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CRÈCHES

Jusqu'à présent, les crèches ne sont pas organisées pour la garde des enfants malades. Cependant un bébé peut devenir subitement souffrant ; il importe alors de le séparer des autres, en attendant qu'il soit rendu à ses parents. Dans ce but, on réservera une ou deux

Fig. 38. — Crèche de la Santé. Le lavabo.

chambres d'isolement, indépendantes des salles occupées par lesenfants.

La salle d'allaitement, destinée aux mères qui viennent dans la journée donner le sein à leurs enfants, devra s'ouvrir sur le vestibule. On la munira de bancs et de chaises basses ; on disposera sur une table du coton aseptique et de l'eau bouillie destinés au nettoyage des mamelons avant et après la tétée.

La cuisine ou biberonnerie sera éloignée des salles réservées aux enfants, par crainte des odeurs, de la fumée et du surchauffage pendant l'été. L'accès en sera rendu impossible aux enfants pour éviter les accidents.

Cette cuisine doit être installée pour permettre la stérilisation du

lait, si on n'utilise pas du lait stérilise industriellement. On y pratiquera les coupages et la répartition du lait dans les biberons, la préparation des panades, des bouillies, des purées, la cuisson des œufs destinés aux enfants arrivés à la période du sevrage. Il est utile de lui annexer un office où l'on procédera au lavage des biberons et des ustensiles de table.

Les autres parties de la crèche comprennent les dortoirs et les salles de jeux pour les enfants. Ces pièces doivent recevoir largement la lumière et l'air. L'article icr de l'arrêté ministériel dit:

Les dortoirs et les salles où se tiennent les enfants reçus dans les crèches ont au moins une hauteur de trois mètres sous plafond et présentent au moins une superficie de trois mètres et un euhe d'air de neuf mètres par enfant.

Le préfet peut toutefois dans des cas exceptionnels, dont il est juge, autoriser des dimensions moindres, sans que le euhe d'air puisse jamais être inférieur à huit mètres par enfant.

Les dortoirs doivent être constitués par de petites pièces ou mieux par une grande salle, divisée en boxes à toute hauteur séparés par des cloisons vitrées J. Cette disposition, commode pour la surveillance, est nécessaire pour la prophylaxie des maladies contagieuses et pour assurer le silence favorable au sommeil. Il faut au moins deux et même trois pièces, pour répartir les enfants d'après leur âge : l'une est destinée aux enfants de moins de sept mois qui dorment beaucoup ; l'autre à ceux de sept à dix-huit mois, qui restent assis ou commencent à marcher ; enfin la dernière à ceux qui, ayant dépassé dix-huit mois, dorment peu et remuent beaucoup.

Les salles de jeux, pour les mêmes raisons, devront être, si possible, au moins au nombre de deux. La salle réservée aux enfants qui commencent à marcher contient souvent une pouponnière, sorte de promenoir circulaire, dont l'utilité est discutée. Celle destinée aux bébés plus âgés sera, autant que possible, éloignée des dortoirs pour que le sommeil des autres enfants ne soit pas troublé.

La surface réservée aux dortoirs et aux salles de jeux sera en rapport avec le nombre d'enfants. Les fenêtres seront vastes et munies de stores. Le sol sera en porphirolite ou bien le plancher sera recouvert de linoléum. Le plafond et les coins seront cintrés pour rendre le nettoyage plus facile. Les murs seront peints eu tons clairs et pourront être lavés. Les cloisons séparant les diverses parties de la crèche seront en partie vitrées pour faciliter la surveillance.

i. Les boxes sont étudiés dans la partie du livre qui traite de V hygiène hospitalière .

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Le mobilier devra être simple, facile à laver et à désinfecter. L'article 5 de l'arrêté ministériel prescrit :

Chaque enfant a son berceau ou son lit, son peigne, sa brosse, sa tétine, s'il est allaité au biberon ; tous les objets dont il se sert sont numérotés et ne servent qu'à lui, tant qu'ils n'ont pas été lavés ; sa literie est désinfectée avant de servir à un autre enfant.

A 1 étage supérieur enfin se trouvent les chambres destinées au logement du personnel.

Quand la superficie du terrain le permet, les services annexes sont installés dans un bâtiment voisin de celui réservé aux enfants.

La crèche doit être entourée d'un jardin. Pendant la belle saison, les plus petits y passeront la journée abrités sous des tentes et les plus grands auront la faculté de s'y ébattre à leur aise.

b) Personnel. — Une crèche ne peut réussir qu'avec un personnel instruit et dévoué.

Il faut tout d'abord un médecin qui connaisse l'hygiène et la médecine des enfants. « Dans chaque crèche, un médecin a la direction du service hygiénique et médical », dit l'article 7 de l'arrêté ministériel. Il examine les enfants et règle leur alimentation, veille à la propreté de l'établissement, prend les mesures utiles pour éviter la propagation des maladies transmissibles, donne des conseils aux mères, surveille la santé du personnel.

Il est nécessaire que la visite médicale soit quotidienne. Cette règle comporte malheureusement, à l'heure actuelle, de trop nombreuses exceptions. Il convient que le service soit assuré par un seul médecin. Sa tâche est évidemment plus lourde, mais son action est plus efficace et les résultats obtenus sont plus satisfaisants,

La méthode qui consiste à avoir plusieurs médecins ayant chacun leur jour de visite ou se partageant le service par mois ou par trimestre, est mauvaise. S'il y a plusieurs médecius, l'un doit être le médecin-chef responsable, et les autres des médecins adjoints, chargés de l'aider ou de le suppléer.

Le personnel non médical comprend une directrice et tics gardiennes ou berceuses . (Jes femmes sont les collaboratrices du médecin ; elles soignent les enfants, mais elles ne doivent pas se borner à leur dispenser les soins matériels ; elles doivent leur donner un peu de leur cœur et inspirer ainsi confiance aux mères.

Leur recrutement et leur nombre sont déterminés par l'arrêté ministériel :

Article 10. — Les crèches sont tenues exclusivement par des femmes.

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Article 11. — Nulle ne peut devenir directrice d'une crèche, si elle n'a pas vingt et un ans accomplis et si elle n'est agréée par le préfet du département.

Nulle ne peut être gardienne, si elle n'est pas pourvue d'un certificat de moralité, délivré par le maire, ou, en cas d'omission ou de refus non justifié du maire, parle préfet.

Nulle ne peut devenir directrice ou gardienne d'une crèche, si elle n'établi t, par la production d'un certificat médical, qu'elle n'est atteinte d'aucune maladie transmissible aux enfants, qu'elle jouit d'une bonne santé et qu'elle a été, depuis moins d'un an, vaccinée ou revaccinée.

Article 12. — La crèche doit avoir une gardienne pour six enfants âgés de moins de dix-huit mois et une gardienne pour douze enfants de dix-huit mois à trois ans.

Ce nombre est beaucoup trop faible. D'ailleurs, la circulaire ministérielle de 1908 ajoute :

Cette proportion de berceuses, considérée comme insuffisante par plusieurs médecins, est un minimum, au-dessous duquel on ne saurait autoriser une crèche à descendre.

En réalité, le personnel devrait être deux fois plus élevé que celui fixé par l'arrêté ministériel.

La Crèche de la Santé, à Paris, disposait, par exemple, d'une gardienne pour 3 ou l\ nourrissons, grâce à lVco/e des bonnes d'enfants diplômées, annexée à cet établissement depuis 1906. Cette institution, aujourd'hui supprimée, avait pour but d'apprendre à des jeunes filles et des jeunes femmes la profession de bonnes d'enfants ; les élèves faisaient un stage de trois mois à la crèche ; si elles subissaient avec succès l'examen de sortie, il leur était délivré un diplôme ; elles étaient très appréciées dans les familles.

A côté du personnel fixe, les dames patronnesses ont un rôle important. Elles sont, pour ainsi dire, les inspectrices permanentes de la crèche ; elles surveillent les détails de son fonctionnement, elles entrent en relation avec les mères, elles leur donnent des conseils et leur apportent des secours matériels et moraux.

Pour que la crèche rende tous les services qu'on est en droit d'en attendre, il ne suffit pas que les enfants trouvent dans l'établissement une alimentation rationnelle et de bonnes conditions hygiéniques, ils doivent également être bien nourris et bien soignés chez leurs parents. Les dames patronnesses ont pour mission d'empêcher les fautes d'hygiène que ces dernières pourraient commettre ; dans ce but, elles doivent visiter les familles, lorsque la crèche est fermée ou lorsque l'enfant est resté chez lui. Elles constituent des auxiliaires précieuses, en répétant aux parents les conseils d'hygiène formulés à la crèche, en signalant au médecin l'insuffisance des soins donnés par les parents, en temps habituel ou en cas de maladie, en distribuant

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des secours et en apportant un appui moral aux mères. Par leur intermédiaire, la crèche ne se contente pas de conserver un enfant en bonne santé, elle vise encore à son éducation et à l'amélioration du foyer familial ; elle devient ainsi un organisme important d'assistance.

3. Fonctionnement. — a) Admission. — L'admission des enfants dans une crèche est réglé par l'arrêté ministériel. L'article 8 dit :

Aucun enfant n'est admis à la crèche, sans être muni d'un certificat médical datant de moins de trois jours : ce certificat constate que l'enfant n'est atteint d'aucune maladie transmissible et, s'il est convalescent d'une de ces maladies, qu'il a franchi la période pendant laquelle il pourrait la transmettre.

Si un enfant reste huit jours sans venir à la crèche, il n'y est réadmis que muni d'un nouveau certificat relatant les constatations ci-dessus.

Aucun enfant n'est admis, s il n'est vacciné ou si ses parents ne consentent à ce qu'il le soit dans le délai fixé par le médecin ou par l'un des médecins de la crèche.

L'article 9, d'autre part, déclare qu'aucun enfant, suspect de maladie contagieuse, ne peut être gardé à la crèche. Aussi, tous les: matins, à l'arrivée, la directrice doit-elle procédera un examen sommaire. Elle renvoie les malades, s'il s'en trouve, elle isole les suspects, en attendant le médecin chargé de se prononcer sur leur admission.

Somme toute, aucun enfant ne doit être admis dans une crèche avant un examen médical.

b) Soins et alimentation. — Dès leur arrivée, qui se fait entre sept et neuf heures du matin, les enfants sont déshabillés, lavés et revêtus du linge de la crèche. Le linge qu'ils quittent est lavé et désinfecté.

Les enfants sont répartis d'après leur âge. Pour chaque groupe, les heures de sommeil, les jeux et les exercices, l'alimentation, sont convenablement réglés.

L'alimentation est variable. Quelques enfants âgés de moins de huit mois, dont les mères travaillent dans le voisinage, sont à l'allaitement maternel exclusif. D'autres sont à l'allaitement mixte, .les mères venant une fois ou deux donner le sein dans la journée, ouïe donnant seulement pendant la nuit. D'autres sont à l'allaitement artificiel. Les plus âgés enfin reçoivent l'alimentation de la période du sevrage.

Dans quelques cas, on peut essayer de procurer à des débiles, que les mères ne peuvent allaiter, le sein d'autres mères, dont les bébés

vigoureux ont dépassé huit ou neuf mois, ainsi que l'a conseillé Richard d .

La mère donne le sein dans la salle d'allaitement. Le lait et les autres aliments sont préparés en se conformant aux règles habituelles.

Les mères viennent chercher de cinq à sept heures du soir les enfants qui reprennent leurs vêtements au vestiaire.

Les enfants sont pesés régulièrement chaque semaine jusqu'à un an, chaque mois ensuite, et une fiche médicale est établie (article 15 de l'arrêté ministériel).

c) Registres. — La directrice tient les registres prévus par l'article \U :

i° Un registre matricule, contenant le nom, les prénoms, la date de naissance du bébé ; les noms, l'adresse, la profession des parents ; la date de l'admission ; l'état de l'enfant à son entrée ; la mention de la vaccination ;

2° Un registre des présences quotidiennes ;

3° Un registre médical, sur lequel sont inscrites les observations et les prescriptions du ou des médecins de la Crèche ;

[\° Un registre d'inspection, pour les observations des visiteurs cl des médecins-inspecteurs.

En plus de ces registres, il est indispensable d'établir, comme cela se pratique dans les consultations de nourrissons-gouttes de lait (p. 98), pour chaque enfant, une fiche médicale, sur laquelle on inscrit les poids et les régimes alimentaires, et un tableau des régimes mis à la disposition de la gardienne chargée de la biberonnerie.

d) Médecins inspecteurs- — Les médecins inspecteurs sont les représentants du préfet. Ils font une visite chaque mois, à des dates variables ; ils multiplient leurs visites en tempsd'épidémie. Ils veillent à l'observation des règlements, à la présence du personnel réglementaire; ils s'assurent qu'il n'y a pas d'enfants en surnombre ou d'enfants ayant dépassé trois ans, etc.

S'il survient des épidémies dans une crèche, on prend les précautions habituelles en pareil cas : éviction des malades, isolement des suspects, désinfection, au besoin fermeture. Chaque maladie, diphtérie, rougeole, coqueluche, etc., comporte des mesures particulières.

1. P. RiciiAïui, Projet de création dans les crèches d'un service d'allaitement supplémentaire au sein, Société des crèches, juillet 1901.

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Le médecin ne doit pas avoir seulement en vue les maladies reconnues officiellement comme contagieuses ; il doit se préoccuper des infections banales qui le sont également, des coryzas, des trachéobronchites, des affections gastro-intestinales, etc. Chez les jeunes nourrissons, en effet, ces affections peuvent réaliser de petites épidémies ; elles sont, d'autre part, susceptibles d'aggravation rapide ; un simple rhume, surtout chez un débilité, peut devenir le point de départ d'une broncho-pneumonie.

e) Budget. — Pour fonctionner régulièrement, les crèches ont besoin d'un budget assez élevé. Leur fondation est plus ou moins onéreuse, suivant le prix du terrain et l'importance des constructions, heur entretien revient plus ou moins cher, suivant les contrées et les modes de gestion. A Paris, une journée d'enfant coûtait, avant la guerre, i fr. 3o, d'après Binet, o fr. 90 à 1 fr. 10, d'après Renaud-Badet.

Les ressources sont fournies, suivant les cas, par les municipalités, les administrations hospitalières, des industriels, des sociétés de bienfaisance, des offrandes particulières, etc.

Dans certaines crèches, on demande une rétribution journalière à la mère A Paris, elle s'élève à o fr. i5 ou o fr. 20 pour un enfant, à o fr. 3o pour deux, ào fr. f\o pour trois.

En principe, il est bon que la crèche soit payante, car il ne faut pas que les familles ouvrières prennent l'habitude d'être entièrement tributaires de l'assistance privée ou publique. Mais, d'autre part, il y a des familles chargées d'enfants, qui sont trop pauvres pour supporter la dépense aussi minime qu'elle soit que comporte le séjour à la crèche, d'un ou de plusieurs bébés. La gratuité s'impose donc lorsqu'une enquête menée par les dames patronnesses a établi le bien fondé d'une semblable faveur.

4- Critiques- — La crèche, dont nous venons de décrire l'organisation et le fonctionnement, répond au but qu'elle se propose : garder et nourrir les enfants dans des conditions hygiéniques pendant les heures de travail des mères. Elle rend des services incontestables, mais elle présente certains inconvénients, qu'on s'est d'ailleurs plu à exagérer.

Voyons ce que valent les critiques :

a) On a dit que l'agglomération des enfants favorise la dissémination des maladies infectieuses.

Lefait estexact, mais il est possible de limiter les contagions par

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des mesures hygiéniques appropriées : surveillance médicale des enfants, isolement des suspects et éviction des malades, désinfections fréquentes, limitation du nombre d'enfants.

b) On a dit que la crèche favorise les troubles gastro-intestinaux et le rachitisme.

Cette objection n'est pas fondée quand les enfants sont bien soignés et nourris suivant les règles. Au contraire, quand elle est bien dirigée, la crèche exerce, à cet égard, une inlluence heureuse, parce qu'elle permet une bonne alimentation.

c) On a dit enfin que la crèche encourage l'allaitement artificiel. C'est une erreur. L'allaitement artificiel ne résulte nullement de

l'envoi des enfants dans les crèches ; cet envoi est la conséquence de l'état social, qui impose précisément la création de telles œuvres. Au contraire, comme nous l'avons montré précédemment, la crèche permet aux mères, qui peuvent allaiter, de garder leurs enfants et de leur donner le sein. L'allaitement maternel se trouve favorisé en outre par l'assistance, l'appui moral et les secours matériels donnés aux mères.

L'allaitement maternel, exclusif ou mixte, est fréquent dans les crèches : à la crèche de la Santé, par exemple, Broudic la noté dans 60 0/0 des cas.

Au surplus, dans les centres ouvriers, la crèche doit fonctionner parallèlement à la chambre d'allaitement installée dans les établissements industriels, précisément en vue de favoriser l'alimentation au sein (p. 112).

En somme, les critiques ne sont valables que pour les établissements mal tenus et mal dirigés. En admettant même que la crèche soit un pis-aller, elle est. suivant l'expression de Paul Strauss, un pis-aller indispensable. Tant qu'on n'aura pas trouvé mieux pour la remplacer, il faut l'améliorer mais non la combattre.

5. Lacunes et améliorations nécessaires — La crèche modèle elle-même doit en effet être perfectionnée. Elle présente des lacunes qu'il faut combler.

La crèche a pour but, nous l'avons dit, de fournir un asile aux nourrissons dont les mères sont appelées par leur travail hors de la maison ; elle est donc un organisme d'assistance infantile.

Elle est, en outre, un organisme d'assistance maternelle, parce qu'elle permet aux femmes, tranquillisées sur le sort de leurs enfants, de gagner leur vie.

Mais ces deux modes d'assistance se trouvent en défaut dans plusieurs circonstances Quelques améliorations sont très utiles.

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a) Crèches infirmeries. — Le règlement interdit, à juste titre, de recevoir les malades à la crèche. Mais souvent les enfants sont atteintsd'indispositions légères qui ne nécessitent pas l'hospitalisation. D'autre part, lorsqu'un enfant, atteint d'une affection sérieuse, sort de l'hôpital, la crèche ne l'admet pas, bien que débilité par la maladie, il ait besoin plus que tout autre d'une surveillance spéciale.

Dans l'un et l'autre cas, on laisse l'enfant à la mère; celle-ci, pour le garder à la maison, est obligée d'abandonner son travail ou de confier son bébé à une voisine sans expérience et parfois peu scrupuleuse. Aussi, bien souvent, l'état de l'enfant s'aggrave.

Il manque un organisme intermédiaire à la crèche et à l'hôpital. Il serait nécessaire d'annexer aux crèches un petit service établi dans des conditions appropriées, de créer des Crèches-Infirmeries1 pour y garder les bébés qui se trouvent dans les conditions que nous venons d'indiquer.

b) Pensionnaires — Une mère, dont l'enfant fréquente la crèche, tombe malade et entre à l'hôpital. Le bébé est alors obligé de quitter la crèche ; à Paris, si personne ne le prend à sa charge, on l'envoie au dépôt de l'hospice des enfants assistés.

Il se trouve dépaysé et placé dans un milieu forcément infecté ; malgré toutes les précautions prises, il y tombe souvent malade à son tour. Il serait bien préférable pour lui de rester dans la crèche à laquelle il est accoutumé et où il est connu. Il faudrait donc autoriser celleci à garder, comme pensionnaires, à titre exceptionnel, les bébés qui se trouvent dans ces conditions. Une installation appropriée serait facile à réaliser.

c) Cantine maternelle. — La crèche se propose de favoriser l'allaitement maternel.

Mais, pour venir allaiter son enfant, la mère est obligée de prendre le temps nécessaire sur celui qui lui est accordé pour son repas ; aussi se nourrit-elle mal. On sait, d'autre part, combien l'alimentation dans les familles ouvrières est défectueuse : une enquête de la Ligue contre la misère, faite en iqoô, a établi que, sur 920 ménages, 279 seulement se nourrissent de façon à peu près suffisante. Plus que toute autre, une nourrice a besoin d'une bonne alimentation. Il serait donc utile d'adjoindre à la crèche une cantine maternelle, un restaurant pour mères nourrices, dont nous étudierons dans un autre chapitre le fonctionnement et le rôle (p. 168).

1. G. Schreiber, La Crèche-Infirmerie, La Presse médicale, 21 aoùtif)i2, no 68, p. 869. — Triboclet, Une création urgente. Les crèches de convalescence en plein air, LaCUnique, 8 novembre 1912.

d) Consultation de nourrissons-goutte de lait. — L'enfant rentre le soir à la maison. Qu'il soit au sein ou au biberon, il y reçoit souvent une alimentation mal réglée ou un lait de qualité douteuse. Il est donc utile que la mère emporte le soir les rations de lait nécessaires pour la nuit et qu'ellereçoive des conseils pour l'alimentation de son bébé. Aussi faut-il adjoindre à la crèche une consultation de Jiourrissons-fjoutte de lait.

Ces institutions existent d'ailleurs déjà dans un certain nombre d'établissements : à la crèche de la Santé, par exemple, il a été distribué, en 1908, 11.000 rations de 100 grammes de lait, et une consultation fonctionne tous les lundis, de six à sept heures du soir.

e) Assistance des mères. — Enfin, il ne faut pas oublier que les mères, qui conduisent leurs enfants à la crèche, sont souvent des femmes pauvres, que leurs salaires sont minimes, qu'elles perdent du temps et de l'argent en soignant leurs enfants. Il est donc nécessaire de les encourager soit par des dons en nature (layettes, bons de viande, de lait ou de pain), soit par des secours d'argent. A la crèche de la Santé, la femme qui, trois fois par jour, venait allaiter son enfant, recevait 5 francs par mois.

L'annexion à la crèche des diverses institutions que nous venons d'énumérer entraînera naturellement de fortes dépenses ; mais aucun argent ne saurait être mieux placé, et la crèche ainsi comprise remplira complètement son rôle dans la protection de l'enfance.

6. Résultats- — Les résultats fournis par les crèches bien dirigées sont d'ailleurs nettement satisfaisants. Les enfants qui les fréquentent ont bonne apparence et digèrent bien. La proportion des malades est relativement faible et les statistiques établissent que, pour les enfants du même âge, la mortalité y est moins élevée que la mortalité moyenne des villes où elles sont situées. Ainsi, à Lille, cette mortalité est de 27 % pour la ville et de 10 yo seulement pour les crèches (Dewauter, 1903).

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