elle l'est beaucoup moins dans la population ouvrière et dans la population pauvre. Le travail des femmes qui les appelle hors de leur domicile, l'ignorance, le défaut de surveillance médicale, l'insuffisance des ressources, empêchent souvent les mères de nourrir leurs enfants et font que l'alimentation des nourrissons, abandonnée à leur seule initiative, aboutit, dans nombre de cas, à des résultats déplorables.
De cet état de choses sont nées des institutions destinées à assurer collectivement la direction de l'alimentation, la distribution de bon lait, la garde des enfants et à permettre l'allaitement maternel. Telles sont les consultations de nourrissons, les gouttes de lait, les crèches, les pouponnières. Telles sont encore les œuvres de protection des mères qui allaitent: mutualités maternelles, asiles pour mères nourrices, cantines maternelles, etc.
D'autre part, la grande mortalité des bébés placés en nourrice à la campagne et des enfants de nourrices mercenaires a amené la promulgation d'une loi de protection, dite loi Roussel. Plus récem-
i. Nobécolrt,« Conférences pratiques sur l'alimentation des nourrissons » (Masson €t C'e, 2e édition, 1914). — « Conseils pratiques d'hygiène infantile » (J. B. Baillière ■et fils, iai4).
ment, on iQio, pour favoriser la naissance à terme et l'allaitement maternel pendant le premier mois, est intervenue une loi d'assistance aux femmes en couches", dite loi Paul Strauss, et, en 1917, a été promulguée une autre loi destinée à faciliter dans les usines î allaitement des enfants par les mères ouvrières.
\\ic la deuxième enfance, à partir de 2 ans 1/2 ou 3 ans, la vie en commun qui était jusque-là relativement rare, sauf dans les crèches et les pouponnières, devient, pour ainsi dire, la règle dans les écoles, les collèges ou les lycées. En recueillant des enfants dans ces établissements, la société devient responsable de leur santé. Le rôle de l'hygiéniste y est complexe. Dans les exlernals, l'hygiène individuelle ne lui incombe que dans une faible mesure, puisque les enfants demeurent chez leurs parents ; dans les internats, au contraire, elle est entièrement de son ressort. Dans les uns et dans les autres, le médecin doit se préoccuper d'éviter les maladies et, en outre, surveiller le développement régulier et normal de l'organisme pour que l'enfant devienne un homme sain et vigoureux. L'école ne doit pas borner son rôle à dispenser l'instruction ; elle doit s'occuper du coi|^ aussi bien que de l'intelligence, du physique comme du moral. L'éducation, pour être complète, doit être à la fois intellectuelle, morale et physique. Ces trois modalités sont inséparables l'une de l'autre et il convient de garder entre elles une juste proportion. « Puisque, a dit Herbert Spencer, dans notre vie, le physique sert de base au mental, celui-ci ne doit pas être développé aux dépens du physique. »
A l'âge de 10 ans, les enfants quittent les écoles primaires pour entrer, comme apprentis ouoiviuf.hs, dans les usines et les ateliers ; certains même, pour des raisons diverses, commencent, plus jeunes encore, le travail manuel. Or, on exige souvent de ces jeunes sujets des efforts trop grands ou des travaux dangereux pour leur âge. A eux aussi la société doit sa protection. Des organismes en voie de déve loppement, dont le système musculaire et le squelette sont encore inachevés, soumis aux causes multiples d'affaiblissement qu'entraîne la croissance, ne peuvent être assimilés à des adultes. L'hygiène doit donc intervenir pour éviter les abus.
Qu'il s'agisse donc des nourrissons, <!<■* écoliers ou des apprentis. l'hygiène sociale a un r<Me très important à remplir, elle rend de tirs grands services. Aussi occupe-t-ellc une place de plus en plus considérable et doit-elle retenir l'attention des médecins qui s'occupent d'une façon particulière de l'enfance, ('/est à eux qu'il appartient d'en formuler les préceptes et d'en surveiller la pratique; eux seuls le peuvent utilement, grâce à leur connaissance de l'enfant et de ses maladies.
L'hygiène sociale ne s'occupe pas seulement de l'enfant bien portant; elle ne l'abandonne pas quand il devient malade. Le traitement des enfants malades ne peut, pour beaucoup d'entre eux. être mené à bien que grâce à son intervention. Celle-ci s'effectue sous diverses modalités ; elle facilite leur traitement à domicile ; elle s'occupe de leur assurer des soins collectifs dans les hôpitaux, les sanatoria, les asiles, etc. Il suffit de voir comment sont actuellement encore soignés beaucoup d'enfants chez leurs parents et combien sont grandes les défectuosités de beaucoup de nos hôpitaux, pour se rendre compte de son utilité.
D'autres enfants, enfin, à des titres divers, sollicitent l'attention de l'hygiène sociale: les enfants assistés et abandonnés, les enfants injir mes ou idiots, les enfants coupables.
Les particularités de l'hygiène de l'enfance se conçoivent aisément quand on réfléchit aux transformations considérables dues à révolution de Venfant depuis la naissance jusqu'à la jeunesse et à l'âge adulte. La croissance continue, mais non régulière, est le phénomène caractéristique de la première partie de la vie; vers la fin de l'enfance, intervient, en outre, un phénomène non moins important, la puberté.
La croissance se traduit par l'augmentation de la taille, du poids, de la longueur et du volume des différents segments du corps, par des modifications des organes internes. Sans entrer dans les détails, il suffit, pour fixer les idées, d'indiquer comment se comporte la taille.
h'évqluiion de la taille suit des règles précises. Elle se fait suivant une courbe moyenne, dont chaque enfant se rapproche plus ou moins. Elle a été établie par les recherches déjà anciennes de Ch. Roberts en Angleterre, de Bowditch et de Morgan Rotch en Amérique, de Quételet en Belgique, par celles plus récentes de Binet, de Yariot etChaumet à Paris, de Godin, de Mayet, etc. Les chiffres, que nous donnons, n'ont aucun caractère absolu ; ils servent simplement à fixer les idées (Fig. i et. 2).
A la naissance, la longueur du corps est de 00 centimètres ; pendant la première année elle augmente de 20 centimètres ; pendant la deuxième de 10 centimètres. A la fin de la première enfance, vers 2 ans, la taille mesure 80 centimètres.
L'accroissement de la taille, qui était très rapide pendant la vie intra-utérine, se ralentit donc progressivement.
Pendant la deuxième enfance, de 2 à 6 ans, le ralentissement s'accentue et l'augmentation n'est plus annuellement que de 6 ou 7 cen-
timètres. Vers 5 ans la taille atteint un mètre ; elle est le double de celle du nouveau-né.
Au début de la troisième ou grande enfance, l'accroissement reste lent; vers ioou n ans, la taille mesure i3o centimètres. A partir
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