‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 108 sur 212 · INFIRMES MOTEURS · texte numérisé non relu

INFIRMES MOTEURS

En 1909, 48 élèves internes s'y trouvaient en traitement et leur entretien revenait à 1 fr. 90 par jour.

En Hongrie, un établissement analogue a été fondé à Budapest en ioo3, mais il ne peut recevoir qu'une quinzaine de garçons de G à 10 ans.

C. Instruction- — L'enfant estropié est souvent aussi intelligent que J'enfant normal. Il faut donc lui donner la même instruction et ne pas le placer, comme on le fait trop souvent, soit dans des asiles d'incurables où il est voué à l'ignorance, soit dans des classes d'arriérés.

L'enfant estropié est fréquemment en retard pour ses études parce qu'il a manqué l'école à cause de son infirmité qui le rend en outre craintif et hésitant. Il faut lui donner confiance et lui prouver qu'il peut apprendre comme les autres enfants. Pour atteindre ce but et rattraper le retard perdu, il est nécessaire de consacrer à son instruction plus de temps qu'il ne serait utile pour un enfant normal du même Age et d'en confier la direction à un instituteur spécialement préparé à cette tâche. La classe d'estropiés ne doit pas, pour cette raison, comprendre plus d'une vingtaine d'élèves.

Aux Etats-Unis, des classes spéciales d'infirmes sont annexées à certaines écoles publiques pour les petits estropiés auxquels la famille peut assurer les soins nécessaires et dont l'état ne nécessite pas une surveillance médicale permanente. Une œuvre d'assistance privée assure le transport des élèves de leur domicile à l'école ; une infirmière scolaire se rend près des parents pour leur montrer comment il faut habiller l'enfant, le baigner, poser les appareils, etc.

Que l'enfant infirme soit admis comme interne dansun établissement spécial ou comme externe dans une classe annexée aune école ordinaire, il suivra le programme de l'enseignement primaire; toutes les fois qu'il sera possible, on lui apprendra la musique, le dessin, la peinture.

L'éducation physique des infirmes est très importante. Ils peuvent pratiquer certains jeux et souvent doivent être soumis d'une façon prolongée à une gymnastique orthopédique . Ajoutons que la classe de plein air est particulièrement indiquée pour les enfants atteints de tuberculoses chirurgicales.

D. Education professionnelle . — L'éducation professionnelle est capitale pour les infirmes moteurs, car elle leur permettra de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Son organisation est particulièrement compliquée, à cause de la variété des infirmités qu'ils présentent et qui chacune nécessite une adaptation spéciale. Il est souhygiène SOCIALE DE l'eXFANCE *•>

vent nécessaire d'imaginer des appareils particuliers pour permettre à certains enfants d'effectuer des travaux à la machine.

Les métiers qui, suivant les cas. peuvent être utilement enseignés aux enfants infirmes moteurs sont assez nombreux.

Les garçons peuvent apprendre la confection des vêtements, la cordonnerie, la serrurerie, la reliure, la brosserie, la vannerie, la sellerie, le rempaillage des chaises, le nouage des lapis, la sculpture sur bois, le tournage en bois, le cartonnage, la gravure, le dessin, la poterie fine, la photographie, la dactylographie, la comptabilité, etc.

Les fdles peuvent apprendre la couture, la coupe, la lingerie. les modes, le tissage, la fabrication des fleurs artificielles, le tricotage, la broderie, le crochet, la passementerie, le blanchissage, le repassage, etc.

Dans les établissements spéciaux d'estropiés il est impossible de créer un grand nombre d'ateliers d'apprentissage. On y organisera surtout ceux qui permettentl'enseignementde professions sédentaires : cordonniers, tailleurs, cartonniers. D'ailleurs, lorsque les infirmes peuvent se déplacer facilement, il y a tout avantage à les faire admettre dans des écoles professionnelles ordinaires ou à les placer en apprentissage chez des patrons moyennant une subvention.

Il ne suffit pas d'apprendre un métier à l'enfant infirme incurable ; il faut encore le placer à la fin de son apprentissage. Dans ce but, un patronage des infirmes moteurs devrait être créé sur le modèle de ceux qui existent pour les aveugles et pour les sourds-muets. En outre, un nombre assez élevé d'infirmes, alors même qu'ils ont appris un métier, ne sont pas en état de subvenir entièrement à leur existence. Leur pourcentage est de 9 pour 100, d'après une statistique établie à l'institution des enfants infirmes de Munich, portant sur 70 années. Pour cette catégorie d'infirmes capables de travailler, mais non de gagner seuls leur vie. il faut prévoir la création d'asiles spéciaux arec ateliers.

Les affections des yeux et la cécité s'observent beaucoup plus fréquemment dans les pays chauds que sous nos climats. Ce fait est dû au manque d'hygiène et de soins médicaux, à la fréquence de la conjonctivite granuleuse ou trachome, alfection épidémique et contagieuse, et en outre à des causes prédisposantes : luminosité excessive, réverbération du sol sablonneux, fraîcheur des nuits. En

Egypte, où toutes ces conditions se trouvent réunies, la proportion d'aveugles est considérable.

En France, les aveugles sont plus nombreux qu'on ne l'imagine et plus de la moitié d'entre eux sont des indigents ou des semi-indigents.

En 1901, une statistique officielle du ministère de l'intérieur signalait 27.000 aveugles répartis d'après l'âge — en chiffres ronds — de la manière suivante :

Aveugles de o à 20 ans 2.000

— 5o ans et plus 18.000

Sans la guerre, qui a augmentédans des proportions considérables les cas de cécité, le nombre des aveugles serait toutefois en diminution. Alors qu'on en comptait 1 pour 1.000 habitants en 1800, on n'en comptait plus que 1 pour i.^oo en 1900.

L'hygiène sociale doit s'efforcer, d'une part, de prévenir ou de combattre la cécité, d'autre part, de mettre les aveugles en état de se suffire à eux-mêmes.

Pour remplir ce double but, il faut connaître les causes de la cécité et préciser l'état physique et intellectuel de l'aveugle, afin de lui fournir l'assistance, l'instruction et l'éducation professionnelle dont il a besoin.

i° Causes de la Cécité. — Les aveugles peuvent être divisés en deux catégories : les aveugles tardifs et les aveugles-nés.

Les aveugles tardifs ont perdu la vue à n'importe quel âge par suite d'un accident, d'une blessure ou d'une affection morbide. Les lésions produisent la cécité soit en empêchant les rayons lumineux d'atteindre la rétine, soit en provoquant des lésions de cette dernière qui l'empêchent de recevoir l'impression des rayons. Un grand nombre d'affections ophtalmiques, livrées à elles-mêmes, peuvent entraîner ce résultat : kératites, taies et ulcères, iritis, cataracte, glaucome, choroïdites, rétinites, atrophies optiques, amauroses, etc. La myopie négligée, très fréquente chez les écoliers, peut déterminer la cécité par les lésions qu'elle est susceptible d'engendrer : iridochoroïdite, choroïdite, décollement de la rétine.

Les aveugles-nés naissent privés de la vue par suite d'une affection congénitale liée à une inflammation intra-utérine ou à un arrêt de développement souvent héréditaire. Mais ces cas sont relativement très rares et on dénomme encore aveugles-nés ceux, beaucoup plus nombreux, qui ont perdu la vue aussitôt après la naissance.

L'ophtalmie purulente est la cause la plus fréquente de cette forme

de cécité ; elle est d'ailleurs évitable par une prophylaxie appropriée.

2° Etat physique et intellectuel de l'aveugle. — « Ce serait une erreur, dit Maurice de la Sizeranne *, aveugle lui-même, de prendre pour tares résultant de la cécité ce que l'on ressent soimême lorsque momentanément on se trouve dans l'obscurité. La situation est tout autre. La privation brusque et accidentelle du sens qui passe pour le plus nécessaire laisse désorienté, parce que, habituellement satisfait des renseignements fournis par les yeux, on ne s'aperçoit pas qu'à telle ou telle manifestation visible sur laquelle se concentre l'attention se joint une manifestation légère peut-être, mais très sensible encore pour le tact, l'ouïe, l'odorat, le goût. »

Pour entrer en relation avec le monde extérieur, l'aveugle interroge plus complètement que le clairvoyant ses autres sens affinés par l'éducation et l'exercice ; grâce à leurutilisation complète, il peul physiquement mener une vie active et relativement indépendante. « Il pourra accomplir comme tout le monde la plupart des actes de la vie de chaque jour, pourvu qu'une éducation intelligente ait développé en lui cette adresse, cette aisance qu'on prend trop souvent pour un don spécial compensatoire et qui n'est en réalité que le résultat d'un exercice méthodique et réitéré. » (Maurice de la Sizeranne).

C'est surtout lorsque les aveugles sont jeunes qu'il est possible de leur apprendre à diriger leurs pas. L'impossibilité de se passer d'un conducteur tient au défaut de la première éducation. Les élèves et anciens élèves de l'Institution nationale et des écoles d'aveugles de province n'osent, pour la plupart, s'aventurer seuls hors de chez eux, parce qu'ils n'ont pas été exercés à le faire ; au contraire, les pensionnaires de l'école Braille à Saint-Mandé ne craignent pas de parcourir seuls d'assez grandes distances (A. Léon).

Au point de vue intellectuel, la cécité n'altère pas les facultés, mais la cause qui lui a donné naissance peut entraîner un déficit mental plus qu moins prononcé ; il en est ainsi lorsque la perte de la vue est le résultat d'une affection cérébrale, dans l'idiotie amaurotique familiale par exemple.

L'aveugle-né, alors même que son intelligence est développée, reste privé de certaines notions que la vue seule peut fournir : couleurs, perspective, etc. ; mais l'aveugle tardif, qui a vu jusqu'à huit ou

i. Maurice de la Sizeranxe, Les aveugles par un aveugle, Paris. iu'»ï. 'ic édition. — A. Léo:*, La situation des aveugles en France, Lu Revue philanthropique, Kjio.t. XXVII, p. 634.

EXFAXTS AVEUGLES 357

neuf ans, est absolument au niveau intellectuel des clairvoyants. 3° Hygiène et éducation des aveugles. — A. Historique. —

Pendant de longs siècles les idées régnantes admettaient une incompatibilité entre le travail et la cécité.

Dans l'antiquité et au moyen âge les aveugles étaient voués à la mendicité. Les professions manuelles leur étaient fermées ; tout au plus certains pouvaient-ils devenir chanteurs, jongleurs, amuseurs du public.

Au xiue siècle, en 1260, saint Louis fondaà Paris pour les aveugles Y hospice des Quinze-Vingts, mais il fallut attendre jusqu'à la fin du xvme siècle pour voir se généraliserl'inslruction des aveugles jusquelà réservée à des hommes d'élite, dont quelques-uns sont même parvenus à la célébrité (Didyme, Nicaise de Malines, Milton, Sanderson, etc.).

En 1784, Valentin Haiiy fonda à Paris la première école spéciale pour aveugles, qui est devenue Y Institution nationale des jeunes aveugles. Cet établissement, bientôt imité en Europe, puis en Amérique, a eu l'initiative des procédés presque partout en usage pour l'instruction des aveugles. Aux caractères vulgaires en relief imaginés par A alentin Haiiy, il a substitué, en i852, l'alphabet conventionnel en points saillants inventé par un aveugle de génie, Louis Braille. Sa valeur incontestable au point de vue de la rapidité de l'écriture, delà sûreté et de la clarté, l'ont fait adopter dans le monde entier. Braille, en même temps que son alphabet, a imaginé un appareil spécial que nous décrirons plus loin.

Depuis le milieu du xixe siècle, les méthodes d'instruction appropriées aux. aveugles ont été généralisées, les oeuvres d'assistance destinées à leur venir en aide ont été fondées et développées. En outre, les progrès de l'hygiène et de l'ophtalmologie ont permis de combattre et souvent de prévenir la cécité.

B. Mesures préventives contre la cécité. — Parmi les enfants qui deviennent aveugles, plus de la moitié auraient conservé la vue s'ils avaient été en temps utile l'objet de soins appropriés. Tout effort tendant à prévenir la cécité infantile constitue à la fois un acte d'humanité et un acte de prévoyance sociale.

En Angleterre, sur l'initiative de Roth, une Société pour la prévention de la cécité et le développement physique des aveugles a été créée vers i85o.

En Russie, la Société Marie, fondée en 1881, avait inscrit à son budget des sommes considérables pour envoyer dans toutes les parties du pays — là surtout où les villes sont le plus rares — des dé-

tachements d'ophtalmologistes qui donnaient gratuitement des soins à tout venant.

En France, depuis 1880, l'Etat a fait un effort particulier pour la prévention de la cécité par la création de la Clinifjue ophtalmologique des Quinze-Vingts ; d'autre part, de nombreux: services spéciaux ont été ouverts dans les hôpitaux de Paris et des grandes villes de province. Ces fondations sont d'autant plus importantes que les progrès réalisés par l'ophtalmologie permettent souvent d'intervenir en temps utile et de sauver au moins la vision d'un œil.

La vulgarisa/ion de l'anliscpsie et Yapplicalion régulière de lu méthode de Crédé à tous les nouveau-nés ont fait baisser notablement le nombre des ophtalmies purulentes dans les vingt dernières années.

A la clinique Baudelocque, Pinard a obtenu les résultats suivants :

Années. Sur 1.000 nouveau-nés.

18S9 à 1903 io5 cas d'ophtalmie purulente.

soit une diminution des quatre cinquièmes pour la dernière période.

Pour généraliser les bons effets de l'antisepsie oculaire réalisée dès la naissance, le décret du 15 avril 1909, pris après avis de l'Académie de médecine, autorise les pharmaciens à délivrer, sur prescription émanant d'une sage-femme diplômée, une solution île nitrate d'argent à I pour 50. Cette solution doit être contenue dans un flacon en verre jaune, bouché à l'émeri et porter, outre l'étiquette rouge réglementaire, une autre étiquette avec l'inscription suivante : « Solution préventive contre l'ophtalmie des nouveau-nés ; une goutte dans chaque œil après la naissance. »

L'Académie de médecine a également fait insérer, dans les instructions du Livret de mariage concernant l'élevage des enfants du premier âge, des conseils relatifs à l'ophtalmie purulente des nouveaunés et elle a fait ranger cette maladie au nombre de celles dont la déclaration par les sages-femmes est obligatoire.

La plupart des Conseils généraux, d'autre part, votent régulièrement des crédits pour la distribution et l'affichage d'avis mettant les familles en garde contre les dangers de l'ophtalmie des nouveau- nés, conformément à la circulaire ministérielle du 19 avril 1900.

Pour les enfants d'âge scolaire, la correction de la myopie par des verres appropriés est importante comme mesure préventive de la cécité. Ces verres doivent être fournis aux écoliers indigents conformé-

ment à la lot du 15 juillet 1893 sur l'assistance médicale gratuite ; mais cette loi n'est pas toujours appliquée.

Enfin, la vaccination, qui devrait être rendue obligatoire, contribue également à diminuer la cécité.

Ces diverses mesures prophylactiques ont entraîné une réduction notable du nombre des aveugles. Malheureusement par suite du développement des tares héréditaires, au premiers rang desquelles se place la syphilis, les cas de cécité infantile sont encore fréquents et l'hygiène sociale doit réserver une place importante à l'assistance ainsi qu'à l'éducation des enfants aveugles.

C. Assistance aux enfants aveugles. — La loi du 14 juillet 1905 ne s'applique pas, nous l'avons vu, aux infirmes et aux incurables de moins de seize ans. Cette lacune est regrettable en ce qui concerne les aveugles, car d'après Rondel ', un grand nombre d'entre eux sont dépourvus de ressources.

La plupart, d'ailleurs, sont succeptibles de recevoir une éducation professionnelle ; l'intervention de l'Etat doit avant tout consister à leur donner une instruction suffisante et à leur faire faire un apprentissage sérieux pour qu'ils puissent vivre indépendants. C'est le but poursuivi par les institutions et les écoles dont nous décrirons plus loin le fonctionnement.

L'utilisation possible des aveugles est actuellement un fait acquis. Pourvus d'une instruction spéciale, la majorité d'entre eux arrivent à gagner leur vie. Encore faut-il que certains emplois leur soient réservés. « Le plus grand obstacle pour eux, dit Maurice de la Sizeranne, réside dans la défiance du public, lequel, beaucoup plus prodigue de pitié stérile que d'efficace sympathie, refuse trop souvent d'ajouter foi à la valeur intrinsèque du travail de l'homme privé de la vue. »

Un certain nombre à'œuvres privées ont pour but de faciliter les relations entre les clairvoyants et les aveugles et de procurer à ces derniers des emplois conformes à leurs aptitudes.

La Société de placement et de secours en faveur des jeunes aveugles, reconnue d'utilité publique, a été fondée en 18^9, à Paris, par l'Institution nationale des jeunes aveugles. Elle s'occupe du sort matériel et moral des anciens élèves et s'attache à leur procurer des moyens d'existence.

La Société d'assistance pour les aveugles, reconnue d'utilité publicme, a été fondée en 1881, à Paris, par Péphau. Elle a pour but de distribuer des secours aux aveugles de tous âges et de leur procurer du travail. Elle décerne en particulier aux enfants des bourses d'apprentissage.

i. Georges Roxdel, Assistance aux aveugles, La Revue philanthropique, 1910, iqii, t. XXVIII, p. 280.

La Société des ateliers d'aveugles l'ondée en 1881, à Paris, par Lavancby-Clarke cl reconnue d'utilité publique, a créé des ateliers et des bourses d'apprentissage à Paris et en province.

L' Associatton Valentin llauy pour le bien des aveugles, fondée en i883, à Pari-, pai Maurice de la Sizeranne, a été déclarée d'utilité publique en 1889. Elle dom l'aveugle, quel que soit son âge et à quelque époque de la vie qu'il ait été frap|"'. tous les conseils et renseignements dont il a besoin, ainsi qu'un appui moral et matériel.

Aux parents de l'enfant aveugle, l'association distribue une notice sur la promière éducation à lui donner. Lorsqu'il est en âge d'aller à 1 école, elle intervient auprès des pouvoirs publics pour faciliter son admission ou lui accorder une bourse. Son éducation terminée, elle le fait entrer en apprentissage, lui procure du travail.

L'Association Valentin Haûy a créé la Bibliothèque Braille, dont les aveugles et typblophiles l français sont justement fiers, car elle renferme 25. 000 volumes ainsi que des recueils de musique en points saillants qui sont prêtés aux lecteur- de Paris et de province. L'Association a ouvert également le Musée Valentin- Haiiy, qui renferme des collections de travaux, d'ou'ils, des appareils d'enseignement intellectuel ou professionnel se rapportant à l'éducation des aveugles.

La Ligue pour l'amélioration du sort des aveugles, créée à Paris en 1908, procure des secours, du travail et des distractions aux aveugles, des deux sexes et de tous âges.

Un grand nombre d'autres œuvres poursuivent des buts similaires en province. Parmi elles nous citerons les sœurs d'aveugles de Saint-Vincent-de-Paul.

D. Instruction. — L'instruction estdonnée en France aux aveugles des deux sèves par ['Institution nationale de Paris et par environ vingt-cinq écoles privées réparties entre la capitale et les grandes villes, Marseille, Lyon, Nancy, Lille, Nantes, Angers, Montpellier. Toulouse, Bordeaux.

Ces établissements privés ont une valeur très inégale, par suite surtout des différences de ressources dont ils disposent. « Le principal défaut dont souffrent la majorité des écoles existantes, dit A. Léon, et à vrai dire tout le système d'éducation des aveugles, c'est le manque de coordination des efforts et l'absence d'un plan d'ensemble ; aussi le besoin d'une loi organique se fait-il sentir. La loi, que les typblophiles et les aveugles appellent de leurs vœux, aurait pour double avantage de fournir à tout enfant une instruction en rapport avec ses facultés et d'assurer sans exceptionà tous les enfants privés de la vue ce minimum d'enseignement gratuit et obligatoire que la loi du 28 mars 1882 exige pour tout Français, sans en excepter les aveugles. »

a. Enseignement primaire. — L'enseignement donné dans les éta-

1. Typblophile, (du grec xu«Xô<, aveugle, et o!Xo;, ami des av< ugl

blissements spéciaux a pour base les éléments de l'instruction primaire. Nous pouvons citer comme type l'école Braille ou Inst i lui départemental de la Seine, fondée en i883 par Péphau et installée depuis 1888 à Saint-Mandé par le Conseil général de la Seine qui Ta prise entièrement à sa charge.

Depuis 1893, une école maternelle y est annexée et reçoit les aveugles des deux sexes dès l'âge de trois ans et jusqu'à six ans.

De six à treize ans, les enfants suivent les cours d'instruction

Fig. 76. — L'enseignement îles connaissances usuelles à l'Institution nationale des jeunes aveugles.

primaire portant principalement sur la lecture et l'écriture, le calcul. la géographie, la grammaire, l'histoire, les connaissances usuelles (fig. 76). Pour l'écriture les élèves utilisent Y appareil Braille, qui se compose d'une plaque métallique gravée de raies horizontales et d'un châssis supportant un guide, sorte de règle percée de rectangles. Les signes, composés de points, sont formés sur du papier épais à l'aide d'un poinçon émoussé. Les rectangles du guide de la tablette Braille permettent aussi aux aveugles de tracer des caractères vulgaires, soit au crayon, soit avec un léger relief.

Le programme comprend également un peu de musique et des éléments d'instruction technique. La gymnastique, enfin, doit être pratiquée largement dans toutes les écoles d'aveugles (fig. 77).

A partir de treize ans, après avoir subi un examen, les élèves reçoivent l'enseignement professionnel dont nous parlerons plus loin.

A Lille, une tentative intéressante a été réalisée. Les enfants aveu

gles sont admis dans les écoles primaires publiques el un professeur

Fig. 77. — Le cours de gymnastique à l'Institution nationale des jeunes aveugles (cliché Henri Manuel).

spécial est chargé par la ville de leur donner certaines leçons qui nécessitent l'emploi de méthodes particulières. Pour toutes lesautres matières ils suivent les leçons communes.

Ce système est également pratiqué dans plusieurs écoles anglaises, mais il serait prématuré d'en conseiller la généralisation.

b. Enseignemknt secondaire. — Cet enseignement ne peut s'adresser qu'à un très petit nombre d'aveugles particulièrement doués. La création d'un établissement spécial d'enseignement secondaire réservé aux aveugles est d'ailleurs superflue. Comme de multiples exemples le prouvent, l'aveugle désireux de suivre cet enseignement peut fort bien fréquenter les classes de clairvoyants dans les collèges ou lycées ordinaires. Il lui suffit de noter « en Braille » le cours îles professeurs et de se servir, pour les devoirs et les coin positions d'une machine à écrire habituelle ou d'un des nombreux appareils qui permettent à l'aveugle d'écrire en caractères ordinaires. Pour certains cours, comme ceux de géographie ou de géométrie, il existe des dispositifs spéciaux en relief qui facilitent l'enseignement.

E. Education professionnelle. — Elle joue un rôle capital et doit occuper une large place dans le programme des écoles d'aveu-

gles. A partir de i3 ans les élèves sont répartis dans des ateliers de boiserie (fig. 78), de cannage, de brosserie, de rempaillage de

Fig. 78. — L atelier de menuiserie h V Institulion nationale des jeunes aveugles.

■chaises, de vannerie. Les jeunes filles confectionnent des couronnes mortuaires en perles et des ouvrages de tricot. Les élèves impropres à d'autres métiers apprennent simplement la fabrication des sacs en papier !.

L'Ecole Braille conserve gratuitement, sans condition de temps ni d'âge, les pensionnaires qui peuvent rester attachés toute leur vie à un atelier. Seuls les paresseux et les indisciplinés sont renvoyés. L'école abrite ainsi environ 170 élèves ou ouvriers des deux sexes.

L'Institution nationale des jeunes aveugles, dont il nous reste à parler, est le centre le plus important d'éducation professionnelle. Fondée par '\ alentin Haiiy en 17^1, à Paris, et première école d'aveugles qui ait existé dans le monde, elle est affectée à l'éducation et à l'instruction intellectuelle et professionnelle des enfants aveugles des deux sexes. Elle reçoit 160 garçons et 80 filles, admis de dix à treize ans. L'institution est alimentée par une large subvention de l'État, par quelques pensions payantes dont le prix était de 1200 francs avant la guerre, et par des bourses nationales ou départementales. La durée des cours est de huit années pour les élèves musiciens, de cinq années pour ceux qui ne peuvent apprendre qu'une profession manuelle.

1. Tous les enfants aveugles ne peuvent exercer un métier. Il en est parmi eux qui ont le malheur d'être en outre impotents ou arriérés. Signalons à ce propos que l'Association Valentin Haiiy a créé un asile pour jeunes filles aveugles et arriérées à •Chilly-Mazarin, à une heure de Paris.

L' 'Institution nationale donne un enseignement où la musique tient le premier rang pour des raisons faciles à comprendre. La cécité entravant bien plus l'activité du corps que celle de l'esprit, il en résulte que plus celui-ci a de part dans une profession, moins l'aveugle qui l'exerce se trouvera désavantagé. La musique, en outre, procure «le grandes satisfactions personnelles aux aveugles, dont beaucoup deviennent compositeurs, professeurs, organistes, maîtres de chapelle, etc. Chaque année quelques-uns d'entre ou\ suivent les cours du Conservatoire ; ils en sortent assez fréquemment lauréats.

Parmi les métiers manuels qui gravitent autour de la musique, ceux d'accordeurs ou de réparateurs de pianos sont avantageux pour les aveugles et souvent choisis par eux.

Aux élèves qui ne sont destinés à être ni musiciens ni accordeurs, l'Institution nationale apprend l'un des métiers manuels suivants : empaillage, cannage, brosserie, fileterie, vannerie, fabrication de balais et de nattes, etc.

Le massage est également un métier qui convient aux aveugles, car il demande des qualités spéciales de toucher. Au Japon, celte profession leur est réservée. En France, de nombreux postes de masseurs sont également tenus par des aveugles, notamment clans les établissements thermaux, à Vichy, à Chatel-Guyon, à Uriage, à Bagnoles, à Plombières, à Bourbo'n l'Archambaut, etc.

Page 1