‹ Hygiène sociale de l'enfanceChapitre 143 sur 212 · ISOLEMENT · texte numérisé non relu

ISOLEMENT

Ce règlement est d'ailleurs souvent difficile à appliquer, parce que le médecin scolaire ignore presque toujours le diagnostic de la maladie qui entraîne l'absence d'un élève. En vue de remédier à cet inconvénient, l'article 12 du règlement de 1893 exigeait pour la rentrée à l'école un certificat délivré par le médecin traitant, constatant que l'enfant n'était pas contagieux.

.Mais cette mesure est insuffisante. Ainsi que le fait remarquer Prosper Merklen *, l'enfant est souvent atteint d'une maladie infectieuse légère pour laquelle on ne consulte pas le médecin, et, d'autres fois, celui-ci n'a vu le malade qu'à la période initiale, alors qu'il est impossible de porter un diagnostic précis. Aussi il est souvent impossible au médecin de l'enfant d'établir le certificat demandé.

C'est pourquoi la cinquième section du IIIe Congrès international d'hygiène scolaire a émis le vœu suivant :

Le certificat de rentrée de l'école doit être délivré par le médecin de l'école, qui exigera, autant que possible, un certificat libellé du médecin traitant... Le certificat est inutile pour les enfants dont l'absence n'aura pas dépassé trois jours; mais ces enfants seront l'objet d'une surveillance spéciale de la part du maître et du médecin de l'école.

20 Isolement des suspects. — L'isolement des enfants qui ont été en contact avec le malade est aussi important que celui du malade lui-même ; s'ils ont été contagionnés. ils seront, en effet, dangereux dès la période d'invasion et pourront transmettre la maladie avant que le diagnostic en soit établi. Les observations recueillies, à l'hospice des Enfants Assistés, pour la rougeole et la diphtérie, par Sevestre et par Hutinel, justifient pleinement le bien fondé d'une telle mesure.

L'éviction des frères et sœurs, en particulier, s'impose dans un grand nombre de cas. Le règlement de 1912 la prescrit de la manière suivante :

i° Si le malade n'a pas été isolé, ses frères et sœurs rentrent en même temps que lui, à moins qu'ils n'aient été eux-mêmes atteints.

2° Si le malade a été isolé, la réadmission des frères et des sœurs a lieu après un délai correspondant à la période d'incubation de la maladie augmenté de deux jours. Pour la diphtérie et la méningite cérébro-spinale toutefois on se guide sur les examens bactériologiques négatifs pratiqués dans certaines conditions.

1. Posper Merklen, Surveillance des écoliers contagieux en dehors de l'école. Conditions de leur réadmission à l'école. Rapport au IIIe Congrès international d'hygiène scolaire, Paris, août 19 10, t. I, p. 260.

Ces mesures sont passibles de certaines critiques.

Le règlement est insuffisant parce cjuc les voisins de classe et les compagnons de jeux des enfants malades échappent à toute mesure de prophylaxie, bien qu'ils soient également suspects. Pour remédier à cette lacune, la Société des médecins inspecteurs des écoles réclame l'éviction des quatre élèves voisins de classe du malade.

Le règlement est trop rigoureux pour certaines maladies. Les unes, comme la rougeole, la rubéole, la varicelle, les oreillons, etc., ont une longue période d'incubation au cours de laquelle l'enfant n'est pas contagieux ; on pourrait donc tolérer le séjour des sujets suspects à l'école jusqu'au début de la période d'invasion, en les soumettant à une surveillance médicale attentive. D'autres, peu contagieuses directement, comme les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes ou la dysenterie, ne nécessitent pas l'isolement des suspects.

La suppression de l'éviction des suspects pour certaines maladies, sa réduction pour d'autres, offriraient de grands avantages, car il y a des inconvénients à éloigner de l'école pendant des semaines un nombre élevé d'enfants. Les écoliers abandonnés à eux-mêmes sonl exposés aux mauvaises fréquentations de la rue et leur instruction est forcément retardée.

Pour éviter cet état de choses, lu Société de médecine publique et de génie sanitaire a voté, en mars 191 2, sur l'instigation de Granjux ', le vœu suivant :

La Société de médecine publique et de génie sanitaire, considérant :

D'une part, le rôle important joué par l'école dans l'éducation morale de l'enfance ;

D'autre part, les dangers de toute nature que courent dans les villes les enfants livrés à eux-mêmes et vagabondant dans les rues ;

Demande que dès maintenant soient prises les mesures nécessaires pour que les enfants, écartés de l'école comme suspects, ne soient pas privés de la surveillance et de l'instruction auxquelles a droit tout petit Français.

L'éviction de l'école des suspects n'a d'ailleurs qu'une efficacité relative, tout au moins dans les villes. Les enfants éloignés de la classe jouent dans les rues, dans les squares : ils s'\ trouvent en contact soi! avec leurs camarades qui continuent de fréquenter la classe, soil avec d'autres enfants qui peinent eux mêmes être en incubation de maladies contagieuses.

\ussi, comme le réclame Granjux, sérail il préférable d'affecter

1. Gn.vNJix, T.a question de féviction de l'école des enfants contagieux et de

leurs frères et sœurs, Le Bulletin médical, u"' mai 1912, p. ni-

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