PLACEMENT DES ENFANTS ASSISTÉS
L'allaitement au sein est le plus favorable pour les enfants que l'Assistance prend sous sa tutelle. Malheureusement il peut être dangereux pour les nourrices. Celles-ci ne sont pas toujours à l'abri de la contagion syphilitique, et à l'hospice des Enfants-assistés chaque jour la question se pose de savoir si on doit ou non autoriser l'allaitement naturel.
La réponse est facile, lorsque le nourrisson présente des lésions spécifiques, du coryza purulent, des fissures labiales et anales, du pemphigus palmaire et plantaire, qui imposent le diagnostic de syphilis ; la contre-indication à 1 allaitement par une nourrice est alors formelle. Si l'enfant est simplement atteint de diarrhée, s'il a de l'érythème fessier et parait chétif, on doit le considérer comme suspect et le mettre en observation.
La réponse est beaucoup plus délicate si l'enfant semble sain. On ignore les antécédents des parents qui peuvent très bien être en état de syphilis active ; le nouveau-né, de son côté, peut paraître indemne au moment de l'abandon et les manifestations de l'hérédo-svphilis peuvent n'apparaître qu'au bout de quelques semaines.
On a proposé de garder les enfants en observation à l'hospice dépositaire pendant quatre à six semaines, mais comme l'a fait remarquer Hutinel, il y a là une impossibilité matérielle. Cette mesure entraînerait un tel encombrement que la morbidité et la mortalité seraient très élevées ; pour éviter la contamination, d'ailleurs très rare, d'une femme, on sacrifierait un grand nombre de vies d'enfants.
A l'heure actuelle, il faudrait pouvoir dans tous les cas pratiquer la réaction de Wassermann, qui apporterait un appoint important au diagnostic souvent hésitant d'après les données seules de la clinique. Une réaction positive permet de s'opposer à l'allaitement mercenaire ; mais par contre, une réaction négative n'entraîne aucune certitude, car elle peut être constatée chez des nouveau -nés atteints d'une syphilis latente, qui ne se révélera que plus tardivement. Charles Leroux et Raoul Labbé. Gioseffi, Flamini, Nobécourt et Bonnet, en ont rapporté des exemples.
Pour limiter le risque, il faut soumettre l'enfant à une surveillance rigoureuse. Cette surveillance des enfants abandonnés placés en nourrice incombe aux médecins inspecteurs des enfants assistés. Les nourrissons âgés de moins de quatre mois, envovés dans les agences, doivent être visités par eux tous les dix jours. D'ailleurs le sort des entants assistés est également soumis aux prescriptions de la loi Roussel (p. i53).
L'indemnité allouée à la nourrice, pendant la première année de la naissance de l'enfant, a été portée, à daterdu ier janvier 1917, à 35 fr.
pour les enfants au sein et à 32 francs pour les enfants élevés au biberon ; il est de 28 francs par mois pour la deuxième année. De plus, conformément à la loi du 27 juin m>o 1 . une prime de survie est allouée aux nourrices, dont le nourrisson a atteint l'âge de i5 mois révolus : cette prime dont le taux est de 3o francs, soit de 2 francs par mois, est proportionnée au nombre de mois pendant lesquels la nourrice a gardé l'enfant.
20 Placement des enfants de 2 à 13 ans- — Après leur sevrage, les enfants sont laissés en pension autant que possible chez leurs nourrices pour leur reconstituer un milieu familial. L hygiène de l'habitation, la situation matérielle des nourriciers, les avantages qu'ils peuvent offrir aux enfants dans le présent et dans l'avenir, doivent entrer également en ligne de compte pour déterminer les conditions du placement.
En règle générale, il n'est placé qu'un seul enfant dans chaque famille ; cependant les frères et sœurs sont réunis autant que possible, ainsi que le veut l'article 21 de la loi du 27 juin 190'».
Les pensions payées aux nourriciers sont les suivantes depuis le i°r janvier 19 17 : 2/1 francs par mois pour les enfants de 2 à f\ ans, 20 francs par mois pour les enfants de /j à i3 ans. En outre il est alloué une récompense de 5o francs aux nourriciers lorsque l'enfant qui leur a été confié a atteint l'âge de i3 ans et qu'ils lui ont donné de bons soins pendant 10 ans.
L'Administration veille à ce que les enfants en âge scolaire reçoivent Y instruction primaire et fréquentent régulièrement les écoles communales publiques. Elle encourage les nourricin> par une prime de 5o francs, les instituteurs par une prime de /|0 francs et les élèves par une prime de 10 francs pour chaque certificat d'études primaires obtenu.
Sur 19.307 enfants assistés du département de la Seine soumis à l'obligation scolaire en 1917, /|3 seulement n'ont pu fréquenter l'école par suite de leurs infirmités ou de leur état de santé.
3° Placement des enfants et des jeunes gens de 13 à 21 ans. — De i3 à 21 ans, les enfants assistés reçoivent une instruction professionnelle. La plupart sont mis en apprentissage. On les dirige de préférence vers les professions agricoles, chez des fermiers ou des cultivateurs ; à conditions et garanties égales le pupille est maintenu chez le nourricier.
Un certain nombre de pupilles sont admis dans les écoles professionnelles rattachées au service des enfants assistés. Pour le département de la Seine, ces écoles sont les suivantes : Y école de typographie et d'ébénisterie d'Alembert (fig. 128), à Montévrain (Seine-et-
Marne) \ Y écoie d'horticulture Le Nôtre (fig. 129), à Villepreux (Seine-
et-Oise) ; V école professionnelle et ménagère Henri Malle, à Yzeure (Allier) ; Vérole Roudil, à Ben-Chicao (Algérie). Les élèves de ces
écoles se recrutent exclusivement parmi les pupilles de l'Assistance. D'autre part, Vérole de préservation Théophile Roussel, à Mon tesson (Seine-et-Oise), reçoit les enfants indisciplinés ou vicieux de 7 à 1 '1 ans qui lui sont confiés par les familles, par le juge d'instruction ou l'Assistance publique (p. 892). Cette dernière envoie également à la Colonie agricole <!<■ Mettray les garçons de i[\ à 18 ans dont l 'inconduite ou l'indiscipline nécessitent l'internement. Les filles indiscipli-