II. — INFIRMIÈRES VISITEUSES
Les infirmières visiteuses sont appelées à jouer un grand rôle dans la lutte contre la mortalité infantile. Beaucoup de parents garderaient chez eux leur entant malade, s'ils étaient dirigés et aidés dans les soins qu'ils ont à lui donner, et beaucoup de médecins le leur conseilleraient plus facilement, s'ils étaient certains de voir leurs prescriptions convenablement exécutées.
i° Historique. — En Angleterre, les Lady almoners chargées d'enquêter sur la situation pécuniaire des personnes soignées gratuitement dans les hôpitaux s'occupent en outre, depuis de nombreuses années, des malades et de leur entourage. D'autre part, depuis 1880 des dames visiteuses sont employées à donner leurs conseils ou leurs soins aux aliénés guéris ou convalescents à la sortie des asiles.
Toutefois c'est en France qu'a été innovée la méthode rigoureuse du traitement suivi et simultané des malades au dispensaire et à leur domicile avec l'aide des infirmières visiteuses. Calmette a montré le premier l'importance des visites domiciliaires dans la lutte antituberculeuse. La visiteuse d'hygiène est pour lui un agent de liaison indispensable entre le dispensaire et le malade ; son rôle consiste notamment à poursuivre la destruction de bacilles par la désinfection du logement, des linges et des crachats.
En Allemagne les soins à domicile sont confiés aux sœurs de la Croix-Rouge ; à Charlottenbourg, en particulier, les dispensaires ont à leur disposition des sœurs-infirmières chargées de la surveillance à domicile des nourrissons.
En Suisse, en Belgique, il existe également des infirmières visiteuses.
En France, l'institution des infirmières-visiteuses s'est surtout développée pendantla guerre, mais, avant 191 4^ déjà à Paris on commençait à s'engager dans cette voie * grâce aux écoles d'infirmières de la rue Amyot et de la rue Vercingétorix, à YAssociatio/i des infir-
1. Nicole Girard-Masgix, Les infirmières visiteuses en France, La Presse médicale, 11 mars 191 4, p. 3oi.
mières mutualistes et à l'Association des infirmières visiteuses de France*, auxquellessonl venues s'ajouter l'école du patronage francoaméricain du XIVe arrondissement, l'école Heine-Fould de la rue de la Glacière, etc.
En province, des écoles d'infirmières visiteuses fonctionnent actuellement à Lille, Lyon, Bordeaux, Nantes, Tours, Pau, etc. D'autre part, en janvier ig 19, a été inaugurée à Paris, au musée social, l'école d'action sociale Pro-Gallia destinée adonner un enseignement théorique et pratique aux personnes désireuses d'embrasser une carrière sociale telle que : infirmière visiteuse, infirmière scolaire, visiteuse d'enfants, monitrice d'hygiène, surintendante d'usine, etc.
L'institution des infirmières-visiteuses, née en France, a pris aux Etats-Unis un grand développement. En iooô, Richard C. Cabot2, à l'hôpital général du Massachusetts, s'était rendu compte de la nécessité des visites domiciliaires pour suivre le malade, apprécier sa situation économique et appliquer un traitement régulier. Il adjoignit alors à son service une assistante sociale rémunérée, chargée de collaborer du matin au soir avec le médecin chef de service et ses assistants.
Cet exemple ne tarda pas à être suivi dans plus de deux cents hôpitaux ; plusieurs d'entre eux emploient actuellement jusqu'à /|0 et 5o assistantes sociales rémunérées. En 1919 on comptait aux Etats- Unis plus de 20.000 infirmières visiteuses, et chaque année plusieurs centaines d'élèves obtiennent leur diplôme d'assistante sociale, à New- York, Boston, Chicago, Philadelphie, Baltimore, etc.
L'appellation des infirmières-visiteuses aux Etals-Unis varie suivant leurs attributions. Ce sont : dans les hôpitaux les médical-social u'orkers qui s'occupent des malades à la fois au point de vue médical et social ; dans les usines, les welfare ivorkers qui poursuivent le bienêtre des ouvriers ; dans les écoles, les home and school vtsilors qui visitent les écoles et les domiciles des élèves (p. 192) ; dans les tribunaux d'enfants des probalion officers qui surveillent les détenus pendant une période dite d'épreuve (p. 385).
20 Rôle de la visiteuse d'hygiène infantile- — La visiteuse d'hygiène infantile doit être une bonne infirmière et une assistante sociale expérimentée.
Comme infirmière, elle doit avoir des notions générales de méde-
1. Le Comilë national de défense contre la tuberculose a pris en 19 19 la charge et la direction de l'école des infirmières-visiteuses de France.
a. Richard C. Cabot, Essais de médecine sociale. La fonction de la visiteuse à domicile, Paris, 191g.
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cine, connaître les causes, le mode de transmission, la symptomalo logie et le pronostic des affections les plus communes. Elle doit avoir la pratique des soins à donner aux malades ; savoir prendre et inscrire la température, le pouls, la respiration ; faire des pansements simples pour plaies, brûlures ou lésions cutanées, des lavages d'intestin, d'estomac, d'oreille, etc , des injections sous cutanées. Elle doit en outre bien connaître la diététique infantile de manière à pouvoir montrer à la mère la préparation des divers aliments courants ou de régime prescrits par le médecin.
Comme assistante sociale elle doit posséder les notions d'hygiène suffisantes pour surveiller l'application des mesures indispensables : entretien du logement, aération et insolation,' couchage, alimentalion, etc.
La visiteuse s'enquiert de la situation économique de la famille et recherche les facteurs qui ont pu introduire la maladie à son foyer. Elle la fait bénéficier des ressources que la société moderne met à sa disposition : lois sociales, assurances, secours divers, œuvres d'assistance publique ou privée. Elle entretient personnellement ou par l'intermédiaire du centre auquel elle est attachée des relations suivies avec ces dernières et en particulier avec les unions d'oeuvres ; elle dirige les petits malades sur les consultations, dispensaires ou hôpitaux dont leur cas relève.
La visiteuse enfin inscrit au dossier des enfants toutes les indications médicales ou sociales utiles à leur traitement ou à la préservation de leur entourage.
Dans les services sociaux des hôpitaux dont nous avons parlé précédemment (p. 527) les infirmières-visiteuses ont un rôle des plus importants. Il serait à désirer que dans les villes l'Assistance publique dispose d'un nombre d'infirmières suffisant pour donner des soins à domicile dans les familles nécessiteuses '. Pour que les résultats soient satisfaisants il faut d'une part que le personnel soit bien recruté et ait reçu une sérieuse instruction théorique et pratique ; d'autre part qu'il soit rémunéré convenablement. Les dépenses entraînées par cette organisation seront d'ailleurs largement compensées par la réduction notable des admissions à l'hôpital.
Dans les dispensaires urbains d'hygiène sociale les infirmières peuvent être spécialisées les unes dans la lutte contre la tuberculose, les autres dans la lutte contre la mortalité infantile. Parmi ces dernières
1. G. Schheiuer, De la nécessite d'attacher des inlirinières visiteuses de l'Assistance publique aux services hospitaliers d'enfants et de nourrissons, Paris mc'dical, 4 décembre 1920.
on peut en outre établir une division du travail. Une infirmière visiteuse, de préférence une sage-femme, sera attachée à la consultation des femmes enceintes, une autre à la consultation des nourrissons, une troisième à celle des enfants plus âgés, etc. 11 y a également avantage dans les grands centres à instituer une équipe volante * d'infirmières spéciales pour les maladies infectieuses.
Dans les dispensaires ruraux, une seule infirmière peut suffire à la rigueur et cumuler le service antituberculeux et celui d'hygiène infantile, à condition de disposer de moyens de transports suffisants.