‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 2 sur 212 · Poicfs · texte numérisé non relu

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Fig. i. — Courbes comparées de la taille et du poids cbez les garçons et les filles.

de cet âge, il s'accélère, mais dès lors les deux sexes se comportent d'une façon différente.

Chez les filles, l'accélération est plus précoce : elle atteint son maximum de 12 à \[\ ans. Chez les garçons, elle est plus tardive : elie atteint son maximum entre i3 et i5 ans.

Par suite, la taille cpii a évolué parallèlement chez tous les enfants jusque vers 10 ans. devient plus élevée chez les premières que chez le seconds. Mais cet avantage n'est que passager : vers \!\ ans. la taille s'égalise de nouveau, elle atteint alors i5o centimètres, soit trois lois celle du nouveau-né. Enfin les garçons l'emportent sur les filles : vers i5 ou iG ans, ils mesurent 160 centimètres et celles-ci 1 r> '1 centimètres.

Après i.'i ans, la taille continue de croître, surtout chez les garçons. L'accroissement, encore très appréciable Yers 1») ans, se poursuit

insensiblement an delà de cet âge, jusqu'à 25 ans. Chez la moitié des jeunes soldats environ, la taille est comprise entre 162 et 170 centimètres.

L'accroissement de longueur du corps ne se fait pas d'une façon

Accroissement annuel comparé du poids et de la taille chez les garçons et chez les filles.

régulière. Il existe deux poussées de croissance, séparées par une période de ralentissement. La première, qui fait suite à la croissance intra-utérine extrêmement active, se produit pendant les deux premières années et surtout pendant la première. La seconde a lieu pendant la deuxième partie de la grande enfance ; elle est intimement liée à la puberté.

La puberté, d'après une définition courante, est l'apparition de la faculté de procréer ; elle serait caractérisée, chez les filles, par la première menstruation, qui correspond à la maturité des ovules, chez les garçons, par la formation des spermatozoïdes. Au point de vue légal, elle est prise dans le sens de nubililé, c'est-à dire d'aptitude au mariage, et est fixée à 10 ans pour les filles, 18 ans pour les garçons.

En réalité, la puberté constitue une période assez longue, caractérisée par une série de transformations physiques, physiologiques et psychiques, qui précèdent, accompagnent et suivent la maturité des organes génitaux. Quand elle est achevée, l'enfant est devenu un adolescent, ou mieux un jeune homme ou une jeune fille '. C'est alors un

1. On peut appeler jeunesse la période qui fait suite à la période pubertaire. Le mot adolescence manque de précision. Pour Littré, il désigne l'âge qui succède à l'enfance et s'étend depuis les premiers signes de puberté jusqu'au moment où le corps a acquis sa perfection physique. Pour Godin. il devrait désigner toute l'enfance fadohseere, croître , y compris la vie intra-utérine.

être toul à fait différent de l'enfant, une nouvelle personnalité.

Là période pubertaire, dont certains auteurs font une quatrième période de l'enfance, commence vers ioou 11 ans el se termine vers i5 ans, chez les filles, vers 17011 18 ans, chez les garçons. Cruche! ' la <li\ise en trois phases : la plume prépubère, la phase pubère proprement dite, la pliase poslpubère. Mais il convient de s'entendre sui la signification de ces termes ; les auteurs leur attribuent, en effet, des sens différents.

La phase prépubère correspond, pour Roberts et pour Delpeuch -, à la poussée brusque décroissance, que nous allons retrouver. Pour Cruchet, elle comprend la période préparatoire, comprise entre 10 et 12 ans, pendant laquelle le développement de l'organisme subit une sorte de temps d'arrêt, comme s'il devait recueillir ses forces pour affronter la période suivante. En réalité, fait remarquer Godin3, l'organisme ne se recueille pas et il s'agit d'une période où, conformément à la loi des alternances, l'accroissement en longueur fait place à des élargissements et à des ampliations du corps.

La phase pubère proprement dite est caractérisée par l'accroissement brusque et rapide de la taille et du poids qui se produit de 12 à i4 ans chez les filles, de i3 à 10 ans chez les garçons. .Mais le squelette ne s'accroît pas d'une façon harmonieuse dans toutes ses portions : l'allongement porte d'abord surtout sur les membres inférieurs ; le tronc reste relativement court et le thorax relativement étroit. D'autre part, l'augmentation du poids subit un retard par rapport à celle de la taille. Il en résulte cet habitus spécial des jeunes sujets : leurs longues jambes, leur maigreur, leur torse court et leur poitrine étriquée frappent immédiatement les yeux.

A ce moment, la morphologie du corps présente encore d'autres transformations. Les poils apparaissent. Les muscles se développent et forment des saillies plus apparentes, surtout chez les garçons. Les organes génitaux grossissent. Les mamelles augmentent de volume, se congestionnent, deviennent douloureuses, surtout chez les (i 1 les, parfois aussi chez les garçons ; chez tous deux elles peuvent sécréter un liquide blanchâtre, analogue au colostrum.

Les organes internes subissent également des modifications importantes qui entraînent des changements dans leur fonctionnement.

1. Cruchet, « La puberté », in La Pratique des maladies des enfants, t. I, p, iû5, Paris, 1900.

2. Delpelch, «La période prépubère », La Presse médicale, 17 août iy<iv. II. P- 89;

3 Godin, « Delà puberté à la nnbilité », Soc. d'anthropologie, iqchj, et « r>sai d'explication du rôle de la puberté », Soc. d anthropologie, [Qli.

Les appareils respiratoire et circulatoire, le système' nerveux, les glandes vasculaires sanguines sont particulièrement intéressants à étudier à ce point de vue.

L'âge de la première menstruation diffère suivant les races, les familles, les individus. D'après M"e Francillon ', chez les Parisiennes, elle se produit de 12 à 17 ans, généralement entre i4 et i5 ans.

L'époque de l'apparition des spermatozoïdes est difficile à préciser. En tout cas, ce n'est guère avant 17 ans, en général, que les organes génitaux externes perdent complètement leurs dimensions infantiles.

De i/i à 16 ans, chez les filles, de 10 à 17 ans, chez les garçons, la poussée d'accroissement se ralentit, l'enfant entre alors dans la phase poslpubère, tlims\a jeunesse . C'est, suivant l'expression de Marro, une phase de perfectionnement pendant laquelle l'allongement se ralentit, tandis que se fait l'augmentation en largeur et en épaisseur. Les proportions des divers segments du corps deviennent plus harmonieuses ; l'homme et la femme s'achèvent.

En même temps que l'évolution physique se produit l'évolution psychique. Le parallélisme n'est pas toujours absolu; néanmoins les transformations intellectuelles sont, dans une certaine mesure, sous la dépendance des modifications corporelles. Qui ne connaît ces dernières peut difficilement se rendre compte des autres. Comme l'a écrit Cabanis, il y a quelque cent ans : « la Médecine et la Morale sont deux branches de la même science, qui, réunies, composent la science de l'homme. L'une et l'autre reposent sur une base commune, sur la connaissance physique de la nature humaine ».

Infiniment complexes sont les problèmes que soulèvent les relations entre le développement de l'organisme et celui des facultés intellectuelles ou morales. Ils intéressent toutes les périodes de l'enfance. Retenons, pour le moment, que la puberté, par les modifications considérables qu'elle apporte à l'organisme, retentit profondément sur l'intelligence et sur le moral. Comme l'écrit encore Cabanis, chez l'adolescent, plus encore chez les jeunes filles que chez les jeunes gens, « les penchants, les idées, les dispositions physiques, tout n'est-il pas d'accord et les grands changements qui viennent d'en faire un être si nouveau, ne dépendent-ils pas uniquement de la maturité d'un système d'organes presque inertes jusqu'alors ? »

Au point de vue pédagogique, une conclusion découle de cette

1. M"e Francillos, '< Essai sur la puberté chez la femme. Étude de psycho-physiologie féminine », Thèse Je Paris, 1905.

constatation : c'esl la séparation nécessaire des pubères et des nonpubères. « La culture intellectuelle, dit Godin, s'y trouve aussi intéressée que la culture morale... Guettez attentivement l'apparition de la puberté : dès qu'elle se montre chez un écolier ou une écolière, faites passer dans la catégorie des pubères cet organisme modifié: ne huez par compte de l'âge. »

Des précautions spéciales sont nécessaires pour conserver la santé des enfants et leur assurer une évolution physique et intellectuelle régulière. Il appartient à l'hygiéniste de préciser les principes indispensables à la réalisation de cet objectif et de veiller à leur observation. Ce sont ces principes qui constituent la base de \'hygicne physique et de Yhyaihne intellectuelle.

Le champ de Yhygiène physique est très étendu. Elle s'occupe de l'alimentation, de l'aération, de la propreté, de l'habillement, etc. Kllc s'intéresse au fonctionnement des divers appareils et bien d'autres objets encore sollicitent son attention.

Pour assurer la réalisation de l'hygiène individuelle dans les collectivités infantiles, des mesures appropriées s'imposent. La vie en commun constitue en effet souvent un obstacle à sa pratique ; elle demande une organisation et une surveillance spéciales. Qu'il s'agisse d'une crèche ou d'une école, il faut établir les rations alimentaires, procurer des aliments de bonne qualité et les bien préparer: il faut attribuer aux salles communes un cube d'air pur suffisant, un éclairage et une insolation convenables ; il faut accorder aux enfants l'exercice nécessaire à leur activité et veiller à ce qu'ils le prennent sans se livrer à des excès nuisibles ; leur faciliter les soins de propreté indispensables. Le médecin doit donc intervenir constamment dans l'organisation des locaux, dans les actes de la vie quotidienne, dans l'éducation physique.

L'hygiène intellectuelle poursuit le même rôle dans le domaine du travail cérébral. Elle apprécie l'effort intellectuel que les enfants peuvent fournir d'après leur développement physique ; elle montre les conséquences d'un enseignement trop intensif et disproportionné avec la capacité de résistance des enfants ; elle maintient la balance entre l'éducation intellectuelle el l'éducation physique. Entre elles, l'accord est indispensable, « car la Nature est un comptable exact. écrit Herbert Spencer ; si vous lui demandez d'un côté plus qu'elle ni- peut dépenser, elle rétablit la balance en détruisant d'un autre côté». L'abus des exercices physiques nuit à la culture intellectuelle; l'abus du travail cérébral entraine des troubles de la santé. Somme toute le médecin doit être le conseiller de l'éducateur; leur collabo-

ralion ne peut être qu'utile à l'enfant, en permettant, suivant la formule du Congres d'hygiène de Bruxelles, l'adaptation de la culture des facultés intellectuelles à la capacité physique individuelle.

C'est une œuvre délicate que d'apprécier les capacités physiques et intellectuelles d'un enfant. Beaucoup d'entre eux en effet s'éloignent plus ou moins du type moyen, qu'on a pris l'habitude de considérer comme le type normal.

Les moyennes sont forcément basées sur les observations d'une série d'individus très différents les uns des autres et aucun de ceuxci ne leur répond exactement ; elles ne constituent que des schémas, que des points de repère qui nous guident dans l'étude des cas particuliers. Tous les enfants ne sont pas coulés dans le même moule. La race, l'hérédité, le milieu, bien d'autres facteurs encore créent, dès la naissance, autant de tempéraments que d'enfants. La croissance et le développement intellectuel s'en trouvent influencés, au point que des enfants de même âge semblent souvent d'âge différent.

Ainsi que l'a écrit A. Binet ', « 1 âge d'un enfant est lié à son développement. 11 faut distinguer entre deux sortes d'âges : l'un est Yâge chronologique qui résulte de la date inscrite sur l'acte de naissance; l'autre est Vâge unatomique et physiologique, qui est exprimé par la hauteur de la taille, par le poids, par la force musculaire, le développement de la dentition et du système pileux, le timbre de la voix et tous les autres signes révélateurs de la maturité. Normalement, ces deux âges, le chronologique et le physiologique, se correspondent ; mais ils se correspondent avec de nombreuses exceptions. Il n'est pas rare de rencontrer des enfants qui sont plus ou moins âgés que leur âge légal; et l'avance ou le retard s'élève parfois à deux ans, à trois ans, rarement à plus ». Des différences analogues à celles qui existent dans le développement corporel se retrouvent dans le développement cérébral : certains enfants sont en retard par leur caractère, leurs manières de sentir et de penser, leurs aptitudes intellectuelles, tandis que d'autres font preuve d'une précocité remarquable.

Il appartient au médecin d'apprécier l'état physique des enfants et de diriger l'hygiène physique. Il lui appartient en outre d'attirer l'attention de l'éducateur sur l'influence que cet état physique peut avoir sur l'intelligence et le moral, d'être son collaborateur dans la direction de l'hygiène intellectuelle.

L'intervention du médecin devient encore plus indispensable

i. A. Binet, « Les idées modernes sur les enfants», Bibliothèque de philosophie scientifique. E. Flammarion, éditeur, 1910.

quand il s'agit, non plus d'enfants bien portants, mais d'enfants en étal d'imminence morbide ou déjà malades. Il importe, en effet, de reconnaître ces états pathologiques et d'indiquer les ihcmimn sjié ciales dont l'application est urgente. Celle intervention esl particulièrement utile dans le domaine intellectuel : sous l'influence d'hére dites diverses, des hérédités alcooliques et syphilitiques en particu lier, les anormaux psychiques deviennent chaque jour plus nombreux et leur éducation demande des précautions particulières.

En surveillant l'hygiène individuelle, le médecin des collecti\ ih's d'enfants évitera le développement des maladies qui reconnaissent, entre causes, un genre de vie mal approprié à l'âge de l'enfant, une alimentation ou une aération défectueuses. Certaines de ces maladies, spéciales au jeune âge, sont d'autant plus à redouter que les facteurs morbides agissent sur des sujets prédisposés par l'état d'hyperactivité formative des tissus et des organes; c'est pour celle raison d'ailleurs qu'on les désigne souvent, à tort d'ailleurs, sous le nom de maladies de croissance l.

Les obligations médicales ne se bornent pas là. Les conditions Spéciales de la vie dans les collectivités, les contacts répétés entre enfants, facilitent la diffusion des maladies lransmissibles: îles fièvres éruplives, de la coqueluche, de la tuberculose, des affections parasitaires, etc. La prophylaxie de ces maladies doit donc être rigoureuse. Mais, pour être réellement efficace, la surveillance ne doil pas porter seulement sur les enfants ; elle doit s'étendre aussi à toutes les personnes qui les entourent à des titres divers. La transmission de la tuberculose, par exemple, est souvent le fait d'une garde de bébés ou d'un maître d'école qui disséminent les bacilles de K.och et contajjionnent les enfants.

Tel est, dans ses grandes lignes, le rôle dévolu à l'hygiène sociale \is-à-vis de l'enfant.

Elle intervient des la naissance el suit l'enfant jusqu'à la jeunesse. Elle le protège, pendant les premiers mois de si m existence, en assis tant et en conseillant sa mère; elle le protège à la crèche, à l'école el à l'atelier ; elle s'occupe de lui quand il est privé de famille; elle lui assure les soins nécessaires quand il est malade. Mais son indu tion ne se borne pas à le défendre contre les maladies OU leurs complications. Elle voit plus loin : elle s'occupe de sa croissance corporelle et psychique, de son éducation physique el intellectuelle;

i . Nobécourt, « Précis de médecine des cnfanls », Masson et Cie, 3c édition, 1920.

elle veille à ce que l'une ne nuise pas à l'autre. Connaissant la physiologie des enfants et leurs aptitudes individuelles, elle s'attache à proportionner les efforts demandés à la capacité de chacun. Elle se propose ainsi de former des adultes jouissant d'une bonne santé. La santé est aussi nécessaire à l'ouvrier qu'à l'intellectuel: elle seule permet aux uns et aux autres de se livrer avec plaisir et facilité au travail, et celui-ci, comme l'a écrit Hanotaux *, est et deviendra de plus en plus, il faut l'espérer, la loi des démocraties modernes.

Depuis longtemps, la grande mortalité des enfants du premier âge, la diminution de la natalité, la diffusion des tares physiques, intellectuelles et morales, qui faisaient redouter la déchéance de la race française, avaient montré la nécessité d'assurer à l'enfance une bonne hygiène. La guerre a fourni la preuve qu'il n'était pas trop tard pour agir ; les pertes, qu'il faut réparer, nécessitent une action rapide et énergique.

a La première condition pour réussir dans la vie, a dit Herbert Spencer, est d'être un bon animal ; et la première condition de la prospérité nationale, c'est d'être une nation de bons animaux. »

Plan du livre.

Les considérations, qui viennent d'être exposées, expliquent le plan de ce livre et justifient les divisions que nous avons adoptées. Il comprend quatre parties :

La première partie traite 1' hygiène sociale de la première enfance. La deuxième partie étudie L'hygiène sociale de la moyenne et

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