Planchu etG.vuDLKE, Province médicale, au octobre
3. Yuioz, Enfants d'accouchées atteintes de tuberculose pulmonaire. Thèse de Lyon, 19 IQ
autres, lorsqu'ils étaient soustraits immédiatement à la contagion maternelle et élevés dans une nourricerie modèle.
Lorsque le père est seul tuberculeux, on devra naturellement s'efforcer d'éloigner simultanément la mère-nourrice et son entant, pour ne pas priver ce dernier du sein maternel.
Pour compléter l'Œuvre Grancher, il y aurait intérêt à créer une institution nouvelle : l'Œuvre de préservation du nourrisson contre la tuberculose. Cette institution aurait pour but de recruter dans les villes les nourrissons exposés à la contagion tuberculeuse (et à ce point de vue elle pourrait être puissamment secondée par les dispensaires antituberculeux), puis d'assurer soit leur placement libre clans des centres d'élevage directement surveillés par l'œuvre, soit leur placement dans des pouponnières '.
Les œuvres de préservation de l'entant contre la tuberculose doivent être complétées par des œuvres s'adressant aux jeunes gens de i4 à 20 ans. Trop souvent évolue à cette période de la vie, sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques, une tuberculose pulmonaire, résultat d'une infection bacillaire antérieure ou récente.
Sans compter les morts, chaque année les conseils de revision exemptent du service militaire plus de 4-ooo jeunes hommes de 20 ans (exactement 4-225 en moyenne en 1909, 1910 et i9ii)pour motif de tuberculose. Or un pareil déchet serait évité si on avait pris à temps les mesures voulues. C'est pour éviter ce déchet que le préfet de l'Oise, Edouard Raux. a créé un Préventorium, colonie a- rico le destinée à recevoir des sujets, âgés de 1/1 à 20 ans, bacillisés en train de devenir tuberculeux, mais non contagieux et susceptibles de guérison. (G. Mathieu -.)
E. Contagion dans les collectivités infantiles ; contagion scolaire. — Les occasions de contagion peuvent se rencontrer dans les collectivités infantiles : crèches, pouponnières, écoles, etc. comme, dans les familles.
Ici encore la tuberculose par contagion humaine est de beaucoup la plus redoutable ; c'est contre elle surtout qu'il faut lutter.
Elle peut être le fait soit du personnel, soit d'un enfant tuberculeux.
La tuberculose du personnel est particulièrement dangereuse. Les
1. In premier essai de ce genre vient d'èlre réalisé par Léon Bernard et Debré à l'hôpital Laennec. Les nourrissons menacés sont immédiatement séparés de leurs mères et, après un court séjour à la crèche de l'hôpital, ils sont envoyés dans un foyer de placement familial créé par une œuvre privée dans le Loir-et-Cher.
2. G. Mathieu, L'Œuvre du préventorium tuberculeux pour adolescents, La Quinzaine thérapeutique, 2 5 mars 1 g 1 ^, p. 05.
tuberculeux pulmonaires doivent être éliminés de la collectivité infantile pour laquelle ils constituent un danger permanent.
Dans les pouponnières et dans les crèches, les directrices, les gar diennes et les nourrices doivent être soumises, avant leur entrée. ;i un examen attentif, et ensuite à une visite médicale de temps à autre.
Dans les écoles (écoles primaires, collèges et lycées, etc.) on doit agir de même à l'égard des gens de service et des maîtres ; mais pour ces derniers l'élimination est plus difficile, car ils ne sont pas soumis à la surveillance du médecin. C'est là une lacune regrettable, car la tuberculose pulmonaire est fréquente parmi les membres dp corps enseignant.
Chez les instituteurs, Brouardel et Weil-Mantou ont rencontré i tuberculeux sur !\ ou 5. Dufeslel, il est vrai, estime que cette proportion est fort exagérée. Les statistiques sont forcément variables, comme le montrent les deux exemples suivants. Delobel et Roblot ont constaté la tuberculose pulmonaire chez 2,5 pour ioo des instituteurs. A Dusseldorff, Schmidt i a relevé que i3,3 o/o des instituteurs et 32 o/o des institutrices ont été mis à la retraite pour tuberculose ou sont morts phtisiques.
La tuberculose des professeurs de l'enseignement secondaire a été l'objet de statistiques delà part de Brocard en ioo3, de 'Weil-Mantou en ioo5, de Nobécourt et Rouyer - en 19 10. Ces derniers auteurs, sur 27 promotions de professeurs de l'Ecole normale supérieure (i883 à 1899), comprenant 1.122 élèves, ont pu relever 66 cas de tuberculose ; soit 5,77 pour 100, dont 3i suivis de mort, soit 2,76 pour 100. Ces chiffres ne peuvent d'ailleurs cire considérés que comme des minima, car beaucoup de cas de tuberculose demeurent ignorés.
La tuberculose des maîtres est donc relativement fréquente : elle peut être une source de contagion pour les écoliers. Le fait suivant (Marius Dupont3) a la valeur d'une expérience :
Dans une école primaire de la province de Tarragone, en Espagne, un instituteur, atteint de tuberculose avancée, meurt au bout d'un an. Trois mois plus tard, un écolier meurt de tuberculose miliaire aiguë et, très peu de temps après, son frère succombe également. Au bout de 8 mois, un autre écolier meurt encore de tuberculose, puis un quatrième enfant est emporté par une méningite tuberculeuse, alors qu'aucun des parents des sujets précités n'était tuberculeux.
1. Schmidt, in La Clinique infantile, i5 août iqio, no 16, p. 5oq.
2. Nobécourt et Router, La tuberculose à l'Ecole normale supérieure. Mesures préventives. /7e Conrjr. inlern. d'Hygiène scolaire. Paris, août 1910.
3. Marius Dupont, La contagion tuberculeuse à l'école. Revue pliilanthropique, 10 février i8q8.
Ces faits montrent la nécessité de mesures sévères pour éliminer les tuberculeux du corps enseignant. En première ligne il est indispensable de soumettre à un examen d'aptitude physique tous les candidats à l'enseignement.
Cet examen d'aptitude est prescrit pour les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices, par l'arrêté du 18 janvier 1887, complété par la circulaire du 9 juillet 1897, dont l'éclaboration fut confiée à Launois '.
L'examen médical a lieu, avant l'admissibilité, devant une commission spéciale. Il serait plus efficace si chaque candidat était muni d'un livret de santé. Les sujets qui présentent des symptômes nets de tuberculose sont éliminés ; les sujets suspects sont ajournés et soumis à un examen ultérieur.
Le nombre des candidats refusés ou ajournés pour des raisons de santé varie suivant les régions et suivant les années ; il oscille entre o,56 pour 100 et 12 pour 100.
La tuberculose est incriminée clans presque tous les refus et dans deux tiers des cas d'ajournement.
Pour l'Ecole normale supérieure et les bourses de licence, la circulaire ministérielle du 22 octobre 1902 prescrivait également l'examen médical des candidats après l'admissibilité et l'élimination des tuberculeux. Par décret du 10 mai 1904, l'examen d'aptitude physique doit précéder les épreuves d'admissibilité.
A Y Ecole normale des jeunes filles de Serres, la visite médicale est obligatoire à l'entrée à l'école et également au cours des années d'études. Cette double mesure, prescrite par la circulaire du 18 mars 1905, comporte comme sanction soit l'ajournement, soit un congé plus ou moins long. Elle devrait être généralisée.
Malgré le triage opéré lors de l'entrée à l'école, certains élèves deviennent tuberculeux, soit qu'ils contractent l'infection, soit plutôt que leurs lésions contractées antérieurement, mais latentes lors de l'admission, évoluent. Il est donc nécessaire d'instituer un examen revisionnel au cours des années scolaires pour les candidats à l'enseignement. Les maîtres eux-mêmes devraient de temps à autre subir une visite médicale, destinée surtout à éliminer des écoles les sujets tuberculeux.
La tuberculose des enjants réalise moins que celle des maîtres la dissémination du bacille de Koch dans les collectivités infantiles.
[.Breton, Rapport sur les aptitudes physiques des candidats à l'enseignement, III<* Congrès internat. d'Hygiène scolaire, Paris, 1910, t. 1, p. 343.
Néanmoins ilest nécessaire d'éliminer les enfants porteurs de tuberculoses ouvertes, pulmonaires, osseuses, ganglionnaires, cutanées,
etc .
La tuberculose pulmonaire ouverte est relativement rare dans /es pouponnières et les crèches; cependant on peut en observer des exemples. Nobécourt et Paraf ' ont publié les observations de deux enfants
de nourrices qui n'avaient jamais quitté la Maternité et se sont tuberculisés dans la crèche de cet établissement, bien que le personnel fût depuis longtemps indemne de tuberculose. Chezi'un d'eux, qui succomba rapidement, à six mois, d'une broncho-pneumonie tuberculeuse, on avait trouvé des bacilles de Koch dans les crachats pré levés dans le pharynx. Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels. Bien qu'ils n'expectorent pas, les bébés porteurs de tuberculoses ouvertes répandent autour d'eux des bacilles quand ils crient et toussent. Il est donc nécessaire d'isoler ces petits malades.
Dans les écoles primaires, les enfants présentant des lésions avancées sont habituellement trop souffrants pour se rendre en classe : cependant, dans la moyenne et dans la grande enfance, on peut observer des cas de tuberculose compatibles avec un état de sauté en apparence satisfaisant, des tuberculoses florides ; d'où la nécessité d'examiner avec le plus grand soin tout enfant qui tousse.
Dans les écoles primairesde Paris, Grancbern'a pas rencontré, sur 1.000 enfants, plus de i à 2 cas de tuberculose pulmonaire ouverte. Méry et Dufestel. de leur cùté, n'en ont vu aucun sur J5o enfants. Par contre la tuberculose ganglio-pulmonaire non ouverte est commune; Granclicr l'a notée chez i5 pour 100 des écoliers. Celte constatation implique la mise en œuvre des mesures de prophylaxie individuelle destinées à assurer aux enfants une bonne hygiène et à favoriser leur croissance: gymnastique respiratoire, colonies de vacances, écoles de plein air, alimentation saine, etc.
Dans tes collèges et lycées, la tuberculose, chez les grands enfants, se rapproche de celle de l'adulte ; les cas avérés sont îles sources de contagion. Pour l'empêcher, il serait nécessaire d'instituer la surveillance médicale de tous les élèves et de les soumettre régulièrement à des examens médicaux obligatoires.
Les locaux scolaires peuvent enfin être contaminés par les personnes qui les fréquentent à litre occasionnel. Souvent il-» servent pour îles cours, des conférences, des réunions électorales, etc., à des jeunes gens ou des adultes. Parmi ces derniers il peut se trouver des
1. Nobécourt et Paraf, Contagion de la tuberculose chez les nourrissons dans une crèche d'hôpital, Société de pédiatrie de Paris, i5 avril i<ji>i.
tuberculeux, qui toussent et crachent. L'école ne devrait être ouverte qu'aux enfants.
F. Contagion dans des circonstances diverses. — Fn
dehors des circonstances que nous venons d'étudier les enfants peuvent être exposés à d'autres causes de contagion.
En jouant dans les jardins publics avec le sable des allées fréquemment souillé par l'expectoration des tuberculeux, les enfants courent de grands risques. L'observation suivante de Maurice Perrin ' a la valeur d'une expérience :
Le premier étage d'une maison est habité par un phtisique qui crache par la fenêtre clans le sable d'un jardinet où jouent continuellement deux enfants. Ceuxci ont des parents bien portants ; cependant quelques mois après, l'un, une fillette -dé quatre ans, meurt d'une tuberculose pulmonaire à marche rapide, et 1 autre, une fille de six ans, de tuberculose pulmonaire et laryngée.
Il conviendrait donc d'avoir des jardins réservés aux enfants.
Dans les ateliers, les magasins, les bureaux, le voisinage d'un tuberculeux est particulièrement dangereux pour les enfants.
Dans les hôpitaux d'enfants, si l'isolement des petits tuberculeux n'est pas réalisé, le risque de la contagion, quoique moindre que dans les hôpitaux d'adultes, n'est pas négligeable néanmoins.
G. Plan de lutte contre la tuberculose infantile. — Les mesures destinées à préserver l'enfant contre la tuberculose sont résumées dans les vœux exprimés par la sous-commission du Conseil général de la Seine. Ces vœux sont les suivants :
Le dispensaire antituberculeux sera le premier échelon de la prophylaxie tuberculeuse chez l'enfant, en faisant l'éducation des père et mère malades. Il montrera le danger de la contagion familiale, le bienfait certain de la séparation et dirigera les enfants sains ou déjà atteints aux œuvres compétentes.
io Le nourrisson encore indemme devra être, autant que possible, séparé du foyer familial dangereux, soit par le placement individuel, soit par le placement collectif sous la forme de pouponnières. On peut combiner ces deux placements sous la forme de centre d'élevage.
2° Pour les enfants plus âgés encore indemnes, rivant au contact de parents tuberculeux à lésions ouvertes, la séparation peut être réalisée par le placement ^familial individuel à la campagne, il suffit de s'inspirer de l'Œuvre de préservation de l'enfance contre la tuberculose, créée par le professeur Grancher, de copier cette œuvre ou de l'étendre.
3° Le dépistage de la tuberculose à l'école par l'inspection médicale devra être organisé dans la banlieue, comme à Paris.
4° L'éloignement de l'école des instituteurs et des gens de service atteints de tuberculose sera réalisé par des mesures et des lois efficaces.
i. Maurice Perrin, Soc. de méd. de Nancy, 12 mars 19 13.
5» Pour les enfanls déjà contaminés par la tuberculose, les mesures suivantes devront être prises :
a) Pour les tuberculeux latents non contagieux, il faut améliorer les conditions de vie à l'école et créer, pour ceux qui ne peuvent être améliorés ni chez eux, ni à l'école, l'Ecole de plein air (externat et internat de plein air) ;
b) Pour les enfants tuberculeux avérés, il faut étendre à la banlieue les mesures prises par la ville de Paris, à savoir :
Pour les tuberculoses externes, envoi des malades dans les sanatoriums marin", pendant un temps suffisant pour obtenir la guérison ; même mesure pour les tuberculoses gancjlio-pulmonaircs qui précèdent l'envahissement du poumon et sont justiciables de l'air marin ;
Pour les tuberculoses pulmonaires à lésions ouvertes, isolement hors des agglomérations urbaines dans des sanatoriums de campagne ou d'altitude.
Ces vœux ont été adoptés par le Conseil général de la Seine, à la fin de 191 3.
20 Syphilis. — La prophylaxie sociale de la syphilis comporte des mesures d'un autre ordre que celle de la tuherculose *.
A. Prophylaxie avant la conception et avant la naissance. — La transmission héréditaire est le seul mode de transmission le plus habituel. On protégera donc l'enfant en instituant le traitement des parents avant la conception, de la mère pendant la grossesse et en donnant les conseils nécessaires au point de vue de la procréation.
Le dispensaire antisyphilitique, tel qu'il a élé conçu et réalisé à l'hôpital Broca par Jeanselme et par Hudelo - en 1910, peut rendre, à cet égard, les plus grands services. 11 permet d'établir un diagnostic précoce et d'instituer un traitement ambulatoire après une cure hospitalière intensive par le novarsénobenzol , laquelle l'ail disparaître généralement en moins d'une semaine les lésions contagieuses.
Le dispensaire antisyphilitique, tout en supprimant L'hospitalisation prolongée, « assure une prophylaxie plus efficace, un traitemenl plus rapide et plus énergique; il allège d'autre part les chu supportées par l'Assistance publique en réduisant à une durée très courte le temps d'hospitalisation des syphilitiques ; enfin il économise le temps et l'argent des malades qui trop souvent risquent de
1. P. NonÉcouuT et G. Schreibeh, Mesures sociales de protection de l'enfant contre la syphilis et de protection contre L'enfant syphilitique, Journ. de m de Paris, 5 sept. 1920.
2 E. Jeanselme et L. IIldelo, Delà lutte contre la syphilis par la création de dispensaires dans les hôpitaux, Lu Presse médicale, 17 avril 1916.
perdre leur gagne-pain, quand ils sont retenus plusieurs semaines loin de l'usine ou de l'atelier» (Jeanselme etlludelo).
Les résultats obtenus par Jeanselme au dispensaire antisyphilitique Fracastor chez des sujets en période primaire et chez les femmes contaminées au cours de leur grossesse sont excellents. Pour nous en tenir à ces dernières, en 191 5, sur 20 femmes syphilitiques enceintes, une seule est accouchée d'un enfant mortné ; les 19 autres ont mis au monde, à terme ou presque à terme, des enfants de belle apparence et dont le poids était en général auil( s-us de la normale. Au dispensaire Alfred Fournier, Iludelo a obtenu des résultats concordants.
A côté des dispensaires antisyphilitiques, il est utile d'organiser pour la population laborieuse des centres de consultation du soir et de traitement. A Paris, il en existe quelques-uns dans divers hôpitaux ' .
La prophylaxie antéconceplionnelle et anténatale n'est pas la seule à envisager, car l'enfant hérédo-syphili tique constitue à son tour un danger pour les enfants avec lesquels il est en contact et pour la nourrice qui l'allaite. D'autre part un enfant sain peut être infecte par une nourrice syphilitique.
Ces éventualités nécessitent des mesures prophylactiques spéciales -.
B. Protection des nourrissons. — Pour éviter la contagion des nourrissons, toute nourrice doit être soumise à un examen médical sévère ; s'il y a le moindre doute on pratique la réaction de Bordet-W assermann. Il convient également d'examiner l'enfant de la nourrice et de pratiquer la réaction avec son sérum sanguin 3. On peut ainsi découvrir des stigmates de syphilis, alors que la mère elle-même ne présente aucune manifestation apparente.
C. Protection des nourrices. — La contagion des nourrices par des bébés syphilitiques doit toujours préoccuper le médecin. Fournier a envisagé les principaux cas qui peuvent se présenter ; les règles qu'il recommande d'observer ont été adoptées par la plupart des auteurs.
1. L. Bhocq, Rapport sur un projet Je création de centres de consultation du soir et de traitement pour les syphilitiques dans un certain nombre d'hôpitaux de l'administration générale de l'Assistance publique. Soc. mcd. des hôpitaux, 18 mai
2. P. Nobécourt, Conférences pratiques sur l'alimentation des nourrissons, 2e
éd., 1914.
3. P. Nobécourt et H. Bon>et, Réaction de Bordet-Wassermann et syphilis chez les nourrissons, leurs mères et les femmes en état de gestation, La Presse médicale, 20 octobre 1920, n° 76, p. 7^5.
Quand Ja syphilis est reconnue chez le nourrisson ou chez l'un des générateurs, l'allaitement mercenaire doit êlre formellement inter dit. Si la mère, cependant, n'a présenté aucun symptôme de syphilis et si la maladie du père, remontant à pins de dix ans el traitée rigoureusement, n'a donné lieu à aucun accident depuis une huitaine d'années, si les réactions de Wassermann sont négatives, on peut autoriser l'allaitement mercenaire.
Dans les collectivités infantiles, il arrive malheureusement souvent que les antécédents des parents soient inconnus ; il en est en particulier ainsi pour les enfants abandonnés, comme nous le verrons dans le chapitre qui leur est consacré.
Lorsqu'un enfanta été confié à une nourrice mercenaire, il est indispensable de le surveiller régulièrement pour dépister les premières manifestations d'une syphilis latente ; le médecin inspecteur des enfants assistés doit songer constamment à celte éventualité.
Certaines œuvres de protection de l'enfance confient également les nourrissons à des nourrices à dislance pour être élevés au sein. lorsque les parents se trouvent dans l'impossibilité de les garder avec eux. Ces œuvres doivent avoir soin de soumettre les parents et l'enfant à un examen préalable, el le médecin, pour mettre sa responsabilité à couvert, peut rédiger un certificat conforme au modèle suivant proposé par Charles Leroux :
« Je soussigné, après avoir examiné séparément M. et Mme X..., et après avoir obtenu d'eux l'affirmation formelle qu'ils n'ont jamais été atteints de syphilis, après
avoir constaté qu'il n'existe sur eux aucun symptôme de syphilis à la < 1 a t c du
non plus que d'autre maladie contagieuse, déclare que l'enfant issu des parenU ci-dessus dénommés ne présente à la date du... aucun symptôme de syphilis ni d'autre maladie contagieuse.
Déclare en outre que mon certiûcat n'engage en rien l'avenir dans le cas où des symptômes ultérieurs de maladie contagieuse viendraient ii se développer. Sous le bénéfice de cette réserve expresse, je certifie qu'à ce jour l'enfant peut être confié à une nourrice. »
Malgré ces précautions; il arrive parfois que des manifestations syphilitiques apparaissent chez le nourrisson et que sa nourrice soi! contaminée. Dans ces deux cas, le médecin peut être appelé à intervenir et, quelque détermination qu'il prenne, son devoir consiste toujours à protéger la nourrice d'une part, à respecter scrupuleu sèment le secret professionnel d'autre pari.
Si l'enfant présente des accidents syphilitiques ou est simplement suspect et si la nourrice est encore indemne, l'allaitement doit être suspendu aussitôt, dans l'espoir que la contamination ne s'est pas effectuée. Le médecin rédigera les prescriptions thérapeutiques
appropriées et il déclarera par écrit que l'allaitement au seiu doit cire interrompu.
Si la nourrice est déjà contaminée, il n'y a aucun intérêt à interrompre l'allaitement, à moins que la santé de la nourrice ne le commande. L'enfant, en effet, continuera à profiter de l'allaitement naturel et la nourrice ne perdra pas son gagne-pain. Les deux malades devront être soumis simultanément à un traitement spécifique intensif.
En tout cas, le médecin doit aviser les parents de l'enfant ou l'administration responsable, auxquels incombe la mission de révélei à la nourrice l'affection dont elle est atteinte et de lui offrir une indemnité raisonnable. S'il n'est pas tenu compte de son avis, il doit refuser de continuer ses soins, lorsque l'enfant el la nourrice sont dans la famille. Lorsque l'enfant est en garde chez la nourrice, le médecin doit avertir celle-ci, s'il en est temps encore, du danger qu'elle encourt et il doit prendre les mesures nécessaires pour faire opérer le retrait du nourrisson.
La contamination d'une nourrice entraîne des responsabilités judi claires. Les administrations hospitalières peuvent être condamnées à verser des dommages-intérêts, si elles n'ont pas eu la précaution de s'entourer de toutes les garanties voulues pour éviter la contagion. Les parents peuvent être déclarés responsables, si l'enfant présentait des accidents syphilitiques avérés au moment de son placement en nourrice, s'ils ont eu d'autres enfants qu'ils savaient pertinemment être syphilitiques ou s'ils n'ont pas fait examiner leur enfant au moment de l'apparition de symptômes suspects au cours de l'allaitement. En dehors de ces circonstances, ils ne sont pas responsables; la Cour d'appel de Paris en a jugé ainsi, le 10 novembre 191 2, dans un cas où les parents avaient produit un certificat médical constatant qu'ils ne présentaient aucune manifestation de syphilis.
Le médecin, enfin, peut être poursuivi par une nourrice contaminée. Un arrêt de la cour de Dijon, rendu le 1 l\ mai 1868, déclare qu'on peut considérer comme responsable du préjudice causé par sa rélicence tout médecin qui laisse ignorer sciemment à une nourrice les dangers auxquels elle se trouve exposée en donnant le sein à un enfant syphilitique.
Un arrêt du Tribunal civil de la Seine du 0 novembre 1000 a condamné solidairement à 8.000 francs de dommages-intérêts une mère de nourrisson syphilitique et un médecin qui avait omis de signaler à la nourrice le danger auquel elle était exposée cl qui n'avait pas fait le nécessaire pour que l'enfant lui rendu à sa famille.
Il faut d'ailleurs, avant d'affirmer qu'une nourrice présentant des
accidents syphilitiques, a été contaminée par L'enfant qu'elle allaite, s'assurer qu'elle n'a pas contracté l'infection d'une autre façon et que le nourrisson lui-même n'est pas victime d'autre syphilis acquise.
D. Protection des autres enfants. — Il arrive parfois qu'un enfant spécifique atteint d'accidents contagieux contamine un autre enfant. Les manifestations tardives de la syphilis héréditaire ne son! pas contagieuses, mais les accidents précoces le sont, surtout pendant le premier mois de la vie.
Le médecin devra donc, dans les pouponnières et dans les crèches, prescrire les mesures utiles pour éviter la contagion des enfants sains et des nourrices. Les biberons et les objets de toilette notamment devront être strictement individuels.
A l'école, la syphilis n'occupe qu'une place peu importante parmi les maladies transmissibles. Les manifestations héréditaires, en effet, n'impliquent aucune précaution spéciale. Quant à la syphilis acquise, elle est exceptionnelle d. S'il en survient un cas, le médecin demandera l'éviction de l'enfant porteur d'accidents contagieux.
i. GALCHERet Flurix, Des modes de contagion de la syphilis chez les enfants. Annales des maladies vénériennes, 1910, n° 4, p. 268.